Vendredi 22 mai 2026

« La paix est notre avenir »
Livre écrit par Aziz Abu Sarah et Maoz Inon

J’ai entendu ce matin à la matinale de France Inter, dans un entretien « La guerre est un cancer », mené par Ali Baddou, deux frères de deuil, Aziz Abu Sarah et Maoz Inon qui croient que la Paix est le seul avenir possible en Palestine et que la Paix ne peut être obtenue que par le dialogue. Cette rencontre avait pour projet de présenter leur livre écrit à deux: « La paix est notre avenir » et de parler de la démarche qu’ont entrepris ces croyants de la paix contre les marchands de haine.

Aziz Abu Sarah est palestinien de Béthanie à côté de Jérusalem. Aziz a perdu son frère quand il avait 10 ans. Son frère a été torturé dans une prison israélienne, quelques jours après sa libération il est mort des séquelles des mauvais traitements subis.

Maoz Inon est israélien, natif d’un kibboutz frontalier de Gaza. Il a perdu ses parents dans l’attaque du 7 Octobre.

Après avoir appris la nouvelle, Aziz a appelé Maoz pour lui offrir ses condoléances. Maoz Inon témoigne :

« Je me noyais dans un océan de chagrin, et c’est sa main qui m’a rattrapé ».

Le palestinien offre ce don d’humanité : 

« Quand Maoz a perdu ses parents, je n’ai pas pensé à lui en tant que l’autre, mais en tant qu’humain, un humain qui a perdu ses parents. »

Je ne me lasse pas de répéter cette phrase de Leon Tolstoï « Si tu sens ta souffrance, tu es vivant, si tu sens la souffrance de l’autre, tu es humain »

Depuis ces deux hommes ont écrit un livre en commun qui retrace un chemin en huit étapes à travers la Terre sainte : ils traversent ensemble les murs physiques et psychologiques de la frontière de Gaza à la Galilée, du port de Jaffa à la vallée du Jourdain, et racontent comment ce voyage leur a ouvert les yeux pour appeler à une fin de la violence et à prêcher pour une paix. Lors de l’entretien, quand Ali Baddou leur demande si leur démarche ne peut pas apparaître comme trop naïf, l’un deux répond : 

« Ce qui est naïf c’est de lâcher des bombes et de croire que cela va amener la sécurité ! »

Telerama a publié un commentaire très juste sur cet étonnant dialogue : 

« Dans l’interminable désastre qui ravage le Proche-Orient, entendre un Israélien et un Palestinien parler de paix et de dialogue avait quelque chose d’à la fois surréaliste et stimulant, ce matin à 8h20 sur France Inter. »

Ils ne sont pas d’accord sur tout, par exemple si le palestinien utilise de mot « génocide », l’israélien ne l’utilise pas, mais ils sont d’accord sur la gravité des faits et que l’essentiel est dans l’arrêt de la violence. Et surtout, ils ont compris l’importance d’être dans l’empathie de la souffrance de l’autre et de s’écouter. Aziz Abu Sarah raconte qu’il n’a entendu à la télévision israélienne que Maoz Inon, après le 7 octobre, parler des souffrances des enfants de Gaza. Et il exprime ce constat plein de sagesse

« J’ai vécu plus de vingt guerres. Où sommes-nous après vingt guerres ? Je n’ai pas de liberté, et lui, il n’a pas de sécurité »

«  Je n’ai pas de liberté, et lui, il n’a pas de sécurité », c’est une phrase qui en elle même est extraordinaire de lucidité et d’empathie. Le palestinien se plaint de ne pas avoir la liberté qu’il souhaite, mais il comprend que l’israélien a besoin de sécurité et ne l’a pas non plus. C’est cela, le chemin de la paix.

Beaucoup empruntent les chemins de la haine.

Ali Baddou évoque les images récemment diffusées, mercredi, de militants pacifistes de la flottille arraisonnée par l’armée d’Israël, menottés et agenouillés devant le ministre israélien de la Sécurité nationale Ben Gvir qui les insultent et veut les humilier. Ben Gvir est un marchand de haine, il n’apportera jamais ni la Paix, ni la sécurité à son pays.

