Mercredi 9 mai 2018

« La musique est dans tout. Un hymne sort du monde »
Victor Hugo, « Les contemplations »

Mon ami Gérald est en Vendée et il est allé dans une crêperie.

Je n’ai pas l’habitude d’écrire des faits surtout depuis le mot du jour du 9 octobre 2017 :

«L’homme médiocre parle des personnes,
L’homme moyen parle des faits,
L’homme de culture parle des idées »
Citation attribuée quelquefois à Jules Romain d’autre fois à Eleanor Roosevelt

Mais dans le cas particulier du mot d’aujourd’hui, il me faut une introduction.

Donc Gérald est dans une crêperie et prend une photo qu’il m’envoie.

Cette photo reproduit la phrase suivante « La musique c’est du bruit qui pense » Victor Hugo

Et il pose la question : « As-tu déjà fait un mot du jour sur cette réflexion affichée dans une crêperie de Noirmoutier ? ». La réponse est négative, mais je trouvais l’idée intéressante après « Mass » de Bernstein :  pourquoi ne pas écrire un mot du jour sur la musique issue du grand Victor Hugo ?

Bien sûr, il faut vérifier.

Sur Internet on trouve beaucoup de sites qui publient cette citation mais jamais en donnant une source sérieuse et vérifiable.

<Même le site du Figaro> cite cette phrase en donnant pour source « / Fragments »

Sur d’autres il y a mention « Les contemplations. »

Il y a en France des personnes passionnées de poésie, jusqu’à créer des sites entièrement dévoués à cet art.

J’ai trouvé celui-ci : http://www.poesie-francaise.fr/

Et ce site permet même de faire une recherche de poèmes à partir d’un mot. Alors j’ai cherché : « La musique »

Le moteur de recherche renvoie 67 poésies dont 9 de Victor Hugo.

1 « Sagesse  » – Recueil : Les rayons et les ombres (1840).

2 « Que la musique date du seizième siècle  » – Recueil : Les rayons et les ombres (1840).

3 « Littérature  » – Recueil : Les quatre vents de l’esprit (1881).

4 « Psyché  » – Recueil : Les chansons des rues et des bois (1865).

5 « À un riche  » – Recueil : Les voix intérieures (1837).

6 « Georges et Jeanne  » – Recueil : L’art d’être grand-père (1877).

7 « Écrit sur la plinthe d’un bas-relief antique  » – Recueil : Les contemplations (1856).

8 « Melancholia « . – Recueil : Les contemplations (1856).

9 « Bièvre « – Recueil : Les feuilles d’automne (1831).

J’ai vérifié, l’expression dite ne se trouvait dans aucun de ces poèmes.

J’ai continué mes recherches pour finalement trouver un blog qui avait déjà fait des recherches sur cette citation. Et l’auteur écrit :

« « La musique, c’est du bruit qui pense ». Cette célèbre formule, très galvaudée, et sans doute un peu facile, est généreusement attribuée à Victor Hugo. On ne prête qu’aux riches !

La plupart de ceux qui reprennent (en chœur !) cette formule se contentent de nommer l’auteur, dont la réputation suffit à apporter la garantie d’une profondeur géniale. Aucune source n’est généralement précisée. Un ou deux sites prétendent qu’il s’agit d’une citation extraite des Contemplations, ce qui est faux.

D’autres avancent que l’aphorisme est tiré des fragments réunis dans Tas de pierres, un ouvrage posthume. C’est un ouvrage curieux que ce Tas de pierres, consultable sur le site Gallica : ce sont de simples notes manuscrites jetées sur des bouts de papier. Personnellement, je n’y ai pas retrouvé notre citation. La belle formule reste introuvable. Selon Sébastien Mounié (L’école aujourd’hui – élémentaire de janvier 2012), on peut s’interroger sur l’existence même de cette phrase sous la plume de Victor Hugo, en l’absence de toute référence vérifiable. Il pourrait s’agir d’une formule inventée, ou seulement transmise oralement. La citation pseudo hugolienne rendrait « clairement hommage à la musique symphonique de l’époque, à la force évocatrice des idées et des émotions se dégageant d’une mélodie. » Pourquoi pas… »

Mais il me fallait un mot du jour pour le lendemain du 8 mai et il n’était pas question de mettre une citation non labellisée. Je suis donc revenu vers les poèmes trouvés et j’ai préféré le 7 qui est extrait des contemplations :

Titre : Écrit sur la plinthe d’un bas-relief antique

Poète : Victor Hugo (1802-1885)

Recueil : Les contemplations (1856).

À MADEMOISELLE LOUISE B.

La musique est dans tout. Un hymne sort du monde.

Rumeur de la galère aux flancs lavés par l’onde,

Bruits des villes, pitié de la sœur pour la sœur,

Passion des amants jeunes et beaux, douceur,

Des vieux époux usés ensemble par la vie,

Fanfare de la plaine émaillée et ravie,

Mots échangés le soir sur les seuils fraternels,

Sombre tressaillements des chênes éternels,

Vous êtes l’harmonie et la musique même !

Vous êtes les soupirs qui font le chant suprême !

Pour notre âme, les jours, la vie et les saisons,

Les songes de nos cœurs, les plis des horizons,

L’aube et ses pleurs, le soir et ses grands incendies,

Flottent dans un réseau de vagues mélodies ;

Une voix dans les champs nous parle, une autre voix

Dit à l’homme autre chose et chante dans les bois.

Par moment, un troupeau bêle, une cloche tinte.

Quand par l’ombre, la nuit, la colline est atteinte,

De toutes parts on voit danser et resplendir,

Dans le ciel étoilé du zénith au nadir,

Dans la voix des oiseaux, dans le cri des cigales,

Le groupe éblouissant des notes inégales.

Toujours avec notre âme un doux bruit s’accoupla ;

La nature nous dit : « Chante ! » et c’est pour cela

Qu’un statuaire ancien sculpta sur cette pierre

Un pâtre sur sa flûte abaissant sa paupière.
Juin 1833.

Oui la musique est dans tout, mais il faut savoir ouvrir ses oreilles et encore plus son cœur pour l’entendre.

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Lundi 7 mai 2018

« Mass »
Léonard Bernstein (1918-1990)

Léonard Bernstein est né le 25 août 1918. C’est encore un peu tôt pour fêter son centième anniversaire, mais les circonstances font que je voudrais aujourd’hui vous parler d’une œuvre qui à mon avis est absolument géniale : « Mass ».

Et j’ai découvert qu’ARTE a retransmis le remarquable concert qui avait eu lieu à la Philharmonie de Paris le 22 mars 2018 et qu’il est possible de voir et d’écouter ce spectacle en replay pendant quelques mois.

Donc pour tous celles et ceux qui sont pressés et aiment aller à l’essentiel :

Voici le lien vers le site de la Philharmonie : <Live.philharmoniedeparis.fr – Bernstein : MASS>

La Philharmonie ne permet plus de voir qu’un extrait. Si vous voulez voir l’intégralité il se trouve après une page de publicité derrière ce lien <Bernstein : MASS à la Philharmonie de Paris>.

Le programme de la Philharmonie introduit cette œuvre de la manière suivante :

« Mass de Bernstein est une des partitions les plus foisonnantes de l’histoire de la musique, passant dans l’instant de l’expérimentation ludique à une comédie musicale, d’une fanfare à un gospel. Cette grande messe est un objet musical peu identifié qui mêle jazz, rock, classique aux sons de batteries, de guitares électriques, de synthétiseurs, portée par une liberté de ton donnant l’impression d’un happening sans limites.  »

ARTE la présente ainsi : «

« Œuvre aussi grandiose qu’iconoclaste, […] cette messe pas comme les autres se situe à la frontière de l’oratorio et de la comédie musicale. »

ARTE annonce que la vidéo sera disponible jusqu’au 21/03/2020, ce qui m’étonne mais donne à chacun le temps de visionner cette « OVNI ». (Œuvre Vocale Non Identifié)

Si vous souhaitez en savoir un peu plus et me donner le temps de tenter d’expliquer pourquoi, cette œuvre assez méconnue jusqu’ici, est exceptionnelle, je vous invite à lire la suite de ce mot du jour.

J’ai découvert cette œuvre il y a environ quinze ans par l’enregistrement qu’en a fait le compositeur lui-même à la suite de sa création en 1971.

Il faut d’abord parler de Léonard Bernstein.

Il est né dans le Massachusetts, de parents juifs ukrainiens. <TELERAMA> nous apprend que son père voulait en faire un rabbin. Mais la musique le saisit d’abord comme interprète puis comme compositeur.

Il devint, bien sûr, mondialement célèbre en composant la musique de la comédie musicale « West Side Story »

C’était un homme charismatique, plein de fougue et d’excès, j’y reviendrai dans un mot du jour ultérieur, plus proche de sa date anniversaire.

Mais c’était un musicien extraordinaire. La grande cantatrice allemande Christa Ludwig qui a beaucoup travaillé avec le musicien dit en toute simplicité :

«Leonard Bernstein ne faisait pas de la musique, il était la musique!»
(Propos rapportés par le Figaro du 18 mars 2018)

Lors de sa disparition subite, le 14 octobre 1990, des suites d’une crise cardiaque, le New York Times titrait : « Music’s Monarch, Dies » (Le seigneur de la musique est mort).

