Jeudi 4 février 2016

«Philanthropie, Etat et pauvreté»
Nicolas Duvoux, sociologue

Mark Zuckerberg, le créateur de facebook, est devenu Papa il y a peu. Ceci l’a, bien sûr, rendu très heureux. Et ce bonheur l’a conduit à devenir philanthrope.

Il entre avec son épouse Priscilla Chan dans le cercle américain des milliardaires philanthropes qu’illustrent remarquablement Bill Gates et son épouse Melinda.

Ce sont des gens immensément riches parce qu’ils ont eu une idée géniale qui correspondait à l’air du temps, ils ont beaucoup travaillé et entrepris et aussi … pour un petit peu… profiter d’une diminution considérable des impôts aux Etats Unis et peut être aussi profiter des opportunités que leur offraient le système financier et quelques paradis fiscaux.

Bref, les impôts ou cotisations qu’ils n’ont pas payés et qui aurait permis d’alimenter un système redistributeur public, ont conduit leur fortune d’importante à devenir gigantesque. Et ils sont devenus philanthropes. Bref un système de redistribution privé.

Le mot du jour correspond à un questionnement développé par le sociologue, Nicolas Duvoux, dans l’émission la grande Table du 30/09/2015 où il avait été invité pour parler de son enquête aux Etats-Unis et qu’il a formalisé dans ce livre paru en août 2015 :

«Les oubliés du rêve américain. Philanthropie, Etat et pauvreté urbaine aux Etats-Unis»

Il s’est intéressé dans la ville de Boston à l’action d’une fondation américaine philanthropique en faveur des habitants d’un quartier défavorisé.

Cela pose bien entendu la coexistence, la complémentarité et dans l’exemple américain plutôt le remplacement dans l’action sociale de l’Etat par des organismes privés.

Il n’en a pas toujours été ainsi, les impôts sur les revenus aux Etats Unis ont été très lourd pendant longtemps et les Présidents Kennedy et Johnson ont développé un Etat Social.

Mais cette évolution a été stoppée, sous la présidence de Reagan. En effet, depuis le tournant néolibéral de la fin des années 1970, les politiques sociales américaines ont été progressivement déléguées à des organisations à but non lucratif et financées par des fondations privées.

Il faut se méfier, souvent ce qui se passe aux Etats-Unis est précurseur de ce qui va se passer en France. Aux Etats-Unis, l’Etat s’est désengagé, les inégalités ont explosé et une petite partie de la population est devenu excessivement riche. Pour des motifs religieux, moraux et peut être donner un peu de sens à leur vie certains riches se sont engagés dans l’action philanthropique.

Duvoux a constaté que les « oubliés du rêve américain », qui subissent de plein fouet les effets combinés du démantèlement de l’État social, du renforcement de l’État pénal et carcéral, du racisme et du chômage structurels, « continuent, malgré tout, de croire dans le mythe fondateur de leur société ».

L’hypothèse qu’il défend est que le « don philanthropique » et la participation des habitants aux actions financées ou organisées par les fondations contribuent à reproduire le système de représentations qui légitime les inégalités sociales. Les gens qui profitent de cette action privée n’ont pas le sentiment d’être des assistés parce qu’ils doivent se « prendre en main ». Ce côté apparaît à Duvoux plutôt positif, car le terme d’« assistés » est vécu de manière très négative aux Etats Unis.

En revanche dans ce contexte, il n’est plus question de droits sociaux, notamment dans leur aspect universalistes. En effet, ces actions privées ne touchent pas toutes les personnes dans le besoin. Il existe même un caractère discriminatoire des riches philanthropes qui distribuent leurs aides selon des critères qui leurs sont propres.

Libération a interviewé Nicolas Duvoux lors de la sortie de son livre.

Le titre de l’article est explicite : «Aux Etats-Unis, chaque pauvre doit être entrepreneur de lui-même»

Je vous en livre quelques extraits :

« […] La tradition de la philanthropie remonte au XIXe siècle, mais elle a connu un renouveau ces dernières années avec l’émergence du capitalisme financier. De nouveaux philanthropes sont alors apparus, souvent issus du secteur des nouvelles technologies. Ils ont accumulé des richesses colossales de manière extrêmement rapide, notamment grâce à des taux d’imposition très bas. Warren Buffet soulignait ainsi qu’il payait moins d’impôts que sa secrétaire. La redistribution à laquelle ils se livrent, à travers le secteur associatif, est si considérable qu’elle se substitue, en partie, aux prestations sociales publiques, qui, elles, ont été drastiquement réduites. A l’échelon local, ces nouveaux philanthropes possèdent une véritable force de frappe, désormais proche de celle des pouvoirs publics. […] Les Etats-Unis ont connu une phase de montée en puissance de l’Etat social dans les années 60-70, pendant les mandats Kennedy et Johnson. Ces politiques sociales visaient principalement les minorités. Il s’agissait notamment de compenser, par des prestations sociales, la pauvreté héritée de l’esclavage et des discriminations, après le mouvement des droits civiques. A partir des années 80, pendant l’ère Reagan, on assiste à un retournement complet : les protections sociales en direction des minorités sont en partie démantelées. Ce démantèlement n’est pas indifférencié : les prestations pour les mères célibataires, parmi lesquelles les femmes afro-américaines sont surreprésentées, sont presque supprimées. Au même moment, le taux d’incarcération augmente en flèche chez les Noirs pauvres. On a mis les mères célibataires au travail et les hommes en prison, pour schématiser. On est passé du welfare au workfare. L’Etat social a été pratiquement éradiqué. Durant cette même période, les inégalités de revenus augmentent fortement, et des acteurs privés s’approprient l’action en direction des pauvres, qui cesse d’être un droit. […]

Ce qu’il faut surtout souligner, c’est qu’aux Etats-Unis, la fonction sociale de l’Etat est extrêmement mal vue. On ne parle pas d’assistanat, comme en France, mais de «dépendance» – la coloration péjorative est la même. Dépendre de l’Etat est une catastrophe morale, économique et sociale. Je l’ai constaté pendant l’enquête, même des gens très pauvres qui vivent dans des ghettos peuvent être extrêmement critiques à l’égard de l’aide sociale d’Etat.

[… La fondation privée] veut aider les gens à s’aider eux-mêmes. L’association organise des formations pour apprendre aux habitants du quartier à prendre la parole en public, à monter un business plan. L’idée de base, c’est que donner de l’argent corrompt. Toute solution extérieure est considérée comme intrinsèquement mauvaise. Toute solution doit reposer non pas sur le savoir d’experts, mais, au contraire, sur celui des gens pauvres. Ce sont eux les plus à même d’identifier les vrais problèmes et les remèdes. Il faut semer les graines d’un progrès soutenable : c’est la même idée qui sous-tend l’aide au développement dans les pays du Sud. […]

[Cette vision] qui veut donner le pouvoir aux gens de s’en sortir par eux-mêmes, semble un principe intéressant… [Elle] répond aux limites de l’intervention publique qui, elle, ne donne pas de place à l’initiative des gens. C’est d’ailleurs pour cela que ces programmes suscitent une vraie adhésion. Les personnes pauvres ne veulent plus recevoir, de manière passive et méprisante, des prestations venues de l’extérieur. Mais la limite de ces programmes, c’est qu’on transfère la responsabilité de trouver une solution aux problèmes à des gens qui ont peu de ressources. Et ils contribuent à légitimer la richesse des riches ! La philanthropie a tout de même pour effet de transformer en générosité ce qui est avant tout de l’accumulation privée de richesse, exonérée de fiscalité.

C’est l’une des différences majeures entre les philanthropes d’aujourd’hui et ceux du temps de Rockfeller, qu’on surnommait les «barons voleurs» et qu’on accusait de corrompre les politiques et d’exploiter les ouvriers : Bill Gates ou Warren Buffet sont, eux, extrêmement populaires. […] Ils n’attendent rien de l’Etat. Que chacun puisse s’en sortir par ses propres moyens est leur seul espoir.»

