Mercredi 15 avril 2020

« Détruire la nature est au-dessus de nos moyens »
Eloi Laurent

« L’économie s’efface devant la question de la santé » était le constat que tirait Éloi Laurent de la réaction d’un grand nombre de pays devant la pandémie.

Mais cette pandémie arrive à un moment particulier d’abord concomitamment avec une autre crise bien plus grave : l’économiste parle de l’atteinte à la biodiversité et aux écosystèmes. Ensuite parce que depuis plusieurs années la pensée néo-libérale a fait reculer l’État social ou providence dans tous les pays d’Europe, continent sur lequel il avait été inventé.

Je continue aujourd’hui à évoquer cette émission de France Culture dans laquelle Guillaume Erner interrogeait Eloi Laurent sur son analyse de cette pandémie : « Doit-on profiter de cette crise pour repenser l’économie de demain ? »

Guillaume Erner a, en introduction, évoqué les propositions de l’ONG WWF pour préparer la reprise économique : sortir de la crise liée à l’épidémie de COVID-19 en garantissant une sécurité sanitaire, écologique, sociale et économique. Et la question qu’il a alors posée à Eloi Laurent était de savoir si ce scénario relevait de l’utopie ?

Eloi Laurent a d’abord insisté sur le fait que par rapport à cette crise exceptionnelle le regard change au jour le jour.

Mais il a relevé trois points qu’il a appelés saillants.

Le premier point concerne le rapport de l’homme à la nature, à l’écosystème. De plus en plus d’avertissements nous montrent que nous sommes allés trop loin. Nous n’avons pas à revenir au temps des cavernes, mais nous ne pouvons pas vivre sans la nature, notre bien être dépend de la manière dont nous traitons l’écosystème de la terre :

«  Cette crise est une crise sanitaire dans ses conséquences, mais dans ses causes c’est une crise écologique. C’est une crise liée au traitement de la biodiversité et des écosystèmes. On va trop loin dans la conquête de la biodiversité et des écosystèmes. C’est le problème du marché des animaux vivants en Chine, c’est comme cela que ça a commencé. On a un système économique qui oublie la question de l’environnement. […]. C’est un traitement destructeur du bien être humain. C’est pourquoi, il faut relier cette crise du COVID-19 à l’autre crise majeure du début de l’année :  des incendies géants en Australie. On a une décennie 2020 qui commence, avec un rappel très clair qui commence à être évident pour une majorité de la population : « C’est que détruire la nature est au-dessus de nos moyens ». Ce n’est pas seulement une folie en terme éthique, c’est une folie économique. Un système économique qui oublie la question des ressources naturelles et de l’environnement devient autodestructeur et suicidaire. C’est la première chose et la plus importante à comprendre. »

Le second point concerne le pays et le régime dans lequel cette pandémie a commencé : la Chine

La deuxième chose, c’est que tout cela a commencé dans un régime autoritaire qui a caché pendant 3 mois la réalité de la situation, qui a réprimé de façon féroce tous les lanceurs d’alerte. Il s’agit de la Chine. Et l’histoire qui dit que la dictature est une bonne affaire économique parce que le contrat social qui lie le régime et le peuple exige en contrepartie d’une croissance énorme (10% pendant 40 ans) une restriction forte des droits humains et des libertés individuelles. On voit que le coût économique de la dictature est astronomique puisqu’on a perdu 3 mois et que cela se compte en dizaine ou peut être centaine de milliers de vies humaines.

Il en conclut que l »idée qu’esquisse certain que la Chine pourrait être un modèle influent pour le reste du monde est une folie par rapport à nos valeurs mais aussi au niveau de l’efficacité. Puisque la volonté de nier toute information qui pourrait nuire au régime a conduit à un retard de réaction très préjudiciable.

Enfin le 3ème point concerne l’État providence :

« Et la troisième analyse qu’on peut faire. C’est que c’est le plus mauvais moment, ce début du XXIème siècle pour abaisser nos protections collectives. Ce dont on a besoin, l’institution stratégique du XXIème siècle, c’est l’État providence. On a besoin de toutes nos protections sociales en raison de leur rôle de stabilisateur économique mais aussi pour leur rôle de réduction des inégalités. On entend qu’aux États-Unis les populations afro-américaines sont massivement touchées, c’est le cas aussi pour les populations défavorisées en France. Il y a des inégalités territoriales, toutes sortes d’inégalités révélées par cette crise et on a besoin d’une institution égalisatrice et puissante, c’est l’État providence. Et, il se trouve qu’on l’a affaibli depuis quinze ans, en France et ailleurs en Europe, là où il a vu le jour à la fin du XIXème siècle. Je rappellerai simplement qu’au moment où la crise frappait la France, on en était à l’application du 49-3 sur le système des retraites. Et que cela faisait un an que les personnels de santé criaient dans le désert qu’ils étaient à bout. »

Eloi Laurent a publié, en 2014, un livre sur l’Etat Providence : « Le bel avenir de l’Etat Providence » chez « les Liens qui libèrent ». L’éditeur a d’ailleurs mis en ligne gratuitement ce livre, pendant la période de confinement, pour pouvez donc le lire intégralement à l’écran. Le lien que je donne vous envoie vers cette version en ligne.

Vous trouverez un résumé de cet ouvrage sur <ce site> dont je reprends le début :

« L’État-providence n’est pas une faillite financière, ou un système trop coûteux qui favorise l’assistanat, et qui devrait donc être démantelé. Au contraire, l’État-providence permet le développement humain, « il est le développement humain ». Démontrant qu’il est nécessaire au marché, évoquant ses défaillances et ses fautes, Éloi Laurent ne se contente pas de le défendre, mais il en prépare la prochaine étape indispensable : l’État social-écologique pour prévoir l’arrivée des crises écologiques, étroitement liées aux crises sociales. L’État social-écologique permet de comprendre ainsi que le développement humain et la protection sociale incluent progressivement la question environnementale, en plus des enjeux sociaux.

Le début de l’essai se veut clair : « L’Europe est sur le point de commettre une faute historique : démanteler l’État-providence ». En effet, cette volonté répond à deux discours politiques, qui sont le néolibéralisme (éviter le parasitisme, limiter l’intervention de l’État, limiter la dette) et le discours xénophobe (défendre l’État-providence de l’étranger qui en profite). Au contraire, l’État-providence est l’institution qui a le plus contribué au développement économique et humain. Ainsi, citant Leandro Prados de la Escosura (Review of Income and Wealth, 2014), l’État-providence a fait bondir de 0,076 à 0,460 l’indice de développement humain entre 1870 et 2007, et 85 % de cette progression est due à la santé et l’éducation. »

On comprend donc que la pensée d’Éloi Laurent est tournée à la fois vers le social et l’écologie.

Il dénonce aussi une marchandisation de la biodiversité. Or il rappelle qu’il faut comprendre que l’économie se déploie dans la biosphère. L’économie dominante ne l’a pas comprise et même elle s’en éloigne.

Selon Eloi Laurent on s’en préoccupait davantage au XVIIIème siècle du temps d’Adam Schmidt qu’aujourd’hui :

« On a construit un système artificiel qui est largement théorique, qui sont des modèles qui tournent en dehors de toute réalité empirique. On voit cela très bien avec les modèles de l’économie du climat. On aboutit à des conclusions complétement aberrantes où vous avez le meilleur spécialiste de l’économie du climat récompensé par le prix Nobel d’économie qui vous explique que le monde économique optimum de la fin du XXIème siècle est un monde où il y a un réchauffement de 3,5 degrés. C’est-à-dire que c’est une thèse qui va à l’encontre de ce que dit la Physique, la Chimie et qui disent que c’est une folie. Si vous abordez un siècle aussi réel que le XXIè siècle avec un système aussi artificiel et éloigné des réalités c’est une catastrophe  […]

La principale leçon c’est qu’on ne peut pas avoir des systèmes de pensée qui sont aussi éloignés de nos conditions de vie, qui disent autant le contraire de la réalité. L’Australie c’est un pays qui a 3 ou 4 points de croissance, la Chine 6 ou 7 points de croissance et on voit que cela ne prémunit de rien à partir du moment où les écosystèmes se retournent contre les humains. »

L’Académie royale des sciences de Suède a, en effet, donné en 2018 le prix de la Banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel, improprement appelé « Prix Nobel d’Economie » à William Nordhaus qui estime qu’un réchauffement de 3,5 degrés représenterait un optimum économique.

<L’OBS> précise que :

« En 1998, [Nordhaus] trouvait que le protocole de Kyoto était trop ambitieux. Dans un document de 2016, il établit quatre scénarios, dont l’un est qualifié d' »optimal ». Que dit ce scénario ? Qu’en réduisant progressivement les émissions de CO2 de 40 gigatonnes par an en 2050 à 15 gigatonnes en 2100, on obtient « une politique climatique qui maximise le bien-être économique ». Or, dans le tableau suivant, on découvre que ce scénario optimal entraîne une augmentation de la température de… 3,5 degrés ! Le plus étonnant est que ce scénario est repris dans le communiqué de l’Académie royale des sciences de Suède, mais sans que les 3,5 degrés soient mentionnés. »

Pour Eloi Laurent, les fondations de l’économie étaient basées sous Aristote sur le bien-être et le bonheur. Les grands économistes comme Ricardo prenaient comme point de départ l’avarice de la nature. Simplement, on a oublié ça depuis le XIXe siècle et tout s’est accéléré depuis les années 1970. Il y a un problème de désarmement intellectuel et d’influence. »

Il affirme donc que les économistes modernes contrairement à leurs ainés ont oublié de prendre en compte la finitude du monde.

L’épidémie de COVID-19 va avoir des conséquences terribles sur l’économie mondiale. Le Ministre de l’économie et des finances Bruno Le Maire expliquait récemment que la France va vraisemblablement connaître la pire récession de sa croissance depuis 1945. Outre-Atlantique, les États-Unis enregistrent une hausse record du taux de chômage grimpant au mois de mars à 4,4 %, sa plus forte hausse sur un mois depuis janvier 1975.

Guillaume Erner a alors posé la question à Éloi Laurent :

« Etes-vous satisfait, nous sortons de la croissance ? »

L’économiste à l’OFCE est en effet aussi l’auteur du livre « Sortir de la croissance : mode d’emploi » aux éditions Les Liens qui Libèrent.

Comme pour le livre sur l’Etat providence, ce livre peut être lu intégralement à l’écran en suivant le lien que je donne.

Concernant la réponse à la question de Guillaume Erner, Eloi Laurent répond par la négative, car il n’est pas décroissant, simplement il ne veut plus que tout le système économique soit organisé autour de ce seul indicateur de la croissance du PIB :

« Je ne suis pas heureux de ce qui se passe. Qu’on se retrouve bloqué cela ne crée pas le bonheur. La transition ce n’est pas une prison.

Sortir de la croissance, ce n’est pas prôner la décroissance c’est-à-dire utiliser le même indicateur à l’envers.

C’est la même erreur que de croire qu’augmenter la croissance résout tout, que de penser que faire baisser la croissance résout tout.

Je ne suis pas décroissant, je propose d’aller vers la transition du bien-être, c’est-à-dire de manière ordonnée et surtout démocratique de se donner de nouveaux indicateurs qui soient en phase avec les défis du XXIème siécle : les inégalités, la démocratie, l’écologie et d’aligner nos politiques publiques sur ces nouveaux indicateurs de bien-être.

Le point central c’est que chaque fois qu’on vote un budget à n’importe quel niveau, on le fasse sous l’égide d’indicateurs de bien-être humain et non plus de la croissance.

En tant que chercheur, je constate le décrochage de plus en plus fort entre la recherche de la croissance et le bien être humain.