Il était surtout très éclectique et s’intéressait à toutes les musiques, le jazz, le rock.

Et <France Musique> nous apprend que dans une émission diffusée en 1967 sur CBS, Inside Pop – The Rock Revolution, Léonard Bernstein a osé cette comparaison :

« Les Beatles sont les Schubert de notre temps »

Je ne partage pas cette vision …

D’ailleurs je pense que les mélomanes spécialisés dans la musique classique auront plus de mal à entrer en résonance avec « Mass » que ceux qui se sentent plus proches du jazz et du rock. Il n’est pas rare que des musiciens de rock aient introduit dans leurs spectacles des morceaux de musique classique, le contraire est quasi inexistant. Léonard Bernstein l’a fait pour la première fois, à ma connaissance

Mais si les habitués de la musique classique auront du mal, il est aussi possible que les croyants catholiques aient du mal : car Mass n’est pas une messe, mais un « oratorio scénique » pour chanteurs, musiciens et danseurs qui se base sur le texte liturgique catholique mais pour en faire une chose très différente : une interrogation sur la spiritualité, une interpellation très vive de Dieu.

<Le site Qobuz> explique :

« Difficile de classer Mass de Bernstein, créée en 1971. Il ne s’agit pas vraiment d’une messe à proprement parler, […] et l’argument pourrait être celui d’une sorte de service divin qui tournerait au vinaigre avant de retrouver, finalement, la paix universelle. Au début, tout le monde semble d’accord, puis les « musiciens de rue » commencent à questionner la nécessité, voire même l’existence, d’un dieu. La cacophonie qui s’installe jusqu’à l’Élévation catastrophique est finalement apaisée après que le serviteur de la messe rassemble tous les esprits autour de la divinité et un dernier « allez en paix ». Bernstein a rassemblé dans sa partition tous les éléments possibles et imaginables de la musique du XXe siècle : jazz band, blues, ensemble de rock, Broadway, expressionnisme, dodécaphonisme, modernisme qui n’est pas sans rappeler Britten, musique de rue, fanfare, voix classiques mêlées aux voix de rock et de jazz et aux récitations du Gospel : une véritable Tour de Babel qu’il n’est pas nécessairement facile de rassembler autour d’un même souffle. »

Mais revenant au commencement. Léonard Bernstein, de nombreux signes le montrent est profondément ancré dans la tradition juive et hébraïque. Par exemple dans ses œuvres plus académiques : ses symphonies, la première est consacrée au grand prophète juif « Jérémie » et la troisième porte pour titre « Kaddish », la prière juive par excellence.

Donc cela peut sembler une incongruité que Jacqueline Kennedy demande à Léonard Bernstein de consacrer une œuvre « religieuse » en l’honneur du président assassiné, premier président et il me semble toujours seul président des États-Unis catholique. Car il faut quand même rappeler qu’au centre de cette liturgie catholique, plus précisément dans le « Credo » se trouve cet acte de Foi « Je crois en l’Église, une, sainte, catholique et apostolique.  » prompte à éloigner tous ceux qui ne partagent pas cette croyance

Et c’est ainsi que « Mass » est né et a été interprété pour la première fois au John F. Kennedy Center for the Performing Arts, le 8 septembre 1971

Il faut noter que Léonard Bernstein fut très ami avec la famille Kennedy.

Bernstein s’entoura d’un groupe de collaborateurs dont certains illustres pour créer cette pièce de théâtre pour chanteurs, comédiens et danseurs comme par exemple Alvin Ailey, Gordon Davidson, Roger LM. Stevens. Les textes complémentaires au texte liturgique furent écrits par Léonard Bernstein lui-même mais aussi en partie par Stephen Lawrence Schwartz.

MASS commence par un Kyrie sur le texte traditionnel dans une musique très moderne et assez chaotique mais très vite remplacé par un chant de l’officiant qui joue un rôle central dans cette pièce.

Le livret qui accompagne l’enregistrement de Bernstein écrit :

« Il existe pour accéder à cette œuvre une clé qui réside dans les toutes premières paroles chantées par le célébrant : « Chantez au Seigneur un chant simple ».

Vous pouvez entendre dans la version de Bernstein ce « Simple song »

« Mass était probablement « un chant simple » pour Léonard Bernstein, cet homme au génie créateur le plus complexe que l’Amérique ait jamais produit. Il voulait s’exprimer sur la nécessité pour chacun de nous de posséder et de cultiver une vie spirituelle au sein de notre vie de tous les jours. »

<Le site de la Cité de la Musique donne aussi des clés> :

« 1971 : les États-Unis sont en pleine guerre du Vietnam et Leonard Bernstein compose sa messe. Pour l’anecdote, le chef du FBI aux États-Unis, J. Edgar Hoover, envoya un message au procureur général du président Richard Nixon pour l’informer que cette œuvre, programmée pour l’ouverture du nouveau centre d’arts et concerts de Washington – le Centre Kennedy – pouvait contenir un texte subversif. Faisait-on allusion au texte « Dona Nobis Pacem » ? Toujours est-il que Richard Nixon n’est pas venu à la première.

Mass est une œuvre complètement liée à son époque. […] On sent, d’un côté, le désespoir de ceux dont les repères moraux et religieux ont été bousculés, mais aussi l’optimisme de ceux qui cherchent un nouveau chemin spirituel. […]

Les véritables intentions de Bernstein étaient d’une part d’ouvrir la messe catholique à un œcuménisme spirituel et musical, d’autre part de protester contre l’indifférence de Dieu face aux horreurs de la guerre en cours au Viêtnam.

La crise de foi du jeune célébrant qui, après le « Dona nobis pacem », jette violemment par terre les sacrements et, vêtements liturgiques et linge de l’autel arrachés, saute sur l’autel et commence à danser, exprime l’inquiétude et la rage de la génération soixante-huitarde. Dans le contexte socio-politique de l’époque, il était évident que la contestation du jeune célébrant ne concernait pas seulement Dieu et le formalisme liturgique, mais aussi les responsables de la guerre du Viêtnam, le président Nixon en tête qui, à l’occasion de la création de Mass, laissa volontiers sa place à la veuve du président assassiné, Jacqueline, désormais épouse d’Onassis. »

Le Monde est très élogieux sur l’interprétation qui a été produite à la philharmonie de Paris : « « Mass », de Bernstein, une œuvre pop, classique et hippie »

Les deux acteurs principaux de cette réussite sont « Jubilant Sykes » qui incarne le « célébrant et le chef d’orchestre anglais « Wayne Marshall ».

Le replay d’ARTE n’est plus actif, mais vous pouvez trouver des extraits : <ICI> ou <ICI>

Et si vous avez besoin d’un aperçu plus court (2mn) écoutez cet extrait du Gloria dans une autre interprétation au Prom’s de Londres : « Mass – Gloria – BBC Proms 2012 ».

Je pense cependant que toutes ces versions, très bonnes du point de vue musicales, restent un peu statiques par rapport à la version initiale dont la chorégraphie était l’œuvre  d’Alvin Ailey. J’ai trouvé des extraits d’un spectacle sur un  site entièrement consacré à léonard Bernstein, je pense que l’organisation scénique est plus proche de ce qu’avait imaginé Bernstein et Ailey : <Trailer de Mass>

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Vendredi 4 mai 2018

« Et, j’ai décidé que j’allais consacrer ma vie à aimer mon prochain par contraste avec ce que je voyais !»
Danielle Mérian

Le monde de l’information est en plein bouleversement. Il doit se réinventer, trouver de nouveaux formats et arriver à trouver un public.

BRUT est un de ces médias.

C’est un média en ligne français fondé en novembre 2016 et exclusivement diffusé sur les réseaux sociaux.
Au départ le choix était de s’intégrer à Facebook, mais désormais on le trouve aussi sur Youtube, sur Dailymotion, Instagram etc..
Le format est toujours vidéo et les reportages sont très courts.

Wikipedia nous apprend que BRUT a été fondé par :

« Renaud Le Van Kim, Guillaume Lacroix et Laurent Lucas. Guillaume Lacroix est le fondateur de Studio Bagel et Renaud Le Van Kim l’ancien producteur du Grand Journal de Canal+ d’où vient également le directeur des rédactions de Brut Laurent Lucas. Une quarantaine de personnes travaillent pour Brut et produisent deux heures de direct diffusées sur Facebook Live et des courtes vidéos d’analyse et d’entretiens. […] Selon Lacroix, les fondateurs voulaient « créer un média qui soit un point d’entrée sur l’actualité pour toute une génération qui s’éloigne des acteurs traditionnels ». Selon lui, 80 % de ceux qui les suivent sur Facebook ont moins de 35 ans.

Entre le lancement en novembre 2016 et février 2017, les vidéos de Brut ont été visionnées plus de 100 millions de fois dont 29 millions pour le seul mois de février. À cette date, Brut ne gagne pas encore d’argent. »

Souvent ces courtes vidéos me paraissent intéressantes.

Et je voudrais aujourd’hui en partager une avec vous.

