Vendredi 4 septembre 2026

« L’état de droit et la hiérarchie des normes. »
Bases d’une démocratie apaisée et protectrice des citoyens.

Dans le précédent mot du jour du 31 août 2026, j’ai rappelé que le Général de Gaulle avait violé la constitution qu’il avait, lui-même, fait voter pour imposer un référendum qui allait la modifier et introduire l’élection du président république au suffrage universel à deux tours !

Je précisais que j’allais revenir sur cette trahison parce que Marine Le Pen veut, si elle est élue, se prévaloir de ce précédent fâcheux pour, elle aussi, modifier la constitution avec la même procédure fallacieuse et espérer que les français approuveront ses propositions radicales sur l’immigration, l’abolition du droit du sol, la « priorité nationale » dans l’accès aux logements, aux emplois, aux services publics et aux aides sociales, et une limitation drastique du droit d’asile.

Le programme du RN pour les présidentielles est encore assez flou, mais sur ce point il existe un document précis, déposé le 25 janvier 2024 à l’Assemblée nationale par Marine Le Pen et ses parlementaires : « Proposition de loi constitutionnelle Citoyenneté-Identité-Immigration, n° 2120 »

Une seule modification a été apportée à ce texte : Marine Le Pen a renoncé à la disposition qui ouvrait le droit d’interdire, l’accès des emplois publics aux binationaux.
Selon l’article du journal « Le Monde » qui s’alarme de cette volonté et de cette manière de changer la constitution, ce texte ne devrait pas subir de changement majeur d’ici à la présidentielle, hormis l’évolution citée ci-avant : « le référendum constitutionnel de Marine Le Pen, « un coup d’Etat sur le fond et sur la forme »

De manière factuelle, Marine Le Pen, comme l’avait fait en 1962 De Gaulle, veut réformer la Constitution en utilisant le référendum prévu à l’article 11 de ladite constitution et non par l’article prévue pour la révision constitutionnelle : l’article 89.

Si cet aspect technique vous intéresse je vous renvoie vers ces deux articles dont je vous ai donné le lien.

Mais sur le fond, il ne s’agit pas d’un problème technique, c’est beaucoup plus grave et important et je vais essayer de vous expliquer cela.

Dans le fond, il faut se poser la question qu’est ce que c’est qu’une démocratie ? Est-ce que qu’une démocratie est simplement un système dans lequel après un vote, la majorité peut imposer sa volonté sans tenir compte de la minorité et même en opprimant la minorité et en imposant le règne de l’arbitraire ?

Des philosophes, des hommes sages comme John Locke (1632-1704), Emmanuel Kant (1724-1804) et particulièrement Montesquieu (1689-1755) dans son ouvrage « De l’esprit des lois » répondent négativement à cette question et considèrent que pour que la démocratie fonctionne de manière apaisée et en respectant la liberté de chacun il faut des limites qui préservent les droits de la minorité et la liberté individuelle. On appelle cela « l’état de droit »

L’état de droit doit être distingué de « l’état du Droit ». L’état du Droit est l’ensemble des règles juridiques qui s’appliquent à un moment donné : En 1960, seul un couple d’un homme et d’une femme pouvait se marier. En 2026, deux personnes ayant le même sexe peuvent se marier. L’état du Droit a évolué.

« L’état de droit » c’est autre chose. Wikipedia donne cette excellente définition :

« L’état de droit est un concept juridique, philosophique et politique qui suppose la prééminence, dans un État, du droit sur le pouvoir politique, ainsi que son respect par chacun, gouvernants et gouvernés. Ceci constitue une approche où chacun, l’individu comme la puissance publique, est soumis à un même droit fondé sur le principe du respect de ses normes. »

De manière plus concrète l’état de droit repose sur trois piliers :

  1. La hiérarchie des normes
  2. L’égalité devant la loi
  3. La séparation des pouvoirs.

L’essentiel de ce mot du jour portera sur la hiérarchie des normes.

Pour synthétiser les deux autres piliers, on peut les expliquer ainsi :

L’égalité devant la loi signifie que chaque personne physique comme chaque personne morale est soumise aux mêmes règles et bénéficient des mêmes droits fondamentaux. Cette situation acte la fin des privilèges par exemple de l’ancien régime dans lequel les nobles avaient des droits dont ne disposaient pas les membres du tiers état.

La séparation des pouvoirs empêche qu’un pouvoir unique ne devienne dictatorial. Les compétences étatiques sont réparties entre des organes distincts et indépendants :

  • Le pouvoir législatif est chargé de voter les lois (le Parlement).
  • Le pouvoir exécutif est chargé d’appliquer les lois et de gérer l’administration (le Gouvernement).
  • L’autorité judiciaire est chargée de trancher les litiges, de faire respecter les textes en toute neutralité et indépendance des deux autres pouvoirs (les tribunaux et les cours de justice).

La hiérarchie des normes est le premier pilier de l’édifice. Cette structure d’organisation impose que chaque règle juridique tire sa légitimité d’une norme supérieure. La Constitution se place au sommet de cet ensemble

Concrètement cela signifie qu’un arrêté préfectoral ne peut pas contredire un décret du gouvernement qui lui-même ne peut pas être contraire à une Loi du Parlement. Et enfin la Loi doit respecter la constitution.

Hans Kelsen (1881-1973), juriste austro-américain a théorisé cette hiérarchie qu’on schématise souvent sous la forme d’une pyramide.

Sur cette pyramide apparait aussi les Traités. Souvent, on entend dire que les traités européens sont supérieurs à la constitution. C’est faux. Chaque fois qu’un traité est non conforme, il faut réviser la constitution pour que le Traité soit conforme à la constitution.

Pour qu’un traité s’applique il faut que le Président de la République le ratifie en vertu de l’article 52 de la Constitution. Mais le Parlement (Assemblée nationale et Sénat) doit préalablement autoriser cette ratification par une loi. Et le Conseil constitutionnel peut être saisi pour vérifier la conformité du traité à la Constitution avant sa ratification. Si le Conseil constitutionnel déclare le traité non conforme, il ne peut être ratifié donc il ne peut s’appliquer sauf si la Constitution est modifiée dans les règles.

Mais l’essentiel de cette réflexion se situe dans la raison d’être de la Constitution et dans les conditions dans lesquelles, elle peut être révisée.

La Constitution organise la vie politique, elle a justement pour vocation de protéger la minorité qui a été battue aux élections pour qu’elle soit respectée et puisse jouer son rôle d’opposition dans un cadre sécurisé assurant le fonctionnement apaisé et serein des débats politiques. C’est la règle du jeu. Il n’est pas acceptable que le vainqueur d’une partie, je veux dire d’une élection puisse modifier les règles du jeu dès qu’il a gagné.

Le principe est simple, rationnel et respectueux des Libertés publiques auxquels nous tenons.

Comment fait-on pour faire respecter ce principe ?

Tout simplement en rendant plus difficile la révision de la constitution que le vote d’une loi.

C’est pourquoi la constitution de la 5ème République a prévu l’article 89.

D’abord il faut que le texte de révision soit voté dans les mêmes termes par l’Assemblée Nationale et par le Sénat.

Pour une Loi, en principe il faut la même chose, seulement en cas de désaccord persistant, alors même que des navettes parlementaires ont tenté de rapprocher la position des deux assemblées, l’Assemblée Nationale élue par le suffrage direct a le dernier mot sur le Sénat élu au suffrage indirect.

Ensuite si cette première étape a été franchie, le Président de la République a le choix entre deux procédures pour franchir la seconde étape.

Il peut soit demander au congrès qui est la réunion de l’Assemblée Nationale et du Sénat de voter le texte à la majorité des 3/5ème, soit soumettre le texte au référendum qui validera alors la révision par une majorité simple.

On comprend donc que pour la révision de la constitution, si une des deux assemblées n’est pas d’accord, elle dispose de ce qu’on peut appeler un droit de veto, à la première étape.

C’est ce que De Gaulle savait en 1962, le Sénat n’aurait pas voté la révision constitutionnelle qui modifie l’élection du Président de la République. Il ne pouvait donc pas faire passer cette révision.

Alors il a utilisé l’article 11 qui prévoit un référendum pour faire voter par l’ensemble du corps électoral une loi qui pourrait être votée en dernière instance par l’Assemblée Nationale. Il n’y a pas de première étape.

Par cet acte, dont je répète qu’il s’agit d’un viol de la constitution, De Gaulle a fait réviser la constitution par la procédure qui ne permet que de produire des lois.

Il n’a donc pas fait en sorte que la révision constitutionnelle soit plus difficile que de voter une Loi.

En 1962, 77% des français sont allés voter et ont approuvé la révision à 62,25%, ce qui est une majorité confortable.

Marine Le Pen veut faire la même chose, parce qu’elle aussi sait que le Sénat n’acceptera pas de voter son texte

Contrairement à 1962, le Conseil Constitutionnel qui dispose désormais d’un rôle accru, sera saisi. Il n’y a aucun doute que le Conseil Constitutionnel conclura qu’elle n’a pas le droit d’agir ainsi. Marine Le Pen semble indiquer qu’elle passera outre.

D’ailleurs, l’autre candidat populiste, je veux parler de Jean-Luc Melenchon exprime aussi des velléités constitutionnelles : Il veut passer à la sixième République et il n’envisage pas non plus d’utiliser l’article 89 de la 5ème république.Vous pouvez lire sur son site « Melenchon 2027 ». C’est le chapitre premier

« Convoquer un référendum (article 11) pour engager le processus constituant et décider des modalités de composition de l’Assemblée constituante : mode de scrutin, parité, tirage au sort et incompatibilités ; et des modalités de délibération : comités constituants et participation citoyenne »

Melenchon veut donc aussi partir de l’article 11 et ensuite faire une politique de table rase, en recommençant une nouvelle constitution. Normalement changer de constitution, c’est la réviser en plus radical, il faudrait aussi passer par l’article 89. Mais JLM dont chacun peut constater qu’il est à la fois un démocrate disons « autoritaire » lorsqu’il gère son mouvement et les camarades qui expriment un avis légèrement divergent et qu’il a quelques difficultés à entrer dans une phase de compromis, nous explique que le régime de la Vème République « organise un pouvoir solitaire » et donc que la 6ème République ne peut que donner un rôle plus important au Parlement. Nous avons vu fonctionner l’assemblée Nationale depuis 2022. Sans compromis cela ne fonctionne pas. D’ailleurs cela ne fonctionne pas !

Melenchon envisagerait-il de dissoudre l’opposition s’il est au pouvoir ? Dans ce cas le Parlement pourrait produire les Lois qu’il souhaite, sans compromis, mais aussi sans démocratie.

La populiste de l’autre bord pourrait s’en inspirer et présenter de la même manière que Melenchon, le référendum non pas comme une révision de la 5ème République, mais établissant une nouvelle République Vbis avec les 14 articles qu’elle veut constitutionnaliser.

Toutes ces idées ne sont pas très respectueuses de l’état de droit.

Nous aurons toujours la possibilité de voter Non aux référendums qui nous serons proposés…

Nous pouvons aussi nous interroger si la priorité de la France est une modification constitutionnelle plutôt qu’une évolution des mœurs de notre classe politique qui se trouve devant un électorat fractionné en 3 blocs (Gauche, Centre droit, Extrême droite) ou plutôt comme je le pense en 5 (LFI, Social-démocratie, Centre Droit, Droite, Extrême droite).

Aucun de ces blocs n’a vocation à avoir la majorité absolue à l’Assemblée Nationale. D’ailleurs j’ai l’impression à entendre les candidats à l’élection présidentielle, qu’une fois élu, comme dans l’ancien temps, l’électorat français élira une majorité parlementaire conforme au Président. Il me semble peu probable qu’une telle éventualité ait vocation à prospérer. Alors comment feront-ils ?

Pour votre réflexion, sur le site gouvernemental « La vie publique », on trouve cette carte établie par le World Justice Project donnant l’indice de l’état de droit des pays de l’Union européenne, la France est très moyenne.

Pensez vous que si Le Pen ou Melenchon est élu, on trouvera ce type de carte sur un site gouvernemental ?

Lundi 31 août 2026

« Je vous défie de trouver parmi les peuples du monde libre un seul citoyen qui accepte pour son pays un régime aussi extravagant et aussi dangereux. »
Paul Reynaud lors de son intervention du 4 octobre 1962 à l’Assemblée nationale

Nous débutons une nouvelle saison 2026/207 ou une nouvelle année. J’avais écrit en octobre 2021 un mot du jour sur ce thème « Une nouvelle saison» dans lequel j’expliquais que si formellement une nouvelle année débutait le 1er janvier, la véritable rupture avait lieu en septembre, après la longue pause estivale.

C’est en effet, l’heure de la rentrée des classes, du début des saisons culturelles, des nouvelles grilles des médias, des nouvelles saisons sportives etc…

Cette saison va enjamber l’année 2027 et s’achever fin juin 2027. Et pendant cette période nous allons vivre ou subir une élection présidentielle dont le premier tour aura lieu le dimanche 18 avril 2027 et le second tour 2 semaines après. Nous élirons une présidente ou un président au suffrage universel direct. J’ai écouté avec beaucoup d’intérêt cette émission de France Inter du vendredi 28 août 2026 : « Faut-il supprimer l’élection présidentielle ? »

La Constitution de la Vème république, votée en 1958, ne prévoyait pas cette modalité d’élection du chef de l’Etat. La constitution confiait à un collège d’environ 80 000 grands électeurs (députés, sénateurs, conseillers généraux, maires et délégués des conseils municipaux) le rôle de désigner le Président de la République.

Ce système ne sera utilisé qu’une seule fois, le 21 décembre 1958, pour l’élection de Charles de Gaulle.

Il constituait déjà une évolution importante par rapport à la 3ème et la 4ème République qui élisait le président de la République par la réunion de l’Assemblée nationale et du Sénat, soit moins de 1000 grand électeurs. La dernière élection de cette sorte eut lieu en 1954, il fallut treize tours de scrutin pour que députés et sénateurs s’accordent sur la candidature de René Coty.

Le récit officiel du passage à l’élection au suffrage universel direct est le suivant : Le 22 août 1962, le général de Gaulle est victime d’un attentat manqué au Petit-Clamart, fomenté par le colonel Bastien-Thiry. C’est en réaction à cet acte qu’après le Conseil des ministres du 12 septembre, de Gaulle décide que dorénavant, le Président de la République sera élu au suffrage universel. Il soumet ce projet à l’approbation des Français par voie de référendum. C’est un récit officiel car il semble bien que De Gaulle pensait à cette évolution depuis longtemps et que l’attentat n’a fait qu’accélérer le processus.