Aux Etats-Unis, le pays le plus riche avec un le taux de croissance le plus fort de tous les pays développés et on va avoir la tragédie absolue du système de santé parce que c’est un pays qui ne cultivent pas sa richesse humaine. »

Le numérique ne trouve pas grâce non plus à ses yeux notamment en raison de son coût écologique qui est énorme pour lui.

Il est aussi contre les indicateurs uniques, il faut toujours une pluralité des indicateurs.

Je redonne le lien vers cette émission stimulante : « Doit-on profiter de cette crise pour repenser l’économie de demain ? »

France Culture propose aussi une page qui renvoie vers des émissions qui abordent les sujets de la Croissance et des biens communs : <Croissance et biens communs : 2 concepts clés en économie>

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Mardi 14 avril 2020

« L’économie s’efface devant la question de la santé. »
Eloi Laurent

Éloi Laurent est un économiste que j’écoute avec intérêt. Au mois de juin 2017 j’avais consacré une série de mots à son ouvrage : « Nos mythologies économiques ».

Il est intéressant d’entendre ce qu’il dit sur la crise actuelle.

Il a été l’invité de Guillaume Erner sur France Culture le 8 avril : «  Profiter de cette crise pour repenser l’économie de demain ».

Je reviendrai probablement plus longuement sur cette émission demain. Mais aujourd’hui, je voudrai m’arrêter sur une partie de sa conclusion qui me semble lourde de sens :

« L’économie s’efface devant la question de la santé.
C’est frappant de constater qu’en réalité la valeur sous-jacente universelle c’est la santé.
Dans le monde, il y a actuellement 3,5 milliards d’humains qui sont confinés. La valeur sous-jacente universelle c’est la santé ce n’est pas la croissance. Des pays du monde ont convergé de manière fulgurante vers cette valeur universelle, qui n’est pas l’économie.

Et cela doit nous interroger sur notre capacité à converger vers cette valeur universelle en temps normal et sur un mode non autoritaire. »

Il y a encore Jair Bolsonaro au Brésil qui tient un discours contraire : il faut sauver l’économie, tant pis pour les morts.

Mais Boris Johnson a du faire retraite : <Quand Boris Johnson se moquait du coronavirus>

Au début il s’en moquait disant qu’il suffisait de se laver les mains. Puis il a tenu un discours plus grave, en disant aux Britanniques qu’il y aurait des morts mais que sa stratégie était celle de l’immunité de groupe. Il suffisait que 50 à 60 % de la population ait été infectée pour que le virus ne puisse plus se propager. Bien sûr il y aurait des morts, mais la vie économique pouvait continuer et au bout du compte la victoire contre le virus serait plus rapide.

Mais il n’a pas pu tenir. Le 23 mars, l’exécutif britannique se résout à confiner sa population pour « sauver des vies et protéger le NHS [service de santé national]».

Et le 27 mars Boris Johnson est détecté positif au virus puis hospitalisé jusqu’à intégrer l’unité de soins intensifs. Aujourd’hui sorti d’affaire, il remercie le personnel soignant de lui avoir sauvé la vie.

Malgré toute sa volonté, il n’a pas pu privilégier l’économie, le peuple britannique n’acceptait pas qu’on laisse mourir des gens, sans les soigner parce que les hôpitaux étaient submergés.

On ne peut pas !

C’est quelque chose de très fort, cette vague de fond qui s’est emparé du monde entier.

Donald Trump n’a pas pu non plus faire prévaloir l’économie, l’emploi.

Il le voulait.

Mais la pression a été trop forte.

Aux Etats-Unis des hommes politiques ont posé le débat très clairement : Etait-il pertinent de rallonger de quelques années la vie de centaine de milliers vieux américains improductifs pour sacrifier des millions de productifs qui vont être laminés par la crise économique, le chômage et les faillites.

Ainsi, par exemple < Le vice-gouverneur du Texas estimait que les personnes âgées devraient se sacrifier pour l’économie> et il n’était pas le seul.

Pour lui le confinement de la population, et donc le ralentissement général de l’économie, était la plus grande menace pour les États-Unis.

«Êtes-vous prêt à prendre le risque [d’être malade] afin de conserver l’Amérique que tout le monde aime pour vos enfants et petits-enfants ?» a lancé celui qui est âgé de 69 ans et a six petits-enfants. «Si c’est le deal, je suis prêt à me lancer», a-t-il expliqué, assurant qu’il ne voulait pas «que tout le pays soit sacrifié».

Du point de vue de la rationalité économique, il avait peut être raison. La crise économique va entrainer des morts et probablement beaucoup plus de pauvreté.

Mais cela n’a pas pu se faire, ce débat n’a pas eu lieu.

Andrew Cuomo, le gouverneur de New York a exprimé la position dominante :

« Ma mère n’est pas sacrifiable. Pas plus que votre mère n’est sacrifiable, que nos frères et sœurs sont sacrifiables. Nous n’allons pas accepter le principe selon lequel la vie est jetable. Nous n’allons pas mettre un prix sur des vies humaines. S’il faut choisir entre la santé du public et l’économie, le seul choix est la santé du public. La priorité numéro un est de sauver des vies. Point final »

A ce stade c’est une victoire des valeurs. De la valeur de la vie.

Le site Atlantico a essayé cependant de mener le débat : <La santé ou l’économie ? Petites réflexions philosophiques sur un vrai dilemme>

L’un des philosophes interrogés Damien Le Guay dit :

« Le choix est tout sauf évident – même s’il s’impose d’une façon majoritaire en faveur d’un confinement. Un choix est fait, dont nous ne mesurons pas toutes les conséquences : étouffer l’économie, la mettre sous cloche, faire porter sur les générations futures la santé des contemporains, plutôt que de laisser la pandémie se dérouler comme toutes les pandémies en protégeant les individus. D’une certaine manière nous nous donnons le choix, nous croyons avoir le choix, pour être des économies riches et pour faire porter par la solidarité collective une grosse partie du coût de cet étouffement économique. Et, dans des économies plus libérales que les nôtres, comme les pays anglo-saxons, ce choix, quand il est fait en faveur du confinement, pèse plus lourdement sur les individus eux-mêmes. »

L’autre philosophe, Bertrand Vergely, analyse l’évolution de Donald Trump :

«  Il y a deux façons de mesurer. La première se fait par le calcul et les mathématiques en appliquant des chiffres et des courbes à la réalité. La seconde se fait par l’émotion, la sensation, la sensibilité. Quand quelque chose plaît, je n’ai pas besoin de chiffres et de courbes pour savoir que cela plaît. Quand cela déplaît également. Lorsque Donald Trump a compris qu’il fallait s’occuper de la question sanitaire aux États-Unis et pas simplement d’économie, il n’a pas eu cette révélation à la suite d’un sondage. Il n’a pas utilisé les compétences d’instituts spécialisés. La réaction ne se faisant pas attendre, il a été plus rapide que les chiffres, les courbes et les sondages en changeant immédiatement son discours. Il a été découvert récemment que l’intelligence émotionnelle est infiniment plus rapide que l’intelligence mathématiques, abstraite et calculatrice. On peut sur le papier démontrer que l’humain coûte trop cher. Lorsque dans la réalité concrète on ne s’en occupe pas assez et mal, on a immédiatement la réponse. Donald Trump s’en est très vite aperçu. »

La conclusion de Damien Le Guay permet d’approfondir encore, en constatant que des décisions antérieures nous ont conduit à cette situation tragique, c’est-à-dire dans laquelle les deux solutions proposées sont mauvaises :

« Le problème (et nous le découvrons brutalement avec cette crise sanitaire) est que nous payons aujourd’hui une double défaillance : une défaillance stratégique de nos politiques publiques qui ont, en Europe, favorisé la mondialisation au détriment des intérêts stratégiques nationaux, sans définir des secteurs à protéger et sans mettre en place, au niveau des pays ou de l’Europe, des coordinations en cas de risques sanitaires ; une défaillance des entreprises pharmaceutiques et de santé publique qui ont cru qu’elles pouvaient se délester de secteurs entiers jugés « peu rentables », comme les systèmes de protections, la fabrication des médicaments génériques, les masques. La Chine, « usine du monde », détient ces marchés et ne peuvent répondre quand le monde entier passe d’énorme commande. La mondialisation se retourne contre les Nations en cas de crise. Elle se grippe avec une pandémie mondiale. Et les individus nationaux paient le prix de cette mondialisation défaillante.

Pour toutes ces raisons, nous n’avons plus la possibilité d’avoir le choix. Nos défaillances collectives nous font faire des choix malgré nous. L’État imprévoyant, l’Europe tatillonne pour les détails et aveugle sur les grands défis de santé publique et, pour finir, les entreprises médicales inconséquentes, soucieuses d’augmenter leurs profits, ont décidé à notre place. Ils nous ont privés du choix d’avoir le choix. Alea jacta est. »

J’avais cité Pierre-Henri Tavoillot, dans le mot du jour du 23 mars 2020 :

«  Ce qui caractérise la tragédie, c’est qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises décisions ; dans le meilleur des cas, il y en a des mauvaises et des pires. »

Et donc dans ce dilemme tragique, le choix de préserver la santé de nos ainés l’a emporté.

Ce n’était pas évident tant nous pensions que l’économie dominait tout et qu’on était prêt à tout sacrifier sur cet autel.

Ce n’est pas vrai, l’économie cette fois ne l’a pas emporté.

Cela doit nous donner de l’espoir, même si nous pouvons craindre que les mois et les années à venir seront très difficiles pour beaucoup d’entre nous et de nos proches.

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Lundi 13 avril 2020

« Par l’infinie ruse
De l’extrêmement petit
Nous avons compris
Vraiment l’indispensable »
Quatrain que m’a inspiré cette histoire collective et mondiale qui nous arrive

Mot de jour spécial pendant la période de confinement suite à la pandémie du COVID-19
François Cheng nous a expliqué la force de la concision d’un quatrain.

J’ai souvent écrit des mots du jour fort long, parfois ou souvent trop long.

J’essaye donc de synthétiser ce que cette expérience nous apprend dans un quatrain, 5 ; 7, 5, 7.

« Par l’infinie ruse
De l’extrêmement petit
Nous avons compris
Vraiment l’indispensable »

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Dimanche 12 avril 2020

« Maria Kehoane »
Soprano suédoise qui magnifie la musique de Bach

Mot de jour spécial pendant la période de confinement suite à la pandémie du COVID-19

Parce que nous sommes en période de confinement, j’écris donc un mot du jour le dimanche de Pâques.

Il est étonnant d’ailleurs que ce mot de «Pâques» soit au pluriel. Wikipedia nous donne une explication :

« Le pluriel de Pâques ne fait pas référence à une pluralité de dates. La langue française distingue en effet la Pâque originelle juive (ou Pessa’h) et la fête chrétienne de Pâques. La première commémore la sortie d’Égypte et la liberté retrouvée des enfants d’Israël. La fête chrétienne est multiple. Elle commémore à la fois la dernière Cène instituant l’eucharistie, la Passion du Christ et sa résurrection. C’est seulement après le XVe siècle que la distinction sémantique a été marquée par la graphie entre Pasque (ou Pâque) désignant la fête juive et Pasques (ou Pâques) désignant la fête chrétienne. ».

Pâque est donc la fête juive et Pâques la fête chrétienne et qui est pluriel parce qu’elle célèbre plusieurs évènements du récit chrétien.

Même si on ne partage pas le récit chrétien de Pâques et de la résurrection du corps physique du personnage central du christianisme supplicié deux jours avant, il faut quand même reconnaître que c’est une fête de joie, de la re-naissance.

Que partager ce jour-là ?

Il serait assez commode et naturel de partager une autre œuvre de Jean-Sébastien Bach ; la réponse de la Passion : l’Oratorio de Pâques BWV 249, créé à Leipzig le 1er avril 1725.

J’aurai choisi la version de la « Netherlands Bach Society » dirigée par Jos van Veldhoven avec l’alto déjà présent dans la version de la Passion selon Saint Matthieu de vendredi : Damien Guillon et avec la soprano Maria Keohane.