Peut-être vous souvenez vous de Danielle Mérian, vieille dame très digne qui avait été interviewée, par hasard, par une chaine de télévision le lendemain du massacre du bataclan du 13 novembre 2015 alors qu’elle venait déposer un bouquet de fleurs devant la salle de spectacles ?

Elle avait alors dit :

« C’est très important d’apporter des fleurs à nos morts.

C’est très important de voir [lire] plusieurs fois « Paris est une fête » d’Hemingway. Parce que nous sommes une civilisation très ancienne et nous porterons au plus haut nos valeurs.

Et nous fraterniserons avec 5 millions de musulmans qui exercent leur religion librement et gentiment. Et nous nous battrons contre les 10 000 barbares qui tuent soi-disant au nom d’Allah. »

Après la diffusion de ce petit entretien, la vente de « Paris est une fête » a explosé.

Aidé par Tania de Montaigne, elle a, suite à ce bref moment où un micro s’est approché d’elle et où elle a trouvé les mots qui devaient être dits en cet instant, écrit un livre racontant sa vie : « Nous n’avons pas fini de nous aimer ».

Car ces mots ne sont pas venus par hasard. Ils étaient à la conclusion d’une vie, d’expériences, de réflexions et de combats.

BRUT reprend cet extrait devant le bataclan, mais ajoute que Danielle Mérian a encore des choses à dire :

« J’ai été très contente de voir se lever « Me Too », « Balance ton porc ».
Ce n’est pas élégant « balance ton porc », n’est-ce pas ?
Mais le viol est ce élégant ? Et la main à la cuisse est ce que c’est élégant ? Et les propos salaces est ce que c’est élégant ?

Je suis une féministe depuis l’enfance, pourquoi ?
Parce que je suis née en 1938, à une époque où on préférait les garçons aux filles.
Donc mes parents quoique forts intelligents, préféraient mon frère aîné à moi-même.
Je me disais : nous sommes dans un monde de fou, il va falloir changer tout ça.
Donc si vous voulez, j’étais déjà une révoltée de naissance, du fait qu’il n’y avait pas égalité entre mon frère et moi, ce que je trouvais aberrant.

Et il se trouve que mon père […] qui était journaliste comme mon grand-père a terminé la guerre comme correspondant de guerre dans l’armée canadienne et a ouvert les camps de concentration. Il avait une grande enveloppe dans les mains et il dit à ma mère : « Il ne faut pas que les enfants voient ça »

Donc dès qu’il a eu le dos tourné, j’ai fouillé son bureau. Je suis tombé sur les photos de l’abomination et j’en suis émue encore quand j’y pense…

Et, j’ai décidé que j’allais consacrer ma vie à aimer mon prochain par contraste avec ce que je voyais que l’homme est un loup pour l’homme »

Aujourd’hui son grand combat est celui de la lutte contre l’excision.

C’est encore Wikipedia qui nous apprend que Danielle Mérian est née Danièle Savarit, en 1938 et qu’elle est avocate honoraire au barreau de Paris. Elle se revendique comme militante chrétienne et féministe. Elle étudie le droit durant la guerre d’Algérie et se fiance à cette période. À partir de 1975, elle milite avec son mari au sein de l’ACAT, l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture, notamment en soutien aux Grands-mères de la place de Mai ou pour l’abolition des exécutions capitales, ainsi que pour la libération ou l’amélioration des conditions de détention des prisonniers politiques.

Après la mort de son mari en 1995 , elle continue à militer ; ses principaux terrains d’engagement sont outre l’ACAT, avec PRSF (PRisonniers Sans Frontières) l’amélioration des conditions de détention en Afrique de l’Ouest, avec PARCOURS D’EXIL le soin aux torturés, avec SOS Africaines en Danger la lutte contre l’excision et le mariage forcé.

Encore une belle âme qui donne confiance en l’humanité.

Pour retrouver cette vidéo, je donne à dessein le lien vers le site français dailymotion plutôt que vers la créature de Google : Youtube.

<Danielle Mérian sur Dailymotion>

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Jeudi 3 mai 2018

«Ne pas devenir les spécialistes de l’éthique tandis que les Chinois et les Américains deviennent des spécialistes du business.»
Antoine Petit, président du CNRS à propos du rapport Villani

Cédric Villani a donc produit un rapport sur l’intelligence artificielle (IA) : « Donner du sens à l’intelligence artificielle »

Je ne l’ai pas lu, j’ai entendu et vu plusieurs interventions de Cédric Villani qui parlait de son rapport et de sa réflexion sur le sujet.

Un spécialiste de l’intelligence artificielle Olivier Ezratty a écrit un article critique très complet sur ce sujet et que vous trouverez derrière ce lien : <Ce que révèle le Rapport Villani>

Mais le mot du jour d’aujourd’hui va insister sur un autre article concernant ce sujet et plus précisément le lien que fait ce rapport entre l’intelligence artificielle et l’éthique.

Cet article m’a été suggéré par Daniel qui me fait le plaisir de commenter très souvent les mots du jour.

Cet article se trouve sur le site dédié à l’innovation : https://www.frenchweb.fr et a été écrit par Philippe Silberzahn, professeur à EMLYON Business School et chercheur associé à l’École Polytechnique.

Il a pour titre : « IA et éthique: le contresens navrant de Cédric Villani »

Et voilà ce qu’il dit en substance :

Il attaque assez fort dès le départ :

«  Avec le rapport Villani sur l’intelligence artificielle, la France a renoué avec une vieille tradition: demander à quelqu’un d’intelligent d’écrire un rapport idiot. Enfin idiot, on se comprendra: le rapport que notre Médaille Fields vient de rédiger n’est pas tant idiot que convenu. »

S’appuyant sur des exemples historiques récents et moins récents, bien connus de nous tous, Philippe Silberzahn conteste fondamentalement la possibilité de donner, a priori, un jugement éthique sur une innovation :

« Le titre-même du rapport « Donner un sens à l’IA » est problématique. Quand on regarde l’histoire de l’innovation, le sens a toujours été donné a posteriori. Et ce pour une raison très simple: les ruptures technologiques présentent toujours des situations inédites sur le plan légal, social et éthique. Il est très difficile, voire impossible, de penser ces ruptures avant qu’elles ne se produisent, et avant que les effets ne soient visibles. On risque de penser dans le vide. Lorsque McKinsey conduit une étude de marché pour AT&T en 1989 pour évaluer le potentiel de la téléphonie mobile, les résultats sont désastreux: personne ne voit l’intérêt d’avoir un téléphone mobile. Personne ne peut simplement imaginer ce qu’on ferait avec. Seule l’utilisation effective a révélé les possibilités de la technologie, de même qu’aujourd’hui seule l’utilisation de Facebook en révèle les dangers pour la vie privée.

Plus généralement, les applications d’une nouvelle technologie sont impossibles à anticiper. Lorsque les ingénieurs français et autrichien découvrent les ultra-sons en 1911, ils s’en servent pour détecter les sous-marins. Quarante ans après, cette technologie est utilisée en médecine, c’est l’échographie. Cette utilisation est totalement imprévue et d’ailleurs, il était initialement question que ce soit pour la détection des cancers. Aujourd’hui, l’échographie est devenue banale et peu chère, à tel point qu’elle est utilisée dans les pays pauvres, en particulier en Chine et en Inde. Utilisée pour l’avortement sélectif, elle est directement responsable du fait notamment qu’environ 25 millions de femmes ne sont pas nées en Chine, causant un déséquilibre des sexes qui entraîne de lourds problèmes sociaux et donc politiques. Qui aurait pu penser qu’une technologie mise au point en Europe pour la lutte anti sous-marine soit la cause, un siècle plus tard, d’un bouleversement social en Asie? Penser les conséquences de l’échographie a priori aurait été totalement vain. »

Il nous pousse ensuite dans nos contradictions et pose la question subtile du constat éthique de l’automobile :

« Mais il y a pire. Toute technologie est duale, au sens où elle peut servir à faire le bien comme le mal. Imaginez que vous soyez ministre de l’environnement dans un pays éthique qui a mis le principe de précaution dans sa constitution (exemple fictif bien-sûr). Un groupe d’industriels vient vous voir pour obtenir l’autorisation préalable nécessaire à la commercialisation de leur nouvelle technologie. Elle apportera de toute évidence des bienfaits immenses, facilitant la vie de nombreux habitants. Son seul défaut: elle tuera environ un million de personnes par an dans le monde.

Que faites-vous?

Vous l’interdirez probablement et mettrez un comité d’éthique sur le dossier.

Cette technologie? C’est l’automobile. »

Michel Serres cite souvent <la fable de la langue> écrit par Esope, le fabuliste grec, au VIème siècle avant notre ère.:

« Le maître d’Ésope lui demande d’aller acheter, pour un banquet, la meilleure des nourritures et rien d’autre. Ésope ne ramène que des langues ! Entrée, plat, dessert, que des langues ! Les invités au début se régalent puis sont vite dégoûtés.

– Pourquoi n’as-tu acheté que ça ?