Bon on France on va avoir des difficultés de basculer vers ce modèle.

Bill Gates était venu en France pour soutenir l’action philanthropique. Il avait été reçu sur France Inter par Patrick Cohen qui l’avait interrogé sur ce sujet. Il faut être juste, Bill Gates a répondu poliment et c’est Patrick Cohen qui a fini par cette conclusion qui a fait sourire l’américain : «Il existe des milliardaires philanthropes et des milliardaires français, mais on cherche des milliardaires français philanthropes»

Cela étant je soulignerai deux réflexions de Nicolas Duvoux :

  • La philanthropie a tout de même pour effet de transformer en générosité ce qui est avant tout de l’accumulation privée de richesse, exonérée de fiscalité.
  • Les philanthropes d’aujourd’hui sont extrêmement populaires alors qu’on traitait ceux d’hier de voleurs. (Ils ont probablement de meilleurs communicants …)

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Mercredi 3 février 2016

Mercredi 3 février 2016
« Merci de développer le numérique, mais sans que l’on devienne des numéros. »
Nicole Ferroni
Nicole Ferroni fait un billet d’humeur tous les mercredis avant 9 h 00 sur France Inter. Le 20 janvier elle a profité de la présence de la ministre Axelle Lemaire qui venait présenter sa Loi sur le numérique pour raconter ses déboires avec le numérique de Pôle Emploi.
Elle a appelé son billet : « Avant le haut-débit, il faudrait le grand débat »
Puis elle a ajouté :
«  Aujourd’hui tout se fait sur internet, on paie ses impôts, on trouve sa femme, on trouve un resto, on fait son dossier CAF, son dossier emploi.
On fait tout sur internet, enfin tout ce que le site veut bien nous laisser faire.
Par exemple à Pôle emploi, les chômeurs ne peuvent pas avoir accès à la totalité de leur dossier […]
Avant j’avais l’habitude d’envoyer des méls à ma conseillère, Mme Chautain, bénie soit-elle !
En 2014 on m’a expliqué qu’avec la nouvelle spécialisation de Pôle Emploi ce ne serait plus possible.
La spécialité de Pôle emploi c’était la dématérialisation. Tous les échanges devaient se faire désormais via la plateforme numérique.
Au début, naïve, pour envoyer un courrier j’allais dans la rubrique courrier.
Mais la rubrique courrier ce n’est pas pour envoyer des courriers mais pour en recevoir.
Et après j’allais sur contactez-nous et là je retournais sur la page d’accueil.
C’est bien connu pour envoyer un courrier il faut aller dans la rubrique, « la foire à questions. »
Et là vous allez me dire c’est dommage Nicole que vous soyez devenu intermittente vous avez le QI d’un astronaute. Mais non, en fait il en faut surtout l’imagination.
Parce que le formulaire de Pôle Emploi c’est stratosphérique.
Vous ne pouvez pas envoyer un message de plus de 2000 caractères, pas de pièces jointes et vous ne gardez aucune trace du contenu de ce que vous avez envoyé.
Alors j’ai dit : Ah j’ai compris quand vous parliez de dématérialisation vous ne parliez pas de la dématérialisation du courrier, mais de moi, je n’avais plus de contenu, plus de mémoire, mon destinataire était personne et moi je n’étais plus rien.
J’étais juste quelqu’un qui envoie des bouteilles à la mer, mais pas des bouteilles qui échouent sur la plage. Non des bouteilles qui échouent tout court, qui coulent.
Du coup pour savoir si mon dossier était toujours bloqué, j’ai fini par aller à l’agence Pôle Emploi, engraisser les files d’attente.
Je suis arrivé dans le bureau de la conseillère [elle n’avait pas la réponse à ma question]. A la fin elle m’a dit qu’elle me rappellerait après avoir vu mon dossier avec sa supérieure. Je lui ai demandé si je pouvais avoir son mèl professionnel. Elle m’a répondu : « passer donc par la plateforme numérique ».
Bien sûr elle ne m’a pas rappelé, je suis donc retourné à Pôle Emploi. Et là j’ai vu que sur les murs, il y avait de petits panneaux où il était écrit : « Les agressions verbales sont un délit »
Avant je disais : Oh mon Dieu les agressions verbales ça existe ?
Maintenant je sais que ça existe et je sais pourquoi.
Merci de développer le numérique, mais sans que l’on devienne des numéros. »
Ce ne sont pas « les chroniques de la haine ordinaire » cher à Pierre Desproges, mais plutôt « les chroniques de l’échange déshumanisé ».

Mardi 2 février 2016

Mardi 2 février 2016
« La vie naturellement est une vallée de larmes
C’est aussi une vallée de roses.»
Jean d’Ormesson

La première fois que j’ai entendu parler de Jean d’Ormesson c’était par Jean Ferrat en 1975, dans la chanson « un air de liberté »

«Ah monsieur d’Ormesson
Vous osez déclarer
Qu’un air de liberté
Flottait sur Saigon
Avant que cette ville s’appelle Ville Ho-Chi-Minh»

Depuis, beaucoup d’eau est passé sous les ponts et le communisme ne fait plus rêver grand monde.

Aujourd’hui on se dit que D’Ormesson, qui était à l’époque Rédacteur en chef du Figaro, avait peut-être raison.

Jean d’Ormesson est désormais un vieil homme de 90 ans, plein de facétie et d’intelligence avec une immense culture.

Quand dans l’émission de Ruquier, il glisse à Manuel Valls qui tente de défendre la déchéance de nationalité :

«Je me demande s’il n’y a pas une ombre d’enfumage.»

On ne peut qu’être séduit.

Il a dit aussi : «M. Valls vous vous êtes droitisé». C’est un jugement qu’il faut prendre avec intérêt pour un homme qui sait ce que «droite» veut dire.

Il vient de publier en 2016 un nouveau livre «Je dirai malgré tout que cette vie fut belle».

Pour parler de ce livre il avait été invité à France 2 par Laurent Delahousse.

Dans cet entretien il a ces remarques :

«J’ai longtemps passé pour un écrivain du bonheur.
Après avoir vu et entendu tout ce qui a été dit pendant ce journal, il est très difficile d’être un écrivain du bonheur.
Je sais très bien que le monde est cruel, il est dur. Que les gens sont malheureux. Ils sont malheureux en France, ils sont malheureux dans le monde entier.
Je ne crois pas qu’il faut rire toujours, qu’il faut ricaner. Mais prendre avec une certaine gaieté même les catastrophes. Même les catastrophes…
La vie naturellement est une vallée de larmes, c’est aussi une vallée de roses.
C’est indiscernable.
C’est une fête
Et c’est un désastre.»

Même Mélenchon dit beaucoup de bien de cet homme.