Et finalement j’ai pensé que le plus éclatant, le plus exceptionnel était de partager, la vidéo qui m’a fait découvrir cette soprano suédoise née en1971, spécialiste de la musique baroque et particulièrement de Jean-Sébastien Bach.

Il s’agit d’un extrait d’une autre cantate de Bach composée à Leipzig également en 1725, mais en décembre, la cantate BWV 151 : <Süsser Trost, mein Jesus kommt> (douce consolation, mon Jésus vient).

Elle est accompagnée par le Concerto de Copenhague dirigé par Lars Ulrik Mortensen. Cela ne dure que 8:30, ce qui n’est pas long par rapport aux œuvres classiques que je partage habituellement.

Alors, si je peux me permettre, il faut entrer dans cette écoute, comme on entre en méditation.

Une écoute profonde et exclusive.

Et alors, on vit un moment de grâce absolue.

La première fois que j’ai entendu cet enregistrement, je l’ai réécouté plusieurs fois, tellement la beauté du grain de la voix, la sensibilité, l’extraordinaire agilité de cette chanteuse qu’aucun obstacle ne semble être en mesure d’entraver m’ont paru miraculeuses.

Sergiu Celibidache a parlé de ces moments magiques pendant lesquels tous les astres semblent alignés pour ne plus simplement tutoyer la perfection, mais l’atteindre.

Des micros et une caméra étaient là pour enregistrer ce moment magique.

Les musiciens qui accompagnent cette voix dans sa quête de l’inaccessible beauté sont fascinés.

On trouve bien d’autres enregistrements de cette artiste sur Internet, toujours remarquable mais sans atteindre les mêmes cimes.

Par exemple la cantate BWV 29 <Wir danken dir Gott> créé le 27 août 1731 à Leipzig. Le solo de Maria Keohane commence à 14:30.

Je donne aussi le lien vers <L’oratorio de Pâques> évoqué précédemment.

Si vous voulez les textes de cette cantate et leur traduction voici le lien vers <La page> du site entièrement consacrées aux cantates de Bach.

Cioran a dit : « S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu », Maria Kehoane élève la musique de Bach à des niveaux divins.

Mais les mots sont incapables de décrire cette émotion.

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Samedi 11 avril 2020

« Le quatrain de Jeanne d’Arc »
Propos tenu par Jeanne d’Arc lors de son procès

Mot de jour spécial pendant la période de confinement suite à la pandémie du COVID-19

« Puis vint cette voix,
Environ l’heure de midi,
Au temps de l’été,
Dans le jardin de mon père. »

Jeanne d’Arc

L’Eglise catholique a beaucoup innové et beaucoup construit, dans les siècles de sa puissance.

Elle a aussi produit beaucoup d’écrits.

Même lorsqu’elle commettait des atrocités, il y avait un secrétaire qui écrivait scrupuleusement ce qui se passait lors de séances de tortures ou dans un procès inique comme celui de Jeanne d’Arc. Et ces documents ont été conservés.

Ainsi ce que l’on sait avec le plus de précision de la vie de Jeanne d’Arc, c’est son procès. On sait exactement ce qu’elle a dit.

Je le concède je ne m’y suis jamais intéressé de très près, il me suffisait de savoir que celui qui dirigeait tout cela était l’évêque Pierre Cauchon et que ce procès fut inéquitable.

Mais, Francois Cheng que j’ai déjà évoqué lors de cette période de pandémie et de confinement : « La mort n’est pas notre issue » avait été invité dans La grande librairie du 22 février 2018 sur France 5 pour présenter son ouvrage « Enfin le royaume » qui est un recueil de quatrains.

Et quand François Busnel lui pose cette question essentielle :

« Comment faites vous
Quel est le secret de la concision réussie
Comment une idée devient-elle
Quatre courts vers qui s’appelle un quatrain ? »

François Cheng lui répond par le quatrain de Jeanne d’Arc. Vous trouverez cela dans la vidéo à partir de 14:31.
Il raconte cet épisode ainsi :

« Au juge, textuellement, elle a dit :

«Puis vint cette voix,
Environ l’heure de midi.
Au temps de l’été
Dans le jardin de mon père.»

C’est un quatrain qui vient du fond du cœur et c’est le résultat de toute une vie.

Un quatrain à la fois simple et sublime.

On y entend une des plus belles voix de France.

Puis vint cette voix,
Environ l’heure de midi.
Au temps de l’été
Dans le jardin de mon père.

Il y a un accent éternel.

Tous les Français doivent retenir ce quatrain par cœur.

C’est un quatrain parfait. 5, 7, 5, 7.

C’est ma manière de répondre à votre question.

Jeanne d’Arc, avant d’aller sur le bûcher, a dit cela. »

Et il a ajouté

« D’ailleurs Cocteau a dit que Jeanne d’Arc était le plus grand écrivain français »

Dans cette émission magnifique, François Cheng a dit aussi

« Les vrais poètes sont des poètes de l’être  »

« Le quatrain est le diamant.de la poésie universelle ! »

« Car vivre est savoir que tout instant de vie est rayon d’or sur une mer de ténèbres. »

Le lien vers cette émission est celui-ci : <La grande librairie du 22 février 2018>

France Musique a consacré une émission sur <Les Voix de Jeanne d’Arc>

<Sur ce site> vous trouverez d’autres citations de Jeanne d’Arc lors de son procès.

Il y a 100 ans, le 16 mai 1920, à Rome Jeanne d’Arc était canonisée et devenait sainte à l’intérieur de l’Église qui l’avait assassinée.

Rouen, lieu de son bucher, avait décidé de fêter le centenaire de la canonisation de Jeanne d’Arc.

Encore des cérémonies annulées en raison du confinement.

Et si nous voulons, comme le souhaite François Cheng, retenir ce quatrain, répétons-le :

« Puis vint cette voix,
Environ l’heure de midi,
Au temps de l’été,
Dans le jardin de mon père. »

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Vendredi 10 avril 2020

« La passion selon saint Matthieu »
Jean-Sébastien Bach

Ce vendredi 10 avril 2020, le calendrier grégorien que nous utilisons indique : « Vendredi-Saint »

Dans le récit chrétien, le Vendredi saint est la commémoration religieuse de la crucifixion et de la mort de Jésus-Christ.

Ce jour est férié dans un grand nombre de pays ou de régions dont une partie de la population est chrétienne, en Europe (Allemagne, Espagne, Italie, Royaume-Uni, Suisse…), en Amérique (Argentine, Canada, Chili, 12 des 50 États des États-Unis…), en Afrique (Éthiopie, Kenya, Nigéria…) et en Asie (Hong Kong, Inde, Indonésie, Macao…).

C’est également un jour férié pour les départements français du Haut-Rhin, Bas-Rhin et Moselle.

Il s’agit d’un jour de tristesse et de méditation pour la communauté chrétienne.

Ce jour particulier, probablement continuant à être profondément imprégné de culture chrétienne, j’ai pris l’habitude d’écouter, chaque année, la « Passion selon Saint Matthieu » de Jean-Sébastien Bach.

Le vendredi saint constitue dans la symbolique chrétienne, le temps de l’épreuve, de la souffrance, de la mort.

Nous ne sommes pas en guerre, mais ce temps de la pandémie est un temps de l’épreuve.

C’est pourquoi, il me parait assez naturel de faire lien entre ce que nous vivons et notre calendrier qui se fonde sur notre culture chrétienne et rythme notre temps de vie.

Je partage donc aujourd’hui, cette œuvre monumentale et exceptionnelle de la culture européenne et chrétienne de l’immense compositeur de culture protestante : Jean-Sébastien Bach.

Deux jours après, vendredi saint, il y a Pâques qui pour les chrétiens signifient résurrection.

Mais de la résurrection, j’en ai déjà parlé, dimanche dernier en évoquant la deuxième symphonie de Mahler. Dans cette œuvre, il n’est pas question de la résurrection du Christ, mais elle est cependant profondément imprégnée de culture religieuse chrétienne.

Comme dimanche dernier, je partage d’abord une interprétation de la Passion selon Saint Matthieu :

<Bach : Passion selon Saint Matthieu – Collegium vocale de Gand – Herreweghe>

Et comme dimanche dernier, j’écris :

« La lecture de ce mot du jour peut donc s’arrêter là et basculer vers le visionnage de ce concert. Voici l’essentiel. »

Et puis, la lecture peut aussi continuer, car il y a tant de choses à dire sur ce monument de la culture européenne, de la culture religieuse chrétienne, de la musique occidentale.

1 – Vendredi saint

La Pâque chrétienne est directement issu de la Pessah juive qui commémore la sortie des juifs d’Egypte. Mais l’étonnante Rabbine Delphine Horvilleur narre une autre histoire et parle d’une naissance et en puisant dans l’étymologie des mots hébraiques compare le passage de la mer rouge à la libération du liquide amniotique qui précède l’accouchement. <C’est ici>. Cette histoire juive rencontre l’histoire chrétienne puisque dans ce récit Jésus prépare la fête de Pessah, le jeudi, la veille du vendredi saint, lors de la célèbre <Cène> peint par tant de grands artistes dont Léonard de Vinci.

En 2020 , Pessah est célébré du jeudi 9 avril au jeudi 16 avril. Et la pâque chrétienne est célébré le premier dimanche qui suit la première pleine lune qui suit l’équinoxe de Printemps. Exprimé ainsi, on comprend bien que cette fête s’inscrit dans un calendrier plus ancien, lié à la nature et qui se situe au moment où la durée du jour reprend le dessus sur la durée de la nuit. Ces fêtes ont donc avec une autre symbolique occupé la place de fêtes païennes.

En revanche, il semble que le Vendredi Saint qui commémore la Passion, c’est-à-dire le supplice, la procession et la crucifixion du Christ, ce moment du récit évangélique qui clôt l’aventure « humaine » de Jésus constitue un jour propre au christianisme et qui ne se fonde pas sur une fête issue d’une autre tradition.

Dans la tradition chrétienne, pour rappeler la procession du Christ vers Golgotha, des processions, appelés chemin de croix sont organisés dans de nombreux lieux.

Cette année constitue donc encore une particularité puisque toutes ces processions sont annulées en raison du COVID-19.

2 – La crucifixion

La religion chrétienne est une doctrine très compliquée. Rien que le dogme de la Trinité qui révèle un Dieu unique sous trois « formes » différentes semble assez incompréhensible, peut être une prémisse de la mécanique quantique ? Mais que le représentant de Dieu sur terre, le fils de Dieu selon la doctrine, un des membres de la Trinité finisse sa vie terrestre par l’humiliation et la mort réservé aux esclaves dans l’empire romain est plus qu’incompréhensible par les adeptes de toutes les autres religions, impensable.

Pour René Girard, cette crucifixion constitue le sacrifice ultime faisant du Christ le bouc émissaire final et unique qui permet de surmonter la pulsion des sociétés à devoir désigner des boucs émissaires pour surmonter les tensions internes et apporter la paix en leur sein. Tout au long des mots du jour, notamment les derniers je constate que la recherche des boucs émissaires reste un exercice prisé de nos sociétés, qui sont il est vrai post chrétiennes. Harari avait résumé cette tendance par cette formule : « s’il y a un problème, c’est qu’il existe quelqu’un quelque part qui a merdé ».

La langue française réserve le terme de « crucifixion » à l’exécution de Jésus de Nazareth. Cette peine qui est toujours pratiqué en Arabie saoudite même si elle est pratiquée post mortem, avait été sordidement remis dans l’actualité lors de l’épopée sanglante de DAESH, dans ce cas on utilise le mot « crucifiement ».