Son compatriote Maoz Inon est révolté par cette attitude

« Ce que Ben Gvir fait aux militants des flottilles pour la paix, il le fait tous les jours aux prisonniers palestiniens, mais on en parle beaucoup moins. C’est pour cela que nous disons aux gouvernements européens : “vous devez agir pour la paix !” »

Je ne crois pas qu’ils soient des doux rêveurs, j’accepte plutôt le qualificatif qu’il s’applique à eux même : pragmatique. Ils ont créés leur propre ONG InterAct International et parcourent le monde. Ils ont besoin d’aide et ils demandent que les Etats, notamment européens, sanctionnent les responsables de ces violences et exactions.

Ils ne sont pas seuls, il y a aussi les Guerrières de Paix souvent évoqués et l’émission Répliques avait invité, le 9 mai dernier, deux autres grandes voix pour la paix les intellectuels palestinien et israélien, Elias Sanbar et Élie Barnavi.

Ce chemin du dialogue est très difficile, très exigeant, mais c’est le seul qui peut conduire à la sécurité et à la paix, tous les autres mènent à la violence, à la cruauté, à la destruction et aux guerres interminables.

Entendre de tels êtres humains fait du bien, je vous renvoie vers l’émission de France Inter : « La guerre est un cancer ».

Jeudi 21 mai 2026

« Prononcez la phrase « Allah akbar » dans n’importe quelle rue du monde occidental et regardez la terreur qu’elle provoque. »
Leïla Slimani « Assaut contre la frontière » page 49 (Gallimard, 2026)

Leïla Slimani dans « Assaut contre la frontière » parle de son rapport douloureux avec la langue arabe qu’elle ne parle pas et dont elle dit pourtant qu’il s’agit de sa langue, la langue de son pays maternel.

Mais c’est une phrase particulière de cet ouvrage qu’Alain Finkielkraut a cité pour introduire l’émission de « Répliques » qu’il a consacré à « La Question de l’Islam ».

Je sais qu’Alain Finkielkraut est honni par un grand nombre de personnes de gauche qui dénoncent ses obsessions d’une France du passé dans laquelle la langue française était, selon lui, sacralisée et dans laquelle la société française lui semblait plus harmonieuse.

Je ne défendrai pas ici, sa vision souvent pessimiste de la France d’aujourd’hui. Mais, en revanche, je défendrai avec enthousiasme et ferveur la qualité et l’intérêt de son émission « Répliques » dans laquelle il invite des personnes qui sont d’avis opposés mais qui sont capables de s’écouter et de débattre.

Débattre qui signifie, comme on le sait, parler ensemble sans se battre. J’avais écrit en 2021, un mot du jour à ce sujet : « Débattre est un verbe qui désigne ce qu’il faut faire pour ne pas se battre ! »

Je vous invite donc à écouter cette émission du 28 mars 2026 « La question de l’islam » dans laquelle il a invité deux personnes Ghaleb Bencheikh et Ferghane Azihari qui ont débattu, ont trouvé quelques points d’accord, beaucoup de points de désaccord et qui permettent ainsi à tous celles et ceux qui écoutent ce débat de se poser des questions, des meilleures questions que celles qu’ils se posaient jusqu’à là et peut être même de se faire une opinion plus fondée sur ce sujet sérieux.

Parce que, oui, le mot « Islam » est devenu tabou dans la France de gauche et l’explication commode pour la France de l’extrême droite et des suprémacistes chrétiens de la plus grande part des problèmes de la société française.

Entre le déni des uns et les excès des autres, il faut être capable d’aborder lucidement et calmement le sujet.

Car il y a des questions !

Et comme le fait remarquer la phrase de Leila Slimani, l’islam suscite chez beaucoup un sentiment de crainte. Comme si cette religion ne se réduisait pas à une religion et qu’elle était aujourd’hui en position de combat voire de conquête. « Allahu akbar » ou « Allah akbar » est une expression arabe qu’on appelle takbir et qui signifie littéralement « Dieu est plus grand ».