Et pour revenir à Ferrat, Jean d’Ormesson partage avec lui une passion pour Louis Aragon

Et le titre de son dernier ouvrage  «Je dirai malgré tout que cette vie fut belle» comme d’ailleurs son ouvrage de 2010 «C’est une chose étrange à la fin que le monde» et celui de 2013: «Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit» sont tous  extraits du même poème d’Aragon :

« Que la vie en vaut la peine
C’est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d’incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes.
Rien n’est si précieux peut-être qu’on le croit
D’autres viennent. Ils ont le cœur que j’ai moi-même
Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s’éteignent des voix.
D’autres qui referont comme moi le voyage
D’autres qui souriront d’un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D’autres qui lèveront les yeux vers les nuages.
II y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l’aube première
II y aura toujours l’eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n’est le passant.
C’est une chose au fond, que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont en eux
Comme si ce n’était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre.
Oui je sais cela peut sembler court un moment
Nous sommes ainsi faits que la joie et la peine
Fuient comme un vin menteur de la coupe trop pleine
Et la mer à nos soifs n’est qu’un commencement.
Mais pourtant malgré tout malgré les temps farouches
Le sac lourd à l’échine et le cœur dévasté
Cet impossible choix d’être et d’avoir été
Et la douleur qui laisse une ride à la bouche.
Malgré la guerre et l’injustice et l’insomnie
Où l’on porte rongeant votre cœur ce renard
L’amertume et Dieu sait si je l’ai pour ma part
Porté comme un enfant volé toute ma vie.
Malgré la méchanceté des gens et les rires
Quand on trébuche et les monstrueuses raisons
Qu’on vous oppose pour vous faire une prison
De ce qu’on aime et de ce qu’on croit un martyre.
Malgré les jours maudits qui sont des puits sans fond
Malgré ces nuits sans fin à regarder la haine
Malgré les ennemis les compagnons de chaînes
Mon Dieu mon Dieu qui ne savent pas ce qu’ils font.
Malgré l’âge et lorsque, soudain le cœur vous flanche
L’entourage prêt à tout croire à donner tort
Indifférent à cette chose qui vous mord
Simple histoire de prendre sur vous sa revanche.
La cruauté générale et les saloperies
Qu’on vous jette on ne sait trop qui faisant école
Malgré ce qu’on a pensé souffert les idées folles
Sans pouvoir soulager d’une injure ou d’un cri.
Cet enfer Malgré tout cauchemars et blessures
Les séparations les deuils les camouflets
Et tout ce qu’on voulait pourtant ce qu’on voulait
De toute sa croyance imbécile à l’azur.
Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici
N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle. »

Louis ARAGON
Les yeux et la mémoire – Chant II – 1954


Il faut bien des moments de poésie

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Lundi 1 février 2016

«Lady Macbeth du district de Mzensk»
Dimitri Chostakovitch

Le mot du jour correspond au titre d’un opéra, un des plus grands chefs d’œuvre de l’opéra du XXème siècle, de Dimitri Chostakovitch qui est actuellement à l’affiche de l’Opéra de Lyon.

Ce mot se décline à 3 niveaux :

1/ Le premier est une déclaration d’amour à l’Opéra de Lyon quand cette maison accueille des metteurs en scène qui savent mettre en valeur un texte et une musique. L’orchestre, le chœur et les autres artistes font alors des merveilles.

Cette maison d’opéra est, dans cette situation, comparable au plus grandes.

Je ferais court sur ce point, il suffit pour ce spectacle de lire Télérama : <Lady Macbeth de Mzensk embrase l’Opéra de Lyon>

Ou encore ce site spécifiquement consacré à la musique classique <Bouleversante Lady Macbeth à l’opéra de Lyon>

2/ Ce n’est pas le cas quand certains metteurs en scène se laissent aller à leurs instincts de machistes ordinaires. Et à ce deuxième niveau, nous revenons un peu à la thématique de la semaine dernière et de la manière de considérer la femme.

Beaucoup d’entre vous ne sont pas familiers du monde de l’opéra, pourtant vous connaissez tous « Carmen » l’opéra le plus joué au monde, opéra de Bizet sur un texte de Prosper Mérimée. Carmen est une femme libre qui a décidé de choisir ses amants et de décider à quel moment elle passerait de l’un à l’autre. Mérimée décrit ainsi une femme moderne, libre. Le metteur en scène qui a réalisé cet opéra à l’opéra de Lyon en 2013 a cru intelligent de la présenter comme une prostituée au milieu d’autres prostituées. Une femme libre ne saurait être qu’une putain, voilà la brillante idée qu’a soutenu, le connu et emblématique directeur du festival d’Avignon : Olivier Py. Un metteur en scène du genre mâle.

L’autre grand opéra français : « Pélléas et Mélisande » de Debussy sur un texte tout en finesse et en symbole de Maurice Maeterlinck, décrit une jeune fille apeurée, qui a fui un mari dont elle ne parle qu’en allusion et qui s’échappe dans les échanges avec le vieux prince Golaud qui l’a recueilli et épousé sans lui laisser trop le choix, par des mensonges qui restent sa seule défense. Maeterlink met en scène une femme qui a subi des violences avant que l’opéra ne commence et va continuer à être opprimé par Golaud. Soit par manque d’imagination ou par mimétisme avec Olivier Py, le metteur scène du genre mâle, Christophe Honoré qui a mis en scène cet opéra en juin 2015, à Lyon, a fait de Mélisande une prostituée.

C’est encore un metteur en scène du genre mâle, Stefan Herheim, qui avait la tâche de mettre en scène Rusalka de Dvorak en 2014 et qui va avoir la brillante idée d’en faire une prostituée.

Cet opéra est moins connu, mais l’histoire est connu de tous : c’est l’histoire de la petite sirène qui parce qu’elle est amoureuse d’un prince humain doit abandonner sa nature de sirène. Ce mâle-ci a trouvé particulièrement pertinent d’interpréter le symbole de la communauté des sirènes, comme un groupe de prostituées sous la domination d’un mac et a été particulièrement fier de pouvoir faire l’analogie entre la difficulté pour la sirène d’entrer dans le monde des humains, et la prostituée d’entrer dans le monde des bourgeois.

Et enfin, il y a la damnation de Faust de Berlioz inspiré du Faust de Goethe. Cette fois il s’agit de la pécheresse Marguerite abusée par Faust lui-même entraînée vers la perversion par Méphistophélès, personnification de Satan, qui va subir le même traitement. Cette fois c’est David Marton, metteur en scène du genre m…, qui va tout simplement ajouter du texte à l’opéra, texte certes uniquement parlé, où des enfants (comme c’est charmant) vont vociférer vers Marguerite et bien sûr la traiter de P..

Quand sur un peu plus de 2 saisons, des metteurs en scènes différents arrivent à concevoir le même type de représentation, il ne s’agit plus d’un hasard ou d’une malencontreuse coïncidence, il s’agit d’un système de pensée.​

Une femme libre, une femme victime de violence, la petite sirène, la jeune fille abusée par un manipulateur : « toutes des putes ».

Nous sommes dans le même esprit que celui que j’ai dénoncé dans les 5 mots du jour de la semaine dernière.

3/ D’où cette divine surprise quand cette fois, le metteur en scène Dmitri Tcherniakov n’a pas succombé à cette facilité.

Car dans cet opéra, ce dont il est question c’est d’une femme frustrée dont le mari est impuissant et lâche, qui est martyrisé par son beau-père chef d’entreprise alcoolique et violent. Cette femme va tomber amoureuse d’un bellâtre et avec lui tuer son beau-père et son mari.

Le crime est dénoncé à une police décrite comme totalement corrompue et le couple finira au bagne où elle se suicidera parce que son amant la trahit.

A ce troisième niveau, je vais vous parler de Staline et de l’Union soviétique.

Cette œuvre extraordinairement réaliste, d’une modernité géniale au moment de sa création en 1934 est portée par une musique d’une force incandescente.

Dès sa création à Saint Petersbourg elle fut acclamée et connut un très vif succès pendant plusieurs mois.

Elle connut le succès jusqu’au 28 janvier 1936 où à la représentation du Bolchoi de Moscou, le camarade Staline avec ses sbires vinrent au spectacle.

Le lendemain matin la Pravda écrivit : « Le chaos remplace la musique » et tout l’article expliqua comment cette musique était dévoyée et que l’Union Soviétique et les masses populaires ne pouvaient accepter telle décadence.

Exactement comme les nazis qui ont développé le concept <d’art dégénéré>

Chostakovitch fut humilié en public, ses œuvres retirées du répertoire, et pour résister à la peur d’être déporté voire pire il augmenta sa consommation de vodka.

Un jour il faillit vraiment être envoyé au goulag, mais chance l’enquêteur du KGB qui s’occupait de réunir le dossier contre lui, fut lui-même mis en cause dans le cadre d’une autre procédure de purge, arrêté, condamné à mort et exécuté. Le dossier de Chostakovitch fût oublié alors dans les méandres de cette administration folle et chaotique.