Pour être exact, « Crucifixion» ne désigne pas seulement le supplice du Christ mais aussi des œuvres d’art qui décrive ce sujet. Et il en existe de nombreux. J’illustre ce mot du jour par la reproduction de certaines d’entre elles, peints par Rembrandt, Raphaël, Zurbaran, Dali.

3 – Le texte de la passion du Christ dans l’évangile selon saint Matthieu

Le récit de la passion selon Saint Matthieu.

Opportunément le journal catholique « La Croix » publie un extrait de La Bible dans la nouvelle traduction Bayard, et cet extrait est le récit de la passion selon saint Matthieu (26,14-27,66), à partir du moment où Judas vend son maître jusqu’au soir de cette journée qui deviendra dans le récit Vendredi Saint.

Et dans ce texte fondateur du christianisme, ce texte que Bach a mis en musique, on lit cela :

« Vint l’aube. L’assemblée des grands prêtres et des anciens du peuple délibéra sur Jésus et sur sa mise à mort. Ligoté, il fut conduit devant le procurateur Pilate, à qui on le livra. […]

Jésus se tenait debout devant le procurateur. Ce dernier l’interrogea : Es-tu vraiment le roi des juifs ?
Tu l’as dit, répondit Jésus, sans répliquer aux accusations des grands prêtres et des anciens.
Pilate insista : N’entends-tu pas tous ces témoignages contre toi ?
Jésus ne répondit rien. Ce silence impressionna fortement le procurateur.
Les jours de fête, ce dernier avait l’habitude de relaxer un prisonnier choisi par la foule.
Barabbas était alors un prisonnier célèbre. À la foule rassemblée, Pilate demanda : Lequel des deux dois-je relâcher ?
Barabbas ? Ou Jésus, dit le Christ ?
Il savait que c’était par envie que Jésus avait été livré […].

Les chefs et les anciens persuadèrent les foules de réclamer Barabbas et de faire mourir Jésus. Le procurateur revint à la charge : Lequel des deux dois-je relâcher, selon vous ?
Des voix s’élevèrent : Barabbas !
Et Pilate : Qu’adviendra-t-il de Jésus, dit le Christ ?
Un cri monta de la foule : Qu’on le crucifie !
Et lui : Mais quel mal a-t-il fait ?
Les cris redoublèrent de fureur : Qu’on le crucifie ! L’agitation allait croissant. On ne peut rien faire, conclut Pilate.
Et prenant de l’eau, sous leurs yeux, il se lava les mains.
Je suis innocent du sang de ce juste, déclara-t-il. Cette affaire ne regarde que vous.
Et tout le peuple répondit : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants.
Barabbas fut remis en liberté. »

L’antisémitisme est aussi dans ce texte, dans ce récit mythique. Le récit des chrétiens qui fait dire au peuple juif « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ». Ce récit qui a été écrit plus de 30 ans après les faits a peu de probabilité de décrire avec précision ce qui s’est vraiment passé, si cela s’est passé. Si on prend l’hypothèse que ce texte relate une histoire à peu près exacte, on constate qu’il y’a manipulation de la foule par quelques dirigeants, la foule elle-même n’étant qu’une partie du peuple.

Mais le récit qui, pendant des siècles, a été lu, raconté dans les églises, dans les familles, chanté dans les passions parle d’un peuple juif déicide puisque dans la doctrine chrétienne Jésus est fils de Dieu.

Nous sommes au cœur de l’antisémitisme de source religieuse, nous savons qu’il en existe d’autres. J’avais développé ce sujet dans un mot du jour de début 2019 <La haine des juifs>

4 – L’œuvre de Jean-Sébastien Bach : « Die Matthaüs Passion » La Passion selon Saint Matthieu

Sans que cette date soit certaine, il semble que La Passion selon saint Matthieu (BWV 244) ait été exécutée probablement pour la première fois le Vendredi saint 1727, c’est-à-dire le 7 avril 1727 dans l’Eglise Saint Thomas de Leipzig, dans cette église où Bach fut le « Kantor » (maître de chapelle) de 1723 jusqu’à sa mort en 1750 et dans laquelle repose sa dépouille depuis 1950. Elle a été remaniée trois fois. La troisième version, définitive, a été créée en 1736.

Tous les deux ans, le vendredi saint, en alternance avec la Passion selon Saint Jean, la Passion selon Saint Matthieu est interprétée dans ce lieu particulier pour la culture musicale occidentale, l’église de Bach. D’ailleurs chaque année, à travers le monde, la Passion selon Saint Matthieu est donnée autour du jour du vendredi saint. Tous les ans, sauf cette année 2020 où le confinement créé par la pandémie du COVID-19 a conduit à annuler toutes ces manifestations, comme le fait remarquer <Libération>

Je ne développerai davantage la présentation de <cette œuvre> qui dure plus de 2 heures 30. Il y a lieu cependant de dire que Bach n’a jamais composé d’opéra, parce que dans un aucun de ses postes cela ne lui a été commandé. En outre, dans son dernier poste à l’église Saint Thomas, l’opéra n’était pas toléré dans l’austère et puritaine Leipzig. Mais les passions qu’il a écrites et particulièrement la « Saint Matthieu » sont en réalité des opéras religieux, même si elles sont données sous forme d’oratorio.

Pour dire la beauté de cette œuvre, je ferai appel, une fois n’est pas coutume à Alain Juppé : dans le livre « Alain Juppé sans masque » son biographe, Dominique Lormier raconte :

« Il faut le voir pour le croire, écrit Anna Cabana : ses yeux se mouillent quand il se met à fredonner les premières notes de son aria préférée de la Passion selon saint Matthieu. Bach lui tire des larmes, à Juppé. De vraies larmes, je peux en témoigner. »

La passion selon saint Matthieu occupe aussi une place très particulière dans l’Histoire de la musique. Pendant longtemps, on ne jouait que la musique des compositeurs vivants. On utilisait des partitions de musiciens morts pour les étudier, pour apprendre la musique, quelquefois s’en inspirer, mais on ne les jouait jamais en public.

Jamais jusqu’à Félix Mendelssohn Bartholdy qui à 20 ans va interpréter cette œuvre près de 80 ans après la mort de Bach :

« A Berlin, le mercredi 11 mars 1829, à 6 heures du soir, par un temps printanier, la salle de la Sing-Akademie résonne des premières notes d’une œuvre qui n’a plus été jouée depuis la mort de son auteur en 1750 : la Passion selon saint Matthieu de Johann Sebastian Bach. La salle, pouvant accueillir entre 800 et 900 spectateurs, est pleine à craquer au point qu’on a dû ouvrir les vestibules et une pièce derrière l’orchestre. Cela n’a pas suffi; il a fallu refuser plus de mille personnes. La famille royale, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III en tête, et de nombreux membres de la cour sont présents. Le tout-Berlin intellectuel et artistique est également là : Schleiermacher, Hegel, Droysen, Heine, Rahel Varnhagen… »

Pour Nikolaus Harnoncourt, cela constitue le début de cette nouvelle manière d’aborder la musique qu’on va appeler classique par la suite et qui est désormais une musique dont on célèbre et joue pour l’essentiel des compositeurs morts.

5 – Interprétation de l’œuvre.

L’interprétation vers laquelle renvoie ce mot du jour est exceptionnelle, d’abord en raison du chef belge : « Philippe Herreweghe »

L’élégance n’est pas la priorité de Philippe Herreweghe, quand il lève ses bras on a presque une impression de maladresse ou encore de la volonté de vouloir communiquer l’incommunicable. Le résultat est exceptionnel.

C’est mon ami Gilbert qui me l’a fait découvrir par un de ses premiers disques.

Et dans nos débuts communs à Paris, à la fin des années 1980, Annie et moi avons appris qu’il donnait des concerts à l’église des blancs manteaux avec son ensemble parisien la Chapelle Royale et son ensemble belge le Collegium vocale de Gand. Nous n’avons alors loupé aucun de ces concerts dans cette église.

Depuis, j’ai acheté tous les disques qu’il a réalisé et dans lesquels il interprète Bach.

J’en ai beaucoup d’autres, mais pas tous ses disques.

Mais tous les Bach et même quand il a enregistré trois fois la Messe en si, trois fois la passion selon saint Jean et pour l’instant deux fois la passion selon saint Matthieu mais on attend une troisième bientôt, j’ai acheté toutes les versions.

Et bien sûr quand il vient à Lyon, nous y allons aussi.

Dans la version proposée, il est bien sur accompagné de son remarquable ensemble du Collegium vocale de Gand mais aussi de chanteurs exceptionnels : l’évangéliste Christoph Prégardien, les deux sopranos, Dorothée Mields et Hana Blažíková,, la somptueuse basse Stephan Mac Leod. Une interprétation tout simplement exceptionnelle.

<Bach : Passion selon Saint Matthieu – Collegium vocale de Gand – Herreweghe>

<1393>

Jeudi 9 avril 2020

« En santé, comme en éducation, les besoins sont infinis. »
Philippe Mossé et Corinne Grenier

Méfions-nous des explications simples.

J’écoute beaucoup d’intervenants qui racontent tous la même histoire.

L’hôpital a été délaissé par d’odieux gouvernants qui ont toujours cherché constamment à restreindre les moyens alloués à l’hôpital public.

Ce sont des criminels doublés d’imbéciles, la pandémie actuelle montre l’étendue de leur défaillance.

Dès que cette crise sera surmontée, il va falloir massivement redonner de l’argent à l’hôpital public pour que tout cela fonctionne à nouveau correctement.

J’ai l’impression que presque tout le monde est convaincu qu’énoncer ainsi nous avons à la fois le problème et la solution.

Enoncé encore plus synthétiquement le problème c’est qu’on a manqué de sous, la solution c’est de donner des sous.

C’est simple et compréhensible.

Pour mettre un peu de nuance dans cette vision de la réalité je vous renvoie vers un article de Libération écrit par Philippe Mossé, économiste, CNRS-Lest, Aix-en-Provence et Corinne Grenier, professeur Innovation en santé : <L’ajustement sans fin des ressources et des besoins>

Et pour une fois je cite cet article in extenso :

« . La difficulté extrême dans laquelle se trouve notre système de santé face à la pandémie est due à son extrême violence ; elle serait aussi la conséquence du «démantèlement de l’Etat providence» et du fait que, depuis des lustres, l’hôpital serait «la bête noire des pouvoirs publics». Ces critiques sans nuance, que vient contrebalancer le soutien exceptionnel que toute la population française apporte et devra pendant des mois encore apporter à ses soignants, ne sont pas nouvelles. Mais, paradoxalement, ce jugement sans appel rassure car il permet de cibler un ensemble de responsables : globalement les ministres de la Santé et leur administration aux commandes depuis la fin des années 1970.

Ainsi, malgré les changements de majorité politique et aveuglés par la pensée néolibérale, c’est à une entreprise de démolition systématique à laquelle tous et toutes se seraient livrés. Une fois ce constat posé et les boucs émissaires identifiés, il ne reste plus qu’à énoncer la solution : reconstruire un système de santé «cassé» et «démantelé» en faisant, enfin, de la santé une priorité, c’est-à-dire en y affectant, enfin, des moyens conséquents. Convenue et rassurante, attendue et souvent efficace, facile et accessible, cette solution est bienvenue. C’est que son caractère familier possède une vertu considérable : présente bien avant le problème, elle évite de l’identifier avec précision.

Certes, la France a connu sa tentation libérale. Par exemple, l’insistance mise à évoquer le concept trompeur de «l’hôpital-entreprise» aurait pu jouer un sale tour à l’hôpital public. En effet, c’est au nom de ce leurre que la tarification à l’activité (la fameuse T2A, ersatz de tarification à l’acte) a failli devenir le seul mode de financement de l’hôpital. Mais suite, notamment, à un rapport de l’actuel ministre, Olivier Véran, et via le plan «Ma santé 2022», porté par la ministre précédente, la T2A était sur le point d’être fortement limitée. De fait, ces retournements de modalités de financement, ces palinodies de «modes» de gouvernances, l’hôpital en a connu et en connaîtra encore. Car le malaise des professionnels de santé est un des traits structurels, à vrai dire, un levier de la négociation-confrontation entre l’Etat et l’ensemble des protagonistes du secteur.

