Mercredi 15 janvier 2025

« Beaucoup de choses sont improbables, seules quelques-unes sont impossibles ! »
Elon Musk


En 2002, Elon Musk et Peter Thiel vendent « Paypal » à « E Bay » pour une somme de 1,5 milliards de dollars. Lors de cet vente les relations entre les deux hommes vont se détériorer.

Ne perdant pas de temps, cette même année 2002, Musk fonde « SpaceX », un fabricant aérospatial et une société de services de transport spatial. Il en est le PDG.

Le troisième épisode que France Culture lui consacre a pour titre : « De Tesla à Starlink, un serial entrepreneur dans la Silicon Valley »

Cet épisode raconte ce qui se passe deux ans plus tard.

Elon Musk va investir 6,5 millions de dollars dans une modeste entreprise appelée « Tesla » et qui avait été fondée, un an auparavant, par deux passionnés d’énergie durable : Martin Eberhard et Marc Tarpenning.

Pour cette petite société, l’investissement de Musk est énorme, pour ce dernier il ne s’agit que d’une fraction de sa fortune.

Elon Musk va par ses idées révolutionnaires et un marketing forcené rendre cette marque mondialement célèbre.

Il s’agit bien sûr d’un groupe d’informaticiens qui vont créer une voiture technologique qui allie le physique : le châssis, le moteur électrique et le logiciel.

Les constructeurs automobiles, comme Général Motors, ne voient rien venir, ne comprennent pas cette concurrence qui ne vient pas de leur monde.

C’est exactement la même erreur que les grands distributeurs, qui venaient du monde de l’épicerie, ont commis à l’égard d’Amazon de Jeff Bezos qui est la création de logisticiens totalement insérés dans le monde informatique.

Au début Tesla travaille sur un modèle appelé « Roadster » qui est basé sur le châssis de la « Lotus Ellise » qui était une voiture de sport assez peu utilisable pour la route.

Sa batterie au lithium-ion donne au Tesla Roadster une autonomie de 370 km. Elle se recharge en cinq heures. Elle est vendue aux environs de 84 000 euros et Tesla a vendu environ 2 450 Roadsters dans plus de 30 pays (source Wikipedia)

Les débuts sont difficiles…

Elon Musk (PDG de Tesla et SpaceX) décide d’envoyer un Tesla Roadster dans l’espace vers Mars lors du premier vol de la fusée Falcon Heavy. Le lancement, effectué le 6 février 2018, est réussi. La voiture est désormais en orbite autour du soleil, entre la Terre et Mars.

Le second modèle qu’il créera sera une berline luxueuse le « model S » qui sera vendu environ 100 000 $ et qui est commercialisé à partir de juin 2012.

Et après un troisième modèle le « model X » commercialisé aux USA en septembre 2015, Elon Musk voudra démocratiser la voiture électrique en créant le « model 3 » qui est le quatrième modèle et vaudra 35 000 $. Les premiers modèles sortiront en juillet 2017. Le Model 3, initialement moqué pour des problèmes de production, finit par devenir un succès retentissant.

Il sera produit en beaucoup plus grand nombre et le principal lieu de production sera la Gigafactory de Shangaï en Chine.

Tesla Gigafactory Shanghai en 2024

En 2020 est produit le « Model Y » . Il est le cinquième modèle de l’histoire de ce constructeur, et se présente comme une version surélevée du Model 3. En 2023, il devient le modèle le plus vendu en Europe, toutes énergies confondues.

Tesla Model Y

En mars 2020, Tesla avait annoncé la production de la millionième Tesla depuis le lancement de la marque. Il s’agit d’un Model Y de couleur rouge.

Guillaume Erner, grand connaisseur de voiture explique :

« Ce sont des voitures extrêmement performantes, qui vont très vite. […] Il va créer un véritable éco système, un peu de la même façon qu’Apple qui a créé un certain nombre d’objets qui n’existaient pas avant. »

C’est un peu exagéré, la voiture existait avant… Mais une voiture Tesla constitue une véritable rupture avec ce qui existait. Ce qui existait, c’était des voitures avec un ordinateur de bord qui s’y rajoutait. La Tesla est une application informatique qui dirige une voiture. La vocation de l’application informatique est de rendre cette voiture autonome pouvant se passer d’un conducteur humain.

François Saltiel ajoute :

« Posséder une Tesla aujourd’hui, c’est adhérer à un imaginaire. Comme à un moment donné, il fallait avoir un iphone grâce au marketing.
C’est une sorte de communauté. Lorsqu’on roule en Tesla, on appartient à une communauté de gens qui croient au progrès. Avec une bonne conscience du départ.
On parle d’un Elon Musk ecolo, un homme qui faisait des remontrances à Donal Trump parce qu’il ne voulait pas respecter les accords de Paris. »

Je me demande ce que peut penser un authentique « bobo » possédant une Tesla en voyant l’évolution récente d’Elon Musk. Mon ami Jean-Louis m’a raconté qu’il a vu une Tesla garée avec un mot derrière le pare-brise : « Excusez-moi. J’ai acheté cette Tesla avant qu’Elon ne devienne dingue ! ».

