Lundi 27 novembre 2017

« La double vie des hippocampes »
Lionel Naccache, « L’hippocampe» 10ème émission de la série « Parlez-vous cerveau ? »

Le cerveau est le siège des fonctions cognitives.

De manière plus empirique, il est l’organe qui commande, qui raisonne et qui donne des ordres. C’est un organe d’une complexité inouïe qui nous permet de percevoir, découvrir et agir sur le monde qui nous entoure.

Quand nous disons « Je », le cerveau joue le rôle principal dans cette manifestation de l’identité.

Cet été, sur France Inter, à 8h52, pendant 4 minutes et 35 chroniques le neurologue Lionel Naccache, a raconté le cerveau dans une émission qu’il a appelé « Parlez-vous cerveau ? »

En quelques minutes, il racontait le fonctionnement d’un des rouages de notre cerveau.

Les premières émissions ont conduit à présenter les différents éléments du cerveau : Le neurone, la glie, les neurotransmetteurs, les récepteurs membranaires, la synapse, les réseaux de neurones, le cortex cérébral, les ganglions de la base, le lobe frontal, le corps calleux, le cortex visuel, l’aire de Broca etc.

Il a résumé ces premières émissions par cette formule brillante mais austère :

« Le neurone communique avec ses congénères au niveau des synapses sous l’œil bienveillant des cellules gliales et ce grâce à des neuros transmetteurs qui se fixent sur des récepteurs membranaires. »

Le journal La Croix avait présenté cette émission de la manière suivante :

« C’est une des pépites de l’été. Tous les matins, sur France Inter, le neurologue Lionel Naccache raconte en quelques minutes le fonctionnement d’un des rouages de notre cerveau. »

Vous trouverez l’ensemble de ces 35 émissions derrière ce lien.

Pour ma part j’en ai choisis 5 pour cette semaine de mots du jour, pour partager les informations qui m’ont le plus étonné ou même fasciné.

Parmi les différentes structures étudiées celle qui m’a le plus intrigué est l’hippocampe qui existe en deux exemplaires présents, de manière symétrique, dans chaque hémisphère.

Lionel Naccache commence sa chronique de la manière suivante :

« Lové dans les profondeurs de nos lobes temporaux siègent effectivement deux hippocampes. L’un à droite, l’autre à gauche. C’est à dire deux petites régions dont la forme épouse fidèlement celle d’un véritable hippocampe. Ces mignons petits poissons du cerveau sont en réalité de véritables palais de la mémoire. »

Puis il nous apprend que les hippocampes mènent une double vie.

« Tout commence en 1953, lorsque un jeune canadien épileptique subi une intervention chirurgicale, terriblement efficace, qui consista à lui enlever ses deux hippocampes. Intervention efficace car il n’a plus jamais fait de crise d’épilepsie jusqu’à son décès à l’âge de 82 ans. Mais intervention terrible aussi, car il lui a été impossible depuis lors de mémoriser le moindre nouveau épisode de son existence. Les hippocampes sont tout simplement indispensable à la création de nouveaux souvenirs conscients. »

Vous trouverez dans la revue <Pour la science> un article sur cette opération et les conséquences scientifiques qu’elle entraîna. On apprend aussi que ce patient a été opéré à l’âge de 27 ans.

La capacité d’assimiler de nouveaux souvenirs constitue la première vie des hippocampes.

« En 1971, le biologiste John O’Keefe découvre que chez le rat des neurones de l’hippocampe code la position que l’animal occupe dans l’espace. Il baptise ces neurones « les cellules de lieu ». Ces cellules de lieu existent aussi dans nos hippocampes humains où ils jouent une véritable fonction de GPS cérébral.

A chaque instant :

– Nous savons où nous nous trouvons ;
– Nous pouvons nous orienter ;
– Nous souvenir des lieux ;
– Les imaginer grâce à ce système de navigation.

Voilà pour la deuxième vie de nos hippocampes. »

Outil de la mémoire et GPS, Lionel Naccache montre que ces deux fonctions sont reliées.

« Mais cette double vie sert la même cause.
Il s’agit ici d’une découverte scientifique majeure. La mémoire des épisodes de notre vie et notre orientation spatiale reposent sur le même système cérébral.
Une illustration ?
Lorsque nous déambulons et vivons des scènes de notre vie quotidienne, les GPS de nos hippocampes codent nos trajectoires.
La nuit, lorsque nous sommes plongés dans les profondeurs du sommeil, nos GPS se rallument et se mettent à jouer, en accéléré, ces trajectoires de la journée. Des centaines de fois !
Conséquence, ce replay nocturne permet de consolider les souvenirs des épisodes que nous avons vécus au cours de cette journée.
La mémoire des lieux sous-tend ainsi la mémoire des scènes que nous avons vécu.»

 

Et ainsi Lionel Naccache en appelle aux grands anciens qui connaissaient ce lien sans connaître l’hippocampe et son utilité :

« Dès l’antiquité, Cicéron avait remarqué qu’une excellente méthode pour apprendre, par cœur, une longue tirade consiste à imaginer une promenade dans un lieu familier, une rue, une maison et à déposer chaque fragment du texte en question sur une étape de cette navigation mentale. C’est ce qu’on appelle « la méthode des lieux » encore appelé « méthode des palais de la mémoire »

Vous trouverez plusieurs articles sur internet concernant la méthode des lieux appelés aussi « La méthode des loci », Wikipedia confirme que plus récemment on l’a appelé « palais de la mémoire ». C’est une méthode mnémotechnique, ou « art de mémoire », pratiquée depuis l’Antiquité.

Le comité Nobel a, attribué son prix 2014 de physiologie et médecine à John O’Keefe associé à un couple de Norvégiens, May-Britt et Edvard Moser pour les récompenser pour leurs découvertes sur les «cellules qui constituent un système de géoposition dans le cerveau», une forme de GPS biologique et cellulaire embarqué dans une précieuse région du cerveau. C’est ce qu’expliquait le comité Nobel dans son souci de vulgariser ce que peut être l’apport des sciences fondamentales au service, proche ou lointain, de la médecine. Vous pourrez lire ces réflexions dans cet article du site <Slate.fr>

Vous trouverez l’émission de Lionel Naccache derrière ce lien : <L’hippocampe>

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Vendredi 24 Novembre 2017

« J’ai tellement besoin de ma mère, mais comment faire pour lui parler ? »
Barbara,Dans ses mémoires posthumes, se remémorant son enfance trahie et violée par son père incestueux

Nous sommes le 24 novembre. Il y a 20 ans mourait la dame en noir, Barbara.

Immense artiste, poétesse, musicienne, la beauté de ses mélodies, la profondeur de ses textes, l’émotion de sa voix, tout est à souligner.

Elle était aussi sensibilité et dévouement. Le professeur Pierre-Marie Girard est chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine à Paris. Il raconte l’action de Barbara pour les malades du sida. Il était alors jeune médecin qui, à Bichat, commence à soigner les malades du sida. Pendant dix ans, il fut celui qui permit à Barbara de les rencontrer et de les aider. Il raconte :

« C’est en 1988, au cours d’un dîner […] que j’ai fait connaissance de Barbara. […] Elle a exprimé son souhait de s’engager contre le sida. Je suis devenu son sésame pour qu’elle rencontre des patients à l’hôpital Bichat où je travaillais alors. Elle voulait donner de son temps. […]

Barbara était un être hypersensible […] Elle était profondément émue des visites à l’hôpital. Ces rencontres l’affectaient beaucoup. Ces visites ont duré près de 3 ans : pendant la période la plus terrible du sida. Les grandes avancées remontent à avril 1996, quand les premières tri-thérapies ont transformé la vie des patients. […] Elle donnait son numéro de téléphone aux patients qui pouvaient l’appeler à n’importe quelle heure. »
Hors-Série Barbara page 85

« La nuit Barbara ne mentait pas. Elle décrochait son téléphone dans sa maison silencieuse de Précy et elle écoutait les malades du sida. Ils lui disaient leur solitude, leur douleur, leur peur. Elle tremblait de ne savoir que leur répondre, mais n’en laissait rien paraître, câlinant l’un, morigénant l’autre, toujours attentive. Cela a duré presque dix ans. Le docteur Pierre-Marie Girard […] a attendu 20 ans avant de nous raconter cette expérience qui le bouleversa. »
Hors-Série Barbara page 77

Elle a créé la chanson « Sid’amour à mort » sur la scène du Chatelet en 1987. Elle dira : « ça c’est une chanson que j’aurais vraiment aimé ne pas avoir écrite ».

