Lundi 2 novembre 2020

« Votez pour l’Autre »
Ameena Matthews psychologue musulmane afro-américaine qui œuvre à Chicago

La Constitution américaine est très précise :

« Les grands électeurs sont choisis le mardi suivant le premier lundi de novembre, dans l’année précédant la fin du mandat du président sortant. »

Dans la nuit du mardi au mercredi, nous connaîtrons peut-être le Président des Etats-Unis ou pas. Peut-être, que cette nuit va aussi ouvrir une grande période d’incertitude, en raison du grand nombre de votes par correspondances, conséquences de la COVID 19 et aussi de la personnalité hystérique et déraisonnable de l’homme que les électeurs américains et les institutions américaines ont élu en 2016.

Car en effet, si globalement le vote des américains, on parle du vote populaire, avait donné 3 millions de voix de plus à Hillary Clinton, l’organisation du vote indirect par grands électeurs désignés par États a donné l’avantage à Donald Trump.

Un documentaire allemand, diffusé par ARTE, a suivi des américains, les uns votant pour Trump les autres contre lui pendant l’année 2020.

Ce documentaire passionnant, en 5 épisodes, montre une Amérique polarisée, divisée, violente et mobilisée les uns contre les autres.

Vous trouverez l’ensemble de ces épisodes derrière ce lien : https://www.arte.tv/fr/videos/RC-020267/les-usa-dans-tous-leurs-etats/

On rencontre des personnes extraordinaires d’humanité et de dévouement et d’autres de bêtises sidérantes.

Je commencerai par une toute jeune fille issue de la bourgeoisie blanche du Colorado, Isabel Brown, qui brandit, comme un étendard, ses opinions conservatrices dans une université majoritairement à gauche. Elle s’est faite repérer par l’association Turning Point, qui milite pour la réélection de Donald Trump. Et elle espère être embauchée à la Maison Blanche après cette réélection.

Elle porte un tee-shirt sur lequel est inscrit « Le socialisme est naze ».

Elle affirme avec conviction que l’Amérique est le pays de la liberté et des opportunités et qu’il suffit de faire les bons choix et de travailler énergiquement pour avoir une vie remarquable. Elle dit très précisément que chacun est responsable de ses succès et de ses échecs.

Elle parle avant tout de son destin puisqu’elle est issue d’une famille aisée. elle ignore probablement que les sociologues ont compris que les déterminismes sociaux deviennent de plus en plus importants dans les réussites sociales.

C’est le rêve américain.

Rêve que poursuit Shubham Arora, travailleur sans-papiers, venue clandestinement d’Inde et qui est chauffeur de taxi à New York. Pendant le documentaire il va quitter New York, trop cher, pour aller en Georgie où il espère pouvoir monter un business d’une station service dans laquelle il va investir les économies qu’il a pu rassembler par son travail harassant à New York.

Mais il y a d’autres personnages lumineux que ce documentaire a découvert. Ainsi, la psychologue musulmane afro-américaine Ameena Matthews qui œuvre dans un quartier particulièrement violent de Chicago : South Side. On la voit se dévouer pour aider ses concitoyens, pour apaiser les tensions.

J’ai choisi, comme exergue l’injonction qu’elle a prononcée devant un groupe de noirs pour comprendre que pour ces combattants sociaux il ne s’agit pas de croire en Joe Biden mais de voter contre Trump, donc pour l’autre.

A un autre moment du documentaire elle décrit le président actuel :

« Au Pays de la liberté, il a la mentalité d’une hyène »

On suit aussi, Pamela Peynado Stewart, une avocate latino-américaine, à Atlanta, qui défend les sans-papiers, mais aussi s’engage pour les aider comme elle aide des pauvres qui ont été mis en prison pour des délits mineurs et qui ne sont pas libérés parce qu’ils n’ont pas les moyens de payer la caution qu’on leur réclame, même modeste. Elle a ainsi créé une association qui reçoit des dons pour payer ces cautions.

Elle ne dit pas pour qui elle va voter, mais cela parait assez évident.

Et puis, il y a les religieux.

Ainsi, le pasteur Doug Pagitt de Minneapolis qui est évangéliste comme un tiers des américains. Il sait que la grande majorité des évangélistes votent pour Trump. Lui dénonce l’incompétence de son président et espère convaincre des croyants, comme lui, de changer leur vote. Il a monté avec des amis un projet Vote Common Good (« Votez pour le bien commun »). Et avec ses amis il a entrepris une tournée en bus pour traverser tous les Etats-Unis pour convaincre le plus d’électeur possible. Et quand la crise du COVID a rendu impossible la poursuite de la tournée en bus, ils ont continué sur les réseaux sociaux.

Il reconnait bien volontiers que Biden n’est pas le candidat parfait mais il ajoute cette phrase pleine de sens :

« Le président ne peut pas résoudre tous les problèmes. Mais le président ne doit pas être le problème. »

En revanche, le Pasteur baptiste de Harrisonville dans le Missouri, Charles Kaighen voit en Trump le meilleur allié de la foi chrétienne.

Il a l’air sympathique à première vue, mais il affirme sans sourciller que la terre a été créée par Dieu il y a 6000 ans et que la vérité se trouve dans la bible et non chez les scientifiques.

Il est homophobe et défend rigoureusement la morale chrétienne.

On apprend qu’il a fait de la prison jeune parce qu’il consommait de la drogue et qu’il a rencontré Dieu en sortant de prison.

Une dame membre de sa communauté explique :

« A l’école publique, ils peuvent enseigner des valeurs avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. Ici l’église Baptiste, on enseigne des valeurs auxquelles nous croyons. »

Et on trouve à Clairton, une ville sinistrée de Pennsylvanie, un autre homme remarquable le maire, Rich Lattanzi qui se démène corps et âmes pour ses concitoyens. Il fait distribuer des vivres à ses administrés, privés de revenus par la pandémie de Covid-19, il projette de bâtir des logements abordables. Il s’implique aussi pour les problèmes de sécurité.

Il est lui-même au chômage, il travaillait dans l’usine polluante qui se trouvait dans sa ville et il a eu deux cancers au cours des 18 derniers mois, contre lesquels il a lutté par une chimiothérapie.

Le documentaire le montre aussi, vrai motif d’espoir, marier deux citoyens de sa ville, l’homme est un soldat blanc et la femme est de couleur noire.

Un autre motif d’espoir nous est donné par un couple de gens tolérants dans l’Utah. Alison et Chris Anderson qui prennent avec distance et humour leurs divergences politiques internes. La femme a toujours voté démocrate et l’homme toujours républicain. Ils invitent à leur table des amis des deux bords qui arrivent à dialoguer et à débattre.

Peut être le seul endroit encore aux Etats-Unis où cela reste possible, comme le village gaulois d’Astérix ?

Ils ont quand même un grand avantage, même les républicains de ce groupe ont décidé de ne pas voter pour Trump.

Vous trouvez donc ces 5 épisodes derrière ces liens :

Une grande année pour de grands rêves | Elections présidentielles USA (1/5) | ARTE

Le calme avant la tempête | Elections présidentielles USA (2/5) | ARTE

Au bord de la guerre civile | Elections présidentielles USA (3/5) | ARTE

Le test ultime | Elections présidentielles USA (4/5) | ARTE

L’heure du choix | Elections présidentielles USA (5/5) | ARTE

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Vendredi 30 octobre 2020

«Ils parlent une langue que je ne comprends pas, pourtant c’est la même que moi.»
Parole de la chanson « l’autre rive » chantée par les facteurs chevaux

Sommes-nous condamnés à parler un jour de pandémie et le lendemain du terrorisme ?