Guillaume Erner fait le constat de la rupture de Musk : Tesla est une voiture démocrate, de gens aisés mais conscient de certaines problématiques écologiques. Maintenant Tesla est devenu une icône républicaine qui se matérialise dans un nouveau modèle le « Cybertruck » :

Tesla Cybertruck 2024


« Qu’est-ce que le cybertruck ? C’est un camion, un pickup […] C’est une voiture trumpienne avec des angles acérés.
Vous n’en voyez pas en circulation en France parce qu’elle est tout simplement interdite de circulation en Europe. Elle est considérée comme trop dangereuse pour les piétons.
Je trouve cela très caractéristique. Elle est inspirée de l’univers dystopique de Blade Runner, alors que jusqu’à présent les formes de Tesla étaient plutôt féminines. »

Il s’agit donc d’une voiture viriliste qui résiste aux balles et qui illustre un changement d’idéologie pour Elon Musk et marque un virage vers une mentalité trumpiste et conservatrice.

Les producteurs de Blade Runner ont attaqué Musk en justice en considérant qu’il trahit l’esprit de leur film avec son dernier modèle : « Quand les producteurs de Blade Runner attaquent Elon Musk »

En 2023, Tesla a vendu plus de voitures dans le monde que Renault. Elle reste cependant loin de Toyota : 1,8 millions contre 9,5 millions pour la marque japonaise.

En revanche, dès 2020 Tesla est devenu la 1ère capitalisation automobile mondiale. En Janvier 2025, la capitalisation boursière pour Tesla s’élève à 1.234 Billion d’euros. Cela fait de Tesla la 8ème entreprise la plus précieuse au monde par capitalisation, la première restant Apple.

Elon Musk va continuer à lancer des entreprises innovantes et créer ainsi un empire tentaculaire.

En 2016, Tesla rachète « SolarCity » spécialisée dans les panneaux solaires pour 2,6 milliards de dollars. Elon Musk déclare que la mission de Tesla depuis sa création est « d’accélérer la transition du monde vers une énergie durable »

En 2019, Elon Musk crée « Starlink » fournisseur d’accès à Internet par satellite de la société SpaceX. Il s’appuie sur une constellation de satellites comportant des milliers de satellites de télécommunications placés sur une orbite terrestre basse. Starlink est le premier fournisseur d’internet par satellite à choisir cette orbite car elle permet de diminuer la latence (le temps de réponse) en la faisant passer de 600 ms à environ 20 ms. La constellation est en cours de déploiement depuis 2019 et repose sur environ 6 300 satellites opérationnels mi-septembre 2024. En septembre 2024, Starlink affirme disposer de plus de 4 millions de clients. Pour atteindre ses objectifs commerciaux, SpaceX prévoit de disposer vers 2025 de 12 000 satellites, chiffre qui doit être porté à terme à 42 000. (source wikipedia).

Toujours dans son ambition de privatiser des domaines qui appartenait à la sphère publique et à l’autorité des Etats, il devient un acteur incontournable de l’infrastructure spatiale comme de la collecte des données.

Il mettra à disposition de l’Ukraine son réseau Starlink, au début de l’invasion russe, pour rétablir des communications qui avait été coupées par l’armée de Moscou. A Mayotte, après la dévastation de l’île par le cyclone chido, le premier ministre François Bayrou fera appel à Starlink pour rétablir l’internet sur le département.

Il tentera encore d’autres innovations telles que « Hyperloop » un transport ferroviaire à très grande vitesse, projet de recherche industrielle proposé en 2013, ou « The Boring Company » société de construction de tunnels fondée en 2016.

Ces tentatives n’ont pas encore abouti.

Par exemple, un projet « Hyperloop Lyst », mené avec l’école des Mines de Saint-Étienne, devait permettre de relier Lyon à Saint-Étienne en 10 minutes. Ce projet a été abandonné.

Il fallait trouver un exergue à ce troisième épisode.

Elon Musk est un grand créateur d’aphorisme. J’ai choisi celui qui me semblait le plus en phase avec les faits relatés dans ce mot du jour :

« Beaucoup de choses sont improbables, seules quelques-unes sont impossibles ! »

Je redonne le lien vers le troisième épisode que France Culture a mis en ligne : « De Tesla à Starlink, un serial entrepreneur dans la Silicon Valley »

Mardi 14 janvier 2025

« La mafia paypal ! »
Peter Thiel, Elon Musk, David Sacks et d’autres libertariens issu de Paypal et jouant un rôle d’influence dans la tech

Continuons à nous intéresser au parcours d’Elon Musk jusque dans les bureaux de la Maison Blanche…

Pour le deuxième épisode, France Culture a choisi ce titre : « Elon Musk à l’assaut de l’État »

Dans l’épisode 1, nous avions laissé Elon Musk riche, après avoir vendu sa première Start Up créée avec son frère : Zip2. Nous avons compris que l’argent gagné, il n’allait pas l’utiliser pour s’amuser et payer des loisirs.

Dans la logique de la Silicon Valley, il va utiliser son premier gros gain pour investir dans une nouvelle entreprise : il s’agira d’une plateforme de paiements en ligne qu’il nommera déjà « X », plus précisément « X.com »

François Saltiel explique :

« Il veut déjà court-circuiter le schéma traditionnel pour développer cette entreprise qui va par la suite racheter une jeune pousse qui s’appelle « Paypal ». Et Paypal prendra par la suite le dessus sur X pour devenir ce qui va devenir son premier très grand succès. »

En 2002, Ebay rachètera Paypal pour 1,5 milliards de dollars, ce qui lui permet d’empocher personnellement plus de 180 millions de dollars.

Mais de cette aventure, il ne retire pas seulement de l’argent, c’est aussi une philosophie qui est à l’œuvre. Il s’agit d’une philosophie libertarienne qui vise à réduire le rôle des structures étatiques dans la gestion monétaire.

Il fait partie alors d’un groupe d’entrepreneurs qui partagent l’idée d’une réduction des services publics et souhaitent s’en prendre directement au monopole de l’État, notamment dans le domaine financier.

