Lundi 25 Janvier 2016

Lundi 25 Janvier 2016
« La nuit des chasseurs »
Annick Cojean
Il s’est donc passé des agressions contre des femmes, à grande échelle, par des bandes organisées dans la ville de Cologne le 31 décembre.
Les forces de l’ordre n’ont pas su maîtriser ces actes de violence et dans un premier temps ont communiqué dans un déni de la réalité. Ils ont osé affirmer que la nuit du réveillon s’est bien passée.
« La nuit des chasseurs » est le titre d’un article où la journaliste du Monde, Annick Cojean, donne la parole à des victimes. Vous trouverez cet article derrière ce lien.
Pour une fois je n’en citerai aucun extrait, car ce ne sont pas ces faits que je vais développer, mais un sujet beaucoup plus large, qui vient de loin, qui est toujours présent dans le monde entier, à des stades différents, mais toujours présent : je veux parler de la violence faite aux femmes…
C’est dans la sphère privée que cette violence est la plus forte, la plus présente, la plus extrême.
8 femmes violées sur 10 connaissent leur violeur et le viol se passe à leur domicile ou au domicile du criminel.
En France, on estime il y aurait un viol toutes les 6,3 minutes, ce qui fait à peu près 230 viols par jour.
Concernant les meurtres et les autres violences commises à l’égard des femmes, en France, c’est aussi et massivement le domicile qui est le lieu de l’acte et le criminel un proche, souvent le compagnon de la victime.
Mais ce n’est pas de la sphère privée que je vais prioritairement parler.
Cette semaine j’ai l’intention de parler, plus particulièrement, de la violence contre les femmes dans l’espace public.
Ce n’est pas la première fois que je parle de ce problème.
J’avais déjà fait appel à Annick Cojean, cette grande journaliste du Monde le 8 septembre 2014 pour ce mot du jour : « C’est juste pas de chance d’être une femme dans la plupart des pays du Monde »
Et le mot du jour du 18 novembre 2014 parlait d’une étude pilotée par Sylvie Ayral et Yves Raibaud « la  fabrique des garçons ».
Mais que s’est-il réellement passé à Cologne ? On ne le sait toujours pas très bien 25 jours après les faits.
Et n’est-ce pas cela le plus surprenant dans cette affaire ?
Certaines choses sont sûres :  de manière massive des femmes ont été harcelées sexuellement et pour certaines violées par des hommes en groupe et d’origine immigrée semble-t-il majoritairement.
Mais il y a aussi eu beaucoup de vols.
Dans l’émission la Grande Table de France Culture du 20 janvier L’anthropologue des mondes contemporains Véronique Nahoum-Grappe, ancienne élève de François Héritier qui a beaucoup travaillé sur la question des différences des sexes, sur la domination masculine et la violence faite aux femmes explique qu’en Occident on pensait plutôt que les foules étaient protectrices, qu’avec du monde on ne risquait rien
Et ce fut la sidération de Cologne. Le fait de constater que cette foule peut devenir hostile, créer un mur qui va vous isoler pour vous peloter, vous déshabiller, vous menacer sexuellement pour mieux  vous voler votre sac à main et peut être même vous violer, est terrifiant.
Les femmes n’étaient pas préparées à cela.
Peloter, s’en prendre aux attributs physiques de la femme pour la fragiliser et lui voler son sac dans une manipulation mafieuse, qu’est ce qui est premier ? S’en prendre au corps des femmes ou voler ?
Véronique Nahoum-Grappe parle d’une ratonnade d’un nouveau type. « Les mafias entrent dans toutes les failles, c’est une mafia un peu proto-proxénète qui allie le rapt et le racket »
Alors on a parlé du choc des cultures. Ces arabes et ces migrants qui ne savaient pas se tenir !
Il ne s’agit pas de nier que les pays arabo-musulman du golfe, du moyen orient comme les pays du Maghreb à l’exception de la Tunisie ont une pratique des relations homme-femme bien pire que dans nos pays.
Dans l’émission des matins du 20/01 l’écrivaine et une militante féministe algérienne Wassyla Tamzali a reconnu  : « Il y a un rapport spécifique d’inégalité dans les pays musulmans. Ce sont les seuls pays qui ne reconnaissent pas l’égalité des hommes et des femmes »
Je ne développerai pas cette polémique concernant la provenance des agresseurs. Pour l’instant il semblerait plutôt qu’il viendrait  du Maghreb et donc de ces bandes mafieuses évoquées ci-avant.
Mais après ce malaise de se dire qu’après 25 jours on ne sait toujours pas précisément ce qui s’est passé, c’est-à-dire qui l’a fait ? Pourquoi ? Y a-t-il eu préméditation ? Quel était l’objectif ?
Il y a un second malaise, c’est pourquoi ce silence ? Pourquoi les autorités n’ont-ils rien dit ?
Alors l’explication paraît évidente : les autorités ne voulaient pas stigmatiser les réfugiés !
Ils avaient peur, parce que quelques-uns avaient commis des « mauvais actes » la population pouvait vouloir se retourner contre tous.
Peut-être.
Constatons que c’est raté. Le fait de n’avoir rien dit rend la situation beaucoup plus dangereuse : « Ils nous l’ont caché ! Qu’est ce qu’il nous cache d’autre ? »
Mais l’explication principale n’est-elle pas le fait qu’il s’agit de violences faites aux femmes ?
Marianne Meunier, journaliste à la Croix et invité des matins de France Culture a expliqué : « Les évènements  de Cologne ont entrainé des révélations en Suède. L’extrême droite a pris ce prétexte pour expliquer que ce sont ses noires prévisions qui se sont réalisés : l’afflux de personnes qui ne respectent pas nos standards de vie. Mais d’autres qui sont des associations féministes rapportent que la violence faite aux femmes n’est pas seulement le fait des émigrés. C’est une expérience quotidienne et beaucoup plus récurrente qu’éprouve les femmes en Europe et pas seulement à  Cologne. »
Vous en avez entendu parler ?
La violence faite aux femmes c’est moins grave, semble-t-il !
Si cela est arrivé, c’est qu’elles ont été imprudentes et autres explications scandaleuses !
Véronique Nahoum-Grappe fustige ces attitudes :
 « Fureur ! Fureur de fond !
Parce que cela touche à la liberté, à la liberté de sortir, le soir entre copines !
[…] je suis sidéré par ce silence.
Parce qu’on ne veut pas dire du mal sur ces personnes sur ces migrants, parce que ça gène.
Ne parlons pas de ce qui dérange ! Restons politiquement correct !
Parce que ces violences sont faites aux femmes on peut les cacher ?
Ça c’est inouï !
Ce silence montre que les violences faites aux femmes ne sont jamais perçues aussi violentes que celles qui sont commises à l’égard d’autres groupes ! »
Oui je crois profondément que c’est une des raisons du silence et aussi du peu d’empressement pour intervenir et enquêter sur ces évènements.
La maire de Cologne, une femme ! a immédiatement donné des conseils qui laissaient entendre qu’il fallait être plus prudent…
Quand ce sont des violences faites aux femmes, il y a toujours un peu de la responsabilité de la fille d’Eve …
Fureur ! fureur oui !
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Vendredi 22 Janvier 2016

