Lundi 19 octobre 2020

«Miséricordieux»
Mot souvent utilisé par des croyants en évoquant le dieu auquel ils croient

Selon le dictionnaire du <CNRS>, la miséricorde se définit ainsi :

« 1remoitié du xiies. misericorde «bonté par laquelle Dieu pardonne aux hommes. […] Emprunté au latin misericordia «compassion, pitié», dér. de misericors «qui a le cœur (cors) sensible à la pitié».»

Nous sommes donc dans la combinaison des trois mots latins suivants :

  • miser (« malheureux »)
  • misereor (« avoir pitié »)
  • cor, cordis (« cœur »)

Le Littré donne encore d’autres explications : <Miséricorde>

Mais le mot utilisé par les religieux est « miséricordieux ».

Le dictionnaire <CNRS> définit ce mot de la manière suivante :

« Plein de miséricorde, qui pardonne généreusement ».

L’assassin de Samuel Paty a tweeté sur son compte après son sinistre forfait, comme le relate <Le Monde> :

« Un message de revendication a été publié sur un compte Twitter, vendredi, quelques minutes après le drame. Un compte sous le pseudonyme @Tchetchene_270 sur lequel apparaissait une photo de la tête décapitée du professeur avec le message : « Au nom d’Allah, le tout miséricordieux, le très miséricordieux, (…) à Macron, le dirigeant des infidèles, j’ai exécuté un de tes chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad, calme ses semblables avant qu’on ne vous inflige un dur châtiment. » »

Alors, on explique que la miséricorde décrite ainsi est l’acceptation chrétienne de ce mot, dans laquelle le pardon est au cœur du sentiment.

Mais il semble que l’islam ne donne pas la même définition.

<Wikipedia> explique ainsi que :

« Rahma » est un concept coranique souvent associé à la miséricorde divine et se traduisant par « la sensibilité »ou « la bonté, la bienveillance » Présent 114 fois dans le Coran, ce terme concerne Allah, sauf trois fois où le terme est utilisé pour des humains :« les fils envers leurs père et mère (XVII, 24), les époux entre eux (XXX, 21), les Chrétiens entre eux (LVII, 27). »
La traduction la plus courante de ce concept est « miséricorde ». Pour D. Gimaret, elle « est inadéquate, pour la raison que dans le français actuel, et notamment dans le vocabulaire religieux, «miséricorde» inclut fondamentalement l’idée de pardon ». Alors que le principe de pardon divin est généralement absent du concept de Rahma. »

Nous avons plus de précisions sur ce <site>

« « Au nom d’Allah le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ». Le Coran s’ouvre par ces mots, ainsi que 113 des 114 sourates qui le composent. Une sourate entière, la 55, porte le nom de ar-Rahmân, « le Tout Miséricordieux ». En outre, la Fâtiha (la première sourate) est récitée par les musulmans à chacune de leurs cinq prières quotidiennes. Enfin, la liste des 99 « beaux noms de Dieu » de la tradition islamique, commence par : Dieu (Allâh), le Bienfaiteur (ar-Rahîm), le Miséricordieux (ar-Rahmân). La notion de miséricorde est donc très présente dans l’islam.

Que signifie-t-elle au juste ?

[…] On l’a vu, à proprement parler, la miséricorde en islam désigne davantage la compassion ou la bienveillance (d’Allah ou des croyants) que le pardon des fautes. Interpréter ces versets coraniques avec la compréhension chrétienne du terme « miséricorde » serait faire un profond contresens. L’Encyclopédie de l’islam ne craint pas d’affirmer que l’idée de pardon « est totalement absente des emplois coraniques de rahma », même si le Coran associe parfois ces notions : Ton Seigneur est celui qui pardonne : Il est le maître de la miséricorde (XVIII, 58).

D’ailleurs, l’islam est aussi très loin de l’idée chrétienne d’un pardon illimité s’étendant à toutes les fautes et à tous les hommes ! Il suffit de comparer la parabole du débiteur impitoyable auquel le maître remet 10 000 talents, ou la réponse de Jésus à Pierre « Je ne te dis pas [de pardonner] jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (cf. Mt 18,21-22) avec ce verset coranique : […] Il pardonne à qui Il veut. (IV, 116). Non seulement, Dieu ne pardonne qu’aux musulmans, auxquels il réserve son paradis, mais ce pardon s’étend arbitrairement sur « qui il veut » […] A cinq reprises, le Coran affirmera : « Dieu pardonne à qui Il veut ; Il châtie qui Il veut » (II, 284 ; III, 129 ; V,18 ; V,40 ; XLVIII, 14)  »

Mais ceci est de l’ordre religieux.

En France, ce n’est pas la loi religieuse qui s’impose, mais la Loi de la République.

Et nous la défendons fort mal.

Ce professeur, Samuel Paty a fait son devoir, il a voulu expliquer à ses élèves ce qu’était la liberté d’expression, comme le voulait le programme de l’éducation nationale.

Mais pour que cet enseignement ne s’abime pas dans le concept, il a voulu expliquer en quoi les caricatures de Mahomet constituent une expression de cette liberté.

Il a même pris la précaution de suggérer à des élèves qui pourraient être « choqués » par ces dessins de se cacher les yeux ou de quitter momentanément la classe.

Il a accompli sa mission, l’apprentissage des Lois de la République.

Et que lisons-nous dans cet <article de Libération ?>

« Libération a pu consulter une note du renseignement territorial des Yvelines (RT78) rédigée le 12 octobre. Elle établit une chronologie précise des événements depuis le 5 octobre, et le cours tenu par Samuel Paty, durant lequel le professeur d’histoire a montré une caricature de Mahomet à des élèves de 4e. La note affirme que l’épisode a déclenché «une vive polémique chez certains parents de confession musulmane, considérant qu’il s’agit d’une véritable offense». Le RT des Yvelines envisage alors des «menaces de sit-in et de manifestations», et transmet ses observations à sa centrale (SCRT), à l’antenne yvelinoise de la Direction générale de la sécurité intérieure (DDSI), aux préfectures des Yvelines et de Paris.

Le document confirme que Samuel Paty a préalablement demandé aux élèves «qui pourraient être offensés par cette image, de fermer les yeux ou de sortir de la classe quelques secondes en présence d’une auxiliaire de vie scolaire». C’est la présence, à ce moment-là, d’une accompagnante d’un élève en situation de handicap (AESH) qui permet de confirmer les détails de la scène. Le lendemain, une mère de famille « contactait la principale en pleurs », affirme la note du RT78, «lui rapportant que sa fille avait été mise à l’écart dans le couloir sous prétexte qu’elle était musulmane», et qu’elle «vivait cette situation comme une discrimination». La cheffe d’établissement demande alors à Samuel Paty de rencontrer la mère en fin de semaine, et de revenir avec la classe concernée sur son enseignement «controversé», en l’invitant également à «s’excuser s’il avait été maladroit». L’intéressé s’exécute, précise le document du renseignement.