Car, oui, l’hôpital et ses personnels manquent de moyens comme tout le système de santé et médico-social ; car oui, il faudra augmenter ces moyens et les citoyens, éclairés, qui seront sur ce point plus vigilants qu’avant la pandémie. Mais le niveau actuel des ressources n’est pas le résultat d’un rationnement, volontaire et orchestré, pour la bonne raison que cette politique n’a jamais existé, du moins en France. Ainsi, par exemple, depuis les années 1980, la part du PIB consacré à la santé n’a cessé d’augmenter et le reste à charge moyen des malades contenu à moins de 10%. De même, l’emploi sanitaire s’est régulièrement accru pour avoisiner les deux millions de professionnels dont la formation est devenue l’une des meilleures du monde. Quant aux nombreuses réformes institutionnelles, elles ont toutes ont eu pour objet de rationaliser l’offre sans la rationner : création des Agences régionales de santé, extension du champ de la Haute Autorité de santé, encouragement des gouvernances territoriales, incitation à la coopération entre professionnels et la recherche d’une meilleure localisation des ressources. Il va sans dire que les critères et les attendus de cette rationalisation (par exemple privilégier les malades chroniques et graves, favoriser la «médecine par les preuves» ou bien encore, encourager les soins individualisés au détriment de la santé publique) peuvent être discutés et ils le sont.

Mais alors que se passe-t-il puisque le malaise est bien présent et que les revendications sont à la fois nombreuses, quasi unanimes et, pour la plupart, justifiées autant que légitimes ? Esquissons une réponse, ou plutôt, mettons en débat une tentative d’explication. En santé, comme en éducation, les besoins sont infinis. S’il en était besoin en atteste le vieillissement de la population dû, pour partie, aux succès de la médecine, l’augmentation des maladies chroniques, la qualité croissante (technique et humaine) des prises en charge de plus en plus souvent au domicile, la demande d’égalité d’accès aux soins et à un accompagnement social, etc. Dans cette configuration, accroître l’offre revient à révéler des demandes correspondant à un besoin réel mais non encore satisfait.

Cette course entre besoins, demandes et offre est donc perdue d’avance. Pourtant, si elle est sans fin, elle n’est pas sans finalité. En effet, c’est elle qui pousse les chercheurs à trouver, les professionnels à innover, les politiques à réformer, les citoyens à réclamer. Mais cette course n’a pas de ligne d’arrivée. Comme l’horizon le but (satisfaire les besoins) recule alors qu’on croit s’en approcher.

C’est pourquoi, affronter les crises sanitaires, actuelles et à venir, consiste d’abord à admettre que ce décalage irréductible entre ressources et besoins est constitutif de l’action publique en santé. Mais admettre n’est pas renoncer. C’est la première étape d’un travail de dévoilement qui doit nous conduire à réfléchir démocratiquement, aux moyens d’utiliser au mieux les ressources disponibles quels que soient leurs niveaux. Loin des règlements de comptes dont on pressent ces jours-ci, les signes avant-coureurs, cette approche devra orienter le bilan qui sera fait de l’action des uns et de l’inaction des autres. Citoyens compris. Car la pandémie nous aura rappelé que remplir nos devoirs citoyens est le meilleur moyen de défendre notre droit à la santé. »

Cet article ne dit pas qu’il n’y a pas eu des erreurs notamment la tarification à l’activité, mais il nie que le problème soit simple à résoudre, simple comme on entend tant de voix l’exprimer.

J’ai fait quelques recherches. J’aurais aimé trouver des chiffres plus explicites et plus parlants, le temps m’a manqué. Mais si quelqu’un peut apporter ces éléments je suis preneur.

J’ai toutefois trouvé sur le site de l’INSEE <ICI> l’information suivante :

  • En 2006, les soins hospitaliers de l’hôpital public s’élevaient à 54,4 milliards d’euros.
  • En 2017, cette même rubrique était de 71,5 milliards d’euros

Il s’agit donc d’une évolution de 31,4%.

Pendant ce temps que s’est t’il passé au niveau du PIB ?

Souvent le PIB n’est pas pertinent, mais ici nous avons une question d’argent : on ne donne pas assez d’argent à l’hôpital ! C’est peut-être vrai, mais on semble dire qu’on utilise l’argent à autre chose.

Sur <ce site> vous découvrez l’évolution du PIB entre 2000 et 2018. Je suis parti en 2007 avec un PIB de valeur 100, en appliquant les hausses et la baisse d’une année après la crise de 2008, on arrive à un PIB en 2017 de 110,7.

Alors que les soins de l’hôpital public augmentait de de 31,4%, la richesse du pays a augmenté parallèlement de 10,7% soit 3 fois moins.

Philippe Meyer et ses coéquipiers ont invité l’ancienne Ministre de la Santé Roselyne Bachelot pour réfléchir sur ces sujets : <Thématique Hôpital Public et Pandémie>. Ils n’ont pas de solution toute faite, mais ils expliquent très justement que l’augmentation du budget ne suffit pas et surtout constitue un puits sans fond parce que les besoins tendent vers l’infini.

Notre population vieillit et exprime le besoin de plus en plus de soins. Les médicaments et les équipements sont de plus en plus onéreux.

Alors, il y a des questions intéressantes comme celle de l’arbitrage entre ce que nous acceptons de mutualiser donc de niveau de cotisation et ce que nous voulons individualiser donc le pouvoir d’achat. Je trouve que ce débat est trop souvent tronqué par le seul critère de la diminution des cotisations pour améliorer la compétitivité des entreprises ou augmenter le pouvoir sans que jamais ce problème de fond : qu’est-ce que nous acceptons de mutualiser soit au centre des débats !

Et ce sujet ne peut pas se résoudre uniquement par la pirouette : les riches paieront !

Accepter de mutualiser davantage cela peut vouloir dire accepter de prélever davantage les actifs et les retraités pour un meilleur service de l’hôpital. De toute façon si les dépenses augmentent plus vite que la richesse nationale, il n’y a pas de recette miracle, il faut diminuer certaines autres dépenses pour compenser.

Mais ce que veut surtout soulever ce mot du jour c’est qu’il faut trouver d’autres solutions que simplement une augmentation de budget disproportionnée par rapport à la croissance.

Sinon, que ferons-nous quand 100% du PIB sera consacré à la santé et que le besoin augmentera encore ?

<1392>

Mercredi 8 avril 2020

« La crise du coronavirus signale l’accélération d’un nouveau capitalisme, le capitalisme numérique »
Daniel Cohen

Parmi les économistes que j’aime lire et auquel j’aime me référer, Daniel Cohen occupe une place de premier plan, surtout depuis la mort tragique de Bernard Maris.

J’ai donc lu avec beaucoup d’intérêt l'<Article> du Monde du 02 avril 2020 qui lui donne la parole sur l’analyse de la crise pandémique actuelle.

Une de ses premières réflexions est le constat de la centralité de la Chine dans la mondialisation d’aujourd’hui. Enormément d’éléments de la chaîne de valeur qui se trouvent dans les objets que nous utilisons et consommons viennent de Chine, mais aussi les principes actifs des médicaments, les masques dont nous avons besoin viennent de Chine.

Et, ironie du sort le virus qui nous perturbe vient aussi de Chine.

« Ce « virus chinois », comme l’appelle le président américain Donald Trump, a permis de mesurer l’extraordinaire dépendance où se trouvent un très grand nombre de secteurs industriels à l’égard de la Chine.

La pandémie pourrait bien clore à cet égard un cycle économique qui a commencé avec les réformes de Deng Xiaoping en Chine au début des années 1980 et la chute du mur de Berlin, en 1989. L’onde de choc de cette mondialisation s’épuise. La guerre commerciale lancée par Donald Trump a d’ailleurs convaincu les Chinois eux-mêmes qu’ils devaient réduire leur dépendance à l’égard des Etats-Unis. »

Il rappelle aussi que cette crise n’est pas une crise financière mais une crise de l’économie réelle. Et en premier c’est une crise de l’offre, la machine de production s’est arrêtée, en raison du confinement, cette méthode ancienne pour lutter contre les épidémies. Si cet arrêt de la production conduit à de nombreuses faillites, il y aura un chômage de masse qui aura alors un impact majeur sur la demande.

Mais dans un premier temps il s’agit d’une crise de l’économie réelle et d’une crise de l’offre. Pour mesurer l’ampleur du problème il faudra connaître la durée de l’arrêt donc du confinement.

« La crise économique actuelle est en réalité profondément différente de celles de 2008 ou de 1929. Elle est d’emblée une crise de l’économie réelle. L’enjeu n’est pas, comme hier, de chercher à la soutenir par des mesures d’offre ou de demande. Ce qu’on attend de l’Etat est, paradoxalement, qu’il veille à ce que bon nombre d’entreprises ferment leurs portes. Du fait des mesures de confinement, il faut que le produit intérieur brut (PIB) baisse ! Le rôle majeur des politiques publiques, à ce stade, n’est pas de relancer l’économie, mais de s’assurer qu’elle reste dans un état d’hibernation satisfaisant, qui lui permette de repartir rapidement ensuite. Ce ne sont pas des mesures d’ordre macroéconomique qu’on lui demande, mais des mesures microéconomiques.

Il ne s’agit pas non plus de mesures de soutien à la demande – elles ne seront nécessaires que quand la pandémie sera terminée, car que peuvent acheter des consommateurs confinés à des entreprises à l’arrêt ? Des mesures d’offre sont nécessaires, mais dans les secteurs-clés dans la résolution de la crise sanitaire, qu’il s’agisse du fonctionnement des hôpitaux et de la médecine de ville, des entreprises produisant masques, tests, appareils respiratoires…

Pour le reste de l’économie, on attend surtout de l’Etat des mesures de soutien à chaque entreprise, à chaque individu en perte d’activité. Ce n’est pas du crédit qu’il faut distribuer, mais du soutien budgétaire direct qui soulage la trésorerie des entreprises, le revenu des ménages. A cet égard, le principe est simple, le déficit doit être tout simplement égal à la perte d’activité due à la pandémie. Si l’on suit les statistiques produites par l’Insee, chaque mois de confinement pourrait coûter 3 points de croissance sur l’année. C’est aussi idéalement le chiffre du déficit public pour accompagner la crise. Si la crise dure deux mois, ce serait le double… »

Harari avait expliqué que le risque était fort que nous acceptions une société de surveillance, pour améliorer notre santé. Le gouvernement envisage, comme l’on fait les pays d’Asie de suivre les citoyens pour mesurer les déplacements des citoyens afin de pouvoir d’une part analyser la diffusion du virus et d’autre part vérifier le respect du confinement. Pourrons-nous dire non, si la santé d’un grand nombre en dépend ?

Daniel Cohen nous indique une autre raison de passer dans une société de surveillance, celle de pouvoir affecter au mieux les aides financières dont l’économie aura besoin pour ne pas s’effondrer. La même question se posera, sera-t-il raisonnable de refuser cette évolution ?

« Un Etat moderne, un Etat du XXIe siècle, devrait avoir la capacité de faire du sur-mesure, de la microéconomie « chirurgicale », en ciblant les aides entreprise par entreprise, individu par individu. Nous avons maintenant les outils pour cela, comme le prélèvement à la source, les déclarations de TVA et de charges sociales des entreprises, qui permettent de flécher les aides vers ceux qui subissent la crise le plus violemment.

La contrepartie de cette possibilité est, bien sûr, le risque d’une surveillance généralisée, car nous allons nous apercevoir que l’Etat a acquis les mêmes capacités de communiquer – et de surveiller – tout le corps social, à l’égal des GAFA [Google, Apple, Facebook, Amazon]. »

C’est une question abyssale, je ne sais pas quelle est la bonne réponse.