Vendredi 22 Janvier 2016
«47 % des Français souhaiteraient un homme fort qui ne se préoccuperait ni du Parlement ni des élus. »
Enquête CEVIPOF de décembre 2015 publié dans le JDD du 16 janvier 2016
Le Centre d’études de la vie politique française, acronyme CEVIPOF, qui appartient à Sciences Po, réalise chaque année une enquête sur l’état du pays et la confiance des Français. De manière scientifique, cette enquête repose sur un sondage OpinionWay réalisé en ligne du 17 au 28 décembre 2015 auprès d’un échantillon représentatif de 2.064 personnes âgées de 18 ans et plus.
Le journal du dimanche a publié un article sur les résultats de cette enquête et révèle que l’état d’esprit des Français se situe entre lassitude, morosité et méfiance
«[C’est] une étude qui confirme une coupure croissante, parfois vertigineuse, entre les citoyens et leurs représentants. La lassitude! C’est le qualificatif qui arrive en tête de ceux proposés pour qualifier le mieux l’ »état d’esprit actuel » des Français. […] Ce sentiment était déjà en tête fin 2014.
Au terme d’une année pourtant marquée par les tragédies terroristes de janvier et de novembre, la « peur » n’est citée qu’en 7e position (l’item est même en recul de 1 point par rapport à 2014). Mais, comme l’observe l’universitaire Martial Foucault, directeur du Cevipof, les trois premiers qualificatifs évoqués par les Français en disent long sur l’état d’une société de la défiance : la lassitude donc (31%, =), puis la morosité (29%, –1 point) et la méfiance, sentiment de plus en plus prégnant (28%, +2 points). En quatrième position seulement, distancée mais en hausse : la sérénité (18%, +2 points).»
Le Figaro donne des précisions supplémentaires en faisant référence à l’enquête du JDD : «Sur les institutions, les Français accordent leur confiance avant tout dans celles qui incarnent l’autorité comme l’armée (81%, +5) et la police (75%, +6). En bas de la liste se trouvent toujours les banques (29%, -3), les syndicats (27%, identique), les médias (24%, -1) et les partis politiques (12%, +3).
Plus des deux-tiers des Français (67%,-6) continuent de penser que la démocratie fonctionne mal. L’image des hommes politiques reste toujours aussi dégradée: 81% des Français ont des sentiments négatifs à leur égard et 88% (-1) jugent qu’ils ne se préoccupent pas de leur avis.»
Mais vous ne trouverez pas en ligne l’intégralité de l’article du JDD. Et c’est lors de la revue de presse de Frédéric Pommier du week end du 17 janvier que j’ai tiré le mot du jour :
«47 % des Français souhaiteraient un homme fort qui ne se préoccuperait ni du Parlement ni des élus. »
Cette demande illustre bien sûr un malaise chez les français. Mais elle déclenche aussi un malaise chez moi, car ce souhait est exactement le contraire de ce que je pense.
Je pense en effet, que nos élites politiques sont à la fois déconnectés du réel et en trop proche connivence avec un groupuscule de représentants des pouvoirs économiques et financiers dont l’intérêt égoïste est le plus souvent très éloigné du plus grand nombre des citoyens et même de l’avenir de notre planète.
Cette vision est un peu trop brutale : les hommes politiques ne sont pas que « méchants », « déconnectés » ou « liés à des intérêts privés ». Ils sont aussi obnubilés par des préoccupations de court terme à la fois pour des raisons électorales, « les prochaines élections », mais aussi les préoccupations à court  terme des citoyens individualistes que nous sommes devenus.
Mais croire qu’un homme ou une femme providentielle, sorte de « Deus ex machina », puisse les sortir de cette situation est  signe d’une immaturité incommensurable.
Quand on voit les exemples :  Erdogan en Turquie, Poutine en Russie, Orban en Hongrie, Sissi en Egypte ou même la Chine que constate-t-on ? Des régimes et des hommes proches du pouvoir encore plus corrompus que dans nos démocraties libérales. Un appel au nationalisme qui entraîne systématiquement des tensions externes et des risques de conflits.
Au niveau économique, il y a des résultats contrastés mais toujours le même accaparement de l’essentiel des richesses par un petit nombre.
Un homme seul ne peut et ne va rien faire. Obama est parmi les dirigeants politiques un de ceux qui est le plus remarquable à la fois en intelligence et je crois en éthique. Mais il est paralysé par les lobbys, les pressions des milieux faible en nombre mais économiquement immensément riches et puissants.
En France nous avons eu successivement un président qui s’est présenté comme un homme autoritaire et fort, puis un autre qui a voulu être « normal » et consensuel. Force est de constater que les résultats sont décevants et même déprimants comme le montre les résultats de l’enquête.
Et pourtant, le Président de la République française a du pouvoir, il peut décider de faire la guerre sans demander l’aval du Parlement, ce qui n’existe nulle part dans les pays comparables et certainement pas en Grande Bretagne ou en Allemagne. Il décide contre l’avis de ses ministres, il arrive à contraindre sa majorité parlementaire comme nulle part ailleurs.
Et pourtant cela ne marche pas.
Susan George a dit : « Ce que je voudrais éviter c’est que l’on cherche,  chaque fois qu’il y a une élection présidentielle, la femme ou l’homme providentiel » –
Moi je crois que ce qui nous manque ce n’est pas plus d’autorité, mais c’est plus de démocratie c’est à dire plus de contre-pouvoir, plus de transparence, plus d’explications.
Les moyens techniques existent aujourd’hui pour à la fois davantage expliquer et aussi davantage faire participer le plus grand nombre aux décisions et à la préparation des décisions.
Il est inconcevable que notre démocratie existe uniquement pendant quelques heures tous les 5 ans pour élire un président sur un programme qu’il n’appliquera pas. Et que pour le reste il fera ce que bon lui semble, avec au moins pour l’instant la sanction finale qu’il est battu systématiquement à la prochaine manifestation démocratique.
Ce n’est pas vraiment un problème d’homme ou de femme c’est un problème d’organisation et de fonctionnement !