Pour ce faire De Gaulle a fait quelque chose de très grave, il a violé la constitution. C’est très grave parce que La candidate populiste de l’ultra droite a l’intention d’utiliser ce précédent historique pour faire de même : violer la constitution pour la changer avec cet argument : Puisque De Gaulle l’a fait, je peux le faire. Je reviendrai plus précisément sur ce viol, en évoquant les projets délétères de cette candidate à l’élection présidentielle qui  a été condamnée par la justice en première instance et en appel pour détournement de fonds publics. En synthèse, De Gaulle n’a pas utilisé la procédure autorisant la révision de la constitution parce qu’il savait que cette révision lui serait refusée.

Mais revenons à ce fait : chaque 5 ans, avant c’était 7 ans, les français vont massivement aux urnes pour élire un homme ou une femme qui leur a fait de multiples promesses en espérant qu’il tentera et arrivera à les tenir. Dans la vraie vie, ce n’est plus ainsi : on élit quelqu’un parce qu’on ne veut pas de l’autre.

Lors des débats de 1962, un homme d’Etat de 83 ans qui au bout d’une longue carrière politique savait comment fonctionnait une République et qui connaissait très bien De Gaulle en jouant un rôle essentiel dans la destinée de l’homme du 18 juin, a prononcé les paroles suivantes :

« Ainsi donc, voilà un Président de la République, élu au suffrage universel, qui décidera de la vie ou de la mort de la France suivant qu’il fera une bonne ou une mauvaise politique militaire, une bonne ou une mauvaise politique étrangère.
Cet inconnu tout-puissant ne sera responsable devant personne.
L’Assemblée ? Il la congédiera à sa guise.
Au-dessous de lui, les ministres. Pourront-:ils vraiment être responsables devant le Parlement d’une politique qui n’est pas la leur, qui est celle de leur maître intouchable?
Les malheureux joueront le rôle qui était, à la cour de France, celui des menins que l’on fouettait lorsque le petit dauphin faisait des sottises.
Mesdames, messieurs, on peut être partisan du régime présidentiel ou du régime parlementaire, mais je vous défie de trouver parmi les peuples du monde libre un seul citoyen qui accepte pour son pays un régime aussi extravagant et aussi dangereux. »

Paul Reynaud est le premier ministre de la France entre le 22 mars 1940 et le 16 juin 1940. C’est lui qui appelle De Gaulle, pour lequel il a une grande estime, au gouvernement comme sous-secrétaire d’État à la Guerre et à la Défense nationale, le 6 juin. Sans cette désignation, De Gaulle n’aurait eu aucun mandat à faire valoir en arrivant à Londres.

Malgré la violente diatribe de Reynaud en 1962, De Gaulle reconnaîtra ce qu’il lui doit en 1963, en écrivant au bas d’une photo officielle dédicacée :

« Vous êtes celui qui, naguère, me donna le départ »

C’est une émission de France Inter : « Faut-il supprimer l’élection présidentielle ? » qui a rappelé ces propos de Paul Reynaud et a posé les bonnes questions sur ce Régime qui met en position d’arbitre, un homme qui prétend être au centre de l’action, n’est responsable devant personne, peut dissoudre l’Assemblée Nationale, nommer le premier ministre qui bon lui semble et parvient même à le révoquer comme Mitterrand l’a fait pour Rocard ou Pompidou pour Chaban, alors que rien dans la Constitution ne le prévoit.

Cela devient du théâtre, nous élisons une personne dont les marges de manœuvre sont faibles en raison de la mondialisation, du poids très modeste de la France dans celle ci, et de sa dépendance extrême à l’égard de l’importation dans des domaines de plus en plus importants pour la vie courante de ses concitoyens.

Dans le mot du jour du 27 novembre 2012, je citais Jean-Pierre Chevènement dans son livre « La France est-elle finie ». Il rapportait des propos que Mitterrand lui avait tenu en 1979 :

« Je ne pense pas qu’aujourd’hui, à notre époque, la France puisse faire autre chose, hélas, que passer à travers les gouttes »

Il ne faut pas croire que l’élite intellectuelle ne s’en rende pas compte. Laurent Fabius a dit que selon lui notre classe politique deviendrait de plus en plus médiocre en raison du fait qu’il existait de moins en moins de moyens d’action.

Pascal Perrineau, vieux professeur à Sciences Politiques Paris le dit sans détour :le dit sans détour :

« Quand j’ai commencé dans la carrière dans les années 1980, c’étaient les meilleurs qui voulaient faire de la Politique. C’étaient les meilleurs qui voulaient être au service de l’Etat. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas. Les plus brillants veulent entrer dans les Organisations non gouvernementales, dans les organisations internationales ou créer une entreprise. »

Celles et ceux qui restent sont tellement obnubilés par l’élection présidentielle qu’ils perdent toute mesure, toute humilité dans leurs discours. Ils semblent même ignorer que pour agir, dans la mesure des possibilités de la France, ils auront besoin d’une majorité à l’Assemblée nationale.

Alors je crois que oui, si nous étions un peuple sage nous renoncerions à cette mascarade qu’est devenu l’élection au suffrage universel du Président de la République.

Mercredi 24 juin 2026

« Ta joue contre la mienne appuyée, et souris moi très doucement pour que je m’endorme heureux, mon aimée. »
Marc Bloch, « Ballade Triste », poème écrit à son épouse Simonne Vidal

Hier, la cérémonie de panthéonisation de Marc Bloch et de son épouse Simonne fut belle et émouvante. Pour moi, le moment le plus fort de cette cérémonie Panthéon fut celui où Vincent Delerm et Anne Sila ont dit et chanté un poème que Marc Bloch a écrit pour l’amour de sa vie. J’ai lu que ce fut son dernier poème pour elle.

La petite-fille du couple, Suzette Bloch, confie :

« Elle était le grand amour de Marc, c’était un couple fusionnel intellectuellement et en amour. Il lui écrivit des poèmes d’amour jusqu’au bout. [ la présence de ma grand-mère ] est pleinement justifiée et indispensable au regard de l’effacement des femmes sans qui certains grands hommes ne l’auraient pas été »

Vincent Delerm et Anne Sila déclame le poème « Ballade Triste »

Cette partie de la cérémonie se trouve derrière « Ce lien »

Lorsqu’il écrit en 1943 ce poème intitulé « Ballade Triste », l’historien Marc Bloch est entré en clandestinité dans la Résistance. Il sait que cet engagement peut lui être fatal, alors que la répression allemande fait rage :

« Mon amour, hélas, mon cher amour.
Me faudra-t-il partir cette année.
Pour le grand voyage sans retour.
Et te laisser seule, mon aimée ?

Mon amour, hélas, mon pauvre amour.
La route parfois fut malaisée.
Le fardeau, par moment, fut lourd.
Mais nous étions deux, O mon aimée.

Mon amour, hélas, mon tendre amour.
Après la joie que tu m’as donnée.
Ne m’en veuilles pas si ce beau jour
finit avant le soir, mon aimée.

Mon amour, hélas, mon seul amour.
Quand pour moi l’heure sera sonnée.
Que tout mortel entend à son tour.
Tiens-toi bien près de moi, mon aimée.

Tiens-toi, près de moi, mon amour.
Ta joue contre la mienne appuyée
Et souris moi très doucement pour
Que je m’endorme heureux, mon aimée. »

Nous savons que ce vœu de Marc Bloch ne fut pas exaucée. Il n’est pas parti pour le grand voyage, la joue de sa Simonne appuyée contre la sienne, il est mort entouré de résistants français, assassinés par la Gestapo nazi, le 16 juin 1944, à Saint-Didier-de-Formans. Simonne très malade, mourra, 16 jours après, dans l’hôpital Edouard Herriot de Lyon.

Comme le dit Suzette Bloch, Simonne Vidal ne fut pas que l’épouse de Marc Bloch, elle eut un parcours exemplaire qu’elle ne doit qu’à son courage, sa volonté et son désir d’engagement.

Simonne Vidal en 1919

Une page de France Info nous apprend que la jeune femme s’est portée volontaire pendant la Première Guerre mondiale, comme aide aux réfugiés. En récompense de son abnégation, Simonne Bloch a reçu la Médaille de la Reconnaissance française et en juillet 1919, elle épouse un capitaine revenu du front, un certain Marc Bloch.

Le couple s’installe à Strasbourg pendant près de vingt ans, elle aime assister aux cours de son mari à l’université et surtout devient son assistante. Elle est sa principale collaboratrice. Elle tapait tous ses manuscrits. Pas un mot n’est sorti de la plume de Marc Bloch sans qu’elle l’ait relu. Cet échange se voit concrètement sur les manuscrits de Marc Bloch : combien de notes de Simonne dans la marge ? Elle ajoute, elle précise, elle veille sur la rigueur du chercheur, comme une professeure de professeur, en quelque sorte, sans en avoir le titre.

Suzette Bloch le confirme : le travail de sa grand-mère « n’a pas été reconnu et n’est pratiquement pas documenté, comme pour la plupart des femmes de cette époque. »

Quand la Seconde Guerre éclate en 1939, le couple Bloch est à Paris, et l’histoire se répète : Simonne revêt à nouveau l’uniforme d’infirmière, et Marc, lui, repart au combat avant d’entrer dans la Résistance. En deuxième ligne, depuis leur maison de la Creuse où elle s’est finalement installée, Simonne, comme toujours, est là pour l’aider. Elle lui envoie des livres, des vêtements, de la nourriture. Dès qu’elle le peut, elle conduit jusqu’à Lyon où il est basé.

Quand en mars 1944, Marc Bloch est arrêté par la Gestapo, Simonne part à Lyon pour tenter d’en savoir plus. Mais son état de santé se dégrade : le 1er juillet, elle est hospitalisée. Longtemps on a cru qu’elle avait été enterrée dans une fosse commune.

Aujourd’hui, les recherches de l’historien Stéphane Nivet révèlent que Simonne Bloch a, en réalité, eu un enterrement en bonne et due forme. L’identité de la personne qui en a assumé les frais demeure cependant un mystère. Son décès avait été déclaré sous son nom d’emprunt, mais la mention d’une décision du 12 décembre 1944 suite à une requête du procureur de la république de Lyon le 2 juillet 1944, et apposée sur le document d’état civil le 27 décembre de la même année, redonne à Simonne Jeanne Myriam sa véritable identité. Stéphane Nivet a retrouvé dans les archives, trace de son inhumation dans une tombe individuelle à Lyon.

Mais le paiement de la concession funéraire n’ayant pas été effectué, en 1954, le cercueil est exhumé, incinéré, et ses cendres répandues dans un endroit dédié au cimetière de la Guillotière sans que sa famille ne soit informée.

Ce sont donc deux cénotaphes qui sont entrés dans le Panthéon mardi, le corps de Marc Bloch est resté dans le cimetière de la creuse où il repose et le corps de Simonne n’a pas été retrouvé.

Lundi 22 juin 2026

« Et l’université de Lyon II ne prit pas le nom de Marc Bloch ! »
Information qui me fut révélée lors d’un Cours d’Histoire en 2003 par Girolamo Ramunni

Le mardi 23 juin 2026 Marc Bloch, immense intellectuel, combattant français des deux guerres,  résistant assassiné par les allemands, homme d’une éthique exceptionnelle va entrer au Panthéon avec son épouse Simonne Vidal.

Le 1er octobre 2003, j’allais pour la première fois au cours d’Histoire à l’Université de Lyon II, dans le module « Histoire des Sciences et de la Société de Consommation » assuré par un professeur brillant, original et assez truculent : Girolamo Ramunni. Après quelques contrariétés de carrière administrative, j’avais décidé une année auparavant de quitter une structure de l’administration centrale parisienne qui avait pour nom « Programme Copernic » pour rejoindre Lyon et parallèlement j’avais souhaité commencer des études d’Histoire qui correspondait à une passion surtout depuis que j’avais découvert Fernand Braudel et l’école des Annales.

J’étais arrivé, un peu en retard à ce cours. Dès que je fus assis, j’entendis dans la première phrase du professeur, le nom de Nicolas Copernic. Je pris cette coïncidence comme un signe que j’étais au bon endroit. Evidemment, Girolamo Ramunni fut surpris de voir parmi ses étudiants un homme de 45 ans, ce qui conduisit à des relations un peu différentes qu’avec les autres étudiants et quelques discussions après les cours. Lors d’une de ses discussions, il me révéla un secret sur l’Université de Lyon 2 que j’ai gardé en mémoire sans immédiatement m’y intéresser.

Mais il me faut, au préalable, présenter Marc Bloch.

Marc Bloch est issu d’une famille alsacienne d’« optant », c’’est à dire des alsaciens ou mosellans qui ont choisi de quitter les territoires cédés par la France en 1871, à la suite de la guerre franco-allemande de 1870, et de rejoindre une autre région, pour conserver la nationalité française.

C’est son père Gustave Bloch qui fait ce choix le 28 juin 1872. Au préalable, ce père avait été reçu major de promotion à l’École normale supérieure de la Rue d’Ulm en 1868 et sera à nouveau major à l’agrégation de lettres en 1872. Ce père devint un brillant professeur d’Histoire de l’Antiquité. Ces précisions sont nécessaires pour montrer l’attachement à la France de cette famille ainsi que son niveau intellectuel.

Marc Bloch nait à Lyon, le 6 juillet 1886, parce que son père enseigne à la Faculté de Lettres de Lyon. La famille part ensuite à Paris Gustave devenant professeur à la Rue d’Ulm et à Sorbonne.

Marc Bloch suivit le brillant exemple de son père et intégra également la Rue d’Ulm. Après avoir été reçu à l’agrégation d’histoire et géographie en 1908 il rejoignit l’Allemagne pour suivre des cours des facultés de Berlin et de Leipzig. Montrant ainsi que pour lui l’Histoire ne saurait correspondre à un simple récit national mais qu’elle devait être éclairé par des apports multiples et différenciés.

Il est mobilisé pour la première guerre mondiale, alors qu’il est professeur de Lycée. Il finira 14-18 comme capitaine obtenant la croix de guerre avec quatre citations et décoré de la Légion d’honneur pour ses faits de guerre. C’était un intellectuel combattant et courageux.

Marc Bloch et son épouse Simonne Vidal avec deux de leurs enfants en 1932

Après la guerre, en 1919, il épouse Simonne Vidal, fille d’un polytechnicien. Ils eurent six enfants et Simonne collabora étroitement aux travaux universitaires de son mari.