Quand le journaliste, Antoine Reverchon, lui pose la question : « Cette crise signale-t-elle la fin du capitalisme néolibéral mondialisé ? », il répond :

« C’est certainement la fin, ou le début du recul du capitalisme mondialisé tel qu’on l’a connu depuis quarante ans, c’est-à-dire à la recherche incessante de bas coûts en produisant toujours plus loin.

Mais elle signale aussi l’accélération d’un nouveau capitalisme, le capitalisme numérique

Pour en saisir la portée et les menaces nouvelles que recèle ce capitalisme numérique, il faut revenir en arrière, au temps où l’on pensait que la désindustrialisation allait conduire, dans les pays développés, à une société de services. L’idée, théorisée notamment par l’économiste français Jean Fourastié [1907-1990], était que les humains travailleraient non plus la terre ou la matière, mais l’humain lui-même : prendre soin, éduquer, former, distraire autrui, serait le cœur d’une économie enfin humanisée.

Ce rêve postindustriel était libérateur, épanouissant… Mais comme le souligne Fourastié, il n’était plus synonyme de croissance

Si la valeur du bien est le temps que je passe à m’occuper d’autrui, cela veut dire aussi que l’économie ne peut plus croître, sauf à accroître indéfiniment le temps de travail.

Le capitalisme a trouvé une parade à ce « problème », celle de la numérisation à outrance.

Si l’être que je suis peut être transformé en un ensemble d’informations, de données qui peuvent être gérées à distance plutôt qu’en face-à-face, alors je peux être soigné, éduqué, diverti sans avoir besoin de sortir de chez moi…

Je vois des films sur Netflix plutôt que d’aller en salle, je suis soigné sans aller à l’hôpital…

La numérisation de tout ce qui peut l’être est le moyen pour le capitalisme du XXIe siècle d’obtenir de nouvelles baisses de coût…

Le confinement général dont nous faisons l’objet à présent utilise massivement ces techniques : le télétravail, l’enseignement à distance, la télémédecine…

Cette crise sanitaire apparaîtra peut-être, rétrospectivement, comme un moment d’accélération de cette virtualisation du monde. Comme le point d’inflexion du passage du capitalisme industriel au capitalisme numérique, et de son corollaire, l’effondrement des promesses humanistes de la société postindustrielle. »

Cette partie de l’article m’interpelle encore plus.

Les sociétés numériques comme NETFLIX et AMAZON vont sortir renforcés et plus riches de cette crise sanitaire.

Beaucoup vont voir dans le recours au télétravail massif une solution commode pour éviter que les salariés perdent du temps dans les transports et économiser aussi des surfaces de bureau dans des métropoles où le foncier et de plus en plus cher. Ce recours massif conduit à un risque de déshumanisation du travail.

Un article de l’OBS pose cette problématique : « Le télétravail est nécessaire, mais attention : il implique une déshumanisation »

L’OBS explique ainsi que

«  On peut imaginer l’approfondissement d’au moins deux tendances actuelles du capitalisme.
La première est l’accroissement de l’auto-discipline : avec le télétravail, le contrôle n’est pas exercé directement par un chef qui surveille mais par soi-même, par intériorisation des normes, des objectifs, des résultats, par responsabilité individuelle. Des travaux ont montré que cette évolution n’était pas sans lien avec l’augmentation des malaises professionnels, voire des burn-out.

La seconde est l’accroissement de « la production bureaucratique de l’indifférence sociale », c’est-à-dire de la création de la distance dans le vécu quotidien : ne plus être en contact direct avec des patients, des clients, des étudiants, des usagers de service public… c’est aussi s’éloigner, voire développer un certain détachement par rapport à ceux auxquels on s’adresse. Sans compter que, comme toute technique, la numérisation n’empêche pas les inégalités mais en transforme les lieux de son expression : désormais les inégalités d’accès à Internet ou de maîtrise des outils techniques sont devenues fondamentales.

Tout ceci n’est pas de la science-fiction : cela ne fait que deux jours que nous sommes en confinement, et j’ai déjà reçu un email de ma banque qui vante les mérites des contacts à distance et des appli mobiles. Pour beaucoup d’entreprises, cette crise peut être une opportunité pour dématérialiser davantage, remplacer des vendeurs par des plateformes téléphoniques, etc. Il ne faut pas oublier que le télétravail est une forme de déshumanisation. J’ai une nièce qui a dû subir une opération dont les conséquences auraient pu être graves. Quand elle s’est présentée à la clinique le jour dit, la première personne qu’elle a rencontrée, c’était au troisième étage. Toutes les étapes précédentes, dont l’« accueil » (sic), étaient automatisées, donc gérées ou élaborées à distance par le télétravail. Est-ce le monde dont nous voulons ? »

Et aussi l’éducation nationale pourrait avoir une évolution fâcheuse. Utiliser mieux et de manière plus intelligente les outils numériques ne peut être qu’approuver. Mais n’existe-t’il pas la tentation d’imaginer les économies budgétaires qu’on pourrait obtenir en utilisant massivement les cours en lignes qui permettrait de se passer d’un certain nombre de salles de classe et aussi d’un certain nombre de professeurs, puisqu’il faut un professeur devant une classe de 25 à 40 élèves, alors qu’un cours en ligne pourrait s’adresser à un nombre plus considérable d’élèves. Cette évolution porte en germe une accentuation encore des inégalités.

Cette crise risque ainsi d’amplifier et d’accélérer des évolutions dont nous pourrions craindre qu’ils n’aillent pas dans le sens souhaité par Bruno Latour ou Gaël Giraud.

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Mardi 7 avril 2020

« Avec cette pandémie, la fragilité de notre système nous explose à la figure »
Gaël Giraud

Gaël Giraud est un économiste remarquable et singulier.

C’est d’abord un esprit extraordinairement brillant, selon les critères français :

Après être passé par le lycée Henri IV (Paris), il intègre la rue d’Ulm : l’École Normale Supérieure. Ensuite comme école d’application il choisit l’École Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique (ENSAE). Puis à la suite de deux années de service civil au Tchad (1995-1997), il soutient sa thèse de doctorat en mathématiques appliquées (à l’économie) au Laboratoire d’économétrie de l’École Polytechnique et à l’Université Paris-Panthéon-Sorbonne.

Après cela il aurait pu entrer dans une des grandes entreprises françaises pour gagner beaucoup d’argent.

Lui devint prêtre catholique et jésuite.

C’est un humaniste qui regarde notre société avec recul, hauteur et intelligence du cœur.

Deux mots du jour lui ont été consacrés, tous les deux en 2014, tous les deux consacrés au monde bancaire.

D’abord pour fustiger les relations coupables entre l’Etat et le monde bancaire et l’incapacité du gouvernement français sous la présidence Hollande de réaliser ce que ce dernier avait promis, c’est à dire la séparation des activités spéculatives et de la banque de dépôt, au sein du système bancaire : «La collusion entre la haute finance publique et la haute finance privée aujourd’hui, paralyse notre société.»

Ensuite, il avait réagi à l’amende colossale que les Etats-Unis avaient infligé à BNP Paribas, s’étonnant que l’UE soit incapable de faire la même chose à l’égard des banques américaines qui ont joué un rôle délétère au sein de l’Union européenne : « les autorités européennes, grecques, italiennes… pourraient sanctionner Goldman Sachs pour avoir truqué les comptes publics grecs qui ont permis à Athènes d’entrer dans la Zone euro, et JP Morgan pour avoir vendu des prêts toxiques en Italie. »

Dans l’article de Marianne que j’avais cité dans le premier mot du jour, il définissait ainsi sa vie :

« D’abord, je partage la même soupe avec mes compagnons le soir, quoi que je pense du secteur bancaire par ailleurs. Cela permet de penser librement. Ensuite, la vie de partage communautaire est une expérience essentielle des biens communs, au sens de l’économiste Elinor Ostrom : aujourd’hui, nos sociétés redécouvrent les biens communs via Vélib’, Vélo’v, le covoiturage, l’économie de fonctionnalité, etc., et cet apprentissage me paraît décisif pour la transition énergétique. Il induit une transformation radicale de notre rapport à la propriété privée. Eh bien, la vie religieuse occidentale pratique tout cela depuis quinze siècles au moins ! »

Je l’ai d’abord vu et entendu dans l’émission de Frédéric Taddei : « Interdit d’interdire » consacrée aux conséquences économiques de la pandémie.

Je regarde, en effet, l’émission « Interdit d’interdire » sur la télévision d’influence de Poutine « Russia Today » en raison de la qualité des échanges que peut réaliser Frédéric Taddei avec ses invités. Pour le reste je me méfie des informations que je peux trouver sur cette chaîne, tout en ne les rejetant pas systématiquement. Ce n’est ni blanc, ni noir, c’est gris !

Cette émission donnait en première partie la parole à Paul Jorion qui a déjà fait l’objet de mot du jour et qui est certes intéressant mais beaucoup moins didactique et précis que Gaël Giraud.

L’intervention de Gaël Giraud commence à 25:45, et je vous invite à la regarder, elle se trouve derrière ce lien : <Conséquences économiques de l’épidémie>

Après cette émission j’ai trouvé un article du 20 mars de l’OBS qui interviewait Gaël Giraud : « Avec cette pandémie, la fragilité de notre système nous explose à la figure »

Dans cet article, il souligne d’abord la singularité de cette crise :

« Elle est unique. Contrairement au krach boursier de 1929 et à la crise des subprimes de 2008, elle touche d’abord et en son cœur l’économie réelle. L’appareil productif est mis à l’arrêt, les chaînes de valeurs mondiales ralentissent ou sont interrompues, le travail est « en grève » involontaire. Ce n’est pas seulement une crise keynésienne d’insuffisance de la demande, c’est aussi une crise d’offre.»

Et il montre ainsi la vulnérabilité et la fragilité de notre système :

«La pandémie marque l’entrée dans une époque nouvelle, traversée de risques liés au réchauffement climatique et amplifiés par un capitalisme financiarisé qui nous rend extrêmement vulnérables à la finitude du monde.
Tout le monde ne peut pas travailler depuis chez soi. Or nous avons collectivement construit un système dans lequel certains aliments, par exemple, font deux fois le tour de la planète avant d’arriver dans notre assiette. Pour maximiser le profit à court terme, nous avons bâti des chaînes d’approvisionnement à flux tendus selon le principe du « juste-à-temps ». Ces flux sont extrêmement fragiles car il suffit que, le long de la chaîne, une seule société soit à l’arrêt parce que ses salariés sont malades ou refusent de risquer leur vie au travail, pour que la chaîne s’interrompe. Certaines métropoles pourraient en faire la cruelle expérience dans les jours ou les semaines qui viennent avec l’approvisionnement alimentaire.
Un système dans lequel la volatilité des marchés financiers est extrême parce qu’en dépit des avertissements répétés depuis plus de dix ans, nous n’avons mis aucun frein sérieux aux bulles et aux paniques boursières. Dans lequel, pour suivre des dogmes néolibéraux sans fondement scientifique, nous avons sous-doté l’hôpital et privatisé des services publics. Tout cela, nous le savons depuis des années. Aujourd’hui, cette fragilité nous explose à la figure. »

Il montre aussi comment notre système économique et la position dominante d’homo sapiens explique la force et la propagation du virus :

« La destruction écologique à laquelle se livre notre économie extractiviste depuis plus d’un siècle partage avec cette pandémie une racine commune : nous sommes devenus l’espèce dominante de l’ensemble du vivant sur Terre. Nous sommes donc capables de briser les chaînes trophiques de tous les autres animaux (et c’est bien ce que nous faisons, des poissons jusqu’aux oiseaux) mais nous sommes aussi le meilleur véhicule pour les pathogènes. En termes d’évolution biologique, il est beaucoup plus « efficace » pour un virus de parasiter l’humain que le renne arctique, déjà en voie de disparition à cause du réchauffement. Et ce sera de plus en plus le cas à mesure que les dérèglements écologiques vont décimer les autres espèces vivantes. »

Et il revient sur les marchés qu’il a étudiés depuis de nombres années et qui ont conduit à la financiarisation du monde :

« Les marchés financiers, sur lesquels nous tentons de faire reposer notre prospérité depuis plusieurs décennies, n’ont aucunement vu venir la pandémie. Pourtant, celle-ci n’est nullement un cygne noir, elle était parfaitement prévisible : l’OMS avait prévenu que les marchés d’animaux sauvages en Chine présentaient des risques épidémiologiques majeurs. Allons-nous continuer d’entretenir la fiction que les marchés financiers sont la boussole suprême de nos sociétés ?