Jeudi 21 Janvier 2016

Jeudi 21 Janvier 2016
« Nous nous sommes tant aimés »
Ettore Scola
Ettore Scola ajoute son nom à la liste des artistes décédés en ce début 2016.
Pendant ma période strasbourgeoise où j’étais pendant 3 ans en classe préparatoire scientifique au Lycée Kléber, j’ai été happé par l’intelligence, la beauté et la profondeur, même dans les comédies, du cinéma italien.
On considère la période 1960 à 1980 comme l’âge d’or du cinéma italien. L’art a souvent rimé avec Italie dans tous les domaines.
Des acteurs et actrices formidables : Vittorio Gassman, Alberto Sordi, Marcello Mastroianni, Ugno Tognazzi, Nino Manfredi,  Stefania Sandrelli, Sophia Loren, Silvana Mangano, Claudia Cardinale, Monica Vitti et tant d’autres.
Mais surtout des réalisateurs géniaux : Ils sont quasi tous morts : Federico Fellini (1920-1993), Vittorio de Sica (1901-1974), Luchino Visconti, (1906-1976), Dino Risi (1916-2008), Francesco Rosi (1922-2015), Michelangelo Antonioni (1912-2007), Luigi Comencini (1916-2007),
Pier Paolo Pasolini (1922-1975), Marco Ferreri (1928-1997) et Ettore Scola (1931-2016).
Il reste quelques rares survivants : les frères Paolo et Vittorio Taviani né en 1931 et 1929, Ermanno Olmi né en 1931 et Bernardo Bertolucci né en 1940.
« Nous nous sommes tant aimés » est un des films que j’ai le plus aimé de ma vie avec quelques autres comme « Parfum de femme » de Dino Risi, « Casanova » de Fellini et aussi « le voleur de bicyclette » de Vittorio de Sica, un peu plus ancien.
L’express nous apprend que Ettore Scola qui était scénariste « est tombé dans la réalisation un peu par hasard. Étonnamment, il a regretté d’avoir abandonné son métier de scénariste. « C’est [Vittorio] Gassman qui m’a presque obligé à réaliser ce film [Nous nous sommes tant aimés]»
« Nous nous sommes tant aimés » raconte  trente années d’histoire italienne au quotidien de 1945 à 1975, vue à travers la vie privée et professionnelle de trois amis, anciens résistants, des idéalistes confrontés à la réalité telle qu’on la vit.
Un des trois amis joué par Gassman va épouser une femme qu’il rendra très malheureuse et va ainsi épouser une famille riche et deviendra lui-même riche en perdant son idéalisme et probablement son âme.
« Nous voulions changer le monde, mais le monde nous a changés ! » est une des répliques de ce film, féroce, tragique et parfois merveilleusement drôle.
Nous sommes à mille lieux des effets spéciaux de la guerre des étoiles et autre machines à faire du fric de la plus grande part du cinéma américain. Je suis injuste, les américains ce sont aussi les frères Coen, Tim Burton ou Woody Allen.
Mais le cinéma il n’est pas nécessaire de trop en parler, il est plus pertinent  de le regarder  par exemple « Une journée particulière » ou « La Terrasse » ou encore « La Nuit de Varennes » tous réalisés par Ettore Scola qui fut aussi le scénariste du « Fanfaron » de Dino Risi encore une fois avec Vittorio Gassman.
« Nous nous sommes tant aimés » et aussi peut être l’histoire entre beaucoup de gens de ma génération et le cinéma italien dont Ettore Scola fut un des Grands.

Mercredi 20 Janvier 2016

Mercredi 20 Janvier 2016
« La consommation ostentatoire »
Thorstein Veblen (1857 – 1929) économiste et sociologue américain

Les soldes !

Les soldes d’hiver 2016 ont été lancées le 6 janvier dernier.

Et on voit des grappes de personnes s’agglutiner dans des magasins, surtout des magasins de vêtements et être entraînées dans une fièvre consommatrice compulsive.

Mais qu’est-ce qui pousse tous ces gens à acheter, à consommer bien au-delà de leurs besoins ?

Le nouvel Obs a invité un docteur en sociologie politique et psychosociologue : Thierry Brugvin pour s’exprimer sur ce sujet.

Thierry Brugvin a dirigé l’ouvrage « Être humain en système capitaliste ? Psychosociologie du néolibéralisme » paru en septembre 2015.

Il prend appui sur ce concept de « consommation ostentatoire » de Thorstein Veblen

Wikipedia nous apprend que : Le concept de consommation ostentatoire est la traduction française de l’expression anglaise « Conspicuous consumption », forgée par le sociologue et économiste américain Thorstein Veblen et exposée pour la première fois en 1899 dans son ouvrage « Théorie de la classe de loisir. » Dans cette étude des classes supérieures, de la très haute bourgeoisie aux USA, Veblen note que celle-ci gaspille temps et biens. Lorsqu’elle favorise dans la vie le loisirs, elle gaspille du temps, et lorsqu’elle consomme de manière ostentatoire, elle gaspille des biens.

La consommation est statutaire, elle sert à celui qui en fait un « usage ostentatoire » à indiquer un statut social.

Thierry Brugvin explique :

« Le besoin de consommer et de posséder compense la peur de ne pas être reconnu et d’être faible. Le marketing capitaliste vise à inciter à la consommation infinie et repose sur plusieurs besoins et peurs de nature psychologique. Le sociologue Thorstein Veblen qualifie de « consommation ostentatoire », c’est-à-dire l’acte de consommer pour se sentir exister par le regard des autres, qu’on imagine envieux et admiratif.[…]

Le besoin de possession et d’accumulation est quasiment illimité chez certains milliardaires, qui accumulent plus qu’ils ne pourront jamais consommer ou dépenser. Car, le ressort profond de leurs besoins réside sur un besoin de puissance. Le niveau de leur consommation devient un indicateur de réussite.

L’autre aspect du besoin névrotique de possession consiste à se sécuriser, face à la peur de manquer au plan affectif et matériel. La sécurité matérielle relève des besoins essentiels physiologiques (de se nourrir et de se loger), mais aussi de posséder des technologies puissantes et multiples. Ces dernières visent à être en capacité de faire face à tous les besoins et problèmes éventuels, grâce à des instruments, à la technologie (automobile, ordinateur, outillage), mais aussi le besoin névrotique de connaissance. […]

Le besoin de consommer relève aussi d’un besoin de possession affectif et non pas seulement matériel. Le fait de consommer (de la nourriture, des vêtements, des voyages, de la culture…) s’avère nécessaire à la vie et à l’épanouissement de l’être humain. Mais à l’excès, cela manifeste le besoin de compenser une carence affective. Il s’agit à nouveau de la peur de ne pas être aimée suffisamment.

Plus le consommateur se nourrit, plus il se donne de l’amour par ce qu’il ingurgite, plus il compense alors sa peur de ne pas être aimé. C’est un comportement analogue aux boulimiques, mais eux à un degré extrême. […]

Le besoin de consommer s’alimente de la peur de manquer et de ne pas être reconnu. […] »

Et il finit par cette réflexion toute empreinte de simplicité épicurienne :

« Le détachement et l’acceptation vis-à-vis de ces peurs névrotiques permettent aux individus de retrouver une sécurité psychologique intérieure et finalement de se recréer de vraies valeurs, telles celles d’être heureux dans et par la sobriété. »

J’entends de façon prémonitoire des réactions offusquées.

Que cette réflexion psychologique puisse s’appliquer aux milliardaires qui accumulent des biens et des finances qui dépassent de très loin leur capacité d’utilisation et de jouissance peut être entendu.

Mais rapprocher cette réflexion des soldes n’est pas sérieux !

Du point de vue de la micro-économie, il s’agit d’une attitude pertinente pour le client d’attendre les meilleurs prix pour acheter et parallèlement les commerçants ont besoin de ces périodes pour leur chiffre d’affaire.

