Jeudi 21 Avril 2016

Jeudi 21 Avril 2016
«Vivre et laisser mourir»
Michel Foucault

Donc le Pape François s’est, à nouveau penché, sur le sujet des réfugiés et il a même ramené concrètement 12 réfugiés au Vatican.

Conversation est un site où on peut trouver des articles initialement en langue étrangère traduits en français.

Un article d’un universitaire anglais, Stéphane J Baele, University of Exeter, m’a interpellé car il rapproche la situation actuelle aux frontières de l’Europe à une réflexion de Michel Foucault développée à partir de 1974 : <la biopolitique>

Biopolitique est un néologisme pour identifier une forme d’exercice du pouvoir qui porte, non plus sur les territoires mais sur la vie des gens, sur des populations, le biopouvoir.

Le pouvoir va s’intéresser à la vie, à la santé, à la retraite et même à la fin de vie des citoyens de son territoire. En témoigne toutes les caractéristiques de l’Etat providence, de la sécurité sociale et de l’existence de toute une organisation visant à accompagner les citoyens de la naissance à la mort. Des campagnes financées par le pouvoir vont donner des injonctions à la population :

  • Ne pas fumer ;
  • Ne pas trop boire d’alcool ;
  • Bien manger …5 légumes et fruits ;
  • Avoir des activités physiques ;
  • Se soumettre à des examens médicaux périodiques etc…

Parallèlement Foucault prévoyait aussi que ce biopouvoir aurait des incidences sur la manière de traiter les autres, ce qui ne sont pas « les citoyens protégés ». Ce pouvoir tenterait de protéger ses concitoyens des « autres ».

Et c’est ainsi que, l’universitaire anglais introduit son article : <Vivre et laisser mourir : Michel Foucault avait-il prédit la crise des réfugiés ?> :

« En mars 1976, le philosophe Michel Foucault décrivait, sous le terme de « biopolitique », l’avènement d’une nouvelle logique de gouvernance propre aux sociétés libérales occidentales, obnubilées par la santé et le bien-être de leurs populations.

Quarante ans plus tard, force est de constater que les pays occidentaux ont, plus que jamais, à cœur de promouvoir une alimentation saine, proscrire le tabac, réglementer la consommation d’alcool, systématiser le dépistage du cancer du sein ou informer leurs citoyens sur les risques de contracter telle ou telle maladie.

Michel Foucault n’a jamais prétendu que cette tendance était regrettable, après tout elle sauve des vies. Il estimait, en revanche, que le fait d’accorder autant d’importance à la santé et la prospérité d’une population excluait de fait ceux qui n’y avaient pas accès et étaient considérés comme susceptibles de les mettre en danger.

La biopolitique est donc la politique du « vivre et laisser mourir ». En se focalisant sur sa propre population, un pays augmente les conditions susceptibles « d’exposer à la mort, de multiplier pour certains le risque de mort ».

Ce paradoxe aura rarement été plus manifeste que durant la crise qui, ces dernières années, a vu des centaines de milliers de personnes chercher refuge en Europe. Il est frappant de constater à quel point les sociétés européennes investissent chez elles dans la santé, tout en érigeant des barrières juridiques et matérielles toujours plus étanches afin de maintenir les réfugiés à distance. De fait, elles participent activement à la mort d’êtres humains.

Le conflit au Moyen-Orient est meurtrier. À elle seule, la guerre civile en Syrie a déjà fait 300 000 morts, selon la plupart des estimations. Elle nous donne à voir quelques-unes des pratiques les plus effroyables, dont le gazage de plusieurs milliers de civils à Damas en 2013.

Des groupes extrémistes comme Daech affichent une cruauté inconcevable. Ils décapitent leurs victimes à l’aide de couteaux ou d’explosifs, les enferment dans des cages avant de les brûler vives, les crucifient, les jettent du haut des immeubles et, plus récemment, ont fait sauter une voiture dans laquelle se trouvaient des passagers (un enfant aurait déclenché le dispositif). Cette violence s’est exportée en Europe. Et certaines des grandes villes syriennes ressemblent aujourd’hui au Stalingrad de 1943.

Évidemment, les populations fuient, comme l’avaient fait avant elles les Belges – par exemple – au début de la Première Guerre mondiale : le Royaume-Uni en avait accueilli 250 000, parfois au rythme de 16 000 chaque jour.

Mener une vie normale étant impossible sur la quasi-totalité du territoire syrien, l’émigration se poursuivra inévitablement tant qu’il restera des civils dans cette région dévastée par la guerre. […]

Confrontés au drame qui se joue à leurs portes, que font les États membres de l’Union européenne ?

Exactement ce qu’avait prédit Foucault. Hormis l’Allemagne, ils rivalisent d’imagination pour mettre en place des politiques visant à se prémunir contre l’arrivée des réfugiés et envoient des messages dissuasifs toujours plus explicites.

L’Autriche a ainsi décidé unilatéralement de fixer des quotas sur le nombre de demandeurs d’asile qu’elle acceptera quotidiennement, laissant la Grèce, en faillite, gérer seule l’afflux d’immigrés.

Une semaine plus tôt, Manuel Valls avait déclaré que la France et l’Europe ne pouvaient « accueillir plus de réfugiés ». […]

Au Danemark, la police est désormais autorisée à saisir les objets de valeur appartenant aux réfugiés, les privant ainsi du peu qu’il leur restait. La Slovaquie a, de son côté, décrété qu’elle n’accueillerait que des réfugiés syriens chrétiens, et pas plus de 200, au prétexte que les musulmans « ne se sentiraient pas chez eux » et ne seraient de toute façon pas acceptés par la population locale. […]

Les pays occidentaux, dont la politique d’immigration est de plus en plus implacable, importent aussi des technologies militaires destinées à établir des dispositifs de contrôle sophistiqués et des barrières infranchissables en Grèce, en Bulgarie ou dans les enclaves espagnoles au Maroc. Les « conditions favorables à la mort des autres » sont ainsi réunies. Les Syriens n’ont désormais que le choix de survivre chez eux ou d’entreprendre un voyage périlleux vers des pays sûrs mais totalement verrouillés.

Les théories plus ou moins complexes échafaudées pour justifier cette politique sont facilement réfutables, tant sur le plan rationnel que moral. Le seul raisonnement qui tienne est celui de Foucault.

En expliquant pourquoi une société aussi obsédée par la santé est capable (plus ou moins indirectement) de tuer des gens capables de contribuer à cette santé, Foucault lance un mot fort : le racisme, au sens large du terme.

Sa théorie, confirmée depuis par des milliers d’expériences en psychologie sociale, est la suivante : pour que des individus acquiescent à des politiques extrêmes et qu’ils les parent d’arguments moraux, ils doivent considérer les gens qui en sont victimes comme différents, extérieurs à leur communauté.

C’est pourquoi le Royaume-Uni, qui avait accueilli 250 000 Belges avec du thé et des gâteaux entre 1914 et 1916, contribue aujourd’hui, avec la majeure partie des pays de l’Union européenne, à la mort de milliers d’êtres humains ayant fui une guerre dans laquelle s’affrontent un régime dictatorial et le groupe terroriste le plus violent (quantitativement et peut-être qualitativement parlant) de tous les temps.

Le peu de moralité qui subsistait chez les États européens est en train de s’évaporer. »

C’est un autre regard sur la crise des migrants qui sont aux frontières de notre espace européen.

Je peux aussi vous inciter à écouter cette belle émission où Philippe Meyer avait invité Pascal Brice, directeur de L’OFPRA (l’Office français de protection des réfugiés et apatrides) qui d’une voix calme, posée explique avec intelligence et humanité le rôle de l’établissement qu’il dirige, toujours en se référant aux valeurs que sous-tendent le droit de réfugiés. Il montre aussi le défi auquel nous sommes confrontés.