Chaque fois que l’on creuse un peu on constate qu’il n’y a aucune différence de fond entre Hitler et Staline qui furent tous deux des criminels, des déséquilibrés, des tyrans pathologiques et aveuglés par la violence de leur pouvoir.

C’est tout récemment qu’Alain Minc, qui ne fait pas partie de mes inspirateurs, m’a dévoilé pourquoi des amis que je respecte n’ont jamais voulu mettre Hitler et Staline au même niveau.

Alain Minc a dit, du temps de Staline il y avait beaucoup de communistes qui étaient des braves types et qui avaient foi que le communisme apporterait le bien au plus grand nombre, les nazis qui croyaient à la supériorité de la race n’étaient jamais des braves types.

Ceci est certainement juste, mais les deux maîtres de ces idéologies, eux, étaient des sales types dont on ne peut départager la noirceur.

Mais tout ceci ne doit pas m’éloigner des deux messages principaux que je voulais dévoiler dans ce mot :

Lady Mac Beth de Mzensk est un chef d’œuvre

L’opéra de Lyon en réalise une interprétation admirable.

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Vendredi 29 Janvier 2016

Vendredi 29 Janvier 2016
« La conquête de l’espace public par les femmes est très important. Le fait de pouvoir sortir seule, le soir, la nuit ce qui est encore considéré comme un danger pour les femmes, c’est quelque chose qui doit cesser, partout ! »
Michelle Perrot

Il faut conclure cette semaine consacrée aux violences faites aux femmes dans l’espace public, même en France.

Dans l’esprit de beaucoup, le fait que les femmes doivent faire attention, éviter certaines tenues, éviter certains quartiers, ne pas sortir seule à partir d’une certaine heure est intégré et surtout semble normal.

Que dans le monde tel qu’il existe il vaut mieux être prudent, cela se comprend, mais que cela soit normal !

Non ce n’est pas normal !

C’est une vraie prise de conscience qu’il faut développer, mais aussi l’inscrire dans la réalité avec les moyens appropriés pour rendre l’espace public sur, sécurisé et apaisé.

Les évènements de Cologne pourraient conduire à une régression si la peur l’emportait.

Une autre régression à l’égard des femmes menace la France en raison du communautarisme qui s’est développé dans des populations issues de l’immigration de population venant de pays et de culture qui sont encore à un stade plus archaïque des relations femme/homme.

Mais Michelle Perrot, dans les matins de France Culture, reste optimiste :

«  Il y a des stades dans le développement des « cultures » dans ce domaine. Toutes les cultures n’en sont pas au même stade et le facteur religieux est important. Les religions n’ont jamais été favorables aux femmes ni les unes ni les autres. Le christianisme a évolué, l’Islam peut le faire aussi. Ce n’est pas un fait éternel mais il peut y avoir des différences dans le temps. »

Bien entendu, sur certains points il faut être beaucoup plus ferme dans nos principes et à l’égard de certains mouvements salafistes qui n’acceptent pas certaines valeurs fondamentales de notre société.

Michelle Perrot a rappelé l’évolution dans notre société : « Au XVIIème siècle il se produit « une rupture d’évidence ». On pensait que les deux sexes étaient hiérarchisés et inégaux. Descartes dit : « la science n’a pas de sexe ». Ce qui veut dire, homme et femme sont égaux devant la science.

Et les disciples de Descartes produisent des traités sur le thème « De l’égalité des sexes » qui laissent entendre que les deux sexes pourraient bien être égaux. Et commence ainsi un long processus à travers les lumières.

L’occident va ainsi commencé à professer l’égalité des sexes mais c’est un processus très long.

« Très souvent cette prise de conscience s’accompagne de l’idée de la complémentarité. Ils sont égaux mais ils sont complémentaires et différents. De sorte que les hommes doivent toujours faire de la politique, gouverner, diriger. Et les femmes s’occuper de la maison etc.

Il faut encore conquérir l’idée que ce n’est pas la complémentarité mais que c’est l’universalité des individus qui est importante ».

Dans le monde des  idées, une deuxième étape sera élaborée par Alexis de Tocqueville notamment dans son ouvrage « De la démocratie en Amérique »

Tocqueville parle de l’égalité des conditions, en fragilisant toutes les relations hiérarchiques de subordination notamment entre les  hommes et les femmes.»

Wikipedia l’exprime de la manière suivante :

« Pour Tocqueville, il y a quasi équivalence entre la démocratie (au sens politique) et l’égalité des conditions. Il considère que tous les êtres humains possèdent comme attribut la liberté naturelle, c’est-à-dire la potentialité d’agir librement.»

Michelle Perrot ajoute :

«Puis il y a le XXème siècle qui sera pour les femmes le gain de la contraception qui permet le choix dans la naissance et par conséquence dans la sexualité.

Puis il y a eu cette rupture fondamentale du droit à l’avortement. Il y a eu une sorte de révolution qu’on a appelé l’Habeus corpus des femmes.

Cela est un vrai changement.  La conquête de l’espace public par les femmes est très importante.

Le fait de pouvoir sortir seule, le soir, la nuit ce qui est encore considéré comme un danger pour les femmes, c’est quelque chose qui doit cesser, partout ! »

Une partie du chemin a été réalisée dans les pays occidentaux, il reste encore des terrains à conquérir, dans d’autres partie du monde, c’est des pays entiers qui doivent être conquis.

Encore deux points :

Une pensée qui me semble très juste :

Véronique Nahoum-Grappe, déjà cité  et qui précise :

«La question de la domination masculine ne repose pas intégralement sur les individus homme et femme, dans leurs trajectoires de vie, dans leurs amours, dans leurs corps.

Des pratiques extrêmement cruelles à l’égard des femmes comme l’excision sont pratiqués par les hommes et les femmes, car la société est mixte à tous les niveaux.

On ne peut pas dire que les femmes soient plus gentilles que les hommes, au niveau éthique il y a des femmes qui sont aussi cinglées, aussi cruelles, aussi perverses [que certains hommes le sont] »

Cette réflexion ouvre vers d’autres perspectives où on doit constater que c’est plus largement le féminin qui a été et reste opprimé dans nos sociétés où ce qui est valorisé est la force, la virilité et les autres attributs que l’on prête au masculin.

Alors que la sensibilité et les attributs féminins sont dévalorisés. « Ne pleure pas, sois un homme ». Voilà une interjection, souvent entendu, et qui illustre cette réflexion. Le chemin que doivent parcourir les hommes, c’est aussi l’acceptation et la valorisation de leur part de féminin.

Ce sera peut-être l’objet d’un mot du jour futur.

Le second point est le témoignage d’Hélène après avoir lu les trois premiers mots du jour de cette semaine :

«Malheureusement je suis bien d’accord avec toi !

Hier j’étais à une soirée d’info professionnelle où était présent le Docteur Foldes le premier chirurgien à avoir proposé une chirurgie de reconstruction pour les femmes victimes de mutilations sexuelles « culturelles »

Avec d’autres personnes engagées il a ouvert un centre près de l’hôpital de Saint Germain en Laye, dans un local prêté par l ‘hôpital. [Ce centre est ouvert à toutes les violences faites aux femmes]

Ils essayent de prendre en charge la personne victime dans sa globalité avec une équipe pluridisciplinaire

En relation directe avec le parquet ils arrivent à avoir des mesures de protections d’urgences qui mettent plusieurs semaines lorsqu’une plainte est déposée en commissariat !  (Et on ne compte pas les plaintes sans suites car reçues par un policier qui n’a pas été formé à cela et qui rédige la plainte de façon irrecevable) […]

C’est le seul centre de ce genre en France ils n’ont aucune aide publique!!

Quand on pense que les violences touchent 1/4 de la population féminine et que la majorité des violences est perpétrée par des personnes proches de la victime et souvent avant sa majorité.

