Lundi 23 février 2026

«La Lorraine est devenue française il y a 260 ans. »
Récit trouvé dans les livres d’Histoire de France

Le 23 février 1766, la Lorraine est devenue française, c’est ce qu’on lit dans les livres d’Histoire.

Pourquoi est-elle devenue française ?

1

Il y a d’abord le récit au premier degré, celui qui répond simplement aux questions, de sorte que tout le monde peut raconter l’histoire rapidement à ses amis, à ses enfants et même être brillant dans des quizz d’Histoire.

Portrait de Stanisław Ier par Jean-Baptiste van Loo, conservé au château de Versailles.

Cette première réponse est donc : La Lorraine est devenue française le 23 février 1766 parce que ce jour-là est mort le duc Stanislas Leszczynski, duc de Lorraine et qu’un traité avait prévu qu’à la mort du duc, le duché de Lorraine serait rattaché directement à la Couronne de France.

Stanislas Leszczynski avait à cette date 88 ans. Un lecteur négligent pourrait donc conclure, qu’à la fin du XVIIIème siècle, c’était un âge très avancé et que ce brave duc est mort de vieillesse.

L’amateur de la petite histoire ne s’en contentera pas et demandera : Comment est mort Stanislas Leszczynski ?

Le duc de Lorraine vivait à la fin de sa vie dans son château de Lunéville. En février 1766, il faisait froid et le duc habillé d’une chaude robe de chambre s’est trop approché d’un feu de cheminée opulent : son vêtement a pris feu. Il  mourut une dizaine de jours après, son agonie s’acheva le 23 février 1766.

2

Des historiens en herbe, ne se contenteront pas de ce récit de premier degré qui raconte l’histoire des rois, des ducs et consorts. Ils poseront une deuxième question : Pourquoi était-il prévu qu’à la mort du Duc, le roi de France s’empare de la Lorraine ?

A ce stade, il faut un peu plus d’attention parce cette histoire-là, est un peu plus compliquée.

Longtemps, la Lorraine fait partie du Saint Empire romain germanique.

2.1

Toute la Lorraine ?

Non, plus depuis la Paix de Westphalie en 1648 qui avaient mis fin à la guerre de Trente ans.

Le traité de Munster, la paix de Wesphalie par Gerard Terborch 1648

A l’issue de ces traités, les trois villes libres de Metz, Toul et Verdun furent retirées au Saint Empire et donnés à la France qui en fit la province des Trois Evêchés.

Mais ce récit est aussi biaisé et ne correspond qu’à une partie de la réalité. En effet, la France occupe ces 3 villes depuis 1552. Car le 15 janvier 1552, le roi de France Henri II signe, au château de Chambord, « le traité de Chambord » avec trois princes protestants allemands : l’électeur Maurice de Saxe, Jean-Albert Ier de Mecklembourg-Schwerin et Guillaume IV de Hesse-Cassel.

Ce traité prévoit qu’en échange du soutien du roi de France contre l’empereur, il obtient le droit d’occuper les Trois-Évêchés (Metz, Toul, Verdun), qui étaient alors des villes libres du Saint-Empire romain germanique. Les Français prennent militairement ces villes la même année.

Les juristes disent alors que bien que contrôlées de facto par la France, ces villes restent de « jure » sous la souveraineté du Saint-Empire. Le traité de Westphalie (plus précisément le traité de Münster, qui fait partie des accords de Westphalie) confirme la possession française des Trois-Évêchés. On peut donc dire que le traité de Munster régularise une situation qui existait depuis 96 ans.

2.2

L’historien qui ne se contente pas des récits simples se demandera ce que fut la guerre de trente ans ?

Le cœur de la guerre de Trente ans (1618-1648) fut l’affrontement entre les princes allemands protestants contre l’empereur Charles Quint catholique. Ce conflit qui s’étendit peu à peu à l’ensemble des états européens fut une première « guerre civile européenne » qu’on peut qualifier de catastrophe humanitaire.