– Mais la langue est la meilleure des choses. C’est le lien de la vie civile, la clef des sciences, avec elle on instruit, on persuade, on règne dans les assemblées…

– Eh bien achète-moi pour demain la pire des choses, je veux de la variété et les mêmes invités seront là.

– Ésope achète encore des langues, disant que c’est la pire des choses, la mère de tous les débats, la nourrice des procès, la source des guerres, de la calomnie et du mensonge. »

La conclusion de Philippe Silberzahn qui cite le patron du CNRS, citation dont j’ai fait l’exergue de ce mot du jour, constitue un questionnement fort et complexe :

« En plaçant l’IA au service de l’éthique, le rapport commet donc deux erreurs: d’une part il ne se donne aucune chance de penser l’éthique de l’IA correctement, car nous penserons dans le vide – nous ne pourrons penser qu’en faisant, et d’autre part il condamne la France à regarder les autres danser depuis le balcon. Antoine Petit, le patron du CNRS lors de la conférence AI For Humanity où était présenté le rapport Villani, nous invitait ainsi à éviter un écueil: « Ne pas devenir les spécialistes de l’éthique tandis que les Chinois et les Américains deviennent des spécialistes du business. »

C’est tout l’enjeu et à vouloir mettre l’IA d’entrée de jeu au service de la diversité, de l’égalité homme-femme, du bien commun et des services publics, c’est sacrifier aux modes du moment en se trompant de combat.

On demandait à Cédric Villani de nous dire comment la France pouvait rattraper son retard en IA, c’est à dire de poser un raisonnement industriel, pas de signaler sa vertu à l’intelligentsia post-moderniste qui gouverne la pensée de ce pays.

Sans compter que comme souvent dans ces cas-là, le sens que l’on donne à éthique est bien restreint. Il peut être éthique de ne pas vouloir développer une IA aux conséquences négatives, mais il peut être également éthique d’essayer pour voir, car ce n’est qu’en agissant que nous saurons. Les entrepreneurs savent cela depuis longtemps, nos savants intelligents et ceux qui nous gouvernement l’ignorent, et se condamnent peu à peu à la paralysie par excès de prudence et, au fond, par peur du futur.

Nous devenons un vieux pays, et laissons progressivement les autres développer l’avenir.

Au fond, le rapport Villani est un rapport de vieux, la hype de notre ami Cédric en plus. »

Les craintes exprimées ne peuvent que nous interpeller.

Cela étant, au fur à mesure de l’utilisation de l’IA nous devrons rester vigilants.

En serons-nous capable entraînés par le vertige de la modernité ?

<1063>

Mercredi 2 mai 2018

« Grandeur et servitude du système de retraite par répartition »
Réflexion sur notre système de retraite

Quand il m’arrive de discuter avec nos aînés ou de les entendre parler, je me pose parfois la question mais ont-il bien compris comment fonctionne notre système de retraite par répartition ?

Dire par exemple : « J’ai cotisé pendant toute ma vie pour ma retraite et j’ai maintenant le droit de toucher mon dû » n’est pas tout à fait exact même si on peut comprendre que c’est un sentiment légitime de prétendre que lorsqu’on a cotisé toute sa vie de travail, on a droit aussi de s’arrêter de travailler et de percevoir une pension de retraite.

Mais dire «  j’ai cotisé pour ma retraite » est faux, dans notre système. Il faut bien s’en rendre compte.

On peut dire : « j’ai participé au système de retraite en tant que cotisant » et ajouter : « En tant que participant au système, j’ai le droit d’en bénéficier et d’obtenir une pension pour ma retraite. »

Dans le système de répartition dans lequel nous sommes, les gens qui travaillent cotisent pour payer les retraites de leurs aînés qui ne travaillent plus.

Un ministre allemand a dit un jour à un homologue asiatique : « Et en Europe nous sommes tellement riches que nous pouvons même payer des gens à ne pas travailler ».

C’est fondamentalement un système de solidarité. Un système qui ne peut être mis en place que dans une société que le grand sociologue Emile Durkheim a décrit ainsi :

« Pour que les hommes se reconnaissent et se garantissent mutuellement des droits, ils faut qu’ils s’aiment et que pour une raison quelconque ils tiennent les uns aux autres et à une même société dont ils fassent partie. »

J’ai évoqué cette solidarité lors de deux mots du jour : celui du < Vendredi 12 septembre 2014> et aussi celui plus récent que j’ai intitulé « Réflexions sur l’Etat social »

Avant de continuer, je voudrais affirmer ma communauté d’intérêts avec les retraités, car vu mon âge j’espère pouvoir entrer dans peu d’années dans cette nouvelle partie de la vie.

Mais parler en terme de « droit », me semble délicat et même inapproprié car ce terme ne révèle pas totalement la situation de solidarité et de confiance qui fonde ce système.

Soyons clair : Celles et ceux pour qui les retraités d’aujourd’hui ont cotisé lorsqu’ils travaillaient sont pour une grande part d’entre eux morts. La confiance dont je parle ne les concerne pas. La confiance concerne les jeunes et les « actifs » d’aujourd’hui qui cotisent pour que les ainés puissent ne pas travailler. Et la confiance signifie d’abord que ceux qui cotisent peuvent croire qu’eux-mêmes bénéficieront un jour de ce système et ensuite que la cotisation qu’il verse est acceptable par rapport à leurs revenus. »

Poser les faits de cette manière nous amène à ce constat inquiétant que révèle le schéma suivant :


Ceci signifie qu’en 1960 : 4 actifs cotisaient, en moyenne, chacun 25 euros pour qu’un retraité puisse toucher 100 euros. Selon cette projection en 2050, un actif devra cotiser 83,33 € pour arriver au même résultat que le retraité puisse toucher 100 euros.

Grandeur de la solidarité.

Mais servitude aussi.

Le système social a été mis en place par la rencontre de deux pensées :

  • La pensée sociale : il fallait permettre aux ainés de vivre dignement et de manière apaisée la dernière période de leur vie !
  • La pensée économique : les aînés sont moins productifs et consomment donc moins, ce n’est pas bon pour le PIB. Leur donner une pension leur permet de continuer à consommer et donc de contribuer à la prospérité générale du système économique.

Dans ce système quand j’entends des retraités dirent je vais aller vivre au Portugal, je vivrai mieux, la vie est moins chère, je suis encore une fois inquiet du manque de compréhension ou d’appréhension de ceux qui agissent ainsi. Si je cite le Portugal, ce n’est pas un hasard mais une réalité : «Le Portugal séduit de plus en plus de retraités français».

Ce sont des motivations égoïstes et individualistes qui ne sont pas très compatibles avec le système de solidarité.

Evidemment s’il n’y a que quelques individus qui font ce choix, l’équilibre du système ne sera pas affecté même si l’esprit en est un peu dévoyé.

Mais si ce comportement devient massif, les actifs français vont cotiser pour des retraités qui vont abonder l’économie portugaise et non l’économie des actifs.

Ceci ne poserait pas de difficultés si de manière réciproque un nombre équivalent de retraités portugais venaient dépenser leurs retraites en France. Mais vous savez bien que ce n’est pas le cas, si des portugais poursuivent la même ambition ils vont aller vivre dans un autre pays ayant un niveau de vie inférieure que celui du Portugal.

Quand on sort de la solidarité et qu’on devient pleinement individualiste le système par répartition n’est plus approprié il faut opter pour le système de fonds de pension. Dans ce cas vous ne cotisez plus pour vos ainés, mais vous investissez pour vous-même en confiant une partie de votre argent d’actif à une institution financière.

Mais alors, vous ne pourrez plus vous plaindre que seuls les raisonnements financiers à court terme sont à l’œuvre dans l’économie. En effet, les fonds de pension du monde entier investissent et demandent aux entreprises dans lesquels ils investissent un rendement suffisant pour pouvoir payer les pensions des retraités qui leur ont fait confiance. Il faut connaître les priorités : les salariés de l’entreprise ou les retraités clients de l’actionnaire ?

En outre, ce système peut poser de grands problèmes aux retraités en cas de crise financière, car dans ce cas les fonds de pension ne peuvent plus payer les retraites au même niveau et ils peuvent même faire faillite.

Une grande part de ces problèmes provient d’une merveilleuse nouvelle : nous vivons de plus en plus vieux.

Une autre part vient du fait que la génération des baby-boomers pour des raisons de confort et d’évolution sociétale ont fait moins d’enfants que leurs ainés.

Et c’est ainsi que les baby-boomers de l’après-guerre réussissent cet exploit à la fois d’avoir été nombreux en tant qu’actifs par rapport aux retraités d’alors et maintenant d’être aussi nombreux en tant que retraités par rapport aux actifs.

La France a en outre ce privilège d’avoir plus d’une quarantaine de systèmes différents qui fragilisent encore le système d’ensemble.

Pendant de longues années les gouvernements n’ont fait que du paramétrage jouant sur les 3 leviers dont ils disposaient :

  • Les montants des cotisations ;
  • Le niveau des retraites ;
  • L’âge de départ à la retraite.

Emmanuel Macron entend aller plus loin et refonder le système. Il a dit qu’il souhaite conserver le système par répartition en le rendant universel et probablement par points.