En outre, depuis trente ans, la globalisation marchande s’est construite sur l’abondance des énergies fossiles, et en particulier du pétrole. Ces énergies réchauffent massivement la planète. Elles ont aussi permis d’étendre les chaînes de production, de rendre négligeable le prix du transport, de délocaliser dans des pays à bas coût, la Chine en premier lieu. Le pétrole est l’ingrédient essentiel grâce auquel Covid-19 s’est transporté en trois mois de Chine en Europe là où le Sras de 2002 avait mis un an. Aujourd’hui, la mise à l’arrêt de l’économie réelle fait chuter le cours de l’or noir. Cette chute a non seulement des effets sur les compagnies pétrolières, mais aussi sur le secteur financier. Énormément d’actifs financiers sont appuyés sur les énergies fossiles.

La fin de la globalisation marchande va sans doute provoquer une réduction massive de l’usage du pétrole pour le transport de marchandises et donc un effondrement de la valeur de certains de ces actifs. Cela ajoute à la panique d’institutions financières assises sur des montagnes de dettes privées (et non publiques) qui ne peuvent être remboursées qu’au prix d’une poursuite de la croissance du PIB. Or, 2020 sera sans doute une année de récession pour la plupart des pays. Beaucoup d’investisseurs ont compris qu’ils risquaient de devenir rapidement insolvables.

[Il faut donc s’attendre] à un krach plus important que celui de 2008, sauf si les Etats réagissent fortement et très vite pour éviter les faillites en chaîne dans l’économie réelle. L’administration Trump a déjà annoncé un effort de près de 1 000 milliards de dollars pour les ménages et les entreprises. La BCE a annoncé un plan de 750 milliards de rachats de dettes. Ce sont les bons ordres de grandeur, mais tout dépendra de la façon dont est utilisé cet argent. Il faut le flécher massivement vers les PME et les ménages. Faire du « quantitative easing for people », ce que nous aurions dû faire déjà en 2009. Sinon, ces sommes, une fois de plus, serviront uniquement à sauver les banques.

Les pays qui oseront dépenser massivement pour leur économie réelle s’en sortiront mieux. Nous sommes « en guerre » ? Alors, il faut comprendre l’étendue des déficits publics auxquels nous devons consentir : le déficit public des Etats-Unis, rapporté au PIB fut de 12 % en 1942, 26 % en 1943, 21 % en 1944, 20 % en 1945. Pour ceux qui resteront attachés au dogme de l’austérité budgétaire (qui n’a pas de fondement économique), la récession qu’ils vont connaître risque de faire passer celle qui a suivi 2008 pour une promenade de santé. »

Il synthétise aussi les leçons de cette pandémie et trace des perspectives qui devraient guider nos gouvernants et nos nations. Il utilise notamment ce concept très fécond « des communs »

[Cette pandémie] nous contraint à comprendre qu’il n’y a pas de capitalisme viable sans un service public fort et à repenser de fond en comble notre manière de produire et de consommer.
Cette pandémie ne sera pas la dernière : le réchauffement climatique promet la multiplication des pandémies tropicales.
En 2016, la Banque Mondiale estimait, par exemple, que la seule résistance aux antimicrobiens pourrait provoquer une perte de 3 % du PIB mondial en 2050.
La déforestation, tout comme les marchés d’animaux sauvages à Wuhan, nous met au contact d’animaux dont les virus nous sont inconnus. Le dégel du pergélisol menace de diffuser des épidémies dangereuses : la grippe espagnole de 1918, l’anthrax… Les élevages intensifs, d’animaux stressés et homogènes, facilitent aussi la propagation des épidémies.

A brève échéance, il va falloir nationaliser des entreprises non viables et, peut-être certaines banques. Mais, très vite, nous devrons tirer les leçons de ce printemps : relocaliser la production, réguler la sphère financière, repenser les normes comptables pour valoriser la résilience de nos systèmes productifs, instaurer une taxe carbone et sanitaire aux frontières, lancer un plan de relance français et européen pour la réindustrialisation écologique, la rénovation thermique et la conversion massive vers les énergies renouvelables…

La pandémie nous invite à transformer radicalement notre mode de socialisation.
Aujourd’hui, le capitalisme connaît le coût de toute chose, mais la valeur de rien, pour reprendre la formule d’Oscar Wilde. Il nous faut comprendre que la véritable source de la valeur, ce sont nos relations humaines et avec notre environnement. A vouloir les privatiser, nous les détruisons et nous mettons à terre nos sociétés tout en supprimant des vies. Nous ne sommes pas des monades isolées, reliées entre elles uniquement par un système de prix abstrait, mais des êtres de chair en interdépendance avec d’autres et avec un territoire. Voilà ce que nous avons à réapprendre.

La santé de chacun concerne tous les autres. Même pour les privilégiés, la privatisation des systèmes de santé est irrationnelle : ils ne peuvent se séparer totalement des plus modestes, ne fût-ce que pour se faire livrer à manger. La maladie les rattrapera donc toujours. La santé est un bien commun mondial et doit être gérée comme telle.

Les communs, remis à l’honneur notamment par l’économiste américaine Elinor Ostrom, ouvrent un espace tiers entre le marché et l’Etat, entre le privé et le public. Ils peuvent nous guider vers un monde plus résilient, à même d’encaisser des chocs comme cette pandémie.

La santé, par exemple, doit être traitée comme l’affaire de tous, avec des niveaux d’intervention stratifiés et articulés. Au niveau local, des communautés peuvent s’organiser pour réagir rapidement, en circonscrivant les clusters comme cela semble avoir été fait avec succès dans le Morbihan contre Covid-19 et, à l’inverse, comme cela n’a pas été fait en Lombardie. Au niveau étatique, il faut un service hospitalier public puissant. Au niveau international, il faut que les préconisations de l’OMS deviennent contraignantes. Rares sont les pays qui ont suivi les recommandations de l’OMS avant et pendant la crise. Nous écoutons plus volontiers les « conseils » du FMI… Le drame actuel montre que nous avons tort.

Ces derniers jours, nous avons vu des communs se constituer : des scientifiques qui, en dehors de tout cadre public ou privé, se sont spontanément coordonnés via l’initiative Opencovid19 pour mutualiser l’information sur les bonnes pratiques de dépistage du virus. La santé n’est qu’un exemple : l’environnement, l’éducation, la culture, la biodiversité sont des communs mondiaux. Il faut inventer des institutions qui permettent de les honorer, de reconnaître nos interdépendances et de rendre nos sociétés résilientes. Certaines existent déjà : Drugs for Neglected Disease Initiative (DNDi) est un magnifique exemple, créé par des médecins français il y a quinze ans, de réseau collaboratif tiers, où coopèrent le privé, le public et les ONG qui réussissent à faire ce que ni le secteur pharmaceutique privé, ni les États, ni la société civile n’arrivent à faire seuls. »

Et de manière plus immédiate, il nous montre ce que cette crise peut dévoiler :

« Elle nous délivre du narcissisme consumériste, du « je veux tout, tout de suite ». Elle nous ramène à l’essentiel, à ce qui compte « vraiment » : la qualité des relations humaines, la solidarité. Elle nous rappelle, aussi, à quel point la nature est importante à notre santé mentale et physique. Ceux qui vivent confinés dans un 15 m2 à Paris ou à Milan le savent déjà… Le rationnement qui s’installe sur certains produits nous rappelle la finitude des ressources. Bienvenue dans le monde fini !  Pendant des années, les milliards dépensés en marketing nous ont fait confondre la planète avec un supermarché géant où tout serait indéfiniment à notre disposition. Nous faisons brutalement l’expérience du manque »

Gaël Giraud est le contraire d’un naïf, il sait que des forces sont à l’œuvre pour aggraver le mal, utiliser cette crise pour surenchérir dans certaines voies délétères

« Je pense qu’un certain romantisme « collapsologique » va être vite tempéré par la vision de ce que signifie, dans la configuration actuelle, l’arrêt brutal de l’économie : le chômage, la ruine, les vies brisées, les morts, la souffrance au quotidien de ceux chez qui le virus laissera des traces à vie. Dans le sillage de l’encyclique « Laudato si » du Pape François, je préfère espérer que cette pandémie sera l’occasion de réorienter nos vies et nos institutions vers une sobriété heureuse et le respect de la finitude.

Le moment est décisif : on peut craindre ce que Naomi Klein a baptisé la « stratégie du choc
». Il ne faut pas que, sous prétexte de soutenir les entreprises, certains gouvernements affaiblissent encore davantage le droit du travail. Ou qu’ils en profitent pour resserrer encore la surveillance policière des populations. Ou que le commerce en ligne finisse de tuer les magasins de proximité. Encore moins que les achats d’armes par certains gouvernements servent à contraindre les salariés modestes à risquer leur vie pour ne pas interrompre les chaînes d’approvisionnement des plus privilégiés. »

Si vous lisez des informations qui viennent de Chine, des États-Unis et du Canada vous constaterez qu’on parle partout de relance de l’économie, mais de relance dans l’économie carbonée et de diminuer les contraintes écologiques que les prises de conscience ont permis de mettre en œuvre, faiblement mettre en œuvre.

Le plus probable est que tout recommence comme avant et peut être même en pire en prétextant l’urgence du chômage et de la baisse du niveau de vie.

Dans sa conclusion il essaie une interrogation géopolitique :

« Ce que l’on peut dire, c’est que le coronavirus exacerbe le bras de fer entre la Chine et les Etats-Unis. La propagande chinoise s’efforce d’instaurer l’idée que le pays a su stopper la pandémie et semble vouloir faire bénéficier le reste du monde de son expérience. Pékin a surtout à se faire pardonner d’être à l’origine du problème : les services publics chinois ont dissimulé l’épidémie pendant plus d’un mois avant de prendre la mesure de sa gravité. Reste que cette pandémie peut devenir pour la Chine ce que fut la Seconde Guerre mondiale pour les Américains : le moment d’un basculement géopolitique et d’une prise de leadership mondial. Surtout si l’économie des Etats-Unis devait connaître une très dure récession.

Dans les pays occidentaux, on entend d’ailleurs une petite rengaine valorisant l’autoritarisme chinois. « Et si nos démocraties étaient mal armées ? Trop lentes ? Engluées dans les libertés individuelles ? » Cette antienne se fredonnait déjà avant la pandémie et me semble très dangereuse. La Chine est un pays totalitaire. La pandémie a-t-elle atteint le Xinjiang ? Sur le million de Ouïgours qui y vivent en camp de « rééducation », combien ont été touchés ? Combien survivront à la prochaine pandémie ?

Certains se demandent si, pour conserver leurs privilèges, ce ne serait pas le moment de basculer du laisser-faire vers l’autoritarisme (néolibéral).
Ce serait suicidaire. Comme l’écrivait déjà La Fontaine à propos de la peste : « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. » Sacrifier l’âne innocent ne sert à rien et relève d’un paganisme médiéval. Il faut éviter la peste, c’est la seule attitude rationnelle pour tout le monde. »

Il y a comme toujours dans les réflexions qui ont du sens, plus de questions que de réponses.