Et quand ça va vraiment mal, faut-il parler des deux…

Heureusement, qu’il nous reste la culture et l’Art.

La culture dont nous avons tant besoin et qui souffre aujourd’hui de la situation créée par la pandémie.

La culture qui si l’on croit les annonces gouvernementales, n’est pas essentielle, puisque les salles de spectacles sont fermées.

Je ne connaissais pas Fabien Guidollet et Sammy Decoster qui ont fondé ensemble un duo qu’ils ont appelés « Facteurs chevaux. »

J’écoutais une émission de France Culture, « la Grande Table », l’invité était Fabrice Lucchini.

Et puis la journaliste Olivia Gesbert a brusquement annoncé : « Nous allons écouter une chanson »

Ce fut un moment sublime.

Et elle dévoila qu’il s’agissait de la chanson <L’autre rive> que les facteurs chevaux interprétaient et qui faisait partie de leur dernier album « Chante-nuit» paru en juin 2020, juste après le premier confinement.

Alors j’ai voulu en savoir un peu plus.

Ce site : https://www.detoursdechant.com/concerts/facteurs-chevaux/ les présente de manière subtile.

« Pénétrer dans l’univers des Facteurs Chevaux risque d’ouvrir une brèche spatio-temporelle dans votre quotidien, sans certitude de retour à la normale. […]

Suivre les Facteurs Chevaux, c’est accepter d’oublier le dernier métro et le café du lundi matin pour se propulser dans la pureté du son de la voix et du bois. C’est se laisser charmer par le murmure de l’un, le baryton de l’autre, s’ouvrir aux mots qui refusent toute temporalité et naviguer à vue dans un espace pétri de mysticisme, de légendes et de réflexions empiriques. […]

Ebloui, sonné, interloqué ou enchanté… chacun réagira à sa manière selon son pouvoir d’émerveillement et sa dose de nihilisme. Mais vous l’aurez compris le voyage auquel nous convie ce disque – gravé dans le vinyle de notre époque – est hors des cartes routières et c’est pour cela que son souvenir ne peut que s’imprimer de manière indélébile dans les méandres de ceux qui iront jusqu’au bout du chemin.»

Il me semble que c’est assez juste.

Leur premier album « La Maison sous les eaux » paru en 2016 avait été présenté par les Inrockuptibles de cette manière :

« Superbe premier album d’un duo français buissonnier, pratiquant un folk singulier.

D’abord il y a ce nom, Facteurs Chevaux, qui met la puce à l’oreille autant que l’eau à la bouche. Une telle référence oblique au facteur Cheval, fameux représentant de l’art brut admiré par les surréalistes, ne peut émaner que de gens aimant prendre la clé des champs et gambader allègrement sur les sentiers buissonniers. […]

Après avoir travaillé ensemble sur les disques de Verone, les deux gaillards se lancent avec Facteurs Chevaux dans une nouvelle aventure 100 % nature. Conçues dans un village du massif de la Chartreuse, avec deux guitares acoustiques, une autoharpe et deux voix, les huit chansons réunies sur leur premier album, La Maison sous les eaux, semblent jaillir, vives et claires, comme l’eau d’une source. Évoquant les comptines d’un folklore perdu ou inconnu, ces chansons mêlent des textes teintés d’une douce étrangeté à des musiques d’une fervente sobriété. A la fois spontané et raffiné, élégant et divagant, l’ensemble distille un parfum aussi subtil que pénétrant. »

<3C> est une société de production bordelaises de spectacles et tournées. Je pense qu’elle doit être, comme d’autres, en grande difficulté en ce moment. Elle présente le nouveau disque « Chante-nuit ».

« C’est dans un village du massif de la Chartreuse que Sammy Decoster et Fabien Guidollet façonnent leurs chansons épurées : une guitare et des harmonies vocales pour des textes-contes en français qui convient les esprits de la forêt ou les légendes des montagnes. A l’instar de l’illustre Facteur Cheval, Sammy et Fabien se font maçons d’édifices fragiles, triturent une glaise musicale faite d’argile harmonieuse pour en faire un palais idéal.

On avait laissé Fabien Guidollet et Sammy Decoster sur la branche de l’arbre où leur magnifique premier album La Maison sous les Eaux les avait assis en 2016 : duo acoustique aux harmonies vocales entêtantes parcourant les sous-bois d’une France rurale, largement ignorée par le milieu des musiques actuelles.

Le soleil s’est couché derrière le château et a laissé la place à une nuit peuplée de créatures fantastiques tandis que Facteurs Chevaux semblent s’être réconciliés avec l’humain, auquel ils concèdent une certaine empathie, quand il veut bien se donner la peine (comme eux) de regarder vers le haut.

Et de fait leur nouvel album, Chante-Nuit, est empreint tout au long de ses neuf titres d’une soif d’apesanteur, fuyant l’immobilisme, la boue et les rancœurs, pour mettre en valeur l’imagination, la danse et finalement susciter l’espoir. »

Les paroles de cette chanson « L’autre rive » sont les suivantes :

Oh ton cœur est si léger-beau qu’il ne prend pas racine dans un pot
oh ton coeur est si léger-beau qu’il ne prend pas racine dans un pot
c’est pourquoi tu trépignes au milieu des autres
ils parlent une langue que je ne comprends pas
pourtant c’est la même que moi
je suis le frère d’une autre rive
et je flotte à la dérive
je te rejoindrai ma fille à mille lieues de là
oh tu t’es envolée là-haut
moi je reste étrange et sot
étourdi détrempé d’eau

J’ai choisi, comme exergue, la phrase « ils parlent une langue que je ne comprends pas, pourtant c’est la même que moi. » parce qu’elle correspond à ce que je ressens.

Je ne comprends pas de quoi, ils parlent.

Evoquent-ils la mort ?

Je ne le sais pas.

Mais je sens que c’est très beau. <L’autre rive>

J’ai acheté l’album.

Il existe aussi <Cette vidéo>

Et si vous aimez cela, une autre chanson : <Facteurs Chevaux – Firmament>

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Jeudi 29 octobre 2020

«Un Lièvre en son gîte songeait (Car que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe ?) »
Jean de La Fontaine

Nous sommes donc à nouveau confinés.

Et que peut-on, le lendemain, raconter ?

Nous sommes dans notre gîte à songer….

Comme le lièvre dont La Fontaine parlait

Un Lièvre en son gîte songeait
(Car que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe ?) ;
Dans un profond ennui ce Lièvre se plongeait :
Cet animal est triste, et la crainte le ronge.
« Les gens de naturel peureux
Sont, disait-il, bien malheureux.
Ils ne sauraient manger morceau qui leur profite ;
Jamais un plaisir pur ; toujours assauts divers.
Voilà comme je vis : cette crainte maudite
M’empêche de dormir, sinon les yeux ouverts.
Corrigez-vous, dira quelque sage cervelle.
Et la peur se corrige-t-elle ?
Je crois même qu’en bonne foi
Les hommes ont peur comme moi.  »
Ainsi raisonnait notre Lièvre,
Et cependant faisait le guet.
Il était douteux, inquiet :
Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.
Le mélancolique animal,
En rêvant à cette matière,
Entend un léger bruit : ce lui fut un signal
Pour s’enfuir devers sa tanière.
Il s’en alla passer sur le bord d’un étang.
Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes ;
Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes.
« Oh! dit-il, j’en fais faire autant
Qu’on m’en fait faire ! Ma présence
Effraie aussi les gens ! je mets l’alarme au camp !
Et d’où me vient cette vaillance ?
Comment ? Des animaux qui tremblent devant moi !
Je suis donc un foudre de guerre !
Il n’est, je le vois bien, si poltron sur la terre
Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi.  »

Le Lièvre et les Grenouilles
Jean de La Fontaine

Dans une autre fable, La Fontaine parlait de confinement.