Voici comment un blog de mediapart présente ce système avec sa variante « à compte notionnel »

« La retraite à points, qui se base sur la répartition, où la solidarité nationale joue pleinement son rôle, offre aussi une grande transparence. Chaque Français possède un compte alimenté par ses cotisations, la valeur des points acquis étant revalorisée chaque année. Cela permet à chaque assuré de connaître le montant de sa pension s’il devait partir à la retraite.

Il existe une variante du système à points, dit « à compte notionnel ». Dans ce type de régime, en vigueur en Suède par exemple, chaque personne se trouve à la tête d’un « capital », alimenté par les cotisations qu’elle verse pour sa retraite. Lorsqu’elle fait liquider ses droits, un coefficient de conversion est appliqué à ce capital pour déterminer le montant de sa pension. On est donc proche d’un régime par points. Mais l’idée novatrice du système de « comptes notionnels », c’est que ce coefficient peut être établi en fonction de l’âge mais aussi de l’espérance de vie de la génération concernée.

Rappelons qu’un système par points attribue des droits à pension mais ne fixe pas le niveau des pensions, qui dépend de la valeur des points, laquelle n’est pas donnée a priori. Un tel système joue sur la distribution des pensions au sein d’une même génération mais ne résout pas vraiment la question du financement des retraites, en tout cas il reste un déficit initial à amortir (qui va le payer ?) et au lieu de déficits futurs, le système visant un équilibrage oblige à un ajustement (baisse de pensions ou allongement de cotisations ou hausse de cotisation) mais au choix du cotisant. […]

La Suède, qui avait un système proche du système français, est le premier pays à avoir adopté un tel régime en 1999, dans une version « comptes notionnels » tenant compte de l’espérance de vie. Le système suédois est souvent montré en exemple. Il serait transposable en France à condition d’unifier l’ensemble des régimes de retraites (spéciaux, fonctionnaires etc.). »

Tout ceci sera forcément compliqué mais repose à peu près sur ce principe : les retraités touchent ce que les actifs sont capables et acceptent de cotiser.

L’exergue du mot du jour fait bien sûr référence à « Servitude et grandeur militaires » qui est un recueil de nouvelles d’Alfred de Vigny publié en 1835.

Et pour rester taquin, je vous donne un lien vers un site qui organise la fraude à la retraite, je veux dire l’expatriation des retraités au Portugal : <Maison au Portugal>. J’espère que vous saurez résister…

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Vendredi 20 avril 2018

« Dire, ne pas dire »
Site créé par l’Académie française pour répondre aux questions des personnes qui veulent bien parler français

L’émission « Répliques » d’Alain Finkielkraut du 31 mars 2018 avait pour sujet : « La langue française : état des lieux »

Il avait deux invités Alain Borer qui a écrit : « De quel amour blessée » et Jean-Michel Delacomptée qui a publié «  Notre langue française ».

L’état des lieux rapporté par cette émission est assez préoccupant.

Parallèlement, en entrant dans une librairie j’ai trouvé un de ces petits livres édités par l’hebdomadaire « Le Un », dans une collection appelée les « 1ndispensables » et ayant pour titre « Le Français a-t-il perdu sa langue ? »

Ce livre est une suite d’articles de linguistes, de lexicographes, de philosophes ou encore d’écrivains sur la langue française.

Il commence par un article provocateur de Nancy Huston. Nancy Huston est née en 1953 au Canada, c’est une femme de lettres, d’expression anglaise et française. Son article s’intitule « la morgue de la reine » et le rôle de la reine est joué par la langue française.

Elle raconte comment elle avait réagi au discours d’une élue municipale qui s’était adressé à un groupe d’enfants : « Quelle chance vous avez, d’apprendre notre si belle langue ! ».

« Comme je dois prendre la parole ensuite, j’en profite pour expliquer aux enfants que, certes, le français est une belle langue mais qu’on peut en dire autant de toutes les langues ; que disposer d’une belle langue ne suffit pas, encore faut-il s’en servir pour dire des choses intelligentes ; qu’il est tout à fait possible de se servir d’une belle langue pour dire des choses débiles ; et que , plus on connait de langues, plus on est susceptible de dire des choses intelligentes. »

Elle cite aussi Mme de Staël qui trouvait nulles les soirées mondaines à Berlin, car en allemand il faut attendre la fin de la phrase pour en connaître le verbe : « pas moyen de couper la parole à son interlocuteur, vous imaginez, cher comme on s’ennuie. »

Un des invités de Finkielkraut avait aussi relevé cette particularité du français qui met le verbe immédiatement après le sujet donnant plus rapidement le sens à la phrase et permettant à l’interlocuteur d’interrompre immédiatement celui qui parle. Selon cet invité cela créait des échanges plus dynamiques, pleinement en phase avec la remarque de Mme de Staël.

Pour ma part, cette manière de faire montre surtout une grande impatience et un manque de savoir-vivre de ne pas laisser son interlocuteur terminer ses phrases. Mais il est vrai que je suis presque germain.

Un des invités, Alain Borer, a aussi commis un article dans cet ouvrage, dans lequel il reprend les critiques qu’il a exprimé dans l’émission de Finkielkraut. Il prend soin d’abord de préciser que la langue anglaise est très belle et que ce qu’il combat n’est pas l’anglais mais « L’anglobal » ce que d’autres appellent « le globish ». Et sur ce point, il écrit :

« Les Anglo-Saxons n’ignorent pas leur dette envers les « Normands » mais ils refusent massivement, au fond, de savoir que leur langue procède du français à hauteur de 63% et à travers 37 000 mots (plus que l’intégralité du Dictionnaire de l’Académie française en 1835). La plupart s’étonnent à la façon de George W Bush : « The problem with te French is that they don’t have a word for entrepreneur ». […] Toutefois il y eut échange millénaire entre la langue française et sa bouture anglaise, une forme de tennis (du français tenez). Or, tel est le phénomène en cours : les francophones ne renvoient plus la balle. Pour la première fois dans l’histoire de la langue française, les mots anglais ne sont plus usinés sur place et renvoyés, mais au contraire ils se substituent aux mots français existants.
Air France au téléphone : « Vous avez fait un non-show » Comprendre je ne me suis pas présenté au départ.
Le Premier ministre qui appelle au « patriotisme alimentaire », parle de « France bashing ». »

Mais pour défendre le français, il faut le parler et l’écrire correctement.

Et c’est un autre article « Mais que fait l’Académie ? » de l’académicien Yve Pouliquen qui m’a appris l’existence d’un site simple et ouvert que l’Académie a mis en place pour aider à mieux parler et à mieux écrire le français.

http://www.academie-francaise.fr/dire-ne-pas-dire

Et sur ce site les internautes que nous sommes peuvent même poser des questions.

Ainsi un internaute a demandé, laquelle de ces deux formules est juste : 1. « Nous avons pensé À lui offrir… » ou « Nous avons pensé lui offrir… ».

Et l’Académie a répondu :

« Les deux formes sont correctes. Il y a entre elles une nuance de sens. Nous avons pensé lui offrir signifie « nous avons l’idée de lui offrir telle ou telle chose », alors que Nous avons pensé à lui offrir souligne « nous n’avons pas oublié de lui offrir… » »

La semaine prochaine je serai en congé, le mot du jour reviendra le 2 mai 2018.

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Jeudi 19 avril 2018

« Sperme rouge »
Nouvelle initiative de chinois communistes et zélés

Il ne faut pas se limiter à parler de la France sinon nous risquons le nombrilisme. Nous pouvons nous intéresser aussi à l’Empire du Milieu. La Chine n’en finit pas de nous surprendre et pas forcément en bien.

Il y a peu de temps, le Président Xi Jinping est parvenu a faire accepter qu’il pouvait ne plus y avoir de limites à sa reconduction en tant que Président de Chine, alors que ses prédécesseurs avaient décidé de ne plus faire que deux mandats pour éviter la dérive du culte de la personnalité maoïste.

Beaucoup plus inquiétant encore : le développement de l’application Crédit Sésame qui a pour finalité d’évaluer le crédit social individuel de chaque citoyen chinois. Le score de chacun est basé sur des facteurs, comme la loyauté envers le gouvernement chinois, la fidélité aux marques chinoises, à partir de ses interactions sur les médias sociaux et des achats effectués en ligne. Avoir un score élevé permet un accès plus facile à des prêts, simplifie l’accès à l’emploi et donne priorité lors de démarches administratives. Un faible score, ou le fait d’être associé à quelqu’un avec un score faible peut avoir une série de conséquences négatives : la baisse de la vitesse de l’internet, l’accès plus difficile à des offres d’emploi, des prêts ou des démarches administratives.

<Le Monde du 9 avril> nous fait part dans un article d’une nouvelle initiative de membres du Parti Communiste particulièrement zélés.

Cet article nous apprend que la Chine dispose de 23 banques de sperme chinoises dont l’« Hôpital n° 3 de l’université de Pékin ».

Cette institution a innové et via la messagerie chinoise, WeChat, mercredi 4 avril a précisé qu’elle voulait :

Des donneurs dotés « de la plus haute qualité idéologique ». Ceux-ci doivent « défendre le rôle dirigeant du parti, faire preuve de loyauté envers la cause du parti et être des citoyens honnêtes, respectueux de la loi, et libres de tout problème politique ».