<688>

Mercredi 20 Avril 2016

Mercredi 20 Avril 2016
«Premier ministre, ou président de la République ?
 Jamais […] la confusion des rôles n’a paru aussi évidente.»
Brice Couturier
Pendant que MEDIAPART réalisé son émission sur Nuit Debout, François Hollande s’essayait à la communication traditionnelle du Politique à travers une émission de télévision.
Brice Couturier dans sa chronique du lendemain  a réalisé cette analyse pertinente à mon sens :
« Jamais un chef de l’Etat ne s’était à ce point comporté en chef du gouvernement. Une conduite des affaires au ras du sol. Hier soir, le président de la République a plaidé avec conviction en faveur de l’action gouvernementale. S’il fallait résumer l’ensemble des propos qu’il a tenus d’une phrase, je retiendrais celle-ci : « J’ai engagé une politique qui commence à produire des résultats ».
Alors oui, tout y est passé ; de la baisse des charges sur les entreprises aux mesures en faveur du niveau de vie des étudiants, de l’augmentation du nombre des demandeurs d’asile à la réforme du Travail. Même si on peut regretter l’usage intempestif de la première personne du singulier, et sans se prononcer sur le fond, c’était un assez bon discours de chef du gouvernement. François Hollande a paru bien au fait des détails d’exécution de la politique menée, dont on avait l’impression qu’elle provenait toute de ses propres initiatives.
Mais François Hollande est-il premier ministre, ou président de la République ? Jamais autant qu’hier soir, la confusion des rôles n’a paru aussi évidente. La logique des institutions voudrait que le chef de l’Etat ne se mêle pas des péripéties de l’action gouvernementale.
Diriger le gouvernement, c’est le rôle du chef du gouvernement, le Premier ministre. Déjà Nicolas Sarkozy intervenait constamment et à propos de tout, perdant en chemin de vue les lignes directrices qu’il avait lui-même tracées. François Hollande, qui semble s’occuper de la gestion au jour le jour du pays, paraît dépourvu de toute vision historique. Est-ce la faute de ceux qui étaient chargés de le questionner ? C’est possible.
Mais enfin, pas un mot sur la crise – peut-être mortelle – que traverse le processus d’intégration européenne !
Les Pays-Bas viennent de voter contre l’Union européenne. Le risque du Brexit se rapproche dangereusement. Nous savons qu’une défection de la Grande-Bretagne déclencherait des réactions en chaîne incontrôlables. Le président de la République a-t-il imaginé des scénarii de sortie de crise ? Nous n’en savons rien. A nouveau, il s’avère que la Grèce ne pourra pas rembourser celles de ses dettes qui arrivent à échéance, cet été.
Faut-il envisager enfin le défaut pour ce pays et comment limiter ses effets sur les autres Etats membres de l’UE, dont le nôtre ?
L’Autriche est en train de construire un mur de barbelé sur sa frontière avec l’Italie, où arrivent 20 000 migrants par jour ; la Grèce est saturée. L’espace Schengen n’est plus qu’un souvenir. La Turquie ne veut pas accueillir sur son sol les migrants qui en sont partis, malgré les 6 milliards d’euros promis. Sommes-nous résignés à laisser la chancelière allemande piloter seule une Europe entrée dans une période de grave turbulence ? N’avons-nous pas nos propres idées, nos propres intérêts à faire prévaloir ? Si l’Europe se défait, quelles alternatives pour notre pays ?
Alors que le président américain, en fin de mandat, est affaibli, Vladimir Poutine multiplie les provocations militaires. Les relations entre la Russie et la Turquie, membre de l’OTAN, demeurent explosives. Elles peuvent dégénérer en un conflit ouvert. Qu’en pense le président de la République ?
Chacun sait que l’Algérie, pour cause de chute des ressources tirées de la vente du gaz et du pétrole, concomitante avec une fin de règne politique, va connaître, dans les mois ou les années qui viennent, une crise sociale gravissime. Comment en anticipons-nous les effets ?
Arnold Toynbee avait une formule : history is on the move again. Elle redevient d’une brulante actualité. Cela faisait longtemps que le mouvement de l’histoire n’avait pas subi une aussi forte accélération. En saisir les enjeux, en déceler les dangers et les opportunités est de la responsabilité d’un président de la République.
C’est pour que le pays ne soit plus jamais pris au dépourvu par les drames historiques que le général de Gaulle avait imaginé sa propre fonction, en la distinguant clairement de celle du premier ministre. Or, la dyarchie au sommet de l’Etat est devenue illisible. On ne sait plus où sont les responsabilités de chacun.
La meilleure preuve : les journalistes passent leur temps à demander au président de commenter l’action de son premier ministre. Et là encore, en s’attachant à la surface des choses, à un détail : le port du voile à l’Université. Quand c’était de la place de l’islam en France et en Europe – question historique – qu’il aurait dû être question. Décidément, le fonctionnement actuel de nos institutions, avec cette dyarchie absurde au sommet de l’exécutif, n’est pas tenable.
Elle est sans doute l’une des causes de l’immobilisme français. Et donc du malaise actuel. Du reste, nous aurons tout oublié avant un an. »
Je partage sans nuance cet avis de Brice Couturier.
Je le résumerai de cette manière : Si le président fait le job du premier ministre, d’abord le premier ministre ne sert à rien, ensuite personne ne fait le job du Président.
On peut être critique avec les « Nuits debout » mais quand on voit et on entend François Hollande, on ne peut que les comprendre.
Je l’écris : c’est consternant. Nous sommes en face d’un technicien  qui considère que chaque problème nécessite un ajustement technique : il faut modifier un paramètre…alors que nous changeons de monde !
C’est Marcel Gauchet qui a eu cette formule que je cite de mémoire : « Le gouvernement présente la Loi El Komri comme un simple problème technique qu’il faut résoudre pour améliorer la situation. Mais il ne dit pas, quel est le sens de cette Loi. Quelle est la société que sous-tend cette réforme ? Quelle est la place du travail, de l’emploi, de la vie familiale, des projets de vie des jeunes dans un tel contexte ? »
Si le Président de la République ne donne pas ce sens, à quoi sert-il ?
80% des Français ne veulent plus de lui ni de Nicolas Sarkozy pour les élections présidentielles 2017.
Comment s’en étonner ?
Alors je fais un rêve démocratique.
Vous souvenez qu’en 2005, François Hollande et Nicolas Sarkozy avait fait plusieurs actions communes pour défendre le même point de vue : Le Oui au traité constitutionnel que les français ont d’ailleurs rejeté.
Alors je rêve qu’ils deviennent, tous deux, lucides et réalistes et refassent ensemble une tribune dans laquelle ils diraient « Nous avons compris le message des français et nous comprenons aussi le besoin de renouvellement dont a besoin le corps politique français et nous avons décidé tous les deux de ne pas être candidat aux prochaines élections présidentielles pour permettre cette respiration démocratique »
Je fais partie de ces personnes qui ne désespèrent jamais de l’intelligence des gens, même si souvent je dois me résoudre à conclure ce n’est pas encore gagné.