Dans une interview à Libération du 28 novembre 1988 qui parle de cet engagement, elle répond :

« Bizarrement, on ne relève de mes chansons que la mort. Le morbide est quelquefois dans les autres, mais moi je parle complètement de la vie, parce que je parle de l’amour. […]. C’est justement parce que j’aime la vie que je peux parler de la mort et d’une telle maladie. J’ai chanté beaucoup de chansons d’amour. Or, cette maladie est arrivée là précisément par l’amour. Par le sang et par le sperme. Il n’y avait pas plus grave. »

Elle dit « Je parle complètement de la vie, parce que je parle de l’amour ».

J’avais écrit un mot du jour : « L’homme médiocre parle des personnes, l’homme moyen parle des faits, l’homme de culture parle des idées ».

Barbara me rappelle que j’ai oublié le plus l’important : « L’homme de cœur et en l’occurrence la femme de cœur parle de la vie et de l’amour. »

Tant de belles chansons ont jalonné sa vie.

Après le triomphe remporté à Bobino en 1965, émue par l’accueil du public, elle compose pour le remercier « Ma plus belle histoire d’amour ».

En août 1965, alors qu’elle donne un concert à Chalons sur Marne, Barbara apprend la mort de Liliane Benelli, sa pianiste à L’Ecluse dans un accident de voiture au côté de son fiancé Serge Lama qui est gravement blessé. Dans la nuit elle lui écrit en hommage une chanson : « Une petite cantate »

En 1961, l’histoire d’amour entre Barbara et Hubert Ballay, diplomate mais aussi agent secret s’achève, après un dernier séjour orageux à Abidjan dans l’avion de retour elle écrit les premiers vers de « Dis quand reviendras-tu ? »

En juillet 1964, elle était invitée par des étudiants d’une petite ville universitaire de Göttingen. Il y avait grève des déménageurs, alors les étudiants lui ont apporté son piano sur leurs épaules. Elle leur compose le jour même une chanson pour les remercier. C’est une incroyable chanson de pardon et de réconciliation écrite par une jeune juive, 20 ans après la fin de la seconde guerre mondiale : « Göttingen ». En janvier 2003, le chancelier Schröder en lira un extrait lors du 47ème anniversaire du Traité d’amitié franco-allemand.

Et puis en 1970, elle écrit et chante l’ « aigle noir »

Chanson mystérieuse et merveilleusement belle

Un beau jour,
Ou peut-être une nuit
Près d’un lac, je m’étais endormie
Quand soudain, semblant crever le ciel
Et venant de nulle part,
Surgit un aigle noir.
[…]
De son bec, il a touché ma joue.
Dans ma main, il a glissé son cou.
C’est alors que je l’ai reconnu :
[…]
L’aigle noir, dans un bruissement d’ailes
Prit son vol pour regagner le ciel.
Quatre plumes, couleur de la nuit,
Une larme, ou peut-être un rubis.
J’avais froid, il ne me restait rien.
L’oiseau m’avait laissée
Seule avec mon chagrin.

Certains avaient cru que Barbara parlait de la menace nazi qu’elle avait connu quand jeune juive, elle était pourchassée par les allemands dont l’emblème était un aigle.

Mais ce n’était pas cela.

Et pourtant en 1967, Barbara revient à Saint Marcellin, le village où sa famille s’était cachée de juillet 1943 à octobre 1945. Elle en tire une chanson « Mon enfance » qui se termine par ces vers :

« et je reste seule avec ma détresse,
hélas.
Pourquoi suis-je donc revenue
et seule au détour de ces rues
j’ai froid, j’ai peur, le soir se penche.
Pourquoi suis-je venue ici,
où mon passé me crucifie,
où dort à jamais mon enfance ? »

Elle a même écrit en 1972 « Amours incestueuses » qui raconte une histoire d’amour entre une dame mûre et un jeune homme. Renversement du crime qu’elle a vécu et qu’on a pu lire dans ses mémoires posthumes qui paraissent en 1998 :

« J’ai de plus en plus peur de mon père. Il le sent. Il le sait. J’ai tellement besoin de ma mère, mais comment faire pour lui parler ?
Et que lui dire ? Que je trouve le comportement de mon père bizarre ? Je me tais.

Un soir, à Tarbes, mon univers bascule dans l’horreur. J’ai dix ans et demi.
Les enfants se taisent parce qu’on refuse de les croire.
Parce qu’on les soupçonne d’affabuler.
Parce qu’ils ont honte et qu’ils se sentent coupables.
Parce qu’ils ont peur.
Parce qu’ils croient qu’ils sont les seuls au monde avec leur terrible secret.

De ces humiliations infligées à l’enfance, de ces hautes turbulences, de ces descentes au fond du fond, j’ai toujours ressurgi.
Sûr, il m’a fallu un sacré goût de vivre, une sacrée envie d’être heureuse, une sacrée volonté d’atteindre le plaisir dans les bras d’un homme, pour me sentir un jour purifiée de tout, longtemps après.
J’écris cela avec des larmes qui me viennent.
C’est quoi, ces larmes ?
Qu’importe, on continue !»
Il était un piano noir… Mémoires interrompus, Fayard, 1998.

Dans ce texte, elle raconte simplement le désarroi de l’enfant victime de ce qu’il ne comprend pas mais dont il sent que c’est mal. Comment le dire à ma mère ?

Les enfants se taisent parce qu’on les soupçonne d’affabuler, qu’ils se sentent coupables…

Et tout devenait clair : l’aigle noir est l’histoire d’un inceste que Barbara raconte pour mieux se libérer.

Tous les enfants n’ont pas cette possibilité qu’évoque Barbara dans ses mémoires : « Tu peux dormir tranquille, je m’en suis sortie puisque je chante. »

Depardieu, son ami, a répondu à une interview de Telerama le 4 février 2017 :

« L’inceste a glissé sur elle dès qu’elle a commencé à chanter. Elle s’en est échappée. (…) Barbara était non seulement très joyeuse, mais elle avait en elle une force de vie formidable. Elle savait écouter, recevoir le malheur des gens, et ne se lamentait jamais sur son propre vécu. Avec Nantes, elle montre qu’elle a pardonné ».

Et en effet il y a <Nantes>. Le 21 décembre 1959 ; un coup de téléphone apprend à Barbara que son père Jacques disparu depuis plusieurs années est en train de mourir à Nantes. Elle arrive trop tard et va en tirer une chanson bouleversante qu’elle mettra plusieurs années à achever.

Boris Cyrulnik y voit comme un exemple extraordinairement abouti de résilience dans la poésie.

Barbara fut une immense artiste et poète et une très grande Dame

<Jacques Higelin qui était aussi son ami a dit : j’adore cette femme>. Il n’est pas le seul.

* J’ai pu donner toutes les précisions sur les chansons citées grâce au Hors-série le Monde la vie « Barbara une femme qui chante », numéro d’octobre novembre 2017

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Jeudi 23 novembre 2017

« Une consommation quotidienne de [chocolat] [entraîne] 40% de risques en moins de présenter des valeurs anormales des enzymes hépatiques »
Pr Philippe Sogni (hépatologue à l’hôpital Cochin) et Patrizia Carrieri, épidémiologiste à l’Inserm UMR 912 (Marseille)

La revue de presse de France Inter du lundi 20 novembre a attiré mon attention sur une interview que le Figaro a réalisée de Lloyd Bankfein le PDG de la banque Goldman Sachs.

J’ai donc acheté Le Figaro de ce lundi pour pouvoir lire les propos de celui qui dirige « La banque » <selon le titre du livre de Marc Roche>

Mais mon attention a alors été attirée par un autre sujet publié dans le même journal et ce sujet concerne le chocolat.

