Jeudi 14 Janvier 2016

Jeudi 14 Janvier 2016
« C’est chose tendre que la vie, et aisée à troubler… »
André Comte-Sponville est un philosophe français né en 1952 à Paris. Il vient de publier un ouvrage ayant ce beau titre : «C’est chose tendre que la vie», inspirée d’une citation de Montaigne que j’ai choisie pour mot du jour d’aujourd’hui.
Et pour compléter cette réflexion je partage avec vous une Interview qu’André Comte-Sponville a offert à Libération dans son édition du 28 décembre 2015 «Se désencombrer pour retrouver ce qui compte»
En voici quasi l’intégralité :
Cette année a été particulièrement difficile, avez-vous éprouvé le besoin de «couper» ? Comment faites-vous pour «faire le vide» ?
«Couper», ce n’est pas le mot qui convient. Il m’arrive de changer de rythme, notamment quand je m’installe à la campagne pour quelques jours ou semaines. Mais je n’en continue pas moins d’écouter la radio, de regarder les informations télévisées, de lire les journaux… Je n’éprouve pas le besoin de me couper du monde. «Faire le vide», oui, parfois, mais pour retrouver la plénitude du corps et de la vie, du présent qui passe et demeure, du travail ou du repos, de la solitude ou de l’intimité à deux… Peu de chose y suffit : un peu de calme, de silence, de tendresse, de sensualité, d’activité, d’attention… Moments de simplicité et de paix, qui n’abolissent aucun combat mais qui les mettent tous, au moins pour un temps, à distance. C’est bien ainsi. Si nous avons été bouleversés par les attentats de janvier et de novembre, c’est que nous pensons que la vie vaut mieux que la mort. Il serait incohérent de ne pas savoir profiter du simple fait d’être vivant, lorsque l’horreur nous épargne ou ne nous atteint qu’indirectement. Refuser de se laisser emporter par le malheur, l’angoisse ou la haine, c’est aussi une façon de résister au terrorisme.
«Faire le vide» peut être une nécessité mais n’est-ce pas aussi fuir la réalité ?
Qui peut fuir ce qui nous enveloppe ? N’ayez pas peur : le monde sera toujours là ! Il ne s’agit pas de fuir la réalité, mais pas non plus de courir après en permanence ! Savoir ralentir, savoir s’arrêter parfois, c’est plutôt se donner les moyens d’habiter le réel, de prendre du recul, de retrouver en soi une capacité d’attention, de réflexion, de résolution… Se désencombrer de l’inessentiel, pour retrouver ce qui compte vraiment. Fuir non pas la réalité mais l’agitation, la dispersion, le «divertissement», au sens pascalien du terme. On n’en agira que mieux !
Vous êtes un adepte de la méditation. Comment pratiquez-vous cette activité ?
C’est un exercice indissociablement corporel et spirituel : se tenir assis, le dos droit (c’est le contraire de l’avachissement, mais aussi de la prosternation), le corps immobile, l’esprit attentif. Attentif à quoi, puisqu’on ne fait rien ? Au simple fait de vivre, de respirer, à ce qu’on sent et ressent, l’air qui passe dans les narines, cette douleur dans le genou, ce bruit dans le lointain, cette angoisse qui sourd, cette sérénité parfois qui s’installe… Regarder ses pensées venir et se dissiper («comme des nuages dans le ciel», disent les textes zen), sans s’y attacher ni les combattre. Ne pas juger. Ne pas rejeter. Laisser venir et partir. Action minimale, attention maximale. Ne rien faire, mais à fond !
Que vous apporte cette pratique ?
Rien de miraculeux. Mais un moment de silence, de lucidité, de simplicité, de tranquillité… C’est le contraire d’une prière : pas de mots, pas de demande, pas d’adoration ; juste l’attention silencieuse au corps qu’on est, au monde qui nous contient, à la continuité changeante du présent. Cela fait – parfois, rarement – comme un moment d’éternité.
C’est quoi un «moment d’éternité» ?
Qu’est-ce que l’éternité ? Pas un temps infini (car alors ce serait terriblement ennuyeux) mais un présent qui reste présent. C’est donc le présent même, dont nous sommes ordinairement séparés par le regret ou la nostalgie, l’espoir ou la crainte. L’éternité n’est pas l’immuabilité, mais la perduration toujours actuelle du devenir. Non la permanence, mais l’impermanence en acte et en vérité ! Il ne s’agit pas de vivre dans l’instant, ce que nul ne peut, mais d’habiter le présent qui dure et change. Quel que jour qu’on soit, c’est toujours aujourd’hui. Quelle que soit l’heure, c’est toujours maintenant. Et ce perpétuel maintenant est l’éternité même. C’est cela, que la philosophie m’a aidé à penser, la méditation m’aide à le vivre, y compris quand je fais tout autre chose que méditer ! On ne court le plus souvent qu’après l’avenir. Mais on ne court qu’au présent.
Tout simplement se désencombrer de ce qui n’est pas essentiel pour retrouver ce qui compte vraiment et habiter le présent.