Wikipedia nous apprend que l’expression en elle-même ne figure pas dans le Coran, mais y trouve son origine, dans une expression tirée du verset 111 de la 17e sourate : « proclame sa grandeur » (c’est-à-dire la grandeur de Dieu)

Le takbir a toute sa place dans la prière musulmane. Et en tant que tel n’a pas vocation à susciter la terreur. Le problème est que les terroristes se réclamant de l’Islam proclament, le plus souvent, le takbir à la fin de leur sinistres méfaits, créant ainsi un lien entre la formule et la terreur.

Parfois cette formule est scandée dans des manifestations. Le 10 novembre 2019, Jean-Luc Melenchon a trouvé pertinent de se joindre à la « manifestation contre l’islamophobie », terme qu’il récusait jusque là pour lui préférer le « combat contre la haine anti musulmane », c’est-à-dire contre le racisme. Dans cette manifestation, l’un des organisateurs Marwan Muhammad, un homme proche de Tariq Ramadan et des frères musulmans, a lancé cette formule « Allah Akbar » puis l’a fait reprendre par une partie de la foule.

Cet article du Monde « contre la stigmatisation des Français de confession musulmane » relate cet épisode.

Il ne me semble pas qu’une telle formule, surtout étant donné son utilisation dans l’espace public par des terroristes, ait sa place dans une manifestation contre le racisme.


Alain Finkielkraut, demande à ses deux invités de réagir à ce sentiment de terreur provoqué par l’irruption, dans l’espace public, du takbir.

Ferghane Azihari qui vient de publier « L’islam contre la modernité » répond :

« L’honnêteté commande de constater que le monde musulman aujourd’hui ne présente pas un visage très sympathique. Le monde musulman est composé d’un nombre disproportionné de régime tyrannique dans lesquels, les notions de liberté et d’égalité relèvent de la science-fiction la plus totale. Seuls 3 % des 1,9 milliard de musulmans dans le monde vivent dans des régimes plus libéraux que la moyenne, et c’est dans les sociétés non-musulmanes que les musulmans ont le plus de droits et de libertés […] Le fait que le monde musulman est le terreau de beaucoup trop de dysfonctionnements explique que cette religion suscite une méfiance légitime en raison des maux qui traversent cette religion. »

Ghaleb Bencheikh, président de la Fondation de l’islam de France et producteur de l’émission « Questions d’islam », pour sa part, a cette réaction

« A une question directe, une réponse directe.
Est-ce que cette crainte de l’islam, suite à la prononciation de la formule « Allahu Akbar » peut susciter des peurs irraisonnées dans certains cas, oui elle est justifiée et cela se comprend. Et qui dit comprendre, ne dit pas admettre, parce qu’il y a une séquence de terreur, d’épouvante, de barbarie qui s’est abattue, au nom de cette tradition religieuse, par des criminels, des extrémistes, des illuminés, des exaltés et il faut les condamner avec force. Point ! »

J’ai déjà évoqué à plusieurs reprises Ghaleb Bencheikh qui est islamologue, président de la Fondation de l’islam de France et producteur de l’excellente émission « Questions d’islam », le dimanche de 7h05 à 8h00 sur France Culture.

Cet homme érudit, défend une vision apaisée et savante de sa religion, dont il vante la profondeur, la complexité tout en reconnaissant les dérives et les faiblesses d’une application littérale et violente d’une partie actuelle du monde musulman, sous influence du wahabisme, du salafisme ou des frères musulmans.

En revanche, je ne connaissais pas Ferghane Azihari qui est un jeune essayiste français de 32 ans. Il est né de parents comoriens immigrés en France dans les années 1970. Sa famille est de culture musulmane et son grand-père était cadi aux Comores. Selon wikipedia, « un cadi » est un juge musulman remplissant des fonctions civiles, judiciaires et religieuses et réglant des problèmes de la vie quotidienne : mariages, divorces, répudiations, successions, héritages.

Ce jeune homme vient de commettre un livre à charge contre la religion de l’Islam : « L’islam contre la modernité »

L’ouvrage de Ferghane Azihari est très violent contre l’Islam, certaines critiques peuvent certes être nuancées ou contrées, mais il en est qui sont difficiles à récuser.

Ferghane Azihari entre dans son réquisitoire en parlant d’anomalies statistiques.