Chaque français consomme, en moyenne, 6,7 kg de chocolat par an.

J’ai été un peu déçu, d’apprendre que nous ne sommes que 7ème en Europe derrière l’Allemagne (où la consommation est double), le Royaume-Uni, l’Autriche, le Danemark, la Belgique et la Finlande.

Mais les Français adultes consomment plus de chocolat noir que leurs voisins – 30%, contre 5% seulement en Allemagne.

Et là nous avons raison.

Car le chocolat est hépato protecteur, à condition d’être bien noir. « Hépato protecteur » qualifie un médicament qui protège le foie.

Le Professeur Philippe Sogni (hépatologue à l’hôpital Cochin) et Patrizia Carrieri, épidémiologiste à l’Inserm UMR 912 (Marseille) sont les coauteurs d’une vaste étude sur le chocolat.

Ils disent notamment :

« Le cacao, grâce à sa richesse en antioxydants, est un véritable protecteur du foie. Cela avait déjà été démontré chez des personnes en bonne santé. Cela vient d’être testé chez des personnes dont le foie est malade en raison d’une infection virale. Les personnes touchées par le VIH ou par le virus de l’hépatite C présentent une inflammation et un vieillissement plus précoce de leur foie. Cette mauvaise fonctionnalité hépatique est susceptible d’évoluer vers la cirrhose et le cancer du foie. L’objectif de notre recherche a donc été d’étudier l’effet de la consommation de cacao sur la fonctionnalité du foie chez ces personnes. En effet, les antioxydants nous permettent de lutter contre l’inflammation de l’organisme qui est associée au vieillissement et à un mauvais fonctionnement de certains organes, dont le foie. Notre étude, basée sur les données cliniques et comportementales de 990 patients […] a permis de mettre en évidence que ceux qui avaient une consommation quotidienne de cacao (à travers le chocolat) avaient 40% de risques en moins de présenter des valeurs anormales des enzymes hépatiques (reflet de la santé du foie), ce qui n’est pas négligeable. »

Et ce n’est pas que bon pour le foie car les centaines de molécules contenues dans les fèves de cacao sont utiles aussi pour le sang, mais aussi le cœur et le cerveau.

Le cacao est riche en antioxydants utiles à la lutte contre le vieillissement des cellules et l’inflammation. La teneur en cacao d’un chocolat est donc essentielle. Or le chocolat au lait n’en contient pas suffisamment – les antioxydants y sont à l’état de traces – et le chocolat blanc en est dépourvu car il est à base de beurre de cacao et non de cacao.

La capacité antioxydante du cacao serait quatre à cinq fois plus élevée que celle du thé noir, deux à trois fois plus importante que celle du thé vert.

La fameuse « crise de foie » attribuée à tort au chocolat s’explique en réalité par les graisses qui sont présentes en plus grande quantité dans les chocolats au lait et les chocolats blancs. En cas d’abus, ce sont elles qui ralentissent la vidange de l’estomac et entraînent des nausées et des vomissements. Ce sont encore elles qui stimulent la vésicule biliaire et provoquent des douleurs abdominales.

Alors comme toujours, il ne faut jamais abuser, car même le chocolat noir apporte des calories. C’est pourquoi l’article conseille trente ou quarante grammes de chocolat noir (70% et plus) par jour – soit trois ou quatre carreaux par jour – qui pourraient permettre d’obtenir un effet hépato protecteur sans trop peser sur les calories.

J’ai privilégié le chocolat à la « Banque », il faut savoir gérer ses priorités.

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Mercredi 22 novembre 2017

«Douter de tout ou tout croire,
ce sont deux solutions également commodes
qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir.»
Henri Poincaré

Henri Poincaré est un grand mathématicien français et universel, né le 29 avril 1854 à Nancy et mort le .

Il est un précurseur majeur de la théorie de la relativité restreinte et donc un précurseur d’Einstein.

Cedric Villani, le mathématicien qui est devenu député «en Marche» le cite souvent et il cite cette phrase <Ici>

Il me semble que c’est une phrase pleine de sens qui suffit à elle-même

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Mardi 21 novembre 2017

« La part d’ange en nous. Histoire de la violence et de son déclin »
Steven Pinker

Ce n’est pas la première fois que je m’intéresse à des scientifiques ou des études qui montrent que monde va dans le bon sens dans beaucoup de domaines.

Ainsi dans le mot du jour du 7 mars 2017 qui se situe dans la série consacrée à Michel Serres, ce dernier écrivait : « Le premier âge est plus long qu’on ne le croit ; Le deuxième pire qu’on ne le pense ; Le dernier meilleur qu’on ne le dit. », Michel Serres, « darwin, Bonaparte et le samaritain »

Plus explicite encore, le mot du jour du 19 décembre 2016 où j’évoquais un livre de Johan Norberg «Ten Reasons to Look Forward to the Future Progrès : dix raisons de se réjouir de l’avenir».

Cette fois il s’agit de l’évolution de la violence dans l’Histoire de l’humanité.

Steve Pinker, d’origine canadienne, est professeur de psychologie cognitiviste à l’université Harvard et vient de publier un livre : « la Part d’ange en nous » (Les Arènes)qui a pour sous-titre : « Histoire de la violence et de son déclin »

C’est un livre de 1000 pages qui nous apprend que la violence ne fait que régresser depuis les premiers temps de l’humanité, qu’il s’agisse de la violence guerrière ou de la criminalité.

Laurent Joffrin l’a interviewé dans <Libération du 17 novembre 2017>.

Mais avant d’en venir à cet entretien, je vous conseille de regarder une TED Conférence que cet auteur a tenu où il tente de démonter le <le mythe de la violence>

C’est une conférence de 2007, ses références sont le Darfour et l’Irak, aujourd’hui on parlerait des Rohingyas
ou des syriens
mais il dirait la même chose même si cela semble illogique voire obscène quand on pense à ces massacres d’aujourd’hui, nous vivons dans l’époque la plus paisible depuis que notre espèce existe.

Et comme premier exemple pour s’en convaincre, il en appelle au livre saint de notre civilisation, « la Bible » qui devrait nous enseigner l’amour, la paix et qui est a priori la source de nos valeurs morales.

Et il cite le livre des Nombres au chapitre 31 Nombres 31

« Moïse leur dit: Avez-vous laissé la vie à toutes les femmes? Voici, ce sont elles qui, sur la parole de Balaam, ont entraîné les enfants d’Israël à l’infidélité envers l’Eternel, dans l’affaire de Peor; et alors éclata la plaie dans l’assemblée de l’Eternel. Maintenant, tuez tout mâle parmi les petits enfants, et tuez toute femme qui a connu un homme en couchant avec lui; 18mais laissez en vie pour vous toutes les filles qui n’ont point connu la couche d’un homme. »

Si le texte biblique n’est pas assez clair, Moïse dit simplement à ses hommes qui ont déjà tué tous les hommes parmi la troupe ennemie, de tuer tous les enfants mâles même les plus petits et de tuer toutes les femmes et filles non vierges et de violer les autres.

En dehors de la description probablement réaliste de la manière dont se passait la guerre au temps de Moïse, Steven Pinker cite une étude qui conclut que dans les pays occidentaux lorsque le taux d’homicide par an était de 100 morts pour 100 000 habitants au moyen âge, il est désormais à moins d’un mort pour 100 000. Il y a eu baisse de deux ordres de grandeurs entre le moyen-âge et notre période concernant le taux d’homicide.

Selon Pinker, le point de bascule est situé au début du 16ème siècle, donc à l’entrée dans la renaissance..

De la même manière si on se place sur les dernières décennies depuis 1950, la diminution des guerres inter étatiques et des guerres civiles est très importantes.

Alors il pose cette question : pourquoi l’impression est contraire ?