Mercredi 13 Janvier 2016

Mercredi 13 Janvier 2016
« La définition de la santé »
Michel Serres
En restant sur le sujet des vœux de bonne année, le mot qui apparait le plus souvent c’est «bonne santé».
Dans l’esprit de beaucoup cela signifie probablement absence de maladie.
Mais est-ce bien la bonne définition de la santé ?
Par ce mot du jour, je partage une réflexion de Michel Serres qu’il a déployée dans son émission hebdomadaire sur France Info <Le sens de l’info du 20 décembre 2015>
 
Michel Serres : 
« La santé il faudrait d’abord la définir […]
Je voudrais citer un livre fameux livre paru en 1940, signé d’un certain docteur <René Leriche> (1879-1955) qui était issu d’une famille de médecins lyonnais et qui s’intitulait « Chirurgie de la douleur ».
Ce médecin avait vécu les horreurs de la guerre 14-18 et avait tenté de créer une chirurgie moins agressive, moins douloureuse, un peu plus anesthésique. Il était devenu le champion de la lutte contre la douleur.
Dans ce livre, il cite une phrase qu’il avait prononcée en 1937 et qui l’avait rendu très célèbre : […] « La santé, c’est la vie dans le silence des organes »
Cette définition est simple, elle est géniale et correspond au vécu des gens qui oublient leur corps quand ils sont en bonne santé. Car quand vous êtes en bonne santé, aucun geste ne vous coûte, ce qui signifie qu’aucun organe ne proteste contre le geste que vous faites, l’action que vous menez. C’est bien le silence des organes. […].
J’ai une objection maintenant.
Cette phrase signifie que quand les organes bougent, s’expriment, parlent, ils n’expriment que la douleur, que la souffrance. Ce serait donc une définition que négative […].
Il y a eu une révolution médicale avec l’invention de la pénicilline [1928], des antibiotiques [dont la pénicilline fut le premier d’entre eux] et d’autres médicaments qui ont complétement bouleversé notre rapport à la maladie car il permettait la guérison de la maladie.
Et sont apparus à la même époque les antalgiques, les analgésiques, les anesthésiques etc qui ont complément bouleversé notre rapport à la souffrance et à la douleur. […] Dès lors, la définition de la santé change et la [définition du docteur Leriche n’est plus exacte.]
Collectivement, l’espérance de vie se met à croitre, l’arrivée des guérisons et des recouvrements de la santé augmentent considérablement.
On parle aujourd’hui de ce silence-là, du bien-être, de l’état de forme. Et par conséquence on dit bien que lorsque les organes parlent, ils expriment le plaisir.
Dans le passé la santé était définie individuellement par le rapport à la douleur et aujourd’hui la santé est définie collectivement dans les statistiques par rapport à l’espérance de vie et individuellement par rapport au bien-être.
Il y a eu un changement colossal, comme un renversement de la définition de la santé [de négatif à positif]. […]
On a démontré désormais que l’action des différents ministères,  la création de l’OMS, la création de la sécurité sociale ont tellement changé notre rapport au corps qu’on pense même que ces actions collectives sont plus importantes dans la révolution que je parle que les [inventions médicales] à proprement parler.
Autrefois la santé était un don du ciel, un don de la nature, un don du hasard et on ne faisait que se battre contre [la maladie] alors qu’aujourd’hui notre santé est entre nos mains en grande partie.
La définition aujourd’hui de la santé est statistiquement collective, deuxièmement le bien-être et troisièmement nous en sommes responsables. […]
En 2013, par exemple aux Etats-Unis, 17 citoyens américains sont morts pour cause de terrorisme et 400 000 sont morts pour cause de tabac.
Si 400 000 sont morts pour cause de tabac, c’est qu’ils fumaient et s’ils fumaient, c’est qu’ils voulaient bien fumer.
La santé devient un problème éthique, elle est grandement entre nos mains.
On voit donc combien la définition du professeur Leriche devient désuète.
Nous avons changé de médecine, nous avons changé de société et nous avons changé de morale. »
Bonne santé à tous pour 2016

Mardi 12 Janvier 2016

« Bonne Année »
Vœu que l’on formule le premier jour de l’année.

Je vous convie aujourd’hui à une réflexion sur la relativité. Réflexion qui n’a rien à voir avec la théorie d’Einstein sur l’espace et le temps.

Quoique …

Si nous revenons à cette question qui occupe tellement l’espace public ces derniers temps : la religion et que nous posons de manière rationnelle la question pourquoi un être humain a-t-il une telle religion ?

Du point de vue scientifique et donc statistique, l’explication quasi unique est : Parce qu’il est né dans une famille qui avait cette religion et plus largement dans un pays qui est majoritairement de cette religion. Les conversions existent mais sont, à l’aune de cette première réflexion, très marginales.

Je pense que cette prise de conscience ne peut qu’avoir une grande influence sur notre analyse de la croyance religieuse.

Mais ce n’est pas de cela que je souhaite parler aujourd’hui.

Quoique …

Bonne année, c’est le premier jour de la nouvelle année. Qui dit année, dit calendrier. Souvent le calendrier est lié à une religion.