Le coût des violence faites aux femmes est estimé à plus de 4 milliards d’euros par an soit plus que le cancer du sein et ce genre d’institut a besoin d’un kilo de papier pour des subventions de l’ordre de 1000 euros !»

Mise à jour le 12/05/2020 après la constatation que le lien vers le site de cette association était devenu obsolète.

Le nouveau site de ce Centre : https://www.women-safe.org/

Voici la présentation de ce site :

En 2008, Frédérique Martz et le docteur Pierre Foldes font le constat que lorsque les femmes victimes libèrent enfin leur parole, elles déclarent cumuler plusieurs formes de violences (physique, psychologique, sexuelle, économique, rituelle…). Or, celles-ci étaient souvent traitées dans des dispositifs différents, morcelant la prise en charge. Il a fallu imaginer une nouvelle manière d’accompagner les victimes avec une approche globale et pérenne.

En 2014, ils créent ensemble l’association Institut en Santé Génésique, située à Saint-Germain-en-Laye, et s’engagent dans un vrai combat pour les victimes de toutes formes de violences.

En 2017, L’Institut en Santé Génésique devient WOMEN SAFE (Soigner, Accompagner, Femmes et Enfants) association spécialisée en victimologie et psychotraumatologie, et étend son action auprès des enfants victimes ou témoins de violences avec la création du pôle « Mineurs ».

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Jeudi 28 Janvier 2016

Jeudi 28 Janvier 2016
« La ville faite par et pour les hommes »
Parler de la violence contre les femmes dans l’espace public, ramène forcément à s’interroger sur les villes, sur la place des femmes dans les villes, dans les rues, sur les places, dans les transports.
Je commencerai d’abord par une expérience personnelle de la cour de récréation de la primaire que je n’ai décrypté que bien plus tard quand j’ai commencé à être sensible à la remise en cause de la société patriarcale.
Quand j’ai débuté dans l’école primaire en 1964, elle n’était pas mixte, il y avait l’école des garçons et l’école des filles. Aujourd’hui, encore beaucoup de bâtiments dédiés à l’école primaire, toutes mixtes désormais, portent à leur fronton « École de garçons » ou « École de filles ».
Mais quand je suis entré au cours moyen 2, l’école est devenue mixte. Dans l’organisation de mon école de la Verrerie-Sophie, la classe de CM2 allait se faire dans les bâtiments qui étaient avant ceux des filles.
Et quand des garçons se retrouvaient à cette époque dans la cour de récréation, que faisaient-ils ? Ils, jouaient au football.
En résumé, les garçons sont venus, ont colonisé l’espace de la cour de récréation des filles et ont joué au football sans les filles, ne laissant plus qu’une petite place, dans les marges de la cour, aux filles ! Et tout le monde trouvait cela normal. Même les institutrices qui étaient toutes restées dans le bâtiment des filles n’ont rien dit : un partage de l’espace de 80 % pour les garçons 20% pour les filles était normal !
Ce sujet concernant la place laissé aux femmes dans nos villes a été le thème de l’émission : « Un jour en France du 9 novembre 2015 »
C’est une question que l’on n’a abordé que récemment.
Il y a d’abord, pour le symbole, le nom des rues et des places qui portent le nom d’hommes,  beaucoup de généraux. Peu portent des noms de femme et c’est toujours des petites rues, des petites places, des écoles maternelles.
Les équipements sportifs sont faits essentiellement pour les garçons. Et lorsqu’ils sont réputés mixtes, par exemple les skate parcs, ils sont quasi exclusivement occupés par les garçons.
L’émission « Sur les docks du 24/11/2015 » avait abordé ce sujet et révélait notamment :
«Une étude récente menée dans le bois de Vincennes souligne que la présence des femmes diminue dans les espaces aménagés dès que les hommes les investissent. Ainsi les pistes cyclables du bois sont principalement fréquentées par des hommes pratiquant le vélo de course. L’espace urbain « concocté » par les urbanistes en concertation avec les élus nous rappelle ce monde pensé au masculin : rampes de surf, terrains de foot, cages à volleyball, terrains de boules ? Conséquence : la fréquentation des équipements urbains affiche deux tiers d’hommes pour un tiers de femmes. »
Tout cela se déroule dans un espace public où le harcèlement sexuel à l’égard des femmes est général.
D’ailleurs, quand sur une place comme « la Place du Pont » de Lyon dont j’ai parlé récemment, il y a des regroupements de personnes qui stationnent, ce sont toujours exclusivement des humains du genre mâle.
Souvent les femmes marchent vite, pour ne pas avoir à subir d’avances ou de remarques déplacées. Les femmes évitent les regards pour ne pas avoir de mauvaise surprise etc…
Bien sûr la France est un paradis par rapport à d’autres pays. Et en France cela dépend des quartiers et bien sûr cela dépend de l’heure. Et alors dans certains quartiers et à certaines heures…
Force est de constater que cette liberté fondamentale de sortir et de se déplacer dans la ville à n’importe quelle heure de la journée et donc le soir et la nuit n’est pas pleinement respectée, même en France !
Dans beaucoup de pays du monde c’est impossible pour les femmes ou très très dangereux, par exemple à New Delhi
Dans cet article on apprend que c’est beaucoup trop dangereux et que les autorités ont trouvé une disposition absolument surréaliste : verbaliser les femmes qui sortent seules le soir ! Ce sont encore les victimes qui sont pénalisées.
Mais le harcèlement est aussi la réalité de la rue et des transports de notre beau pays. Les femmes pour y faire face sont obligées de pratiquer l’évitement ou d’avoir des stratégies pour pallier ces atteintes à la liberté de circuler librement et sans risque.
Ce sont des choses absolument inacceptables.
Peut-être faudrait-il interdire à certains hommes de sortir le soir et pour certains même la journée. Eh bien oui, il  n’arrive pas à se contrôler ou simplement « à taire leurs pulsions animales ! ». Souvent on continue à leur chercher des excuses où à minimiser leurs actes et propos obscènes.
Mais c’est une vraie prise de conscience qu’il faut avoir à ce sujet. Ne pas rester dans la seule posture individuel de l’évitement.
Au Portugal la question se pose de criminaliser le harcèlement dans la rue : http://www.courrierinternational.com/article/controverse-faut-il-criminaliser-le-harcelement-sexuel-dans-la-rue
Vous trouverez aussi des réflexions très riches sur ce sujet sur une page de l’Express : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/loi-sur-le-harcelement-sexuel_1623990.html
Je rappelle aussi ce site gouvernemental déjà cité : http://www.stop-harcelement-sexuel.gouv.fr/
Et bien sûr le livre dont j’ai choisi le titre comme exergue à ce mot du jour
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Mercredi 27 Janvier 2016