Selon l’historiographie moderne, on estime que cette guerre mena à une perte entre 4 et 7 millions de morts (militaires et civils) pour l’ensemble de l’Europe.

Et si on tente de rapprocher cette hécatombe de la population concernée on peut dire que cette guerre a principalement touché le Saint-Empire romain germanique, où la population était estimée entre 15 et 20 millions d’habitants au début du conflit en 1618. Et si l’on élargit à toute l’Europe impliquée (incluant des régions comme la Bohême, la France, les Pays-Bas, la Suède, etc.), les chiffres totaux pourraient atteindre 50 à 60 millions d’habitants pour l’Europe dans son ensemble au début du XVIIe siècle. Près de 10% de la population européenne est morte lors de cette guerre. Cette proportion est pire pour l’Europe que la seconde guerre mondiale qui, il est vrai n’a duré que 6 ans…

La guerre de trente ans conduisit à des alliances étranges : Le roi catholique français s’allia aux princes protestants contre l’empereur catholique. Les traités de Westphalie mirent un terme à l’ambition impériale de Charles Quint de régir en monarque absolue toutes les principautés allemandes. Même si en Histoire les choses sont toujours plus compliquées qu’on les raconte, on va parler à partir de ces traités du système westphalien qui dans la théorie crée des états indépendants avec des frontières inviolables et une souveraineté qui signifie qu’à l’intérieur de cet Etat, seul le gouvernement et à l’époque le roi ou le prince avait le droit de décider des règles, de la loi, de la justice et en 1648 de la religion de l’Etat qui était celle du prince régnant.

Et c’est donc les princes protestants allemands qui permirent à la France d’acquérir officiellement les trois évêchés.

2.3
Le château de Lunéville

Mais finalement comment se fait il que le reste de la Lorraine, en dehors des 3 évêchés, fut attribué à un duc dont le suffixe du nom indique son origine polonaise et dont le successeur lors de son décès en 1766 sera le Roi de France ?

L’origine provient de ce qu’on a appelé « La guerre de la Succession de la Pologne » (1733-1738). Le roi de Pologne est élu par la Diète polonaise qui rassemble la noblesse du pays. Stanislas Leszczynski est ainsi élu roi de Pologne en 1704.

Mais la Pologne intéresse beaucoup ses voisins, elle les intéressera tellement qu’elle fut engloutie en 1795 par les trois empires russes, autrichiens et prussiens jusqu’à sa renaissance à la fin de la première guerre mondiale.

En 1709, Stanislas Leszczynski est déchu par le Prince-Électeur de Saxe, Fréderic Auguste, du Saint Empire romain germanique. Mais à la mort de ce dernier, en 1733, la diète polonaise réélit Stanislas Leszczynski, roi de Pologne plutôt que l’autre candidat : le fils du Prince Electeur de Saxe.

Cette élection ne convient pas à la tsarine de Russie Anna Ivanovna et à l’empereur d’Allemagne Charles VI de Habsbourg qui envoient des troupes contre le roi élu. Mais, par les mystères des alliances, Stanislas a su faire épouser, en 1725, sa fille Marie par le roi de France, Louis XV.

Le roi Louis XV entra donc en guerre contre la Russie et l’empereur d’Allemagne. En 1733–1734, la France occupe militairement la Lorraine pour affaiblir l’Autriche et soutenir Stanislas, il prépare ainsi l’annexion future..

Au bout de 5 ans, la guerre coutait trop cher aux yeux du roi de France qui convainquit son beau-père de renoncer au trône de Pologne et d’accepter en contrepartie le duché de Lorraine, en viager. C’est ainsi que Louis XV négocia avec ses ennemis la fin de cette guerre sans vainqueur et pu signer le 18 novembre 1738, le traité de Vienne.

