Vendredi 22 mai 2026

« La paix est notre avenir »
Livre écrit par Aziz Abu Sarah et Maoz Inon

J’ai entendu ce matin à la matinale de France Inter, dans un entretien « La guerre est un cancer », mené par Ali Baddou, deux frères de deuil, Aziz Abu Sarah et Maoz Inon qui croient que la Paix est le seul avenir possible en Palestine et que la Paix ne peut être obtenue que par le dialogue. Cette rencontre avait pour projet de présenter leur livre écrit à deux: « La paix est notre avenir » et de parler de la démarche qu’ont entrepris ces croyants de la paix contre les marchands de haine.

Aziz Abu Sarah est palestinien de Béthanie à côté de Jérusalem. Aziz a perdu son frère quand il avait 10 ans. Son frère a été torturé dans une prison israélienne, quelques jours après sa libération il est mort des séquelles des mauvais traitements subis.

Maoz Inon est israélien, natif d’un kibboutz frontalier de Gaza. Il a perdu ses parents dans l’attaque du 7 Octobre.

Après avoir appris la nouvelle, Aziz a appelé Maoz pour lui offrir ses condoléances. Maoz Inon témoigne :

« Je me noyais dans un océan de chagrin, et c’est sa main qui m’a rattrapé ».

Le palestinien offre ce don d’humanité : 

« Quand Maoz a perdu ses parents, je n’ai pas pensé à lui en tant que l’autre, mais en tant qu’humain, un humain qui a perdu ses parents. »

Je ne me lasse pas de répéter cette phrase de Leon Tolstoï « Si tu sens ta souffrance, tu es vivant, si tu sens la souffrance de l’autre, tu es humain »

Depuis ces deux hommes ont écrit un livre en commun qui retrace un chemin en huit étapes à travers la Terre sainte : ils traversent ensemble les murs physiques et psychologiques de la frontière de Gaza à la Galilée, du port de Jaffa à la vallée du Jourdain, et racontent comment ce voyage leur a ouvert les yeux pour appeler à une fin de la violence et à prêcher pour une paix. Lors de l’entretien, quand Ali Baddou leur demande si leur démarche ne peut pas apparaître comme trop naïf, l’un deux répond : 

« Ce qui est naïf c’est de lâcher des bombes et de croire que cela va amener la sécurité ! »

Telerama a publié un commentaire très juste sur cet étonnant dialogue : 

« Dans l’interminable désastre qui ravage le Proche-Orient, entendre un Israélien et un Palestinien parler de paix et de dialogue avait quelque chose d’à la fois surréaliste et stimulant, ce matin à 8h20 sur France Inter. »

Ils ne sont pas d’accord sur tout, par exemple si le palestinien utilise de mot « génocide », l’israélien ne l’utilise pas, mais ils sont d’accord sur la gravité des faits et que l’essentiel est dans l’arrêt de la violence. Et surtout, ils ont compris l’importance d’être dans l’empathie de la souffrance de l’autre et de s’écouter. Aziz Abu Sarah raconte qu’il n’a entendu à la télévision israélienne que Maoz Inon, après le 7 octobre, parler des souffrances des enfants de Gaza. Et il exprime ce constat plein de sagesse

« J’ai vécu plus de vingt guerres. Où sommes-nous après vingt guerres ? Je n’ai pas de liberté, et lui, il n’a pas de sécurité »

«  Je n’ai pas de liberté, et lui, il n’a pas de sécurité », c’est une phrase qui en elle même est extraordinaire de lucidité et d’empathie. Le palestinien se plaint de ne pas avoir la liberté qu’il souhaite, mais il comprend que l’israélien a besoin de sécurité et ne l’a pas non plus. C’est cela, le chemin de la paix.

Beaucoup empruntent les chemins de la haine.

Ali Baddou évoque les images récemment diffusées, mercredi, de militants pacifistes de la flottille arraisonnée par l’armée d’Israël, menottés et agenouillés devant le ministre israélien de la Sécurité nationale Ben Gvir qui les insultent et veut les humilier. Ben Gvir est un marchand de haine, il n’apportera jamais ni la Paix, ni la sécurité à son pays.

Son compatriote Maoz Inon est révolté par cette attitude

« Ce que Ben Gvir fait aux militants des flottilles pour la paix, il le fait tous les jours aux prisonniers palestiniens, mais on en parle beaucoup moins. C’est pour cela que nous disons aux gouvernements européens : “vous devez agir pour la paix !” »

Je ne crois pas qu’ils soient des doux rêveurs, j’accepte plutôt le qualificatif qu’il s’applique à eux même : pragmatique. Ils ont créés leur propre ONG InterAct International et parcourent le monde. Ils ont besoin d’aide et ils demandent que les Etats, notamment européens, sanctionnent les responsables de ces violences et exactions.

Ils ne sont pas seuls, il y a aussi les Guerrières de Paix souvent évoqués et l’émission Répliques avait invité, le 9 mai dernier, deux autres grandes voix pour la paix les intellectuels palestinien et israélien, Elias Sanbar et Élie Barnavi.

Ce chemin du dialogue est très difficile, très exigeant, mais c’est le seul qui peut conduire à la sécurité et à la paix, tous les autres mènent à la violence, à la cruauté, à la destruction et aux guerres interminables.

Entendre de tels êtres humains fait du bien, je vous renvoie vers l’émission de France Inter : « La guerre est un cancer ».

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