Mardi 19 Avril 2016

Mardi 19 Avril 2016
«Je ne crois pas que quoique ce soit de révolutionnaire ait jamais été inventé par un comité»
Steve Wozniak, le cofondateur d’Apple avec Steve Jobs
J’ai trouvé un article dans Slate : http://www.slate.fr/story/116177/creatif-temps-isole-reste-du-monde dont le titre est : «Pour être créatif, passez du temps isolé du reste du monde». Cet article renvoie vers un article anglais sur le site <Quartz> et rapporte :
«Un bon ingénieur, c’est un peu comme un artiste. Steve Wozniak, le cofondateur d’Apple, se considère un peu comme un artiste. Selon lui, les ingénieurs qui ont apporté des inventions majeures à l’humanité travaillent comme les créateurs: seuls. «Je ne crois pas que quoique ce soit de révolutionnaire ait jamais été inventé par un comité», écrit-il à propos du processus d’innovation. Des études ont d’ailleurs montré la supériorité de la réflexion solitaire sur la génération d’idées en groupe.
Cette sagesse se heurte à la marche d’un monde dans lequel chacun est toujours plus connecté aux autres, que ce soit dans l’espace physique ou par l’intermédiaire des technologies de communication à distance, et à des sollicitations innombrables qui empruntent les multiples canaux du marketing.  Dans ce contexte hostile d’infobésité permanente, un article de Quartz insiste sur les vertus du travail solitaire, à une époque où la demande de créativité a supplanté l’exigence de conformité aux normes dans le domaine professionnel. Cette capacité à travailler seul n’est cependant pas comparable avec un état d’ennui, et encore moins avec la détresse de la solitude. Il s’agit plutôt d’un état de complétude dans lequel l’individu donne le meilleur de lui-même.
Selon Ester Buchholz, psychologue et auteure d’un essai sur la solitude, «les autres nous inspirent, les informations nous nourrissent, la pratique améliore notre performance, mais nous avons besoin de moments de calme pour comprendre les choses, faire des découvertes et pour faire émerger des réponses originales.»
Cela suppose par contre d’affronter ses émotions et de faire face à ses souvenirs sur de longues périodes. Ou, comme le formule la romancière danoise Dorthe Nors, à rester dans une zone d’inconfort émotionnel pour en tirer l’inspiration. Sans devenir ermite pour autant, être capable de s’isoler peut donc s’avérer bénéfique.»
Voilà qui est dit ! Et je reviens vers le mouvement Nuit debout.
Et je vais commencer par ce qui fait mal, parce que bien sûr ce mouvement est comme tous les autres infiltrés par des « cons ». Il y a les casseurs, mais il y a aussi les intolérants qui ont chassé Alain Finkielkraut de la Place de la République où il était simplement allé  pour écouter.
Le reste est relaté par le site Slate.fr :
«L’expédition aura été de courte durée. Alors qu’il venait d’arriver place de la République à Paris « pour écouter » les revendications des participants au mouvement « Nuit debout », qui dure depuis maintenant plus de deux semaines, Alain Finkielkraut a rapidement été pris à partie. Des clips postés sur les réseaux sociaux montrent que le philosophe polémique a notamment été accueilli samedi 16 avril par des manifestants qui lui ont lancé « casse-toi » ou encore « facho ». « Saloperies », « fascistes »[…]
Interrogé par le « Cercle des Volontaires » alors qu’il quittait la place de la République, Alain Finkielkraut a expliqué qu’il ne venait « même pas pour intervenir ou faire valoir [ses] idées » mais seulement pour « écouter ». « On a voulu purifier la place de la République de ma présence », a-t-il estimé en présence de sa femme. « Je pense que s’il n’y avait pas eu de service d’ordre, je me faisais lyncher ». « J’ai été expulsé d’une place où doivent régner la démocratie et le pluralisme, donc cette démocratie c’est du bobard, ce pluralisme c’est un mensonge », a encore regretté le philosophe»
Voilà qui est dit aussi !
Nuit debout fait suite à d’autres mouvements comme <Occupy Wall Street>, d’ailleurs le mouvement a eu la visite de <David Graeber, l’anthropologue qui s’était beaucoup impliqué dans ce mouvement> . Aujourd’hui, la candidature et le succès rencontré par Bernie Sanders dans les primaires Démocrate et qui ose dire qu’il est socialiste est une continuation de ce mouvement. <Le journal les inrocks.com débat d’ailleurs de ce rapprochement entre Nuit debout et occupy wall street>
En Espagne il y eut le mouvement des Indignés (Indignados en espagnol), cette fois c’est le parti <Podemos> avec son leader <Pablo Iglesias>  qui sont issus de cette initiative.
Nuit debout veut être un mouvement différent, notamment en refusant de générer des leaders pour éviter la dérive Podemos, les participants semblent particulièrement inquiet d’une possible récupération politique ou médiatique.
Comme je ne me sens pas l’énergie ni la santé pour aller voir de mes propres yeux, je suis obligé d’entendre le témoignage d’autres : <Ainsi Bernard Lavilliers qui déclare sur Europe 1> : «Cette place de la République c’est un forum […] Nuit debout se réclame d’une forme d’anarchie. Cette place de la République, c’est un forum, Il y a des ‘y a qu’à’ et des ‘faudrait’, mais je trouve ça pas mal. Ça n’a rien à voir avec la loi Travail, c’est certainement parti de là mais ça s’est étendu à beaucoup d’autres choses […Comme par exemple] cette sorte de tyrannie des énarques, qui sont d’une arrogance incroyable et se penchent sur les problèmes du peuple, et dont le peuple ne veut plus. »
Evidemment le journal <Le Figaro> est beaucoup plus critique:
« Ce qui frappe au premier abord dans la Nuit Debout, c’est la forte homogénéité sociale du mouvement. D’ordinaire, la place de la République est bigarrée. Ce sentiment de mélange est volontiers accru par les événements qui se déroulent régulièrement sur la place: occupation périodique par des migrants ou par des familles africaines menacées d’expulsion et protégées par le Droit au Logement, mais aussi quadrillage par les familles Roms qui dorment dans la rue avec leurs bébés et leurs enfants. Le tour de force de la Nuit Debout est de babiller sans lassitude apparente sur le sexe des anges solidaires, de gauche, révolutionnaires, progressistes et autres adjectifs bisounours, dans un entre soi très bien huilé. Ici, on est bien, on est tranquille, on est humaniste, mais on est d’abord des quartiers centraux de Paris. On adore dénoncer la précarité et la discrimination, mais selon l’étiquette bobo en vigueur, qui accorde une place nulle aux «minorités visibles», manifestement peu intéressées par les sujets qui se traitent. […]
Une autre caractéristique de la Nuit Debout tient à son aversion pour le salarié. C’est l’Autre: on le plaint, on se bat pour lui, mais on ne le côtoie pas. Tout est fait, dans la Nuit Debout, pour le décourager de venir. Le premier argument est dans la définition même de la manifestation: nocturne, noctambule, elle n’est guère accessible à celui qui sort fourbu d’une journée de travail et qui doit embrayer tôt le lendemain. Il peut venir, certes, de temps à autre. Mais il doit attendre pendant des heures avant de pouvoir parler pendant trois minutes selon un formalisme figé qui laisse peu de place à l’amateurisme. Dans la Nuit Debout, le salarié, le prolétaire, est une icône. On aime le voir en peinture, mais il ne faudrait pas qu’il s’imagine changer les choses au jour le jour. La preuve? Le mouvement a finalement considéré que la résistance à la loi El-Khomri était un prétexte un peu vain, et qu’il valait mieux refaire le monde sans parler d’actualité. […]
Cette dominante sociologique s’explique par le caractère faussement improvisé du mouvement. Depuis longtemps, les indignés français sont noyautés par un petit groupe d’intellectuels auto-centrés qui n’ont nulle envie de se mélanger à d’horribles petits bourgeois qui procréent, qui s’occupent de leurs moutards et qui cultivent les relations familiales. Ceux-là sont des catholiques intégristes en puissance qu’il faut écarter.»
Cet article, publié le 8 avril, prédisait une fin rapide de cet incongruité : «Fait par les Blancs pour les Blancs, fait par les bourgeois pour les bourgeois, fait par les bobos pour les bobos, il ne devrait pas tarder à mourir de sa belle mort, à moins qu’une mutation du virus ne conduisent à une radicalisation et une popularisation inattendue.»
Il semble cependant que le mouvement soit parvenu à essaimer en banlieue, nuançant ainsi un peu la prédiction ou l’espoir du Figaro.
Car en effet, c’est bien la démocratie représentative qui est en questionnement.
Quand on écoute le Président de la République actuel s’exprimer à la télévision, on oscille entre la compassion (il fait ce qu’il peut et il peut peu), l’exaspération (il dit des choses totalement en décalage avec ce que vivent les gens du type ça va mieux, les outils sont en place pour une amélioration) le découragement (il ne donne aucun sens à son action, on ne comprend pas où on va, on ignore ce qu’imagine cet homme du passé, du monde de demain).
Il est donc pertinent de trouver de nouvelles pistes.
Mais est-ce dans la possibilité de Nuit debout.
Que pensent-ils ? Vers quoi voudraient-ils aller ?
Ils répètent que c’est trop tôt, qu’il faut attendre les réflexions des commissions, des AG etc…
Il y a quand même Frédéric Lordon qui s’exprime, mais comme simple participant parmi d’autres bien qu’il soit probablement celui qui dispose de la pensée la plus structurée et la plus aboutie.
Alors vous verrez <Ici> (à partir de 3’50) son intervention du 9 avril 2016 dans laquelle il n’appelle pas à la grève générale mais dit que c’est la conséquence normale du mouvement et que dans un élan Proudhonien <La propriété c’est le vol>, il appelle à la fin de la propriété privée.
Je n’affirme pas que ce n’est pas la solution de nos problèmes mais j’ai l’intuition que cette idée n’a pas beaucoup vocation à prospérer au niveau national et encore moins dans l’Europe telle qu’elle existe actuellement.
Pour aller plus loin, je vous invite à lire son entretien à la revue écologique « Reporterre » : « Il faut cesser de dire ce que nous ne voulons pas pour commencer à dire ce que nous voulons »
Tout ceci me laisse assez songeur et j’en reviens à l’exergue du mot du jour : «Je ne crois pas que quoique ce soit de révolutionnaire ait jamais été inventé par un comité»
J’exprime donc une grande perplexité quant aux débouchés concrets et rapides des réflexions qui peuvent sortir des brain storming des commissions et Assemblée Générale de ce mouvement.
Cela étant, il est rassurant et positif, qu’à l’ère du numérique,  des gens et singulièrement des jeunes, se réunissent physiquement pour parler ensemble, sur une place emblématique de Paris, de se voir, d’être en face à face.
C’est pourquoi je continuerai à regarder ce mouvement avec bienveillance s’il ne s’abime pas dans la violence et qu’il parvient à canaliser les crétins qui se sont attaqués physiquement et verbalement à Alain Finkielkraut.

Lundi 18 avril 2016 ou du 49 mars 2016

« Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. »
Pierre Victurnien Vergniaud

Ce matin nous sommes le 49 mars du calendrier du mouvement « Nuit debout ».

Ce mouvement étonnant a démarré le 31 mars et, probablement en référence au calendrier révolutionnaire, a voulu créer un nouveau calendrier. Ils ont fait simple, continuer indéfiniment le mois de mars qui a vu le début de ce mouvement.

Mais MEDIAPART a consacré une « soirée live » à ce mouvement et a invité des participants à s’exprimer, ce qui est difficile puisqu’ils refusent de nommer des porte-paroles et qu’ils se méfient énormément des médias. Finalement, MEDIAPART probablement en raison de son positionnement est arrivé à en convaincre quelques-uns. < C’est ici>

Parmi les invités, il y avait Leila Chaibi, membre du Parti de gauche et ancienne candidate aux municipales à Paris. Elle fait partie des initiateurs de ce mouvement, c’est ce qu’elle explique dans l’émission de Mediapart, avec le journal FAKIR d’Amiens qui annonce d’entrée :

« Journal fâché avec tout le monde. Ou presque »

Wikipedia nous apprend que

« Fakir est un journal indépendant et alternatif engagé à gauche. Il a été créé en 1999 à Amiens, en Picardie. Selon deux formules consacrées présentes au début de chacun de ses numéros, le journal se présente comme n’étant lié à « aucun parti politique, aucun syndicat, aucune institution » et comme « entièrement rédigé et illustré par des bénévoles ». Il connaît une diffusion nationale depuis le 26 avril 2009. Le magazine confectionné à Amiens diffuse entre 10 000 et 20 000 exemplaires par numéro.»