Ce traité a été désigné par certains esprits taquins : le jeu des chaises musicales

  • Le candidat de la tsarine et de l’empereur allemand, fils du précédent roi, devient roi de Pologne sous le nom d’Auguste III.
  • En contrepartie, Stanislas obtient le duché de Bar et de Lorraine que la France convoitait depuis plusieurs décennies. Mais ces duchés reviendront à la couronne de France après son décès. La France ne fait pas la guerre que pour plaire à une famille par alliance mais pour agrandir son, territoire.
  • Pour compenser la perte de ce territoire, le Saint empire germanique obtient le grand-duché de Toscane qui était disponible et qui sera donné à François de Lorraine, le gendre de l’empereur, époux de Marie-Thérèse dont je parlerai plus loin.
  • L’infant don Carlos d’Espagne, qui revendiquait des droits sur le grand-duché de Toscane, obtient la Sicile et Naples, qui vont former le royaume des Deux-Siciles.
  • Et enfin, le roi de France consent à ce que l’empereur Charles VI de Habsbourg qui n’a pas de fils, transmette le patrimoine des Habsbourg et le trône d’Autriche, de Hongrie et de Bohème à sa fille Marie-Thérèse qui deviendra la mère de Marie Antoinette, épouse de Louis XVI.

Et voilà pourquoi à la mort de Stanislas Leszczynski, la Lorraine devint officiellement française.

Mais en réalité, la Lorraine était française depuis le traité de Vienne car le 30 septembre 1736, Stanisłas signe une déclaration par laquelle il renonce au trône polonais et en échange d’une rente annuelle, laisse au roi de France et à ses représentants le soin d’administrer les duchés de Lorraine et de Bar et d’y percevoir les impôts. Stanisłas peut nommer aux bénéfices, emplois et offices mais il ne peut le faire que de concert avec Louis XV. Le roi est également libre de placer ses troupes en Lorraine.

Place Stanislas

Stanislas s’investit dans les arts, l’architecture et le social. C’est lui qui décida, au centre de Nancy, de la construction entre 1751 et 1755 de ce qui allait devenir « La Place Stanislas ». Ce nom lui fut attribué en 1831.

Si vous voulez en connaître davantage sur Stanislas Leszczynski, un homme imprégné de la philosophie des Lumières « Stanislas Leszczynski ».

Il y aussi cette petite video qui retrace son parcours au château de Lunéville : « Le roi Stanislas Leszczynski et le château de Lunéville »

Il y aurait encore tant de questions à poser pour expliquer mieux l’Histoire, sans jamais complètement y parvenir.

3

Mais j’esquisserai, pour finir, un troisième niveau : C’est quoi la Lorraine ?

La Lorraine est issue de la Lotharingie. Ce qui nous ramène à la succession de Charlemagne, empereur des Francs qui sont des germains. Charlemagne est un empereur revendiqué à la fois par les allemands et par les français. Rappelons cependant que sa capitale se trouvait à Aix la Chapelle qui s’appelle désormais Aachen, ville allemande de 250 000 habitants, située dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et le district de Cologne.

Traité de Verdun 843

En réalité, il ne s’agit pas directement de la succession de Charlemagne mais de son fils Louis Ier le pieux mort en 840. Ses trois fils survivants se disputent l’héritage. Ils vont parvenir lors du Traité de Verdun en 843 à se partager l’empire.

A Lothaire, l’ainé, la partie centrale dont la capitale et le titre d’empereur. Cette partie centrale prendra pour nom Lotharingie directement inspiré par le nom de Lothaire. La Lotharingie est beaucoup plus vaste que la Lorraine.

L’Ouest de l’empire va être attribué à Charles le Chauve. C’est à la suite de ce traité que cette zone géographique, à l’ouest de l’empire de Charlemagne, appelée « Gaule » depuis plus de mille ans est désignée désormais sous le nom de « Francie occidentale », qui donnera le terme « France » ultérieurement.

L’est de l’empire sera attribué à Louis le germanique. Sur ce territoire appelé d’abord la Francie orientale, se développeront les états allemands, puis le saint empire romain germanique, puis l’état unifié d’Allemagne.