Pour autant, la tension ne retombe pas. Selon le RT78, la cheffe d’établissement reçoit le 7 octobre «des messages anonymes de protestation, via la boîte mail de l’établissement». L’un d’entre eux mettait en exergue le climat de défiance envers les musulmans: «Face au climat actuel de la France, où un climat d’islamophobie s’est installé, pourquoi cherchez-vous à diviser en plus dès le plus jeune âge?»

La principale rencontre ensuite le père de famille et le prédicateur du collectif Cheikh-Yassine, Abdelhakim Sefrioui, actuellement en garde à vue après la diffusion de vidéos virales sur les réseaux sociaux. Sefrioui y qualifie notamment Samuel Paty de «voyou ». Lors de l’entrevue avec la cheffe d’établissement, ils font part de leur colère et refusent de rencontrer Samuel Paty. Cette dernière demande alors, selon la note du RT78, «l’intervention de l’équipe Laïcité et Valeurs de la République [personnels d’accompagnement et de prévention de l’Académie, ndlr]». Par ailleurs, la venue d’un inspecteur est programmée le 9 octobre à 13h45, afin «d’accompagner la principale lors d’un entretien avec le professeur pour notamment lui rappeler les règles de laïcité et de neutralité». En outre, poursuit le document, «cela permettait de préparer la rencontre programmée entre le professeur, la principale puis les parents d’élèves».

En dépit de la diffusion des vidéos qui ont animé les réseaux sociaux, la note du RT78 conclut: « La communication entre la direction et les familles a visiblement permis d’apaiser les tensions, lesquelles sont principalement du fait de la famille C. [le père actuellement en garde à vue, ndlr]. Précisons que pour l’heure, les responsables de la communauté musulmane locale ne sont pas manifestés. […] Au sein du collège, aucune tension majeure n’est palpable, tant du côté de la communauté éducative que de la fédération des parents d’élèves qui, tout en reconnaissant une certaine maladresse du professeur (bien apprécié par sa hiérarchie), ne le désavoue pas pour autant »

Je lis donc qu’on a demandé à ce remarquable professeur de s’excuser auprès de parents en plein délire et même qu’un inspecteur avait l’intention de lui rappeler les règles laïcité et de neutralité !

C’est inadmissible !

On ne peut pas mettre sur un même plan le rôle de ce professeur et la sensibilité exacerbée d’une famille.

L’Éducation Nationale, L’État Français n’ont pas dit le Droit, pas fait parler la République.

Alors, depuis il y a eu le meurtre et maintenant le langage est différent.

Comme la Mosquée de Pantin qui a diffusé la vidéo d’un père de famille revendicatif.

Après avoir supprimé cette diffusion, après l’acte de terrorisme, la Mosquée de Pantin a appelé à manifester pour la paix !! ??

Les responsables de la Mosquée reconnaissent avoir diffusé l’appel <la mosquée de Pantin reconnaît avoir diffusé la vidéo du père de famille >

La défense du président de la Mosquée interrogé est surprenante :

«Je n’ai pas été choqué par les caricatures. Qu’elles soient publiées ou non, on s’en fiche maintenant.» […] Ce qui aurait motivé M Henniche, c’est la discrimination imposée, selon lui, aux élèves musulmans dans le cadre du cours donné le 5 octobre par Samuel Paty. «Je ne comprends pas que l’on demande à des enfants de la République de sortir d’une classe», déclare Henniche. »

Mais comme l’écrit Libération :

« Cette lecture des événements ne correspond pas tout à fait à ce qui s’est passé au collège du Bois-d’Aulne. De fait, Brahim C., le père de famille, semble avoir entretenu une certaine ambiguïté dans sa vidéo postée le 7 octobre. Quoi qu’il en soit, M’hammed Henniche endosse la responsabilité d’avoir diffusé la vidéo. Mais il réfute avoir démultiplié son audience. «Elle était déjà virale dans les milieux musulmans», assure-t-il. »

On apprend ainsi que le président de la mosquée est une figure connue en région parisienne. A la tête de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis, M Henniche est influent auprès de responsables locaux de lieux de culte et de personnalités politiques du département. L’affaire est plus qu’embarrassante pour la future grande mosquée de Pantin. Sa construction aurait dû démarrer cet été mais a été retardée à cause de la pandémie de Covid-19. […] En attendant, les prières ont toujours lieu dans les anciens locaux très fréquentés, il y a quelques années, par des groupes de jeunes salafistes. «Cela a beaucoup changé», assure Henniche. Pourtant, l’imam salafiste Ibrahim Abou Talha y est toujours en poste. D’origine malienne, il s’est formé au sulfureux centre de Dammaj au Yémen qui avait vu passer l’un des frères Kouachi.

Mais sa défense ultime est que :

«Personne, dit-il, vraiment personne, ne pouvait imaginer, le 9 octobre quand je l’ai postée, que cela se terminerait par cet assassinat».

Et il en va de même avec Abdallah Zekri (Observatoire de lutte contre l’islamophobie) qui prétend qu’« Il faut faire bloc autour de la République ».

Ce triste sire est le même qui a affirmé que la jeune Mila « l’avait bien cherché ». J’avais parlé de cette autre affaire de lâcheté républicaine lors du mot du jour du <6 février 2020>.

Le Point est revenu il y a 4 jours sur cette lâcheté <Affaire Mila : une défaite française> qui explique dans quelles conditions elle doit vivre aujourd’hui.

Rien ne peut justifier cette violence, ces menaces et ces comportements.

Nous n’avons peut-être pas un problème avec l’Islam en France, mais nous avons clairement un grave problème avec certains musulmans en France !

Je finirai par cette réponse d’une jeune fille sur Twitter :


<1472>

Vendredi 16 octobre 2020

«Pause (Tout seul on va plus vite. Ensemble on va plus loin)»
Un jour sans mot du jour nouveau

Le mot du jour qui s’approche des 1500 articles, n’est pas qu’un billet quotidien.

Il est aussi pour moi une source que je peux utiliser dans la vie quotidienne, dans ma vie privée comme dans ma vie professionnelle.

Ainsi, dans ma vie professionnelle j’ai souvent utilisé pour convaincre les collègues d’accepter de sortir de comportements un peu trop individualistes pour manifester un esprit de meilleure coopération, ce proverbe africain :

« Tout seul on va plus vite.
Ensemble on va plus loin »

Ce proverbe avait été cité par la membre d’une compagnie de danse : la compagnie XY.

Elle était invitée dans le cadre de la biennale de la danse de 2014.