Le nombre de démocraties libérales dans les pays à majorité musulmane se compte sur les doigts d’une main atrophiée. Depuis dix ans, le palmarès des groupes terroristes les plus meurtriers est presque exclusivement composé de groupes musulmans. Les pays musulmans sont aussi surreprésentés dans les conflits armés.

Les travaux du chercheur américain Jonathan Fox montrent que 63 % des minorités religieuses les plus persécutées dans le monde vivent dans des pays musulmans. Sur les 71 pays qui pénalisent le blasphème, 32 sont musulmans. En ce qui concerne les droits des femmes, presque tous les pays musulmans se trouvent dans la moitié inférieure des classements de l’OCDE ou de l’ONU sur l’égalité hommes-femmes.

Alors que l’homosexualité est punissable dans moins d’un tiers des pays non islamique, c’est le cas dans deux tiers des États musulmans, et excepté l’Ouganda, la totalité des pays où l’homosexualité est passible de mort sont musulmans.

Sur beaucoup de ces constats Ghaleb Bencheikh concède qu’ils correspondent à la réalité d’aujourd’hui. Il pense cependant que l’islam possède la capacité d’évoluer et de se réformer.

Pour Ghaleb Bencheikh, le monde islamique a raté un tournant décisif. Il parle d’« une séquence – moment Descartes-moment Freud – qui a été ratée en contexte islamique ». La pensée théologique islamique, selon lui, « est véritablement en crise ». Elle doit donc affronter « des chantiers titanesques » : « celui de la liberté », « celui de l’égalité », « la désacralisation de la violence », mais aussi « l’autonomisation du champ du savoir et de la connaissance par rapport à celui de la révélation et de la croyance ».

Sur d’autres points Ghaleb Bencheikh considère que la vision de son interlocuteur ne prend pas suffisamment en compte la diversité et la complexité des sociétés musulmanes, qui pour certaines ne sont pas susceptibles des mêmes critiques de l’essayiste.

Je vous laisse écouter ce dialogue, exigeant, ferme dans lequel chacun laisse l’autre s’exprimer, acquiesce quand il accepte les arguments de l’autre ou les réfute sans concession quand il estime que son interlocuteur tient des propos erronés.

Ferghane Azihari, parle aussi d’un fait qui s’est passé dans la ville de Saint Denis que j’ai évoqué récemment pour défendre les attaques racistes contre son nouveau maire Bally Bagayoko.

Dans le quartier, où repose les rois de France, des femmes archéologues en débardeur ont subi le harcèlement d’habitants qui leur reprochaient leurs tenues, jugées impudiques et leur audace d’exercer un métier qu’ils estimaient réservé aux hommes. Ces personnes étaient de religion musulmane.

Cette anomalie au regard des valeurs françaises n’est pas contestée par Ghaleb Bencheikh, mais il estime ce fait « contingent » c’est à dire fortuit ou accidentel :

« Ce qui s’est passé à Saint Denis est contingent. Ce qui se passe dans certains quartiers de notre belle France est un problème de prolétarisation, de ghettoïsation, de marginalisation sur lequel l’idéologie islamiste peut entrer, comme dans un ventre mou, en faisant miroiter une citoyenneté supranationale, au-delà de la citoyenneté française qui est déniée à tort ou à raison à certains. On s’est arc boutée dans une vision obscurantiste, passéiste rétrograde de la vision islamique »

Cette réponse qu’on peut entendre, révèle cependant qu’il n’est pas contesté que des idéologues islamistes sont à l’œuvre pour imposer une vision obscurantiste et rétrograde. Cette vision n’a pas sa place dans notre République, la combattre a toujours été la mission des forces de gauche qui entendent s’appeler les forces de progrès.