Du point de vue de la macro économie, il faut bien penser à la croissance du PIB et un emballement de la consommation ne peut qu’être bénéfique pour ce carburant nécessaire à l’emploi et aux performances économiques.

Certes ! Le mot du jour n’a aucune vocation de prêcher une morale mais simplement poser des questions auquel il appartient à chacun, s’il le souhaite, de répondre pour sa part.

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Mardi 19 janvier 2016

Mardi 19 janvier 2016
« Avec ses start-up, la France devient la 1ère nation étrangère du CES de Las Vegas »
Le CES de Las Vegas, c’est à dire le  Consumer Electronics Show est le salon de référence en matière d’électronique et de numérique. Il fixe les tendances technologiques à venir au niveau mondial
Il s’est déroulé du 6 au 9 janvier et la France peut en tirer fierté car sur le podium des Etats ayant le plus de représentants, la France occupe la deuxième place derrière les intouchables Etats-Unis et devant Israël.
Capital nous apprend : «Un événement incontournable pour les entreprises françaises, qui vont constituer cette année la 2ème délégation derrière les Etats-Unis (5ème en 2015). En effet, la France débarque en force avec pas moins de 190 sociétés, soit 60% de plus qu’en 2015. Surtout, 128 d’entre elles sont des start-up, qui exposeront au sein d’un espace dédié, alors qu’elles n’étaient que 66 l’an dernier. En 2016, un tiers des jeunes pousses présentes au CES seront françaises. Cette explosion de la présence française à Las Vegas s’explique principalement par le bon positionnement de nos entreprises dans un domaine en plein boom : les objets connectés.»
Les objets connectés disposent de plusieurs sites pour comprendre à quoi ils peuvent servir et les grandes tendances dans ce domaine :
Le Parisien nous apprend ainsi l’arrivée du bracelet anti-dépression. : « dans une France accro aux Témesta, Valium, Xanax, Lexomil et autres pilules pour traiter l’anxiété, trouver le sommeil ou lutter contre ses idées noires, cet outil bourré de capteurs — dont l’expérimentation va démarrer ce mois de février — ouvre de nouveaux horizons pour bien diagnostiquer cette maladie souvent mal repérée, et donc mal traitée, qui frappe près de 20 % de la population française.
« Ce bracelet vise à donner l’alerte quand la santé psychique flanche », explique Philippe Nuss, psychiatre à l’hôpital Saint-Antoine (XIIe), qui va superviser l’expérimentation. Tension artérielle, température corporelle… les capteurs de ce bracelet — qu’on pourra garder sous la douche — vont enregistrer quantité de données physiologiques et comportementales. Pour donner, au final, un bel algorithme, une sorte de profil numérique du patient.
En cas d’anomalie, un sommeil dégradé, une respiration plus courte, une peau plus acide, stop ! Le médecin devra s’interroger. Est-ce un simple coup de blues, trop de stress ? De la fatigue ? « Ce bracelet nous aidera à faire le tri. Et si c’est alarmant, cela permettra une meilleure prise en charge, assure Philippe Nuss. Cela peut aussi déculpabiliser le patient, ajoute-t-il, car la dépression, ce n’est pas que dans la tête, elle engendre de vraies douleurs physiques. Aujourd’hui, on sait que ce n’est pas qu’une simple histoire de neurotransmetteurs qui fonctionnent mal, de signaux chimiques perturbés. En fait, plusieurs zones du cerveau sont concernées et il y a une anomalie de distribution de l’information entre elles. Ce bracelet permet de déterminer à quel type de dépression on se trouve confronté », précise-t-il.»
Si vous allez lire l’article, vous pourrez aussi voir une vidéo de présentation et un dessin humoristique où un homme qui n’a pas l’air en grande forme dit «J’ai essayé le bracelet qui détecte la dépression …» et ajoute «Chaque fois que je regarde les indicateurs, ça me déprime». Je ne sais pas vous, mais pour ma part je pense que l’on assiste peu à peu au triomphe du docteur Knock, celui qui prétendait que tout homme en bonne santé était un malade qui s’ignorait.
En attendant la France devient une vraie championne planétaire des Start up.
C’est l’émission de RTL : <3 Minutes pour comprendre> qui m’a appris  que Xavier Niel, PDG de Free est à l’origine d’un projet qui se passe dans le XIIIème arrondissement de Paris : « la Halle Freyssinet ». On y rénove un ancien hall de la SNCF pour le transformer en un des plus grands incubateurs de start-ups au monde.  34.000 mètres carrés d’espace qui vont accueillir près de 1.000 entreprises
« Cela s’insère dans un écosystème parisien avec plein de start-ups disséminées un peu partout dans Paris qui marchent super bien et font déjà une grande partie de notre succès, explique Xavier Niel. On rajoute des briques supplémentaires à ce succès et donner envie à encore plus de jeunes à créer leur propre entreprise et leur propre job. »
Xavier Niel veut tout simplement créer la « Silicon valley » française. Ce nouvel immeuble se veut le vaisseau amiral de la modernité. 200 millions d’euros ont été investis, dont 90 % proviennent du PDG de Free et les 10 % restants de la Caisse des dépôts. Selon la maire de Paris, Anne Hidalgo, ces coopérations public/privé sont nécessaires pour l’avenir de la capitale. « Arriver à conjuguer le génie la force l’inventivité d’entreprises, d’architectes créateurs du secteur privé avec le public, c’est gagnant-gagnant, affirme-t-elle. Avec trois personnes par start-up, c’est de l’ordre de 3.000 emplois minimum. »
Dans l’enceinte, tout a été fait pour sauvegarder l’esprit du hall de gare. Tout est fait pour créer l’émulation comme l’explique Nancy chargée de projet sur le chantier. « On l’a conçu de façon à privilégier les rencontres et les accidents heureux, les échanges », souligne-t-elle. Pour le moment, les ouvriers sont encore à l’œuvre et laisseront bientôt place aux mille start-ups pour l’inauguration prévue d’ici la fin de l’année.
Ce projet a un site Web : http://1000startups.fr/ où dès la page d’accueil l’ambition est dévoilée : «Bienvenue dans le plus grand incubateur numérique au monde.»
La France sera t’elle sauvée par ses start-up ?

Lundi 18 janvier 2016

« Daech va m’arrêter et me tuer […] ils vont me décapiter,
mais je garderai ma dignité car c’est mieux que de vivre humiliée»
Ruqia Hassan journaliste syrienne assassinée par le califat

Elle s’appelait Ruqia Hassan, elle avait 30 ans et était connue pour son franc parler contre les djihadistes de Raqqa.

Depuis la fin de l’été, elle est la cinquième journaliste syrienne (connue à ce jour) tuée par l’organisation extrémiste dont elle dénonçait quotidiennement les exactions – et selon certains, probablement la première femme reporter assassinée par Daech.

D’après les témoignages émanant des réseaux sociaux, la jeune rebelle était une kurde syrienne de Raqqa, diplômée de philosophie à l’Université d’Alep. Quand l’organisation de État islamique imposa sa loi à Raqqa, en 2014, cette révolutionnaire anti-Assad de la première heure avait refusé de quitter sa ville.