Cette biennale se passe tous les deux ans, à Lyon, en 2014, 2016, 2018.

Mais pas en 2020. Elle a été annulée en raison du COVID 19.

A l’époque, le spectacle de cette compagnie était trop récent pour pouvoir disposer d’une vidéo.

Mais aujourd’hui, il existe une présentation et des extraits de ce spectacle : <Il n’est pas encore minuit>

C’était le mot du jour du <16 septembre 2014>

<Mot sans numéro>

jeudi 15 octobre 2020

«Pause (Pour que les hommes se reconnaissent et se garantissent mutuellement des droits)»
Un jour sans mot du jour nouveau

Le mot du jour qui s’approche des 1500 articles, n’est pas qu’un billet quotidien.

Il est ainsi possible de faire comme ce chat, feuilleter virtuellement le livre des mots du jour.

Ainsi le 12 septembre 2014, je citais le grand sociologue français Émile Durkheim (1858-1917).

La Démocratie c’est accepter d’être dans la minorité et d’obéir à des lois avec lesquels on n’est pas fondamentalement en accord, mais les accepter parce que elles ont été voulues par la majorité.

La démocratie sociale, ou l’Etat providence c’est encore plus difficile.

On accepte de payer des impôts et des cotisations sociales non pas forcément pour en tirer un bénéfice de même niveau directement. Mais pour aider d’autres dans les difficultés de la vie et de vieillesse. D’autres qui ne sont pas les parents ou les enfants, ni même la famille, mais la communauté nationale.

Et pour que ce miracle de la civilisation humaine et non de la nature puisse exister il faut que se réalise ce qu’Emile Durkheim a écrit :

« Pour que les hommes se reconnaissent et se garantissent mutuellement des droits, ils faut qu’ils s’aiment et que pour une raison quelconque ils tiennent les uns aux autres et à une même société dont ils fassent partie. »

C’était le mot du jour du <12 septembre 2014>

<Mot sans numéro>

Mercredi 14 octobre 2020

«Pause (tout ce qui se trouve au-dessus d’elles est incapable et indigne de les gouverner)»
Un jour sans mot du jour nouveau

Le mot du jour qui s’approche des 1500 articles, n’est pas qu’un billet quotidien.

Il est tout à fait possible de relire des articles anciens.

Bien avant les gilets jaunes, le 28 mars 2014, je citais un grand intellectuel français qui lui était encore beaucoup plus ancien.

Il s’agit de l’auteur de la « Démocratie en Amérique » et d’un ouvrage que j’ai étudié lors de mes études de Droit : « L’Ancien Régime et la révolution ».

Il est mort en 1859, soit quasi 100 ans avant ma naissance, à un an près.

Alexis de Tocqueville disait .moins d’un mois avant la Révolution de 1848 :

« il se dit dans leur sein [ des gouvernés] que tout ce qui se trouve au-dessus d’elles est incapable et indigne de les gouverner »

C’était lors du <Discours à la Chambre des députés du 27 janvier 1848>

<Mot sans numéro>

Mardi 13 octobre 2020

«Pause (Un anniversaire) »
Un jour sans mot du jour nouveau

Le mot du jour qui s’approche des 1500 articles, n’est pas qu’un billet quotidien.

Il est aussi une collection d’articles qui touchent énormément de domaines.

C’est pour cette raison qu’il m’est difficile de présenter le «mot du jour» en quelques phrases.

Ce n’est pas un billet d’humeur, parfois cela peut l’être, mais pas que.

En pratique je parle de tout.

Ainsi il y a 3 ans le 13 octobre 2017, je parlais d’anniversaire, à travers l’Histoire de ce mot et de l’évènement que chacun a l’habitude de célébrer.

Il y eut une époque à laquelle on ne connaissait même pas sa date d’anniversaire.

L’usage était de fêter le saint de son prénom.

Le 13 octobre, nous fêtons ainsi les Géraud.

Pour ma part, je n’ai jamais rencontré une personne portant ce prénom.

L’original, celui qui a été canonisé était Saint Géraud d’Aurillac (né en 855 à Aurillac et mort le 13 octobre 909 en Quercy). Il était le fils de Géraud, seigneur d’Aurillac, et d’Adeltrude, qui fut également canonisée.

Il fut fondateur de l’abbaye d’Aurillac, modèle de celle de Cluny, sa vie a été relatée par Odon de Cluny qui en a fait le modèle chevaleresque du seigneur chrétien qui met sa force et ses richesses au service de la Justice et des humbles.

Peut être un prénom pour des parents en quête d’un prénom peu usité…

Mais le mot du jour du 13 octobre 2017 parlait d’« Un anniversaire »

<Mot sans numéro>

Lundi 12 octobre 2020

«Pause (Si la progression permanente, depuis deux décennies, de l’inégalité sociale)»
Un jour sans mot du jour nouveau

Le mot du jour qui s’approche des 1500 articles, n’est pas qu’un billet quotidien.

Il est aussi une somme de sujets abordés, parfois plusieurs fois, sous différents angles.

On peut ainsi y revenir.

C’est ainsi que je le conçois.

Aujourd’hui je vous propose de revenir 6 ans auparavant en 2014.

J’avais mentionné une tribune dans le Monde du philosophe allemand : Jürgen Habermas :

« «Le modèle de société européen […] repose sur le rapport interne de l’Etat social et de la démocratie.
Si la progression permanente, depuis deux décennies, de l’inégalité sociale (une tendance empiriquement prouvée pour les pays industriels),
ne se laisse pas inverser, ce rapport se déchirera.»

Son propos reste d’une brulante actualité.

Jurgen Habermas a aujourd’hui 91 ans.

Je vous renvoie donc vers le mot du jour du <25 février 2014>

Si vous êtes abonnes au Monde vous pouvez aller directement vers l’article :

< Repolitisons le débat européen, par Jürgen Habermas >.

<Mot sans numéro>

Vendredi 9 octobre 2020

« L’intelligence c’est aussi important que le soleil. »
Juliette Gréco

Je ne me suis intéressé à « Boomerang », l’émission d’Augustin Trapenard sur France Inter qu’à partir de cette exceptionnelle série « Lettres d’intérieur » dans laquelle, pendant le confinement, il a lu chaque jour la lettre d’un écrivain, d’un artiste, d’un journaliste qui parlait de ce moment étonnant et unique. Il lisait de sa voix chaude, avec émotion et pudeur.

J’en ai fait quatre mots du jours « Je te demande pardon. » d’Ariadne Ascaride, « Puisque seul l’amour sait nous raconter à ceux qui savent écouter. » de Yasmina Khadra, «C’est la bonté qui est la normalité du monde car la bonté est courageuse, la bonté est généreuse et jamais elle ne consent à être comme une embusquée, qui, à l’arrière vit grâce au sang des autres.» de Wajdi Mouawad et «Mais nous, dis, nous resterons tendres ? On ne va pas se faire avaler !» de Sophie Fontanel.