Un autre échange m’a interpellé, car je l’ignorais. Ferghane Azihari évoque le comportement du prophète Mahomet tel qu’il est relaté dans les biographies écrites par des sources musulmanes officielles :

« La figure de Mahomet, […] c’est la Sirah, ce sont les récits de la tradition islamique qui n’ont certes aucune fiabilité historique car écrit tardivement, c’est tout de même ces biographies officielles qui célèbrent, car ces récits ont un dessein hagiographique, Mahomet qui s’adonne à des égorgements, qui pratique la pédophilie et l’esclavage sexuelle. Lorsque Daesh met en place une industrie d’esclavage sexuel il s’appuie sur des traditions qui sont considérées comme canonique. [Et ce qui est troublant] c’est que chaque fois qu’on parle du prophète dans la littérature académique, on ne cesse d’édulcorer et de mettre sous le tapis les éléments les plus embarrassants du personnage de Mahomet. »

La réponse de Ghaleb Bencheikh ne conteste pas le contenu de la Sirah mais il conteste la véracité de ces sources :

« Ces biographies ont été consignées par écrit deux siècles plus tard. A un moment où on magnifiait la virilité et où la vision du monde était celle décrite et dans laquelle on pensait que c’était des qualités. On se rend compte que tout cela a été une construction humaine. »

Et il ajoute qu’objectivement on sait peu de choses de la vie et des mœurs de Mahomet.

La réponse de Ghaleb Bencheikh est encore une fois pleinement acceptable du point de vue de la science de l’Histoire. Mais je remarque que, cette réserve du décalage entre l’écriture de la biographie et les faits réels peuvent aussi s’appliquer aux textes religieux.

Mahomet serait décédé en 632. Selon les historiens du XXIe siècle, le Coran a été fixé dans les années 700, soit 70 ans après la prédication, sous le règne du calife omeyyade Abd al-Malik (685-705).

70 ans peuvent encore paraitre raisonnable, mais que dire des « hadiths » qui correspondent à la tradition orale de l’enseignement de Mahomet qui n’ont été mis en forme dans un corpus officiel que 4 siècles après la révélation.

Enfin, il n’est pas indifférent de constater que le manque de fiabilité de ces sources officielles n’a pas dissuadé Daesh de pratiquer l’esclavage sexuelle de manière ignoble.

L’ouvrage de Ferghane Azihari a été largement évoqué par des médias d’extrême droite ou de droite, il n’y a quasi aucune trace dans les journaux de gauche. Je n’ai trouvé aucun article dans Libération, dans Telerama, dans le Nouvel Obs.

Seul « Le Monde » lui a consacré une critique qui pour l’essentiel s’attaque à la personne de l’auteur et presque pas au sujet du livre.

Sur le fond, « Le monde » se contente de citer deux auteurs : Haouès Seniguer, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paul-Valéry de Montpellier qui décrète :

« qu’Azihari ne cherche dans l’islam que ce qui viendra confirmer ses préjugés, autrement dit le pire. Et c’est à partir du plus laid de la tradition islamique, qui existe bel et bien, qu’il juge ensuite, d’un coup, non seulement l’islam mais aussi les sociétés musulmanes ».

Marie-Thérèse Urvoy professeure de l’université Montaigne de Bordeaux qui conteste l’affirmation d’Azihari que l’Islam est irréformable mais qui ajoute cette condition :

« cette religion sera « réformable » le jour où elle « renoncera au dogme du “Coran incréé” [c’est-à-dire vu comme la parole immuable de Dieu, donc non contextualisable] et acceptera la critique historique du texte ».

Les gens raisonnables ne demandent rien d’autre.

Mais encore faut-il regarder l’Islam d’aujourd’hui tel qu’il est et critiquer ce qui est critiquable, sans jamais rien céder aux racistes anti-musulmans qui s’attaquent aux individus qu’ils essentialisent selon leurs fantasmes.

Mais critiquer l’islam d’aujourd’hui, tel qu’il est pratiqué dans la plupart des théocraties qui se réclament de cette religion ou tel qu’il est diffusé et instrumentalisé dans le monde et en occident par les frères musulmans, les salafistes, les wahabistes ou les influenceurs numériques qui se nourrissent aux mêmes sources du rigorisme et de l’archaïsme, est indispensable pour comprendre et refuser la régression qui en est le moteur.

Je vous invite donc à écouter cette émission de France Culture du 28 mars 2026 « La question de l’islam ».