Sous le pseudonyme de « Nissan Ibrahim », elle avait alors fait le courageux choix de raconter, notamment via Twitter et Facebook, le quotidien des habitants sous Daech. Sa mort remonte vraisemblablement à septembre, mais la nouvelle de son assassinat n’a commencé à circuler que ce week-end [du 3 janvier 2016].

Selon plusieurs media de l’opposition syrienne en langue arabe, l’EI aurait informé, en fin de semaine dernière, sa famille de son exécution pour « espionnage ».

« Même si la date exacte de sa mort demeure méconnue, l’activité de Hassan sur les réseaux sociaux s’est brutalement interrompue le 21 juillet 2015. Entre juillet et décembre, Hassan a disparu de la ville de Raqqa. »,

[…] Sous son compte Twitter, Abu Mohammed – un internaute connu pour être le fondateur du groupe « Raqqa est égorgée en silence » – a reproduit les derniers écrits que la jeune femme avait publiés sur Facebook :

«Là, je suis à Raqqa. J’ai reçu des menaces de mort. Et quand Daech va m’arrêter et me tuer, c’est OK parce qu’ils vont me décapiter, mais je garderai ma dignité car c’est mieux que de vivre humiliée par l’EI».

C’est le journal « Le Figaro » qui raconte cette histoire : <Ruqia Hassan une journaliste exécutée par l’état islamique>

Cette information vous a peut-être échappé.

Il est vrai qu’elle était en compétition avec la commémoration des attentats de Charlie et surtout de deux autres informations d’une grande importance : Michel Platini a renoncé à se présenter à la tête de la FIFA et Zinedine Zidane a été nommé entraîneur du Real de Madrid.

Mais cette information me conduit surtout à deux réflexions

La première est qu’aujourd’hui dans notre société, il apparait que la valeur suprême est la vie, la mort apparait comme un scandale. Même quand un militaire, dont la mort semble être un risque du métier, meurt, toute la nation est figée et en compassion devant ce fait inacceptable !

Un courant de pensée occidentale, « le transhumanisme » soutenu par Google et d’autres géants du Web tente même de mettre fin à la mort.

Il n’en a pas toujours été ainsi dans notre civilisation.

Et cette manière de penser n’est pas généralisée sur la planète. Aujourd’hui des fous de Dieu, pour réaliser les noirs desseins de leurs gourous, sacrifient leurs vies dans des attentats meurtriers. Mais, il existe aussi d’autres femmes et hommes, parce qu’ils croient en des valeurs supérieures qui acceptent de risquer leur vie et de la sacrifier. « Plutôt mourir que vivre humiliée ».

Tel était le cas de Ruqia Hassan qui voulait informer le Monde de ce qui se passe dans la capitale du califat auto-proclamé.

La vie était certainement importante à ces yeux, mais elle n’était pas la valeur suprême.

Ils existaient des valeurs qui méritaient qu’on meure pour elles.

La seconde est celle de comparer la vie et les actes de cette femme avec ceux de ces jeunes filles qui vivent dans le même pays que nous et qui font exactement la démarche inverse.

L’express nous apprend qu’«un djihadiste français sur trois, sur le sol syrien ou irakien, est une femme. En effet, sur les 600 Français partis grossir les rangs de l’organisation Etat Islamique, les services de renseignements tricolores recensaient 220 femmes en décembre 2015, contre 164 en septembre 2015. Leur part est passée de 10% du contingent français en 2013 à 35% fin 2015, toujours selon France Info. La part de femmes converties à l’islam parmi elles est aussi plus importante que celle des hommes convertis (un tiers contre un sixième). »

Bien sûr tout n’est pas parfait dans notre pays, mais on y vit libre, surtout si on compare à Raqqa, on est soigné presque gratuitement quand on est malade, on peut dire à peu près ce que l’on veut, on peut danser, chanter, boire de l’alcool ou ne pas boire et tant de choses…

Et ces filles choisissent l’asservissement, le rôle d’épouse soumise et reproductrice de mâles violents et psycho-rigides.

Le plus simple et probablement le plus rassurant est de dire qu’elles sont folles et déséquilibrées.

Comme il est rassurant, dans nos réflexions, de considérer que le jeune adolescent de religion musulmane qui a attaqué et voulu tuer un autre homme qui portait la kippa est un fou, un déséquilibré.

J’ai peur que ces explications simples et « occidentalement convenable » ne suffisent pas à analyser ces actes qui directement ou indirectement constituent des actes de sauvagerie et de destruction.

Il existe bien des dogmes et des doctrines qui sont suffisamment attirantes aux yeux de ces jeunes pour les pousser à emprunter les chemins de la violence et du chaos.

Le nom et le destin de Ruqia Hassan sont très présents sur le Web. Voici quelques-uns des sites qui parlent de ce sujet :

http://www.huffingtonpost.fr/2016/01/07/ruqia-hassan-femme-journaliste-execute-daech

http://www.theguardian.com/world/2016/jan/13/ruqia-hassan-killed-for-telling-truth-about-isis-facebook

http://journaldesgrandesecoles.com/la-jeune-journaliste-syrienne-ruqia-hassan-executee-par-daesh/

http://femmesdumaroc.com/actualite/daech-execute-la-journaliste-syrienne-ruqia-hassan-25411

http://www.humanite.fr/une-journaliste-kurde-assassinee-par-daech-594936

Pour finir ce mot du jour, je fais appel à Camus et à cet extrait de l’homme révolté :

« La mesure n’est pas le contraire de la révolte. C’est la révolte qui est la mesure, qui l’ordonne, la défend et la recrée à travers l’histoire et ses désordres. L’origine même de cette valeur nous garantit qu’elle ne peut être que déchirée. La mesure, née de la révolte, ne peut se vivre que par la révolte. Elle est un conflit constant, perpétuellement suscité et maîtrisé par l’intelligence. Elle ne triomphe ni de l’impossible ni de l’abîme. Elle s’équilibre à eux. Quoi que nous fassions, la démesure gardera toujours sa place dans le cœur de l’homme, à l’endroit de la solitude. Nous portons tous en nous nos bagnes, nos crimes et nos ravages. Mais notre tâche n’est pas de les déchaîner à travers le monde ; elle est de les combattre en nous-même et dans les autres.»

Vous trouverez cette réflexion ainsi que bien d’autres sur cette magnifique page de France Culture où cette radio a fait appel à ses formidables archives pour laisser parler des hommes de réflexion et de sagesse -Castoriadis, Camus, Krishnamurti, Michaud et Baudrillard – :

<C’est ici>

Nous portons tous en nous nos crimes et nos ravages. Mais notre tâche n’est pas de les déchaîner à travers le monde ; elle est de les combattre en nous-même et dans les autres.
<629>

Vendredi 15 Janvier 2016

«J’ai toujours été orienté par la modernité»
Pierre Boulez (1925-2016)

Pierre Boulez est mort le 5 janvier 2016.