Il donne 4 raisons :

  • Parce que nous avons d’excellents journalistes et des moyens d’information qui nous renseignent de mieux en mieux.
  • Il y a aussi une illusion cognitive que connaissent les psychologues cognitif comme moi : Plus on est en capacité de se rappeler de quelque chose plus on lui attribue une probabilité forte.
  • Des titres alarmants accompagnés de photos montrant des situations affreuses marquent bien davantage notre esprit que les statistiques qui donnent le nombre de gens morts de vieillesse dans leur lit.
  • Il y a aussi une dynamique du marché : Personne n’a jamais attiré d’observateurs de défenseurs de donateurs en disant les choses vont de mieux en mieux..

On compare à nos standards du moment. Nous sommes scandalisés à juste titre qu’on mette à mort quelques individus par injection létale au bout de 15 ans de procédures. Il y a quelques centaines d’année on envoyait au bucher massivement après un procès de 10 minutes parce que ces individus avaient critiqué le roi.

Dans l’article de Libération il évoque le terrorisme qui est la forme de violence la plus spectaculaire et souvent la plus redoutée aujourd’hui. . Cette réalité vient-elle contredire votre diagnostic ?

Mais cette réalité ne contredit pas son diagnostic :

« Le terrorisme est un phénomène terrible. Mais son importance statistique est minime. Cela correspond d’ailleurs à sa définition : ce sont des actes peu nombreux destinés à produire un effet psychologique massif. Les terroristes visent avant tout à manipuler les médias pour attirer l’attention sur une cause particulière. Statistiquement, le terrorisme d’aujourd’hui est infiniment moins dangereux que la jalousie des maris qui assassinent leurs femmes, ou le mauvais fonctionnement de certains appareils ménagers qui causent des accidents domestiques. J’ajoute qu’en Europe, le terrorisme jihadiste, qu’on appelle parfois «hyperterrorisme», cause moins de victimes que les terrorismes des années 70, ceux de l’IRA, d’ETA ou des «années de plomb» en Italie. En fait, son effet psychologique est important parce que la population estime aujourd’hui que le seul niveau acceptable de violence politique se situe aux alentours de zéro, alors qu’on se résignait dans le passé à des niveaux très supérieurs. »

Il reconnait cependant que la sensibilité à la violence a augmenté alors que le nombre d’actes violents diminue :

« Parce que notre système de valeurs évolue. Nous accordons aujourd’hui à la vie humaine un prix très supérieur à celui du passé. C’est peut-être aussi parce que le nombre des accidents et des morts par maladie diminue lui aussi sans cesse. On meurt moins que par le passé de noyade, de chute inopinée, d’accident de voiture, d’incendies ou de maladie. Le monde est de plus en plus sûr, c’est un phénomène fondamental. Sauf bien sûr dans certains pays comme l’Irak ou la Syrie. Mais partout ailleurs, la sécurité de la vie quotidienne ne cesse de progresser. »

Maintenant nous pouvons continuer à critiquer le temps présent et trouver qu’il y a toujours trop de violences et de massacres, mais en reconnaissant que nous avons beaucoup progressé.

Je vous renvoie vers l’entretien de <Libération du 17 novembre 2017>.

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Lundi 20 novembre 2017

«La théorie des 3D : Désastres, Découvertes, Décence.»
Hans Joachim Schellnhuber

Hans Joachim Schellnhuber est un physicien allemand, climatologue et fondateur de l’institut de Potsdam de Recherche sur le climat.

Il fut un des premiers scientifiques à avertir sur le danger du réchauffement climatique, il est connu comme père du concept de la limite de 2°C

Il était bien sûr à Bonn, à la COP23, la 23e conférence des Nations Unies sur les changements climatiques qui a été organisée conjointement par les iles Fidji et l’Allemagne du 6 novembre au 17 novembre. Il était déjà à la COP1 à Berlin en 1995

Après les espoirs de la COP 21 d’il y a deux ans à Paris, il y eut entretemps une COP 22 à Marrakech, les nouvelles ne sont pas bonnes.

Il y a bien sûr l’attitude irresponsable du Président des Etats-Unis mais aussi une nouvelle hausse de la production mondiale de CO2.

La situation est telle que 15 000 scientifiques de 184 pays ont signé un appel contre la dégradation de l’environnement qui a été publié dans la revue Bio Science de l’Université d’Oxford, le lundi 13 novembre. Vous trouverez une version française <ICI>. Cet appel rappelle qu’il y eut un premier appel il y a 25 ans. Il y a 25 ans, il n’était que 1500 scientifiques indépendants, dont la majorité des lauréats du prix Nobel dans les sciences qui avaient écrit l’avertissement des scientifiques du monde à l’humanité de 1992.

Ce nouveau texte base son analyse sur les évolutions de 9 indicateurs mondiaux, dont l’évolution est suivie depuis 1960 jusqu’à 2016.

Le site France Culture consacre une page « Alerte de 15 000 scientifiques » qui donne la liste des 9 indicateurs et renvoie vers plusieurs émissions consacrées à ces différents sujets.

Voici ces 9 indicateurs

1/ L’ozone stratosphérique : le seul indicateur au vert, grâce au protocole de Montréal (1987)

Ce qui prouve que si les humains agissent, ils ont la capacité de faire évoluer les choses

2/ L’eau douce : des ressources par habitant divisées de moitié par rapport à 1960

3/ La pêche : les limites d’une pêche soutenable sont dépassées depuis 1992

4/ Les zones mortes maritimes : plus de 600 en 2010. Les zones mortes maritimes, déficitaires en oxygène, voient la vie sous-marine asphyxiée (poissons, coraux…), dans des zones de plus en plus importantes, en taille et en nombre. Elles sont principalement dues au lessivage des engrais agricoles.

5/ La déforestation : une superficie de forêts de la taille de l’Afrique du Sud perdue entre 1990 et 2015

6/ Les espèces vertébrées : diminution de 58% entre 1970 et 2012

7/ Les émissions de CO2 : après une courte stabilisation depuis 2014, une nouvelle hausse

8/ La hausse des températures : les 10 années les plus chaudes depuis 136 ans ont eu lieu depuis 1998, c’est-à-dire au cours des 20 dernières années.

9/ La population : les humains pourraient être 11 milliards en 2100

Ces scientifiques qui plaident notamment pour la promotion de nouvelles technologies vertes et l’adoption massive des sources d’énergie renouvelables, considèrent aussi qu’il faut réviser notre économie pour réduire les inégalités et veiller à ce que les prix, la fiscalité et les systèmes incitatifs tiennent compte des coûts réels que les modes de consommation imposent à notre environnement.

Ils ont aussi cette proposition qui heurte un grand nombre de politiques et d’économistes qui dénoncent un retour aux théories de Malthus :

« Estimer une taille de population humaine scientifiquement défendable et durable à long terme tout en rassemblant les nations et les dirigeants pour soutenir cet objectif vital. »

La conclusion des scientifiques est préoccupante :

« Pour éviter une misère généralisée et une perte de biodiversité catastrophique, l’humanité doit adopter des pratiques alternatives plus durables sur le plan environnemental que les modalités actuelles. Cette prescription a été bien formulée par les plus grands scientifiques du monde il y a 25 ans, mais, à bien des égards, nous n’avons pas tenu compte de leur avertissement. Bientôt, il sera trop tard pour dévier de notre trajectoire défaillante, et le temps s’épuise. Nous devons reconnaître, dans notre vie quotidienne et dans nos institutions gouvernementales, que la Terre avec toute sa vie est notre seul foyer. »

C’est dans ce contexte que s’exprime Hans Joachim Schellnhuber :

« Le temps ne joue pas en notre faveur […]

Parfois je désespère. Vous vous levez le matin et vous vous sentez vraiment déprimé. Puis vous ouvrez votre ordinateur, vous regardez les nouvelles, et vous trouvez quelque chose qui vous redonne de l’espoir. Tant qu’il y a de l’espoir, il est de notre responsabilité d’expliquer encore et encore.
[…]
Mon moment […] a été quand j’ai réalisé que la machinerie planétaire – moussons, circulation océanique, écosystèmes… – ne fonctionnait pas de manière linéaire: vous avez de nombreux points de non-retour.
Prenez l’Antarctique, Si la barrière de glace est détruite, la glace arrive dans la mer. C’est comme déboucher une bouteille. En Antarctique il y a probablement une trentaine de ces « bouteilles », et on est en train de les déboucher les unes après les autres ».