Mais il en ait tant d’autres à écouter sur la page des « Lettres d’intérieur ».

Dans Boomerang, il invite une ou un artiste et lui pose des questions.

Il est de la lignée de Jacques Chancel, celui qui laisse toute sa place à l’artiste, qui présente un écrin dans lequel l’artiste se sent accueilli et peut exprimer sa liberté et sa créativité.

Il n’est pas de la lignée de Thierry Ardisson ou Laurent Ruquier qui tout en étant de grands professionnels ont d’abord pour objet de se promouvoir eux même.

Et donc, dans cet écrin il avait accueilli Juliette Gréco, en 2015, à la veille de la sortie de l’album de sa tournée d’adieu.

Cette émission a été rediffusée le 24 septembre 2020 : <Muse, Juliette Gréco>. C’est encore une pépite qui fait du bien à écouter. Échange de profondeur et aussi plein d’humour

J’en prendrai quelques extraits :

Augustin Trapenard lui fait parler de sa pudeur. Elle aime être habillée en noir. Comme cela sur scène on ne voit pas son corps, on ne voit que ses mains et son visage.

Elle explique que sa pudeur vient peut-être de sa nature ou de son éducation religieuse bourgeoise. Elle dit qu’elle préfère peut-être le mystère à l’étalage. « Je trouve cela plus sensuelle », dit-elle. Et elle ajoute cette phrase merveilleuse :

« Je suis ravi de voir des filles qui ont des jupes au ras du bonheur »

Augustin Trapenard aussi a adoré cette expression « des jupes au ras du bonheur. »

Et quand le journaliste lui demande qu’elle sont ses goût musicaux, ce qu’elle écoute dans son salon, dans sa voiture.

« C’est plutôt ce qu’on appelle la musique classique, j’ai besoin du silence de la musique classique et j’ai besoin qu’il n’y ait pas de mots. J’ai besoin qu’on me réconforte. Si je suis de mauvaise humeur c’est Mozart. Si je suis de bonne humeur c’est Schoenberg ou des choses compliquées. »

Juliette Gréco a beaucoup chanté les poètes. Et quand Augustin Trapenard lui demande quels sont les poètes d’aujourd’hui, elle a cette réponse :

« Le nouveau langage est celui des rappeurs, des slameurs. Je pense que c’est un nouveau langage qu’il faut absolument respecter et qu’il faut bien écouter. Ils sont la parole de la jeunesse. Et c’est une chose qu’il ne faut pas louper parce que c’est grave. Il faut écouter ce qu’ils ont à dire. »

Et puis il y a son histoire d’amour avec le compositeur et trompettiste de jazz américain. : Miles Davis

Au printemps 1949, alors de passage à Paris pour se produire au festival de jazz international, Miles Davis rencontre Juliette Gréco. Cette dernière donne un concert au cabaret Le Bœuf sur le toit où elle chante des textes de Boris Vian, Jean-Paul Sartre et Jacques Prévert. Miles Davis est alors âgé de 23 ans. Leur coup de foudre est réciproque.

Et elle a cet échange avec Augustin Trapenard :

« Il parait que c’était une révolution. Je ne m’en suis pas rendu compte du tout. […] Quand j’ai vu Miles, je n’ai pas vu qu’il était noir. J’ai vu un mec avec une trompette sur la scène, de profil qui était absolument magnifique. Qui jouait de manière magnifique. Qui était un être unique. Et il est sorti de scène, je l’ai regardé et il m’a regardé et c’est parti.
Ça a fait scandale ?
Oui surement. Bien sûr.
Et vous en vous êtes pas du tout trouvé heurtée par ce scandale-là ?
Je me suis sentie heurtée par ce scandale, en allant en Amérique. En France, ils étaient plus sournois. Ça ne faisait pas chic d’être raciste, à cette époque-là. En Amérique cela faisait partie de la vie, de l’éducation.
Qu’est-ce qui vous révolte aujourd’hui Juliette Gréco ?
Eh bien cela par exemple, le racisme. L’absence de tolérance. »

Ils avaient évoqué le mariage. Mais aux États-Unis (à l’époque, les unions entre Noirs et Blancs sont illégales dans de nombreux États américains) c’était terriblement compliqué. Ils renonceront et Miles Davis rentrera à New York.

Lors de son entretien elle a aussi évoqué ses rencontres avec des gens intelligents : Camus, Sartre, Simone de Beauvoir et tant d’autres avec qui elle échangeait. Elle a dit :

« L’intelligence c’est aussi important que le soleil, c’est aussi important que les choses essentielles qui nous aident à vivre, qui nous font vivre. »

Lors de l’émission Augustin Trapenard fit écouter plusieurs chansons de Juliette Gréco. Particulièrement celle qui fut écrite pour sa dernière tournée de 2015 <Merci>.

Pour finir l’émission, il fit écouter <Le temps des Cerises>

J’avoue une tendresse particulière pour cette interprétation en 1972 de <la Javanaise de Gainsbourg>

Cette page de France Inter lui rend aussi hommage : <La chanteuse Juliette Gréco est morte>. Mais rien ne saurait remplacer la poésie de l’échange entre Juliette Gréco et Augustin Trapenard : <Muse, Juliette Gréco>

<1471>

Jeudi 8 octobre 2020

« La France prend des bonnes mesures, mais elle est toujours un peu en retard. C’est ça le problème. »
Axel Kahn, le 6 octobre sur France Culture

On les appelle « les rassuristes ». Il s’agit de scientifiques et de médecins qui prétendent que les précautions contre le COVID sont excessives et que la pandémie est en déclin.

Ainsi, l’épidémiologiste de l’Inserm Laurent Toubiana, affirme qu’une partie énorme de la population a été exposée à ce virus. Il pense donc que nous disposons d’une immunité collective.

Ce à quoi répond sur un site de presse canadien, Florian Krammer, professeur de microbiologie à l’école de médecine Icahn de l’hôpital Mount Sinaï à New York :

« L’immunité collective par infection naturelle n’est pas une stratégie, c’est le signe qu’un gouvernement n’a pas réussi à contrôler une épidémie et qu’il en paie le prix en vies perdues ».

D’autres comme Jean-François Toussaint, directeur de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (Irmes), affirme que la pandémie régresse :

« Les autorités sanitaires parlent « d’explosion », alors que «la pente actuelle [du nombre de cas positifs] est quinze fois plus faible que celle que nous avons connue en mars».