Ce début d’année a été marqué par beaucoup de décès d’artistes célèbres. Cette accumulation a même eu pour conséquence que le compte twitter du président de la république est devenu un journal d’avis de décès, à force d’hommages.

Pour ma part, je ne saurai avoir un avis, un minimum original, que sur Pierre Boulez.

Pour moi, c’est d’abord un souvenir de 1987, je venais d’arriver à Paris pour travailler au Ministère des Finances.

Je m’étais abonné aux concerts de l’Orchestre de Paris, salle Pleyel.

A mon premier concert, Daniel Barenboim dirigeait l’orchestre. J’étais loin d’être convaincu, je ne trouvais pas l’orchestre très bon, ni d’ailleurs l’acoustique de Pleyel.

Et puis, moins d’une semaine plus tard, le même orchestre, la même salle et Boulez qui dirigeait Petrouchka de Stravinsky.

Je me souviens d’être allé à ce concert très fatigué et ma crainte de m’endormir. Dès les premières mesures j’ai été subjugué, un orchestre fabuleux, précis, dont le son remplissait la salle. Une expérience unique.

Mon frère qui avait joué sous sa direction à l’Opéra de Paris, m’avait confié que l’Orchestre de l’Opéra avait répété et joué le sacre du printemps de Stravinski avec lui. Expérience remarquable, mais c’est surtout la suite qui est intéressante :

« Lorsque nous jouions, par la suite, le sacre avec un autre chef, il n’arrivait pas à nous faire jouer le sacre autrement que de la façon avec laquelle Boulez nous avait appris à l’interpréter. »

C’est justement par l’interprétation du Sacre du Printemps de Stravinsky que Pierre Boulez fut découvert par le Tout-Paris mélomane. C’est à lui qu’il fut demandé, le 18 juin 1963, de diriger cette œuvre au Théâtre des Champs Elysées avec l’Orchestre National de l’ORTF.

Le critique musical du Monde Jacques Lonchampt écrivit alors cet article dithyrambique : <Un grand chef d’orchestre : Pierre Boulez >

« Quel beau spectacle nous a donné Boulez ! Très droit, ramassé sur lui-même, toujours prêt à bondir mais dompté, la tête vigoureuse un peu écrasée sur l’encolure, il dirige sans baguette avec des gestes d’une pureté vraiment lumineuse, non pas en pétrisseur de glaise, mais avec une sorte de perfection, comme un vol d’oiseau dans ses vastes mouvements planants ou ses plus fines arabesques. Les doigts sont expressifs comme dans une étude de Durer ou de Léonard, et tantôt s’écartent en dégradé, le pouce et l’index se touchant en forme d’anneau, tantôt se rassemblant, la main très droite, coupante à la verticale, ou bien à l’horizontale pacifiante et protectrice.

En tout cela, pas l’ombre de contorsion, de cabotinage ou de recherche de l’effet ; c’est la beauté ferme du geste parfaitement harmonisé à sa fonction. La magie de l’art de Boulez est une poésie de l’exactitude, informée par une science extrême et une extrême sensibilité, où la subtilité et la force de la polyrythmie, les progressions et les ruptures dynamiques, et au suprême degré l’équilibre et le mélange des timbres, se recomposent comme par miracle dans une vision tantôt apollinienne, tantôt dionysiaque, et toujours vivante. »

Tel était Pierre Boulez un homme avec une autorité et une personnalité hors norme.

Un extraordinaire interprète de Stravinsky, de Bartok, de la nouvelle école de Vienne, de Debussy, de Ravel et aussi de Wagner et de Mahler.

Mais comme Gustav Mahler, ce n’est pas cet aspect de son art qui lui était le plus cher.

Lui se vivait, avant tout, comme compositeur, un compositeur à la pointe de la modernité. L’exergue du mot du jour est cité par <Par le site de France Culture>

Il était né à Monbrison à 40 km de Saint Etienne et à 100 km de Lyon.

Il était entré en mathématiques supérieures aux Lazaristes de Lyon, mais avait rapidement quitté cette voie pour aller apprendre la musique à Paris. Et dans la musique qu’il a défendu et créé, les mathématiques n’étaient jamais très loin.

Il a été dans un courant musical dont il est devenu le chef de file. Pour ces compositeurs, les mathématiques, l’intellect, les expériences sonores étaient premiers.

Et ces gens-là, dont Boulez considéraient que tous ceux qui n’étaient pas dans cette réflexion et dans cette recherche étaient dans l’erreur.

Ainsi Boulez n’a jamais interprété ni dit des choses positives sur les deux compositeurs que je considère comme les plus grands du XXème siècle à savoir Benjamin Britten et Dimitri Chostakovitch.

Par exemple en 1989, Pierre Boulez déclarait (dans des propos recueillis par la revue Diapason) :

« Quant à Chostakovitch, l’ombre de Mahler pèse lourdement sur lui, ce qui n’arrange rien. Je ne pense pas du tout qu’il y ait actuellement nécessité d’un retour vers la tonalité. Faire du pseudo-Mahler, est-ce bien nécessaire ? Ce qui est fait et bien fait, pourquoi le refaire dans l’inactualité et l’amoindrissement ? ».

Et même la musique de son maître Messiaen ne trouvait pas grâce à ses oreilles, il a traité sa TurangalîlaSymphonie (1946-1948) de « musique de bordel ».

Messiaen qui était un homme plus bienveillant a dit de lui :

« Lorsqu’il entra dans la classe pour la première fois, il était très gentil. Mais il devint bientôt en colère contre le monde entier. »

Il détestait aussi le compositeur André Jolivet, <Jacques Drillon rapporte> que son ire débordait même sur la femme de ce compositeur à qui il a dit :

« Madame, avec un chapeau comme le vôtre, on ne parle pas, on pète. »

Le même Drillon raconte aussi son humour : ainsi le percussionniste de son ensemble, arrivé en retard à la répétition parce qu’il ne s’était pas réveillé, donne son premier coup de timbale, et crève la peau de l’instrument. Boulez :

« Si je comprends bien, toi, tu n’as pas le sommeil réparateur ! »

Il avait synthétisé son attitude en affirmant : «préférer une bonne polémique avec les épées et les sabres qu’une espèce de politesse de convenance»

C’était ainsi un polémiste qui pouvait traiter les autres avec un souverain mépris, ce qui lui a créé bien des inimitiés.

André Malraux a nommé directeur de la musique Marcel Landowski, alors que Pierre Boulez considérait que ce poste lui revenait de droit.

Mais il ne faut pas s’arrêter à cet aspect de sa personnalité qui je pense s’était beaucoup adouci avec l’âge qui n’est pas toujours un naufrage.

C’était aussi un homme très intelligent, d’une très grande culture, un pédagogue et un bâtisseur.

Il a créé l’IRCAM, l’ensemble intercontemporain et c’est grâce à son impulsion que la cité de la musique et il y a peu de temps la Philharmonie de Paris ont été bâtis.

Selon de nombreux témoignages, il savait être très bienveillant et disponible pour tous ceux qui acceptaient d’entrer dans son monde.