Après la victoire sur l’Allemagne, le gouvernement français avait pour ambition de créer une université d’excellence à Strasbourg après son retour à la France. Il envoya ses meilleurs professeurs pour bâtir cet instrument de la puissance intellectuelle française. C’est ainsi que Marc Bloch rencontra Lucien Febvre, historien comme lui, de huit ans son ainé.

A deux, ils vont fonder, en 1929, une revue : « Annales d’histoire économique et sociale ». Leur démarche est de sortir de l’histoire des évènements, des grands hommes, de la politique et de la diplomatie pour aborder l’Histoire des structures humaines en convoquant toutes les sciences humaines, l’Histoire bien sûr, mais aussi l’économie, la géographie, la sociologie etc. Cette démarche tente de créer une histoire globale, à la fois dans le temps (longue durée) et dans l’espace (prise en compte des faits de société dans leur ensemble). On parlera de « L’école des Annales » même si cette appellation n’est pas revendiquée par les fondateurs, mais plutôt par leurs successeurs notamment Fernand Braudel. Outre la volonté d’une « Histoire globale » Marc Bloch et Lucien Febvre sollicitaient des historiens des autres pays pour écrire des articles pour leur Revue. Et c’est ainsi que l’école française d’Histoire allait succéder à l’école allemande d’avant la guerre 14-18, école que Marc Bloch était allé étudier, pour devenir la référence internationale des historiens jusqu’à peu près la mort de Fernand Braudel en 1985.

Quand la seconde guerre mondiale éclate, Marc Bloch a 53 ans, il est un historien reconnu internationalement, il a 6 enfants et souffre d’une polyarthrite invalidante. Personne ne songerait à lui demander de rejoindre l’armée. Mais il s’engage et il est placé à la tête du Parc des essences de l’armée. C’est à ce poste qu’il assiste à la débâcle de l’armée française. De cette expérience traumatisante il écrira, avec sa science de l’Historien, un livre qu’il appellera « Témoignage » et qui sera publié après la fin de la guerre sous le nom qui le rendra célèbre « L’étrange défaite ».

C’est son livre le plus célèbre, mais pour tous les spécialistes ce n’est pas son livre le plus abouti et le plus important. Il était avant tout historien médiéviste auteur de « Les Rois thaumaturges », « La Société féodale », « Les Caractères originaux de l’histoire rurale française » et bien d’autres jusqu’à son dernier livre inachevé et écrit après « l’étrange défaite », un livre de méthode : « Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien. ».

Et cet intellectuel combattant va une nouvelle fois s’engager. En 1943, après l’invasion de la zone sud, il rejoint la Résistance. Au départ les résistants qui sont beaucoup plus jeunes que lui, ne savent pas comment l’employer. Le premier chef de la Résistance que Marc Bloch rencontra en s’engageant fut Georges Altman, dirigeant du mouvement Franc-Tireur, 15 ans plus jeune que lui. Altman a lui-même relaté cette rencontre en soulignant l’humilité et la modestie de Bloch, qui, malgré son âge et son prestige, s’est présenté comme le « poulain » de Maurice Pessis, un jeune résistant et accepta de passer sous ses ordres.

Pont de la Boucle en 1930

Bientôt les résistants comprirent les qualités d’organisation et de leadership, dirait-on aujourd’hui, de cet homme intelligent, réfléchi, toujours prêt à entrer en action quand l’essentiel lui semblait en cause. Il devint un des chefs pour la région lyonnaise au sein de Franc-Tireur, puis dans les Mouvements unis de la Résistance (MUR). Il fut arrêté sur le Pont de la Boucle, aujourd’hui pont Winston-Churchill, à Lyon le 8 mars 1944. Il est interné à la prison Montluc et torturé pendant des jours, soumis à des coups et à des bains glacés, mais il ne donne jamais aucune information utile.

Après un attentat contre les soldats allemands, la Gestapo le tira de sa prison avec 27 autres résistants et les tua, dans le dos, sur la commune de Saint-Didier-de-Formans, près de l’endroit où eut lieu l’attentat. C’était le 16 juin 1944. Son épouse Simonne, atteint d’un cancer, ne fut pas informé de ce drame, elle savait uniquement qu’il était prisonnier. Elle mourra de sa maladie, 16 jours après, le 2 juillet 1944, dans un hôpital de Lyon.

Marc Bloch était aussi juif. Un juif « laïc » non pratiquant, non croyant. Il a écrit dans la première partie de « L’étrange défaite » la confession suivante :

« Je suis juif, sinon par la religion que je ne pratique point, non plus que nulle autre, du moins par la naissance (…). Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d’un antisémite. Mais peut-être que les personnes qui s’opposeront à mon témoignage chercheront-elles à le ruiner en me traitant de métèque. Je leur répondrai que mon arrière-grand-père fut soldat en 1793 ; que mon père en 1870 servit dans Strasbourg assiégé ; que mes deux oncles et lui quittèrent volontairement leur Alsace natale après son annexion au IIe Reich. »

Il écrit dans le dernier des quatre testaments qu’il rédigea au long de son existence :

« J’affirme donc, s’il le faut face à la mort, que je suis né juif ; que je n’ai jamais songé à m’en défendre […] Etranger à tout formalisme confessionnel comme à toute solidarité prétendument raciale, je me suis senti, durant ma vie entière, avant tout et très simplement français. »

L’antisémitisme le rencontra. En 1928, puis en 1934, Marc Bloch présenta sa candidature au Collège de France sans succès. Pour son ami Lucien Febvre, pas de doute, ces échecs sont le fruit de l’antisémitisme.

Il sera aussi exclu de la fonction publique par le gouvernement de Vichy en vertu du statut des Juifs du 3 octobre 1940. Son appartement parisien est réquisitionné par l’occupant, et sa bibliothèque, qui compte entre 5000 et 7000 ouvrages, est expédiée en Allemagne. Il est rétabli le 5 janvier 1941 dans ses fonctions pour services exceptionnels par le secrétaire d’État à l’Instruction publique, Jacques Chevalier – père de François Chevalier, élève de Marc Bloch. Mais quand il exercera son magistère à l’Université de Montpellier il sera encore confronté à l’antisémitisme de certains de ses collègues et de certain de ses étudiants. Jacques Chevalier lui délivre, le 24 février 1941, un ordre de mission afin qu’il puisse se réfugier aux États-Unis, accompagné de sa mère, de son épouse et de ses six enfants. Il n’en fait pas usage, ne voulant pas abandonner sa mère, âgée, malade et incapable de supporter le voyage.

Maison de Fougère de Marc Bloch

Lucien Febvre, pour continuer à publier « Les Annales, » cédera aux allemands et enlèvera le nom de Marc Bloch comme co-directeur de la Revue, un juif ne pouvant exercer le rôle de directeur d’une revue. Marc Bloch concédera à accepter cette décision sur l’insistance de son ami et continuera à publier des articles sous le nom de « Fougères » nom du hameau de la commune du Bourg-d’Hem dans la Creuse où se trouve la maison rurale qu’il a acheté et dans laquelle il a écrit « L’étrange défaite ».

Après l’invasion de la zone libre par les allemands en 1943, il ne peut plus exercer le métier d’enseignant. Il aurait alors pu se retirer dans ce petit hameau de la Creuse, probablement que personne ne serait venu le chercher jusqu’à la fin de la guerre. Ce ne fut pas son choix, il entra en résistance.

J’ai résumé, selon mes critères, les points essentiels de la biographie de cet homme d’exception.

Girolamo Ramunni

Je reviens au secret dévoilé par mon professeur Girolamo Ramunni. Il m’apprit que lorsque le conseil d’université de Lyon 2, université de sciences humaines, entreprit de lui donner un nom, le nom de Marc Bloch fut avancé. Ce choix apparaissait comme très pertinent : C’était un universitaire de renommée mondiale dans l’Histoire et les Sciences humaines, il est né à Lyon, il a résisté à Lyon, il a été arrêté, torturé à Lyon, puis assassiné près de Lyon. Mais finalement il ne fut pas choisi, parce que des professeurs en s’appuyant sur le fait que Lyon 2 avait des partenariats avec des Universités arabes, ces dernières pouvaient être choqués que leur partenaire porte un nom juif.

Je mis plusieurs années avant de m’intéresser à ce sujet et j’ai cherché, sans trouver, une source écrite et sérieuse qui confirmait cette information.

Récemment j’ai refait une recherche et j’ai trouvé cet article de Rue 89 Lyon: « Du billet de 200 francs à l’Université Lyon 2, le nom « Lumière » fait débat »

Cet article renvoie vers deux livres que j’ai pu consulter.

Le premier est un livre sur l’Histoire de l’Université de Lyon 2 : « L’université Lyon 2 : 1973-2004 » de Françoise Bayard et Bernard Comte.

Dans cet ouvrage, on apprend que L’Université Lyon 2 de sciences humaines a d’abord été créée le 5 décembre 1969 par arrêté ministériel, à la suite des événements de mai 1968 et dans le cadre de la loi Edgar-Faure.

Mais il y eut des dissensions au sein de cette université. En simplifiant, il y avait des professeurs qui trouvait que d’autres professeurs étaient trop marqués politiquement, les uns de gauche les autres de droite. C’est pourquoi, alors qu’ils traitaient des mêmes matières, le 26 juillet 1973, par décret ministériel la scission entre l’Université Lyon 2 et Lyon 3 fut actée. Lyon 2 correspondant à la partie gauche et Lyon 3 à la partie droite. Lyon 3 pris pour nom « Jean Moulin » qui n’a jamais été considéré positionné à droite.

Et Lyon 2 ? Il faut aller à la page 357 et lire les notes de bas de page qui renvoie vers un compte-rendu :

« Nous préférons de beaucoup le nom de Marc Bloch, autre grand résistant assassiné dans la banlieue lyonnaise. Non seulement parce que Marc Bloch est un des plus grands historiens français mais aussi et surtout parce que c’est un des premiers représentants de la pluridisciplinarité et du renouvellement des sciences humaines et sociales. »

Pour connaître le fin mot de l’Histoire, il faut aller lire « Les Faussaires de l’histoire », un ouvrage de Christian Terras sur le négationnisme à Lyon, page 93 :

« Le nom de Marc Bloch est récusé au prétexte qu’il pourrait ternir des relations privilégiées avec le Moyen-Orient : démarche doublement honteuse, puisqu’elle cède à des pulsions antisémites présumées du monde arabe. Finalement, l’université, réputée de gauche, adopte le nom des frères Lumière, dont l’un Louis, fut un admirateur déclaré de Mussolini et l’autre Auguste, membre de la LVF ».

La « LVF » est la Légion des volontaires français contre le bolchévisme, dite Légion des volontaires français (LVF), organisation créée le 8 juillet 1941, quinze jours après le déclenchement de l’invasion de l’URSS et ayant pour objectif d’être des supplétifs de la Wehrmacht. « L’article » de Wikipedia consacré à cette organisation cite bien Auguste Lumière comme membre éminent du Comité d’honneur, donnant sa caution morale à une œuvre de collaboration avec les nazis.

Le livre de Christian Terras précise que pour ces mêmes motifs la Banque de France a renoncé en 1995 à une proposition de mettre les frères Lumière sur le billet de 200 Francs qu’elle venait de créer.

En conclusion, les Universitaires « de gauche ? » choisirent les frères Lumière, qui sont certes de Lyon mais qui n’ont aucun rapport avec l’Université et encore moins des sciences humaines, ce sont des industriels.

Plus dérangeant, contrairement au résistant Marc Bloch, ils ont cédé aux sirènes du fascisme et de la collaboration.

Et je veux souligner que ce n’est pas suite à une demande d’Universités Arabes que Marc Bloch a été écarté. Pas du tout ! Ce fut une intuition ? Un présupposé ? d’hommes instruits, cultivés et de gauche !

Ne serait ce pas banalement et médiocrement de l’antisémitisme de certains milieux de gauche ?

Le Journal « Le Monde » révèle qu’en 1994, une histoire semblable se révéla à Strasbourg : « L’université des sciences humaines de Strasbourg rejette pour la deuxième fois l’appellation « Marc-Bloch » »

Lundi 8 juin 2026

« J’étais une femme dans une société patriarcale et un pays machiste. Pour m’en sortir, il me faudrait lever la tête, montrer les crocs, arracher un à un tous mes droits et refuser toute soumission. »
Marjane Satrapi

J’ai découvert Marjane Satrapi par le dessin animé « Persépolis » qui avait été réalisé à partir de la bande dessinée du même nom qu’elle avait écrite pour raconter sa jeune vie se cognant à la révolution islamique d’Iran de 1979.
Marjane Satrapi est née le 22 novembre 1969 dans l’Iran gouverné par le Shah. Sa famille est plutôt athée et sympathisante communiste de Téhéran. Son oncle Anouche, dirigeant du Parti communiste iranien, auquel elle est très attachée, est exécuté en 1982, pour ses opinions politiques.
Elle n’a que dix ans quand a lieu la révolution islamique qui va porter au pouvoir l’Ayatollah Khomeiny.
Son enfance sera alors confrontée à une restriction croissante des libertés individuelles dans le pays.
Excusez-moi d’avance, d’être un peu long, mais il me semble éclairant et nécessaire de citer les réformes que les fanatiques chiites sous influence de l’idéologie des frères musulmans égyptiens, sunnites pourtant, ont mis en œuvre à partir de leur prise de pouvoir en février 1979 :

  • Abolition de la loi sur la protection de la famille (26 février 1979) : Cette loi, adoptée sous le régime du Shah, limitait notamment le droit unilatéral des hommes au divorce et à la polygamie. Son abrogation a permis aux hommes de divorcer sans le consentement de leur épouse et de prendre plusieurs épouses sans restriction légale.
  • Exclusion des femmes de la magistrature (2 mars 1979) : Les femmes ont été interdites de devenir juges, ce qui a marqué le début d’une ségrégation professionnelle fondée sur le genre
  • Obligation du port du voile islamique (6-7 mars 1979) : Khomeiny a imposé par fatwa le port du voile pour les femmes travaillant dans les administrations publiques, puis cette obligation s’est étendue à l’ensemble des femmes en public. Cette mesure a suscité de grandes manifestations de protestation, notamment les 7 et 8 mars 1979, où des milliers de femmes ont défilé à Téhéran et dans d’autres villes pour défendre leurs droits
  • Restriction du droit au divorce (4 mars 1979) : Le droit au divorce est devenu exclusif aux hommes, qui peuvent désormais décider unilatéralement de divorcer à tout moment.
  • Ségrégation des sexes : Les activités sportives et les espaces publics (comme les plages) ont été ségrégés, et les compétitions sportives féminines ont été annulées.
  • Abaissement de l’âge légal du mariage pour les filles : L’âge légal du mariage des filles, qui était de 18 ans avant 1979, a été abaissé à 13 ans après la prise de pouvoir de Khomeiny.