Certain Ours montagnard, ours à demi léché,
Confiné par le Sort dans un bois solitaire,
Nouveau Bellérophon, vivait seul et caché.
Il fût devenu fou : la raison d’ordinaire
N’habite pas longtemps chez les gens séquestrés.
Il est bon de parler, et meilleur de se taire ;
Mais tous deux sont mauvais alors qu’ils sont outrés.
Nul animal n’avait affaire
Dans les lieux que l’Ours habitait ;
Si bien que tout Ours qu’il était,
Il vint à s’ennuyer de cette triste vie.
Pendant qu’il se livrait à la mélancolie,
Non loin de là certain Vieillard
S’ennuyait aussi de sa part.
Il aimait les jardins, était prêtre de Flore,
Il l’était de Pomone encore.
Ces deux emplois sont beaux ; mais je voudrais parmi
Quelque doux et discret ami.
Les jardins parlent peu, si ce n’est dans mon livre :
De façon que, lassé de vivre
Avec des gens muets, notre homme, un beau matin,
Va chercher compagnie, et se met en campagne.
L’Ours, porté d’un même dessein,
Venait de quitter sa montagne.
Tous deux, par un cas surprenant,
Se rencontrent en un tournant.
L’Homme eut peur : mais comment esquiver ; et que faire ?
Se tirer en Gascon d’une semblable affaire
Est le mieux : il sut donc dissimuler sa peur.
L’Ours, très mauvais complimenteur,
Lui dit : « Viens-t’en me voir. » L’autre reprit : « Seigneur,
Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire
Tant d’honneur que d’y prendre un champêtre repas,
J’ai des fruits, j’ai du lait : ce n’est peut-être pas
De nos seigneurs les Ours le manger ordinaire ;
Mais j’offre ce que j’ai. » L’Ours l’accepte et d’aller.
Les voilà bons amis avant que d’arriver ;
Arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble :
Et bien qu’on soit, à ce qu’il semble,
Beaucoup mieux seul qu’avec des sots,
Comme l’Ours en un jour ne disait pas deux mots,
L’Homme pouvait sans bruit vaquer à son ouvrage.
L’Ours allait à la chasse, apportait du gibier ;
Faisait son principal métier
D’être bon émoucheur ; écartait du visage
De son ami dormant ce parasite ailé,
Que nous avons mouche appelé.
Un jour que le Vieillard dormait d’un profond somme,
Sur le bout de son nez une allant se placer
Mit l’Ours au désespoir ; il eut beau la chasser.
« Je t’attraperai bien, dit-il, et voici comme. »
Aussitôt fait que dit : le fidèle émoucheur
Vous empoigne un pavé, le lance avec raideur,
Casse la tête à l’Homme en écrasant la mouche ;
Et non moins bon archer que mauvais raisonneur,
Raide mort étendu sur la place il le couche.
Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ;
Mieux vaudrait un sage ennemi.

L’ours et l’amateur des jardins
Jean de La Fontaine (1621-1695)

Pendant le confinement de la première vague Fabrice Luchini avait enregistré et diffusé sur Instagram des fables de la Fontaines.

Un internaute a compilé ces enregistrements dans une vidéo que vous trouverez <ICI>

La première fable de cette série est l’ours et l’amateur des jardins.

Il cite le début du lièvre et des grenouilles vers la 16ème minute.


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Mercredi 28 octobre 2020

«Nous sommes bien seuls pour défendre notre conception de la liberté d’expression.»
Le Monde ne comprend pas la France

Je ne m’arrêterai pas aux éructations d’Erdogan qui poursuit d’autres projets que la simple défense des musulmans « maltraités  en France ».

L’Elysée a vivement réagi aux insultes du sultan de Turquie et a rappelé son ambassadeur d’Ankara, un geste diplomatique très fort, le précédent date de 1901.

La Présidence Française a aussi dressé le constat de :

« L’absence de toute marque officielle de condamnation ou de solidarité des autorités turques après l’attentat terroriste de Conflans-Sainte-Honorine »

Mais c’est une vague de fond dans les pays musulmans contre notre liberté de critiquer et de se moquer de toutes les religions.

Il n’existe pas une hiérarchie sunnite, ni quelque chose d’équivalent au Pape dans l’islam sunnite. Cependant l’Université d’Al-Azhar du Caire qui est une institution islamique sunnite d’enseignement, a commencé sa mission en 988, elle est l’un des plus anciens lieux d’enseignement islamiques au monde et constitue une référence.

<Wikipedia> précise que :

« Selon l’article 2 de cette loi, al-Azhar « est un organisme savant islamique qui cherche à préserver, à étudier, à divulguer et à diffuser le patrimoine islamique, à diffuser le message islamique qui a été confié, à tous les peuples et à le promouvoir, à montrer l’islam et son influence sur le progrès de l’humanité, le développement de la civilisation, le maintien de la paix, la tranquillité et la paix d’esprit de tous les peuples, ici et maintenant».

Cette Université est présidée par cheikh Ahmed al-Tayeb qui a condamné mardi 20 octobre la décapitation d’un professeur en France, « un acte criminel odieux» mais il a tout de suite ajouté qu’insulter les religions au nom de la liberté d’expression constitue «un appel à la haine».

<Le Figaro> précise que

« Il s’exprimait à distance dans un discours lu à Rome, sur la célèbre place du Capitole, devant un prestigieux parterre de leaders religieux du christianisme, du judaïsme et du bouddhisme – dont le pape François, le patriarche oecuménique Bartholomée ou encore le grand rabbin de France Haïm Korsia- qui se sont retrouvés mardi pour signer un appel commun à la paix.

«En tant que musulman et grand imam d’Al-Azhar, je déclare que l’islam, ses enseignements et son prophète n’ont rien à voir avec cet acte criminel odieux», déclare en arabe le grand imam sunnite dans ce discours. «Dans le même temps, j’insiste sur le fait qu’insulter des religions et attaquer leurs symboles sacrés au nom de la liberté d’expression est un double standard intellectuel et un appel à la haine», a-t-il ajouté.

«Ce terroriste ne représente pas la religion du prophète Mahomet», a encore commenté le grand imam d’Al-Azhar, dans son discours traduit de l’arabe par l’AFP. L’institution islamique sunnite avait qualifié début septembre d’«acte criminel» la réédition en une du journal français Charlie Hebdo des caricatures du prophète Mahomet à l’occasion du procès des attentats djihadistes de janvier 2015 en France.

Et en octobre elle avait jugé « raciste » le discours du président français Emmanuel Macron contre le « séparatisme islamiste », dénonçant des « accusations » visant l’islam.»

C’est très clair, il ne fallait pas tuer, mais car il y a toujours un mais ce n’est pas bien ce que fait, ce que dit la France sur le rire, la caricature et l’humour sur les religions. Car il s’agit bien de la France, Samuel Paty dans son enseignement était le digne représentant des valeurs de la France. Cela crée bien sur une ambiance, un climat dans lequel des illuminés pensent qu’ils peuvent passer à des actes violents.

Par ailleurs, cheikh Ahmed al-Tayeb a exprimé une demande bien précise : l’adoption d’une législation mondiale sur la « diffamation des religions et de leurs symboles sacrés »

Je ne me lasserai pas de rappeler que si dans la déclaration universelle des droits de l’homme, il n’a pas été mentionné qu’on avait le droit de changer de religion c’est en raison de l’opposition de pays musulmans.