Pourra-t-on tenir les 2°C quand les émissions de gaz à effet de serre continuent à croître?
Bien que le défi soit énorme, je pense que oui, si nous faisons tout notre possible. (Une étude récente) montre qu’on peut réduire un tiers des émissions en gérant mieux forêts et agriculture »

Il reste pourtant dans l’optimisme de la volonté car pour lui, le monde finira par agir plus fortement contre le réchauffement.

« « C’est ma théorie du « 3D »: désastres, découvertes, décence. Les gens auront peur, car des désastres naturels vont se profiler. Et il y aura des découvertes, comme aujourd’hui la révolution photovoltaïque, et d’autres, comme le bois « high tech » pour remplacer le ciment », très émetteur. Enfin, la décence, l’instinct humain élémentaire: nous ne voulons pas la fin des îles Marshall, nous ne voulons pas tuer nos descendants !  »

Après la Seconde guerre mondiale, « nous avons choisi le mauvais modèle pour une vie heureuse : confort, consommation… Mais ce mode de vie ne nous rend pas plus heureux […]

Mon espoir est que la jeunesse a envie de casser ce modèle. Mon fils a 9 ans. Je suis sûr qu’à 15 ans il ne priera pas le Dieu de la croissance du PIB ! Je pense que nous pouvons espérer que les prochaines générations, pour qui nous essayons de préserver le climat, contribueront elles aussi à le sauver ».

Il est facile de critiquer les politiques, mais il serait plus juste probablement de parler de l’impuissance des Etats à agir tant sont nombreux les contraintes et les désirs contradictoires des concitoyens des gouvernants.

« L’esprit Public » de France Culture de ce dimanche a abordé ce sujet dans la deuxième partie de l’émission.

J’ai trouvé très pertinente une intervention de François-Xavier Bellamy que j’essaie de résumer :

« Nous sommes devant un problème de nos démocraties qui sont structurellement constituées pour répondre aux besoins des citoyens dans un temps court.
Dans le temps d’un mandat et dans un espace limité par des frontières.
La question que pose l’écologie est : comment nous pouvons ajuster nos politiques à un défi qui ne se limite pas à des frontières et qui par ailleurs engage le temps long et même le temps très long ?
Il n’est pas juste d’invoquer le poids des conservatismes, nous ne sommes pas assez conservateur à cause de ce culte de la vitesse [qu’impose notre société].

Nous avons construit notre économie sur l’idée du progrès, sur l’idée de l’accélération, sur l’idée du mouvement.
Nous ne cessons de remplacer en permanence les produits de consommation que nous achetons et auquel nous substituons des versions nouvelles.
Notre économie de la croissance et de l’invention est une économie du remplacement permanent.
C’est une anti économie. C’est une économie qui s’est retournée contre elle-même. L’économie, au sens le plus classique consiste à économiser.
Or, on ne peut plus rien économiser aujourd’hui.
Si vous acheter un smartphone et que vous décidez pour l’économiser de ne pas en faire trop d’usage, vous le ranger et vous ne vous en servez pas. Même si vous n’en faites rien, deux ans plus tard il ne vaudra plus rien.
C’est à dire sa valeur marchande s’est effondrée.

Contrairement à un tableau peint il y a plus de 500 ans par léonard de Vinci et qui a battu le record de vente des œuvres d’art.

En réalité, ce culte du progrès nous appauvrit terriblement.
Puisqu’il fait faner, dans nos mains, tout ce que nous avons construit et que nous avons acheté.
L’économie de la consommation est en réalité une économie de la destruction.
Littéralement, puisque consommer c’est détruire. Une économie qui mesure son taux de croissance à l’intensité de la destruction des biens qu’elle produit ne peut pas aboutir à autre chose qu’à la crise économique que nous connaissons aujourd’hui. »

Et il donne ce conseil :

« Pour être capable de transmettre à nos descendants un monde qui reste vivable, nous ferions bien de devenir un peu plus conservateur. »

Il faut s’entendre sur le mot conservateur. Mais je crois qu’il a raison au fond.

Nous devons aussi compter sur les découvertes qu’évoque Hans Joachim Schellnhuber pour garder l’espoir, sans penser que celles-ci pourront nous permettre d’éviter de remettre en question notre modèle consumériste.

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Vendredi 17 novembre 2017

« C’est l’époque qui veut ça. »
Réflexion d’une journaliste à Nicolas Bedos qui après lui avoir demandé à tous prix le nom d’un homme ayant dérapé avec une femme, a réagi à l’étonnement de ce dernier devant cette insistance.

Depuis l’affaire Weinstein la parole des femmes s’est libérée.

J’en suis, pour ma part, très satisfait.

La violence faite aux femmes reste immense, de petites violences comme des grandes. Et beaucoup d’hommes ne comprennent même pas certaines de ces violences, dans leur esprit il s’agit souvent d’humour ou de légèreté.

Mais je crois que comme dans toute chose, il peut exister des dérapages.

Souvent je ne suis pas très convaincu par le fils Bedos.

Mais pour une fois, j’ai trouvé un article qu’il a publié sur le <Huffington Post> plein d’intelligence et de mesure.

Je vous en donne les principaux éléments :

« Il se trouve qu’avant-hier, je reçois sur Facebook le message d’une journaliste que je connais un peu et qui, par ailleurs, a toute ma sympathie. Elle travaille pour le site d’un célèbre magazine et me demande, sans sourciller, si je n’aurais pas « en magasin quelques infos croustillantes concernant des agressions sexuelles commises dans le milieu du showbiz ». C’est la troisième journaliste à me poser cette question. Je lui réponds que « non, des types lourds, il y en a, oui, des producteurs un peu foireux obligés –croient-ils- de faire miroiter des rôles pour draguer les nanas, oui, à la pelle, sans doute, mais des agressions, des tentatives de viols, que je sache, non, pardon, je suis vraiment navré de ne pouvoir vous rendre service! ». Elle insiste, « Même pas un dérapage? Oh vous avez bien quelques noms… ». Par curiosité, je lui demande ce qu’elle range dans la case « dérapage ». « Je ne sais pas, m’explique-t-elle, vous avez plein de copines actrices, y en a bien une qu’un type connu aurait chauffée de façon insistante, ça va du pelotage de nichons à la grosse main au cul, des gestes déplacés, en boîte, quand vous sortez, des types qui proposent des partouzes… ». Et elle de conclure, comme s’il s’agissait d’un échange d’autocollants dans une cour de récré: « Votre nom ne sera pas cité et je vous revaudrai ça… Réfléchissez, je vous en supplie, un seul nom me suffira ».

Je dois avouer qu’à ce moment-là, j’ai été pris d’un petit vertige, mêlant colère et inquiétude face au monde qu’elle dessinait.

Après cette sollicitation qui le choque, il écrit à la personne qui lui demande un nom

« Chère X, à quoi jouez-vous exactement? S’agit-il pour vous d’un jeu? D’une chasse? Quel est le but? Libérer la parole des victimes d’agressions ou trafiquer du clic pour vos médias malades? Est-ce chipoter sur les vertus d’une parole libérée que de déplorer cette façon de tout mélanger avec une gourmandise obscène, prenant le risque de discréditer un combat salutaire et d’offenser les vraies victimes? Dans le même sac d’indignité: les agressions, les tentatives de viol et les dragues de lourdingues? Confondus: les traquenards de pervers et les soirées libertines, les prédateurs et les machistes? Sommes-nous prêts à salir l’honneur de gens dont le seul tort serait d’être pathétique? Va-t-on judiciariser la nullité et la connerie? Dans votre boîte à « porcs » célèbres, sautant à pieds joints sur le traumatisme des victimes, pourquoi n’iriez-vous pas jusqu’à dénoncer les infidèles notoires (l’infidélité n’est-elle pas ressentie par la personne trompée comme un profond traumatisme)? Et, partant de là, non contents de nourrir une guerre des sexes apparemment fort lucrative, que fait-on des drogués, des acteurs tyranniques et des metteurs en scènes obsessionnels, ceux-là qui vexent leurs équipes, leurs assistants, leurs proches (et –qui sait- leur conjoint)? Et les radins, chère X? C’est minable d’être radin, non? Voulez-vous que je vous dresse la liste de celles et ceux qui se font gifler pour lâcher trois euros alors qu’ils gagnent un max?