La partie centrale, la Lotharingie sera le terrain de lutte des deux royaumes situés des deux côtés et bientôt du Royaume de France et du Saint Empire romain germanique.

Le Saint-Empire romain germanique est créé en 962 par le couronnement d’Otton Ier.

La Lotharingie avait été scindé trois ans auparavant, en 959, en un duché de Basse-Lotharingie (Pays-Bas entre Meuse et Rhin) et un duché de Haute-Lotharingie, la future Lorraine.

Et c’est donc cette Lorraine qui évolua dans ses frontières qui au cours des siècles va être disputée entre la France et les diverses représentations de l’entité germanique. Cette histoire remonte donc à loin et montre que la Lorraine a pendant longtemps était au centre de la rivalité entre la France et l’Allemagne.

En conclusion, je voudrais simplement rappeler qu’en Histoire « les choses sont toujours plus compliquées que ça » comme s’appelle l’excellent podcast consacré à l’Histoire par Jean-Christophe Piot et que vous pouvez trouver sur toutes les plates formes de podcast et aussi derrière ce lien : « C’est plus compliqué que ça »

Je pense que cette évidence devrait conduire à beaucoup d’humilité et nous prémunir de toute explication simple devant des situations fruits de L’Histoire complexe.

Pour écrire ce mot du jour, je me suis inspiré de mes souvenirs et des sources suivantes :

Lundi 2 février 2026

« Je voudrais suggérer que les passages étranges […] de la Bible qui traitent de l’Antéchrist peuvent nous aider à comprendre le sens de cette période étrange […] que nous traversons, et ce que l’avenir nous réserve.»
Peter Thiel lors de son discours à l’Institut de France le 26 janvier

On entend souvent parler de l’Académie française qui est intégrée à l’Institut de France qui se situe Quai Conti. L’académie française est à l’origine une académie Royale fondée en 1634 par le Cardinal de Richelieu.

D’autres académies royales furent créées au XVIIème siècle : l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1663 et l’Académie des sciences en 1666,

A cela s’ajoute les Académies royales de peinture et sculpture, créée en 1648, de musique, datant de 1669, et d’architecture, fondée en 1671. Ces 3 académies seront fusionnées en une seule : l’Académie des Beaux-arts en 1816.

Entre temps, l’Institut de France a été créé en 1795 par la Convention avec pour ambition d’offrir un point de vue encyclopédique sur l’ensemble des savoirs.

Bonaparte puis Louis XVIII ont organisé l’Institut en Académies en se fondant sur les 4 académies royales existantes dont celle des Beaux-Arts.

L’institut de France d’aujourd’hui compte  cinq académies. La cinquième fut créée de manière plus tardive et eut un démarrage difficile. Il s’agit de l’Académie des sciences morales et politiques (ASMP). Elle fut fondée en 1795 avec l’Institut de France mais supprimée en 1803 par Napoleon 1er qui goutait probablement peu qu’on puisse discuter, en son absence, de politique et de morale. Elle fut rétablie en 1832 sous l’influence du ministre et académicien François Guizot, et donc sous le règne de Louis Philippe.

C’est cette dernière Académie qui nous intéresse.

Guizot a argumenté ainsi auprès de Louis Philippe pour justifier sa réouverture :

« Les sciences morales et politiques influent directement parmi nous sur le sort de la société, elles modifient rapidement les lois et les mœurs. On peut dire que, depuis un demi-siècle, elles ont joué un rôle dans notre histoire. C’est qu’elles ont acquis pour la première fois ce qui leur avait toujours manqué, un caractère vraiment scientifique. »

Pour plus d’amples infirmations je vous renvoie vers la « Page Wikipedia » qui donne en outre la liste actuelle des membres de l’ASMP et vers le site officiel : « Académie des sciences morales et politiques ».