<Libération> a publié un article le 4 octobre dans lequel il fait le point sur les propos des rassuristes et tout en reconnaissant la réalité de certains constats ne partage pas la stratégie et les conséquences qu’en tirent ces scientifiques optimistes.

Le Professeur Didier Raoult, et le professeur Christian Perronne considèrent que le virus a muté et qu’il est devenu moins dangereux.

Dans les matins de France Culture de Guillaume Erner, chaque vendredi à 7h12, Nicolas Martin, producteur de l’émission « La méthode scientifique », tient une chronique qui s’appelle Radiographie du coronavirus.

Dans celle du 25 septembre, il essaie de répondre à la question « le SARS-CoV2 a-t-il muté ? ». Avec une équipe qui l’entoure, il lit les publications scientifiques avant d’en faire la synthèse pour sa chronique. Et sa conclusion et sans appel : le virus a muté de façon très marginale et :

« Donc, il n’est pas vrai de dire qu’aujourd’hui, la version qui circule et qui nous contamine est une version moins virulente que celle qu’on avait au mois de mars. C’est a priori strictement la même. »
Nicolas Martin

Pour cette chronique il a été très attaqué sur les réseaux sociaux et aussi par des courriers à la médiatrice de France Culture.

Il défend sa position devant ses accusateurs sur cette page : « Le rendez-vous de la médiatrice de France Culture du 1er octobre 2020»

Enfin le confinement est remis en cause.

Laurent Toubiana avait affirmé sur RT France, le 24 août

« On s’aperçoit que cette épidémie se propage exactement de la même manière partout, et notamment, une chose très remarquable, indépendamment des mesures prises. »

Et Jean-François Toussaint, sur Sud Radio, évoque, lui, une étude britannique prouvant l’inefficacité du confinement :

« L’université d’Oxford a démontré que dans le monde entier, il n’y avait aucun lien entre l’importance du confinement et la réalité de la mortalité pour chacun des pays qui ont défini des cas.»

Sur le premier point l’exemple de la Suède montre le contraire.

Car il faut comparer les choses comparables et donc la Suède qui n’a pratiqué aucun confinement et pas d’obligation de porter le masque, avec ses voisins immédiats, le Danemark, la Norvège et la Finlande qui ont pratiqué la politique inverse.

Sur ce <Site> vous pouvez voir la mortalité du COVID pour 100 000 habitants :

  • Suède           59,15 / 100 000
  • Danemark     11,83 / 100 000
  • Finlande         6,30 / 100 000
  • Norvège         5,17 / 100 000

Le mot du jour <du 17 juin 2020> soulignait que ces 3 derniers pays étaient gouvernés par des femmes.

Pour compléter le tableau, la France est à 48,37 / 100 000.

Le responsable scientifique de cette stratégie, l’épidémiologiste suédois Anders Tegnell, de l’Agence de santé publique, a reconnu que la mortalité était « vraiment » trop élevée.

Concernant spécifiquement le confinement, le généticien et président de la Ligue contre le cancer Axel Kahn affirme que le confinement cela marche.

Et la Chine s’en sort bien. Car même si les chiffres officiels sont faux, ce n’est pas une hécatombe et l’activité et les voyages à l’intérieur de la Chine montrent que ce pays est en train de sortir de la pandémie.

Pour Axel Kahn l’explication est évidente :

« Il y a deux raisons à cela. La première raison est que, évidemment, l’épidémie l’a frappée avant tout le monde. Et la deuxième raison, c’est qu’elle a utilisé plus massivement l’arme, qui est l’arme absolue contre le virus : le confinement, le confinement complet total prolongé. On l’a vu d’ailleurs en France, il n’y a pas plus efficace. […] C’était un confinement bien pire que ce que l’on a connu en France. La Chine, évidemment, a pâti économiquement durant le confinement. Maintenant, elle a repris sa marche en avant et elle peut faire des fêtes sans masque. Et donc, elle peut dire « nous, par rapport à l’Amérique qui n’arrive pas à se tirer de ce désastre dû à une gestion épouvantable, cataclysmique ; nous, notre modèle est meilleur ». Ce à quoi on a assisté à l’occasion de cette pandémie, c’est une accélération de la bascule du monde vers l’Orient. »

C’est ce qu’il a déclaré dans l’émission du Matin de France Culture du <06/10/2020>

Dans une tribune sur le site de France Culture du 30 septembre dans laquelle il s’exprime assez longuement sur la stratégie suivie en France et sur son analyse de l’évolution de la pandémie depuis mars, il prétend que sans les gestes barrières, les masques et les autres restrictions l’épidémie repartirait comme en mars.

Il dénonce « la brochette d’abrutis qui disent que rien ne se passe »

Dans l’émission du 6 octobre après avoir fait le constat que le confinement en France a bien freiné considérablement la diffusion de la pandémie, il ajoute :

« En France, la grosse erreur a été le déconfinement. Le déconfinement a fait perdre une partie de ce que le confinement avait permis. »

Il faut préciser qu’il ne remet pas en cause la décision de déconfiner, mais la stratégie et les conseils qui ont été ou n’ont pas été donnés pour accompagner un déconfinement plus responsable.

Et son analyse c’est que :

« La France prend des bonnes mesures, mais elle est toujours un peu en retard. C’est ça le problème. Il est certain que le problème économique est majeur. Le problème de choix de la joie d’y vivre également. Mais parce qu’on veut en tenir compte un peu trop, on est obligé de serrer la vis. »

Nous sommes dans une situation très compliquée.

Il faut, je crois, rester très humble dans ses prises de position et ses affirmations.

L’article de Libération me semble très intéressant et assez nuancé.

<1470>

Mercredi 7 octobre 2020

« [Pour me sentir mieux] je prends de la distance. »
Mafalda dessinée par Quino

J’avais déjà fait appel à Mafalda lors du mot du jour du <20 novembre 2019> : « Vivre sans lire c’est dangereux, cela t’oblige à croire ce que l’on te dit »

Et je pense que dans le monde de l’immédiateté, des avis sur tous les sujets, cette parole que Quino a mis dans la bulle de Mafalda est bienvenue.

Mafalda a été créée en 1964 par le dessinateur et scénariste argentin Joaquin Salvador Lavado, dit Quino,

Quino est décédé mercredi 30 septembre à l’âge de 88 ans, à Mendoza, la ville qui l’avait vu naître en 1932.

<Atlantico> écrit :

« Quino avait créé cette petite héroïne anticonformiste en 1964. Il livrait, à travers les yeux de cette fillette issue de la classe moyenne argentine, sa propre réflexion contestataire sur le monde. Mafalda critiquait notamment la gestion de la planète par les adultes. Ce personnage était très concerné par les problèmes économiques et sociaux, les inégalités ou bien encore l’injustice. »

Quino a créé de nombreuses autres œuvres et des recueils de dessins d’humour mais il est définitivement connu pour le personnage de Mafalda.