C’était aussi un perfectionniste qui plutôt que de multiplier les œuvres, revenait sans cesse sur celle qu’il avait déjà écrite pour les modifier et les approfondir.

Comme j’étais en congé, j’ai écouté la musique de Boulez, je n’en avais jamais écouté autant.

Et finalement on peut y trouver du plaisir.

J’ai particulièrement aimé une œuvre assez courte (8mn) pour 7 violoncelles « Messagesquisse » dont vous trouverez une interprétation étonnante <ICI>.

Et puis <Vous trouverez enregistré à la Philharmonie de Paris le 11 juin 2015 et joué par l’Ensemble intercontemporain une de ses œuvres majeures REPONS>

Au premier rang se trouve la lumineuse flûtiste Emmanuelle Ophèle qui fut notre voisine lorsque nous habitions Montreuil sous-bois. Alors que je lui concédais mon peu de goût pour la musique de Boulez et de ses épigones, elle me répétait ce conseil :

« Alain, il faut que tu viennes nous écouter en live, l’expérience est alors complètement différente ».

Je n’ai pas suivi ce conseil, aujourd’hui je le regrette.

Quoi qu’il en soit Pierre Boulez restera un musicien et une référence incontournable de la musique même si la voie qu’il a creusée a peut-être mené vers une impasse.

<Pour finir je vous donne ce lien vers le final de l’Oiseau de feu avec la Philharmonie de Vienne où vous admirerez la gestuelle sobre et d’une précision absolue du maître qui dirigeait toujours sans baguette>

<628>

Jeudi 14 Janvier 2016

Jeudi 14 Janvier 2016
« C’est chose tendre que la vie, et aisée à troubler… »
André Comte-Sponville est un philosophe français né en 1952 à Paris. Il vient de publier un ouvrage ayant ce beau titre : «C’est chose tendre que la vie», inspirée d’une citation de Montaigne que j’ai choisie pour mot du jour d’aujourd’hui.
Et pour compléter cette réflexion je partage avec vous une Interview qu’André Comte-Sponville a offert à Libération dans son édition du 28 décembre 2015 «Se désencombrer pour retrouver ce qui compte»
En voici quasi l’intégralité :
Cette année a été particulièrement difficile, avez-vous éprouvé le besoin de «couper» ? Comment faites-vous pour «faire le vide» ?
«Couper», ce n’est pas le mot qui convient. Il m’arrive de changer de rythme, notamment quand je m’installe à la campagne pour quelques jours ou semaines. Mais je n’en continue pas moins d’écouter la radio, de regarder les informations télévisées, de lire les journaux… Je n’éprouve pas le besoin de me couper du monde. «Faire le vide», oui, parfois, mais pour retrouver la plénitude du corps et de la vie, du présent qui passe et demeure, du travail ou du repos, de la solitude ou de l’intimité à deux… Peu de chose y suffit : un peu de calme, de silence, de tendresse, de sensualité, d’activité, d’attention… Moments de simplicité et de paix, qui n’abolissent aucun combat mais qui les mettent tous, au moins pour un temps, à distance. C’est bien ainsi. Si nous avons été bouleversés par les attentats de janvier et de novembre, c’est que nous pensons que la vie vaut mieux que la mort. Il serait incohérent de ne pas savoir profiter du simple fait d’être vivant, lorsque l’horreur nous épargne ou ne nous atteint qu’indirectement. Refuser de se laisser emporter par le malheur, l’angoisse ou la haine, c’est aussi une façon de résister au terrorisme.
«Faire le vide» peut être une nécessité mais n’est-ce pas aussi fuir la réalité ?
Qui peut fuir ce qui nous enveloppe ? N’ayez pas peur : le monde sera toujours là ! Il ne s’agit pas de fuir la réalité, mais pas non plus de courir après en permanence ! Savoir ralentir, savoir s’arrêter parfois, c’est plutôt se donner les moyens d’habiter le réel, de prendre du recul, de retrouver en soi une capacité d’attention, de réflexion, de résolution… Se désencombrer de l’inessentiel, pour retrouver ce qui compte vraiment. Fuir non pas la réalité mais l’agitation, la dispersion, le «divertissement», au sens pascalien du terme. On n’en agira que mieux !
Vous êtes un adepte de la méditation. Comment pratiquez-vous cette activité ?
C’est un exercice indissociablement corporel et spirituel : se tenir assis, le dos droit (c’est le contraire de l’avachissement, mais aussi de la prosternation), le corps immobile, l’esprit attentif. Attentif à quoi, puisqu’on ne fait rien ? Au simple fait de vivre, de respirer, à ce qu’on sent et ressent, l’air qui passe dans les narines, cette douleur dans le genou, ce bruit dans le lointain, cette angoisse qui sourd, cette sérénité parfois qui s’installe… Regarder ses pensées venir et se dissiper («comme des nuages dans le ciel», disent les textes zen), sans s’y attacher ni les combattre. Ne pas juger. Ne pas rejeter. Laisser venir et partir. Action minimale, attention maximale. Ne rien faire, mais à fond !
Que vous apporte cette pratique ?
Rien de miraculeux. Mais un moment de silence, de lucidité, de simplicité, de tranquillité… C’est le contraire d’une prière : pas de mots, pas de demande, pas d’adoration ; juste l’attention silencieuse au corps qu’on est, au monde qui nous contient, à la continuité changeante du présent. Cela fait – parfois, rarement – comme un moment d’éternité.
C’est quoi un «moment d’éternité» ?
Qu’est-ce que l’éternité ? Pas un temps infini (car alors ce serait terriblement ennuyeux) mais un présent qui reste présent. C’est donc le présent même, dont nous sommes ordinairement séparés par le regret ou la nostalgie, l’espoir ou la crainte. L’éternité n’est pas l’immuabilité, mais la perduration toujours actuelle du devenir. Non la permanence, mais l’impermanence en acte et en vérité ! Il ne s’agit pas de vivre dans l’instant, ce que nul ne peut, mais d’habiter le présent qui dure et change. Quel que jour qu’on soit, c’est toujours aujourd’hui. Quelle que soit l’heure, c’est toujours maintenant. Et ce perpétuel maintenant est l’éternité même. C’est cela, que la philosophie m’a aidé à penser, la méditation m’aide à le vivre, y compris quand je fais tout autre chose que méditer ! On ne court le plus souvent qu’après l’avenir. Mais on ne court qu’au présent.
Tout simplement se désencombrer de ce qui n’est pas essentiel pour retrouver ce qui compte vraiment et habiter le présent.