Sur la page de présentation nous pouvons lire :

« L’Académie des sciences morales et politiques a été fondée en 1832 au sein de l’Institut de France afin de proposer une information fiable et un avis raisonné sur les débats et les enjeux qui intéressent l’avenir de la société. Son champ de compétence couvre tout ce qui se rapporte à l’humain, que celui-ci soit considéré dans sa dimension individuelle ou collective. La philosophie, la psychologie, la sociologie, le droit, l’économie, les sciences politiques, l’histoire et la géographie sont les principales disciplines représentées en son sein. »

Toutes ces références historiques montrent que cette institution a été créée dans l’esprit des Lumières, pour augmenter les connaissances, s’appuyer sur la raison pour faire progresser l’Humanité. Elle a été créée pour s’éloigner de l’obscurantisme et des vérités soi-disant révélées. Nul n’a mieux exprimé cette opposition que Galilée qui aurait dit :

« J’essaye de comprendre le monde en lisant dans le grand livre de la nature, non en lisant « les livres sacrées » »

Il aurait pu ajouter : « et en m’appuyant sur l’intelligence humaine, le raisonnement et les connaissances acquises ».

Cette institution a décidé de convoquer un groupe de travail consacré à « l’avenir de la démocratie ». Ce qui entre totalement dans sa mission.

Mais, il s’est alors passé un évènement « disruptif ». Après avoir auditionné 25 personnalités, toutes françaises, principalement des juristes, politologues et historiens pour éclairer les réflexions sur les institutions et les pratiques démocratiques, une des membres de l’Académie Chantal Delsol philosophe a organisé l’invitation du milliardaire et soutien trumpiste : Peter Thiel.

Sa venue quai de Conti a été tenue secrète jusqu’au dernier moment. Peter Thiel s’est exprimé à huis clos, lundi 26 janvier, devant un aréopage de membres de l’Académie des sciences morales et politiques et quelques invités.

Envoyé par la Revue le Grand Continent, Arnaud Miranda auteur de « Les Lumières sombres » a écouté pu obtenir l’intégralité de l’intervention et produire son analyse.

A ce stade, je ne peux que vous conseiller de vous abonner à cette Revue en ligne « Le Grand Continent ».

Ce que produit ce site est d’une richesse incomparable et vous trouvez quasi tous les documents qui comptent, en version intégrale, annotés et remis dans leur contexte, le plus souvent avec une analyse critique.

Vous souhaitez lire le document de stratégie de sécurité nationale américain paru en décembre, vous le trouvez sur le Grand Continent.

Les documents officiels des gouvernement russes, américains, chinois qui étonnamment expliquent leurs visions et leurs ambitions, sans langue de bois, sont publiés. Ainsi que les penseurs qui les influencent, pour les États-Unis Peter Thiel ou ce blogueur très inquiétant :  Curtis Yarvin dont le vice-président JD Vance dit que c’est le penseur qui lui parait le plus important.

Revenons à Peter Thiel que j’ai évoqué plusieurs fois dans les mots du jour.

Dans celui du 18 novembre 2024 je faisais déjà appel au « Grand Continent » pour citer cet homme né en 1967 à Frankfort sur le Main :

« Je ne crois plus désormais que la liberté et la démocratie sont compatibles. […] Les années 1920 furent la dernière décennie dans l’histoire américaine où l’on pouvait être parfaitement optimiste à propos de la politique. Depuis 1920, l’augmentation considérable des bénéficiaires de l’aide sociale et l’extension du droit de vote aux femmes – deux coups notoirement durs pour les libertariens – ont fait de la notion de « démocratie capitaliste » un oxymore. »

Clairement pour lui la démocratie n’a pas d’avenir.

Il est cofondateur de Paypal et aujourd’hui il dirige « Palantir » qui est une entreprise de services et d’édition logicielle spécialisée dans l’analyse et la science des Big Data. Bref c’est l’outil qui permet la surveillance généralisée et qui est très utilisé par les services de renseignement et par la tristement célèbre agence ICE à l’œuvre contre les migrants aux Etats-Unis. En France, elle est en contrat avec la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) depuis 2016

Il fut le premier soutien de Trump de la Silicon Valley, il est le mentor de JD Vance qui fut son employé et c’est lui qui conseilla à Trump de le prendre comme Vice-Président.