Et nous sommes à nouveau plongés dans la relativité.

Notre bonne année est la bonne année de l’ère et du calendrier chrétien. Plus précisément le calendrier grégorien [du pape Grégoire XIII] qui a complété et modifié en 1582 le calendrier Julien créé sous Jules César.

La tentative des révolutionnaires français à modifier cette institution chrétienne a échoué.

Pour les chinois, les coréens et les vietnamiens, c’est-à-dire 1/5 de l’humanité, la bonne année se souhaitera le 8 février qui correspond au premier jour de leur calendrier.

Pour une beaucoup plus petite communauté, les sikhs, ce sera le 14 mars.

Et le 20 mars ce seront les iraniens et les kurdes qui souhaiteront la bonne année avec Norouz.

Le 15 avril ce sera le tour des thaïlandais, des birmans, des sri lankais et d’une partie des indiens.

Le Nouvel an juif, ce sera du deux au quatre octobre, à peu près en même temps que le nouvel an musulman, du premier au trois octobre.

Enfin, le trente octobre, ce sera Diwali, la fête des lumières, pour plus d’un milliard d’Indiens.

Je serai, comme toujours, franc avec vous, je n’ai pas vérifié l’exactitude de toutes ces dates, j’ai fait confiance à Anthony Bellanger sur France Inter qui a donné cette énumération.

Mais ce qui m’intéresse ainsi est la prise de conscience que ce que je pensais universelle, la bonne année pour tous les terriens, comme l’exprime souvent nos chaines de télévision notamment en annonçant le matin du 31 décembre en France, « C’est déjà la nouvelle année en Nouvelle-Zélande » avec ce postulat que tous les terriens vont passer, en suivant les méridiens, dans un même référentiel, à la nouvelle année, unique et universelle.

Ainsi, si je vous souhaite une bonne année, c’est une bonne année du calendrier chrétien.

Et encore pas de tous les chrétiens, car certains chrétiens orthodoxes ont conservé le calendrier julien.

Et si on souhaite aller encore plus loin dans l’érudition on constatera que le premier janvier n’a pas toujours été le premier jour de l’année en France et qu’il existait même des jours différenciés selon les provinces : à Lyon, c’était le 25 décembre, à Vienne [France], le 25 mars.

Et c’est  l’édit de Roussillon de 1564 de Charles IX [le roi de la Sainte Barthélémy] qui harmonisa les pratiques et fixa le nouvel an au premier janvier.

En conclusion, dans un monde de relativité je vous souhaite une bonne année selon le calendrier actuel du plus grand nombre des chrétiens.

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Lundi 11 Janvier 2016

« DEMAIN »
Film de Cyril Dion et Mélanie Laurent

La nouvelle année c’est le moment de fermer la porte à l’ancien et de penser à demain.

Alors je voudrais partager avec vous «Demain» qui est un film documentaire que je suis allé voir lors de mon abstinence épistolaire.

Beaucoup d’informations et de constats nous conduisent à nous inquiéter pour le demain que nous aurons à vivre ou que nous laisserons à nos enfants. Mais le film «Demain» apporte beaucoup d’optimisme. C’est un demain positif car Cyril Dion, Mélanie Laurent et quelques amis sont allés chercher dans le monde et même en France des expériences qui existent déjà et qui constituent une part de la solution aux défis que nous avons à affronter : diminuer notre empreinte carbone et notre dépendance aux énergies fossiles; être en mesure de nourrir de plus en plus d’habitants sur la planète bleue, surmonter l’impasse économique dans laquelle nous nous enfonçons et où la richesse produite est accaparée par une caste de plus en plus étroite.

Le film s’ouvre sur les conclusions d’une étude de la NASA publiée dans la revue Nature et annonçant un effondrement probable de notre civilisation dans les 40 années à venir. Les savants de Stanford qui ont piloté cette étude sont d’ailleurs interviewés au début du film.

Le film est ensuite divisé en 5 chapitres qui abordent les défis, les dysfonctionnements actuels et les pistes d’ores et déjà trouvées :

Le chapitre 1 concerne l’alimentation et tend à démontrer qu’il est possible de produire plus de nourriture, sans engrais ni pesticides, avec peu de mécanisation et en réparant la nature plutôt qu’en la détruisant. Nous voyons comment nos villes peuvent réintégrer l’agriculture et nos campagnes se repeupler. On voit ainsi l’expérience de la ville de Détroit qui est passée de 2000 000 d’habitants à 700 000 habitants lors de la crise de l’industrie automobile et où, dans un premier temps pour survivre, les habitants qui sont restés ont développé le concept de l’agriculture dans la ville. Cette expérience a débouché sur une nouvelle manière de vivre la ville et son approvisionnement avec 1600 fermes urbaines. Le film présente aussi des expériences en Angleterre en particulier la ville de Todmorden près de Manchester (14 000 ha) dont les habitants sont en train de reconstruire leur autonomie alimentaire (objectif 2018).