Dans ces domaines nous ne sommes vraiment pas dans le même camp.

Quand sur Twitter, immédiatement après l’assassinat de Samuel Paty, j’ai réagi pour défendre nos valeurs et notre liberté, tout de suite quelqu’un a réagi en me répondant

« Qu’est ce que tu dirais, si on pissait sur ton prophète ? »

Dès lors, on constate que notre position n’est pas admise dans beaucoup de pays musulmans.

Et c’est ainsi que « Le Monde » a publié ce mardi un article : « Colère grandissante du monde musulman contre Macron ». Même les opposants de Macron doivent comprendre qu’ici il n’est pas question de l’homme politique qu’ils combattent mais du Président de la République que les manifestants voient comme l’image de la France.

L’Arabie saoudite ce pays de l’intolérance et des mœurs archaïques ne se tait pas :

« Considérée comme une alliée de la France, l’Arabie saoudite a condamné à son tour les représentations jugées offensantes du prophète Mahomet, rapporte l’agence Reuters. »

Au Bangladesh,

« Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté mardi à Dacca, appelant au boycott des produits français et brûlant une effigie d’Emmanuel Macron […]. Selon la police, plus de 40 000 personnes ont participé à cette marche organisée par l’Islami Andolan Bangladesh (IAB), l’un des principaux partis islamistes bangladais […] « Macron fait partie des quelques dirigeants qui adorent Satan », a déclaré à la foule rassemblée à la mosquée Baitul Mukarram un haut responsable de l’IAB, Ataur Rahman. Il a appelé le gouvernement bangladais à « mettre dehors » l’ambassadeur français. Un autre dirigeant islamiste, Hasan Jamal, a pour sa part, déclaré que les protestataires allaient « mettre à terre chaque brique » de l’ambassade si l’ambassadeur n’était pas renvoyé. »

Et aux Emirats :

« Le Conseil des sages musulmans, sis à Abou Dhabi, a, de son côté, annoncé son intention de poursuivre Charlie Hebdo. Ce conseil, regroupant des dignitaires musulmans de divers pays, « a décidé de mettre en place un comité de juristes internationaux pour poursuivre en justice Charlie Hebdo », fait savoir un tweet publié mardi sur le compte de l’institution sunnite Al-Azhar, située au Caire. Le conseil, présidé par le grand imam d’Al-Azhar, affirme qu’il envisage également de « poursuivre en justice quiconque offense l’islam et ses symboles sacrés ».

« La liberté d’expression (…) doit respecter les droits d’autrui et ne devrait pas permettre d’utiliser les religions dans les marchés de la politique ou dans la propagande électorale », affirme le conseil. »

Et en Algérie :

« Décapitation de Samuel Paty : le Haut Conseil Islamique algérien condamne la campagne « enragée » contre la « religion de paix » et fustige les « dépravés qui prétendent s’exprimer au nom de la liberté d’expression » »

Devant cette déferlante sommes nous soutenus par les pays occidentaux ?

Certes ils condamnent tous l’acte terroriste, mais ils ne soutiennent pas la liberté d’expression à la Française.

Les pires sont certainement les américains.

Immédiatement après l’assassinat de Samuel Paty a circulé sur la toile cette photo d’un texte sensé avoir été publié par le New York Times

Mais le site <Des décodeurs> du Monde nous apprend que ce texte est de 2015 et :

« Ce joli texte de soutien à la France, dont on a pu lire qu’il était extrait d’un éditorial, est en fait un commentaire publié dans la nuit de vendredi à samedi sur le site du New York Times »

Ainsi le New York Times officiel a titré après l’attentat terroriste :

« La police française tire et tue un homme après une attaque mortelle au couteau dans la rue »

Ce journal réputé de gauche et progressiste a donc traduit ce qui s’est passé à Conflans saint Honorine comme une vulgaire bavure policière.

La victime principale semble être le terroriste tchétchène.

Heureusement que des américains ont protesté. Ainsi une journaliste américaine Claire Lehmann a twitté :

« Un professeur de collège est décapité pour avoir blasphémé en France – la plus laïque des nations – et le New York Times titre comme cela »

Alors le New York Times a fait un effort et a modifié son titre :

« La police française tue un homme qui venait de décapiter un professeur dans la rue »

Est-ce vraiment mieux ?

Le point essentiel reste que la police a tué un homme.

Ce titre révèle bien sur la condamnation sur le fond. Le New York Times est désormais totalement paralysé par le risque de pouvoir choquer, blesser une communauté particulière qu’il a renoncé de publier des dessins de Presse,

Il n’est pas isolé, cette vision est celle de la plupart des médias que nous pensons progressistes aux Etats-Unis.

Bien sûr, il existe au sein même du monde musulman des hommes et des femmes qui se lèvent et soutiennent la France : Kamel Daoud, Boualem Sansal.

Mais globalement l’air du monde ne sent pas bon.

Le plus probable c’est que par lâcheté, par lassitude, pour l’économie nous allons nous coucher. Il n’y aura plus de caricature, plus que des critiques très modérés de ces machines religieuses qu’on n’aurait pas le droit de blesser.

Je le regrette profondément, les pays dans lesquels la religion est religion d’État que ce soit dans le passé ou aujourd’hui, ne sont pas des pays où il fait bon vivre, rire et réfléchir.

Vous pouvez lire avec beaucoup d’intérêt ce bel entretien de Caroline Fourest :

« Nous sommes l’un des rares pays à regarder le fanatisme dans les yeux »

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Mardi 27 octobre 2020

«Le problème de l’échiquier de Sissa.»
Légende indienne qui permet « un peu » d’appréhender une évolution exponentielle

Il faut être bienveillant.

Les prévisions sont compliquées surtout si elles concernent l’avenir.

Dimanche 4 octobre 2020 Jean-François Toussaint, professeur de physiologie de l’Université Paris-Descartes et directeur de l’IRMES, Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport à l’INSEP, affirmait sur CNews : « Il n’y aura pas de deuxième vague, nous sommes dans une instrumentalisation»

Lundi 5 octobre 2020, le docteur Laurent Toubiana, chercheur épidémiologiste à l’Inserm, déclarait sur Sud Radio : «Il n’y aura pas de deuxième vague car nous avons atteint l’immunité collective »

Le Professeur Raoult a eu des propos divergents sur ce sujet. <RTL> a cherché à suivre la chronologie de ses analyses. Sa dernière version est qu’il n’a jamais dit qu’il n’y aurait pas de seconde vague.

Il semble, quand même, selon les soignants, qui sont en première ligne, qu’il y a bien une seconde vague.

Ainsi, dans un article paru dans le Parisien du 25 octobre, Martin Blachier, médecin de santé publique et épidémiologiste exprime son désarroi : «Quand j’ai vu les chiffres, je n’y ai pas cru» et constate une «accélération non contrôlée».

Nos hôpitaux sont à nouveau sous tension.

Je n’ai aucune compétence pour parler de ce virus, de la manière de le contrôler, de ce qu’il faut faire ou de ce qui aurait dû être fait. Mais j’entends les cris de détresse de celles et de ceux qui doivent accueillir les malades et les soigner.

Cependant, il y a un phénomène qui m’est un peu plus familier, parce que dans ma jeunesse j’avais quelque facilité en mathématiques.

Et ce phénomène est ce que les mathématiques appellent « une fonction exponentielle ». Dans le langage courant on parle d’une évolution exponentielle.

Mais connaitre conceptuellement et je dirais par les chiffres et les graphes le profil d’une courbe exponentielle, ne permet pas forcément d’appréhender la réalité du phénomène.