Mercredi 27 Janvier 2016
« Vous n’êtes pas coupable ! vous êtes victime. »
Vous n’êtes pas coupable, vous êtes victime !
Combien de combats et de prise de conscience a-t-il fallu pour arriver à cette affirmation qu’il faut dire et répéter aux femmes victimes de viols comme de violence.
Et encore, même dans nos pays, cette pensée délétère, « elle a dû le chercher un peu ! » n’est jamais très loin. Elle est même exprimée par des femmes comme récemment par la maire de Cologne après les événements que nous savons.
Ma mère m’a appris tant de choses qui m’ont construit et que je continue à mettre en œuvre dans ma vie. Mais elle ne m’a appris le féminisme. Je l’ai appris ailleurs et contre son enseignement !
Et lorsqu’on quitte les pays occidentaux et qu’on va en Inde ou dans la grande majorité des pays où l’Islam est prééminent, la pensée que la femme est forcément coupable n’est pas peu présente, elle est omniprésente, première dans la démarche juridique.
Lisez donc ce billet de Tahar Ben Jelloun sur son blog.
Je reviens vers Michelle Perrot, l’historienne, dans les matins de France Culture du 20 janvier 2016 :
« La violence contre les femmes est universelle et elle est de très longue durée et nous n’en voyons aujourd’hui qu’un aspect.
C’est lié à l’idée de la hiérarchie des sexes. C’est surtout l’inégalité qui a régné, c’était l’évidence. Et pour arriver à une sorte de rupture de cette évidence, il a fallu du temps.
C’est au XVIIème, Descartes « La science n’a pas de sexe », qu’on commence à parler d’égalité.
Et puis il a fallu l’action des femmes elles-mêmes.
Le viol a mis très longtemps pour être reconnu comme crime.
C’est tout à fait récent. Le procès de 1978 à Aix en Provence, où deux jeunes femmes qui campaient avaient été violées. Elles ont protesté. Il y a eu un procès. Gisèle Halimi a été l’avocate et c’est à la suite de ce procès qu’il y a eu la fameuse loi sur le viol [de 1980] qui dit que le viol est un crime, ce n’est pas simplement un délit.
La prise de conscience de tout cela est récente et lié au changement de perception du rapport entre les hommes et les femmes. »
Revenons à cet épisode du procès d’Aix en Provence, pour lequel vous trouverez cet article assez détaillé.
Cela s’est passé en 1978, j’avais 20 ans. Je sais bien que je suis très vieux, mais ne plaisantons pas : c’était hier, dans notre pays de liberté : la France.
J’en tire les extraits suivants pour décrire comment ont été traitées, dans un premier temps,  les victimes et leur avocate:
« Jusque dans les années 1970, le viol relevait du tabou. Les victimes étaient considérées comme étant plus ou moins consentantes. Une affaire retentissante d’agression sexuelle en réunion va totalement changer le regard de la société. En août 1974, Anne Tonglet et Araceli Castellano, des touristes belges, homosexuelles, plantent leur tente dans une calanque de naturistes, à Marseille. Le lendemain, à l’aube, elles sont réveillées par trois hommes qui se jettent sur elles, les tabassent, et les violent cinq heures d’affilée. Grâce aux signalements fournis, les agresseurs sont vite interpellés. Les jeunes femmes portent plainte. Commence alors un vrai calvaire pour obtenir que les coupables soient jugés. « La presse locale considérait qu’elles l’avaient bien cherché, se souvient Alain Dugrand, qui couvrait l’affaire pour « Libération ». Comment imaginer camper dans les calanques, à Marseille, en faisant du naturisme ? C’était déjà créer une situation de pousse-au-crime. »
[…]
L’instruction d’un dossier de viol débutait par une enquête de moralité de la plaignante. La police devait s’enquérir de son degré de fiabilité. Si elle avait eu, antérieurement, des relations sexuelles, elle était soupçonnée de mentir. Il lui fallait ensuite convaincre les médecins. Anne Tonglet raconte la séance où elle et son amie ont été examinées par un professeur devant des étudiants. Tous des hommes : « On a dû écarter les jambes chacune à notre tour et il a introduit son doigt dans le vagin « pour voir si l’hymen acceptait le doigt ou pas. […]
L’affaire est requalifiée en simples coups et blessures. Déçues par leurs avocates, Anne et Araceli contactent Gisèle Halimi. […] Elle obtient d’abord que le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence se déclare incompétent pour juger les trois agresseurs – ceux-ci feront annuler cette décision. Débute une campagne contre le viol lancée en 1975 par les mouvements féministes. La honte change de camp. Pour la première fois, une femme violée témoigne à visage découvert à la télévision. […]
A chacune de leurs sorties, l’avocate et sa jeune assistante, Agnès Fichot, sont insultées. Les nombreux partisans des prévenus leur crachent dessus. Mais les trois hommes, qui n’ont cessé de clamer leur innocence, sont condamnés à six ans de prison pour l’un, et à quatre pour les deux autres. En décembre 1980, une loi définit exactement le viol, soit toute forme de pénétration, quelle qu’elle soit, et le criminalise. »
Parallèlement est sorti un film en 1978 « L’Amour violé » réalisé par Yannick Bellon et où Nathalie Nell jouait le rôle principal.
C’est un film que j’ai vu à sa sortie lors de ma période strasbourgeoise. Il m’avait profondément marqué. Ce fut la première étape de ma prise de conscience féministe qui n’a fait que se renforcer depuis.
Bien sûr, être femme ne signifie pas forcément porter des valeurs éthiques. Le jugement de Bertrand Russell reste valable : c’est une erreur de croire dans la supériorité morale des opprimés. On peut être femme et être « une mauvaise personne » et par exemple piéger un homme notamment par le biais d’une accusation de viol.
Mais ce n’est pas de cela que je parle.
Jamais la tenue vestimentaire d’une femme ne peut justifier la moindre agression.
Si une femme se promène nue dans la rue, elle commet un attentat à la pudeur, si telles sont les règles qui s’appliquent dans cette commune (je ne néglige pas les espaces naturistes). Si un homme doit réagir, il doit prendre un vêtement pour essayer de couvrir cette femme.
Il n’y a pas le début d’un commencement de consentement à l’acte sexuel de la part de cette femme. L’interpréter ainsi constitue un trouble du jugement de certains esprits masculins.
C’est pour cela qu’il m’est particulièrement pénible d’accepter le voile des femmes dans l’espace public, parce qu’il repose sur cette idée scandaleuse que les agressions sexuelles par des mâles éructant seraient justifiées par le comportement et l’habit des femmes.
Non ! Les agressions sont le fait de la perversion de la pensée mâle !
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Mardi 26 Janvier 2016