<Le Figaro.fr> nous apprend qu’on le surnommait le « Sempé argentin » et ajoute :

« Il n’a jamais cessé de se battre contre l’arbitraire et les abus d’un monde en pleine mondialisation. Entré à l’école des Beaux Arts de Mendoza à 13 ans, ce fils d’Andalous avait arrêté ses études assez vite pour se consacrer à sa passion, l’illustration d’humour. En plus d’un demi-siècle de dessins de presse et de bande dessinée, cet humoriste à la douce poésie graphique, aura toujours porté avec lucidité, sa plume dans les plaies du globe. »

Mafalda est la petite fille d’un agent d’assurances argentins marié à une femme au foyer. Les parents sont souvent dépassés par la maturité de cette jeune héroïne rebelle. Inlassablement elle questionne sur la condition féminine, la dictature, la surpopulation, la guerre atomique ou encore Fidel Castro. Et le plus souvent elle exprime son indignation contre le monde injuste.

Quino avait expliqué comment Mafalda était née, au départ d’une idée pour faire de la publicité. Il déclarait au Figaro en 2004 :

«Mafalda est un peu la petite sœur argentine du petit Nicolas… en plus politisé[…]. Toutefois, elle est née d’une bien curieuse manière. C’était en 1962. Une marque d’électroménager m’avait commandé une campagne de publicité où je devais combiner Peanuts et la série Blondie. Il s’agissait des aspirateurs Manfield, marque argentine équivalente à Philips. J’avais créé une douzaine de «strips» où Mafalda évoluait, au quotidien, au sein d’une famille modèle. Finalement, la campagne n’eut jamais lieu. C’est mon ami Julian Delgado, rédacteur en chef de la revue hebdomadaire Primera plana, qui me demanda, en 1964 : « Tu aurais quelque chose pour nous ? » C’est ainsi que Mafalda, dont j’avais trouvé le nom dans le roman de David Vinas, Dar la cara, vit le jour… »

<Le Monde> précise que c’est son épouse qui a eu l’intuition que le personnage de publicité pourrait devenir un personnage de BD :

« Ma femme a été l’élément clé dans la reconnaissance de Mafalda », avait-il assuré en 2014 lors de la remise du prix Prince des Asturies. »

Quino était un créateur de comic strip, ou simplement strip. C’est-à-dire une bande dessinée de quelques cases disposées en une bande le plus souvent horizontale.


Les aventures de Mafalda ont été l’un des « comics strips » les plus publiés au monde.

Lors des 50 ans de la création de Mafalda, Le Monde publia un entretien avec son créateur le <30 janvier 2014>

Quino, papa désabusé de Mafalda, une gamine de 50 ans

Lorsque le journaliste lui demande d’expliquer la notoriété planétaire de son personnage il répond :

« Je ne le sais pas moi-même, mais peut-être est-ce dû au fait qu’une grande partie des questions qu’elle se pose sont encore sans réponse. Parfois, je me surprends moi-même de voir comment certains strips que j’ai dessinés il y a plus de quarante ans s’appliquent à des questions d’aujourd’hui. L’année dernière est sorti un livre en Italie, qui reprenait des vignettes de Mafalda parues dans la revue Siete Das. Elles étaient classées par thèmes : politique, économie… Ce qui est incroyable, c’est que de nombreux strips semblaient faire directement référence à la dernière campagne de Berlusconi ! »

Finalement Mafalda n’aura occupé qu’une petite période de l’activité de Quino de 1964 jusqu’en 1973. Il ne regrettait pas d’avoir arrêtée si tôt le personnage auquel il continue à être associée :

« Absolument pas. Cela a été très difficile, mais je ne voulais pas que Mafalda devienne une de ces BD que les gens lisent par habitude. De plus, faire un strip n’est pas la même chose que faire une BD traditionnelle. Il s’agit d’un travail très routinier : il faut dessiner toujours les mêmes personnages, dans les mêmes proportions. C’est comme si un menuisier devait toujours tailler la même table. Moi, je voulais aussi faire des portes, des chaises et des banquettes. »

Et il finit l’entretien par ce propos pessimiste :

« Si je suis heureux de voir que Mafalda a encore des lecteurs aujourd’hui, cela m’attriste de constater que les thèmes dont elle parle restent d’actualité. Ils ont un autre nom aujourd’hui, mais ils restent les mêmes. Le monde qui existait en 1973 quand j’ai cessé de faire cette BD et que Mafalda critiquait tellement est le même, voire pire aujourd’hui. »

Il était proche de Wolinski et de Cabu. Il avait exprimé lors de l’attentat de Charlie Hebdo et de ceux qui ont suivi que son héroïne Mafalda aurait ressenti une « terrible peine ». Une autre fois il avait affirmé : « Mafalda c’est moi ! »


<1469>

Mardi 6 octobre 2020

« Et je dis aux femmes trois choses : votre indépendance économique est la clé de votre libération. Ne laissez rien passer dans les gestes, le langage, les situations, qui attentent à votre dignité. Ne vous résignez jamais !»
Gisèle Halimi

Le Président de la République a célébré, au Panthéon, les 150 ans de la proclamation de la république, le 4 septembre 1870. Depuis, nous sommes en République.

En Histoire, les choses sont toujours vraies à peu près, disait le grand Historien Fernand Braudel.

Entre le 10 juillet 1940 et le 20 août 1944, durant l’occupation de la France par l’Allemagne nazie, un autre régime politique a assuré le gouvernement de la France. Son siège était à Vichy et le chef de l’État était le Maréchal Pétain. En effet, après le vote des pleins pouvoirs constituants à Philippe Pétain, le 10 juillet 1940, par l’Assemblée nationale (réunion de la Chambre des députés et du Sénat), la mention « République française » disparaît des actes officiels ; le régime est dès lors désigné sous le nom d’«État français ».

Sous la présidence du Général de Gaulle, le Gouvernement provisoire de la République française proclama, par son ordonnance du 9 août 1944, toujours en vigueur, relative au rétablissement de la légalité républicaine sur le territoire continental, la permanence en droit de la République française et nia toute légitimité au gouvernement de Vichy et de ses actes.

C’est ainsi que grâce au récit national, nous sommes en République depuis le 4 septembre 1870, sans interruption. C’est à cela que sert un récit national, raconter les faits de manière à ce que l’histoire soit conforme à ce que l’on souhaite.

Pour fêter ces 150 ans, le Président de la République a prononcé un discours que vous trouverez derrière <ce lien>.