Le rédacteur en chef et fondateur de ce journal est <François Ruffin>.

Pour le situer un peu, on apprend qu’il a participé comme reporter plusieurs fois à l’émission de France Inter<Là-bas si j’y suis de Daniel Mermet> qui a été supprimé dans la polémique en 2014. François Ruffin a pris la défense de Daniel Mermet.

Et en 2015, il réalise son premier film, « Merci Patron ! », film critiquant Bernard Arnault, dont la sortie nationale a eu lieu le 24 février 2016. Ce film a aussi joué un rôle de premier plan, un rôle fédérateur dans le déclenchement de ce mouvement.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de le voir, Bien que Pascale me l’ait vivement conseillé en précisant qu’il devrait me plaire.

Le mouvement DAL « Droit au logement » a également été présent dans le tout début du mouvement, notamment pour le conseil logistique.

Et enfin il y a l’intellectuel Frédéric Lordon, dont j’ai déjà parlé (en bien).

Tout ceci pour dire, comme le révèle Leila Chaibi, que ce mouvement n’est pas venu de nulle part, une création spontanée ex nihilo.

Au départ, il y a la mobilisation contre la Loi Travail et l’idée de quelques-uns dont notamment ceux cités précédemment qui ont eu l’intuition qu’il ne fallait pas manifester et puis rentrer chez soi. Mais qu’il fallait se réunir, parler ensemble, créer un élan démocratique, ce qu’ils appellent un mouvement horizontal dans un monde où la démocratie représentative est à bout de souffle en France, mais aussi dans tous les autres pays occidentaux.

Cela commence à 16′ de l’émission de Mediapart donné en lien en début de message.

Le mot d’ordre du noyau de ce mouvement était : on ne rentre pas chez nous après la manif.

Et puis ils se sont posés la question de Lénine <Que faire ?>

Une première idée était de réaliser un tract de revendication dans une perspective de «convergence des luttes », concept qui a été abondamment repris dans leurs discussions.

Cette première idée a été repoussée pour faire place à cette innovation qui me paraît très intéressante : Mettre en place une organisation (logistique, repas, concert, les règles de prise de parole…) permettant à tous ceux qui le souhaitent de débattre, sans que les initiateurs prennent un rôle prépondérant.

Cette position qui semble respecté, pour l’instant, constitue la force du mouvement mais aussi sa faiblesse pour aller plus loin et se structurer.

Pour revenir à Leila Chaibi, elle raconte donc que l’appel à se réunir « Place de la République » et à organiser les échanges, devait s’accompagner d’un site internet et qu’il fallait donc trouver un nom. [Se trouve à 33:30 de l’émission de Mediapart] :«Au départ on a pensé à « convergence des luttes ». Puis on a pensé aux « nuits blanches » qui sont organisées par la mairie de Paris et on a proposé « Nuit Rouge ». Et Lordon a dit : « attention, l’objectif n’est pas de se retrouver entre nous, entre militants [de la gauche de la gauche]. L’objectif est de faire un mouvement massif, alors attention au vocabulaire trop marqué mouvement ouvrier ou gauchiste. » Alors en référence à la citation de La Boétie « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » nous avons décidé d’appeler ce mouvement la nuit debout »

A ce stade de mon étude je suis retourné vers l’extraordinaire encyclopédie, Wikipedia à laquelle il faudra bien que je consacre un mot du jour, tant cette institution est une formidable et positive création de l’esprit collaboratif et de la modernité.

Donc Wikipedia nous apprend dans son article consacré à <La servitude volontaire de la Boétie> qu’«On attribue à tort, semble-t-il, la citation suivante à ce texte, car elle ne peut être trouvée dans aucun des principaux textes publiés : « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. ». En réalité, elle provient de Pierre Victurnien Vergniaud». Vergniaud qui fut un des leaders des girondins.

C’est toujours Wikipédia qui nous apprend que «Pierre Victurnien Vergniaud (31 mai 1753 à Limoges – guillotiné 31 octobre 1793 à Paris) était un avocat, homme politique et révolutionnaire français. Bien plus que l’orateur du parti girondin, il fut l’un des plus grands orateurs de la Révolution française. Il reste un des grands acteurs de la Révolution. Président à plusieurs reprises de l’Assemblée législative et de la Convention nationale, c’est lui qui déclara la « patrie en danger » (discours du 3 juillet 1792). C’est également lui qui prononça la suspension du roi au 10 août 1792 et le verdict qui condamna Louis XVI à la mort. Il fut pour beaucoup dans la chute du trône, et la levée en masse des citoyens pour la guerre. »

J’ai consacré, une grande partie de mon temps de cerveau disponible de ces derniers jours à m’intéresser à ce mouvement « Nuit debout », mais je m’aperçois que ce mot du jour va devenir de longueur exagérée si je ne m’interromps pas.

Alors je voudrais simplement faire part de la réflexion d’une amie qui m’a été rapporté par Annie et qui remarquait que l’échange de parole, la qualité de l’écoute sur la Place de la République était absolument remarquable, un vrai travail moderne de professionnel des débats.

Le symbole de cette organisation étant les gestes codifiés que vous trouverez ci-après et qui permettent à la foule de réagir immédiatement à ce que l’orateur dit :

Nuit debout  a donc un site : http://www.nuitdebout.fr/

Et déjà une page Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nuit_debout

J’en resterai à ce stade pour le mot du jour d’aujourd’hui.

Je regarde ce mouvement avec sympathie, étonnement mais aussi un peu d’incrédulité sur son devenir et sa capacité à faire bouger les choses.

L’exergue du mot du jour « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » est en revanche une formule qui me paraît plein de sens, dans ce monde où les 1% les plus riches accaparent une part de plus en plus extravagante des richesses produites.

Mais toute la question est aussi de savoir : pourquoi sommes-nous à genoux ?

Cette question pouvant se décliner sur deux modes : Qu’avons-nous à perdre ? Ou qu’avons-nous à gagner à la conservation du système actuel ?