Et si vous souhaitez approfondir le sujet vous pourrez regarder avec beaucoup d’intérêt cet entretien avec le philosophe et historien Rémi Brague : « Pourquoi l’Occident ne comprend rien à l’Islam »

Lundi 11 mai 2026

« Il faut être un peu plus que collègues… Sinon ça ne prend pas »
David Gaillard dans « Nous l’orchestre » Documentaire immersif dans l’Orchestre de Paris

Le synopsis du documentaire « Nous l’orchestre », en salles depuis le 22 avril, est le suivant :

« Comment jouer ensemble sans se sentir disparaître dans la masse ? Comment cohabiter si longtemps sans que le groupe explose ? Quel rôle joue vraiment le chef d’orchestre ? Pour la première fois, caméras et micros se faufilent parmi les 120 musiciens de l’Orchestre de Paris, à la Philharmonie, sous la baguette de leur jeune chef prodige, Klaus Mäkelä. »

Avec Annie nous sommes allés le voir et nous avons beaucoup apprécié !

Est-ce que tout le monde appréciera de la même manière ce documentaire réalisé par Philippe Béziat qui a filmé pendant un an les musiciens de l’Orchestre de Paris, en essayant de montrer comment se forme un collectif au service de la musique ?

C’est une vraie question !

Il est vrai que les critiques sont dithyrambiques.

Radio France évoque un :

« Formidable documentaire immersif et émouvant »

Dans le Figaro Christian Merlin parle d’« une immersion exceptionnelle dans la musique […] non seulement une véritable déclaration d’amour à l’orchestre dans toutes ses dimensions, mais ce film invente une autre manière de montrer la musique symphonique.»

Pour Télérama c’est une « épiphanie sonore » et un « documentaire musical prodigieux »

Le Monde décrit le documentaire ainsi :

« Philippe Béziat filme la musique, cette magie collective, en train de se faire »

Libération souligne « une immersion captivante au milieu de cette masse humaine, entre autres grâce à ses prises de son exceptionnelles »

Je pourrais continuer.

Il faut chercher dans des commentaires du site « Allo Ciné » pour entendre des spectateurs lancer des notes divergentes :

« Tout est frustrant et agaçant »

« J’aurais tellement aimé défendre ce documentaire, pour une fois que la musique classique est mise à l’honneur, mais non, c’est raté à cause d’un montage brouillon et insupportable. Un musicien parle, on ne l’entend pas, on croit à un problème de son, puis des bribes de phrases s’impriment sur l’écran, ah bon. D’autres musiciens, on les entend, pourquoi ? »

« Film documentaire avec peu de contenu d’intérêt. Il n’y a pas d’histoire. Il s’agit surtout d’une succession d’images, quelques extraits de différents concerts sans mention de l’oeuvre jouée ni d’anecdote qui puisse enrichir en quelque sorte ce que l’on regarde. »

Il faut être juste, la plupart des critiques restent très élogieuses : 18% donnent le maximum de 5 étoiles si on ajoute les 4 et 5 étoiles on obtient 52 %. Les très mauvaises critiques sont au nombre de 11% (1 et zéro étoile.)

Herbert Blomstedt à la Philharmonie

Je me suis aussi interrogé : ce documentaire n’est-il pas trop déconcertant ? On entend des œuvres que seuls les mélomanes avertis reconnaissent, car il n’y aucune indication à l’écran. On montre un vieux bonhomme qui dirige, Herbert Blomstedt, sans préciser que ce formidable chef d’orchestre qui a aujourd’hui 98 ans, devait en avoir à peine, deux ans de moins, lors du documentaire.

J’ai trouvé, en effet, que cela manquait de pédagogie et d’explications pour toucher un plus large public que ceux qui aiment et connaissent la musique classique.

Christian Merlin, dans le Figaro, défend cette manière :

« Commençons par dire ce qu’il n’est pas. Ce n’est pas un documentaire pédagogique sur le fonctionnement interne d’un orchestre, ses pupitres, ses hiérarchies. Ce n’est pas une galerie de portraits. Ce n’est pas une narration suivie.