Il est donc invité à l’Académie des sciences morales et politiques pour parler de l’avenir de la démocratie et il va parler de « L’Antechrist », puisant ses références non dans les écrits de Montesquieu sur la séparation des pouvoirs, Montesquieu dont le portrait est accroché derrière lui dans la salle de conférence, mais dans la Bible et particulièrement dans l’Apocalypse de Jean qui parle de la fin du monde et du retour du Christ. Vous trouverez cette intervention derrière ce lien : « Peter Thiel à L’Académie », mais il faut être abonné.

Quelques extraits pour vous faire une idée. Il se présente ainsi :

« Dans ma vie privée, je suis chrétien orthodoxe modéré et un humble libéral classique, avec une seule déviation apparemment mineure par rapport à l’orthodoxie libérale classique : je m’inquiète de l’Antéchrist. »

Et il ajoute :

« Je voudrais ensuite suggérer que les passages étranges, voire exceptionnels, de la Bible qui traitent de l’Antéchrist peuvent nous aider à comprendre le sens de cette période étrange, voire exceptionnelle, que nous traversons, et ce que l’avenir nous réserve. »

Il cite abondamment l’Apocalypse et le Livre de Daniel et s’attarde sur le personnage de l’Antéchrist :

« Je me concentrerai ici sur l’interprétation la plus courante et la plus dramatique de l’Antéchrist : un roi maléfique ou un anti-messie qui apparaît à la fin des temps.

Le livre de Daniel parle d’un roi qui régnera sur l’Empire romain à la fin des temps.Le livre de l’Apocalypse décrit l’Antéchrist comme une « bête sortie de la mère » à la tête d’un gouvernement mondial, qui persécute les chrétiens dans une grande tribulation avant le retour du Christ.

Dès le XVIIIe siècle, spéculer sur l’Antéchrist était considéré comme ridicule. […]

La seule chose très importante dont je vais essayer de vous convaincre aujourd’hui est ma réponse à cette question : l’Antéchrist et l’apocalypse ont un lien évident, même (ou surtout) à la fin de la modernité.

Et ce faisant, je vais essayer de vous convaincre que l’Antéchrist n’est pas seulement un fantasme médiéval. »

À partir d’un verset du Livre de Daniel (« Beaucoup courront ça et là, et la connaissance augmentera »), il développe l’idée qu’un certain niveau de savoir annoncerait la « fin des temps ». Il se garde d’annoncer une date, contrairement aux millérites, ce mouvement religieux inspiré par William Miller qui prophétisait le retour du Christ en 1844.

Dans son discours abscons où il cite aussi le philosophe anglais Bacon, il en vient à suggérer que l’Antechrist serait un gouvernement mondial installés par tous ceux qui seraient des ennemis du progrès et de l’innovation. Parmi ses cibles Greta Thunberg qui pour des raisons écologiques veut imposer des contraintes insupportables ou Eliezer Yudkowsky un homme que Thiel a soutenu quand il travaillait sur l’IA mais qu’aujourd’hui il vilipende parce que ce dernier alerte sur les risques de l’IA et plaide pour qu’on ralentisse sur ce sujet.