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Vendredi 15 avril 2016

Vendredi 15 avril 2016
« Si tu t’en prends à Monseigneur Barbarin, toute la famille finira en enfer ! »
La mère d’une des victimes
Frédéric Pommier réalise le week end, une étonnante et souvent poétique revue de presse sur France Inter. Le 2 avril il est revenu sur un sujet qui concerne l’église catholique et notamment l’église Lyon : <http://www.franceinter.fr/emission-la-revue-de-presse-de-frederic-pommier-la-revue-de-presse-du-2-avril 2016>
Sur ce sujet, il a rapporté les points suivants :
« Et puis, si l’on revient en France, on ne peut pas ne pas parler des suites des affaires de pédophilie qui secouent le diocèse de Lyon. Le sujet fait d’ailleurs la Une du MONDE, qui évoque « l’onde de choc de l’affaire Barbarin ».
Alors que les enquêtes progressent, d’anciennes affaires, parfois classées, remontent à la surface. Et des victimes racontent donc maintenant leur cauchemar, quitte, parfois, à rompre avec leur famille. C’est ce que raconte Marion Van Renterghem, qui a mené l’enquête dans une ville partagée, dit-elle, entre l’exigence de justice et celle de miséricorde. Les catholiques lyonnais et la bourgeoisie font corps autour de l’archevêque, soupçonné d’avoir étouffé les agissements de prêtres pédophiles. Ils font corps et ne supportent pas le lynchage médiatique que subit, à leurs yeux, le si droit cardinal. La minimisation des faits, le déni et, bien sûr, la peur de faire scandale, la gêne de s’attirer les foudres de la communauté paroissiale : tels sont aussi les sentiments qui habitent certains des parents des victimes. De sa mère, l’une d’elle a ainsi entendu : « Si tu t’en prends à Monseigneur Barbarin, toute la famille finira en enfer ! »
Il n’empêche. Avec les deux nouvelles affaires révélées depuis jeudi, le cardinal est plus que jamais « dans la tourmente », estime LA NOUVELLE REPUBLIQUE, tandis que L’INDEPENDANT se demande s’il ne s’agit pas là du « scandale de trop ». Dans L’EST REPUBLICAIN, Alain Dusart, lui, se souvient de la « loi » édictée par le fondateur du scoutisme. Baden Powell avait écrit qu’un scout est « pur dans ses pensées, ses paroles et ses actes ». Et jamais, commente l’éditorialiste : « Jamais ce noble officier anglais n’aurait imaginé que ces jeunes garçons élevés dans un esprit de charité, tomberaient dans les mains lubriques de curés tripoteurs et d’un clergé complice de ces bergers transformé en loups prédateurs de tant d’innocence volée. » »
Le fond de l’affaire est constitué d’actes pédophiles dont se sont rendus coupables des membres du clergé de l’Eglise. Mais ce qui est dénoncé le plus fort est le fait que la hiérarchie ecclésiastique n’a ni dénoncé ces actes à la justice laïque de l’Etat et qu’en outre elle n’a pas pris, en son sein, les mesures appropriées pour éloigner les coupables de la fréquentation d’enfants dans le cadre de leur charge ecclésiale.
L’institution a agi comme une famille qui a toujours du mal à dénoncer un des siens, cela peut se comprendre même si cela ne justifie rien.
Mais il semble bien qu’il y a un autre sujet qui laisse à penser que certaines autorités de l’Eglise ne sont pas très averties de la gravité de la pédophilie. Je dirai que les hommes (du genre mâle) de l’église catholique ne sont pas très structurés du point de vue de la pédophilie. 
Ainsi, dans un entretien non préparé, donc où les fondamentaux et la structure de pensée réagissent et non les éléments de langage, l’évêque de Pontoise, Monsieur Stanislas Lalanne a déclaré de ne pas savoir si l’acte pédophile était un péché, je traduis une faute au sens religieux.
Depuis il est revenu sur ces propos, sous le conseil de communicants ?, il a demandé pardon à ceux qu’il aurait blesser et a expliqué : « Ce que je voulais dire aussi – et c’est peut-être là que je n’ai pas été compris – c’est que la question difficile qui se pose à chaque situation, qui est à chaque fois extrêmement douloureuse, c’est le degré de conscience et donc la responsabilité de celui qui commet des actes aussi atroces »
Admettons. Je voudrais savoir si L’Église Catholique manifestait la même rigueur intellectuelle lorsqu’en Irlande, elle faisait enfermer, dans des institutions détestables, des jeunes filles qui avaient commis un « soit disant » péché. L’Eglise avait-elle bien examiné si ces jeunes filles avaient  un degré de conscience et donc la responsabilité des actes commis. Si ces paroles vous paraissent obscures relisez donc l’Histoire des < couvents de la Madeleine> dont le dernier fut fermé il y a 20 ans.
La communication de ces derniers jours, semble indiquer que l’Eglise catholique veut mettre en place des dispositions nouvelles pour lutter contre ce crime et protéger les enfants.
Mais le centre du mot du jour est cette formule « Toute la famille finira en enfer ».
La culpabilisation ! Faire taire, obtenir la soumission par la menace, la menace suprême pour le croyant : c’est à dire hypothéquer ce qui est essentiel dans l’existence, ce qui se passe après la mort.
J’ai déjà écrit que j’avais poursuivi une quête spirituelle, autour de mes 20 ans, dans une église dans laquelle se trouvait aussi ma grand-mère.
Ma grand-mère était une femme simple, d’origine polonaise, qui a consacré sa vie à sa famille et aux autres, ne tenant aucun compte de son confort.
Au sens commun des mots, elle était une sainte femme : son seul défaut était qu’elle ne gardait jamais un cadeau mais qu’elle le distribuait toujours à quelqu’un d’autre qui selon elle en avait davantage besoin.
Disponible aux autres, elle partageait tout et aidait sans relâche toutes celles et ceux qu’elle connaissait et qui avait un besoin.
Les dernières semaines de sa vie m’ont profondément ébranlé, car elle était terrorisé devant la perspective, dans son esprit, de se retrouver devant son Dieu et se remémorait en boucle tous les actes et pensées qu’elle estimait non conforme à son idéal de perfection morale et de charité chrétienne. Elle se trouvait alors dans une inquiétude et une incertitude que je juge, encore aujourd’hui, terrible.
Je me suis alors interrogé sur cette religion qui échoue devant sa mission principale : permettre à ses croyants, surtout quand il s’agit d’une femme aussi extraordinaire et simple, comme l’était ma grand-mère, d’affronter avec sérénité le dernier combat de la vie.
Et c’est en creusant davantage cette réflexion que j’ai compris que pour ces institutions religieuses, pour leur pouvoir il était fondamental d’utiliser cette arme de la culpabilisation et de la menace pour obtenir la soumission et l’obéissance.
Bien sûr pour tous ceux qui ont vécu loin de la religion ou s’en sont beaucoup éloignés, cette facette du pouvoir religieux peut apparaître assez incompréhensible.
Mais elle réapparait dans des familles très croyantes et dans cette phrase que dit une mère qui certainement y croit profondément : si l’un de notre famille touche à l’institution, nous serons tous coupables et nous devons craindre le pire de notre Dieu.
Cette manière de réagir, cette culpabilisation fondatrice vient de siècles d’enseignement des églises qui sont arrivés à convaincre les âmes qu’il fallait vivre dans la peur, la peur de déplaire au Dieu que l’institution prétendait représenter.
Cette institution presqu’à l’agonie parvient encore, à instiller dans le cœur et l’esprit de certains de ses membres cette crainte effrayante du croyant si nous faisons quoi que ce soit qui pourrait nuire à l’institution nous irons en enfer.
Evidemment, je sais qu’il y a parmi les destinataires de ce mot des croyants sincères que je ne veux pas blesser.
J’avais tenté d’expliquer dans le mot du jour du 10 Juillet 2015 «Nous sommes pour la religion contre les religions.» (Victor Hugo), cette dichotomie entre l’aspiration au spirituel et à la transcendance que porte le religieux et le dévoiement de ces valeurs par les institutions humaines qui prétendent les incarner. Vous trouverez en pièce jointe, cette tentative d’explication.