Marjane Satrapi, en raison de son éducation et de ses goûts personnels, a vécu cette évolution comme une régression insupportable.

Elle aimait notamment le cinéma occidental et français. Elle citait régulièrement Catherine Deneuve et Alain Delon qu’elle a découverts dès ses plus jeunes années en Iran, elle proposera plus tard à tous deux de prêter leur voix à Persepolis, proposition que Catherine Deneuve acceptera.

Ses parents veulent la protéger et l’envoient en 1984, à l’âge de 14 ans, au lycée français de Vienne, en Autriche, où elle reste quatre ans. Elle revient en 1988 en Iran et y restera jusqu’en 1994. A cette date, elle quittera définitivement l’Iran pour la France où elle fera des études à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg.

Son goût pour la BD lui sera révélé par la lecture de « Maus » de Art Spiegelman.

Elle accède à la célébrité avec la publication de Persepolis, une bande dessinée autobiographique en quatre volumes publié entre 2000 et 2003, le film sortira en 2007. Ce fut un immense succès de librairie, puis en salle. Elle obtint de nombreuses récompenses au festival de BD d’Angoulême, puis le Prix du jury du festival de Cannes 2007 pour le film.

Pénélope Bagieu, future dessinatrice de BD, dira dans « Le Monde » :

« Je n’avais jamais rien lu qui ressemblait à ça »

Elle créera d’autres bandes dessinées se déroulant en Iran, « Broderies » et « Poulet aux prunes », elle réalisera des films et deviendra aussi artiste peintre.

Elle sera accompagnée tout au long de ces années par son mari suédois Mattias Ripa. Mattias Ripa a participé à son premier court-métrage d’animation alors qu’elle était encore étudiante aux Arts décoratifs de Strasbourg. Il était Financier, acteur, co-scénariste… selon les nécessités pour soutenir Marjane Satrapi. Il est mort des suite d’une longue maladie en 2025, mettant fin à 31 années de vie commune. Cette perte l’avait plongée dans une dépression sévère.

Mattias Ripa et Marjane Satrapi

« Le Point » écrit :

« Mi-avril, elle avait confié au Point avoir choisi de se retirer dans une clinique à Munich, en Allemagne, dans l’espoir de remonter la pente. « J’espère accepter de vivre avec un si immense deuil. On verra », nous écrivait-elle dans son dernier message. »

Sa famille annonça, le 4 juin 2026, sa mort « de tristesse, un an après le décès de l’amour de sa vie. ». Elle avait 56 ans.

A côté de son œuvre artistique, elle continua le combat pour la liberté d’abord des femmes iraniennes sous le joug de la théocratie islamique d’Iran.

En 2023, elle dirige l’ouvrage « Femmes, vies, libertés » en soutien aux femmes iraniennes qui manifestent après le meurtre, en septembre 2022, de Mahsa Amini, arrêtée pour un foulard mal porté puis battue à mort. Très engagée, elle appelle ainsi, dès 2022, les dirigeants européens à se positionner contre les exactions du régime iranien. Un an plus tard, en protestation de l’inaction française, elle refuse la Légion d’honneur.

Ensuite, elle constata que des mouvements islamistes étaient à l’œuvre en Occident et en France pour pousser les musulmans notamment jeunes vers une pratique de plus en plus rigide et archaïque de leur religion, avec pour première cible la liberté et l’émancipation des femmes. C’est pourquoi, en mars 2016, elle figure parmi les signataires du manifeste du Printemps républicain.

Et on verra ces forces obscurantistes à l’œuvre. Quand en mars 2026, France 4 annonce diffuser le film Persepolis « en raison de l’actualité », une vague de réactions éclate sur X. Un post, vu plus de 3 millions de fois, accuse l’œuvre d’islamophobie et de « propagande impérialiste occidentale ». Ces éléments de langage utilisés jusqu’alors par le régime iranien et le Hezbollah qui parvint à interdire la diffusion du film au Liban, se répandait en France.

Un billet de Charlie Hebdo du 9 mars 2026 parle de ces réactions : « Persepolis « islamophobe » : qui a peur de Marjane Satrapi ? »

Vous pourrez lire l’intégralité de ce billet, j’en cite quelques extraits :

« Persepolis, le chef-d’œuvre de Marjane Satrapi adapté d’une de ses bandes dessinées, serait « islamophobe ». Ce serait d’ailleurs pour cette raison que France 4 – comme chacun sait, suppôt du lobby militaro-industriel américano-israélien – a décidé de bouleverser ses programmes, le 5 mars dernier, pour diffuser le film sur son antenne. […]

Beaucoup de nos apprentis mollahs tricolores n’ont pas vu le film. Ou trop vite. Ou trop mal. Il suffit de lire leurs posts : l’un présente l’autrice comme une « bourgeoise iranienne pro-Shah », alors que Satrapi vient d’une famille communiste, quand d’autres voudraient en faire le porte-voix d’un occident civilisateur. Revu pour l’occasion, le film n’est pourtant pas tendre avec ce dernier. De retour en Iran, après avoir été envoyée à Vienne, où elle a connu l’isolement et la précarité, Marjane Satrapi résume à ses copines restées sous le joug des mollahs son expérience ainsi : « En Occident, tu peux crever dans la rue, personne ne te viendra en aide » »

Dans Persepolis, il y a une scène dans laquelle la grand-mère de Marjane lui donne ce conseil :

« Je vais te donner un conseil qui te servira à jamais. Dans ta vie tu rencontreras beaucoup de cons. S’ils te blessent, dis-toi que c’est la bêtise qui les pousse à te faire du mal. Ça t’évitera de répondre à leur méchanceté. Car il n’y a rien de pire au monde que l’amertume et la vengeance. Reste toujours digne et intègre à toi même. »

Marjane Satrapi, n’a pas été en mesure de toujours suivre ce conseil de sa grand-mère. Quelquefois la colère était trop grande contre la bêtise ou l’aveuglement d’une certaine Gauche qui prétend qu’on peut dans un même élan soutenir le combat contre le voile en Iran et défendre le port du voile en France, cet outil du patriarcat qui serait un instrument de liberté…

Sandrine Rousseau, par exemple, l’élue écologiste qui avait défini le voile comme « objet d’embellissement » et qui a posté le 3 novembre 2024, en dessous d’un dessin représentant l’étudiante iranienne de 22 ans, Ahou Daryaei, apparue la veille en sous-vêtements en pleine rue devant l’université Azad de Téhéran en signe de protestation contre le harcèlement d’agents de sécurité au sujet de son port du foulard, ce message :

« Notre corps, et tout ce que l’on met – ou pas – pour le vêtir, nous appartient. Force aux Iraniennes, aux Afghanes, à toutes celles qui subissent l’oppression. »

Marjane Satrapi lui a alors répondu par cette vidéo :

« En 2022, le premier rassemblement organisé par le mouvement Femme-Vie-Liberté s’est tenu place de la République, en soutien à la révolution populaire survenue en Iran après l’arrestation puis la mort de Mahsa Amini pour un voile mal porté. Des dizaines de milliers de jeunes filles ont été arrêtées, violentées, emprisonnées. Vous aviez pris la parole, et tout le monde vous a huée parce que quelques jours auparavant, vous aviez déclaré que le voile est l’embellissement de la femme. Partout, à la radio et la télévision, vous aviez expliqué ensuite que vous aviez été huée parce que vous êtes une femme. Or nous étions six femmes, mais nous avons toutes été applaudies, sauf vous. Si vous avez huée, c’est parce que vous étiez con.
Et vous continuez à l’être. Maintenant, vous faites un tweet dans lequel vous comparez la situation des filles de mon pays qui, pour oser enlever leur voile, se font arrêter, violer, torturer, emprisonner, à la situation de la jeune fille, ici en France, qui décide de se voiler pour une raison qui m’échappe. Car je ne sais pas depuis quand le voile est devenu synonyme d’émancipation. Ça devient ridicule, et à force de ne pas vouloir être accusée de raciste, vous jouez le jeu des fanatiques. Ça suffit ! […] conclut enfin Marjane Satrapi. Que vous ne compreniez pas la situation et que vous soyez bête, c’est OK. Tout le monde a le droit d’être con, mais à ce moment-là, il vaut mieux se taire ».

Moi je dirai comme Michel Rocard qu’il existe des « saines colères ». Et pour toutes celles et ceux de Gauche qui s’égarent, je leur demanderai de se rappeler des leçons de l’Histoire où des gens de gauche des années 1960 ne voulaient pas entendre ce que des dissidents comme Viktor Kravchenko racontaient des horreurs du communisme soviétique ou Michel Leys dénonçaient du maoïsme « Leys, l’homme qui a déshabillé Mao ». Aujourd’hui les mêmes dérives existent par rapport aux influences islamistes en œuvre en Occident.

Je ne vais pas multiplier les exemples, mais sous une video dans laquelle Marjane Satrapi critiquait Melenchon et qui a été republiée sur X, vous trouverez des tweets haineux comme celui-ci :

Je prends la traduction :

« Marjane Satrapi était une sioniste raciste islamophobe génocidaire, et peu importe le nombre de fois où vous postez cet extrait d’interview d’il y a 20 ans ou cette capture d’écran de cette merde de propagande minable Persepolis, elle était une ordure impérialiste sioniste. »

Je vous fais remarquer qu’au moment où j’ai réalisé cette copie d’écran, soit un jour après sa publication, elle avait été vue près de 400 000 fois et que 6000 personnes ont trouvé intelligent de l’approuver par un cœur.

 

Quand Raphaëlle Primet, élue communiste de Paris, lui rend hommage sur Instagram, un individu trouve pertinent de poster ce commentaire :

« Marjane Satrapi était islamophobe, bourgeoise, méprisante et condescendante à l’égard des femmes portant le voile. »

C’est dans un entretien que Marjane Satrapi a accordé au « Monde » et publié le 18 octobre 2020 que j’ai tiré l’exergue de ce mot du jour : « A 10 ans, je m’entraînais à devenir une prisonnière politique »

Dans cet entretien elle rend un hommage vibrant aux femmes de sa famille :

« Toutes les femmes de la famille valaient le détour ! Pas une femme mièvre à l’horizon ! Des battantes, des révoltées, des fortes en gueule. Ce sont elles qui m’ont construite, pas les hommes, même si j’adorais mon père qui est la gentillesse sur Terre. A la génération au-dessus, il y avait ma grand-mère paternelle, fille d’un chef de tribu, qui avait échappé à un mariage arrangé par son père en s’enfuyant à cheval, une nuit, déguisée en garçon, pour rejoindre l’homme qu’elle aimait. Et puis il y avait ma grand-tante maternelle. Une vraie inspiration. Imaginez… Mariée contre son gré, elle avait vite divorcé, était partie en Suisse étudier la peinture avant de revenir en Iran, poétesse, chanteuse à la radio, peintre de nus. Elle conduisait une immense voiture américaine et clamait sa préférence pour le statut de maîtresse d’un homme marié plutôt que d’épouse, ne réclamant « que les bons moments ». Bref, une liberté de pensée sublime. J’adorais passer du temps avec elle. »

Je finirai par cet hommage de Joann Sfar :

« Tu as changé le monde avec des bandes dessinées […]. J’ai perdu ma sœur jumelle »

Jeudi 21 mai 2026

« Prononcez la phrase « Allah akbar » dans n’importe quelle rue du monde occidental et regardez la terreur qu’elle provoque. »
Leïla Slimani « Assaut contre la frontière » page 49 (Gallimard, 2026)

Leïla Slimani dans « Assaut contre la frontière » parle de son rapport douloureux avec la langue arabe qu’elle ne parle pas et dont elle dit pourtant qu’il s’agit de sa langue, la langue de son pays maternel.

Mais c’est une phrase particulière de cet ouvrage qu’Alain Finkielkraut a cité pour introduire l’émission de « Répliques » qu’il a consacré à « La Question de l’Islam ».

Je sais qu’Alain Finkielkraut est honni par un grand nombre de personnes de gauche qui dénoncent ses obsessions d’une France du passé dans laquelle la langue française était, selon lui, sacralisée et dans laquelle la société française lui semblait plus harmonieuse.

Je ne défendrai pas ici, sa vision souvent pessimiste de la France d’aujourd’hui. Mais, en revanche, je défendrai avec enthousiasme et ferveur la qualité et l’intérêt de son émission « Répliques » dans laquelle il invite des personnes qui sont d’avis opposés mais qui sont capables de s’écouter et de débattre.

Débattre qui signifie, comme on le sait, parler ensemble sans se battre. J’avais écrit en 2021, un mot du jour à ce sujet : « Débattre est un verbe qui désigne ce qu’il faut faire pour ne pas se battre ! »

Je vous invite donc à écouter cette émission du 28 mars 2026 « La question de l’islam » dans laquelle il a invité deux personnes Ghaleb Bencheikh et Ferghane Azihari qui ont débattu, ont trouvé quelques points d’accord, beaucoup de points de désaccord et qui permettent ainsi à tous celles et ceux qui écoutent ce débat de se poser des questions, des meilleures questions que celles qu’ils se posaient jusqu’à là et peut être même de se faire une opinion plus fondée sur ce sujet sérieux.

Parce que, oui, le mot « Islam » est devenu tabou dans la France de gauche et l’explication commode pour la France de l’extrême droite et des suprémacistes chrétiens de la plus grande part des problèmes de la société française.

Entre le déni des uns et les excès des autres, il faut être capable d’aborder lucidement et calmement le sujet.

Car il y a des questions !

Et comme le fait remarquer la phrase de Leila Slimani, l’islam suscite chez beaucoup un sentiment de crainte. Comme si cette religion ne se réduisait pas à une religion et qu’elle était aujourd’hui en position de combat voire de conquête. « Allahu akbar » ou « Allah akbar » est une expression arabe qu’on appelle takbir et qui signifie littéralement « Dieu est plus grand ».

Wikipedia nous apprend que l’expression en elle-même ne figure pas dans le Coran, mais y trouve son origine, dans une expression tirée du verset 111 de la 17e sourate : « proclame sa grandeur » (c’est-à-dire la grandeur de Dieu)

Le takbir a toute sa place dans la prière musulmane. Et en tant que tel n’a pas vocation à susciter la terreur. Le problème est que les terroristes se réclamant de l’Islam proclament, le plus souvent, le takbir à la fin de leur sinistres méfaits, créant ainsi un lien entre la formule et la terreur.