Mardi 26 Janvier 2016
« The fallacy of the superior virtue of the oppressed»
« L’erreur qui consiste à croire dans la supériorité morale des opprimés »
Bertrand Russell (mathématicien et philosophe britannique 1872-1970)
(Titre du chapitre 5 des « Unpopular Essays  »(Essais impopulaires ouvrage de 1950)
Récemment, j’ai lu « Une vie» de Simone Veil qui raconte la vie de cette grande dame qui a tant fait pour la cause des femmes et qui a été aussi survivante des camps nazis.
C’est un livre passionnant. Un extrait m’a particulièrement marqué, il se situe aux pages 82 et 83 du livre.
Il s’agit d’un épisode qui se situe à la fin de la guerre, l’armée rouge déborde partout l’armée allemande, les nazis s’affolent et évacuent les camps de la mort dans la panique et une horreur encore accentuée.
Ils mélangent les femmes et les hommes et :
« Le 18 janvier 1945, le commandant de Bobrek, reçut l’ordre de départ. Nous sommes donc partis à pied pour l’usine Buna, située dans l’enceinte d’Auschwitz–Birkenau. Nous y avons rejoint tous les autres détenus des camps d’Auschwitz, environ 40 000 personnes, et avons entamé cette mémorable longue marche de la mort, véritable cauchemar des survivants, par un froid de quelque 30 degrés en dessous de zéro. Ce fut un épisode particulièrement atroce. Ceux qui tombaient étaient aussitôt abattus. Les SS et  les vieux soldats de la Wehrmacht qu’ils encadraient jouaient leur peau et le savaient.
Il leur fallait à tout prix fuir l’avance des Russes, tenter d’échapper coûte que coûte à la mort qui les poursuivait. Enfin, nous sommes parvenus à Gleiwitz, à 70 km plus à l’ouest, je dis bien 70, où s’opérait le regroupement des déportés qui avaient réussi à survivre. La proximité croissante des troupes soviétiques affolait tellement les Allemands que nous nous sommes alors demandé si nous n’allions pas tous être exterminés. Nous attendions notre sort, hommes et femmes mélangées dans ce camp épouvantable où il n’y avait plus rien, aucune organisation, aucune nourriture, aucune lumière.
Certains hommes exerçaient sur les femmes un chantage épouvantable : « Comprenez nous, on n’a pas vu de femmes depuis des années. » C’était l’enfer de Dante. Je me souviens d’un petit Hongrois très gentil. Il avait dans les treize ans et son désarroi était tel que nous l’avions recueillie par pitié. Il disait : « les hommes, ils m’ont abandonné. Je suis tout seul. Je ne sais pas où aller. Je ne sais pas trop comment trouver à manger. N’empêche que les hommes ils seront bien contents tout de même de nous retrouver quand il n’y aura plus de femmes ». C’était à fendre le cœur. Je me demandais en mon fort intérieur : « que vont devenir ces jeunes s’ils parviennent à échapper à cet enfer ? ».
C’était l’enfer de Dante !
Simone Veil dit en quelques mots, de manière pudique la violence à l’endroit des femmes et aussi des enfants, dans un univers de violence généralisée. La violence contre les femmes s’ajoute à la violence générale : « Certains hommes exerçaient sur les femmes un chantage épouvantable.»
Ces « certains hommes » ont vécu l’horreur, ils sont des opprimés de l’extrême et l’épisode comme le décrit Simone Veil est terrifiant, ils marchent la faim au ventre, par -30°, la moindre faiblesse signifie la mort que les nazis distribuent sans état d’âme à tous les déportés qui les retardent dans cette course vers l’abîme.
Et ces misérables mâles trouvent plus faibles qu’eux et essayent de justifier leurs actes par cette supplique ignoble « comprenez-nous, on n’a pas vu de femmes depuis des années. »
Michelle Perrot dans les matins de France Culture du 20 janvier explique :
« Au XIXème siècle, les ouvriers battaient leurs femmes. Il y avait une violence contre les femmes que le mouvement ouvrier a niées pendant longtemps.
C’est toujours plus difficile à penser. Moi je crois qu’il ne faut surtout pas la nier. »
Et elle ajoute : « Que reste-t-il à dominer pour un homme particulièrement dominé sinon les femmes ? Et c’est pourquoi dans ces situations où on pourrait penser qu’il y a solidarité entre les hommes et les femmes. Eh bien non !  Il y a une dominée de plus c’est la femme ! »
Ainsi, ce n’est pas parce qu’on est migrant qu’on cesse de dominer les femmes.
Parmi les migrants opprimés, il y a plus opprimé encore : ce sont les femmes qui vivent la même oppression que les hommes et en sus l’oppression sexuelle de certains hommes.
Je crois que rien ne peut mieux décrire cette réalité que la formule de Bertrand Russell : L’«erreur qui consiste à croire dans la supériorité morale des opprimés »
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Lundi 25 Janvier 2016

Lundi 25 Janvier 2016
« La nuit des chasseurs »
Annick Cojean
Il s’est donc passé des agressions contre des femmes, à grande échelle, par des bandes organisées dans la ville de Cologne le 31 décembre.
Les forces de l’ordre n’ont pas su maîtriser ces actes de violence et dans un premier temps ont communiqué dans un déni de la réalité. Ils ont osé affirmer que la nuit du réveillon s’est bien passée.
« La nuit des chasseurs » est le titre d’un article où la journaliste du Monde, Annick Cojean, donne la parole à des victimes. Vous trouverez cet article derrière ce lien.
Pour une fois je n’en citerai aucun extrait, car ce ne sont pas ces faits que je vais développer, mais un sujet beaucoup plus large, qui vient de loin, qui est toujours présent dans le monde entier, à des stades différents, mais toujours présent : je veux parler de la violence faite aux femmes…
C’est dans la sphère privée que cette violence est la plus forte, la plus présente, la plus extrême.
8 femmes violées sur 10 connaissent leur violeur et le viol se passe à leur domicile ou au domicile du criminel.
En France, on estime il y aurait un viol toutes les 6,3 minutes, ce qui fait à peu près 230 viols par jour.
Concernant les meurtres et les autres violences commises à l’égard des femmes, en France, c’est aussi et massivement le domicile qui est le lieu de l’acte et le criminel un proche, souvent le compagnon de la victime.
Mais ce n’est pas de la sphère privée que je vais prioritairement parler.
Cette semaine j’ai l’intention de parler, plus particulièrement, de la violence contre les femmes dans l’espace public.
Ce n’est pas la première fois que je parle de ce problème.
J’avais déjà fait appel à Annick Cojean, cette grande journaliste du Monde le 8 septembre 2014 pour ce mot du jour : « C’est juste pas de chance d’être une femme dans la plupart des pays du Monde »
Et le mot du jour du 18 novembre 2014 parlait d’une étude pilotée par Sylvie Ayral et Yves Raibaud « la  fabrique des garçons ».
Mais que s’est-il réellement passé à Cologne ? On ne le sait toujours pas très bien 25 jours après les faits.
Et n’est-ce pas cela le plus surprenant dans cette affaire ?
Certaines choses sont sûres :  de manière massive des femmes ont été harcelées sexuellement et pour certaines violées par des hommes en groupe et d’origine immigrée semble-t-il majoritairement.
Mais il y a aussi eu beaucoup de vols.
Dans l’émission la Grande Table de France Culture du 20 janvier L’anthropologue des mondes contemporains Véronique Nahoum-Grappe, ancienne élève de François Héritier qui a beaucoup travaillé sur la question des différences des sexes, sur la domination masculine et la violence faite aux femmes explique qu’en Occident on pensait plutôt que les foules étaient protectrices, qu’avec du monde on ne risquait rien
Et ce fut la sidération de Cologne. Le fait de constater que cette foule peut devenir hostile, créer un mur qui va vous isoler pour vous peloter, vous déshabiller, vous menacer sexuellement pour mieux  vous voler votre sac à main et peut être même vous violer, est terrifiant.
Les femmes n’étaient pas préparées à cela.
Peloter, s’en prendre aux attributs physiques de la femme pour la fragiliser et lui voler son sac dans une manipulation mafieuse, qu’est ce qui est premier ? S’en prendre au corps des femmes ou voler ?
Véronique Nahoum-Grappe parle d’une ratonnade d’un nouveau type. « Les mafias entrent dans toutes les failles, c’est une mafia un peu proto-proxénète qui allie le rapt et le racket »
Alors on a parlé du choc des cultures. Ces arabes et ces migrants qui ne savaient pas se tenir !
Il ne s’agit pas de nier que les pays arabo-musulman du golfe, du moyen orient comme les pays du Maghreb à l’exception de la Tunisie ont une pratique des relations homme-femme bien pire que dans nos pays.
Dans l’émission des matins du 20/01 l’écrivaine et une militante féministe algérienne Wassyla Tamzali a reconnu  : « Il y a un rapport spécifique d’inégalité dans les pays musulmans. Ce sont les seuls pays qui ne reconnaissent pas l’égalité des hommes et des femmes »
Je ne développerai pas cette polémique concernant la provenance des agresseurs. Pour l’instant il semblerait plutôt qu’il viendrait  du Maghreb et donc de ces bandes mafieuses évoquées ci-avant.
Mais après ce malaise de se dire qu’après 25 jours on ne sait toujours pas précisément ce qui s’est passé, c’est-à-dire qui l’a fait ? Pourquoi ? Y a-t-il eu préméditation ? Quel était l’objectif ?
Il y a un second malaise, c’est pourquoi ce silence ? Pourquoi les autorités n’ont-ils rien dit ?
Alors l’explication paraît évidente : les autorités ne voulaient pas stigmatiser les réfugiés !
Ils avaient peur, parce que quelques-uns avaient commis des « mauvais actes » la population pouvait vouloir se retourner contre tous.
Peut-être.
Constatons que c’est raté. Le fait de n’avoir rien dit rend la situation beaucoup plus dangereuse : « Ils nous l’ont caché ! Qu’est ce qu’il nous cache d’autre ? »
Mais l’explication principale n’est-elle pas le fait qu’il s’agit de violences faites aux femmes ?
Marianne Meunier, journaliste à la Croix et invité des matins de France Culture a expliqué : « Les évènements  de Cologne ont entrainé des révélations en Suède. L’extrême droite a pris ce prétexte pour expliquer que ce sont ses noires prévisions qui se sont réalisés : l’afflux de personnes qui ne respectent pas nos standards de vie. Mais d’autres qui sont des associations féministes rapportent que la violence faite aux femmes n’est pas seulement le fait des émigrés. C’est une expérience quotidienne et beaucoup plus récurrente qu’éprouve les femmes en Europe et pas seulement à  Cologne. »
Vous en avez entendu parler ?
La violence faite aux femmes c’est moins grave, semble-t-il !
Si cela est arrivé, c’est qu’elles ont été imprudentes et autres explications scandaleuses !
Véronique Nahoum-Grappe fustige ces attitudes :
 « Fureur ! Fureur de fond !
Parce que cela touche à la liberté, à la liberté de sortir, le soir entre copines !
[…] je suis sidéré par ce silence.
Parce qu’on ne veut pas dire du mal sur ces personnes sur ces migrants, parce que ça gène.
Ne parlons pas de ce qui dérange ! Restons politiquement correct !
Parce que ces violences sont faites aux femmes on peut les cacher ?
Ça c’est inouï !
Ce silence montre que les violences faites aux femmes ne sont jamais perçues aussi violentes que celles qui sont commises à l’égard d’autres groupes ! »
Oui je crois profondément que c’est une des raisons du silence et aussi du peu d’empressement pour intervenir et enquêter sur ces évènements.
La maire de Cologne, une femme ! a immédiatement donné des conseils qui laissaient entendre qu’il fallait être plus prudent…
Quand ce sont des violences faites aux femmes, il y a toujours un peu de la responsabilité de la fille d’Eve …
Fureur ! fureur oui !
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Vendredi 22 Janvier 2016