Pardonnez ma colère mais je ne supporte plus cette curée moyenâgeuse qui, sous prétexte d’un monde plus sain -plus juste, plus respectueux, plus égalitaire, bref, meilleur- nous monte les uns contre les autres et nous transforme, sinon en gibier, du moins en braconnier de son voisin ».

La journaliste lui répond :

« Après deux heures de silence, elle a fini par me répondre: « En gros, je suis d’accord avec vous. Mais c’est un cycle. C’est l’époque qui veut ça. »

Et Nicolas Bedos de livrer une analyse que je partage :

« Pour les milliers de pisse-froid qui m’intenteraient ce procès, je m’empresse de rappeler que j’applaudis à quatorze mains toutes celles dont la parole libérée a permis de libérer celles de nombreuses victimes anonymes, décourageant peut-être l’assaillant qui sommeille dans la caboche pervertie de petits et grand patrons tapis dans leur bureau. Ces femmes, je les soutiens avec d’autant plus de vigueur que certaines sont des amies et que je sais les supplices qu’elles ont pu endurer. Ni l’argent ni le pouvoir ne permet d’abuser du corps de quiconque sur cette terre. Un monde libre, c’est un monde où les femmes sauront que les hommes sauront qu’en tentant d’abuser d’elles ils seront punis. Un monde libre, c’est ce monde où les femmes devraient pouvoir refuser n’importe quelle proposition graveleuse sans que leur carrière professionnelle puisse en être affectée. C’est un monde où ma petite sœur, mes amies, ma fiancée et toutes les autres pourront se balader dans la tenue de leur choix sans qu’un connard s’arroge le droit de leur parler, de les regarder ou de les toucher comme si elles méritaient d’être traitées comme des jouets.

Un monde libre, c’est AUSSI un monde où on aurait le droit d’exprimer publiquement ses craintes quant aux dérives liberticides que semblent autoriser les combats de société. Il n’y a pas qu’un seul discours, jamais. Ceux qui le prétendent sont des tyrans[…]

Un monde libre, c’est d’abord un monde où un adulte ne cherche pas à se taper un adolescent, certes (quel taré dirait le contraire?), mais c’est aussi un monde où on ne condamne pas les gens sans enquête, sans procès, sur des déclarations balancées par un type vingt ans plus tard sur internet. […] »

Il existe des excès dans tous les domaines, il existe même des excès quand les causes sont justes.

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Jeudi 16 novembre 2017

« Par rapport à l’intelligence artificielle : il y a les substituts qui seront remplacés et qui seront soit au chômage soit dans un emploi aidéet les complémentaires de l’intelligence artificielle qui seront très bien rémunérés »
Laurent Alexandre

Laurent Alexandre, est un chirurgien-urologue français. Il a créé le site de vulgarisation médicale très sérieux que toutes les personnes qui s’intéressent à leur santé connaissent : doctissimo

Il a aussi écrit un livre au titre très explicite : <La mort de la mort>

Il est très intéressé par l’intelligence artificielle et il a été invité par le Sénat le 19/01/2017 pour parler de l’impact de l’Intelligence Artificielle sur la société et l’économie française.

Vous pourrez écouter cette intervention qui me parait essentiel derrière ce lien : <Impact de l’Intelligence Artificielle sur l’économie>

Il a probablement une haute opinion de lui-même et s’exprime de manière un peu péremptoire. Son analyse me parait cependant très argumenté et notamment poser les bonnes questions.

Je vais essayer de résumer le propos à ma manière et avec mon intelligence humaine.

D’abord un sujet de définition : on distingue l’intelligence artificielle forte et l’intelligence artificielle (que je nommerai IA dans la suite de cette article) faible.

L’IA forte serait une intelligence qui comme homo sapiens aurait conscience de son intelligence, ou dit autrement de son existence. Elle saurait dire « JE » et saurait que ce « JE », c’est elle.

Cette forme d’IA entraîne tous les fantasmes, puisque si un tel sujet apparaissait, il y aurait concurrence entre deux intelligences conscientes qui pourraient entrer en compétition et entraîner à terme un assujettissement de l’une à l’autre, voire une destruction de l’autre. Dans cette hypothèse dans la mesure où l’intelligence artificielle serait arrivée à la hauteur de la conscience humaine, il est raisonnable de prévoir qu’elle nous dépassera. Cette hypothèse conduit donc à un assujettissement d’homo sapiens à cette entité créée par l’homme. En résumé dans un film de science-fiction, les robots prennent le pouvoir.

Ce fantasme n’est pas prêt à se produire selon lui. J’ai entendu d’autres gens très sérieux dire la même chose. Il faut savoir cependant que ce n’est pas l’avis d’Elon Musk, cofondateur de Paypal, directeur chez Tesla motors et cofondateur de OpenAI, une association de recherche à but non lucratif en intelligence artificielle, ni d’ailleurs de certains des grands esprits de Google.

Selon Laurent Alexandre, ce qui existe déjà et va se développer encore de manière exponentielle c’est l’intelligence artificielle faible qui n’a pas conscience de son intelligence, mais qui est un formidable calculateur adossé à d’immenses bases de données que l’on appelle dans le langage numérique les big datas.

Et cette annonce-là : que l’IA faible va se développer de manière exponentielle est aussi préoccupante, notamment pour nous européens.

Dans la géopolitique de l’IA et du big data, l’Europe est un pays du tiers monde, pour reprendre un concept économique connu. Nous exportons des ingénieurs, un des principaux directeurs de laboratoire d’IA s’appelle Yann Le Cun, auquel j’ai déjà consacré un mot du jour, il est français et il travaille pour Facebook.

Je vous demande déjà de nous arrêter à ce fait : Un des types les plus calés sur l’IA travaille pour Facebook.

Dans notre esprit cartésien de français, ce n’est pas sérieux.

Un type super intelligent qui travaille sur des sujets de pointe, il bosse pour l’armée, pour l’industrie aéronautique ou spatiale ou l’industrie financière pas pour ce café du commerce mondialisé qu’est facebook. Ce n’est pas sérieux !

Si vous réagissez comme ça, c’est qu’il y a quelque chose qui vous a échappé.

Facebook, n’a qu’un atout mais dans le contexte de l’IA faible décrit ci avant, c’est un atout gigantesque dans ce monde-là : c’est un collecteur de données, il est à la tête d’un big data immense.

Et Laurent Alexandre l’explique au cours de sa présentation, des tests ont été fait. On a mis en compétition des algorithmes très sophistiqués avec des petites bases de données et des algorithmes plus simples mais adossés à d’immense big data. Ce sont les seconds qui l’ont emporté très largement.

Dans ce monde-là, celui qui domine c’est celui qui possède le big data. L’Europe n’est pas dans ce cas, les Etats Unis et la Chine oui. C’est pourquoi nous serons un pays du tiers monde si nous ne parvenons pas à réagir rapidement.

Dans sa démonstration brillante, il ajoute un point essentiel : la zone Asie-Pacifique qui est au cœur de cette nouvelle révolution croit plus vite que nous et surtout est très transgressif par rapport à nos valeurs qu’il définit comme : « chrétiens-démocrate et sociaux démocrate de gauche que nous sommes tous par rapport à ces gens-là ».

Selon lui, l’IA faible a désormais un développement exponentiel, ce qui rend très difficile les prévisions. Les prévisions sont plus pertinentes quand on est en présence d’évolutions proche du linéaire.

L’évolution exponentielle ne touche pas les technologies robotiques qui nécessitent de la mécanique, ni la santé ou la biologie qui évoluent aussi mais à un rythme plus linéaire.