François Saltiel précise :

« Avec PayPal, c’est la première fois que l’on peut payer, avoir un instrument de paiement qui n’est pas une banque traditionnelle. »
Musk et ses proches transforment leurs idées audacieuses en une révolution économique qui ne dissimule pas ses ambitions politiques. Au fond, il s’agit de préparer la réorganisation de la société autour des nouvelles technologies.

François Saltiel décrit cette révolution ainsi :

« Paypal c’est un « game changer » pour Elon Musk. Il y a un avant et un après Paypal. Lorsqu’il entre dans cet éco système, il fait la rencontre de Peter Thiel. […] Peter Thiel, c’est un investisseur, c’est un des premiers investisseurs de Facebook. Il a beaucoup d’argent. Il est beaucoup plus discret qu’Elon Musk mais il a une énorme influence [dans la silicon valley]. Il est un des chantres du libertarianisme. C’est un transhumaniste. »

Peter Thiel est un des hommes qui comptent le plus dans cet écosystème. Il cofonde « Palantir » dans lequel il joue un rôle essentiel. C’est une entreprise qui fait de l’analyse de données et notamment de données secrètes. Il se sert de l’Ukraine comme un laboratoire d’expérimentation.

Peter Thiel avait étudié la philosophie à l’université Stanford, et se dit très influencé par la pensée de René Girard et sa théorie du désir mimétique. Peter Thiel va soutenir Trump dès 2016.

En 2007, le magazine «Fortune» utilise le terme de « mafia PayPal » en appui d’une photographie montrant un groupe de 13 hommes liés à l’entreprise PayPal et habillés dans des vêtements évoquant des mafieux. Notons qu’Elon Musk est absent de cette photo…

Il n’y a pas que le décor, il y a aussi l’influence grandissante de ces entrepreneurs libertariens sur la tech. Outre Elon Musk et Peter Thiel, on y trouve David Sacks, fondateur de Yammer; Reid Hoffman, fondateur de LinkedIn; Jawed Karim et Chad Hurley, co-fondateurs de Youtube et quelques autres.

Le Figaro publie un article le 6 novembre 2024 : « Elon Musk, Peter Thiel, David Sacks… Comment la «mafia PayPal» a œuvré pour la victoire de Donald Trump » Ce sont eux qui auraient proposé le vice président à Donald Trump : J. D. Vance. Ce dernier présente Peter Thiel comme son mentor.

En 2002, Elon Musk va se lancer dans un nouveau défi : la conquête spatiale. Il crée SpaceX. Son premier objectif est de réduire de manière drastique les coûts des vols spatiaux en devenant le sous-traitant de la Nasa. Peu croit en lui. François Saltiel raconte :

« Tout le monde se moque de lui,  surtout qu’il ajoute : Je vais aller construire mes propres fusées et puis on va coloniser Mars. »

Force est de constater qu’il va réussir à devenir indispensable à la NASA. Le projet concurrentiel de Jeff Bezos « Blue Origin » a pris beaucoup de retard. Sans Space X, la NASA n’est plus en mesure de réaliser ses projets.

Ce constat fait dire à François Saltiel : « ce dingue n’est pas fou ». Il n’est pas fou, mais il est peut être dangereux.

Il a beau être libertarien, le succès de SPace X repose quand même sur beaucoup de subventions versées par l’Etat honni.

En revanche, il rempli l’objectif de diminuer les coûts, même si cela doit entraîner une augmentation du risque. Trump l’embauche pour essayer de réaliser les mêmes performances dans l’Administration fédérale.

En conclusion, François Saltiel, caractérise l’homme d’affaire comme l’incarnation du « technosolutionnisme ». Cette hypothèse prétend que si les ressources de la planète sont limitées, l’homme parviendra toujours à repousser ses frontières grâce à la technologie.

Je redonne le lien vers ce deuxième épisode : « Elon Musk à l’assaut de l’État »

Lundi 13 janvier 2025

« Je pourrais m’acheter une île dans les Bahamas, mais créer des nouvelles entreprises m’intéresse beaucoup plus ! »
Elon Musk, en 1999, après avoir vendu sa première Start up

Faut-il en rire ou au contraire s’en inquiéter, voire avoir réellement peur ?

Donald Trump veut récupérer la souveraineté sur le canal de Panama, acheter le Groenland et convaincre les canadiens à devenir le 51ème État des États-Unis…

Et, Elon Musk comme l’homme qu’il soutient parle et écrit à tort et à travers, dans son soutien aux extrêmes-droite en Europe, dans sa volonté de tout déréguler et d’entrer dans un monde où seule la loi du plus fort et du plus riche s’imposera.

Les États-Unis sont sur le chemin de renforcer leur « Ploutocratie ». La ploutocratie est un système de gouvernement où la richesse est la base du pouvoir politique
Les professeurs de droit ont multiplié les mots et les définitions pour expliquer l’organisation du pouvoir.

L’Iran est une « théocratie » fondée sur des principes religieux. La Chine est soit une « oligarchie » si on considère qu’elle est dirigée par le Comité permanent du bureau politique du Parti communiste chinois ou une « autocratie » si on se persuade que le pouvoir est entre les seuls mains de Xi Jinping.