Jeudi 14 avril 2016

Jeudi 14 avril 2016
«Ce pays qui aime les idées »
Sudhir Hazareesingh
Plusieurs intellectuels étrangers s’inquiètent de l’état des idées en France.
La France que ces intellectuels aiment est universaliste. Elle est incarnée par Voltaire, Rousseau, Diderot, Montesquieu, l’encyclopédie.
Plus récemment, Raymond Aron, Sartre, Braudel,  Levi Strauss, Bourdieu qui sont tous des penseurs qui traitent de l’universalité, des réflexions qui concernent le Monde et l’être humain dans son essence.
Aujourd’hui, nos intellectuels se referment sur l’Hexagone et livres après livres ne parlent que de la France, de son identité et de son malheur.
Faut-il rappeler quelques titres ?
La liste serait longue, il y a bien quelques essais pour sortir de la morosité comme <Le Réveil français, de Laurent Joffrin>
Mais même dans ce dernier cas, fi de l’universalisme, il n’est question que de la France, de l’Hexagone.
D’où cette inquiétude, des intellectuels étrangers sont beaucoup continuent à aimer la France. Le plus récent est un ouvrage de l’historien israélien, professeur à l’Université de Tel Aviv,  Shlomo Sand, qui signe aux éditions La Découverte La fin de l’intellectuel français ? De Zola à Houellebecq,
Schlomo Sand rappelle que « La grande qualité de l’intellectuel français, (…) est cet humanisme universaliste qui a commencé à être porté par Voltaire, par Rousseau, par Diderot… » pour regretter la situation actuelle.
Mais l’exergue du mot du jour est un livre <Ce pays qui aime les idées, histoire d’une passion française> de Sudhir Hazareesingh, professeur à Oxford. Il est né dans l’île Maurice dans une famille de lettrés et de hauts fonctionnaires d’origine indienne. Son ouvrage avait pour titre en version originale: «Comment les Français pensent. Portrait affectueux d’un peuple intellectuel ».
Je l’ai entendu dans plusieurs émissions de radio <Ici il était l’invité des Matins de France Culture> et aussi <Dans l’émission la Grande Table>
Mais pour partager avec vous ses réflexions, je m’appuie sur un article de l’Express : <La France croit devoir penser pour le reste du monde>
Voici un large extrait de cet entretien
«Votre dernier livre traduit en français, Ce pays qui aime les idées, est la synthèse d’une trentaine d’années consacrées à l’histoire des idées en France, mais aussi une tentative de réponse à la question: pourquoi les Français sont-ils si pessimistes ? Quelle est votre réponse, à vous, qui êtes familier des rives de la Seine et qui enseignez de l’autre côté du Channel, dans la prestigieuse université d’Oxford?
Le « malaise français » est au cœur des débats intellectuels depuis une vingtaine d’années: perte de repères idéologiques, crise du modèle républicain, euroscepticisme et rejet de la mondialisation, obsession du « déclinisme » devenue l’idée fixe de la classe politique. […]
Comment expliquez-vous le contraste entre le pessimisme collectif des Français et, à en croire les sondages, leur relatif optimisme individuel ?
J’y vois la résurgence d’un courant classique de l’individualisme français, à la fois frivole et cérébral, orienté vers ce que Benjamin Constant a appelé la « jouissance paisible de l’indépendance privée ». Dans Le Mystère français, Hervé Le Bras et Emmanuel Todd soulignent l’écart entre le pessimisme conscient des Français et leur optimisme inconscient au cours des trente dernières années: d’où la bonne tenue du taux de natalité, la baisse du nombre de suicides et d’homicides, les progrès de la réussite scolaire, l’émancipation des femmes et l’intégration des immigrés.
Cet état d’esprit n’est pas si nouveau. Il est ancré chez les élites depuis l’ère postrévolutionnaire, dites-vous. Y compris à gauche, où vous avez même repéré un « désespoir progressiste »? On ne sait plus à qui se fier…
Eh oui, la gauche n’a pas toujours baigné dans un optimisme béat, fondé sur la croyance au progrès. En 1863, au faîte de la gloire de Napoléon III, Proudhon écrit: « Je crois que nous sommes en pleine décadence, et plus je reconnais que j’ai été dupe de mon excessive générosité, moins il me reste de confiance dans la vitalité de ma nation. »
Les premières pages de votre essai sont consacrées au discours du ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin contre l’intervention armée en Irak, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le 14 février 2003. C’est plutôt inattendu, comme entrée en matière?
J’ai choisi ce discours parce que c’est un condensé de l’esprit français, un mélange de virilité et de verve enracinées dans ce que la rhétorique française a de meilleur. Un appel à la raison et à la logique cartésienne, construit sous le signe d’oppositions binaires: conflit-harmonie, intérêt personnel- bien commun, politique de puissance-moralité… L’auteur se fait le porte-parole d’une sagesse ancestrale: « Nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience… » Avec le recul, cet exercice apparaît comme un ultime morceau de bravoure, le dernier acte d’une magnifique tradition universaliste.
N’est-ce pas le cas de nombreuses nations que de se considérer comme investies d’une mission, les Etats-Unis, la Russie, Israël…?
Certes, mais la France a la particularité de mettre en avant ses prouesses morales et intellectuelles, et la conviction de devoir penser pour le reste du monde. Au XIXe siècle, Auguste Comte affirme que Paris est le centre de l’humanité, parce que l' »esprit philosophique » y règne. L’historien Ernest Lavisse écrit en 1890 que la mission de la France est de « représenter la cause de l’humanité ». La Révolution française a été la source des idéaux messianiques français: liberté, égalité, fraternité, droits de l’homme…
Vous avez été frappé par l’étrange culte à la culture célébré par les Français. Il s’agit vraiment d’une spécificité nationale ?
J’en suis convaincu. Ce culte se reflète dans la consécration de l’écrivain, véritable guide spirituel de la société, et dans l’importance accordée au style, à la syntaxe, au mot juste, au monde des idées. En 1944, un petit manuel avertis sait les soldats britanniques du débarquement: « Vous aurez souvent l’impression [que les Français] se disputent violemment, alors qu’ils ne font que débattre d’une idée abstraite. »
Du début des années 1950 à la fin des années 1970, j’ai répertorié le « nouveau roman », la « nouvelle vague », la « nouvelle histoire », la « nouvelle philosophie », la « nouvelle société », la « nouvelle gauche », la « nouvelle droite » – sans oublier la « nouvelle cuisine »…
[…] A quoi repérez-vous la sensibilité « néoreligieuse » de la société française laïcisée ?
Au vocabulaire. L’intellectuel est un « clerc »; son engagement, une « foi »; sa rupture avec une idéologie, une « hérésie » ou une « délivrance »… Rappelez-vous Edgar Morin racontant son adhésion au communisme comme « l’espérance du salut dans la rédemption collective ». Et depuis la Révolution, les héros nationaux entrent au Panthéon, une ancienne église, et de Gaulle est devenu le Saint-Père national.
[…] Dernière caractéristique des Français cartésiens, selon vous, l’inclination pour l’utopie…
Cette prédisposition utopiste puise sa source chez Rousseau, qui considère que la faculté première de l’homme est l’imagination. Les œuvres de Louis-Sébastien Mercier, Saint-Simon, Charles Fourier, Etienne Cabet sont toutes marquées par la révolte contre l’injustice et par l’ambition d’épanouir la nature humaine. Par ailleurs, le raisonnement utopique est marqué par son caractère systématique et radical. 
Ces idéaux progressistes ont contribué à l’adhésion de très nombreux Français au communisme. Car, au fond, les promesses du Parti communiste français ne renvoyaient-elles pas à l’ambition des Lumières de former des citoyens instruits partageant une morale laïque commune, à l’aspiration rousseauiste à régénérer l’homme, au désir de Fourier de promouvoir une plus grande harmonie sociale, au culte de la perfection et de l’industrie de Saint-Simon, à la « dictature bienveillante » de Cabet… ?  »
Je trouve très revigorant de lire ce regard plutôt bienveillant mais aussi critique d’un étranger sur la France.
Et j’aime cet exergue, car je crois en effet, que la France est un pays qui aime les idées, et moi j’aime cela.

Mercredi 13 avril 2016

Mercredi 13 avril 2016
«Un hackathon»
Nouveau concept de travail intense et collaboratif.
Je suis persuadé qu’une partie d’entre vous, notamment les plus jeunes, connaissent parfaitement de concept, mais pour ma part je l’ai découvert récemment.
Les architectes connaissent «la charette», travail intense et en groupe pour répondre à un appel d’offre dans un temps limité.
«Un hackathon» est un «truc» du même genre mais qui concerne la programmation informatique.
Un hackathon est, en effet, un événement où des développeurs se réunissent pour faire de la programmation informatique collaborative, sur plusieurs jours. Souvent cette approche collaborative s’accompagne d’une compétition entre les développeurs pour désigner le groupe qui réalise la meilleure solution.
Le terme est constitué de deux racines : de «hack» qui vient de «hacker» et «marathon.». Dans l’esprit de beaucoup, un hacker est un  informaticien qui utilise ses connaissances de la sécurité informatique pour en rechercher et en exploiter les faiblesses. Mais, notamment aux Etats-Unis, le hacker est avant tout un informaticien ingénieux qui crée, analyse et modifie des programmes informatiques pour améliorer ou apporter de nouvelles fonctionnalités à l’utilisateur.
En faisant quelques recherches sur ce sujet j’ai trouvé cet <Article du Figaro> :
« […] Sur les bancs des universités, les hackathons sont désormais légion. Contraction de «hack» et «marathon», le mot désigne un événement de programmation informatique collaborative.
[…] Le concept du hackathon est né aux États-Unis à la fin des années 1990, au sein de la communauté des développeurs adeptes des logiciels libres. «À l’époque, on se réunissait autour d’un projet pour lui donner un coup d’accélérateur», explique Mael Inizan, chargé de projet au sein de Silicon Xperience et de Silicon Sentier, une association qui promeut l’innovation en Île-de-France.
La culture du hackathon s’est propagée en entreprise lorsque les génies de l’informatique sont devenus entrepreneurs. Facebook fut précurseur dans le domaine. Sur l’impulsion de Mark Zuckerberg, les employés du réseau social s’y affrontent régulièrement dans le cadre de hackathons d’entreprise. Une seule règle: concevoir un projet qui n’a pas de rapport avec son domaine de prédilection. […]
Le phénomène a depuis gagné la France. Axa, Orange, Pernod Ricard, la SNCF, la RATP et beaucoup d’autres se sont déjà frottés à l’exercice. Le hackathon a quitté le stade expérimental pour s’intégrer à la stratégie d’entreprise. Plus question de se limiter à organiser une compétition entre employés. La plupart des hackathons organisés par des sociétés sont ouverts à tous: étudiants, start-up ou simples curieux contribuent à l’effort de recherche et développement.
«Avec les hackathons, nous cherchons à sortir du schéma d’innovation classique», précise Frank Mouchel, CIO d’Axa France. Le groupe d’assurances a organisé son premier hackathon sur le thème de la relation clients. Une quarantaine d’équipes ont élaboré un projet soumis à un jury de professionnels. Pendant quarante heures, les participants ont alterné lignes de code, micro-siestes et parts de pizza, en espérant remporter le premier prix de 10.000 euros.»
Ces initiatives qui semblent très positives posent cependant question : « Le hackathon est-il l’avenir de l’innovation en entreprise? Du côté des développeurs, on ne partage pas vraiment l’enthousiasme général et on dénonce les «dérives commerciales» du concept. «Un hackathon ne devrait pas se faire au bénéfice d’une société mais dans l’intérêt commun», prévient Mael Inizan. «Le problème, c’est que des entreprises financent ces événements en espérant un retour sur investissement immédiat.»
D’autres inquiétudes, plus concrètes, entourent l’intérêt des entreprises pour ces concours à l’innovation. Le spectre du travail non rémunéré plane sur les hackathons. Un participant du concours organisé par Axa confie sa crainte du vol d’idées, surtout quand les thèmes sont très spécifiques.«Les participants doivent protéger leurs productions par l’utilisation de licences libres», prévient Ivan Béraud, secrétaire général de la fédération CFDT de la communication, du conseil et de la culture. Ce dernier affirme n’avoir reçu aucune plainte relative à des hackathons à ce jour. […] La durée courte d’un hackathon représente à la fois des avantages et des inconvénients. «Le problème des hackathons, c’est qu’on y accomplit 80% d’un projet et qu’on oublie de finir les 20% restants», regrette Sarah Cherruault, PDG d’Auticiel, une société spécialisée dans les applications pour enfants autistes. La jeune entrepreneuse a néanmoins été plus chanceuse que la moyenne. Elle a participé en 2011 à un hackathon sponsorisé par Orange dans le cadre du Téléthon, où son application a remporté le premier prix. Cela a permis à son entreprise de rentrer en contact avec la fondation Orange, désormais partenaire de la start-up. «Les hackathons, c’est une énorme opportunité pour créer son réseau, rencontrer des partenaires comme des futurs collaborateurs», affirme Sarah Cherruault. »
Ce sont bien sûr les sites spécialisés en informatique qui sont les plus enthousiasmés par ce type d’évènement : http://www.journaldunet.com/solutions/emploi-rh/hackathon.shtml
« L’enjeu sur lequel la plupart des organisateurs se retrouvent, c’est sur la nécessité de transformer l’essai. « C’est actuellement ce sur quoi on travaille pour la prochaine édition du Hacking Health Camp » explique Sebastien Letélié. « On a remarqué que l’on n’avait pas de structure afin de permettre de donner une suite aux projets prototypés durant l’événement. Et on cherche à le corriger, avec le soutien de la part de nos partenaires qui aimeraient voir ces projets sortir plus facilement. […] Si on veut que le format continue, il faut que les startups s’y retrouvent » rappelle Chloé Bonnet. « Et pour ça, il faut leur donner une opportunité de business sur la suite. » Pas de secret, même si la gratuité de la participation semble être ici la norme. Mais certains sujets méritent d’être évoqués et définis clairement avant toute chose : au hasard, la propriété intellectuelle des prototypes développés au cours de la manifestation. « Le contrat moral entre participants et organisateurs doit être clair dès le départ. Ce qui est développé dans le cadre du hackathon appartient à son développeur et toutes les entreprises qui ont tenté de déroger à la règle ont rapidement rétropédalé » explique Chloé Bonnet. Et un hackathon qui tourne au désastre, c’est souvent une situation que l’on préfère éviter. […]
La pratique historique du hackathon, celle portée par le monde communautaire, elle fonctionnera toujours » explique Chloé Bonnet. « Pour les entreprises, cela dépendra de l’engagement avec les startups et de la volonté de renouveler l’expérience. » Pourtant il y a des risques, celui de l’outsourcing masqué et du travail gratuit, souvent pointé par les critiques de l’économie collaborative. « Ce qu’il faut comprendre, c’est que c’est un format qui existe depuis un moment et que l’on ne peut pas en faire n’importe quoi » rappelle Chloé Bonnet. « Ce n’est pas une campagne marketing, des codes existent et il faut en avoir conscience. »
On voit donc que beaucoup de questions se posent, notamment de propriétés intellectuelles, de rémunération du travail fourni si le résultat n’appartient pas gratuitement à la collectivité mais va directement servir aux bénéfices d’une grande entreprise qui tirent les marrons du feu.
Ce sont des questions du monde du travail de demain et déjà d’aujourd’hui.
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Mardi 12 avril 2016