Mercredi 13 Janvier 2016

Mercredi 13 Janvier 2016
« La définition de la santé »
Michel Serres
En restant sur le sujet des vœux de bonne année, le mot qui apparait le plus souvent c’est «bonne santé».
Dans l’esprit de beaucoup cela signifie probablement absence de maladie.
Mais est-ce bien la bonne définition de la santé ?
Par ce mot du jour, je partage une réflexion de Michel Serres qu’il a déployée dans son émission hebdomadaire sur France Info <Le sens de l’info du 20 décembre 2015>
 
Michel Serres : 
« La santé il faudrait d’abord la définir […]
Je voudrais citer un livre fameux livre paru en 1940, signé d’un certain docteur <René Leriche> (1879-1955) qui était issu d’une famille de médecins lyonnais et qui s’intitulait « Chirurgie de la douleur ».
Ce médecin avait vécu les horreurs de la guerre 14-18 et avait tenté de créer une chirurgie moins agressive, moins douloureuse, un peu plus anesthésique. Il était devenu le champion de la lutte contre la douleur.
Dans ce livre, il cite une phrase qu’il avait prononcée en 1937 et qui l’avait rendu très célèbre : […] « La santé, c’est la vie dans le silence des organes »
Cette définition est simple, elle est géniale et correspond au vécu des gens qui oublient leur corps quand ils sont en bonne santé. Car quand vous êtes en bonne santé, aucun geste ne vous coûte, ce qui signifie qu’aucun organe ne proteste contre le geste que vous faites, l’action que vous menez. C’est bien le silence des organes. […].
J’ai une objection maintenant.
Cette phrase signifie que quand les organes bougent, s’expriment, parlent, ils n’expriment que la douleur, que la souffrance. Ce serait donc une définition que négative […].
Il y a eu une révolution médicale avec l’invention de la pénicilline [1928], des antibiotiques [dont la pénicilline fut le premier d’entre eux] et d’autres médicaments qui ont complétement bouleversé notre rapport à la maladie car il permettait la guérison de la maladie.
Et sont apparus à la même époque les antalgiques, les analgésiques, les anesthésiques etc qui ont complément bouleversé notre rapport à la souffrance et à la douleur. […] Dès lors, la définition de la santé change et la [définition du docteur Leriche n’est plus exacte.]
Collectivement, l’espérance de vie se met à croitre, l’arrivée des guérisons et des recouvrements de la santé augmentent considérablement.
On parle aujourd’hui de ce silence-là, du bien-être, de l’état de forme. Et par conséquence on dit bien que lorsque les organes parlent, ils expriment le plaisir.
Dans le passé la santé était définie individuellement par le rapport à la douleur et aujourd’hui la santé est définie collectivement dans les statistiques par rapport à l’espérance de vie et individuellement par rapport au bien-être.
Il y a eu un changement colossal, comme un renversement de la définition de la santé [de négatif à positif]. […]
On a démontré désormais que l’action des différents ministères,  la création de l’OMS, la création de la sécurité sociale ont tellement changé notre rapport au corps qu’on pense même que ces actions collectives sont plus importantes dans la révolution que je parle que les [inventions médicales] à proprement parler.
Autrefois la santé était un don du ciel, un don de la nature, un don du hasard et on ne faisait que se battre contre [la maladie] alors qu’aujourd’hui notre santé est entre nos mains en grande partie.
La définition aujourd’hui de la santé est statistiquement collective, deuxièmement le bien-être et troisièmement nous en sommes responsables. […]
En 2013, par exemple aux Etats-Unis, 17 citoyens américains sont morts pour cause de terrorisme et 400 000 sont morts pour cause de tabac.
Si 400 000 sont morts pour cause de tabac, c’est qu’ils fumaient et s’ils fumaient, c’est qu’ils voulaient bien fumer.
La santé devient un problème éthique, elle est grandement entre nos mains.
On voit donc combien la définition du professeur Leriche devient désuète.
Nous avons changé de médecine, nous avons changé de société et nous avons changé de morale. »
Bonne santé à tous pour 2016

Mardi 12 Janvier 2016

« Bonne Année »
Vœu que l’on formule le premier jour de l’année.

Je vous convie aujourd’hui à une réflexion sur la relativité. Réflexion qui n’a rien à voir avec la théorie d’Einstein sur l’espace et le temps.

Quoique …

Si nous revenons à cette question qui occupe tellement l’espace public ces derniers temps : la religion et que nous posons de manière rationnelle la question pourquoi un être humain a-t-il une telle religion ?

Du point de vue scientifique et donc statistique, l’explication quasi unique est : Parce qu’il est né dans une famille qui avait cette religion et plus largement dans un pays qui est majoritairement de cette religion. Les conversions existent mais sont, à l’aune de cette première réflexion, très marginales.

Je pense que cette prise de conscience ne peut qu’avoir une grande influence sur notre analyse de la croyance religieuse.

Mais ce n’est pas de cela que je souhaite parler aujourd’hui.

Quoique …

Bonne année, c’est le premier jour de la nouvelle année. Qui dit année, dit calendrier. Souvent le calendrier est lié à une religion.

Et nous sommes à nouveau plongés dans la relativité.

Notre bonne année est la bonne année de l’ère et du calendrier chrétien. Plus précisément le calendrier grégorien [du pape Grégoire XIII] qui a complété et modifié en 1582 le calendrier Julien créé sous Jules César.

La tentative des révolutionnaires français à modifier cette institution chrétienne a échoué.

Pour les chinois, les coréens et les vietnamiens, c’est-à-dire 1/5 de l’humanité, la bonne année se souhaitera le 8 février qui correspond au premier jour de leur calendrier.

Pour une beaucoup plus petite communauté, les sikhs, ce sera le 14 mars.

Et le 20 mars ce seront les iraniens et les kurdes qui souhaiteront la bonne année avec Norouz.

Le 15 avril ce sera le tour des thaïlandais, des birmans, des sri lankais et d’une partie des indiens.

Le Nouvel an juif, ce sera du deux au quatre octobre, à peu près en même temps que le nouvel an musulman, du premier au trois octobre.

Enfin, le trente octobre, ce sera Diwali, la fête des lumières, pour plus d’un milliard d’Indiens.

Je serai, comme toujours, franc avec vous, je n’ai pas vérifié l’exactitude de toutes ces dates, j’ai fait confiance à Anthony Bellanger sur France Inter qui a donné cette énumération.

Mais ce qui m’intéresse ainsi est la prise de conscience que ce que je pensais universelle, la bonne année pour tous les terriens, comme l’exprime souvent nos chaines de télévision notamment en annonçant le matin du 31 décembre en France, « C’est déjà la nouvelle année en Nouvelle-Zélande » avec ce postulat que tous les terriens vont passer, en suivant les méridiens, dans un même référentiel, à la nouvelle année, unique et universelle.

Ainsi, si je vous souhaite une bonne année, c’est une bonne année du calendrier chrétien.

Et encore pas de tous les chrétiens, car certains chrétiens orthodoxes ont conservé le calendrier julien.

Et si on souhaite aller encore plus loin dans l’érudition on constatera que le premier janvier n’a pas toujours été le premier jour de l’année en France et qu’il existait même des jours différenciés selon les provinces : à Lyon, c’était le 25 décembre, à Vienne [France], le 25 mars.

Et c’est  l’édit de Roussillon de 1564 de Charles IX [le roi de la Sainte Barthélémy] qui harmonisa les pratiques et fixa le nouvel an au premier janvier.

En conclusion, dans un monde de relativité je vous souhaite une bonne année selon le calendrier actuel du plus grand nombre des chrétiens.

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