Mais revenons à la ploutocratie américaine. Dans l’émission de la 5 « C à Vous » du 7 janvier 2025, le journaliste Philippe Corbe, spécialiste des États-Unis a fait le constat suivant :

« En janvier 2024, la fortune d’Elon Musk était d’environ 251 Milliards de dollars (selon Forbes), il était déjà l’homme le plus riche du monde. Il est en ce début d’année 2025 à 418 Milliards de dollars. […] Dans l’Histoire de l’humanité, il n’y a jamais existé un homme aussi riche. »

Cette augmentation de la fortune s’explique par une valorisation maximale des valeurs boursières de Musk dû au fait que les investisseurs et les spéculateurs parient que maintenant que Musk est au cœur du pouvoir fédéral, les multiples contrats qui le lient avec l’État fédéral des Etats-Unis, vont encore s’épanouir davantage.

Si les actions de Musk peuvent se valoriser aussi rapidement, il est tout à fait rationnel de prévoir qu’elles peuvent se dévaloriser dans les mêmes proportions, tout aussi rapidement.

Toutefois, il semble bien qu’il se sente aujourd’hui très fort, quasi invulnérable et se donne le droit donc d’intervenir sur n’importe quel sujet et de traiter le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, de « girl ». Ainsi a-t-il écrit sur son réseau social mercredi 8 janvier à 9:58 :

« Girl, you’re not the governor of Canada anymore, so doesn’t matter what you say »— Elon Musk (@elonmusk)

Ce que la presse québécoise a traduit : « Chérie, tu n’es plus le gouverneur du Canada, donc ce que tu dis, nous importe peu ».

Il attaque le premier ministre britannique et quand celui-ci veut rétablir la vérité, Musk l’accuse de « tenir des propos insensés » puis le qualifie de personne « totalement méprisable ».

Lors de la même émission de « C à Vous » Alain Duhamel, me semble avoir bien décrit Musk et Trump :

« On a l’impression, qu’il y a un génie un peu fou et un fou dont on se demande s’il est génial »

Il me semble donc nécessaire d’en savoir un peu plus sur cet homme né le 28 juin 1971 à Pretoria, dans une famille blanche aisée vivant dans une Afrique du Sud sous le joug de l’apartheid. Nelson Mandela est en prison depuis 9 ans et le restera encore pendant 19 ans.

« France Culture » a produit une série de 4 podcasts, de 15 minutes chacun, qui retrace le parcours de cet homme.

Pour ce faire, Guillaume Erner a interrogé François Saltiel, producteur de « Un monde connecté » sur France Culture.
Le premier épisode s’intitule : « de l’enfant harcelé à l’étudiant rebelle de Stanford »

François Saltiel raconte :

« Il est né au moment de l’apartheid, dans un contexte assez violent. Son père est un ingénieur assez fortuné et sa mère une mannequin canadienne. Le fait que sa mère soit canadienne est important dans sa trajectoire. »

Il a une enfance assez difficile. Il est petit et chétif et il est victime d’harcèlement.

François Saltiel poursuit :

« On se moque de lui. Là on a déjà la faille. […] Il y aura une quête de l’enfant humilié qui cherche à se venger. »

Il semble qu’il aurait intégré assez vite qu’il ne peut s’en remettre qu’à lui-même. Il fera des stages de survivaliste où son père l’avait inscrit. Pendant ces stages, la nourriture était insuffisante et on incitait les plus forts de dérober la nourriture des plus faibles. Et Musk était un des plus faibles, il s’est fait avoir plusieurs fois. Il a alors décidé de devenir sportif, de boxer et de faire d’autres sports de combats et de se complaire dans le virilisme.

En 2023, lors d’un conflit avec Marc Zuckerberg, patron de Facebook, il lui a proposé de faire un combat de MMA. Zuckerberg pratique aussi les arts martiaux mixtes (MMA). Ce combat n’aura pas lieu.

Selon François Soltiel, il sera totalement en phase avec la mentalité méritocratique de la Silicon Valley : seul ceux qui le méritent peuvent survivre et s’élever. Il en tirera des règles violentes de management en pointant du doigt ceux qui n’y arrivent pas et en agissant quelquefois au mépris de la loi.
Pour en revenir à l’enfance, il sera décrit comme un enfant supérieurement intelligent. Dès 10 ans il se passionne pour l’informatique et à douze ans, il aurait vendu son premier jeu vidéo pour 500 dollars.

Mais François Soltiel nous met en garde d’adhérer trop vite à ce qu’il considère comme un storytelling. Plus nuancé il dira :

« Il s’est auto-diagnostiqué asperger. On est en face d’un enfant qui est assez seul, qui va développer des compétences et se réfugier dans la science-fiction. Il est un grand lecteur d’Asimov et de K. Dick. La plupart de ses entreprises vont naître de ses lectures. »

Selon son biographe, les relations entre Elon Musk et son père sont très mauvaises. Il le voit comme un père violent. Ses parents vont divorcer assez tôt.

Il va quitter l’Afrique du Sud à 17 ans, parce qu’il veut échapper au service militaire. Il émigre au Canada après avoir acquis la nationalité canadienne grâce à sa mère canadienne. En réalité il veut aller aux États-Unis, patrie de ses romans de science-fiction, mais il pense que par le Canada ce sera plus facile.

Il va passer deux ans au Canada et fera des études de Physique et d’Économie et pratiquera quelques petits boulots, à côté. Son père lui coupe les vivres

Puis du Canada il pourra se rendre à l’Université de Pennsylvanie à Philadelphie et obtiendra un bachelor de physique et continuera ses études d’économie.