Parfois cette formule est scandée dans des manifestations. Le 10 novembre 2019, Jean-Luc Melenchon a trouvé pertinent de se joindre à la « manifestation contre l’islamophobie », terme qu’il récusait jusque là pour lui préférer le « combat contre la haine anti musulmane », c’est-à-dire contre le racisme. Dans cette manifestation, l’un des organisateurs Marwan Muhammad, un homme proche de Tariq Ramadan et des frères musulmans, a lancé cette formule « Allah Akbar » puis l’a fait reprendre par une partie de la foule.

Cet article du Monde « contre la stigmatisation des Français de confession musulmane » relate cet épisode.

Il ne me semble pas qu’une telle formule, surtout étant donné son utilisation dans l’espace public par des terroristes, ait sa place dans une manifestation contre le racisme.


Alain Finkielkraut, demande à ses deux invités de réagir à ce sentiment de terreur provoqué par l’irruption, dans l’espace public, du takbir.

Ferghane Azihari qui vient de publier « L’islam contre la modernité » répond :

« L’honnêteté commande de constater que le monde musulman aujourd’hui ne présente pas un visage très sympathique. Le monde musulman est composé d’un nombre disproportionné de régime tyrannique dans lesquels, les notions de liberté et d’égalité relèvent de la science-fiction la plus totale. Seuls 3 % des 1,9 milliard de musulmans dans le monde vivent dans des régimes plus libéraux que la moyenne, et c’est dans les sociétés non-musulmanes que les musulmans ont le plus de droits et de libertés […] Le fait que le monde musulman est le terreau de beaucoup trop de dysfonctionnements explique que cette religion suscite une méfiance légitime en raison des maux qui traversent cette religion. »

Ghaleb Bencheikh, président de la Fondation de l’islam de France et producteur de l’émission « Questions d’islam », pour sa part, a cette réaction

« A une question directe, une réponse directe.
Est-ce que cette crainte de l’islam, suite à la prononciation de la formule « Allahu Akbar » peut susciter des peurs irraisonnées dans certains cas, oui elle est justifiée et cela se comprend. Et qui dit comprendre, ne dit pas admettre, parce qu’il y a une séquence de terreur, d’épouvante, de barbarie qui s’est abattue, au nom de cette tradition religieuse, par des criminels, des extrémistes, des illuminés, des exaltés et il faut les condamner avec force. Point ! »

J’ai déjà évoqué à plusieurs reprises Ghaleb Bencheikh qui est islamologue, président de la Fondation de l’islam de France et producteur de l’excellente émission « Questions d’islam », le dimanche de 7h05 à 8h00 sur France Culture.

Cet homme érudit, défend une vision apaisée et savante de sa religion, dont il vante la profondeur, la complexité tout en reconnaissant les dérives et les faiblesses d’une application littérale et violente d’une partie actuelle du monde musulman, sous influence du wahabisme, du salafisme ou des frères musulmans.

En revanche, je ne connaissais pas Ferghane Azihari qui est un jeune essayiste français de 32 ans. Il est né de parents comoriens immigrés en France dans les années 1970. Sa famille est de culture musulmane et son grand-père était cadi aux Comores. Selon wikipedia, « un cadi » est un juge musulman remplissant des fonctions civiles, judiciaires et religieuses et réglant des problèmes de la vie quotidienne : mariages, divorces, répudiations, successions, héritages.

Ce jeune homme vient de commettre un livre à charge contre la religion de l’Islam : « L’islam contre la modernité »

L’ouvrage de Ferghane Azihari est très violent contre l’Islam, certaines critiques peuvent certes être nuancées ou contrées, mais il en est qui sont difficiles à récuser.

Ferghane Azihari entre dans son réquisitoire en parlant d’anomalies statistiques.

Le nombre de démocraties libérales dans les pays à majorité musulmane se compte sur les doigts d’une main atrophiée. Depuis dix ans, le palmarès des groupes terroristes les plus meurtriers est presque exclusivement composé de groupes musulmans. Les pays musulmans sont aussi surreprésentés dans les conflits armés.

Les travaux du chercheur américain Jonathan Fox montrent que 63 % des minorités religieuses les plus persécutées dans le monde vivent dans des pays musulmans. Sur les 71 pays qui pénalisent le blasphème, 32 sont musulmans. En ce qui concerne les droits des femmes, presque tous les pays musulmans se trouvent dans la moitié inférieure des classements de l’OCDE ou de l’ONU sur l’égalité hommes-femmes.

Alors que l’homosexualité est punissable dans moins d’un tiers des pays non islamique, c’est le cas dans deux tiers des États musulmans, et excepté l’Ouganda, la totalité des pays où l’homosexualité est passible de mort sont musulmans.

Sur beaucoup de ces constats Ghaleb Bencheikh concède qu’ils correspondent à la réalité d’aujourd’hui. Il pense cependant que l’islam possède la capacité d’évoluer et de se réformer.

Pour Ghaleb Bencheikh, le monde islamique a raté un tournant décisif. Il parle d’« une séquence – moment Descartes-moment Freud – qui a été ratée en contexte islamique ». La pensée théologique islamique, selon lui, « est véritablement en crise ». Elle doit donc affronter « des chantiers titanesques » : « celui de la liberté », « celui de l’égalité », « la désacralisation de la violence », mais aussi « l’autonomisation du champ du savoir et de la connaissance par rapport à celui de la révélation et de la croyance ».

Sur d’autres points Ghaleb Bencheikh considère que la vision de son interlocuteur ne prend pas suffisamment en compte la diversité et la complexité des sociétés musulmanes, qui pour certaines ne sont pas susceptibles des mêmes critiques de l’essayiste.

Je vous laisse écouter ce dialogue, exigeant, ferme dans lequel chacun laisse l’autre s’exprimer, acquiesce quand il accepte les arguments de l’autre ou les réfute sans concession quand il estime que son interlocuteur tient des propos erronés.

Ferghane Azihari, parle aussi d’un fait qui s’est passé dans la ville de Saint Denis que j’ai évoqué récemment pour défendre les attaques racistes contre son nouveau maire Bally Bagayoko.

Dans le quartier, où repose les rois de France, des femmes archéologues en débardeur ont subi le harcèlement d’habitants qui leur reprochaient leurs tenues, jugées impudiques et leur audace d’exercer un métier qu’ils estimaient réservé aux hommes. Ces personnes étaient de religion musulmane.

Cette anomalie au regard des valeurs françaises n’est pas contestée par Ghaleb Bencheikh, mais il estime ce fait « contingent » c’est à dire fortuit ou accidentel :

« Ce qui s’est passé à Saint Denis est contingent. Ce qui se passe dans certains quartiers de notre belle France est un problème de prolétarisation, de ghettoïsation, de marginalisation sur lequel l’idéologie islamiste peut entrer, comme dans un ventre mou, en faisant miroiter une citoyenneté supranationale, au-delà de la citoyenneté française qui est déniée à tort ou à raison à certains. On s’est arc boutée dans une vision obscurantiste, passéiste rétrograde de la vision islamique »

Cette réponse qu’on peut entendre, révèle cependant qu’il n’est pas contesté que des idéologues islamistes sont à l’œuvre pour imposer une vision obscurantiste et rétrograde. Cette vision n’a pas sa place dans notre République, la combattre a toujours été la mission des forces de gauche qui entendent s’appeler les forces de progrès.

Un autre échange m’a interpellé, car je l’ignorais. Ferghane Azihari évoque le comportement du prophète Mahomet tel qu’il est relaté dans les biographies écrites par des sources musulmanes officielles :

« La figure de Mahomet, […] c’est la Sirah, ce sont les récits de la tradition islamique qui n’ont certes aucune fiabilité historique car écrit tardivement, c’est tout de même ces biographies officielles qui célèbrent, car ces récits ont un dessein hagiographique, Mahomet qui s’adonne à des égorgements, qui pratique la pédophilie et l’esclavage sexuelle. Lorsque Daesh met en place une industrie d’esclavage sexuel il s’appuie sur des traditions qui sont considérées comme canonique. [Et ce qui est troublant] c’est que chaque fois qu’on parle du prophète dans la littérature académique, on ne cesse d’édulcorer et de mettre sous le tapis les éléments les plus embarrassants du personnage de Mahomet. »

La réponse de Ghaleb Bencheikh ne conteste pas le contenu de la Sirah mais il conteste la véracité de ces sources :

« Ces biographies ont été consignées par écrit deux siècles plus tard. A un moment où on magnifiait la virilité et où la vision du monde était celle décrite et dans laquelle on pensait que c’était des qualités. On se rend compte que tout cela a été une construction humaine. »

Et il ajoute qu’objectivement on sait peu de choses de la vie et des mœurs de Mahomet.

La réponse de Ghaleb Bencheikh est encore une fois pleinement acceptable du point de vue de la science de l’Histoire. Mais je remarque que, cette réserve du décalage entre l’écriture de la biographie et les faits réels peuvent aussi s’appliquer aux textes religieux.

Mahomet serait décédé en 632. Selon les historiens du XXIe siècle, le Coran a été fixé dans les années 700, soit 70 ans après la prédication, sous le règne du calife omeyyade Abd al-Malik (685-705).

70 ans peuvent encore paraitre raisonnable, mais que dire des « hadiths » qui correspondent à la tradition orale de l’enseignement de Mahomet qui n’ont été mis en forme dans un corpus officiel que 4 siècles après la révélation.

Enfin, il n’est pas indifférent de constater que le manque de fiabilité de ces sources officielles n’a pas dissuadé Daesh de pratiquer l’esclavage sexuelle de manière ignoble.

L’ouvrage de Ferghane Azihari a été largement évoqué par des médias d’extrême droite ou de droite, il n’y a quasi aucune trace dans les journaux de gauche. Je n’ai trouvé aucun article dans Libération, dans Telerama, dans le Nouvel Obs.

Seul « Le Monde » lui a consacré une critique qui pour l’essentiel s’attaque à la personne de l’auteur et presque pas au sujet du livre.

Sur le fond, « Le monde » se contente de citer deux auteurs : Haouès Seniguer, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paul-Valéry de Montpellier qui décrète :

« qu’Azihari ne cherche dans l’islam que ce qui viendra confirmer ses préjugés, autrement dit le pire. Et c’est à partir du plus laid de la tradition islamique, qui existe bel et bien, qu’il juge ensuite, d’un coup, non seulement l’islam mais aussi les sociétés musulmanes ».

Marie-Thérèse Urvoy professeure de l’université Montaigne de Bordeaux qui conteste l’affirmation d’Azihari que l’Islam est irréformable mais qui ajoute cette condition :

« cette religion sera « réformable » le jour où elle « renoncera au dogme du “Coran incréé” [c’est-à-dire vu comme la parole immuable de Dieu, donc non contextualisable] et acceptera la critique historique du texte ».

Les gens raisonnables ne demandent rien d’autre.

Mais encore faut-il regarder l’Islam d’aujourd’hui tel qu’il est et critiquer ce qui est critiquable, sans jamais rien céder aux racistes anti-musulmans qui s’attaquent aux individus qu’ils essentialisent selon leurs fantasmes.

Mais critiquer l’islam d’aujourd’hui, tel qu’il est pratiqué dans la plupart des théocraties qui se réclament de cette religion ou tel qu’il est diffusé et instrumentalisé dans le monde et en occident par les frères musulmans, les salafistes, les wahabistes ou les influenceurs numériques qui se nourrissent aux mêmes sources du rigorisme et de l’archaïsme, est indispensable pour comprendre et refuser la régression qui en est le moteur.

Je vous invite donc à écouter cette émission de France Culture du 28 mars 2026 « La question de l’islam ».

Et si vous souhaitez approfondir le sujet vous pourrez regarder avec beaucoup d’intérêt cet entretien avec le philosophe et historien Rémi Brague : « Pourquoi l’Occident ne comprend rien à l’Islam »

Mardi 7 avril 2026

« Quand un clown s’installe dans un palais, il ne devient pas roi. C’est le palais qui devient cirque ! »
Proverbe turc cité par le sénateur Claude Malhuret

Le sénateur Claude Malhuret possède le sens des formules. Souvent ses analyses et opinions tranchées me semblent d’une grande pertinence. Cette fois, c’était lors de son intervention du 25 mars qu’il a utilisé ce proverbe turc qui décrit si bien ce qui se passe à la Maison Blanche.

Je reprends les termes de Philippe Corbé dans son dernier Zeitgeist du 6 avril pour relater la dernière sortie ou « énormité » ( j’avoue ne pas savoir quels mots utiliser) de cet héritier qui a fait faillite à de multiples reprises et qui est peut être en train de faire de même avec les États-Unis voire le monde.

Message de Trump

Corbé écrit : « L’histoire retiendra qu’il était à peine passé 8 h en ce dimanche pascal, quand les chrétiens aux États-Unis et à travers le monde s’apprêtaient à célébrer la résurrection du Christ, que le président a séché la messe à laquelle il était prévu qu’il assiste pour louer Allah sur son réseau social, au milieu d’insultes vulgaires et de menaces de crimes de guerre. » :

« Mardi sera le jour des centrales électriques, et le jour des ponts, tout en un, en Iran.
Ouvrez ce putain de détroit, bande de bâtards dingues, sinon vous allez vivre en enfer.
REGARDEZ BIEN !
Louange à Allah.
Président DONALD J. TRUMP” »

Que dire ?

Certains s’arrêtent à « Praise be to Allah » en soulignant l’incongruité de cette invocation religieuse dans ce message ordurier. Oui que dire ? Ce clown serait-il, en plus, un malade mental ? Un déséquilibré à la tête de l’armée la plus puissante du monde et possédant une puissance destructrice qui pourrait annihiler toute vie humaine sur terre ?

