Samedi 25 juillet 2026

« Aujourd’hui, la Libraire historique de Lyon, Decitre, a fermé son magasin du 29 de la Place Bellecour »
Décision du groupe Nosoli

La « Librairie Mollat » à Bordeaux, « le Furet du Nord » à Lille et « Decitre » à Lyon, ce sont les grandes librairies historiques des grandes villes de province, des institutions !

Annonce de la fermeture

La librairie « Decitre », au 29 de la Place Bellecour, a fermé définitivement ses portes, ce samedi 25 juillet 2026. Elle disposait de 1800 m² de superficie

Ce n’est pas la première fois que je parle d’une librairie qui ferme à Lyon. Le 21 avril 2023, j’avais parlé de la fermeture de « Raconte-moi la terre », avec cet exergue de Henri Loevenbruck :

« Une librairie qui meurt, ce n’est pas une page qui se tourne, c’est un livre qui se ferme, à jamais !»

Cette fois il s’agit de la librairie historique de Lyon.

Elle fut fondée en 1907 par Henri Decitre et Marius Bassereau qui reprennent une petite librairie chrétienne créée en 1850 au 6, place Bellecour : « la Librairie du Sacré-Cœur ».

La librairie du sacré coeur

Au début, c’était une librairie spécialisée dans le domaine religieux, mais en 1958 elle s’agrandit, passant de 50 à 500 m2, et se diversifie : il s’agit désormais d’une librairie « générale et de sciences humaines » qui propose également des disques, de l’artisanat et un rayon jeunesse.

Pierre Decitre prend en 1976 la direction de l’entreprise familiale fondée par son grand-père Henri Decitre. La société ne compte alors que la librairie située à l’adresse historique du 6, place Bellecour à Lyon.

Au fil des années, Pierre Decitre développe les activités de l’entreprise, en ouvrant d’autres librairies en région lyonnaise et le magasin au 29, place Bellecour en 1988, celui qui vient de fermer. En septembre 2007, Pierre Decitre cède la présidence et la direction du groupe Decitre à son fils aîné, Guillaume Decitre.

Mais, en 2013, le groupe doit faire face à la crise du secteur du livre et pour faire face à une baisse du chiffre d’affaires, le petit magasin historique du 6 place Bellecour consacré aux livres en langues étrangères ferme ses portes.

Et comme la situation ne s’améliore pas vraiment, autour de Noël en 2018, l’Autorité de la concurrence autorise l’acquisition des sociétés Decitre par son homologue le Furet du Nord.

Pierre Coursières, PDG de la nouvelle entité, est alors optimiste :

« Nous avons vocation à développer le parc de magasins et aussi à proposer une offre plus large hors livres. Nous allons réaliser près de 150 millions d’euros en 2019, avec près de 800 salariés. C’est donc l’ensemble de nos entités qui en profitera […] des logiques de taille sont incontournables et aujourd’hui, la meilleure solution ».

Le groupe, désormais appelé Nosoli, est placé en redressement judiciaire le 1er juin dernier. Le groupe annonce deux mois plus tard la fermeture du Decitre place Bellecour, là où avait commencé l’histoire de Decitre.

Cette librairie au 29 Place Bellecour est fermée désormais.

Pierre Lemerle, journaliste à Rue 89 essaye d’expliquer longuement la raison de cet échec et pointe, en plus des problèmes structurels du secteur, des erreurs de gestion : « une institution lyonnaise “qui prend l’eau” ».

Article aussi publié sur ce blog : « Ici »

La Tribune dimanche du 26 juillet dans son article « Librairie en danger » rapporte que Decitre et le Furet du Nord ne sont pas les seuls concernés :

« Le secteur subit depuis plusieurs années une double pression : […] le recul des ventes de livres neufs (estimé à 6 % au début de cette année), conjuguée à une explosion des charges fixes (loyers, énergie, salaires) liée à l’inflation. Elle n’épargne aucun acteur.
En avril et en juin, les enseignes emblématiques Gibert, Furet du Nord et Decitre ont toutes été placées en redressement judiciaire. À l’adresse historique de Gibert, place Saint-Michel à Paris, va s’installer un restaurant de burgers. Le groupe Nosoli – qui possède Furet du Nord et Decitre – a déjà annoncé la fermeture de 11 magasins et la suppression de 163 postes.
L’institution montpelliéraine Sauramps a été liquidée, entraînant la perte de 54 emplois.
Le nombre de fermetures (85) a dépassé celui des ouvertures (83) l’an dernier, selon le Centre national du livre. Du jamais-vu.[…]
les Français ne consacrent plus que trente et une minutes par jour à la lecture, soit dix minutes de moins qu’en 2023. La concurrence des écrans est évidemment aiguë chez les plus jeunes, puisque ces appareils accaparent dix fois plus de leur temps que la lecture, même sur liseuse. »

Toutes ces explications n’enlèveront rien au sentiment de tristesse chaque fois qu’une librairie ferme, particulièrement celle-ci dans laquelle je suis entré si souvent, depuis 24 ans que j’habite Lyon.

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