Le chapitre 2 traite de la transition énergétique. Ainsi des villes et même des pays s’organisent pour se passer totalement de pétrole, de charbon et d’énergie nucléaire. Ainsi le film montre Copenhague qui vise à n’émettre plus aucun CO2 en 2025 et qui a construit un modèle d’urbanisme où 50% des habitants de la ville se déplacent en vélo et où ils habitent à moins de trois cent mètre d’un espace vert. En 2010, elle arrivait en première place des villes les plus résistantes au changement climatique, dans l’étude du chercheur américain, Boyd Cohen. À l’horizon 2025, 75% des tous les déplacements devront être effectués, à pied, en vélo, ou en transports publics.

Le chapitre 3 aborde la question de l’économie et nous apprenons l’existence de monnaies locales (complémentaires aux monnaies classiques) qui ont pour effet d’améliorer la circulation locale de l’argent et donc les circuits courts et l’économie locale. C’est d’abord, à ma grande surprise, La Suisse qui possède l’un des exemples les plus solides de monnaies complémentaires dans le monde et qui s’appelle WIR. Créé en 1934 par 16 entrepreneurs subissant de plein fouet la crise de 1929 et la frilosité des banques, elle propose un système de crédit mutuel, permettant aux entreprises de continuer à fonctionner même lorsque les crises paralysent le système bancaire et de réaliser leurs investissement à bien plus faible coût.

Aujourd’hui, 70 ans plus tard, elle est utilisée par une PME suisse sur cinq (75.000 membres). Une étude américaine qui a porté sur une quinzaine d’années démontre que cette monnaie contribue à la solidité de l’économie nationale. En effet, en cas de crise monétaire, les entreprises échangent davantage de WIR, échappant ainsi au phénomène d’assèchement du crédit. En revanche, quand l’économie va bien, les entreprises ont moins tendance à utiliser le WIR, et utilisent davantage le Franc Suisse. Le WIR montre donc, chiffres à l’appui, qu’une monnaie complémentaire peut non seulement se développer à grande échelle, mais que l’existence d’un véritable écosystème monétaire permettrait de mieux faire face aux aléas économiques et financiers. Mais de telles monnaies existent aussi aux Etats Unis et en Angleterre. Cette vision est complétée par les pratiques de l’économie circulaire : créer des chaînes de production sans déchets où le recyclage des matières est quasiment infini et où les déchets des uns deviennent les ressources des autres.

Le chapitre 4 donne des exemples d’éducation et d’enseignement innovants qui apprennent aux enfants à coopérer, à résoudre pacifiquement leurs conflits, à vivre harmonieusement avec eux-mêmes, les autres et la nature, à réapprendre des savoir-faire indispensables. C’est cette fois la Finlande qui démontre son excellence dans ce domaine.

Le chapitre 5 enfin parle du réenchantement de la démocratie par des initiatives qui impliquent vraiment les gens.

Je ne peux que vous inciter à aller voir ce beau film plein d’espoir et de pistes que chacun peut compléter par ses idées créatrices.

Gandhi disait :

« Soyez-vous même le changement que vous voudriez voir dans le monde »

En attendant il y a le site de crowfunding, c’est à dire de financement participatif qui a assuré une partie du budget du film qui présent cette belle réalisation et dont j’ai tiré une partie des précisions que je vous ai donné dans ce message : http://www.kisskissbankbank.com/demain-le-film

Et puis il y a le site spécifique au film qui est très riche d’enseignements : http://www.demain-lefilm.com/le-film

<Et ici la bande d’annonce du film>

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Mercredi 23 décembre 2015

Mercredi 23 décembre 2015
«De ce que j’ai vécu à ce que j’imagine
Je n’en finirai pas d’écrire ta chanson
Ma France »
Jean Ferrat
Comme l’année dernière je vais respecter à partir de demain la trêve des confiseurs et puis je vais prendre quelques jours de congé, début janvier ce qui conduit à ce que le mot du jour, si tout va bien, reviendra le 11 janvier 2016.
J’avais arrêté l’année 2014, le 24 décembre par la dernière phrase de l’Ethique de Spinoza : «Mais tout ce qui est beau est aussi difficile que rare.  »
Puis le 7 janvier il y eut l’attentat de Charlie Hebdo.
Et la France fut à nouveau meurtrie le 13 novembre.
On a beaucoup chanté la marseillaise pendant toute cette période.
Mais pour célébrer la France je trouve  la chanson de Ferrat beaucoup plus poétique et belle.
Jean Tenenbaum, dit Jean Ferrat, est né le 26 décembre 1930 à Vaucresson (Seine-et-Oise). Il y a donc 85 ans, dans 3 jours et il est mort il y a 5 ans, le 13 mars 2010 à Aubenas (Ardèche).
Une de ses plus belles chansons a été consacrée à la France, sa France, notre France.
« De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j’ai vécu à ce que j’imagine
Je n’en finirai pas d’écrire ta chanson
Ma France
Au grand soleil d’été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche
Quelque chose dans l’air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France
Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd’hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France
Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu’on la fusille
Ma France
Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d’Éluard s’envolent des colombes
Ils n’en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu’il est temps que le malheur succombe
Ma France
Leurs voix se multiplient à n’en plus faire qu’une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l’histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France
Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
Du journal que l’on vend le matin d’un dimanche
A l’affiche qu’on colle au mur du lendemain
Ma France
Qu’elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l’avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France »
Je joins le fichier des mots du jour du 501ème au 600ème