<Le FIGARO> qui reprend cette information précise que les chauves et « d’autres caractéristiques » sont également exclus :

« L’annonce, qui s’adresse aux hommes de 20 à 45 ans, précise par ailleurs que les donneurs potentiels souffrant d’une maladie génétique ou infectieuse seront écartés. Ceux présentant des signes de surpoids, de daltonisme…et même de calvitie sont également priés de passer leur chemin. »

Le Figaro précise que :

« Cette publicité a été lancée alors que les banques de spermes peineraient à attirer suffisamment de donneurs. La demande pour des inséminations artificielles aurait en effet augmenté depuis que les familles ont été autorisées- il y a un peu plus de deux ans – à avoir deux enfants, explique un article paru dans la presse officielle en 2016. »

<Le site des inrocks> publie aussi un article sur ce sujet.

Malgré tout l’encadrement et la normalisation du Parti les réseaux sociaux chinois gardent une capacité certaine de réagir et le Monde nous apprend que :

« Le message publicitaire a toutefois été effacé vendredi après une volée de quolibets sur les réseaux sociaux chinois autour de ce « sperme rouge » au fort relent d’eugénisme. »

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Mercredi 18 avril 2018

« Je n’ai pas d’amis »
Le président de la République, Emmanuel Macron, pendant l’interview du Palais de Chaillot

Et Jean-Jacques Bourdin, parlant de l’évasion fiscale avec verve lança au Président de la République c’est « ce que fait votre ami Bernard Arnault ».

Le chef de l’Etat n’a pas aimé cette allégation et l’a coupé aussitôt :

« Pardon, moi, je n’ai pas d’amis, M. Bourdin. De là où je suis, je n’ai pas d’amis. »

Et, il a ajouté

« Vous savez, les insinuations dans la vie, ce n’est pas une bonne chose. »

Et Jean-Jacques Bourdin a alors répondu :

« Ce ne sont pas des insinuations »

Et encore quelques échanges aigres doux vont se poursuivre en raison de cette affirmation qui a déplu au Président de la République.

« Je n’ai pas d’amis »

Est-ce là un sujet personnel, intime, lié à la personnalité d’Emmanuel Macron ?

En septembre 2017, l’écrivain Philippe Besson publie « Un personnage de roman », récit intime de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron qu’il connaît et pour qui il avoue une sympathie certaine.

Pour présenter son livre il avait été invité par Léa Salamé à France Inter .lors de son émission du 8 septembre 2017.

Et dans cette émission il a dit ceci :

« Il n’a pas d’ami, très peu d’ami. Il a du mal avec l’intimité, il est intime avec très peu de gens, et il cite souvent cette phrase de Diderot, qui est une façon de prendre de la distance : « Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime. » Il est dans l’impossibilité de dire les choses. Et puis parce que sans doute, l’essentiel se joue dans l’intimité familiale. Ce sur quoi il se replie, c’est son épouse, sa famille. Et c’est là que l’essentiel se joue, l’intimité est là, la fragilité aussi. » »

Même si cette description peut être intéressante montrant ainsi des fêlures de l’humain ce n’est évidemment pas cet aspect qui nous intéresse.

D’ailleurs dans la réponse d’Emmanuel Macron, il y a une autre proposition dans la même phrase :

« De là où je suis, je n’ai pas d’amis. »

De là où il est… donc en tant que Président de la République …

En serait-il de même des Présidents de la République que des Etats, dont le Général de Gaulle disait :

« Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. »

J’aimerai à croire ou à espérer que le Président de la République n’a pas que des intérêts mais a plutôt l’intérêt général chevillé au cœur et à l’esprit quand il propose, agit et décide.

Guillaume Erner a consacré son billet d’humeur du 16 avril 2018 à cette privation présidentielle d’amis :

« Une vraie rupture avec les présidents précédents.

Vous savez que chacun de nos présidents pourrait se caractériser par son rapport à l’amitié : François Mitterrand avait des amitiés très encombrantes, je pense bien évidemment à René Bousquet, et une règle, ne jamais renier ses amis. Jacques Chirac n’avait lui que des amis parmi ses compatriotes, donnant l’impression qu’il était toujours l’heure de l’anisette. Nicolas Sarkozy a parfois donné l’impression qu’il aurait aimé avoir 40 amis, avec un 40 comme CAC 40. François Hollande a eu cinq ans pour faire le plan de table du PS, l’art de la synthèse étant de conserver tous ses amis. Et Emmanuel Macron, lui, donc, n’aurait pas d’amis.

Une manière bien entendu de dire que l’on est inaccessible au conflit d’amitié, que l’on est le président de tous, et l’ami de personne, mais aussi une manière d’évoquer la solitude du pouvoir, celui qui isole et esseule. A moins, à moins qu’il y ait une manière encore plus noire d’entendre cet aveu, une manière de dire «  je n’ai pas d’amis, je n’ai que des obligés, je n’ai que des courtisans ». »

Peut-être, est-ce la lucidité d’Emmanuel Macron de comprendre qu’il est surtout entouré de courtisans.

Mais il pourrait aussi avoir des amis qui ont des intérêts et sur lesquels il aurait pu compter pour arriver là où il est et qui sauront aussi être là le jour où il ne sera plus Président de la République et vu son jeune âge cherchera d’autres occupations ?

Le Huffington Post tente de répondre de manière factuelle à cette question : Existe-t-il des raisons objectives permettant de penser que Bernard Arnault et Emmanuel Macron sont amis, non pas amis de cœur ce qui ne nous regarderait pas, mais amis d’intérêts ?

« Si le chef de l’État n’est pas un « intime » du milliardaire, il existe plusieurs éléments de rapprochement entre les deux. Dans l’entre-deux-tours de la présidentielle dans Les Echos, journal dont il est propriétaire, Bernard Arnault avait publié une tribune pour appeler, comme d’autres, à voter Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. Dans ce billet, le milliardaire saluait « un programme de liberté et de stimulation du succès économique ». Un programme « bâti sur la conviction que l’entreprise privée constitue le seul levier efficace de création durable, saine et massive d’emplois en France », louait-il sans pour autant mettre en avant d’éventuels liens personnels avec le futur président de la République. »

Le Huffington Post cite ensuite un article du journal Capital du mois d’avril 2017.

« Entre les Arnault et les Macron, c’est peut-être une longue amitié qui commence. Elle a démarré au lycée privé Franklin, dans le XVI e arrondissement de Paris, où Brigitte fut la prof de français de Frédéric et Jean. Puis la Picarde a sympathisé avec Delphine lors d’un déjeuner à New York à l’été 2014, accompagnées de leurs conjoints respectifs, Emmanuel et Xavier (Niel). Depuis, l’épouse du candidat à la présidentielle porte du Vuitton à chacune de ses sorties officielles ».

Alors là il faut décrypter pour que le commun des mortels se retrouve dans ces liens croisés et ces familles :

Delphine, est Delphine Arnault fille de Bernard, né en 1975. Elle est diplômée de l’EDHEC Business School, à Lille et de la London School of Economics, elle a travaillé, à ses débuts, pour le cabinet de conseil en stratégie McKinsey & Company. Elle rejoint, en 2000, le groupe LVMH fondé par son père. Depuis 2013 elle est directrice générale adjointe de Louis Vuitton. Elle est la compagne de Xavier Niel, une fille est née dans ce couple en 2012.

Frédéric et Jean sont ses frères ou plus précisément ses demi-frères car issues du second mariage de son père. Je suis un peu gêné que mon mot du jour devienne brusquement une chronique mondaine. Je n’avais pas imaginé cela.

Le huffington Post poursuit :

« Il y a quelques jours à peine, lors de l’assemblée générale annuelle des actionnaires du groupe de luxe réunie au Carrousel du Louvre le 12 avril, Bernard Arnault ne s’en est pas caché. « Nous sommes très fiers d’habiller la première dame », a-t-il lancé, précisant que « aucun impact commercial » n’était constaté depuis cette collaboration.

Ces informations n’ont pas été démenties par l’Elysée même si, là encore, elles ne constituent pas une preuve d’une amitié directe entre le fondateur du géant du luxe et le chef de l’Etat. »

Ce journal ne peut donc conclure que prudemment et sans certitude.

Il serait éthique que le président de la république n’ait pas des amis qui ont des intérêts à défendre face à l’État.

J’espère que c’est le cas.

Pouvons-nous le croire ?

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Mardi 17 avril 2018

«  La convergence des luttes »
Réflexions sur ce concept manié par certains aujourd’hui en France

Dans un article qui n’est qu’à l’état d’ébauche, Wikipedia donne comme définition : « La convergence des luttes est une démarche syndicale en usage dans le syndicalisme de lutte, mais aussi parfois dans le monde associatif militant, qui tend à faire converger dans un mouvement social commun des luttes différentes mais proches. »

Le mouvement Nuit debout a créé un site Convergences des luttes : http://convergencedesluttes.fr/, mais ce site semble bloquer à la date du 20 avril 2016. Il est vrai que « Nuit Debout » avait beaucoup utilisé ce slogan de la convergence des luttes.