Pour 2,94 € vous pouvez télécharger une affiche de Trump en clown sur ce site : https://www.etsy.com/

Si on essaye d’oublier le langage vulgaire et la pauvreté abyssale de la sémantique pratiquée, que dit le président des États-Unis : il veut faire détruire les ponts et les centrales électriques de l’Iran. Zeitgeist cite le New York Times :

« Selon les Conventions de Genève, frapper des centrales électriques et des ponts utilisés principalement par des civils est interdit ; ils ne sont pas considérés comme des cibles militaires. Des responsables de l’administration commencent déjà à faire valoir que les viser ne constituerait pas un crime de guerre, car ils sont également essentiels aux programmes de missiles et nucléaire. Mais cette faille pourrait s’appliquer à presque n’importe quelle infrastructure civile, y compris les réserves d’eau. »

Trump a dit qu’il n’était pas intéressé par le droit international et que seule sa propre moralité pouvait lui fixer des limites. Il me semble qu’associer Trump et moralité constitue un oxymore. Même du point de vue de la religion, nous sommes au delà de la confusion, dans une sorte d’entropie sans limite. Je lis sur le site de Paris Match :

« Ce mercredi 1er avril, lors d’un déjeuner organisé à la Maison Blanche pour célébrer la semaine sainte, sa conseillère spirituelle Paula White-Cain, célèbre pasteure et télévangéliste, ne lésinait pas sur la comparaison. « À travers sa mort et sa résurrection (Jésus-Christ) fait preuve devant nous d’un grand leadership. (…) Monsieur le Président, personne n’a autant que vous payé le prix » du sacrifice, a-t-elle ainsi lancé. « Cela vous a presque coûté la vie. Vous avez été trahi, arrêté et faussement accusé. C’est un schéma familier que notre Seigneur nous a montré. Mais cela ne s’est pas arrêté là pour lui, et cela ne s’est pas arrêté là pour vous. Parce qu’il est ressuscité, vous vous êtes relevé. Parce qu’il a vaincu, vous avez vaincu. » D’un air humble, Trump, debout derrière elle, buvait ses paroles.
Comme le tout-puissant, « Saint Donald » aurait donc vécu un chemin de croix pour résister à ses ennemis (juges, médias…) et se faire réélire président. Beaucoup, parmi les ultra-conservateurs de son électorat, le croient. Et c’est aussi, peu ou prou, la thèse de Paula White-Cain, qui occupe le poste très officiel de « directrice du bureau de la foi à la Maison Blanche
»

Prière dans le bureau Ovale en mars 2026

Selon ses courtisanes et courtisans, Trump serait une sorte de Christ, un homme profondément imprégné de foi chrétienne. Mais le jour le plus sacré de la religion chrétienne, le dimanche de Pâques, l’histrion de Mar-a-Lago ne se rend pas à la messe. Zeitgeist nous décrit sa matinée :

«  Pendant ce temps-là, en ce matin de Pâques, pendant que des millions d’Américains se rendent à l’église, le président fait tout autre chose. Il appelle plusieurs journalistes au téléphone, dont des reporters de Fox News, Axios, The Hill, ABC News, et bien d’autres, pour leur parler de son ultimatum lancé à l’Iran. Puis, à défaut d’aller à la messe comme c’était prévu en ce jour le plus sacré pour les chrétiens, il entreprend une étrange tournée de la capitale fédérale, où il était exceptionnellement resté pour ce week-end pascal. Une curieuse procession en cortège présidentiel avance lentement autour de Memorial Circle, non loin de ce pont où il rêve de faire ériger une arche à sa propre gloire. Puis le cortège roule lentement jusqu’à son golf en Virginie, de l’autre côté du Potomac.»

Je pourrais continuer à narrer ses grossièretés notamment à l’égard de ses alliés, ses mensonges, ses revirements, sa brutalité. Vous les connaissez aussi bien que moi.

Philippe Corbé dans son livre « Arme de distraction massive », explique que Trump utilise ses mensonges, sa grossièreté pour sidérer tous les jours et ainsi créer de la distraction, détourner l’attention pour lui permettre d’agir dans les domaines qui lui paraissent importants.

Force est de constater que cela ne fonctionne pas bien dans la guerre contre l’Iran. On attribue à Sun Tzu, l’auteur de « l’Art de la guerre » cette prophétie :  « La stratégie sans tactique est la voie la plus lente vers la victoire. La tactique sans stratégie est le bruit avant la défaite. ». Sur le plan intérieur, il semble aussi que sa politique n’a pas les résultats attendus par une grande part des américains qui l’ont élu.

Sur le plan mondial, il décrédibilise la parole et la position des États-Unis. Pour Dominique Moïsi, sa politique a pour conséquence principale de renforcer la Chine qui apparait comme une force de stabilité. Alors s’il y a un plan caché, ce serait par des délits d’initié permettre à des proches de s’enrichir et permettre aux entreprises de la tech américaine ainsi que de l’IA de progresser sans limite et sans régulation.

Normalement, les élections de novembre 2026 devraient conduire à une défaite nette et permettre aux démocrates de gagner la majorité du pouvoir législatif pour assurer un contre-pouvoir efficace à l’hubris de cet autocrate. Mais certains doutent que ces élections aient lieu dans des conditions normales permettant l’alternance. Pour les penseurs influents de son camp comme Curtis Yarvin et Peter Thiel qui détestent la démocratie, il faut empêcher que les mécanisme électoraux de la démocratie remettent en question le pouvoir de l’exécutif. Et que se passerait il s’il y avait défaite et que Trump refuserait de reconnaître les résultats des élections ? 

Vous pouvez aussi acheter pour 63,56 € un puzzle de 500 pièces sur ce site : https://fineartamerica.com/featured/donald-trump-no4-my-head-cinema.html?product=puzzle

Nous sommes dans une situation extrêmement grave. Comment est-il possible que la démocratie puisse conduire à l’arrivée au pouvoir d’un tel homme ? 

Une certitude apparait : il faut résister à ce pouvoir chaotique et prédateur. L’Europe et la France disposent t’elles d’hommes ou de femmes d’État capable de le faire ?

Et s’ils existaient, auront ils des peuples fiers et lucides sur lesquels s’appuyer pour mener cette lutte. Car si nous disons non à Trump ! Nous devons nous attendre à souffrir dans notre confort, notre vie quotidienne, tant le prédateur américain a des moyens pour nous contraindre et nous tourmenter. Je ne savais pas qu’une décision américaine pouvait nous priver de tout paiement dématérialisé comme cela est pratiqué pour les juges de la CPI. Il peut aussi contraindre les laboratoires américains à augmenter les prix des médicaments vendus aux européens et bien d’autres choses encore.

Bien sûr, toutes ces mesures auraient aussi des conséquences négatives pour les États-Unis, mais pour faire le poids il faudra que l’Europe parle d’une seule voix. Cette union plutôt que les réactions égoïstes des principaux pays préférant la lâche soumission peut elle être espérée ?

Serons nous capable, collectivement de sortir de notre douce somnolence, de nos dénis et de nos combats d’hier ?  .  

 

Lundi 30 mars 2026

« [Saint-Denis] est la ville des rois morts et du peuple vivant»
Expression attribuée au communiste Jean Marcenac (1913-1984), qui l’aurait formulée dans les colonnes de L’Humanité après la Seconde Guerre mondiale

Dimanche 15 mars, la liste menée par Bally Bagayoko a été élue au premier tour des élections municipales de la ville de Saint Denis (93) qui après avoir fusionné avec Pierrefite est une ville d’environ 150 000 habitants, plus grande ville de la Région parisienne, après Paris.

Tombe de François 1er et son épouse Claude de France

Au milieu de la liesse de ses soutiens, il est interviewé par un journaliste de LCI qui commence l’entretien en rappelant que Saint-Denis est la ville des rois. En effet, Saint-Denis abrite la basilique dans laquelle se trouve la nécropole royale où se trouve les tombeaux de très nombreux rois et reines qui ont régné sur la France. Le nouveau maire a alors repris, en la simplifiant, une phrase attribuée au poète communiste Jean Marcenac, résistant qui a enseigné la philosophie au lycée Paul-Eluard de la commune :

« La ville des rois et du peuple vivant »

Couvert par le bruit, le journaliste et des auditeurs ont cru entendre : « La ville des noirs. ». Cette erreur a été répétée et amplifiée sur de nombreux plateaux de télévision. Si la journaliste Apolline de Malherbe de BFM TV a présenté rapidement ses excuses d’avoir repris cette « infox », peu de journalistes ont eu cette honnêteté, certains ont continué à la relayer alors qu’il était devenu certain que la phrase n’avait jamais été prononcée par le nouveau maire de Saint-Denis.

Bally Bagayoko est né en 1973 à Levallois-Perret de parents maliens originaires du village de Gouni, situé au nord-ouest de Bamako, sur la rive droite du fleuve Niger. Lui a grandi à Saint-Denis, à partir de son enfance.

Il est diplômé de l’université Paris-VIII en géopolitique et titulaire d’une maîtrise sciences et techniques (MST) « connaissance des banlieues » de cette même université. Il travaille comme cadre à la RATP. Il est aussi basketteur et entraîneur de basket. C’est en entraînant le club de Saint-Denis Union Sport, qu’il fait monter du niveau départemental jusqu’en Nationale 3 en moins de cinq ans, que Patrick Braouezec, alors maire communiste de Saint Denis, le repère. Son engagement municipal démarre en 2001 aux côtés de Patrick Braouezec, qui l’intègre à son équipe. Il y exerce d’abord comme adjoint au maire, avant d’être élu conseiller général du canton de Saint-Denis Nord-Est à l’issue des élections départementales de 2008.

Bally Bagayoko

Il est proche du Parti communiste sans jamais y adhérer jusqu’à 2012 où il rejoint le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon. Il reste fidèle à ce leader brillant, excessif, vindicatif, arrogant et inquiétant. Lors des municipales de 2020, Bally Bagayoko mène la liste LFI et se retire au second tour permettant à Mathieu Hanotin (PS) de remporter la mairie en mettant fin à 75 ans de direction communiste. En 2026, il fera gagner LFI contre le Parti Socialiste, à l’instar de la plupart des victoires de ce mouvement lors de ces municipales qui leur ont permis de remplacer d’autres forces de gauche. Il y a peu d’exception à ce constat, l’exception la plus notable se situe à Roubaix où ils ont vaincu un candidat de droite.

Après ces éléments de contexte, revenons à ces réactions scandaleuses dans lesquelles la couleur de la peau de cet homme semble déranger certains.

La sociologue Solène Brun, dans une tribune dans le journal « Le Monde » cite Frantz Fanon :

« Cette séquence illustre parfaitement le mécanisme de l’assignation racialisante. Frantz Fanon l’expliquait déjà dans le cinquième chapitre de Peau noire, masques blancs il y a près de soixante-quinze ans [Seuil]. Désigné comme « nègre » par un enfant dans le train qui s’adresse à sa mère, Fanon rend compte de la manière dont cette interpellation est le premier geste d’une objectification qui « emprisonne » et qui déshumanise. Tout à coup, Fanon n’est plus un homme, plus un psychiatre, plus le fils de quelqu’un : il n’est que « noir ». Comme Frantz Fanon, comme Bally Bagayoko, chaque jour, des millions de personnes en France font cette même expérience. »

Sur le site de « France Inter » on apprend qu’une étude, du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), que France Inter a pu consulter en février 2026 et qui concernait donc les municipalités sortantes, dénonce la sous-représentation des élus noirs dans les conseils municipaux des grandes villes de France. Parmi les plus mauvaises élèves, des villes comme Marseille, Lyon, Grenoble ou encore Bordeaux. L’étude porte sur 51 grandes villes française. À Lyon ou à Grenoble, il n’y aucun élu noir au conseil municipal, un seul à Bordeaux.

Selon les recherches que j’ai pu faire, il semble qu’il y a 12 maires noirs qui ont été élus en France métropolitaine lors de ces élections municipales de 2026.

Wikipedia tout en soulignant l’absence de définition légale de ce qu’est « être noir » en France pose une estimation de la population « noire » entre 2,5 % et 7,5 % de la population française. Ces estimations rapportées au 35 000 maires élus en France devraient conduire à un résultat de 700 à 2450 maires noirs.

Les chiffres, je l’ai souligné plusieurs fois, n’ont pas de sens en eux même et la désignation de dirigeants ne peut se limiter à une règle de trois simpliste et dénuée de sens. Toutefois ce décalage entre d’une part 12 et d’autre part de 700 à 2450 a lui, un sens. Plutôt que les polémiques qui ont suivi l’élection de Bally Bagayoko, il aurait été plus raisonnable de se féliciter de l’élection d’un maire noir et de s’interroger pourquoi il y en a si peu.

L’Histoire nous apprend que c’est le 19 mai 1929, dans une petite ville de la Sarthe, Sablé-sur-Sarthe, que pour la première fois un homme de couleur noir était élu maire en France métropolitaine : Raphaël Élizé. C’était un homme originaire de Martinique, petit-fils d’une esclave affranchie (Élise, qui donna son nom à la famille).

Raphaël Elize

Raphaël a seulement 11 ans lorsqu’il est contraint de fuir, avec sa famille, la monstrueuse éruption de la montagne Pelée (30000 morts). Il poursuit sa scolarité à Paris avant d’intégrer l’École nationale vétérinaire de Lyon, dont il ressort major en 1914. Aussitôt, la guerre éclate. Le jeune homme est mobilisé sur le front de la Marne, dans le 36e régiment colonial d’infanterie. Il survit et est décoré de la Croix de guerre en 1919.

Elu en 1929 et réélu en 1935, il équipe Sablé d’une cantine, d’un terrain de football et d’une piscine olympique – la première dans l’ouest de la France. Il met aussi en place une consultation pédiatrique gratuite à l’hôpital local.

Il est destitué de ses fonctions de maire par l’occupant à son retour du front, le 9 août 1940. « Il est incompréhensible pour le ressentiment allemand et pour le sens du droit allemand qu’un homme de couleur puisse revêtir la charge de maire », exprimait un arrêté de la Feldkommandantur. Par la suite, il s’engage dans la Résistance. Il est dénoncé et arrêté en septembre 1943, puis déporté à Buchenwald le 17 janvier 1944. Le 9 février 1945, il est grièvement blessé lors d’un bombardement allié de l’usine d’armement allemande de la Gustloff-Weimar le 9 février 1945, et décède dans la journée.

Pour ce qui concerne Bally Bagayoko les polémiques continuent. Vendredi dernier, un débat sur la chaîne CNews a porté sur les premiers jours de son mandat. Un psychologue Jean Doridot a cru pertinent de dire :

« Maintenant, c’est important de rappeler que l’homo sapiens, nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes. Et par conséquent, dans toute collectivité, dans toute tribu – nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient en tribus – il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité ».

En se réfugiant dans un argumentaire « pseudo scientifique » il a fallu utiliser le terme de « grands singes » pour parler de Bally Bagayoko. Sur la même chaîne Michel Onfray s’est cru autoriser de parler de « Mâle dominant » pour évoquer cet homme élu.