Un article, qui date déjà de juin, du journal Suisse « Le Temps » tente d’expliquer : « Pourquoi notre cerveau ne comprend rien à la propagation du coronavirus »

Cet article se réfère à une étude menée par des chercheurs allemands aux Etats-Unis qui met en évidence la difficulté de la population à appréhender la croissance exponentielle de l’épidémie. Un biais qui a un impact sur l’adhésion aux mesures de distanciation sociale :

« Des chercheurs allemands se sont livrés à une analyse regroupant trois études menées aux Etats-Unis pour comprendre pourquoi une importante partie de la population a du mal à accepter et à comprendre l’utilité de ces mesures. […]

Ces études ont été menées sur trois groupes différents de plus de 500 personnes pendant la deuxième partie du mois de mars, alors que la croissance de l’épidémie s’emballe aux Etats-Unis. Dans un premier temps, les chercheurs ont demandé aux participants d’estimer le nombre de nouveaux cas sur les cinq jours passés. Sur les trois premiers jours de la semaine, ces derniers ont tendance à surestimer le nombre de cas, mais la tendance s’inverse sur les deux derniers jours. Sur l’ensemble de la période, les personnes interrogées ont en moyenne sous-estimé la croissance de l’épidémie de 45,7% par rapport à son évolution réelle.

Cette double tendance s’explique par la difficulté à appréhender la propagation exponentielle du virus. Les estimations de la majorité des participants suivent en fait un modèle linéaire d’évolution de l’épidémie. Les chercheurs ont également cherché à mettre en évidence l’influence des convictions politiques sur les estimations des participants. Globalement, ceux se considérant comme conservateurs ont eu plus de mal à estimer la vitesse de diffusion du virus que ceux se présentant comme libéraux. »

Je ne cite pas tout l’article que vous pouvez consulter. Dans le domaine économique, des études avaient aussi mis en évidence cette difficulté d’appréhender le phénomène de croissance exponentielle.

Et bien sûr, quand on ne comprend pas un phénomène on a du mal à adhérer à des consignes visant à contrôler ce phénomène, surtout si ces consignes sont contraignantes.

Il existe cependant une légende qui peut nous aider à devenir un peu plus sage.

Vous l’avez certainement déjà entendu, mais ce qui est pertinent c’est de l’appliquer au contexte du COVID.

Il s’agit d’une légende, mais elle nous apprend quelque chose de vrai.

Il était une fois en Inde, un roi du nom de Belkib qui s’ennuyait beaucoup.

Il n’y avait pas les réseaux sociaux numériques à cette époque, ni Netflix et toutes ces séries qui permettent d’occuper l’esprit quand on a du mal à remplir sa vie intérieure.

Pour lutter contre son ennui il a demandé qu’on invente un jeu pour le distraire.

Aujourd’hui en France on lancerait un appel d’offre.

Un sage du nom de Sissa se mit alors à inventer le jeu d’échecs.

Le roi Belkib fut ravi et voulut comme tout bon souverain récompenser celui qui avait si bien su le distraire.

Il était tellement content qu’il demanda même à Sissa de choisir sa récompense qui pourrait être fastueuse.

Et c’est alors que…

Sissa demanda au roi de prendre le plateau du jeu et, sur la première case, poser un grain de riz, ensuite deux sur la deuxième, puis quatre sur la troisième, et ainsi de suite, en doublant à chaque fois le nombre de grains de riz que l’on met.

Et de faire ainsi jusqu’à la 64ème case.

Le roi exprima son étonnement, il ne comprenait pas alors qu’il promettait une récompense fastueuse que le sage Sissa demande un cadeau aussi « modeste ».

Alors pour comprendre qu’il n’y a rien ici de modeste, mais que nous sommes devant un phénomène exponentiel je vous renvoie vers le problème de mathématiques qu’a publié l’Académie de Paris et qui propose aussi la solution : « La légende de l’échiquier »

L’humain moderne que nous sommes, s’il veut se rendre compte, va utiliser son tableur préféré pour calculer cette évolution dans les 64 cases puis faire la somme.Et cela vous apprendra qu’à partir de la case 50, le tableur commence à réaliser des approximations parce qu’il atteint ses limites ou plutôt qu’il cherche à optimiser ses ressources. Les concepteurs du tableur ont, en effet, fait le choix qu’à ce niveau de nombre il n’était pas judicieux de mobiliser des moyens pour donner le chiffre exact.

En conclusion, sur la 64ème case, il faut déposer 263 grains de riz, ce qui se dit en français, 2 puissance 63. En effet, sur la première case Sissa met un grain ce qui se définit par 2 puissance 0, et sur la deuxième case on aura donc 2 puissance 1 qui est égale à 2. Et ainsi de suite ce qui conduit au résultat sur la 64ème case de 2 puissance 63.

Et quand on additionne tous les grains sur les 64 cases on obtient 18 446 744 073 709 600 000. Ce qui est donc une approximation du tableur

La solution mis en ligne sur le site de l’Académie de Paris, nous donne un éclairage supplémentaire sur ce chiffre qui ne signifie pas grand-chose pour nous :

« De nos jours la production annuelle mondiale de riz est environ 600 x 106 tonnes, en français 600 millions de tonnes. (en 2000)

Un grain de riz pèse environ 0,06 g.

Le tableur donne 18 446 744 073 709 600 000 comme valeur approchée du nombre de grains de riz qui auraient dû être déposés sur l’échiquier !

La masse serait alors de 1 106 804 644 422 570 000 grammes, soit approximativement 1 106 804 644 423 tonnes.

Ce qui correspondrait à 1 845 années de production mondiale de riz ! »

Là je crois que nous comprenons mieux, ou plutôt nous sommes sidérés.

La demande de Sissa conduit à demander 1845 années de production mondiale de riz de l’année 2000 !

Comment mieux expliquer qu’on perd le contrôle.

De manière technique, cet exemple se base sur la puissance de 2, c’est une fonction exponentielle. Il en existe, bien sûr, beaucoup d’autres.

C’est Gilles Finkelstein qui, lors de son face à face avec Natacha Polony du 24 octobre 2020 sur France inter, a rappelé cette légende et l’a rapprochée de l’évolution actuelle du COVID.

Le site de l’Académie de Paris a aussi mis en ligne un dessin de l’échiquier qui fait mieux que le tableur et donne les valeurs exactes sur chaque case.


<1476>

Lundi 26 octobre 2020

«Nous sommes terriens !»
Petite réflexion suite à un dessin

Au départ, il y a ce dessin partagé par mon ami Lucien sur Facebook


Lucien avait lui-même partagé le dessin qui avait été initialement publié par une personne se faisant appeler « Citoyen du monde » et qui se définit ainsi :

« Personne qui pense que les habitants de la Terre ne forment qu’un peuple commun et que les droits et les devoirs sont universels. Il privilégie l’intérêt du monde par rapport aux intérêts nationaux … »

Je suis, en effet, terrien et vous aussi.

Nous sommes terriens et nous habitons la terre, avec beaucoup d’êtres vivants, animaux, végétaux, bactéries et autres.

Et nous avons beaucoup de problèmes à résoudre pour que la terre continue à être accueillante pour tous ceux qui y habitent : réchauffement climatique, diminution de la biodiversité, contraintes sur les ressources, impact d’homo sapiens sur l’écosystème, conflits entre les Etats…

Alors je sais bien que le plan A de quasi tous les gouvernants de Macron à Trump, en passant par Xi Jinping ou Boris Johnson est que le génie de l’homme va trouver des solutions innovantes et techniques qui permettront de résoudre tous nos problèmes.

