Vendredi 30 janvier 2026

« Mon œuvre la plus accomplie. »
Ludwig van Beethoven à propos de sa « Missa Solemnis »

Hier, avec Annie, nous sommes allés à la Philharmonie de Paris écouter un concert avec l’Orchestre de Paris sous la direction de son directeur musical : Klaus Mäkelä.

Klaus Mäkelä a fêté ses 30 ans, ce 17 janvier.

Nous sommes partis avec enthousiasme mais aussi incrédulité : est-il possible qu’un homme si jeune soit capable d’embrasser cette œuvre des dernières années de Beethoven, œuvre de complexité et de spiritualité réservée à la grande maturité ?

Ce n’est pas la première fois que je parle de la Missa Solemnis opus 123 et écrite entre 1819 et 1823.

Je l’ai cité à plusieurs reprises dans la série consacrée aux 250 ans de l’anniversaire : « Beethoven est né, il y a 250 ans. » mais surtout j’en avais fait le centre de mon millième mot du jour : « Venue du cœur puisse t’elle retrouver le chemin du cœur » que Beethoven a écrit en exergue de son œuvre.

J’expliquais alors le sommet qu’elle représentait dans la musique de Beethoven et de la musique classique occidentale :

« Or, si en effet, la Missa Solemnis est une des œuvres les plus achevées de Beethoven et de la musique occidentale, c’est une œuvre difficile d’accès.

Si vous avez du mal avec la musique classique, ce n’est certainement avec la Missa Solemnis qu’il faut commencer.

Commencez avec les quatre saisons de Vivaldi qui est un authentique chef d’œuvre, la flûte enchantée de Mozart, le concerto de violon de Beethoven, pas avec la Missa Solemnis.

La Missa Solemnis est exigeante, il faut être prêt à affronter la complexité et l’âpreté de son écriture pour en tirer la beauté immatérielle et extatique qu’elle révèle. »

Avant ce jeudi 26 janvier, je n’avais jamais entendu cette œuvre au concert. Depuis que nous sommes abonnés à l’Auditorium de Lyon, elle n’a jamais été mise au programme.

Quand, le directeur artistique de l’Auditorium de Lyon, Ronald Vermeulen, lors de sa présentation de la saison 2019-2020, annonça avec enthousiasme que le programme fêterait dignement l’année Beethoven avec les concertos de piano, 4 symphonies dont la neuvième, des sonates et des quatuors, j’ai refroidi l’ambiance par une question brutale : « Pourquoi ne programmez-vous pas son œuvre la plus accomplie, à savoir la Missa Solemnis qui n’est quasi jamais jouée, alors que vous reprenez toujours les mêmes symphonies et concertos, année après année. »

Après avoir repris sa respiration, Ronald Vermeulen a tenté cette explication :

« La Missa Solemnis est une œuvre incroyablement difficile, il existe peu de chefs prêts à l’interpréter. »

Pour donner crédit à cette explication, je n’ai, par exemple, pas trouvé trace d’une interprétation de Claudio Abbado.

Riccardo Muti qui l’a dirigée, a expliqué que la complexité de cette œuvre qu’il compare à l’ascension de l’Everest lui a paru si importante qu’il a attendu des décennies avant de se sentir prêt à la diriger.

A Lyon, la dernière fois que cette œuvre a été jouée ce fut en janvier 2006. Le programme du concert de Paris rapporte que la dernière interprétation de l’Orchestre de Paris date de 2008.

Alors que pouvait réaliser ce jeune chef finlandais ?

Ce fut admirable !

Il entre dans cette œuvre avec un souffle incroyable et mène l’œuvre jusqu’à son terme dans une immense arche de spiritualité et de force.

Il finit le Gloria et commence le Credo avec un tempo qui pousse l’orchestre et les solistes à leurs limites sans les dépasser.

Et puis arrive le Benedictus dans lequel Beethoven a écrit une cantilène pour violon qui plane dans l’aigu, dans un chant ineffable qui accompagne celui des solistes et des chœurs dans un moment suspendu qui mieux que des mots explique ce qu’est la spiritualité.

Klaus Mâkelä félicite Sarah Nemtanu pour sa prestation superlative

Depuis janvier 2026, Sarah Nemtanu occupe le poste de violon solo de l’Orchestre de Paris qui était vacant depuis le décès de Philippe Aïche en 2022. Sarah Nemtanu a été auparavant le violon solo de l’Orchestre National de France pendant 23 ans, poste qu’elle avait obtenu à l’âge de 21 ans. Autrement dit c’est encore une musicienne précoce.

Sarah Nemtanu a joué comme une voix d’ange faisant de ce moment unique une expression du sublime. Sans que ma raison n’intervienne, des larmes coulèrent sur mes joues.

L’œuvre se termine par l’Agnus Dei qui reste dans la même intériorité et spiritualité.

L’Orchestre de Paris fut encore à la hauteur des exigences de son incroyable chef, le quatuor de solistes (Chen Reiss, Wiebke Lehmkuhl, Andrew Staples, Gerald Finley) fut de grande qualité, et que dire du Chœur de l’Orchestre de Paris qui chaque fois que je l’entends m’impressionne davantage.Il me semble juste de donner le nom du chef qui est à l’origine de cette excellence :  Richard Wilberforce.

La critique Hélène Adam, dans son article : « Une Missa Solemnis ardente » trouve ces mots justes :

« Le jeune chef de l’Orchestre de Paris ne finit pas de nous éblouir depuis plusieurs années à présent. […]

Il a démontré hier soir sa formidable capacité à donner sa propre interprétation parfois audacieuse, d’une œuvre déjà dirigée et enregistrée par les plus grands. Car Mäkelä n’est jamais plus inventif dans sa manière de diriger que lorsque l’œuvre est à ce point complexe. […]On passe de l’intime, du recueillement, au solennel grandiose, et l’œuvre, par sa démesure, contraint le chef à maintenir une difficile unité. Rien de plus visiblement exaltant pour Mäkelä qui, à son habitude, danse littéralement sur son estrade. […]

Une soirée sous le signe de l’événement musical auquel Klaus Mäkelä nous a désormais habitués, soirée d’exception après soirée d’exception, affermissant son exploration du répertoire. »

Dans un précédent mot du jour consacré à un autre concert de Mäkelä « Symphonie n°7 « Leningrad » »,  j’exprimais l’intuition qu’avec ce chef, l’Orchestre de Paris vit son âge d’or .

Il est encore à Paris pour une saison 2026-2027, puis il s’envolera vers deux destinations encore plus prestigieuses puisqu’il deviendra directeur musical de deux des plus remarquables orchestres de la planète : l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam et le Chicago Symphony Orchestra.

 

 

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