La ville de Saint-Denis est certainement une ville difficile à gérer. Le footballeur Thierry Henry avait eu, avant la finale de Ligue des Champions au Stade de France en 2022 opposant le Real de Madrid et Liverpool, cette formule sur un média anglophone :

« Le Stade de France n’est pas à Paris, mais à Saint-Denis. Croyez-moi, vous ne voulez pas être à Saint-Denis, ce n’est pas la même chose que Paris… »

Une grève RATP, une organisation sécuritaire déficiente lors de cette finale de 2022, ont conduit les supporters anglais et espagnols à être attaqués et dépouillés par des groupes de délinquants qui ont donné l’occasion aux journaux britanniques et espagnols de faire une description quasi apocalyptique de la sécurité dans les banlieues parisiennes.

Le maire PS, Mathieu Hanotin, avait répondu à Thierry Henry :

« Le mépris avec lequel vous avez caractérisé notre ville n’est pas acceptable. Nous ne sommes pas Paris, mais nous ne sommes pas infréquentables pour autant. La situation des banlieues aujourd’hui est le résultat d’une concentration de la pauvreté en périphérie de Paris et d’un abandon de l’État pour les quartiers populaires depuis de nombreuses années. […] Saint-Denis est une ville dans laquelle le taux de pauvreté est très important. Le pourcentage de logements indignes est malheureusement l’un des plus grands de France. L’insécurité dans l’espace public est un fléau que nous n’avons pas encore réussi à endiguer. »

On comprend que c’est très compliqué.

L’ancien maire communiste, Patrick Braouezec, qui a intégré une première fois Bally Bagayoko à l’équipe municipale a déclaré dans « Le Parisien » :

« Cette victoire est la suite logique de l’histoire ouvrière et migratoire de Saint-Denis. Bally Bagayoko, comme Sofia Boutrih (cheffe de file locale du PCF qui s’est alliée à Bally Bagayoko durant la campagne) et d’autres élus sur la liste, qui sont des enfants de parents venus en France comme les Bretons, les Auvergnats, les Espagnols, les Portugais sont venus à Saint-Denis pour travailler dans les entreprises et y faire leur vie. Je trouve cela rassurant de voir des jeunes issus de ces migrations devenir des citoyens à part entière, éduqués, qui forment des familles puis s’investissent dans le monde associatif mais aussi politique. On devrait s’en féliciter. Au lieu de cela, on constate chez certains un mépris. »

Il faudra juger aux actes, à la fin du mandat, mais pour l’instant il faut donner sa chance à cette équipe et à ce maire et condamner sans faiblir le racisme et les propos nauséabonds des marchands de haine.

Je ne partage certainement pas toutes les idées de Bally Bagayoko, pour l’instant son calme et la modération de ses propos m’impressionnent.

Lundi 23 février 2026

«La Lorraine est devenue française il y a 260 ans. »
Récit trouvé dans les livres d’Histoire de France

Le 23 février 1766, la Lorraine est devenue française, c’est ce qu’on lit dans les livres d’Histoire.

Pourquoi est-elle devenue française ?

1

Il y a d’abord le récit au premier degré, celui qui répond simplement aux questions, de sorte que tout le monde peut raconter l’histoire rapidement à ses amis, à ses enfants et même être brillant dans des quizz d’Histoire.

Portrait de Stanisław Ier par Jean-Baptiste van Loo, conservé au château de Versailles.

Cette première réponse est donc : La Lorraine est devenue française le 23 février 1766 parce que ce jour-là est mort le duc Stanislas Leszczynski, duc de Lorraine et qu’un traité avait prévu qu’à la mort du duc, le duché de Lorraine serait rattaché directement à la Couronne de France.

Stanislas Leszczynski avait à cette date 88 ans. Un lecteur négligent pourrait donc conclure, qu’à la fin du XVIIIème siècle, c’était un âge très avancé et que ce brave duc est mort de vieillesse.

L’amateur de la petite histoire ne s’en contentera pas et demandera : Comment est mort Stanislas Leszczynski ?

Le duc de Lorraine vivait à la fin de sa vie dans son château de Lunéville. En février 1766, il faisait froid et le duc habillé d’une chaude robe de chambre s’est trop approché d’un feu de cheminée opulent : son vêtement a pris feu. Il  mourut une dizaine de jours après, son agonie s’acheva le 23 février 1766.

2

Des historiens en herbe, ne se contenteront pas de ce récit de premier degré qui raconte l’histoire des rois, des ducs et consorts. Ils poseront une deuxième question : Pourquoi était-il prévu qu’à la mort du Duc, le roi de France s’empare de la Lorraine ?

A ce stade, il faut un peu plus d’attention parce cette histoire-là, est un peu plus compliquée.

Longtemps, la Lorraine fait partie du Saint Empire romain germanique.

2.1

Toute la Lorraine ?

Non, plus depuis la Paix de Westphalie en 1648 qui avaient mis fin à la guerre de Trente ans.

Le traité de Munster, la paix de Wesphalie par Gerard Terborch 1648

A l’issue de ces traités, les trois villes libres de Metz, Toul et Verdun furent retirées au Saint Empire et donnés à la France qui en fit la province des Trois Evêchés.

Mais ce récit est aussi biaisé et ne correspond qu’à une partie de la réalité. En effet, la France occupe ces 3 villes depuis 1552. Car le 15 janvier 1552, le roi de France Henri II signe, au château de Chambord, « le traité de Chambord » avec trois princes protestants allemands : l’électeur Maurice de Saxe, Jean-Albert Ier de Mecklembourg-Schwerin et Guillaume IV de Hesse-Cassel.

Ce traité prévoit qu’en échange du soutien du roi de France contre l’empereur, il obtient le droit d’occuper les Trois-Évêchés (Metz, Toul, Verdun), qui étaient alors des villes libres du Saint-Empire romain germanique. Les Français prennent militairement ces villes la même année.

Les juristes disent alors que bien que contrôlées de facto par la France, ces villes restent de « jure » sous la souveraineté du Saint-Empire. Le traité de Westphalie (plus précisément le traité de Münster, qui fait partie des accords de Westphalie) confirme la possession française des Trois-Évêchés. On peut donc dire que le traité de Munster régularise une situation qui existait depuis 96 ans.

2.2

L’historien qui ne se contente pas des récits simples se demandera ce que fut la guerre de trente ans ?

Le cœur de la guerre de Trente ans (1618-1648) fut l’affrontement entre les princes allemands protestants contre l’empereur Charles Quint catholique. Ce conflit qui s’étendit peu à peu à l’ensemble des états européens fut une première « guerre civile européenne » qu’on peut qualifier de catastrophe humanitaire.

Selon l’historiographie moderne, on estime que cette guerre mena à une perte entre 4 et 7 millions de morts (militaires et civils) pour l’ensemble de l’Europe.

Et si on tente de rapprocher cette hécatombe de la population concernée on peut dire que cette guerre a principalement touché le Saint-Empire romain germanique, où la population était estimée entre 15 et 20 millions d’habitants au début du conflit en 1618. Et si l’on élargit à toute l’Europe impliquée (incluant des régions comme la Bohême, la France, les Pays-Bas, la Suède, etc.), les chiffres totaux pourraient atteindre 50 à 60 millions d’habitants pour l’Europe dans son ensemble au début du XVIIe siècle. Près de 10% de la population européenne est morte lors de cette guerre. Cette proportion est pire pour l’Europe que la seconde guerre mondiale qui, il est vrai n’a duré que 6 ans…

La guerre de trente ans conduisit à des alliances étranges : Le roi catholique français s’allia aux princes protestants contre l’empereur catholique. Les traités de Westphalie mirent un terme à l’ambition impériale de Charles Quint de régir en monarque absolue toutes les principautés allemandes. Même si en Histoire les choses sont toujours plus compliquées qu’on les raconte, on va parler à partir de ces traités du système westphalien qui dans la théorie crée des états indépendants avec des frontières inviolables et une souveraineté qui signifie qu’à l’intérieur de cet Etat, seul le gouvernement et à l’époque le roi ou le prince avait le droit de décider des règles, de la loi, de la justice et en 1648 de la religion de l’Etat qui était celle du prince régnant.

Et c’est donc les princes protestants allemands qui permirent à la France d’acquérir officiellement les trois évêchés.

2.3
Le château de Lunéville

Mais finalement comment se fait il que le reste de la Lorraine, en dehors des 3 évêchés, fut attribué à un duc dont le suffixe du nom indique son origine polonaise et dont le successeur lors de son décès en 1766 sera le Roi de France ?

L’origine provient de ce qu’on a appelé « La guerre de la Succession de la Pologne » (1733-1738). Le roi de Pologne est élu par la Diète polonaise qui rassemble la noblesse du pays. Stanislas Leszczynski est ainsi élu roi de Pologne en 1704.

Mais la Pologne intéresse beaucoup ses voisins, elle les intéressera tellement qu’elle fut engloutie en 1795 par les trois empires russes, autrichiens et prussiens jusqu’à sa renaissance à la fin de la première guerre mondiale.

En 1709, Stanislas Leszczynski est déchu par le Prince-Électeur de Saxe, Fréderic Auguste, du Saint Empire romain germanique. Mais à la mort de ce dernier, en 1733, la diète polonaise réélit Stanislas Leszczynski, roi de Pologne plutôt que l’autre candidat : le fils du Prince Electeur de Saxe.

Cette élection ne convient pas à la tsarine de Russie Anna Ivanovna et à l’empereur d’Allemagne Charles VI de Habsbourg qui envoient des troupes contre le roi élu. Mais, par les mystères des alliances, Stanislas a su faire épouser, en 1725, sa fille Marie par le roi de France, Louis XV.

Le roi Louis XV entra donc en guerre contre la Russie et l’empereur d’Allemagne. En 1733–1734, la France occupe militairement la Lorraine pour affaiblir l’Autriche et soutenir Stanislas, il prépare ainsi l’annexion future..

Au bout de 5 ans, la guerre coutait trop cher aux yeux du roi de France qui convainquit son beau-père de renoncer au trône de Pologne et d’accepter en contrepartie le duché de Lorraine, en viager. C’est ainsi que Louis XV négocia avec ses ennemis la fin de cette guerre sans vainqueur et pu signer le 18 novembre 1738, le traité de Vienne.

Ce traité a été désigné par certains esprits taquins : le jeu des chaises musicales

  • Le candidat de la tsarine et de l’empereur allemand, fils du précédent roi, devient roi de Pologne sous le nom d’Auguste III.
  • En contrepartie, Stanislas obtient le duché de Bar et de Lorraine que la France convoitait depuis plusieurs décennies. Mais ces duchés reviendront à la couronne de France après son décès. La France ne fait pas la guerre que pour plaire à une famille par alliance mais pour agrandir son, territoire.
  • Pour compenser la perte de ce territoire, le Saint empire germanique obtient le grand-duché de Toscane qui était disponible et qui sera donné à François de Lorraine, le gendre de l’empereur, époux de Marie-Thérèse dont je parlerai plus loin.
  • L’infant don Carlos d’Espagne, qui revendiquait des droits sur le grand-duché de Toscane, obtient la Sicile et Naples, qui vont former le royaume des Deux-Siciles.
  • Et enfin, le roi de France consent à ce que l’empereur Charles VI de Habsbourg qui n’a pas de fils, transmette le patrimoine des Habsbourg et le trône d’Autriche, de Hongrie et de Bohème à sa fille Marie-Thérèse qui deviendra la mère de Marie Antoinette, épouse de Louis XVI.

Et voilà pourquoi à la mort de Stanislas Leszczynski, la Lorraine devint officiellement française.

Mais en réalité, la Lorraine était française depuis le traité de Vienne car le 30 septembre 1736, Stanisłas signe une déclaration par laquelle il renonce au trône polonais et en échange d’une rente annuelle, laisse au roi de France et à ses représentants le soin d’administrer les duchés de Lorraine et de Bar et d’y percevoir les impôts. Stanisłas peut nommer aux bénéfices, emplois et offices mais il ne peut le faire que de concert avec Louis XV. Le roi est également libre de placer ses troupes en Lorraine.

Place Stanislas

Stanislas s’investit dans les arts, l’architecture et le social. C’est lui qui décida, au centre de Nancy, de la construction entre 1751 et 1755 de ce qui allait devenir « La Place Stanislas ». Ce nom lui fut attribué en 1831.

Si vous voulez en connaître davantage sur Stanislas Leszczynski, un homme imprégné de la philosophie des Lumières « Stanislas Leszczynski ».

Il y aussi cette petite video qui retrace son parcours au château de Lunéville : « Le roi Stanislas Leszczynski et le château de Lunéville »

Il y aurait encore tant de questions à poser pour expliquer mieux l’Histoire, sans jamais complètement y parvenir.

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Mais j’esquisserai, pour finir, un troisième niveau : C’est quoi la Lorraine ?

La Lorraine est issue de la Lotharingie. Ce qui nous ramène à la succession de Charlemagne, empereur des Francs qui sont des germains. Charlemagne est un empereur revendiqué à la fois par les allemands et par les français. Rappelons cependant que sa capitale se trouvait à Aix la Chapelle qui s’appelle désormais Aachen, ville allemande de 250 000 habitants, située dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et le district de Cologne.

Traité de Verdun 843

En réalité, il ne s’agit pas directement de la succession de Charlemagne mais de son fils Louis Ier le pieux mort en 840. Ses trois fils survivants se disputent l’héritage. Ils vont parvenir lors du Traité de Verdun en 843 à se partager l’empire.

A Lothaire, l’ainé, la partie centrale dont la capitale et le titre d’empereur. Cette partie centrale prendra pour nom Lotharingie directement inspiré par le nom de Lothaire. La Lotharingie est beaucoup plus vaste que la Lorraine.

L’Ouest de l’empire va être attribué à Charles le Chauve. C’est à la suite de ce traité que cette zone géographique, à l’ouest de l’empire de Charlemagne, appelée « Gaule » depuis plus de mille ans est désignée désormais sous le nom de « Francie occidentale », qui donnera le terme « France » ultérieurement.

L’est de l’empire sera attribué à Louis le germanique. Sur ce territoire appelé d’abord la Francie orientale, se développeront les états allemands, puis le saint empire romain germanique, puis l’état unifié d’Allemagne.

La partie centrale, la Lotharingie sera le terrain de lutte des deux royaumes situés des deux côtés et bientôt du Royaume de France et du Saint Empire romain germanique.

Le Saint-Empire romain germanique est créé en 962 par le couronnement d’Otton Ier.

La Lotharingie avait été scindé trois ans auparavant, en 959, en un duché de Basse-Lotharingie (Pays-Bas entre Meuse et Rhin) et un duché de Haute-Lotharingie, la future Lorraine.

Et c’est donc cette Lorraine qui évolua dans ses frontières qui au cours des siècles va être disputée entre la France et les diverses représentations de l’entité germanique. Cette histoire remonte donc à loin et montre que la Lorraine a pendant longtemps était au centre de la rivalité entre la France et l’Allemagne.