Puis il sera admis en 1995 dans une des plus prestigieuses universités : Stanford

François Saltiel raconte :

« Stanford, c’est l’université de la Silicon Valley qui est au cœur de cet eco-système. C’est à Stanford qu’est né Google. […] Elon Musk va se distinguer en ne restant que deux jours à un moment où il voit Internet monter et il se dit je n’ai pas besoin de suivre ces études. Je vais quitter Stanford pour monter ma première entreprise. »

Et c’est ainsi qu’en 1995, Elon Musk fonde avec son frère la compagnie Zip2, éditeur d’un logiciel de publication de contenu en ligne. Ses principaux clients seront les gros titres de la Presse américaine. Cette même Presse qui est aujourd’hui son grand ennemi.

En 1999, Compaq acquiert Zip2 pour 341 millions de dollars. Elon Musk et son frère Kimbal possèdent alors environ 12 % de Zip2. Elon Musk y gagne 22 millions de dollars, ils avaient investi, 4 ans auparavant avec son frère, 28 000 $.

Dans un reportage de CNN de 1999, on entend Elon Musk dire :

« L’agent c’est juste du papier. […] Je pourrais m’acheter une île dans les Bahamas, mais créer des nouvelles entreprises m’intéresse beaucoup plus. »

François Saltiel conclut ce premier épisode :

« Elon Musk est un personnage fascinant. On peut être inquiet par ses idées. Mais tout le monde lui reconnaît sa capacité d’être là au bon moment, au bon endroit et dans le juste timing. […] Il va toujours anticiper ce que sera la prochaine révolution technologique. »

 

Mardi 7 janvier 2025

« Je suis toujours Charlie »
C’est une profession de foi

Je me souviens exactement de l’endroit où j’étais, il y a dix ans, vers midi, quand j’ai eu les premières informations qu’il s’était déroulé un massacre effroyable à Paris, dans les locaux de Charlie Hebdo.

J’étais rue du Sergent Michel Berthet, dans le 9ème arrondissement de Lyon, en face de l’immeuble Fiducial et j’attendais ma fille car nous avions rendez vous pour aller ensemble au restaurant.

Nous nous souvenons avec précision des moments où nous avons été sidérés : le 11 septembre 2001, les attentats du 13 novembre 2015 et cette journée du 7 janvier 2015 qui allait être suivie par deux autres jours pendant lesquels des tueries allaient avoir lieu d’abord à Montrouge (Hauts-de-Seine), Clarissa Jean-Philippe, 26ans, policière, était tuée d’une balle dans le dos. Puis vendredi 9 janvier, quatre personnes étaient encore tuées dans l’attaque de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes : Yohan Cohen, 20 ans, Philippe Braham, 45 ans, François-Michel Saada, 63 ans, Yoav Hattab, 21 ans.

Tout de suite je me suis senti Charlie et je n’ai pas compris que d’autres osent dire qu’ils n’étaient pas Charlie. Je lisais très rarement ce journal, son humour n’était pas le mien. Mais il n’est pas admissible, qu’en France on puisse être tué parce qu’on a fait un dessin ou écrit un texte. Je me souviens d’une enfant à l’époque qui avait dit : « Quand on n’aime pas un dessin, on ne tue pas, on en fait un plus jolie. ». Dans la naïveté de ces propos  se révèle une grande sagesse.

Nous parlons de liberté, de liberté d’expression. Nous parlons de l’obscurantisme prôné par des adeptes religieux figés dans des interprétations archaïques de leurs textes « sacrés ». Je ne conçois pas qu’on puisse manifester la moindre faiblesse à leur égard.

Dessin de Coco dessinatrice de Charlie Hebdo rescapée des massacres

Où en sommes nous aujourd’hui ?

Elisabeth Badinter dans un article de l’Express : « Dix ans après l’attentat contre Charlie, je pense que la peur l’a emportée » est très pessimiste :

« Je pense que la peur l’a emporté. La peur, d’abord, de ce qu’il peut en coûter physiquement, pour sa vie, quand on prend la parole sur ces sujets-là, et je pense bien sûr aux morts de Charlie mais aussi à Samuel Paty, décapité à la sortie de son collège.
Les réseaux sociaux jouent un rôle délétère, car on sait désormais comment un « bad buzz » peut se former et grossir jusqu’à atterrir dans le téléphone d’un candidat au djihad.
Notre actualité est émaillée d’affaires comme celles du proviseur du Lycée Maurice Ravel, à Paris, menacé de mort après avoir demandé à une élève d’enlever son voile dans l’enceinte de l’établissement. Ces affaires-là ne peuvent que confirmer la peur qu’a la majorité de parler.
S’ajoute une autre crainte : celle d’être pointé du doigt comme appartenant au « mauvais camp »; de se faire traiter de raciste, d’islamophobe, etc. Alors, il y a quand même encore très peu de gens qui parlent. A part, bien sûr, dans le secret des conversations en famille ou entre amis.

Cette dichotomie totale entre la conversation publique et la parole privée n’est pas un signe de santé démocratique. »

Je pense qu’Elisabeth Badinter a raison nous avons reculé, beaucoup d’auto-censure a été pratiquée d’abord par ceux qui ont simplement peur « des fous de dieu ». On se souvient de ses parents qui se sont mobilisés pour que leur collège ne porte pas le nom de Samuel Paty.

Mais plus insidieusement, beaucoup se taisent parce qu’ils ont peur d’être classés parmi les racistes et les islamophobes.  Et c’est ainsi que les islamistes gagnent du terrain.