Il faut accepter d’être désarçonné par cette absence de récit ou de dialogues. Plus d’une fois on voit un musicien parler, mais on ne l’entend pas : ses mots sont résumés sous forme de citations en incrustation. Celles-ci finissent par créer une mosaïque, un kaléidoscope d’impressions qui ne font pas pléonasme avec l’image, mais prolongent ce qui reste avant tout un objet cinématographique. Tout passe par la mise en images et en son de la musique en train de se faire […] Le réalisateur Philippe Béziat nous emmène au cœur de l’orchestre, et il le fait en nous mettant à la place des musiciens […] qui ont accepté d’être filmés dans le quotidien de leur travail. »

On comprend la montagne de travail individuel et collectif qu’il faut pour faire un « Nous », créer un collectif d’excellence. Car pour jouer ainsi ensemble, il faut s’écouter, tenir compte de l’autre, travailler ensemble, s’intégrer harmonieusement dans le collectif en suivant la vision que le chef d’orchestre insuffle dans l’œuvre.

Et ce n’est pas simple. Des musiciens peuvent se trouver à côté d’un autre pendant quarante ans, sans être dans une relation amicale, voire le contraire.

Dans le documentaire, sur un écran noir s’incruste de manière anonyme des « critiques » que des musiciens expriment à l’égard de collègues. Il y en a toute une collection. La phrase qui m’a marquée est : « Comment dieu a-t-il pu donner un tel talent à un con pareil ? »

Et pourtant ils jouent ensemble en se plaçant au service de quelque chose de plus grand que chacun d’eux : l’harmonie, la beauté, tutoyer la perfection.

L’altiste David Gaillard explique :

« On n’est pas obligés d’être amis, mais il faut être un peu plus que collègues… Sinon ça ne prend pas »

Imaginons un instant que Jean-Luc Melenchon se réunisse avec Edouard Philippe et qu’ils décident de travailler ensemble pour le bien supérieur de la France…

Car oui, faire orchestre, faire société, pour servir la musique, le propos du film devient politique et une grande leçon de vivre ensemble.

On y approche le quotidien des musiciens, comme celui de la violoniste Lusiné Harutyunyan faisant le trajet entre son domicile et la Philharmonie, ce magnifique vaisseau, écrin somptueux et délicat pour faire épanouir le son, la beauté, l’émotion, la musique.

On surprend le corniste André Cazalet, qui en est à ses derniers concerts avant la retraite et qui va interpréter son dernier solo de l’Oiseau de feu de Stravinsky. L’œil humide, il concède que toute sa vie il était à la recherche d’un son de cor dont il rêvait et qu’il n’a jamais pu atteindre. Et, le spectateur peut entendre son interprétation magnifique de ce solo.

Et on soutient le cor anglais Gildas Prado qui explique son stress quand brusquement l’Orchestre se tait et que lui doit, tout seul, exposé devant tous, prendre le rôle principal pour jouer le thème alors que le piano solo devient accompagnateur dans le Concerto en sol de Ravel.

Ainsi, le film s’attarde au fur et à mesure sur plusieurs des musiciens d’orchestre, qui prennent la parole afin d’éclairer un peu leur personnalité, leur parcours et la vie de l’orchestre, à travers des cartons écrits, lors d’instants saisis à vif ou encore à l’aide d’interviews plus formelles.

Nous l’orchestre, réussit une immersion captivante au milieu de cette masse humaine, entre autres grâce à ses prises de son exceptionnelles : des micros ont été placés sur des musiciens précis, filmés à l’intérieur de l’orchestre, qu’on entend donc jouer de leur perspective à eux – parfois assourdis par leurs voisins.

Et puis, il y a les relations avec les chefs d’orchestre, le nonagénaire Herbert Blomstedt, leur ancien directeur musical Daniel Harding et surtout leur jeune chef prodige finlandais : Klaus Mäkelä.

Il entamera, en septembre, sa dernière saison avec l’Orchestre de Paris qu’il finira par une somptueuse 8ème symphonie de Gustav Mahler lors des concerts des 3 et 4 juin 2027.

Arte a rediffusé le documentaire de 2022 de Bruno Monsaingeon « Vers la Flamme » qui permet d’approcher un peu ce phénomène.

« Nous l’orchestre » est un documentaire exceptionnel dont j’ai essayé de montrer la profondeur, tout en essayant de vous informer de son aspect déconcertant. A vous de voir si vous pensez qu’il est en mesure de nourrir votre intérêt et votre curiosité.