Il existe selon certains, un plan B dans lequel une aide extérieure à laquelle ils donnent le nom de Dieu va régler tous ces problèmes. En ce qui concerne les chrétiens que je connais le mieux, cette phase de solution dans laquelle Dieu vient résoudre les difficultés, passent par un jugement dernier dans lequel un grand nombre va passer un sale quart d’heure.

J’ai quelques doutes sur ces deux plans.

Il reste le troisième dans lequel, il y a une prise de conscience collective qui nous fait comprendre que nous sommes tous terriens et que nous avons avec notre descendance un destin commun, sur l’unique planète qui est à notre portée.

Je pense qu’il est rationnel de penser à ce plan C.

<1475>

Vendredi 23 octobre 2020

«Pause (Les tisserands : réparer ensemble le tissu déchiré du monde)»
Un jour sans mot du jour nouveau

Le mot du jour qui s’approche des 1500 articles, n’est pas qu’un billet quotidien.

Il est aussi une somme de sujets abordés, plusieurs portent l’étiquette « islam ».

Aujourd’hui je vous propose de revenir sur celui du 17 juin 2016

Il donnait la parole à Abdennour Bidar qui avait répondu à une interview lors de la sortie de son livre :

«Les tisserands : réparer ensemble le tissu déchiré du monde»

Et il disait notamment :

«Abdennour Bidar – Qui dit religion dit système de croyances, c’est-à-dire quelque chose qui a historiquement imposé aux individus un ensemble de dogmes, de rites et une morale. C’est la première caractéristique pérenne et universelle des religions. La seconde est le caractère souvent clos de ces systèmes. Les religions ont une très forte puissance d’inclusion entre les membres de la communauté et une puissance d’exclusion des autres.

Ce sont ces deux aspects qui me semblent aujourd’hui absolument incompatibles avec les conditions de nos sociétés, de nos cultures et de nos mentalités. La civilisation contemporaine est fondée sur un très fort principe de liberté individuelle. Ainsi, l’individu est très réticent vis-à-vis de tout ce qu’il perçoit comme une vexation de sa liberté. Et ça ne s’applique pas seulement au domaine religieux. Dans nos sociétés, il y a une réelle crise de l’autorité. On a de plus en plus de mal à obéir à quelque chose d’imposé.

C’était le <mot du jour du 17 juin 2016>

<Mot sans numéro>

Jeudi 22 octobre 2020

«Pause (l’islam des lumières)»
Un jour sans mot du jour nouveau

Depuis le début de la semaine il est question d’une petite part des musulmans.

Minorité agissante et nuisible

Heureusement qu’il en existe beaucoup d’autres.

Malek Chebel était un homme remarquable.

Il est mort le 12 novembre 2016.

Le mot du jour du 17 novembre 2016 lui rendait hommage :

« L’islam des lumières »

Malek Chebel

<Mot sans numéro>

Mercredi 21 octobre 2020

«Qui est islamophobe ? »
Question légitime quand on constate l’abus et les conséquences délétères de l’usage de ce mot

Samuel Paty était accusé d’être islamophobe par certains parents d’élèves musulmans du collège dans lequel il enseignait.

Et il a été assassiné par un fou qui était de religion musulmane et qui croyait cette accusation exacte.

Il existe d’ailleurs, une officine trouble dont j’ai déjà parlé et qui a pour nom Collectif Contre l’Islamophobie en France et dont le site se trouve derrière ce lien : https://www.islamophobie.net/

J’avais déjà exprimé mon malaise par rapport à ce mot piège lors du mot du jour du 6 février 2020 : « islamophobie ».

Une phobie (du grec ancien φόβος / phóbos, frayeur, crainte ou répulsion) est une peur démesurée et dépendant d’un ressenti plutôt que de causes rationnelles, d’un objet ou d’une situation précise.

L’islamophobie est donc la crainte, la frayeur devant l’islam.

Alors, je vais vous soumettre une liste :

2012

Les 11 mars 2012, 13 mars 2012, 19 mars 2012, tueries à Toulouse et Montauban faisant 7 morts dont 3 enfants et 6 blessés.

  • 11 mars 2012 : Mohammed Merah assassine un militaire à Toulouse
  • 15 mars 2012 : Mohammed Merah assassine deux militaires et en blesse un autre à Montauban
  • 19 mars 2012 : Mohammed Merah assassine quatre personnes devant une école juive de Toulouse
  • 19 septembre 2012 : Jérémie Louis Sidney et Jérémie Bailly, membre de la cellule Cannes-Torcy, blessent 1 personne en lançant une grenade dans un épicerie juive de Sarcelles

2013

  • Le 25 mai 2013, un extrémiste islamiste armé d’un couteau attaque et blesse un militaire français dans l’attentat de 2013 à La Défense.

2014

  • Le 20 décembre 2014, attaque contre un commissariat de Joué-lès-Tours de 2014. Un homme criant « Allahu akbar » attaque un poste de police avec un couteau. Il blesse trois policiers avant d’être abattu5,6,

2015

  • Du 7 au 9 janvier 2015, attentats en France. Une série d’attaques terroristes islamistes qui se déroule entre les 7 et 9 janvier 2015 en France, visant le comité de rédaction du journal Charlie Hebdo, des policiers et des Français de confession juive fréquentant une supérette cacher. Dix-sept personnes sont assassinées et vingt sont blessées ; les trois terroristes sont abattus par les forces de l’ordre le 9 janvier.
  • Le 3 février 2015, trois militaires en faction devant un centre communautaire juif à Nice sont agressés au couteau par Moussa Coulibaly, demeurant à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Il exprime en garde à vue sa haine de la France, de la police, des militaires et des Juifs.
  • Le 10 avril 2015, un soldat français est attaqué et blessé dans les toilettes de l’aéroport d’Orly.
  • Le 19 avril 2015, affaire Sid Ahmed Ghlam. Une femme de 32 ans (Aurélie Châtelain) est assassinée par un étudiant algérien de 24 ans qui prévoyait un attentat dans une église de Villejuif, le projet de ce dernier ayant été déjoué peu de temps après.
  • Le 26 juin 2015, attentat de Saint-Quentin-Fallavier en Isère, 1 mort décapité (Hervé Cornara, 55 ans) et 2 blessés. Brandissant un drapeau islamiste, un homme conduit son véhicule contre des bonbonnes de gaz stockées dans la cour de la filiale française du groupe américain Air Products.
  • Le 21 aout 2015, attentat du train Thalys sur la ligne reliant Amsterdam à Paris, mené par un ressortissant marocain et déjoué par plusieurs passagers, on compte 3 blessés.
  • Le 13 novembre 2015, une série de sept attaques, à Paris et en Seine-Saint-Denis, perpétrée par au moins dix terroristes avec au moins une vingtaine de complices, provoque la mort de 130 personnes et fait 413 blessés, dont 99 dans un état très grave. Les tueries sont revendiquées par l’État islamique.