Pour être plus précis, ce qui évolue de manière exponentielle c’est l’IA faible adossée au big data des plateformes, c’est à dire Google, Apple, Facebook et Amazon. Apple et Facebook ont chacun 2 milliards d’utilisateurs. Nous n’avons pas la base industrielle pour rivaliser avec ces géants. En outre, nous sommes les idiots utiles de ces plateformes, puisque nous mettons chaque jour, gratuitement, des milliards de photos et de données sur ces plate-formes

Mais ce qui lui semble essentiel, c’est que l’intelligence artificielle sera quasi gratuite par rapport à l’intelligence biologique ;

Ce deuxième point va avoir un effet majeur notamment sur le marché de l’emploi et il donne une règle simple à comprendre mais pénible à entendre : Dans un marché où entre en compétition un bien gratuit et un bien onéreux, les substituts crèvent et les complémentaires voient leur prix augmenter

Nous devons donc très rapidement, en Europe, développer des plateformes de la dimension des américains et des chinois sinon nous serons le Zimbabwe du monde de demain.

L’école doit s’efforcer de prendre en compte cette dichotomie entre les substituts à l’IA, c’est-à-dire tous ceux qui pourraient faire le même travail que l’IA moins vite, plus chère et malgré tout probablement moins bien et les complémentaires qui travailleront en s’aidant de l’IA, en complémentarité de l’IA.

Il affirme d’ailleurs : qu’aucun emploi non complémentaire de l’IA n’existera plus en 2050.

Il présente cette affirmation sous une autre forme : si votre intelligence + l’IA est l’équivalent de l’IA, votre emploi disparaîtra.

On pense aux guichetier de banque, bibliothécaire, chauffeur de taxi, comptable, assistant juridique, contrôleurs aériens, agent de voyage, interprète et traducteurs, probablement énormément de travaux actuellement assurés par des fonctionnaires, mais aussi le médecin traitant qui ne saura rivaliser avec l’IA connecté sur les big data pour faire le diagnostic.

Pour le reste de son intervention je vous renvoie vers la vidéo : <Impact de l’Intelligence Artificielle sur l’économie>

Et pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vu, je vous invite à regarder <cette vidéo> où on voit comment la manutention se réalise dans un entrepôt Amazon. On peut supposer que beaucoup des travaux humains qui subsistent aujourd’hui dans ces entrepôts seront aussi rapidement remplacés, substitués pour reprendre le langage de Laurent Alexandre.

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Mercredi 15 novembre 2017

« « Paradise Papers » : y croire ou pas… »
Marie Viennot

Le samedi de 12h41 à 12h45, Marie Viennot fait une chronique appelée « La bulle économique »

Dans sa chronique du 11 novembre elle posait la question :

« Que peut-on attendre des nouvelles révélations de lICIJ [Consortium international pour le journalisme d’investigation] sur la déloyauté fiscale des grands de ce monde ? Les « Paradise Papers » sont-ils un scandale de plus ? Est-ce qu’on avance ? »

Elle a commencé par faire un détour par l’Histoire, à une époque où le Maire de Lyon était Président du Conseil : Edouard Herriot :

« Avant que les îles paradisiaques ne se spécialisent dans la domiciliation de comptes cachées dans les années 20, il était une île bien plus proche, et sans accès à la mer : la SUISSE.
La Suisse est devenue une planque pour les grandes fortunes françaises au début du 20e siècle, parce qu’en 1902 a été créé en France un impôt sur les successions. Ainsi a commencé l’exode des grandes fortunes, et de leur capitaux dans l’indifférence relative des pouvoirs politique, jusqu’en 1932.
Le 27 octobre 1932, sur demande du ministère des finances, un commissaire perquisitionne un appartement loué à Paris par la Banque Commerciale de Bale, l’une des plus grandes banques suisses. Il saisit de très nombreux papiers, mais surtout un carnet, qui met en regard des numéros de compte et le nom et adresse de leurs bénéficiaires. Ce sont les Paradise Papers avant l’heure. On y trouve pas Bernard Arnault, Total, Apple, Madonna et Philippe Starck, mais tout le bottin mondain français : députés, sénateurs, anciens ministres, évêques, généraux, la famille Peugeot, la famille Coty propriétaire du journal le Matin etc..
A l’époque, on ne compte pas l’ampleur des fuites en kilo octet, mais 1 000 personnes sont dans ce carnet. L’affaire mettra 10 jours à s’ébruiter, mais elle arrive finalement au Parlement, et ce qu’on y entend alors ce n’est pas « honte à eux », mais plutôt :Il est normal que chacun prenne des mesures pour protéger le bien diminué qui lui reste, car la fiscalité est trop lourde.

Le Parlement refusera même de lever l’immunité des parlementaires impliqués et quelques semaines plus tard, il renversera le gouvernement Herriot pour que le scandale retombe dans l’oubli…
Côté politique, les mentalités ont donc légèrement évolué, en 1932, Jérome Cahuzac serait peut être resté ministre ! »

Et elle poursuit sur des affaires plus récentes, où il apparaît que celles et ceux qui se sont attaqués ont toujours eu beaucoup de problèmes, dépensé beaucoup d’énergie, d’argent. Il arrive même encore aujourd’hui que des journalistes soient assassinés dans des pays de l’Union européenne.

Elle évoque ainsi Denis Robert qui a mis à jour le rôle obscur de la société luxembourgeoise « Clearstream », chambre de compensation internationale située au Luxembourg, spécialisée dans l’échange de titres. Denis Robert pour ce faire a subi 10 ans de procédures et de harcèlement de la part de cette société et des avocats qu’elle avait lancé contre Le journaliste. Finalement, en février 2011, après 10 ans de procédures, Clearstream avait quand même perdu tous les procès contre Denis Robert. Se fondant sur l’article 10 de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, la Cour de Cassation a explicitement reconnu « l’intérêt général du sujet» et le « sérieux de l’enquête » de Denis Robert

En revanche, l’enquête qui avait été ouverte par la justice luxembourgeoise pour blanchiment d’argent et escroquerie fiscale à l’encontre de Clearstream a abouti en 2004 à un non-lieu en raison de l’insuffisance des preuves sur le blanchiment, de la non rétroactivité des lois (le Luxembourg n’ayant adopté une législation contre le blanchiment qu’à la fin des années 1990), de la double comptabilité et de la prescription de certains délits mineurs. En novembre 2004, le parquet grand-ducal a clôturé l’enquête principale portant sur le blanchiment de capitaux.

En 1997 Denis Robert avec Philippe Harrel ont réalisé un documentaire « Journal intime des affaires en cours  »

Marie Viennot décrit ce documentaire de la manière suivante :

« C’est l’histoire d’un voyage de l’autre côté du miroir des « affaires », dans le monde de l’entremise et de l’argent occulte

Juges impuissants, intermédiaires qui font leur beurre de leur intelligence mise au service du contournement des règles, sociétés écrans, politiques qui utilisent l’opacité pour enfreindre les règles, tout y est, tout est dit. 20 ans plus tard, les noms ont changé, les pratiques se sont sophistiquées, mais quoi de neuf finalement ?

La différence de taille, c’est que cette fois, les révélations sont mondiales, or c’est à cet échelon que le problème se pose. C’est déjà un bon point. Aucun gouvernement ne peut étouffer durablement les affaires qui sortent. […]

La différence, c’est aussi que les journalistes qui ont travaillé sur les « Paradise Papers » sont plusieurs centaines, et qu’il sera plus difficile de les harceler judiciairement. Contrairement à Denis Robert, sorti blanchi par la justice après 10 ans de procès, et 150 000 euros de frais de procédure pour les procès intentés par CLEARSTREAM dont il avait dénoncé les pratiques occultes dans plusieurs livres et documentaires. Souvenons-nous aussi que Denis Robert n’avait pas eu reçu beaucoup de soutien. Cela a complètement changé.

Et puis elle rappelle qu’une journaliste a été assassinée récemment à Malte : Daphne Caruana Galizia qui enquêtait sur les comptes cachés de la classe politique de son pays en s’appuyant sur les « Panama Papers ». Le premier ministre de Malte, Joseph Muscat l’avait appelée « sa plus grande adversaire ». Après son assassinat, il a expliqué que : « Tout le monde sait que Daphne Caruana Galizia me critiquait violemment, sur le plan politique et personnel. Mais personne ne peut justifier cet acte barbare de quelque manière qui soit ». Prenons acte de cette déclaration de ce gouvernant dont le pays appartient à l’Union européenne. D’ailleurs, la Commission Européenne s’est dite « horrifiée » et a réclamé une enquête indépendance.