Sur un autre site créé par un mouvement appelé Pôle de Renaissance Communiste en France. La page d’accueil de ce site réagit à l’édito politique de Thomas Legrand sur France Inter du 3 avril 2018 :

« Sur France inter ce matin Thomas Legrand s’inquiète de la convergence des luttes qui montent … décrète son illusion et préconise au pouvoir enfin … de la pédagogie en mettant l’accent sur ce qu’il n’y aurait pas de commun entre :

Les cheminots qui veulent garder leur statut, des hospitaliers qui n’arrivent pas à soigner leurs patients … les employés de la grande distribution, les retraités qui craignent pour leur pouvoir d’achat … les étudiants qui ne veulent pas de sélection »

Mais ce qu’ignore ou feint d’ignorer l’éditorialiste au quotidien c’est que la diversité des effets et des situations est le résultat diversifié d’une même politique.

Cette politique et celle de ceux qui l’ont précédé consistant à privilégier les privilégiés, à désorganiser les services publics, à remettre en cause TOUS les conquis de la Libération sous le mensonge récurrent de la nécessité de la « réforme » et de la modernisation, de l’adaptation à la mondialisation …

Mais il arrive toujours un moment où les mensonges craquent et où les efforts de « pédagogie » des classes dominantes échouent comme les épaves et les détritus sur les rivages de nos plages.

Et que la question d’une autre politique, d’un autre pouvoir, d’autres forces dirigeantes … soit posée ! »

Une autre politique ! Oui mais laquelle ?

Ce même jour, le 3 avril, l’autre radio du service public, les matins de France Culture avaient pris comme sujet de débat : « La convergence des luttes : un rêve général ? »

Le sociologue, invité par Guillaume Erner, Manuel Cervera Marzal avait résumé dans une phrase le malaise d’aujourd’hui :

« Quand on parle de réforme aujourd’hui, on parle en réalité de contre-réforme : il s’agit de revenir sur des acquis sociaux. »

Sommes-nous dans un moment de convergences des luttes, comme en mai 68 où les ouvriers ont rejoint les étudiants dans un mouvement où les revendications sociales ont rejoint les revendications sociétales et de libération des mœurs et des idées ?

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, n’y croit pas. Le journal Libération publie un article : Laurent Berger: «je ne crois pas à la convergence des luttes». Il s’oppose sur ce point avec la CGT :

«Je ne crois pas à la convergence des luttes», a déclaré le patron de la CFDT sur RMC et BFMTV, soulignant qu’il s’agissait d’un «point de désaccord» avec la CGT.

Dans l’autre camp, celui qu’on appellerait dans un langage bienveillant, le partenaire gouvernemental on n’y croit pas non plus :

Cette fois il faut lire le Figaro ou le Journal du dimanche pour entendre l’avis d’Agnès Buzyn :

« La ministre de la Santé balaie dans une interview au Journal du dimanche le scénario d’une « convergence des luttes », au moment où s’exprime le mécontentement des retraités, des cheminots et des fonctionnaires face aux choix du gouvernement. »

Dans l’interview du Palais de Chaillot de dimanche, Emmanuel Macron a utilisé une autre terminologie : « La coagulation des mécontentements » pour préciser qu’il n’y croit pas non plus.

Nous disposons d’un gouvernement d’experts, du moins il se présente ainsi, c’est pourquoi le Point fait appel à des « experts » de l’analyse politique et sociologique pour en arriver à la conclusion :

« La « convergence des luttes »: on n’y est pas encore ».

Dans le corps de l’article, l’hebdomadaire est plus prudent et substitue au terme « expert » le terme « spécialiste » :

« D’abord, il faudrait un objectif politique commun comme faire tomber le gouvernement. Or, personne dans les syndicats n’a cette vision », souligne le politologue Philippe Braud. Ensuite, selon lui, il n’y a pas de « figure charismatique » qui incarne la mobilisation. Enfin, il rappelle la désunion syndicale. […]

Selon l’historienne Danièle Tartakowsky, « la convergence » est « avant tout un slogan pour cristalliser des espoirs et le symptôme de l’absence de stratégie unifiante ».[…]

De son côté, le politologue Jean-Marie Pernot se montre « moins catégorique » sur l’impossibilité d’une « convergence » des luttes, une « stratégie syndicale qui a du sens ». Il rappelle qu’en 1995 aussi, personne ne croyait à l’émergence d’un « grand mouvement ». « Or, les rancœurs sociales aujourd’hui sont très grandes et il y a une vie propre à ces mouvements de mobilisation que les syndicats ne maîtrisent pas », explique-t-il. […]

Quant à créer un éventuel mouvement d’entraînement, c’est celui des cheminots qui est considéré comme « stratégique » par les trois spécialistes. . […]

« Les cheminots sont sur le devant de la scène. Il faudrait vraiment qu’ils gagnent pour que les autres fronts prennent de l’ampleur », affirme Philippe Braud.

Toutefois, il se montre pessimiste sur ce scénario, estimant qu’il y a un « alignement des planètes en faveur de l’acceptation des réformes » par le grand public. « Le taux de soutien aux grévistes est faible alors qu’en France d’habitude, les gens soutiennent majoritairement les mouvements sociaux », ajoute-t-il. »

La convergence des luttes !

Si nous essayons de reprendre un peu de hauteur et d’essayer de comprendre ce qui se passe, que peut-on dire ?

Une phrase de Thomas Legrand dans son édito précité ouvre une piste de réflexion :

« Ces mécontentements ne dessinent pas un modèle alternatif cohérent »

Et il ajoute une phrase tout aussi importante :

« Il peut naître un front du refus. »

Dit plus simplement cela signifie que les NON peuvent s’ajouter pour bloquer le système mais que pour pouvoir s’inscrire dans la durée et dans une organisation viable et pérenne, il faut se mettre d’accord sur un OUI.

Alors évidemment on peut partir de la réflexion de Manuel Cervera Marzal : « Quand on parle de réforme aujourd’hui, […] il s’agit de revenir sur des acquis sociaux. »

Exprimé ainsi, il semble que l’essentiel du problème provienne d’une volonté explicite de ce que les militants de gauche pourraient appeler, « des forces du capital » de rogner toujours davantage les droits, les acquis, les protections des salariés.

Il s’agit évidemment d’un des aspects du problème : l’omnipotence du capitalisme financier sur l’économie mondiale, le refus des plus riches et notamment des grandes multinationales de participer à l’effort commun pour préserver L’État social.

Mais il faut comprendre qu’une grande partie du monde ne veut pas de cet État social. Que la plus grande part de celles et ceux qui participent à la révolution de la Silicon Valley sont des Libertariens qui fustigent l’interventionnisme de L’État.

J’ai découvert tout récemment Ayn Rand qui est une Philosophe, scénariste et romancière américaine d’origine russe, juive athée(1905-1982) qui a écrit La Grève ou La Révolte d’Atlas (titre original en anglais : Atlas Shrugged, littéralement : « Atlas haussa les épaules »). Selon une étude de la bibliothèque du Congrès américain et du Book of the month club menée dans les années 1990, ce livre est aux États-Unis le livre le plus influent sur les sondés, après la Bible. Il a été publié en 1957 aux États-Unis. Elle y développe sa pensée critique de la démocratie sociale interventionniste en envisageant ce que deviendrait le monde si ceux qui le font avancer, les « hommes de l’esprit », décidaient de se retirer : en l’absence de ceux qui soutiennent le monde (tel le légendaire titan grec Atlas), la société s’écroule.

C’était le livre de chevet de Ronald Reagan et de ses principaux conseillers, c’est encore cette pensée qui irrigue les détenteurs du pouvoir dans les entreprises américaines numériques qui dominent le monde. Mais j’y reviendrais dans d’autres mots du jour.

Mais bien au-delà de cette réalité du monde dans laquelle la pensée individualiste est extrêmement puissante, la conservation des acquis sociaux se heurtent à bien d’autres contraintes :

Nos acquis sociaux occidentaux ont reposé pour une grande part sur l’exploitation de nos pays et de nos entreprises sur le reste du monde. J’avais consacré le mot du jour du 21 février 2017 au politologue Zaki Laïdi qui avait cette formule : «La mondialisation c’est la fin de la rente que l’Occident avait sur le monde depuis la révolution industrielle.». Nous ne sommes plus dans cette position avantageuse, dont nous ne devrions d’ailleurs pas être fiers, mais plutôt dans une position beaucoup plus compliquée pour nous de la concurrence avec le reste du monde.

Dans ce contexte quel est notre OUI ?

C’est une question qui me préoccupe depuis longtemps et qui me plonge dans un océan de perplexité, notamment quand je discute avec certains collègues, voisins, connaissances ou que j’entends par voie de presse ou de réseaux sociaux s’exprimer car j’ai le sentiment qu’il y a beaucoup d’illusions et de contradictions dans ce qui est espéré et exprimé.

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J’ai acquis une conviction, c’est que si des idées comme celles que défend Mélenchon arrivaient au pouvoir, nous serions conduits à une alternative :

  • La première serait qu’au bout de très peu de temps, il suivrait la voie d’Alexis Tsipras et son parti grec SYRIZA c’est-à-dire qu’il renoncerait à son programme et se soumettrait aux diktats des puissances financières ;
  • La seconde serait qu’il ne soumette pas, et mette en œuvre contre vents et marées son programme qui déplairait donc très fort aux puissances financières et mondialisées.