Mardi 12 avril 2016
«VRAC»
« Vers un réseau d’achat en commun », association lyonnaise qui veut s’étendre
La semaine dernière je vous parlais de l’émission AGORA de France Inter et de la journaliste qui veillait au mot : Aurore Vincenti.
Mais il y a un autre intervenant dans cette émission : Edouard Zambeaux dont la chronique s’appelle Périphérie. Dans l’émission du 3 avril, sa chronique était consacrée à VRAC et il avait invité <Boris Tavernier>
Edouard Zambeaux a introduit ce sujet de la manière suivante :
« La semaine dernière le Président de l’Assemblée Nationale remettait les prix du concours « s’engager pour les quartiers ».Grand vainqueur de cette édition 2016 l’association VRAC,  « vers un réseau d’achat en commun » qui a raflé le prix de l’innovation sociale et le grand prix. Installée dans les quartiers de la métropole lyonnaise cette association initie et organise des coopératives d’habitants pour leur  permettre,  grâce à des achats groupés  de denrées alimentaires en vrac,  d’accéder à des produits de bonne qualité aux meilleurs prix. Une économie collaborative qui associe les habitants, les bailleurs sociaux locaux et  les  fondations.
A la fois outil d’une consommation responsable et outil de socialisation dans les quartiers ce réseau avec ses 700 adhérents commence aujourd’hui à essaimer dans d’autres régions.Périphéries vous propose cette semaine de rencontrer Boris Tavernier l’instigateur de cette initiative modeste, utile et véritablement pensée pour être au service des habitants des quartiers populaires»
Le principe est simple, il s’agit de créer une centrale d’achat de produits alimentaires, de produits ménagers et aussi de fournitures scolaires, de qualité et de proximité pour les personnes modestes des quartiers défavorisées.
Dans un raccourci un peu osé, Edouard Zambeaux a décrit cette initiative comme la volonté d’offrir des produits de bobos à des gens modestes.
Cette association a fait l’objet d’un article dans le Progrès : http://vrac-asso.org/img/cms/pdf/article-Le-Progres-12-aout-2015.pdf
Pour les lyonnais, nous y apprenons que Boris Tavernier est cette homme qui créa en 2004 De l’autre côté du pont, un café coopératif et alternatif situé à Guillotière.
Il expliquait dans cet article En matière de démocratisation des bons produits, j’avais fait le tour, et j’ai eu envie de toucher des publics qui n’ont pas accès à ces produits
C’est ainsi qu’est né en 2013 VRAC qui est actif à La Duchère, Vénissieux, Décines, Vaulx en Velin – Mas du Taureau, Villeurbanne mais qui souhaite élargir son périmètre au-delà de la région lyonnaise.
Mais probablement qu’il existe déjà des initiatives de ce type dans d’autres lieux de France.
Cette association dispose bien sûr d’un site : http://vrac-asso.org/
Cette initiative me remémore  ce proverbe africain qui a servi de mot du jour le 16 septembre 2014 : «Tout seul on va plus vite. Ensemble on va plus loin»  c’est aussi vrai pour les privilégiés, mais particulièrement pour celles et ceux qui le sont moins.

Lundi 11 avril 2016

Lundi 11 avril 2016
«Tout se passe comme si on avait une immigration sauvage de vieux »
François Héran, ancien directeur de l’INED
C’est une formule un peu rude, abrupte pour aborder un des sujets essentiel (ce n’est pas le seul) de notre société occidentale contemporaine.  Elle a pour objet de réveiller les consciences et de poser des questions, non de trouver des réponses simplistes et brutales.
Cette formule est de François Héran qui est un sociologue, anthropologue et démographe français né en 1953. Il a été directeur de l’Institut national d’études démographiques de 1999 à 2009. Depuis 2009, il est directeur de recherche à l’INED.
C’est Emmanuel Todd qui revient à ses premiers amours de démographe et d’Historien dans une conférence sur le thème <Le vieillissement de la population, quels effets ?> qui a rapporté ce propos de l’ancien directeur de l’INED.
«Une immigration de vieux » décrit à la fois une vraie réalité de nos sociétés ainsi qu’un vrai déséquilibre.
Un déséquilibre dont il faut être conscient et pour lequel le statu quo c’est à dire un système qui a été imaginé et créé avec peu de vieux retraités et beaucoup de jeunes actifs doit être fondamentalement repensé.
 