2016

  • Le 7 janvier 2016, un islamiste marocain portant une fausse ceinture explosif attaque des policiers à l’aide d’un couperet à viande, il est abattu.
  • Le 11 janvier 2016, un adolescent turc âgé de 15 ans agresse à la machette un enseignant juif. L’auteur dit avoir agi « au nom d’Allah » et de l’organisation État islamique. Un blessé.
  • Le 13 juin 2016, double meurtre à Magnanville. Un commandant de police et sa compagne, fonctionnaire du ministère de l’intérieur (Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider), sont assassinés devant leur domicile à Magnanville par Larossi Abballa. L’attentat est revendiqué par l’organisation État islamique.
  • Le 14 juillet 2016 à Nice, le jour de la fête nationale, un Tunisien, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, fonce dans la foule au volant d’un camion sur la promenade des Anglais, tuant 86 personnes et en blessant 458, avant d’être abattu par les forces de l’ordre. L’État islamique revendique cet acte.
  • Le 26 juillet 2016, lors d’une messe, deux islamistes munis d’armes blanches prennent en otage plusieurs personnes dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen. Un prêtre est égorgé, et un paroissien est blessé. Les deux terroristes sont abattus par les forces de l’ordre, l’un d’eux était fiché S. Selon le Président de la République, « les deux terroristes se réclament de Daesh ». L’attentat est revendiqué via Amaq, l’agence de presse de l’État islamique.

2017

  • Le 3 février 2017, attaque contre des militaires au Carrousel du Louvre à Paris fait deux blessés.
  • Le 18 mars 2017, un homme s’empare de l’arme d’un militaire à Orly avant d’être abattu. Même s’il a affirmé au moment de son geste vouloir « mourir par Allah » et a été signalé pour « radicalisation » lors d’un séjour en prison en 2011-2012, ses motivations restent floues (il ne souhaitait plus retourner en prison) et le lien avec le terrorisme islamiste non démontré.
  • Le 20 avril 2017, un homme ouvre le feu à l’arme automatique sur des policiers le long de l’avenue des Champs-Élysées, vers 21 heures, L’un d’entre eux est tué pendant l’attaque, deux autres ainsi qu’une passante sont blessés. L’assaillant est abattu et l’État islamique revendique l’attaque dans la soirée.
  • Le 6 juin 2017, un homme attaque avec un marteau un policier et le blesse légèrement devant la cathédrale Notre-Dame de Paris. Les policiers répliquent et le blessent. L’assaillant, Farid Ikken, un Algérien de quarante ans, ancien journaliste disposant d’un visa étudiant, se déclare « soldat du califat ».
  • Le 19 juin 2017, un homme armé percute un fourgon de la Gendarmerie sur les Champs-Élysées. Aucun mort n’est à déplorer, excepté l’assaillant, un fiché S. Le 13 juillet, l’État islamique revendique l’attaque.
  • Le 9 août 2017, attaque à la voiture bélier qui blesse 6 militaires à Levallois-Perret en région parisienne.
  • Le 15 septembre 2017, un homme armé d’un couteau attaque un militaire en patrouille à la station de métro Châtelet à Paris. L’auteur tient des propos faisant référence à Allah : « Allah akbar, vous êtes des mécréants ».
  • Le 1er octobre 2017, un Tunisien en situation irrégulière connu pour différents crimes égorge deux jeunes femmes dans la gare de Saint-Charles à Marseille avant d’être abattu par les des militaires de l’opération Sentinelle. L’attaque est revendiquée par l’État islamique.

2018

  • Le 23 mars 2018, un homme tue 4 personnes dont Arnaud Beltrame, lors d’attaques et une prise d’otage dans un supermarché dans l’Aude, à Carcassonne et Trèbes. L’homme, qui est par la suite abattu, est un Franco-Marocain se réclamant de l’État islamique, qui revendique l’attentat le jour même.
  • Le 12 mai 2018 à Paris, vers 21 h un individu attaque à l’arme blanche des passants en criant « Allah Akbar », il tue une personne, en blesse quatre autres dont deux gravement, il se dirige ensuite vers une patrouille de police qui décide de l’abattre. L’attaque est revendiquée par l’État islamique.
  • Le 11 décembre 2018 dans la soirée, à proximité du marché de Noël de Strasbourg, un homme déambule dans les rues du centre-ville, tue cinq passants et en blesse une dizaine d’autres. L’assaillant, un Franco-Algérien de 29 ans, est abattu le 13 décembre à Strasbourg par la police. L’attaque est revendiquée par l’État islamique.

2019

  • Le 5 mars 2019, Attentat de la prison de Condé-sur-Sarthe, 3 personnes, dont un terroriste, sont blessées et 1 terroriste est mort lorsque 2 surveillants pénitentiaires sont attaqués au couteau en céramique. L’auteur a prêté allégeance à l’État islamique.
  • Le 24 mai 2019, attentat de la rue Victor-Hugo de Lyon, 14 blessés. L’auteur reconnaît avoir prêté allégeance à l’État islamique.
  • Le 3 octobre 2019, attentat de la préfecture de police de Paris, 4 policiers ont été tués dans une agression au couteau de cuisine à la préfecture de police de paris par un individu qui y travaillait. Il était converti à l’islam depuis 2008, le Parquet national antiterroriste s’est saisi de l’affaire.

2020

  • Le 3 janvier 2020, dans le parc des Hautes-Bruyères à Villejuif, un jeune homme de 22 ans, attaque à l’arme blanche des passants, en répétant « Allah Akbar », tuant un homme et blessant gravement 2 femmes. L’individu sera par la suite neutralisé par une patrouille de policiers. Le jeune homme récemment converti à l’islam a perpétré cette attaque d’une « extrême violence » avec une « extrême détermination », selon les déclarations du Parquet national antiterroriste qui s’est saisit de l’affaire.
  • Le 5 janvier 2020, un individu connu de la DGSI et fiché S, armé d’un couteau et criant « Allah Akbar », est interpellé à Metz après avoir tenté d’agresser des policiers.
  • Le 4 avril 2020, à Romans-sur-Isère , un réfugié soudanais, Abdallah Ahmed-Osman, crie « Allah Akbar », tue au couteau deux passants et en blesse cinq autres, leur demandant s’ils sont de confession musulmane.
  • Le lundi 27 avril 2020, en fin d’après-midi à Colombes (Hauts-de-Seine), le conducteur d’une voiture a percuté volontairement deux motards de la police à vive allure, les blessant gravement. L’auteur a fait allégeance à l’état islamique.
  • Le vendredi 25 septembre 2020 , deux personnes sont grièvement blessées à l’arme blanche près des anciens locaux du journal Charlie Hebdo. Le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour « tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Selon l’AFP citant des sources concordantes, l’assaillant de nationalité pakistanaise assurait « assumer son acte qu’il situe dans le contexte de la republication des caricatures (de Charlie Hebdo, ndlr) qu’il n’a pas supportée ».
  • Le 16 octobre 2020, un enseignant est décapité devant un collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Son agresseur présumé est abattu par la police dans la ville voisine d’Eragny (Val-d’Oise)

Evidemment c’est un peu long, mais ce n’est pas de mon fait.

Si vous voulez des liens et des précisions sur cette énumération, vous la trouverez sur cette page <Wikipedia>

Mais au bout de cette énumération, de ce qui s’est passé en France depuis 2012,  n’est-il pas légitime d’avoir peur, d’avoir une phobie ?

D’ailleurs, je concède lorsque parfois je vois entrer, dans le métro, un homme barbu vêtu d’une longue tunique que je crois être un « qamis » une peur instinctive me saisit. Peur que je raisonne, en me disant qu’il n’y a aucune raison que cet homme ait de mauvaises intentions, comme 99,x % des musulmans habitant en France.

Mais pendant quelques secondes je deviens ainsi « islamophobe », mais non « anti-musulman ».

Bien sûr, il y a stigmatisation des musulmans en France, il existe une haine anti musulman que professent certains.

Il en est même qui leur envoie l’injonction de retourner chez eux, en Musulmanie je suppose, alors que la plupart à qui est adressée cette vilenie, sont français.

L’islam constitue une réalité française, des citoyens sont musulmans et ont autant de valeur et d’importance que des citoyens chrétiens, juifs, athées et tous les autres.