Ce qui donne chez Peter Thiel ce développement :

« Matthieu 24:6 décrit les signes qui précéderont la fin des temps dans la Bible : « Vous entendrez parler de guerres et de rumeurs de guerres… » L’Antéchrist arrive au pouvoir en parlant constamment de l’apocalypse, en répandant des rumeurs de guerres et en vous effrayant pour que vous lui donniez le contrôle sur la science et sur la technologie, sur l’ensemble du monde. »

Son propos qui flirte avec l’apocalypse nucléaire évoque l’idée d’une paix injuste, d’une paix à tout prix :

« Mais les « rumeurs » d’une troisième guerre mondiale injuste nous poussent à rechercher la paix à tout prix.
Et je crains que dans une telle situation, nous ne réfléchissions pas suffisamment aux détails de cette paix. Même mes amis boomers de droite très différents d’hommes comme Kennedy et Reagan ont grandi dans un monde qui croyait à la paix à tout prix.[…]
Si nous ne pensons suffisamment précisément aux détails de la paix qui vient, alors je crains que nous nous accommodions d’une paix injuste.
La paix injuste est la seule option parmi les quatre que nous n’avons pas encore essayée, et elle me semble être la voie par défaut pour notre monde.
1 Thessaloniciens 5:3 nous dit que le slogan de l’Antéchrist est « paix et sécurité ».À quoi ressemblerait une paix aussi injuste ?
D’une certaine manière, la Chine en est un bon exemple. Aux États-Unis et en France, les partis de gauche étaient autrefois des partis ouvriers, qui auraient lutté avec acharnement contre une superpuissance économique comme la Chine qui tentait de saper les salaires et les normes du travail nationaux et de prendre des emplois.
Aujourd’hui, les partis ouvriers sont devenus des partis de gérontocrates et d’assistants sociaux, qui s’adressent aux personnes qui ne travaillent pas, qui sont à la retraite, ce qui ne peut se maintenir qu’en vendant leurs pays à la Chine.
Ils échangent des emplois industriels locaux contre des voitures chinoises BYD bon marché pour que les retraités puissent se promener dans la campagne française.
Le socialisme ne fonctionne pas vraiment, mais sans toute la main-d’œuvre esclave en Chine, il ne fonctionnerait pas du tout.
Dans le contexte de Taïwan, mon hypothèse par défaut est que nous nous contenterons de vendre le peuple taïwanais chinois à l’esclavage totalitaire et que nous ne nous battrons pas beaucoup lorsque la Chine envahira. »

Finalement a-t-il parlé de démocratie ? Oui une fois en révélant son autre obsession celui de la stagnation :

« Et d’ailleurs, je pense que le faible taux de fécondité s’explique en partie par le fait que les gens ne croient plus que les choses progressent, et que leurs enfants auront une vie moins bonne que la leur. Ou bien cela nous dit quelque chose de très important sur la santé de la démocratie.
Si la productivité et la croissance sont élevées et que la taille du gâteau augmente, l’enjeu de la victoire d’une élection par un camp n’est pas si élevé, puisqu’en théorie tout le monde s’en sort pour le mieux quel que soit le résultat.
Mais si la taille du gâteau est statique ou si elle diminue, alors la question de savoir quel camp va gagner devient très importante : on assiste à des combats de plus en plus vicieux pour la domination des ressources et on glisse vers des systèmes non-démocratiques. »

Autrement dit la démocratie semble inadaptée à notre époque.

Dans ce discours je perçois la volonté d’aller jusqu’au bout de l’innovation quel qu’en soit le prix. Pour le reste je ne suis pas convaincu de la cohérence et de la structuration de cet homme qui va puiser dans la religion comme d’autres dans Star Wars ou d’autres fictions pour agrémenter son discours que Telerama a qualifié d’« halluciné » et Le Point de « lunaire ».

Le problème c’est que cet homme n’est pas un Savonarole enfermé dans les murs de Florence et n’ayant comme pouvoir que celui qui lui était octroyé par les fidèles qui croyaient en ses prêches. Ici nous avons affaire à un milliardaire qui détient un outil du totalitarisme utilisé par les services de surveillance de la plupart des pays et dont l’influence sur le monde de la tech et probablement des membres essentiels du gouvernement américain est sans commune mesure avec le moine fanatique florentin.

La France ne pèse pas lourd devant les illuminés de ce type surtout si des membres de nos Académies trouvent pertinents de faire appel à lui pour leur expliquer la marche du monde.