Il est possible que j’y revienne plus longuement, mais aujourd’hui je vais m’arrêter à une phrase du discours qui m’a touché :

« Comment ne pas évoquer Gisèle HALIMI, disparue cet été. De sa chère Tunisie, à notre Assemblée nationale, des prétoires, des hémicycles, de plaidoyers en manifestes, celle qui était née Zeiza TAÏEB, plaida pour l’émancipation des peuples et fit faire des bonds de géant à la cause des femmes. »

Gisèle Halimi nous a quitté pendant cet été, le 28 juillet 2020 à 93 ans.

Cette avocate, cette grande Dame, cette combattante a été tout au long de sa vie du bon côté, c’est au moins ce que je crois.

C’était le combat du féminisme et c’était le combat de la liberté.

Elle a raconté que ce combat venait de loin.

Elle est née en 1927 près de Tunis dans une famille modeste d’une mère séfarade et d’un père d’origine berbère. Ses parents voulaient un fils. Sa mère marqua toujours sa préférence pour ses fils.

Et sa première révolte fut au sein de sa famille contre l’obligation faite aux filles de servir les hommes à table, y compris ses frères, et contre l’obligation de se consacrer à des tâches ménagères dont ses frères sont dispensés. C’est pourquoi à l’âge de treize ans, elle entame une grève de la faim afin de ne plus avoir à faire le lit de son frère. Au bout de trois jours, ses parents cèdent et elle écrit dans son journal intime de l’époque :

« Aujourd’hui j’ai gagné mon premier petit bout de liberté »

Dans ses derniers mois, elle a eu la force d’écrire avec la journaliste Annick Cojean, ses mémoires qui ont parues le 19 août : « Une farouche liberté »

Annick Cojean qui avait publié dans le Monde, le 22 septembre 2019, une longue interview de Gisèle Halimi : « J’avais en moi une rage, une force sauvage, je voulais me sauver »

Elle a embrassé la carrière d’avocate :

« Avocate pour se défendre et pour défendre. Avocate parce que l’injustice lui est « physiquement intolérable ». Avocate parce que, femme, elle est depuis le début dans le camp des faibles et des opprimés. Avocate « irrespectueuse », comme elle aime à se définir, parce que l’ordre établi est à bousculer et que la loi doit parfois être changée. Enfin parce que « ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience », comme l’écrit René Char, qu’elle cite volontiers. »

Dalloz qui est la référence pour toutes celles et ceux qui ont étudié le Droit en France lui a rendu un long hommage dans son journal <Dalloz actualité> par la plume de Dominique de la Garanderie, avocate, ancien bâtonnier de Paris.

Et cet hommage commence ainsi :

« La défense, jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte. La défense, d’abord pour des hommes et des femmes, la défense qui est leur droit. La défense, pour gagner, mais aussi la défense qui fait douter des aptitudes à défendre. La défense pour la justice, la défense contre la loi.

Sa vocation peut être née d’un profond sentiment d’injustice qui l’a conduite à faire la grève de la faim à 10 ans pour protester et lutter contre un asservissement à l’égard de ses frères.

Sa vocation peut être née de l’assimilation des principes républicains de liberté, égalité et fraternité.

Sa vocation peut être née du refus de l’organisation de la société de la première moitié du XXe siècle et d’une mère ancrée dans les principes les plus traditionnels.

Gisèle Halimi était avocate.

La nécessité de l’indépendance, l’évidence de la recherche de justice, la volonté d’agir, la rage de convaincre ont été des moteurs au service d’une intelligence hors du commun et d’une détermination à toute épreuve. Elle devait être avocate. »

Et quelle avocate !

Mais dans l’interview d’Annick Cojean, elle revient sur les racines de sa colère, de sa soif de justice dans ce qu’elle a vécu et compris dans sa jeunesse :

«  Ma grand-mère, ma mère et moi avons vécu comme ça ; alors toi aussi ! », me disait ma mère, Fritna, faisant du mariage et de la sujétion à un homme mon horizon ultime. Cela impliquait de me mettre au service des hommes de la famille, de servir mes frères à table et de faire leur lit, le ménage et la vaisselle. Je trouvais cela stupéfiant. Pourquoi ? Au nom de quoi ? Avant même la révolte, je ressentais une immense perplexité. Pourquoi cette différence ? Elle n’avait selon moi aucun fondement ni aucun sens. […] Tout était déjà là. Et ce récit, entendu dès mon plus jeune âge, m’a tout de suite fait comprendre la malédiction d’être née femme. C’est l’histoire de mon père Edouard, si consterné en apprenant que sa femme avait mis au monde une petite fille, qu’il a nié ma naissance pendant près de trois semaines ! Aux amis qui venaient aux nouvelles, il affirmait : « Non, Fritna n’a pas encore accouché. Bientôt, bientôt… » Il a fini par s’habituer à l’idée de la catastrophe – après tout, l’honneur était sauf, il avait déjà un fils aîné –, et nous nous sommes beaucoup aimés. Mais tout, dans mon enfance, était fait pour me rappeler que je n’étais qu’une femme, un être éminemment inférieur. […] « C’est pas juste !, disais-je constamment. C’est pas juste ! » Mon père s’énervait : « Tu n’as que ce mot-là à la bouche ! » C’est vrai. Je l’ai eu toute ma vie. Et il est indéniable que mon féminisme et mon besoin de corriger les injustices sont ancrés dans cette révolte initiale. »

Dans la jeunesse de Gisèle, le combat féministe premier était contre les mères. D’ailleurs elle aimait profondément son père, avec sa mère c’était beaucoup plus compliqué :

«  Elle me pensait anormale. Quelque chose ne tournait pas rond chez sa fille pour qu’elle refuse ainsi sa condition de fille. Elle-même avait été mariée à 16 ans, selon la norme en Tunisie, avait ensuite enfanté tous les deux ans, et entendait bien que je poursuive la tradition. Le jour où j’ai eu mes règles, elle m’a d’ailleurs prévenue : « Maintenant, c’est fini !
– Qu’est-ce qui est fini ?
– Tu ne joues plus du tout avec les garçons. »

J’étais sidérée. Moi qui jouais au foot avec eux, courais pieds nus dans les rues, nageais à perte de souffle avec une bande de copains, j’aurais dû tout arrêter ? « Mais pourquoi ?
– C’est comme ça ! »

Là encore, quelle injustice ! De quoi étais-je coupable ? Quand j’avais 16 ans, elle a tenté de me marier à un riche marchand d’huile de 35 ans. « Il a trois voitures ! », répétait-elle, tel l’Harpagon de L’Avare répétant « sans dot ! ». »

Son premier combat fut pourtant celui de la décolonisation et de la résistance. Elle deviendra l’amie d’Habib Bourguiba dont elle dit :

« Voilà un visionnaire qui avait compris que l’inclusion des femmes était gage de progrès. »