En conclusion, je voudrais simplement rappeler qu’en Histoire « les choses sont toujours plus compliquées que ça » comme s’appelle l’excellent podcast consacré à l’Histoire par Jean-Christophe Piot et que vous pouvez trouver sur toutes les plates formes de podcast et aussi derrière ce lien : « C’est plus compliqué que ça »

Je pense que cette évidence devrait conduire à beaucoup d’humilité et nous prémunir de toute explication simple devant des situations fruits de L’Histoire complexe.

Pour écrire ce mot du jour, je me suis inspiré de mes souvenirs et des sources suivantes :

Lundi 2 février 2026

« Je voudrais suggérer que les passages étranges […] de la Bible qui traitent de l’Antéchrist peuvent nous aider à comprendre le sens de cette période étrange […] que nous traversons, et ce que l’avenir nous réserve.»
Peter Thiel lors de son discours à l’Institut de France le 26 janvier

On entend souvent parler de l’Académie française qui est intégrée à l’Institut de France qui se situe Quai Conti. L’académie française est à l’origine une académie Royale fondée en 1634 par le Cardinal de Richelieu.

D’autres académies royales furent créées au XVIIème siècle : l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1663 et l’Académie des sciences en 1666,

A cela s’ajoute les Académies royales de peinture et sculpture, créée en 1648, de musique, datant de 1669, et d’architecture, fondée en 1671. Ces 3 académies seront fusionnées en une seule : l’Académie des Beaux-arts en 1816.

Entre temps, l’Institut de France a été créé en 1795 par la Convention avec pour ambition d’offrir un point de vue encyclopédique sur l’ensemble des savoirs.

Bonaparte puis Louis XVIII ont organisé l’Institut en Académies en se fondant sur les 4 académies royales existantes dont celle des Beaux-Arts.

L’institut de France d’aujourd’hui compte  cinq académies. La cinquième fut créée de manière plus tardive et eut un démarrage difficile. Il s’agit de l’Académie des sciences morales et politiques (ASMP). Elle fut fondée en 1795 avec l’Institut de France mais supprimée en 1803 par Napoleon 1er qui goutait probablement peu qu’on puisse discuter, en son absence, de politique et de morale. Elle fut rétablie en 1832 sous l’influence du ministre et académicien François Guizot, et donc sous le règne de Louis Philippe.

C’est cette dernière Académie qui nous intéresse.

Guizot a argumenté ainsi auprès de Louis Philippe pour justifier sa réouverture :

« Les sciences morales et politiques influent directement parmi nous sur le sort de la société, elles modifient rapidement les lois et les mœurs. On peut dire que, depuis un demi-siècle, elles ont joué un rôle dans notre histoire. C’est qu’elles ont acquis pour la première fois ce qui leur avait toujours manqué, un caractère vraiment scientifique. »

Pour plus d’amples infirmations je vous renvoie vers la « Page Wikipedia » qui donne en outre la liste actuelle des membres de l’ASMP et vers le site officiel : « Académie des sciences morales et politiques ».

Sur la page de présentation nous pouvons lire :

« L’Académie des sciences morales et politiques a été fondée en 1832 au sein de l’Institut de France afin de proposer une information fiable et un avis raisonné sur les débats et les enjeux qui intéressent l’avenir de la société. Son champ de compétence couvre tout ce qui se rapporte à l’humain, que celui-ci soit considéré dans sa dimension individuelle ou collective. La philosophie, la psychologie, la sociologie, le droit, l’économie, les sciences politiques, l’histoire et la géographie sont les principales disciplines représentées en son sein. »

Toutes ces références historiques montrent que cette institution a été créée dans l’esprit des Lumières, pour augmenter les connaissances, s’appuyer sur la raison pour faire progresser l’Humanité. Elle a été créée pour s’éloigner de l’obscurantisme et des vérités soi-disant révélées. Nul n’a mieux exprimé cette opposition que Galilée qui aurait dit :

« J’essaye de comprendre le monde en lisant dans le grand livre de la nature, non en lisant « les livres sacrées » »

Il aurait pu ajouter : « et en m’appuyant sur l’intelligence humaine, le raisonnement et les connaissances acquises ».

Cette institution a décidé de convoquer un groupe de travail consacré à « l’avenir de la démocratie ». Ce qui entre totalement dans sa mission.

Mais, il s’est alors passé un évènement « disruptif ». Après avoir auditionné 25 personnalités, toutes françaises, principalement des juristes, politologues et historiens pour éclairer les réflexions sur les institutions et les pratiques démocratiques, une des membres de l’Académie Chantal Delsol philosophe a organisé l’invitation du milliardaire et soutien trumpiste : Peter Thiel.

Sa venue quai de Conti a été tenue secrète jusqu’au dernier moment. Peter Thiel s’est exprimé à huis clos, lundi 26 janvier, devant un aréopage de membres de l’Académie des sciences morales et politiques et quelques invités.

Envoyé par la Revue le Grand Continent, Arnaud Miranda auteur de « Les Lumières sombres » a écouté pu obtenir l’intégralité de l’intervention et produire son analyse.

A ce stade, je ne peux que vous conseiller de vous abonner à cette Revue en ligne « Le Grand Continent ».

Ce que produit ce site est d’une richesse incomparable et vous trouvez quasi tous les documents qui comptent, en version intégrale, annotés et remis dans leur contexte, le plus souvent avec une analyse critique.

Vous souhaitez lire le document de stratégie de sécurité nationale américain paru en décembre, vous le trouvez sur le Grand Continent.

Les documents officiels des gouvernement russes, américains, chinois qui étonnamment expliquent leurs visions et leurs ambitions, sans langue de bois, sont publiés. Ainsi que les penseurs qui les influencent, pour les États-Unis Peter Thiel ou ce blogueur très inquiétant :  Curtis Yarvin dont le vice-président JD Vance dit que c’est le penseur qui lui parait le plus important.

Revenons à Peter Thiel que j’ai évoqué plusieurs fois dans les mots du jour.

Dans celui du 18 novembre 2024 je faisais déjà appel au « Grand Continent » pour citer cet homme né en 1967 à Frankfort sur le Main :

« Je ne crois plus désormais que la liberté et la démocratie sont compatibles. […] Les années 1920 furent la dernière décennie dans l’histoire américaine où l’on pouvait être parfaitement optimiste à propos de la politique. Depuis 1920, l’augmentation considérable des bénéficiaires de l’aide sociale et l’extension du droit de vote aux femmes – deux coups notoirement durs pour les libertariens – ont fait de la notion de « démocratie capitaliste » un oxymore. »

Clairement pour lui la démocratie n’a pas d’avenir.

Il est cofondateur de Paypal et aujourd’hui il dirige « Palantir » qui est une entreprise de services et d’édition logicielle spécialisée dans l’analyse et la science des Big Data. Bref c’est l’outil qui permet la surveillance généralisée et qui est très utilisé par les services de renseignement et par la tristement célèbre agence ICE à l’œuvre contre les migrants aux Etats-Unis. En France, elle est en contrat avec la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) depuis 2016

Il fut le premier soutien de Trump de la Silicon Valley, il est le mentor de JD Vance qui fut son employé et c’est lui qui conseilla à Trump de le prendre comme Vice-Président.

Il est donc invité à l’Académie des sciences morales et politiques pour parler de l’avenir de la démocratie et il va parler de « L’Antechrist », puisant ses références non dans les écrits de Montesquieu sur la séparation des pouvoirs, Montesquieu dont le portrait est accroché derrière lui dans la salle de conférence, mais dans la Bible et particulièrement dans l’Apocalypse de Jean qui parle de la fin du monde et du retour du Christ. Vous trouverez cette intervention derrière ce lien : « Peter Thiel à L’Académie », mais il faut être abonné.

Quelques extraits pour vous faire une idée. Il se présente ainsi :

« Dans ma vie privée, je suis chrétien orthodoxe modéré et un humble libéral classique, avec une seule déviation apparemment mineure par rapport à l’orthodoxie libérale classique : je m’inquiète de l’Antéchrist. »

Et il ajoute :

« Je voudrais ensuite suggérer que les passages étranges, voire exceptionnels, de la Bible qui traitent de l’Antéchrist peuvent nous aider à comprendre le sens de cette période étrange, voire exceptionnelle, que nous traversons, et ce que l’avenir nous réserve. »

Il cite abondamment l’Apocalypse et le Livre de Daniel et s’attarde sur le personnage de l’Antéchrist :

« Je me concentrerai ici sur l’interprétation la plus courante et la plus dramatique de l’Antéchrist : un roi maléfique ou un anti-messie qui apparaît à la fin des temps.

Le livre de Daniel parle d’un roi qui régnera sur l’Empire romain à la fin des temps.Le livre de l’Apocalypse décrit l’Antéchrist comme une « bête sortie de la mère » à la tête d’un gouvernement mondial, qui persécute les chrétiens dans une grande tribulation avant le retour du Christ.

Dès le XVIIIe siècle, spéculer sur l’Antéchrist était considéré comme ridicule. […]

La seule chose très importante dont je vais essayer de vous convaincre aujourd’hui est ma réponse à cette question : l’Antéchrist et l’apocalypse ont un lien évident, même (ou surtout) à la fin de la modernité.

Et ce faisant, je vais essayer de vous convaincre que l’Antéchrist n’est pas seulement un fantasme médiéval. »

À partir d’un verset du Livre de Daniel (« Beaucoup courront ça et là, et la connaissance augmentera »), il développe l’idée qu’un certain niveau de savoir annoncerait la « fin des temps ». Il se garde d’annoncer une date, contrairement aux millérites, ce mouvement religieux inspiré par William Miller qui prophétisait le retour du Christ en 1844.

Dans son discours abscons où il cite aussi le philosophe anglais Bacon, il en vient à suggérer que l’Antechrist serait un gouvernement mondial installés par tous ceux qui seraient des ennemis du progrès et de l’innovation. Parmi ses cibles Greta Thunberg qui pour des raisons écologiques veut imposer des contraintes insupportables ou Eliezer Yudkowsky un homme que Thiel a soutenu quand il travaillait sur l’IA mais qu’aujourd’hui il vilipende parce que ce dernier alerte sur les risques de l’IA et plaide pour qu’on ralentisse sur ce sujet.

Ce qui donne chez Peter Thiel ce développement :

« Matthieu 24:6 décrit les signes qui précéderont la fin des temps dans la Bible : « Vous entendrez parler de guerres et de rumeurs de guerres… » L’Antéchrist arrive au pouvoir en parlant constamment de l’apocalypse, en répandant des rumeurs de guerres et en vous effrayant pour que vous lui donniez le contrôle sur la science et sur la technologie, sur l’ensemble du monde. »

Son propos qui flirte avec l’apocalypse nucléaire évoque l’idée d’une paix injuste, d’une paix à tout prix :

« Mais les « rumeurs » d’une troisième guerre mondiale injuste nous poussent à rechercher la paix à tout prix.
Et je crains que dans une telle situation, nous ne réfléchissions pas suffisamment aux détails de cette paix. Même mes amis boomers de droite très différents d’hommes comme Kennedy et Reagan ont grandi dans un monde qui croyait à la paix à tout prix.[…]
Si nous ne pensons suffisamment précisément aux détails de la paix qui vient, alors je crains que nous nous accommodions d’une paix injuste.
La paix injuste est la seule option parmi les quatre que nous n’avons pas encore essayée, et elle me semble être la voie par défaut pour notre monde.
1 Thessaloniciens 5:3 nous dit que le slogan de l’Antéchrist est « paix et sécurité ».À quoi ressemblerait une paix aussi injuste ?
D’une certaine manière, la Chine en est un bon exemple. Aux États-Unis et en France, les partis de gauche étaient autrefois des partis ouvriers, qui auraient lutté avec acharnement contre une superpuissance économique comme la Chine qui tentait de saper les salaires et les normes du travail nationaux et de prendre des emplois.
Aujourd’hui, les partis ouvriers sont devenus des partis de gérontocrates et d’assistants sociaux, qui s’adressent aux personnes qui ne travaillent pas, qui sont à la retraite, ce qui ne peut se maintenir qu’en vendant leurs pays à la Chine.
Ils échangent des emplois industriels locaux contre des voitures chinoises BYD bon marché pour que les retraités puissent se promener dans la campagne française.
Le socialisme ne fonctionne pas vraiment, mais sans toute la main-d’œuvre esclave en Chine, il ne fonctionnerait pas du tout.
Dans le contexte de Taïwan, mon hypothèse par défaut est que nous nous contenterons de vendre le peuple taïwanais chinois à l’esclavage totalitaire et que nous ne nous battrons pas beaucoup lorsque la Chine envahira. »

Finalement a-t-il parlé de démocratie ? Oui une fois en révélant son autre obsession celui de la stagnation :

« Et d’ailleurs, je pense que le faible taux de fécondité s’explique en partie par le fait que les gens ne croient plus que les choses progressent, et que leurs enfants auront une vie moins bonne que la leur. Ou bien cela nous dit quelque chose de très important sur la santé de la démocratie.
Si la productivité et la croissance sont élevées et que la taille du gâteau augmente, l’enjeu de la victoire d’une élection par un camp n’est pas si élevé, puisqu’en théorie tout le monde s’en sort pour le mieux quel que soit le résultat.
Mais si la taille du gâteau est statique ou si elle diminue, alors la question de savoir quel camp va gagner devient très importante : on assiste à des combats de plus en plus vicieux pour la domination des ressources et on glisse vers des systèmes non-démocratiques. »

Autrement dit la démocratie semble inadaptée à notre époque.

Dans ce discours je perçois la volonté d’aller jusqu’au bout de l’innovation quel qu’en soit le prix. Pour le reste je ne suis pas convaincu de la cohérence et de la structuration de cet homme qui va puiser dans la religion comme d’autres dans Star Wars ou d’autres fictions pour agrémenter son discours que Telerama a qualifié d’« halluciné » et Le Point de « lunaire ».

Le problème c’est que cet homme n’est pas un Savonarole enfermé dans les murs de Florence et n’ayant comme pouvoir que celui qui lui était octroyé par les fidèles qui croyaient en ses prêches. Ici nous avons affaire à un milliardaire qui détient un outil du totalitarisme utilisé par les services de surveillance de la plupart des pays et dont l’influence sur le monde de la tech et probablement des membres essentiels du gouvernement américain est sans commune mesure avec le moine fanatique florentin.

La France ne pèse pas lourd devant les illuminés de ce type surtout si des membres de nos Académies trouvent pertinents de faire appel à lui pour leur expliquer la marche du monde.