Mardi 22 décembre 2015

Mardi 22 décembre 2015
« L’or gris ou silver economy»
Nouvel eldorado des investisseurs
Il y a eu l’or et les chercheurs d’or.
Après l’or noir et le pétrole qui n’en finit pas de mourir et de polluer et de réchauffer le climat
Il y a l’or bleu ou les océans qui sont pollués par l’or noir et le plastique qui vient de l’or noir
Il y a aussi l’or blanc  des montagnes mais qui est aussi en danger en raison du réchauffement climatique dû à l’or noir et au charbon pour qui on n’a pas eu l’idée de donner un nom d’or.
Mais maintenant s’ouvre une nouvelle ère : celle de l’or gris, la silver economy, bref l’économie des vieux et même si possible les vieux qui ont du fric.
Personne ne s’étonnera que ce soient le Japon et les allemands qui ont les premiers investi dans ce domaine. Ce sont des pays de vieux !  Comme autrefois on cherchait les rivières qui charriaient l’or on trouvera désormais des pays où on trouve plus de vieux et surtout plus de vieux riches !
Et comme le raconte cet homme d’affaire dans l’article joint du Monde : « Cette révolution démographique génère une demande de produits et services autour du bien-vieillir, c’est un défi sociétal, mais aussi une opportunité de marché ». Un Français sur quatre sera âgé de plus de 60 ans en 2020. 
L’autre article joint, est de Mediapart. Il est plus féroce et donne l’exemple d’une société prospère dans ce domaine : ORPEA
Car les secteurs qui profitent de l’or gris sont :
1)les laboratoires pharmaceutiques (maladies chroniques) et les autres entreprises associées à la santé : pharmacies, vendeurs d’oxygène, taxis/ambulances… Sanofi est devenue la première capitalisation du CAC 40 …
2)le secteur du tourisme, pour les plus fortunés et pendant le 3ème âge (« retraités actifs »)
3)les assureurs, les banques qui gèrent un formidable capital !
4)les entreprises d’aide à la personne pour le 4ème âge, encensées en permanence dans les médias car constituant encore un des rares secteurs qui « embauche »
5) les maisons de retraite, les EHPAD pour le 4ème âge

Lundi 21 décembre 2015

«Frères humains et futurs cadavres, ayez pitié les uns des autres. »
Albert Cohen ; « Ô vous, frères humains » (1972), entame du dernier chapitre de ce livre

Après des élections régionales qui ont montré, une fois de plus, la défiance du peuple des citoyens à l’égard des gouvernants politiques, ceux d’aujourd’hui et d’hier, une rencontre opportune entre deux hommes s’est déroulée dans le nord à Neuville-Saint-Vaast

Le premier est un Président de la république, dont la carrière s’est située à gauche et qui aspirait à une présidence normale mais qui n’arrive à émerger de la médiocrité que lorsque des évènements «anormaux» surgissent ;

Le second est un homme de droite mais qui n’a pu être élu que parce que des électeurs de gauche ont voté pour lui.

Je ne m’arrêterai pas sur cette rencontre pour répondre à des questions du type : s’agit-il d’une amorce d’une autre manière d’organiser l’échiquier politique ?

Ou encore est-ce une manœuvre politicienne ?

Je m’arrêterai à ce qui était peut-être secondaire dans l’esprit de ces deux hommes, mais qui révèle une aspiration humaniste d’une tout autre profondeur. C’est mon ami et complice Albert qui m’a fait, à l’occasion de cette commémoration, cette injonction :

«Alain, il faut faire un mot du jour sur les fraternisations de Noël 1914 »

Le sujet du mot du jour était donc décidé. Mais comment trouver l’exergue(*) introductive ?

Il y avait bien cette citation attribuée à Paul Valéry :

« La guerre, c’est le massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas ».

Mais elle avait déjà servi de mot du jour le 28/07/2014.

J’ai trouvé ce propos attribué à Confucius :

«Nous sommes frères par la nature, mais étrangers par l’éducation. » Livre des sentences – VIe s. av. J.-C.

Mais je me suis finalement arrêté sur une phrase d’Albert Cohen, l’auteur de « Belle de Seigneur» :

«Frères humains et futurs cadavres, ayez pitié les uns des autres. »

Le propos de ce livre ne concerne pas la 1ère guerre mondiale, mais la haine entre les gens, ce qui devait aussi être le ferment de la guerre 14-18. Le livre d’Albert Cohen est autobiographique. L’année 1905, il a 10 ans, et l’épisode se passe en France. Il est l’enfant d’une famille juive et il est insouciant comme un enfant de 10 ans.