Pour ma part, et sur ce sujet précis je serai toujours du côté de ceux qui dénoncent les ravages de la lâcheté et du renoncement devant les rétrogrades et les groupes religieux qui nous entraînent dans une régression inouïe dans nos libertés et aussi dans l’enseignement de l’Histoire dans nos Collèges comme le pratiquait Samuel Paty et Dominique Bernard . Je serai du côté des journalistes de Charlie Hebdo, de Gilles Kepel, de Caroline Fourest, de Sophia Aram ou de l’avocat Richard Malka et résolument contre ceux qui les traitent d’islamophobe. Richard Malka l’avocat de Charlie Hebdo lors du procès des attentats a plaidé : 


« C’est notre faiblesse qui donne à nos ennemis leur marche d’action. C’est un rapport de force avec le fait religieux, ça sera toujours un rapport de force. C’est comme ça… Le meilleur moyen de ne pas avoir d’attentat, c’est de montrer qu’ils n’obtiendront rien, jamais ! Pas un seul recul, pas un seul renoncement. C’est ça leur kérosène, en fait, ce sont nos renoncements, c’est ça l’huile de leur moteur.»

Dans un article publié hier le 6 janvier, dans Libération :  « Le billet de Thomas Legrand  », évoque l’inoubliable Bernard Maris qui a fait partie des victimes du massacre de Charlie Hebdo.

Outre, d’être un économiste humaniste qui expliquait avec humour et pédagogie les perversions qui se cachant derrière les concepts claironnés par ses confrères, Bernard Maris avait une autre passion : Maurice Genevoix et le projet de sa panthéonisation.

Il était l’époux de la fille de l’écrivain, Sylvie Genevois, jusqu’à la mort de cette dernière en 2012. Il avait créé un mouvement de soutien et il a obtenu la panthéonisation du romancier de la grande guerre. Thomas Legrand écrit :

« Les monstruosités de 14-18 qui fascinaient Bernard l’ont rattrapé. Les attentats, la folie jihadiste sont aussi (les historiens le disent) de lointaines répercussions des dérèglements géopolitiques issus de 1918, avec le tracé par les Français et les Anglais de frontières artificielles au Levant…
Peu avant l’annonce, au printemps 2015, de la panthéonisation de Genevoix, Bernard Maris mourait sous les balles des terroristes. […]
Aujourd’hui, quand je me souviens de Bernard, mon compagnon de matinale de radio, je comprends mieux ces mots «nos morts» qui me paraissaient avant l’attentat contre Charlie un brin cocardiers, inutilement grandiloquents ou même suspects de récupération, sur les monuments du souvenir des communes françaises. Il y a bien autre chose que l’aspect sacrificiel, morts pour la cause. D’autant que Bernard, comme Cabu ou Charb, fan de Brassens, était plutôt du genre à vouloir «mourir pour des idées, mais de mort lente».
Non, nos morts, ce sont aussi ceux qui, disparus, nous accompagnent toujours, sont à nous. […] «A nos morts», dans chaque village, c’était la famille, les voisins, les copains… Je vois maintenant ce que cette expression «nos morts» signifie et a d’utile pour les vivants.
Nous, nous avons Bernard et ceux de Charlie, nos morts.»

Et dans cette liste de nos morts je n’oublierai pas Samuel Paty, Dominique Bernard et les autres victimes de cette barbarie qui a débarqué sur notre sol et que nous devons résolument affronter.

Jeudi 2 janvier 2025

« Je te souhaite du temps »
Elli Michler

Elli Michler est une poétesse allemande. Elle est née le 12 février 1923 et elle est morte il y a un peu plus de 10 ans, le 18 novembre 2014.

Le début de l’année est le moment des vœux.

Plus l’âge avance, plus je perçois combien le temps est précieux.

Lors de l’hommage à mon ami Fabien, le 23 juillet 2024, j’écrivais que l’immense cadeau que nous nous offrions l’un à l’autre, deux fois par an, c’était du temps.

On court après le temps, on perd son temps, on tue le temps en l’occupant mollement par des activités ludiques, parfois on gâche son temps pour faire des économies de bout de chandelles lors de cette activité si prégnante dans le monde d’aujourd’hui : la consommation.

Lors du mot du jour, du 2 juillet 2020, j’avais cité José Mujica, président de l’Uruguay de 2010 à 2015 :

« Quand j’achète quelque chose, quand tu achètes toi, on ne le paye pas avec de l’argent. On le paye avec du temps de vie qu’il a fallu dépenser pour gagner cet argent. »

Nous sommes bien obligés de pratiquer des activités utilitaires, mais au-delà, le temps est une denrée rare qu’il faut penser à savourer.

Photo prise par James Webb et finalisée le 27 novembre 2024. Cette photo correspond à une réalité qui date de 40 millions d’années Elle nous donne peut être une image du temps suspendu…

Le télescope spatial James Webb nous montre cette galaxie spirale située dans la constellation de la Colombe à 40 millions d’années-lumière. Les bras spiraux, le gaz et la poussière sont visibles avec d’incroyables détails.

Si vous voulez voir cette photo en haute résolution c’est <Ici>

Elli Michler a écrit un texte magnifique que je partage aujourd’hui, pour cette période de vœux.

«Je te souhaite du temps
Je ne te souhaite pas un simple cadeau, mais quelque chose de bien plus précieux,
quelque chose que tant de gens recherchent sans jamais le trouver.

Je te souhaite du temps.
Du temps pour rire, pour t’émerveiller, pour te perdre dans la douceur de l’instant.
Si tu sais l’apprivoiser, il t’offrira bien plus que tu ne l’imagines.

Je te souhaite du temps pour créer,
pour rêver et pour réfléchir.
Pas seulement pour toi, mais aussi pour ceux que tu aimes.

Je te souhaite du temps,
non pas pour courir après,
mais pour ralentir,
pour te poser là où ton cœur se sent en paix.