Pendant très longtemps, les sociétés humaines avaient un âge médian (l’âge médian sépare la population en deux partie : une moitié en dessous, une moitié au-dessus) entre 20 et 25 ans, la société de la révolution française avait un tel âge médian, la société de la révolution russe avait aussi ce type d’âge médian.
Il reste des pays comme l’Algérie qui reste proche de cette réalité 27 ans en 2014, d’autre sont plus bas le Sénégal est proche de 18 ans.
Mais les pays les plus avancés sont largement au-dessus de 40 ans, le Japon approche de 50 ans et nous allons collectivement vers des sociétés où l’âge médian sera supérieur à 50 ans.
Depuis les années 1970, il y a eu un emballement de l’espérance de vie à 60 ans et personne n’a anticipé cela.
C’est pourquoi que ceux qui pensent que le problème essentiel de l’Europe est un problème d’immigration venant des autres continents sont dans l’erreur au regard du temps long.
Le problème réel, c’est que l’Europe est envahie par des vieux : une immigration massive de vieux et une des solutions réalistes seraient plutôt d’encourager l’immigration de jeunes venant d’ailleurs.
Peut-être que l’adjectif «massive» est plus approprié que «sauvage». Mais ce second terme a été utilisé pour décrire le caractère inattendu de l’ampleur de cette évolution de nos sociétés modernes.
Jamais l’humanité n’a connu cela.
Il ne s’agit pas de nier que pour chaque individu, c’est une merveilleuse nouvelle que cet allongement de la vie. Et il ne s’agit pas non plus de culpabiliser les vieux d’être en bonne santé pendant assez longtemps.
Mais il y a des conséquences pour la société, des conséquences qui ne sont pas réfléchies.
Et le système de redistribution continue comme si nous étions resté dans l’ancien temps, celui d’avant l’immigration.
Sur ce problème de fond se greffe le marasme économique qui n’arrange rien.
France Stratégie, une institution rattachée au cabinet du Premier ministre, chargée de réfléchir à l’avenir de l’Hexagone vient de publier un rapport où les experts constatent que la situation des jeunes s’est sensiblement détériorée par rapport au reste de la population depuis le milieu des années 70, à l’inverse de celle des personnes âgées. « La pauvreté a longtemps touché davantage les personnes âgées que les jeunes. C’est aujourd’hui l’inverse », notent-ils. Cette tendance s’observe tout particulièrement sur la dernière décennie : le taux de pauvreté des 18-24 ans a grimpé de 17,6% à 23,3% entre 2002 et 2012, contre une baisse de 9,9 à 8,3% pour les plus de 60 ans.
Ces différences s’expliquent, au moins en partie, par des « choix collectifs » moins favorables aux jeunes, selon France Stratégie. L’institution remarque, par exemple, que la part des dépenses de protection sociale et d’éducation bénéficiant aux plus de 60 ans a grimpé de 11 à 17% du PIB entre 1979 et 2011. Pendant ce temps, les dépenses consacrées aux moins de 25 ans sont restées stables à 9% du PIB. Ces différences se matérialisent, par exemple, dans le domaine de la santé, où les dépenses publiques se concentrent sur certaines pathologies chroniques souvent liées à l’âge, au détriment de soins comme l’optique ou le dentaire.
Or pour ces experts, cette situation n’est pas tenable vu les perspective de vieillissement de la population. « Si nous avions aujourd’hui la structure démographique de 2030, tout en conservant, à chaque âge, les dépenses (…) de 2011, il faudrait augmenter immédiatement de 21 % les prélèvements moyens qui la financent, pour ne pas creuser davantage les déficits », font-ils valoir.
Alors dans Capital où ils parlent de ce sujet, ils ont fait un sondage et posé la question : Faut-il donner davantage aux jeunes et moins aux vieux ? 
J’ai répondu OUI, mais le résultat après mon vote laissait apparaître 14% de Oui et 86% de Non. Je soupçonne que les votants sont encore plus vieux que moi.
Je trouve cette réponse non raisonnable et preuve d’un déni.
Évidemment, on va trouver des exemples de vieilles personnes qui sont très défavorisées, mais globalement les études se suivent et se ressemblent : les vieux sont bien privilégiés par rapport aux jeunes.
Notre système social doit aider les personnes défavorisées mais sans distinguer entre jeunes et vieux. Je vous rappelle cette question qui s’est posée l’année dernière sur la demi-part supplémentaire des veuves à l’impôt sur le revenu. Les articles des journaux ont quasi tous vilipendé cette mesure, sans s’étonner qu’elle avait pour conséquence qu’un jeune disposant des mêmes revenus qu’une veuve payait de ce fait plus d’impôt.
La note de France Stratégie estime aussi que le modèle français de protection qui se base sur la famille pour l’étudiant et sur le monde professionnel pour le jeune travailleur, n’a su s’adapter suffisamment « aux évolutions de l’entrée dans l’âge adulte depuis le début des années 1980 ». Et que « le renforcement des protections traditionnelles », comme les bourses et aides au logement, « n’a pas éteint la précarité en milieu étudiant. Il a également laissé de côté un nombre croissant de jeunes en situation précaire sur le marché du travail ».
Les deux auteurs évoquent au final quelques pistes de réflexion pour « accompagner plus efficacement la jeunesse vers l’âge adulte »: une action visant à faciliter l’accès de la jeunesse aux marchés de l’emploi et du logement ou encore la mise en place d’aides comme par exemple une allocation d’autonomie sont des options possibles. Concernant l’articulation entre « investissement dans la jeunesse et prise en charge du vieillissement », un des leviers possibles serait « une plus grande mise à contribution des plus âgés ». Car malgré la mise en place de la CSG, les seniors « restent cependant moins imposés que les groupes d’âge plus jeunes ».
Une émission très intéressante et argumentée a aussi abordé ce sujet sur France Culture : <Dimanche et après du 03/04/2016>
Je crois qu’une société ne se développe et n’a de l’avenir que si elle sait s’appuyer sur sa jeunesse.
Cette une vraie question de société.
Penser à ses propres enfants ou petits-enfants ne suffit pas, il faut penser à tous les jeunes.
D’ailleurs si cette évolution et ces équilibres ne sont pas repensés, les jeunes n’accepteront plus de jouer le jeu.
Notre système veut que les actifs cotisent pour payer les pensions des retraités.
Le système a été créé alors qu’il y avait beaucoup d’actifs qui finançaient peu de retraités et que ces actifs avaient la perspective de bénéficier dans l’avenir de la réciprocité avec les nouveaux actifs. C’était un système avec des cotisations maîtrisées et un avenir positif.
Tel n’est plus le cas et on dérive vers des cotisations de plus en plus lourdes pour des actifs qui ont plus que des craintes à penser que le système ne leur profitera plus.

Vendredi 8 avril 2016

Vendredi 8 avril 2016
«La mondialisation c’est le centre du monde vu par ceux qui en sont et qui pensent que le monde c’est eux. »
Aurore Vincenti
Pour une fois je ne vais pas me référer à une émission de France Culture mais à une émission de France Inter : AGORA présentée par Stéphane Paoli et qui est diffusé le dimanche de 12h à 14h
Aurore Vincenti est une journaliste qui participe à l’émission et qui intervient pour donner du sens aux mots, les expliquer à travers leur étymologie, leur histoire, leurs liens avec d’autres mots.
Stéphane Paoli la présente comme celle qui veille sur les mots.
Le dimanche 14 février, elle a parlé du mot mondialisation. : « La mondialisation est un mot fourre-tout dont on ne sait pas si on peut l’utiliser au même titre que le mot anglais globalisation. [Étymologie : de l’anglais globalization, issu du latin globus, globe. Le Larousse définit globalisation comme un terme économique (de l’anglais global, mondial) : Tendance des entreprises multinationales à concevoir des stratégies à l’échelle planétaire, conduisant à la mise en place d’un marché mondial unifié. Et pour la mondialisation : Fait de devenir mondial, de se mondialiser ou encore : Interaction généralisée entre les différentes parties de l’humanité.]
Souvent synonyme de capitalisme qui suscite chez les uns le rejet et chez les autres la fascination.
Il apparait dans les années 1950/1960 avec un sens très littéral.
La mondialisation c’est le fait de devenir mondial.
Il faut attendre 1995 pour que le mot se vulgarise, les médias l’utilisent et le diffusent. L’OCDE se met à l’utiliser abondamment pour remplacer un autre mot internationalisation.
L’économie mondiale supplante l’économie internationale.
Cela fait une différence majeure.
Le mot nation porté par le mot international disparait de la circulation.
Il y a une sorte de changement d’échelle, il n’est plus question de relations entre les nations. Les frontières et les lois nationales ne sont désormais plus pertinentes.
Avec la généralisation  du libre-échange, on dépasse le cadre des Etats.
1995 c’est aussi l’année de la création de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC)  créé le 1er janvier 1995
Comment décrire le passage de l’international au mondial ?
On peut le résumer par un mot : réseau.
La mondialisation c’est la création de réseaux qui engendrent une interdépendance et une concurrence.
Les réseaux ce sont les transports, internet, l’information.
Ils induisent une ré élaboration  de l’espace et du temps. Ils ne tiennent pas compte des frontières.
Ils relient des territoires qui n’ont jamais été aussi proches.
Mais en reliant des pôles, ils excluent aussi des espaces.
Ils renforcent les oppositions entre le centre et les périphéries.
La mondialisation c’est le centre du monde vu par ceux qui en sont et qui pensent que le monde c’est eux.
Ajoutons que le contraire de monde c’est immonde, étymologiquement c’est exact.
Le pur s’oppose à l’impur.
La globalisation ne recouvre qu’une partie de la mondialisation : la partie économique et financière.
Alors que la mondialisation est aussi culturelle et marchande, social et marchande, environnemental et marchande.
Il me semble que la mondialisation a finalement conduit à un renforcement des frontières et on peut se demander si le terme mondialisation n’a pas un peu vieilli.»
Après avoir expliqué la mondialisation, la page du FMI analyse que :
Le XXe siècle a été marqué par une croissance moyenne remarquable des revenus, mais qui, à l’évidence, a été elle aussi été inégalement répartie. L’écart entre les riches et les pauvres, qu’il s’agisse des pays ou des personnes, s’est creusé. Le PIB par habitant du quart le plus riche de la population mondiale a pour ainsi dire sextuplé, tandis que celui du quart le plus pauvre a moins que triplé (graphique 1b). Les inégalités de revenu se sont manifestement aggravées.
Vous trouverez la chronique d’Aurore Vincenti ici : http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1237965