En revenant du lycée il est attiré par un camelot qui vante la marchandise qu’il vend, un détachant pour habit, et il a beaucoup de succès. Le petit Albert a quelques sous et il veut acheter ce produit pour l’offrir à sa maman. Il s’approche alors du camelot qui l’aperçoit et qui change d’attitude et pointe l’index sur lui en disant : « Toi tu es un youpin, hein ? […] je vois ça à ta gueule, tu ne manges pas du cochon hein ? Vu que les cochons se mangent pas entre eux » et il continue à déverser, sur ce jeune enfant, des torrents de haine.

L’enfant fuit, la foule rit et le livre va narrer l’errance de cet enfant et toutes les pensées qui se bousculent dans la tête de l’innocent qui s’est heurté à la haine incommensurable.

Et puis au bout de l’errance, il y a le dernier chapitre qui commence par ces mots :

«Frères humains et futurs cadavres, ayez pitié les uns des autres. »

La guerre 14-18 est aussi celle de la haine, de la haine qu’on a essayé d’inculquer dans l’esprit des jeunes français à l’égard des allemands qu’ils appelaient systématiquement « les sales boches » et la haine qu’on inculquait dans le cœur et l’esprit des jeunes allemands à l’égard des français.

A Noël 1914, la guerre que chacun des camps avait pensé courte, durait déjà 5 mois, <Déjà plus de 300 000 morts français> et probablement autant du côté allemand.

Ils se massacrent et ne se connaissent pas et puis… il y a Noël.

Des deux côtés on est chrétien et on connaît les mêmes airs, les mêmes chants de Noël même si la langue est différente.

Et ils sortent des tranchées et se rencontrent et s’échangent de petits cadeaux.

Christian Carrion en a fait un film : « Joyeux Noël » en 2005 et ce fut une surprise, car nos manuels d’Histoire nous avait caché ces moments de fraternité, on nous avait parlé de la haine, de l’enthousiasme des soldats pour partir à la guerre contre l’ennemi.

On nous avait parlé aussi des souffrances de la guerre et de la terrible vie dans les tranchées.
Mais qu’il y eut des moments et des lieux de la guerre où les soldats ont laissé tomber les armes pour se parler et se comporter en frères humains, de cela on ne nous avait pas parlé.

Christian Carrion raconte dans un article du Monde :

« En 1992, j’ai découvert les fraternisations de Noël 1914, dans le livre d’Yves Buffetaut, Batailles de Flandres et d’Artois (Tallandier, 1992). J’apprends que des soldats français ont applaudi un ténor bavarois le soir de Noël, que d’autres ont joué au football avec les Allemands le lendemain, qu’il y a eu des enterrements en commun dans le no man’s land, des messes en latin. »

Les «ennemis », en effet, organisèrent même un match de football de Noël 1914 à Comines-Warneton.

Bien sûr, l’état-major, des deux côtés, n’a pas du tout apprécié ces épisodes de fraternisation, la haine est indispensable si on veut que des jeunes gens s’entretuent. On envoya ces cœurs attendris vers d’autres fronts où la destinée de futurs cadavres leur était promise rapidement.

Après la fin de la guerre, ces évènements furent enfouis sous le secret. Ce n’est plus le cas depuis le film Ici vous verrez un court extrait du film «Joyeux Noël» de Christian Carrion et notamment le moment de la fraternisation

On trouve aussi des sites consacrés aux témoignages des soldats qui parlent de ces évènements.

Ici vous pourrez entendre une émission de <2000 ans d’Histoire> qui évoque ces moments où l’humanité l’a emporté, pendant un court moment, sur la sauvagerie

Des gens du Nord soutenus par les participants au film « Joyeux Noël » ont créé un site et une association pour financer le monument qui vient d’être inauguré. Christian Carrion raconte que dans les nombreux témoignages qu’il a lu pour faire son film, un témoignage l’a particulièrement ému.

C’est celui du soldat français Louis Barthas qui a vécu ces évènements, les a raconté dans une lettre qu’il a fini par cette phrase :

«Qui sait ! Peut-être un jour dans ce coin d’Artois, on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre des hommes qui avaient horreur de la guerre et qu’on obligeait à s’entretuer malgré leur volonté ».

Et pour finir, je ne vous montrerai pas la poignée de main des deux hommes politiques, fugacement évoqué en début de message, mais la photo historique où sur le lieu de la bataille la plus meurtrière de 14-18, le Chancelier de l’Allemagne et le Président de la France se sont donnés fraternellement la main en 1984


(*) exergue du latin exergum (« espace hors d’œuvre ») = Citation placée hors-texte