Je te souhaite du temps, non pas pour qu’il s’efface au fil des heures,
mais pour qu’il te reste, pour que tu puisses t’arrêter et contempler le monde,
pour que tu prennes le temps d’avoir confiance,
non pas en l’aiguille d’une montre, mais en la vie elle-même.

Je te souhaite du temps pour effleurer les étoiles,
pour grandir, non pas seulement en âge,
mais en force, en tendresse, en toi.

Je te souhaite du temps pour espérer encore,
même lorsque tout semble vaciller.
Du temps pour aimer, car il n’y a pas de plus belle manière de le vivre.

Je te souhaite du temps pour faire la paix avec le passé,
pour ouvrir tes bras à ce qui vient,
et pour pardonner, à toi-même comme aux autres.

Je te souhaite de recevoir le temps comme on reçoit un trésor,
de le savourer, non pas comme une chose à posséder,
mais comme un souffle à embrasser.

Je te souhaite du temps,
pour vivre, pleinement, intensément, librement.
Je te souhaite du temps, pour ta vie et pour la Vie.»
Elli Michler

Je ne connaissais pas Elli Michler avant de lire ce poème, son poème le plus célèbre.

Elle est née à Wurtzbourg, en Allemagne, pendant une période difficile économiquement et politiquement. Écolière, elle assiste à la destruction par les nazis de son école religieuse.
Elle vivra sous le joug nazi pendant toute la guerre, dans la terreur et le travail forcé dans un groupement industriel de Wurtzbourg.

Elle écrira toute sa vie, mais ce n’est que tardivement, à l’âge de 64 ans qu’elle commencera à publier chez Don Bosco Verlag Munich de nombreux recueils de poèmes. C’est sur le site de « cet éditeur » que j’ai appris ce que je suis en mesure d’écrire.
Elle obtiendra un véritable succès populaire en Allemagne.

L’éditeur écrira aussi :

« L’œuvre d’Elli Michler répond ainsi aux trois exigences que Kästner attribue aux poètes :
– l’honnêteté du ressenti,
– la clarté de la pensée
– la simplicité du mot et de la phrase.

La réponse de Schopenhauer à la question de ce qu’est un poème – « un fragment d’éternité dans le temps » – a inspiré Elli Michler dans sa volonté d’aider les hommes en proie à un négativisme ambiant à se libérer de leurs peurs et de la frénésie du quotidien en leur offrant, à travers la poésie, des perspectives de tranquillité intérieure, ainsi qu’une approche positive. »

Je vous souhaite une belle année 2025, pendant laquelle vous prendrez du temps pour vivre, pour la vie, pour votre vie et aussi pour le partage avec d’autres qui sauront prendre ce même temps.

Lundi 30 décembre 2024

« J’ai voulu, en ouvrant les portes de ce procès le 2 septembre dernier, que la société puisse se saisir des débats qui s’y sont tenus. »
Gisèle Pelicot

Après quatre mois d’audiences, La cour criminelle du Vaucluse a rendu son verdict dans le procès des viols de Mazan, le19 décembre 2024.

Ce fut un procès historique en raison du nombre d’accusés, des conditions dans lesquelles ces crimes ont été commis et aussi parce que la victime n’a pas demandé le huis clos des débats et a accepté que des journalistes du monde entier puissent assister aux audiences et voir les viols filmés par le mari de la victime.

Après le refus par Gisèle Pelicot du huis clos, « le nouvel obs » a compté 165 médias dont 76 médias étrangers qui ont suivi le procès. Les derniers jours à l’approche du verdict, des médias s’accréditaient encore.

Je crois que les informations qui ont été diffusées pendant ces quatre mois ont été si répandues qu’il n’est pas nécessaire de rappeler les faits. Si besoin, ils sont précisément décrits dans cette page de de Wikipedia : « Affaire des viols de Mazan ».

La plupart des journaux ont créé une page spécifique regroupant tous les articles sur ce procès. Le nouvel obs a publié les comptes rendus pour chacune des audiences ainsi que des articles de fond écrits par ses journalistes. La plupart sont en accès libre : « Le procès des viols de Mazan »

Il est donc possible d’aller directement aux enseignements que nous apportent cette affaire hors norme et selon la volonté de Gisèle Pelicot de se saisir des débats pour comprendre et faire évoluer notre société.

Ce mot du jour va modestement tenter de faire une partie du chemin, sans être en mesure d’aborder tous les sujets.

Pour commencer, il me semble quand même, essentiel de rappeler que tous les accusés ont été déclarés coupables et ont été condamnés à de la prison, au minimum 1 an ferme et 2 ans de sursis qui s’appliqueront immédiatement en cas de récidive. En outre tous ont été condamnés à poursuivre des soins. Dès lors les journalistes qui ont écrit que certains sont « repartis libre à l’issue du procès » au minimum manquent de précisions. Ce qu’il aurait fallu énoncer c’est que tous ont été condamnés à de la prison, mais que certains ayant déjà purgé leur temps de peine en préventive lors de l’enquête, n’ont pas été incarcérés.

Le premier enseignement de ce procès nous met face à un récit erroné de la réalité des viols. On nous a raconté que le viol se passait dans un parking dans lequel un prédateur sexuel inconnu se jetait sur une femme pour la violer sous contrainte. Cela pouvait se passer la nuit, dans une rue obscure, une femme seule agressée par un inconnu.