Vendredi 22 Janvier 2016
«47 % des Français souhaiteraient un homme fort qui ne se préoccuperait ni du Parlement ni des élus. »
Enquête CEVIPOF de décembre 2015 publié dans le JDD du 16 janvier 2016
Le Centre d’études de la vie politique française, acronyme CEVIPOF, qui appartient à Sciences Po, réalise chaque année une enquête sur l’état du pays et la confiance des Français. De manière scientifique, cette enquête repose sur un sondage OpinionWay réalisé en ligne du 17 au 28 décembre 2015 auprès d’un échantillon représentatif de 2.064 personnes âgées de 18 ans et plus.
Le journal du dimanche a publié un article sur les résultats de cette enquête et révèle que l’état d’esprit des Français se situe entre lassitude, morosité et méfiance
«[C’est] une étude qui confirme une coupure croissante, parfois vertigineuse, entre les citoyens et leurs représentants. La lassitude! C’est le qualificatif qui arrive en tête de ceux proposés pour qualifier le mieux l’ »état d’esprit actuel » des Français. […] Ce sentiment était déjà en tête fin 2014.
Au terme d’une année pourtant marquée par les tragédies terroristes de janvier et de novembre, la « peur » n’est citée qu’en 7e position (l’item est même en recul de 1 point par rapport à 2014). Mais, comme l’observe l’universitaire Martial Foucault, directeur du Cevipof, les trois premiers qualificatifs évoqués par les Français en disent long sur l’état d’une société de la défiance : la lassitude donc (31%, =), puis la morosité (29%, –1 point) et la méfiance, sentiment de plus en plus prégnant (28%, +2 points). En quatrième position seulement, distancée mais en hausse : la sérénité (18%, +2 points).»
Le Figaro donne des précisions supplémentaires en faisant référence à l’enquête du JDD : «Sur les institutions, les Français accordent leur confiance avant tout dans celles qui incarnent l’autorité comme l’armée (81%, +5) et la police (75%, +6). En bas de la liste se trouvent toujours les banques (29%, -3), les syndicats (27%, identique), les médias (24%, -1) et les partis politiques (12%, +3).
Plus des deux-tiers des Français (67%,-6) continuent de penser que la démocratie fonctionne mal. L’image des hommes politiques reste toujours aussi dégradée: 81% des Français ont des sentiments négatifs à leur égard et 88% (-1) jugent qu’ils ne se préoccupent pas de leur avis.»
Mais vous ne trouverez pas en ligne l’intégralité de l’article du JDD. Et c’est lors de la revue de presse de Frédéric Pommier du week end du 17 janvier que j’ai tiré le mot du jour :
«47 % des Français souhaiteraient un homme fort qui ne se préoccuperait ni du Parlement ni des élus. »
Cette demande illustre bien sûr un malaise chez les français. Mais elle déclenche aussi un malaise chez moi, car ce souhait est exactement le contraire de ce que je pense.
Je pense en effet, que nos élites politiques sont à la fois déconnectés du réel et en trop proche connivence avec un groupuscule de représentants des pouvoirs économiques et financiers dont l’intérêt égoïste est le plus souvent très éloigné du plus grand nombre des citoyens et même de l’avenir de notre planète.
Cette vision est un peu trop brutale : les hommes politiques ne sont pas que « méchants », « déconnectés » ou « liés à des intérêts privés ». Ils sont aussi obnubilés par des préoccupations de court terme à la fois pour des raisons électorales, « les prochaines élections », mais aussi les préoccupations à court  terme des citoyens individualistes que nous sommes devenus.
Mais croire qu’un homme ou une femme providentielle, sorte de « Deus ex machina », puisse les sortir de cette situation est  signe d’une immaturité incommensurable.
Quand on voit les exemples :  Erdogan en Turquie, Poutine en Russie, Orban en Hongrie, Sissi en Egypte ou même la Chine que constate-t-on ? Des régimes et des hommes proches du pouvoir encore plus corrompus que dans nos démocraties libérales. Un appel au nationalisme qui entraîne systématiquement des tensions externes et des risques de conflits.
Au niveau économique, il y a des résultats contrastés mais toujours le même accaparement de l’essentiel des richesses par un petit nombre.
Un homme seul ne peut et ne va rien faire. Obama est parmi les dirigeants politiques un de ceux qui est le plus remarquable à la fois en intelligence et je crois en éthique. Mais il est paralysé par les lobbys, les pressions des milieux faible en nombre mais économiquement immensément riches et puissants.
En France nous avons eu successivement un président qui s’est présenté comme un homme autoritaire et fort, puis un autre qui a voulu être « normal » et consensuel. Force est de constater que les résultats sont décevants et même déprimants comme le montre les résultats de l’enquête.
Et pourtant, le Président de la République française a du pouvoir, il peut décider de faire la guerre sans demander l’aval du Parlement, ce qui n’existe nulle part dans les pays comparables et certainement pas en Grande Bretagne ou en Allemagne. Il décide contre l’avis de ses ministres, il arrive à contraindre sa majorité parlementaire comme nulle part ailleurs.
Et pourtant cela ne marche pas.
Susan George a dit : « Ce que je voudrais éviter c’est que l’on cherche,  chaque fois qu’il y a une élection présidentielle, la femme ou l’homme providentiel » –
Moi je crois que ce qui nous manque ce n’est pas plus d’autorité, mais c’est plus de démocratie c’est à dire plus de contre-pouvoir, plus de transparence, plus d’explications.
Les moyens techniques existent aujourd’hui pour à la fois davantage expliquer et aussi davantage faire participer le plus grand nombre aux décisions et à la préparation des décisions.
Il est inconcevable que notre démocratie existe uniquement pendant quelques heures tous les 5 ans pour élire un président sur un programme qu’il n’appliquera pas. Et que pour le reste il fera ce que bon lui semble, avec au moins pour l’instant la sanction finale qu’il est battu systématiquement à la prochaine manifestation démocratique.
Ce n’est pas vraiment un problème d’homme ou de femme c’est un problème d’organisation et de fonctionnement !