L’avenir n’est pas écrit.

Nous ne pouvons certainement pas avec nos faibles moyens changer radicalement le monde. La tentation de la « tabula rasa » est d’ailleurs dangereuse, les expériences passées nous conduisent à beaucoup de prudence devant les doctrines qui nous promettent de tout reconstruire à partir d’une page blanche.

Je pense cependant que chacun de nous a un rôle, même minuscule, à jouer dans cette partition.

Pour ce faire il faut tenter de comprendre les forces qui sont à l’œuvre, se prémunir des solutions magiques et miraculeuses et accepter plus de sobriété comme nous y invitent les questions de Bruno Latour du mot du jour d’hier.

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Lundi 6 avril 2020

« La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant. »
Bruno Latour

Wikipedia nous informe que Bruno Latour est classé parmi les chercheurs les plus cités en sciences humaines et jouit d’une très forte notoriété dans le monde académique anglophone, où il est parfois décrit comme « le plus célèbre et le plus incompris des philosophes français.

Il est sociologue, anthropologue et philosophe des sciences. Il est né le 22 juin 1947 à Beaune.

Ces derniers travaux sont surtout tournés vers la crise écologique et la transition économique pour y faire face.

Le mot du jour du 8 février 2019 était consacré à son livre « Où atterrir ? » paru en 2017 dans lequel il exprimait ce constat selon lui évident : notre modèle de développement économique mondial ne dispose pas d’une planète lui permettant de continuer à se déployer. La terre, en effet, n’est pas cette planète, il faut donc atterrir, arrêter la course.

Pour ce faire, il demande à chacun de réfléchir à ses besoins essentiels, à ses interactions avec les autres afin de pouvoir construire le modèle de développement que la terre puisse accueillir.

Dans ce sens, il développe l’idée de cahiers de doléances comme ce qui s’était passé en France avant la révolution de 1789.

Un article du monde de janvier 2019 parle de ce projet : « Faisons revivre les cahiers de doléances » et une partie de son site est consacrée à ce thème <Atelier Nouveaux Cahiers de Doléance>

Devant la crise qui nous secoue et les réflexions qui doivent nous guider dans l’après, il a écrit un article sur le site AOC Média :

<Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise>

Il fut aussi l’invité de France Inter du vendredi 3 avril 2020 :<Si on ne profite pas de cette situation incroyable pour changer, c’est gâcher une crise>

C’est par l’émission de France Inter que j’ai appris que parmi les nombreuses études qu’avaient réalisé Bruno Latour, il s’était aussi intéressé aux microbes et aux épidémies.

En 1984, il a écrit notamment : « Pasteur: Guerre et Paix des microbes »

Et c’est ainsi qu’il répond à Nicolas Demorand qui évoque la surprise devant cette pandémie :

« Ce n’est pas une situation surprenante pour ceux qui ont travaillé sur l’histoire de la médecine, quand on laisse les microbes faire leur petit travail de mondialisation […] Chaque pays donne, à cause de son système de santé et sa préparation, une virulence à ce virus. La virulence varie considérablement. […] La nouveauté, c’est la capacité qu’a le virus de profiter de la globalisation. Imposer un régime de viralité à M. Trump et M. Macron en quelques semaines c’est assez stupéfiant. »

Et rejoignant la position de Sophie Mainguy-Besmain « Nous ne sommes pas en guerre et n’avons pas à l’être » il rejette la rhétorique guerrière :

« Parler de guerre n’a aucun sens »

Il dit des choses aussi simple que nous devons vivre avec le virus, quand un très grand nombre aura été contaminé, donc aura assimilé le virus et rendu inoffensif, la crise sera surmonté.

Ce n’est pas combattre le virus dont il s’agit, on ne le détruit pas, on s’y adapte.

Et surtout ce qui parait important à Bruno Latour c’est de bien se rendre compte que l’épreuve que nous vivons nous la surmonterons, avec plus ou moins de dégâts économiques, mais nous la surmonterons.

Or il est une autre crise qui pour lui est plus grave et dont il n’est pas certain que nous la surmonterons :

« En décembre, on allait vers une autre catastrophe qui est la mutation écologique. Malgré la situation tragique que nous vivons, elle est moins tragique pour les gens qui s’intéressent à la mutation écologique »

Et il pose un premier constat qu’il trouve encourageant :

« On a un arrêt général brusque […] On disait qu’il était impossible de tout arrêter, on l’a fait en deux mois. On se rend compte que brusquement, on peut tout arrêter et que les États peuvent s’imposer. »

Et il ajoute :

« Si on ne profite pas de cette situation incroyable pour voir ce qu’on garde ou pas, c’est gâcher une crise, c’est un crime. »

Et c’est ainsi qu’il débutait aussi son article sur AOC MEDIA :

« Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause, infléchi, sélectionné, trié, interrompu pour de bon ou au contraire accéléré. L’inventaire annuel, c’est maintenant qu’il faut le faire. A la demande de bon sens : « Relançons le plus rapidement possible la production », il faut répondre par un cri : « Surtout pas ! ». La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant.

Il y a peut-être quelque chose d’inconvenant à se projeter dans l’après-crise alors que le personnel de santé est, comme on dit, « sur le front », que des millions de gens perdent leur emploi et que beaucoup de familles endeuillées ne peuvent même pas enterrer leurs morts. Et pourtant, c’est bien maintenant qu’il faut se battre pour que la reprise économique, une fois la crise passée, ne ramène pas le même ancien régime climatique contre lequel nous essayions jusqu’ici, assez vainement, de lutter.

En effet, la crise sanitaire est enchâssée dans ce qui n’est pas une crise – toujours passagère – mais une mutation écologique durable et irréversible. Si nous avons de bonne chance de « sortir » de la première, nous n’en avons aucune de « sortir » de la seconde. Les deux situations ne sont pas à la même échelle, mais il est très éclairant de les articuler l’une sur l’autre. En tout cas, ce serait dommage de ne pas se servir de la crise sanitaire pour découvrir d’autres moyens d’entrer dans la mutation écologique autrement qu’à l’aveugle.

La première leçon du coronavirus est aussi la plus stupéfiante : la preuve est faite, en effet, qu’il est possible, en quelques semaines, de suspendre partout dans le monde et au même moment, un système économique dont on nous disait jusqu’ici qu’il était impossible à ralentir ou à rediriger. À tous les arguments des écologiques sur l’infléchissement de nos modes de vie, on opposait toujours l’argument de la force irréversible du « train du progrès » que rien ne pouvait faire sortir de ses rails, « à cause », disait-on, « de la globalisation ». Or, c’est justement son caractère globalisé qui rend si fragile ce fameux développement, susceptible au contraire de freiner puis de s’arrêter d’un coup.

En effet, il n’y a pas que les multinationales ou les accords commerciaux ou internet ou les tour operators pour globaliser la planète : chaque entité de cette même planète possède une façon bien à elle d’accrocher ensemble les autres éléments qui composent, à un moment donné, le collectif. Cela est vrai du CO2 qui réchauffe l’atmosphère globale par sa diffusion dans l’air ; des oiseaux migrateurs qui transportent de nouvelles formes de grippe ; mais cela est vrai aussi, nous le réapprenons douloureusement, du coronavirus dont la capacité à relier « tous les humains » passe par le truchement apparemment inoffensif de nos divers crachotis. A globalisateur, globalisateur et demi : question de resocialiser des milliards d’humains, les microbes se posent un peu là ! »

Il cite l’exemple d’un fleuriste hollandais face à la crise de pandémie :

« Par exemple, l’autre jour, on présentait à la télévision un fleuriste hollandais, les larmes aux yeux, obligé de jeter des tonnes de tulipes prêtes à l’envoi qu’il ne pouvait plus expédier par avion dans le monde entier faute de client. On ne peut que le plaindre, bien sûr ; il est juste qu’il soit indemnisé. Mais ensuite la caméra reculait montrant que ses tulipes, il les fait pousser hors-sol sous lumière artificielle avant de les livrer aux avions cargo de Schiphol dans une pluie de kérosène ; de là, l’expression d’un doute : « Mais est-il bien utile de prolonger cette façon de produire et de vendre ce type de fleurs ? ».

Il en appelle donc à profiter de cette crise pour réfléchir à l’après, à l’indispensable, à l’utile dans le cadre de la contrainte écologique.

Je ne peux citer tout l’article mais les 6 questions avec lesquels il le finit et qui s’adresse à chacun de nous :

Un outil pour aider au discernement

Comme il est toujours bon de lier un argument à des exercices pratiques, proposons aux lecteurs d’essayer de répondre à ce petit inventaire. Il sera d’autant plus utile qu’il portera sur une expérience personnelle directement vécue. Il ne s’agit pas seulement d’exprimer une opinion qui vous viendrait à l’esprit, mais de décrire une situation et peut-être de la prolonger par une petite enquête. C’est seulement par la suite, si vous vous donnez les moyens de combiner les réponses pour composer le paysage créé par la superposition des descriptions, que vous déboucherez sur une expression politique incarnée et concrète — mais pas avant.
Attention : ceci n’est pas un questionnaire, il ne s’agit pas d’un sondage. C’est une aide à l’auto-description*.
Il s’agit de faire la liste des activités dont vous vous sentez privés par la crise actuelle et qui vous donnent la sensation d’une atteinte à vos conditions essentielles de subsistance. Pour chaque activité, pouvez-vous indiquer si vous aimeriez que celles-ci reprennent à l’identique (comme avant), mieux, ou qu’elles ne reprennent pas du tout. Répondez aux questions suivantes :

Question 1 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles ne reprennent pas ?

Question 2 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît nuisible/ superflue/ dangereuse/ incohérente ; b) en quoi sa disparition/ mise en veilleuse/ substitution rendrait d’autres activités que vous favorisez plus facile/ plus cohérente ? (Faire un paragraphe distinct pour chacune des réponses listées à la question 1.)

Question 3 : Quelles mesures préconisez-vous pour que les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs qui ne pourront plus continuer dans les activités que vous supprimez se voient faciliter la transition vers d’autres activités ?

Question 4 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles se développent/ reprennent ou celles qui devraient être inventées en remplacement ?

Question 5 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît positive ; b) comment elle rend plus faciles/ harmonieuses/ cohérentes d’autres activités que vous favorisez ; et c) permettent de lutter contre celles que vous jugez défavorables ? (Faire un paragraphe distinct pour chacune des réponses listées à la question 4.)

Question 6 : Quelles mesures préconisez-vous pour aider les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs à acquérir les capacités/ moyens/ revenus/ instruments permettant la reprise/ le développement/ la création de cette activité ?

(Trouvez ensuite un moyen pour comparer votre description avec celles d’autres participants. La compilation puis la superposition des réponses devraient dessiner peu à peu un paysage composé de lignes de conflits, d’alliances, de controverses et d’oppositions.)

Je redonne le lien vers l’article : <Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise>

Pendant ce temps, Trump profite de la crise pour enlever encore davantage les contraintes écologiques qu’avaient pu imposer Obama.

Il est à craindre qu’à la sortie de cette crise, les nombreux chômeurs et les entreprise affaiblies ou moribondes seront prêts à relancer la machine économique par tous les moyens et même les moins écologiques.

Mais je crois que fondamentalement Bruno Latour a raison de nous interpeller car cette crise est aussi une opportunité pour nous pour réfléchir et évoluer.

Achetez-vous encore des roses alors que vous savez que celles que vous trouvez chez votre fleuriste assèchent des lacs au Kenya et créent des désastres écologiques ?

Réfléchissez-vous à votre manière de faire du tourisme ?

Beaucoup de solutions finalement dépendent aussi de nous, c’est ce que nous apprend Bruno Latour.

<Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise>

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