Mais l’usage du mot islamophobie est une imposture, une volonté délibérée de refus de critiquer et de se moquer des religions comme de toute autre doctrine.

Derrière ce mot se cache une intolérance, une violence, un dessein secret.

J’ai beaucoup aimé la chronique de Sophia Aram de ce lundi, dans laquelle après avoir longuement remercié les enseignants qu’elle a eu au cours de sa scolarité elle dit cela :

« Je pense à notre responsabilité et à notre devoir de lutter contre les véritables promoteurs de ces attentats.

Notre rôle à l’égard de tous ceux qui entretiennent, encouragent et organisent la posture victimaire en expliquant qu’ils sont choqués, blessés, meurtris, par… Par un DESSIN.

Je pense à ce père d’élève faussement « dévasté » et claaamant sa peiiiine sur les réseaux sociaux tout en créant les conditions d’une mise à mort en publiant le nom et le lieu de travail de sa cible…

Je pense à cet agitateur qui se prétend Imam et qui l’accompagne dans cette entreprise macabre. Je pense à son petit air triste et tout chamboulé, horrifié par le dessin du cucul étoilé du prophète mais pas du tout gêné par son appel, dont il sait déjà qu’il fera office de condamnation à mort.

Mais comment ces deux faussaires arriveraient-ils à faire croire à leur blessure et à condamner à mort un homme, s’il n’y avait pas une cohorte de lâches prêts à comprendre, à justifier et à légitimer quotidiennement l’hypothèse qu’un croyant puisse être sincèrement blessé, meurtri et humilié par UN DESSIN.

Comment y arriveraient-ils sans tous ceux qui leur préparent le terrain en assimilant la caricature d’un prophète ou d’un symbole religieux à du racisme ?

Comment y arriveraient-ils sans les promoteurs du concept d’islamophobie ?

Sans ces associations communautaires et religieuses spécialisées dans la plainte victimaire ?

Enfin, comment y arriveraient-ils sans tous ces décérébrés, qu’ils soient militants, universitaires ou animateurs télé, venant dégouliner leur compassion morbide sur les musulmans pour leur expliquer « qu’il est normal, compréhensible d’être bouleversé, meurtri, blessé par un putain de DESSIN.

Je pense à vous, à vos faux semblants, à vos appels au meurtre à peine voilés, à votre médiocrité et votre condescendance.

Sachez que du plus profond de mon être je ne crois pas un seul instant à votre douleur.

Alors ne me parlez plus de votre blessure, elle est indécente face à la douleur bien réelle de tous ceux, dessinateurs, professeurs ou autres qui ont un jour fait le choix d’essayer de vous rendre moins cons. »

Elle a appelé sobrement sa chronique <Samuel Paty>

Et si vous souhaitez écouter une émission plus conceptualisée et historicisée, vous pouvez écouter le grand historien Michel Winnock qui était l’invité des matins de France Culture de ce mardi : <Où s’apprend la laïcité ? Avec Michel Winock>

Michel Winnock exprime les mêmes réticences devant l’utilisation suspecte du terme d’islamophobie, ce mot utilisé par des intolérants qui n’aiment pas la France, ni la culture et les mœurs de notre vieux pays.

<1474>

Mardi 20 octobre 2020

«Cela fait des siècles que les fanatiques haïssent « l’humour »
Guillaume Erner dans sa chronique du 19/10/2020

La terreur islamiste a de nouveau frappé la France. Une fois de plus le prétexte fut le rire, un dessin, une caricature.

En janvier 2015, après les attentats des 7, 8 et 9 janvier à Charlie Hebdo, Montrouge et à l’Hyper Cacher, j’avais écrit le mot du jour du <12 janvier 2015> qui était une réflexion sur le rire, sur sa force et l’arme qu’il constitue contre les intolérants, les totalitaires de toute obédience et parmi lesquels les fanatiques religieux constituent une des pires espèces.

Pour ce faire, je m’étais appuyé sur «le nom de la Rose» d’Umberto Ecco et cette diatribe du moine fanatique qui empoisonnait ses frères religieux qui s’intéressaient à un livre qui évoquait le rire :

« Le rire libère de la peur du diable, […]
Le rire distrait, quelques instants de la peur.
Mais la loi s’impose à travers la peur, dont le vrai nom est crainte de Dieu. […]
Et que serions nous, nous créatures pécheresses, sans la peur, peut être le plus sage et le plus affectueux des dons divins ? »

Ce lundi matin Guillaume Erner en se basant lui aussi sur «le nom de la Rose» a également parlé du rire dans sa chronique : « L’Humeur du matin par Guillaume Erner  » :

<Qu’est ce qui a été visé en Samuel Paty ? >

Et la réponse de Guillaume Erner est :

« A peu près tout ce que nous aimons, le savoir, le partage, la tolérance, mais aussi, le rire, le rire qui récapitule probablement ce qui précède, le savoir, le partage et la tolérance. »

Et il ajoute :

« […] Le terroriste qui a frappé au nom de l’islam ne s’est pas seulement attaqué à un enseignant professant le dialogue et l’ouverture, la laïcité et la coexistence, il s’en est pris à quelqu’un qui enseignait le rire.

Ce qu’il y a de plus singulier dans ces assassinats, tellement nombreux hélas, depuis le premier attentat contre Charlie Hebdo, c’est que ces terroristes visent le rire. Ces fanatiques ne s’en sont pas pris à des prêcheurs d’intolérance, à des promoteurs de la haine, non ils s’en sont pris à des dessinateurs de crobar, ou à ceux qui montraient ces petits crobars. Pourquoi cette obsession ? Pourquoi cette réaction inouïe face à des dessins humoristiques ? […]

En réalité, cela fait des siècles que les fanatiques haïssent « l’humour ». Cette haine est d’ailleurs au cœur de l’un des plus grands romans historiques du XXe siècle, « Le nom de la rose », d’Umberto Eco. Souvenez-vous, dans le « nom de la rose », le personnage central Guillaume De Baskerville est un jeune franciscain amoureux du rire, il affronte le vieux moine aveugle, contempteur du rire, Jorge de Burgos. D’ailleurs il est largement question, dans le nom de la rose, non pas des caricatures de Mahomet, mais d’un de leurs équivalents pour l’église du Moyen Âge, le texte parodique et truculent des « Cena Cypriani », rédigé au IX e siècle, ou il est notamment question d’un banquet ou Jésus mange un âne à belles dents…

Or l’église condamne le rire ; il n’y a pas de passage présentant Jésus riant, et la règle monastique de Saint Benoit interdit « le rire prolongé ou aux éclats ».

Pourquoi cette haine du rire ?

Parce que le rire est la libre interprétation – il doit permettre une lecture au premier, deuxième ou troisième degré ? On peut rire ou ne pas rire, le rire est de la liberté, et souvent on n’y peut rien : il n’y a rien de pire que de se forcer à rire.

D’où ce que Guillaume de Baskerville répond au moine Jorge de Burgos dans la scène finale : « le diable est la foi sans sourire (…). Je te hais Jorge, et si je pouvais je te mènerai en bas sur le plateau, nu avec des plumes de volatile enfilées dans le trou du cul, et la face peinte comme un jongleur et un bouffon, pour que tout le monastère rie de toi, et n’ait plus peur ».

Guillaume avait raison, rire des fanatiques est la meilleure manière de les montrer pour ce qu’ils sont, des bouffons. »

Cette chronique renvoie aussi vers un article qui évoque le sujet du rire et de la religion, dans le Nom de la Rose : <Problématique du rire dans Le Nom de la Rose d’Umberto Eco (1980)>

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