Marie Viennot donne une note d’espoir :

« En 2017, en Europe on tue donc encore pour des enquêtes mal venues, mais en 2017, les journalistes sont de plus en plus nombreux à s’intéresser aux pratiques déloyales des élites économiques et ceux qui trichent savent qu’ils ne sont plus totalement à l’abri des regards. »

Mais les faits sont têtus et il existe un cercle vicieux de la fraude, de l’affaiblissement des états et de la lutte contre la fraude.

Car cet argent qui échappe à l’impôt conduit les Etats et notamment la France à être plus impécunieux. Et quand l’Etat a moins de ressources financières, il a aussi moins de moyens d’action. Marie Viennot cite un article de Marianne où Eva Joly a fait le compte : « 27 juges d’instruction au pôle financier de Paris en 2001, 13 en 2007, 8 en 2012″… ». Marie Viennot rappelle cependant qu’il y a eu la création du Parquet National Financier après l’affaire Cahuzac.

Une chose reste certaine, cette lutte dépasse les limites de la seule France, le combat est mondial. Déjà au niveau européen, le consensus est très compliqué à réaliser en raison de l’intérêt de certains États et du bénéfice qu’ils tirent de la situation actuelle.

<967>

Mardi 14 novembre 2017

« Pour une entreprise, l’impôt est un coût comme un autre, qu’il faut réduire par tous les moyens légaux. »
Bruno Bonnell député République en marche de la circonscription de Villeurbanne

Bruno Bonnell est un chef d’entreprise important de la région lyonnaise. Il a été notamment patron d’Infogrames. Dans une compréhension des intérêts réciproques, il était proche du maire de Lyon, Gérard Collomb. Ce fait a dû jouer un rôle important dans sa désignation comme candidat du parti présidentiel contre Najat Vallaud Belkacem dans la circonscription législative de Villeurbanne qui était un fief historique du Parti socialiste. Il a gagné et il est donc maintenant député et représentant de la nation.

Vous savez que la semaine dernière, 95 médias réunis dans un partenariat ont exhumé 13,5 millions de documents surnommés Paradise papers sur les pratiques d’optimisation fiscale de multinationales et de particuliers dans le monde.

C’est dans ce contexte que  Bruno Bonnell était invité de RTL mercredi dernier.

Il trouve le terme « optimisation » positif, par voie de conséquence l’optimisation fiscale l’est aussi. Plus précisément il a dit :

« Le mot optimisation est intéressant parce qu’il est positif. Quand on optimise son énergie, on est quelqu’un de bien. Mais quand on y ajoute le mot fiscal, on est quelqu’un de mal. On mélange tout. L’optimisation n’est pas la fraude fiscale. Aux USA on demande à un chef d’entreprise d’optimiser les taxes qu’il doit payer. C’est une philosophie. »

La plupart des personnes mises en cause répondent par cet argument : « Tout ce que j’ai fait est légal ».

Bruno Bonnell est sur cette ligne : il fait une distinction nette entre la légalité de l’optimisation et l’illégalité de la fraude :

« Pour une entreprise, l’impôt est un coût comme un autre, qu’il faut réduire par tous les moyens légaux. Dans un État de droit, il y a des règles. Quand on est chef d’entreprise, il y a des règles et il faut jouer avec. On n’est pas dans la morale. Parce qu’au nom de la morale on a fait beaucoup de bêtises. »

Accordons lui qu’il souhaite promouvoir « une harmonie fiscale en Europe » :

« En tant que politique, on doit continuer de façon obsessionnelle à faire de l’Europe un bloc fiscal cohérent. On ne peut pas continuer de laisser des trous dans la raquette en Europe, avec une diversité fiscale portée par certains pays comme l’Irlande, les Pays-Bas, Malte, qui sont des pays microscopiques par rapport à l’Allemagne, la France, l’Espagne ou l’Italie. Aujourd’hui, de nombreuses multinationales viennent en Europe parce que le marché repart et font leur marché en demandant à chaque pays : « Que proposez-vous comme taxes ? » Ça, c’est une erreur. »

Sur ce point, je ne peux être que d’accord.

Mais avant d’interroger la notion d’optimisation fiscale et de légalité, <Vous trouverez sur le site lelab.europe1.fr, l’information suivante concernant Bruno Bonnell> : Mediacités s’est aperçu que Bruno Bonnell possède une société au Delaware, aux Etats-Unis, un État qui présente les caractéristiques d’un paradis fiscal – sans être reconnu comme tel par l’OCDE. On apprend également que l’homme d’affaires a restructuré son patrimoine pour échapper à l’impôt sur la fortune (ISF) et l’impôt sur le revenu pendant deux ans.

Sur le fond !

<Cash investigation d’Elise Lucet a consacré son dernier opus aux Paradise Papers et vous pourrez trouver le replay ici si vous n’avez pas vu cette émission en direct>

L’émission <L’esprit public de France Culture de ce dimanche> a consacré sa première partie à ce sujet.

Gérard Courtois, Directeur éditorial du journal « Le Monde » a clairement posé le problème, en balayant d’un revers de main, la distinction entre légalité et moral, pour affirmer :

« C’est un problème fondamentalement politique qui ébranle les piliers de notre contrat démocratique »

Un problème politique !

Dans le mot du jour d’hier il était également question d’un sujet dans lequel la Loi actuel heurtait notre raison, notre connaissance : « un enfant de 11 ans ne saurait consentir, en pleine conscience, à une relation sexuelle avec un adulte » Et nous en étions arrivé à cette conclusion qu’il fallait changer la Loi.

Dans le sujet de l’optimisation fiscale, le sujet est politique.

Le premier pilier de notre société qui est ébranlé est celui de l’égalité devant la Loi et donc par voie de conséquence devant l’impôt. Pourquoi chacun de nous accepterait-il à consentir à l’impôt, si les plus riches peuvent y échapper, grâce à l’optimisation ?

Cela constitue une fracture dans la société.

Mais le second pilier est encore plus important. Et il récuse totalement l’argument de Bruno Bonnell : « L’impôt est un coût comme un autre ». Affirmer cela comme chef d’entreprise est une erreur, le dire comme élu de la Nation est une faute.

Pour le comprendre et l’expliciter, quoi de mieux que de citer l’article 13 de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 :

« Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés. »

C’est la juste part à donner pour faire société, pour permettre à la société d’assurer pour l’ensemble de ses membres la sécurité publique, les services communs et la solidarité.

Ne pas donner sa part, c’est vouloir faire sécession, ne plus faire partie de la même société.

La mondialisation telle qu’elle s’est développée a surinvesti sur la compétition et n’a pas assez pris en compte la coopération pourtant indispensable devant les grands défis de l’humanité : le défi écologique, le défi de l’alimentation de l’humanité, de sa santé, de la paix entre les Etats et à l’intérieur des Etats.

Un des premiers mots du jour (c’était le n° 78) avait cité le secrétaire au Trésor du président Roosevelt qui disait : «Les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée, trop de citoyens veulent la civilisation au rabais»

Cet homme s’appelait Henry Morgenthau, ses propos datent de 1937.

A l’époque les taux d’imposition à l’impôt sur le revenu étaient beaucoup plus élevés, notamment aux Etats-Unis qu’aujourd’hui.

Lors de cette même émission, Gilles Finkelstein rapporte le chiffre suivant : « 40% des profits des grands groupes internationaux seraient localisés dans des lieux offshore dans lesquels ils ont une adresse mais pas de salariés »

Le schéma joint à cet article présente le palmarès délétère des pays les plus touchés par l’évasion fiscale selon une estimation réalisée par des organisations spécialisées dans la lutte contre l’évasion fiscale. La France est sixième et dans ce domaine dépasse l’Allemagne !

Ce qui est légal, n’est pas forcément juste.

Ce n’est pas juste si la conséquence en est une civilisation au rabais !

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