Dans cette seconde hypothèse et pendant longtemps, tous les français qui resteraient en France perdraient énormément de pouvoir d’achat. Il y a des denrées indispensables comme le pétrole dont la France ne dispose pas, d’autres biens services qu’elle ne sait plus faire surtout pas au coût que lui offre la mondialisation.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’alternative, mais la politique qui conduirait à réaliser une politique en France totalement décalée avec l’économie mondiale ne conduit pas à une augmentation du pouvoir d’achat. Le prétendre est un mensonge, le croire est une naïveté.

L’alternative crédible est plutôt dans ce cas celle que propose un homme comme Pierre Rahbi : « Vers la sobriété heureuse » pensée qu’il développe aussi lors de sa conférence à l’université de Lyon 3 dont je vous donne le <lien>.

Dans ce type de société, vous vivez sans doute plus sainement, mieux en harmonie avec la nature, mais vous consommez beaucoup moins. Moins de produits de toute sorte, moins de services achetés, moins de voyages, moins de soins etc. La société française y est-elle prête ?

J’entends surtout : « On veut plus de pouvoir d’achat ! ».

Bien sûr que ce n’est pas la consommation qui rend heureux ou alors quelques minutes simplement et encore ce n’est pas du bonheur, plutôt du plaisir ou de la satisfaction.

Mais sortir de cette société de consommation et de concurrence demande une révolution personnelle et sociétale.

Je ne crois pas qu’on soit prêt à cette révolution, ou qu’il y a suffisamment de volontaires pour créer cela au niveau d’un pays.

Et cela pose d’autres questions :

  • Comment payer les dépenses de santé de plus en plus onéreuses ?
  • Comment payer les retraites dans une société de plus en plus vieille ?
  • Comment payer les études des enfants, alors que là aussi cela coute de plus en plus cher surtout s’il faut faire un passage à l’étranger ?

Et puis il existe un certain nombre de nos concitoyens qui seraient viscéralement contre ce type d’évolution et qui irait mener leurs affaires ailleurs, les destinations ne manquent pas.

Ajouter les « Non » ne suffit pas il faut se retrouver sur un « Oui »

Et encore faut-il penser que ce serait une évolution franco française, alors que le reste du monde continuerait sa course folle vers la consommation et le progrès technique. Au moins aussi longtemps que la nature et la terre ne disent stop à ce désir de démiurge.

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Lundi 16 avril 2018

« Mais sans la confiance du peuple, aucun Etat ne saurait tenir ! »
Confucius

Peut-être que certains pensaient que je réagirais aujourd’hui à l’entretien d’hier entre le Président de la République avec Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin. Entretien qui a été tenu au Palais de Chaillot où fut proclamée, en 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Je ne le ferai pas !

Quoi que …

Je vais aujourd’hui vous parler de l’émission du 5 avril 2018 «du Grain à moudre» d’Hervé Gardette qui posait cette question surprenante : «Platon, Confucius : qu’ont-ils encore à nous dire ?»

Platon (né −428/−427 et mort en −348/−347 à Athènes) est probablement le plus célèbre philosophe de la Grèce classique, au temps de la démocratie athénienne. Il est un élément central de la pensée occidentale et a marqué l’Histoire de la Philosophie

Confucius n’est pas de notre culture. Il a vécu un siècle avant Platon (né – 551 et mort en – 479), plus précisément d’après ces dates, toujours sujets à caution à cette époque, il serait mort environ 50 ans avant la naissance de Platon. Confucius est évidemment le philosophe chinois le plus connu. Selon beaucoup, il est le personnage historique qui a le plus marqué la civilisation chinoise, et est considéré comme le premier « éducateur » de la Chine. Son enseignement a donné naissance au confucianisme, doctrine politique et sociale érigée en religion d’État dès la dynastie Han et qui ne fut officiellement bannie que dans la Chine communiste et maoïste du XXe siècle.

Mais, dans la Chine contemporaine, post maoïste, on observe un retour massif vers Confucius comme l’explique Anne Cheng, titulaire de la chaire « Histoire intellectuelle de la Chine » au Collège de France

Je pense que le journaliste, Hervé Gardette, a eu l’idée de cette émission en raison du livre que vient de publier, l’un des deux invités de l’émission : Roger-Pol Droit. Son livre a pour titre : « Et si Platon revenait »

Ce livre est présenté ainsi :

« Platon observe nos smartphones, croise nos migrants, découvre les attentats terroristes, scrute nos dirigeants politiques. Roger-Pol Droit lui fait rencontrer Teddy Riner, Bob Dylan, Thomas Pesquet, l’emmène à la COP 21, au MacDo, à Pôle Emploi, au Mémorial de la Shoah, l’incite à visionner House of Cards, à écouter Emmanuel Macron et Donald Trump. Entre autres. Pour jouer ? Evidemment. Mais pas seulement.
Cette promenade dans notre actualité du père fondateur de la philosophie permet de découvrir des traits essentiels de sa pensée, en expérimentant des écarts entre nous et lui, en testant ce qu’il comprendrait aisément, ou pas du tout. Finalement, ce périple montre ce que Platon nous indique d’essentiel, que nous ne verrions pas sans lui. »

Dans l’émission Roger Pol Droit, revisite la célèbre allégorie de la caverne exposée par Platon dans le Livre VII de La République :

« Si Platon revient et qu’il voit nos smartphones, il pensera que c’est la caverne portable. »

C’est donc cette proposition de Roger Pol Droit de tenter de regarder le monde contemporain à travers le regard de Platon, du moins le regard de Platon revisité par Roger Pol Droit qui a été à l’origine de cette émission..

Selon la présentation de Roger Pol Droit, Platon est quand même un penseur problématique en cela qu’il se méfie énormément de la démocratie et qu’il prône l’émergence d’un homme nouveau, comme certains régimes totalitaires ont voulu réaliser cette utopie assez perverse selon les leçons de l’Histoire.

Roger Pol Droit explique que Platon a vécu un traumatisme dans sa vie : il a assisté à la condamnation à mort par la démocratie athénienne, de son maître, de celui qu’il respectait et aimait plus que tout au monde, l’homme qu’il considérait comme le plus sage : Socrate. Platon a tiré comme conséquence qu’un régime qui arrive à un tel résultat ne peut pas être bon. Il a donc cherché à trouver d’autres voies.

L’intelligence d’Hervé Gardette a été d’inviter à côté de cette vision de Platon qui prône un « homme nouveau », le grand penseur chinois « Confucius » qui lui ne suit pas cette voie et préfère s’inscrire dans la réalité et la tradition.

Pour ce faire, Anne Cheng déjà évoqué au début de l’article a été le second invité de l’émission.

Anne Cheng qui a publié en 1997 : « Histoire de la pensée chinoise » au Seuil s’était notamment fait remarquer par une traduction, accompagnée d’une introduction et de notes pour présenter la Pensée de Confucius : «Entretiens de Confucius» .

Lors de cette émission passionnante, Anne Cheng m’a appris que le rapprochement entre Confucius et Socrate était beaucoup plus judicieux qe celui avec Platon, car le grand sage chinois n’a jamais rien écrit, ce sont ses disciples qui ont recueilli ses pensées.

Lors de l’émission, c’est la pensée de Confucius qui m’a paru la plus féconde et peut être même la plus adaptée au monde moderne.

Par exemple quand Anne Cheng dit :

« Pour Confucius l’important c’est de ne jamais oublier que nous sommes humains. »

C’est quand même une belle idée à l’époque des transhumanistes ou de ces gouvernants publics et privés qui croient que l’homme se résume à un homo économicus.

Mais ce que je voudrai surtout partager avec vous, c’est un petit extrait des entretiens de Confucius qu’Hervé Gardette a cité : Un homme Zigong pose des questions à Confucius :

« Zigong – Qu’est-ce que gouverner ?

Le Maître – C’est veiller à ce que le peuple ait assez de vivres, assez d’armes et s’assurer de sa confiance.

Zigong – Et s’il fallait se passer d’une de ces trois choses, laquelle serait-ce ?

Le Maître – Les armes.

Zigong – Et des deux autres, laquelle serait-ce ?

Le Maître – Les vivres. De tout temps, les hommes sont sujets à la mort. Mais sans la confiance du peuple, Aucun État ne saurait tenir

Anne Cheng a dit sa satisfaction d’avoir cité cet extrait qui lui paraît particulièrement important et elle a ajouté :

« Je regrette que les hommes politiques d’aujourd’hui ne lisent pas davantage Confucius. Il leur apprendrait à mieux comprendre les priorités. »

« Sans la confiance du peuple… »

Je vous propose d’écouter cette émission très intéressante : « Platon, Confucius : qu’ont-ils encore à nous dire ? »

Je finirai par une autre citation de Confucius, cité dans un autre entretien par Anne Cheng :

« Je ne cherche pas à connaître les réponses, je cherche à comprendre les questions. Confucius »

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