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Vendredi 18 décembre 2015

Vendredi 18 décembre 2015
«Madeleine project »
Clara beaudoux
Pendant longtemps, l’Histoire fut celle des Grands Hommes. On racontait l’Histoire en s’attachant à décrire les faits, les gestes, les actions et la pensée d’Alexandre le Grand, de César, de Charlemagne etc.
L’Ecole des Annales créée par Lucien Febvre et Marc Bloch, approfondie par Fernand Braudel a conceptualisé l’Histoire à travers tout le reste : les gens qui vivaient en grand nombre à côté des grands hommes, les mœurs de ces époques, la vie quotidienne, c’est à dire l’Histoire vécue par le plus grand nombre.
Dans cette conception de l’Histoire, Alain Corbin a poussé jusqu’au point ultime cette volonté de s’éloigner de l’Histoire des Grands Hommes. Il a choisi au hasard, dans une liste, un nom :  Louis-François Pinagot, né en 1798, mort en 1876. Puis il s’est mis en quête de trouver toutes les informations qu’il pourrait trouver sur cet homme ordinaire. Il en a tiré un livre <Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot – Sur les traces d’un inconnu (1798-1876)>.
Sur le site de France Culture, cette enquête est décrite de la manière suivante :
«Né en 1798, mort en 1876, Louis-François Pinagot, le sabotier de la Basse-Frêne, n’a jamais pris la parole et ne savait du reste ni lire ni écrire; il représente ici le commun des mortels. Un jeu de patience infini se dessille, afin d’en reconstituer le destin – mais eut-il jamais conscience d’en avoir un? – d’un Jean Valjean qui n’aurait pas volé de pain. Par cette méditation sur la disparition, l’auteur entendait modestement inverser le travail des bulldozers aujourd’hui à l’œuvre dans les cimetières de campagne. »
L’histoire de Madeleine se rapproche de cette quête : retrouver les traces d’une inconnue et s’y intéresser. Toutefois l’entrée dans cette histoire est très différente de celle de l’Historien.
La personne qui va révéler Madeleine est une journaliste, Clara Beaudoux, qui a besoin d’un appartement pour se loger et qui le trouve. Et puis… elle raconte :
«Quand j’ai loué mon appartement, la bonne surprise c’est qu’il y avait une cave, mais le propriétaire ne savait pas ce qu’il y avait dedans. C’était la cave n°16. Il n’avait plus la clé non plus. J’ai scié le cadenas.
La cave était pleine d’affaires. Celles de la vieille dame décédée après 20 ans dans cet appartement. Dans la boîte aux lettres, une publicité pour une mutuelle m’apprend qu’elle s’appelait Madeleine.
Elle n’a pas de descendant, alors je téléphone à l’unique lien de cette femme, selon le propriétaire : son filleul.
Au téléphone il me dit qu’il avait mandaté une entreprise pour vider l’appartement, elle a semble-t-il oublié la cave.
Les affaires de sa marraine ne l’intéressent pas, il me dit d’en faire ce que je veux.»
L’immense majorité d’entre nous, n’auraient eu qu’une idée en tête : vider au plus vite cette cave en allant jeter le contenu dans une déchetterie.
Mais Clara Beaudoux n’a pas fait cela : 
«J’ai donc une cave pleine des affaires de Madeleine dont personne ne veut. Je vais m’y plonger pour tenter d’en savoir un peu plus sur elle
Madeleine est née il y a un siècle le 7 mars 1915, en pleine première guerre mondiale, et elle est morte en 2011. Elle aurait donc eu 100 ans cette année. C’est une inconnue de l’Histoire
Mais elle avait rangé toute sa vie dans une cave : carnet, photos, souvenirs, bijoux, lettres, vieux journaux… que Madeleine avait classé, emballé, étiqueté dans des enveloppes, des cartons ou des valises.
Pour qui ? Pour quoi ? La vieille dame n’a pas eu de descendant.
A sa mort en 2011, le trésor est resté à l’abandon, il aurait pu finir à la décharge.
C’est l’émission 7h43 de France Inter qui m’a fait découvrir ce « Madeleine Project » qui a déclenché un véritable enthousiasme sur les réseaux sociaux
Et c’est aussi émouvant que captivant.
Impossible de ne pas être happé par cette femme qui fut enseignante –on la voit sur plusieurs photos de classe, école Jean Macé à Aubervilliers- qui collectionnait la revue Historia, les guides touristiques sur la Hollande, les crayons à papier et les carnets Moleskin, avec des paroles de chansons ou des recettes de cuisine, Madeleine qui semble avoir perdu son frère à la guerre en 1941 et un grand amour, Loulou, dont elle a numéroté toutes les lettres consignées dans une valise. Qui écrivait quantités de cartes postales à sa maman, débutant par « Ma petite mère ».
Et beaucoup d’autres choses … Madeleine est née il y a un siècle le 7 mars 1915 et retrouve une deuxième vie sur les réseaux sociaux.
Le cœur de ce récit numérique se trouve sur Twitter avec le hashtag  #madeleineproject mais vous trouverez aussi le récit de cette aventure ici >> https://storify.com/clarabdx/madeleineproject

