Nous débutons une nouvelle saison 2026/207 ou une nouvelle année. J’avais écrit en octobre 2021 un mot du jour sur ce thème « Une nouvelle saison» dans lequel j’expliquais que si formellement une nouvelle année débutait le 1er janvier, la véritable rupture avait lieu en septembre, après la longue pause estivale.
C’est en effet, l’heure de la rentrée des classes, du début des saisons culturelles, des nouvelles grilles des médias, des nouvelles saisons sportives etc…
Cette saison va enjamber l’année 2027 et s’achever fin juin 2027. Et pendant cette période nous allons vivre ou subir une élection présidentielle dont le premier tour aura lieu le dimanche 18 avril 2027 et le second tour 2 semaines après. Nous élirons une présidente ou un président au suffrage universel direct. J’ai écouté avec beaucoup d’intérêt cette émission de France Inter du vendredi 28 août 2026 : « Faut-il supprimer l’élection présidentielle ? »
La Constitution de la Vème république, votée en 1958, ne prévoyait pas cette modalité d’élection du chef de l’Etat. La constitution confiait à un collège d’environ 80 000 grands électeurs (députés, sénateurs, conseillers généraux, maires et délégués des conseils municipaux) le rôle de désigner le Président de la République.
Ce système ne sera utilisé qu’une seule fois, le 21 décembre 1958, pour l’élection de Charles de Gaulle.
Il constituait déjà une évolution importante par rapport à la 3ème et la 4ème République qui élisait le président de la République par la réunion de l’Assemblée nationale et du Sénat, soit moins de 1000 grand électeurs. La dernière élection de cette sorte eut lieu en 1954, il fallut treize tours de scrutin pour que députés et sénateurs s’accordent sur la candidature de René Coty.
Le récit officiel du passage à l’élection au suffrage universel direct est le suivant : Le 22 août 1962, le général de Gaulle est victime d’un attentat manqué au Petit-Clamart, fomenté par le colonel Bastien-Thiry. C’est en réaction à cet acte qu’après le Conseil des ministres du 12 septembre, de Gaulle décide que dorénavant, le Président de la République sera élu au suffrage universel. Il soumet ce projet à l’approbation des Français par voie de référendum. C’est un récit officiel car il semble bien que De Gaulle pensait à cette évolution depuis longtemps et que l’attentat n’a fait qu’accélérer le processus.
Pour ce faire De Gaulle a fait quelque chose de très grave, il a violé la constitution. C’est très grave parce que La candidate populiste de l’ultra droite a l’intention d’utiliser ce précédent historique pour faire de même : violer la constitution pour la changer avec cet argument : Puisque De Gaulle l’a fait, je peux le faire. Je reviendrai plus précisément sur ce viol, en évoquant les projets délétères de cette candidate à l’élection présidentielle qui a été condamnée par la justice en première instance et en appel pour détournement de fonds publics. En synthèse, De Gaulle n’a pas utilisé la procédure autorisant la révision de la constitution parce qu’il savait que cette révision lui serait refusée.
Mais revenons à ce fait : chaque 5 ans, avant c’était 7 ans, les français vont massivement aux urnes pour élire un homme ou une femme qui leur a fait de multiples promesses en espérant qu’il tentera et arrivera à les tenir. Dans la vraie vie, ce n’est plus ainsi : on élit quelqu’un parce qu’on ne veut pas de l’autre.
Lors des débats de 1962, un homme d’Etat de 83 ans qui au bout d’une longue carrière politique savait comment fonctionnait une République et qui connaissait très bien De Gaulle en jouant un rôle essentiel dans la destinée de l’homme du 18 juin, a prononcé les paroles suivantes :
« Ainsi donc, voilà un Président de la République, élu au suffrage universel, qui décidera de la vie ou de la mort de la France suivant qu’il fera une bonne ou une mauvaise politique militaire, une bonne ou une mauvaise politique étrangère.
Cet inconnu tout-puissant ne sera responsable devant personne.
L’Assemblée ? Il la congédiera à sa guise.
Au-dessous de lui, les ministres. Pourront-:ils vraiment être responsables devant le Parlement d’une politique qui n’est pas la leur, qui est celle de leur maître intouchable?
Les malheureux joueront le rôle qui était, à la cour de France, celui des menins que l’on fouettait lorsque le petit dauphin faisait des sottises.
Mesdames, messieurs, on peut être partisan du régime présidentiel ou du régime parlementaire, mais je vous défie de trouver parmi les peuples du monde libre un seul citoyen qui accepte pour son pays un régime aussi extravagant et aussi dangereux. »
Paul Reynaud est le premier ministre de la France entre le 22 mars 1940 et le 16 juin 1940. C’est lui qui appelle De Gaulle, pour lequel il a une grande estime, au gouvernement comme sous-secrétaire d’État à la Guerre et à la Défense nationale, le 6 juin. Sans cette désignation, De Gaulle n’aurait eu aucun mandat à faire valoir en arrivant à Londres.
Malgré la violente diatribe de Reynaud en 1962, De Gaulle reconnaîtra ce qu’il lui doit en 1963, en écrivant au bas d’une photo officielle dédicacée :
« Vous êtes celui qui, naguère, me donna le départ »
C’est une émission de France Inter : « Faut-il supprimer l’élection présidentielle ? » qui a rappelé ces propos de Paul Reynaud et a posé les bonnes questions sur ce Régime qui met en position d’arbitre, un homme qui prétend être au centre de l’action, n’est responsable devant personne, peut dissoudre l’Assemblée Nationale, nommer le premier ministre qui bon lui semble et parvient même à le révoquer comme Mitterrand l’a fait pour Rocard ou Pompidou pour Chaban, alors que rien dans la Constitution ne le prévoit.
Cela devient du théâtre, nous élisons une personne dont les marges de manœuvre sont faibles en raison de la mondialisation, du poids très modeste de la France dans celle ci, et de sa dépendance extrême à l’égard de l’importation dans des domaines de plus en plus importants pour la vie courante de ses concitoyens.
Dans le mot du jour du 27 novembre 2012, je citais Jean-Pierre Chevènement dans son livre « La France est-elle finie ». Il rapportait des propos que Mitterrand lui avait tenu en 1979 :
« Je ne pense pas qu’aujourd’hui, à notre époque, la France puisse faire autre chose, hélas, que passer à travers les gouttes »
Il ne faut pas croire que l’élite intellectuelle ne s’en rende pas compte. Laurent Fabius a dit que selon lui notre classe politique deviendrait de plus en plus médiocre en raison du fait qu’il existait de moins en moins de moyens d’action.
Pascal Perrineau, vieux professeur à Sciences Politiques Paris le dit sans détour :le dit sans détour :
« Quand j’ai commencé dans la carrière dans les années 1980, c’étaient les meilleurs qui voulaient faire de la Politique. C’étaient les meilleurs qui voulaient être au service de l’Etat. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas. Les plus brillants veulent entrer dans les Organisations non gouvernementales, dans les organisations internationales ou créer une entreprise. »
Celles et ceux qui restent sont tellement obnubilés par l’élection présidentielle qu’ils perdent toute mesure, toute humilité dans leurs discours. Ils semblent même ignorer que pour agir, dans la mesure des possibilités de la France, ils auront besoin d’une majorité à l’Assemblée nationale.
Alors je crois que oui, si nous étions un peuple sage nous renoncerions à cette mascarade qu’est devenu l’élection au suffrage universel du Président de la République.