Puis sa mission d’avocat auprès des militants de la cause algérienne l’a conduit aussi à demander la grâce de ses clients auprès du Président de la République, d’abord René Coty, puis le Général de Gaulle. Et c’est lors d’une telle démarche qu’a eu lieu cet échange célèbre :

« Le 12 mai 1959, à la suite du grand procès d’El Halia en Algérie [en août 1955, des insurgés algériens tuèrent une trentaine d’Européens dans le village d’El Halia]. Et croyez-moi, c’était autre chose ! Quand il m’est apparu, il m’a semblé gigantesque. Il m’a tendu la main en me toisant. Et, de sa voix rocailleuse, il a lancé : « Bonjour madame » Il a marqué un temps. « Madame… ou mademoiselle ? » Je n’ai pas aimé. Mais alors pas du tout ! Ma vie personnelle ne le regardait pas. J’ai répondu en le regardant bien droit : « Appelez-moi maître, monsieur le Président ! » Il a senti que j’étais froissée et il a accentué sa courtoisie : « Veuillez entrer, je vous prie, maître. Asseyez-vous je vous prie, maître. Je vous écoute, maître. »

Elle raconte que De Gaulle connaissait parfaitement le dossier. Il accorda la grâce.

Son combat pour l’indépendance de l’Algérie fut encore une magnifique manifestation de courage :

« Oui, et j’étais assurément considérée comme une « traîtresse à la France » par les militaires et tenants de l’Algérie française. Il y avait des crachats, des huées, des insultes et des coups à l’arrivée au tribunal. Des coups de fil nocturnes – « tu ferais mieux de t’occuper de tes gosses, salope ! », des menaces de plastiquage de mon appartement et des petits cercueils envoyés par la poste. Je n’y ai longtemps vu que gesticulations et tentatives d’intimidation, jusqu’à l’assassinat, à Alger, de deux confrères très proches, puis la réception, en 1961, d’un papier à en-tête de l’OAS [Organisation de l’armée secrète, pour le maintien de la France en Algérie] qui annonçait ma condamnation à mort en donnant ordre à chaque militant de m’abattre « immédiatement » et « en tous lieux ». Je n’ai jamais eu peur. Sauf une nuit, au centre de torture du Casino de la Corniche, à Alger, où l’on m’avait jetée et où j’ai pensé avec culpabilité à mes fils de 3 et 6 ans, m’attendant à être exécutée. »

Et puis il y eut les combats féministes pour défendre «Djamila Boupacha » jeune militante du FLN qui avait avorté après avoir été violée et torturée par les militaires français.

Et puis le célèbre procès de Bobigny dans lequel .Marie-Claire Chevalier, 17 ans, était aussi poursuivie pour avoir avorté après un viol.

Richard Berry avait fait un spectacle qu’il a appelé « Plaidoiries » et dans lequel il mettait en scène 5 plaidoiries d’avocat dont celui de Maître Halimi dans ce procès de Bobigny.

Richard Berry dit : « Grâce à sa plaidoirie, Gisèle Halimi a changé la vie des femmes » et ajoute :

« Cette plaidoirie a une dimension particulière, d’abord parce qu’elle a eu une effet absolument extraordinaire sur la loi et sur la société », […] Je suis porté par ce texte, peut-être parce que j’ai trois filles et que je me sens donc concerné par cette forme d’oppression que les femmes ont subi, et que sans Gisèle Halimi elles continueraient peut-être de subir », prophétise Richard Berry. « Sans Gisèle Halimi, Simone Veil n’aurait peut-être pas fait passer sa loi, et ne serait peut-être pas enterrée au Panthéon. »

Et en 1971, elle est la seule avocate qui signe le manifeste des 343 femmes proclamant avoir avorté a lancé un sacré pavé dans la mare. Simone de Beauvoir, Françoise Sagan, Catherine Deneuve, Delphine Seyrig…

Elle explique :

« Et moi ! J’avais tenu à le signer malgré ma profession d’avocate et le blâme probable qui en résulterait. Car j’avais moi aussi, à 19 ans, connu la plus profonde détresse après un avortement réalisé par un jeune médecin sadique, un monstre, qui avait fait un curetage à vif en disant : « Comme ça, tu ne recommenceras pas. » J’ai beaucoup pleuré cette nuit-là, avec le sentiment qu’on m’avait torturée pour sanctionner ma liberté de femme et me rappeler que je dépendais des hommes. Mais je ne regrettais pas. La biologie m’avait tendu un piège. Je l’avais déjoué. Je voulais vivre en harmonie avec mon corps, pas sous son diktat. »

Elle revient aussi sur sa relation avec Simone Veil :

« On s’aimait beaucoup. J’ai longuement travaillé avec elle et j’ai vu grandir son féminisme. Elle m’invitait à déjeuner chez elle et n’hésitait pas à chasser son mari pour qu’on puisse papoter tranquillement : « Antoine, tu nous gênes ! » Ou bien elle m’emmenait en virée dans sa voiture avec chauffeur à la recherche d’un bistrot, moche et bien planqué, où elle pourrait fumer sans être reconnue… car elle était alors ministre de la santé. On buvait un verre de vin et on s’amusait en passant en revue le gouvernement ou en évoquant nos maris et nos fils. »

Et elle finit cet entretien par cet appel :

« Je suis encore surprise que les injustices faites aux femmes ne suscitent pas une révolte générale. […]

[Il faut] La sororité ! Depuis toujours ! La solidarité ! Quand les femmes comprendront-elles que leur union leur donnerait une force fabuleuse ? Désunies, elles sont vulnérables. Mais, ensemble, elles représentent une force de création extraordinaire. Une force capable de chambouler le monde, sa culture, son organisation, en le rendant plus harmonieux. Les femmes sont folles de ne pas se faire confiance, et les hommes sont fous de se priver de leur apport. J’attends toujours la grande révolution des mentalités. Et je dis aux femmes trois choses : votre indépendance économique est la clé de votre libération. Ne laissez rien passer dans les gestes, le langage, les situations, qui attentent à votre dignité. Ne vous résignez jamais ! »

Elle gagnera aussi le combat pour criminaliser le viol, il faut la regarder défendre calmement et avec autorité ses arguments : < en 1977, le combat de Gisèle Halimi pour criminaliser le viol>

Ce fut une très grande Dame, un bel être humain.

Je pense, comme d’autres, que sa place est au Panthéon.

Car quand on fait le récit national, il est important de savoir ce que l’on met en avant, quels sont celles et ceux qui ont mené les combats qui honorent toute l’humanité.

Gisèle Halimi a mené ces combats-là et c’est pourquoi notre Récit national serait plus humaniste s’il lui faisait toute la place qu’elle mérite.

<1468>