Jeudi 17 décembre 2015

Jeudi 17 décembre 2015
« La coolitude, Airbnb et le profit »
Guillaume Erner
12/11/2015 le billet de Guillaume Erner.
Guillaume Erner : 
« La nouvelle publicité de Airbnb est cool, très cool.
Vous l’avez probablement vu dans les magazines.
Des jeunes cools qui louent leur appartement pour financer leurs passions : jouer dans un groupe de rock, avoir une moto cool.
Chacune des images de cette campagne en témoigne : on est très loin de l’image du capitaliste cupide. C’est une sorte de preuve par l’image de l’ouvrage de Jeremy Rifkin,  publié il y a quelques mois, où il expliquait que la vraie gauche serait sauvée par l’économie du partage, par Airbnb.
Mais voilà, ces jeunes cool découvrent, à leur insu, les vertus du capital.
Le grand message de Airbnb consiste à dire : vous avez des capitaux dormants, vous devez exiger des rendements de ces capitaux. Pourquoi vous satisfaire d’un poste de dépenses quand vous pouvez en faire une source de profit ?
En d’autres termes, vous n’habitez pas une maison mais un vrai business unit, un vrai centre de profit potentiel. Et le jeune cool de croquer dans la pomme du profit. Il comprend qu’il est entouré de business unit qu’il pourrait prêter sa voiture, sa perceuse, son temps de cerveau disponible, bon j’arrête là.
La ruse de Airbnb c’est de nous expliquer, sous couvert d’être cool, que nous pouvons tous être de vrais capitalistes, c’est-à-dire exiger un vrai rendement de notre capital.
François Mitterrand tonnait contre ceux qui s’enrichissaient en dormant, Airbnb nous incite précisément à nous enrichir en dormant ailleurs. La devise des jeunes cools est désormais : réveillez-vous, ne laissez pas dormir votre capital. »

Si vous voulez aller voir leur site, c’est ici et c’est cool : https://www.airbnb.fr/

Mercredi 16 décembre 2015

Mercredi 16 décembre 2015
« Léon ne veut pas rentrer à la maison ! »
Corine Lesnes
Correspondante du Monde aux Etats-Unis basée à San Francisco
Ainsi un site donne une visibilité à cette initiative : http://www.reviensleon.com/
Un article du Monde nous explique que pour l’instant ce programme n’a pas beaucoup de succès. (Article en pièce jointe)
Nous apprenons que « Reviens Léon a été lancée en mai par Blablacar et une dizaine d’autres start-up (Captain Train, SigFox, LaFourchette, iAdvize…) pour encourager les expatriés à rentrer. Thème de la campagne : la France a « beaucoup changé ». Fini la morosité hexagonale, « c’est là que ça se passe »… Le titre est un clin d’œil à une publicité de 1986 pour les raviolis Panzani. Béret sur la tête, Léon-le-fermier est irrésistiblement attiré par la sauce aux herbes de Provence du fabricant de pâtes. Sa femme tente de s’interposer. « Reviens, Léon ! crie-t-elle. J’ai les mêmes à la maison ! »
Pourquoi un clip aussi franchouillard pour illustrer la modernité de la French Tech ? « Notre cible, ce sont les personnes expérimentées, les cadres seniors », explique Diane Prebay, la coordinatrice des relations publiques de Blablacar. Bref, les éventuels nostalgiques des années Léon. « En France, ce qui nous manque, ce sont ceux qui ont vu des sociétés passer de la taille de Blablacar à dix fois Blablacar, ajoute Nicolas Brusson. Ce type de talents, on n’en trouve plus en Europe. Ils sont ici. » L’entrepreneur sait de quoi il parle. Il a passé sept ans à San Francisco, au début des années 2000. Son ami Frédéric Mazzella, cofondateur de Blablacar, a, lui, suivi un master à Stanford, au cœur de la Silicon Valley. « On a fini par revenir, sourit Nicolas Brusson. En fait, tous les deux, on est des Léon. »
L’association Reviens Léon est financée pour moitié par les start-up qui participent à la campagne (avec une cotisation modulée sur le chiffre d’affaires). L’autre moitié provient de fonds publics par l’intermédiaire de la French Tech, l’initiative du gouvernement français pour développer le numérique. Elle propose des offres d’emploi et des aides personnalisées aux candidats au retour (grande question : seront-ils assujettis à l’ISF ?). En septembre, LVMH a rejoint le groupe initial, dans l’espoir d’attirer vers le luxe des spécialistes du commerce en ligne ou du marketing digital ayant fait leurs classes à l’étranger.
Mais quatre mois après le lancement, le résultat n’est pas particulièrement concluant. Malgré la campagne médiatique (et la promesse du fabricant de desserts frais Michel et Augustin de remplir le réfrigérateur des « revenants » pendant trois mois), les candidats au retour ne se bousculent pas. Pas un Léon ne s’est présenté, confirme Diane Prebay, qui chapeaute l’initiative chez Blablacar.
Selon UBIFrance, l’agence française pour le développement international des entreprises, 135 000 Français ayant une formation équivalente à un master sont installés aux Etats-Unis, dont 40 000 dans la région de San Francisco. Pour ces expatriés, rentrer ou pas est un dilemme récurrent. Grégory Boutté, l’ancien directeur général d’eBay France, a noté deux catégories d’entrepreneurs : « Ceux qui ont fui la France et ce qu’ils estiment être sa réalité dysfonctionnelle. Et ceux qui sont partis pour vivre une expérience intéressante ailleurs. »»
Un interlocuteur pense que c’est peut-être encore un peu tôt pour conclure, les Léons reviendront peut être un peu plus tard.
Mais quelle drôle d’idée de donner le nom de « Léon » à ce programme.