Ces histoires existent, mais 91% des viols sont commis par un proche. Le plus souvent dans le cadre familial. D’ailleurs, 45 % des agresseurs sont le conjoint ou ex-conjoint. La cellule familiale qui a vocation à protéger ses membres est le lieu le plus dangereux pour les femmes et aussi pour les enfants. C’est là, dans ce huis clos que les crimes sexuels les plus horribles sont commis.
Le deuxième enseignement est celui de la faillite d’un argument et d’un concept : « le bon père de famille ». Il n’a jamais pu faire cela, c’est un bon père de famille…
Un article du monde présente cette « disqualification définitive des « bons pères de famille ». Cet article cite l’essai de Rose Lamy « En bons pères de famille » (Lattès, 2023 et s’appuie sur une interview pour expliquer :

« Selon Rose Lamy. « Dans cette fiction sociale [du bon père de famille], ajoute-t-elle, les hommes violents, ce sont toujours les autres, les monstres, les fous, les étrangers, les marginaux. » D’un côté, les bons pères de famille, qui, certes, parfois, dérapent, étant « trop amoureux, trop lourds, trop malheureux, trop séducteurs, trop bourrés, trop jaloux, mais, croyez-les sur parole, jamais violents » ; de l’autre, les vrais monstres, qui agressent à la nuit tombée.
C’est sans doute cette distinction qui explique les mots de l’un des avocats des accusés du procès de Mazan, Louis-Alain Lemaire, assurant sans sourciller que ses clients sont « tout sauf des violeurs ».

Peut être est-il plus fort encore de citer Gisèle Pelicot lors de l’audience du 23 octobre lorsqu’elle interpelle son ex mari :


« Dominique, nous avons eu cinquante ans de vie commune, nous avons été heureux et comblés, nous avons eu trois enfants, sept petits-enfants, tu as été un père attentionné, présent, je n’ai jamais douté de ta confiance. Je me suis souvent dit : Quelle chance j’ai de t’avoir à mes côtés. […] Cela fait quatre ans que je prépare le procès et je ne comprends toujours pas comment cet homme qui était pour moi l’homme parfait a pu en arriver là, comment ma vie a basculé. » Elle élève la voix :
« Comment as-tu pu me trahir à ce point ? Comment as-tu pu faire entrer tous ces individus chez nous, dans ma chambre à coucher ? Cette trahison est incommensurable. J’ai toujours essayé de te tirer vers le haut, tu as choisi les bas-fonds de l’âme humaine. »


Et par la suite devant les témoignages des proches des accusés, elle leur renvoie :

« Je voudrais faire remarquer à ces femmes, ces mamans, ces sœurs, qui toutes parlent de leur mari, leur père, leur frère comme d’un homme exceptionnel : j’avais le même à la maison ! »


« Libération » parle de « l’effrayante banalité des 50 accusés », Dominique Pelicot étant traité à part.

Le troisième enseignement est celui de la soumission chimique qui semble se développer de plus en plus. Et dans ce crime c’est encore plus souvent un proche qui utilise cette manipulation. La députée Sandrine Josso qui a fait elle-même l’objet d’une soumission chimique par un collègue l’explique sans détour : « On est le plus souvent drogué par un proche »

Cette député préconise d’établir un parcours fléché de soins pour les personnes estimant avoir été droguées. Car cette réalité est encore très méconnue par les victimes et aussi par les professions médicales qui devraient être formées à détecter les cas de soumission chimique. Gisèle Pélicot a consulté de nombreux médecins car elle avait des pertes de mémoire, au point que ses proches pensaient à un cas d’Alzheimer précoce. Aucun médecin n’a eu l’idée d’une drogue et par conséquent de prescrire une analyse

Le quatrième enseignement est celui du retard français concernant le consentement. Beaucoup de législation des pays comparables à la France, la Belgique, le Canada ont lié le viol à l’absence de consentement.

D’ailleurs La France a signé la convention d’Istanbul de 2011 qui fait ce lien, mais pour l’instant le droit positif français n’a pas réalisé cette évolution. L’article du Code pénal qui définit le viol est l’article 222-23 :

« Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, ou tout acte bucco-génital commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. »

Lors du procès de Mazan, le viol était caractérisé par « la surprise » qui ne pouvait être discuté.

Mais la Justice française a aggravé son cas. Dans un jugement de 2018 qui concernait des accusations contre Gérald Darmanin qui était alors ministre du budget, il est écrit :

« Le défaut de consentement ne suffit pas à caractériser le viol. Encore faut-il que le mis en cause ait eu conscience d’imposer un acte sexuel par violence, menace, contrainte ou surprise ».

Pourtant à chaque interrogatoire, le président de la cour criminelle du Vaucluse a demandé : « Avez-vous d’une manière ou d’une autre recueilli le consentement de Mme Pelicot ? » Et systématiquement l’accusé répondait non. Ils ne l’ont pas recueilli, ils n’ont pas cherché à le faire. Certains ont même dit ne pas avoir cherché à voir son visage.

La journaliste Céline Rastello a expliqué :

« Et il y a un phénomène qui est très intéressant, qui est que depuis l’affaire, depuis le procès Pelicot, il y a beaucoup de femmes qui nous ont confié relire leur histoire passée à l’aune de cette notion et elles sont nombreuses à se demander si elles avaient vraiment consenti.

Est-ce qu’elles n’avaient pas plutôt cédé pour de mauvaises raisons ? Ou est-ce qu’elles ne s’étaient pas réellement interrogées ? […]

Il y a cette idée forte aussi dans le consentement qu’on commence à voir émerger, mais qui est une notion très nouvelle qui est qu’on ne donne pas son consentement une bonne fois pour toutes, on ne donne pas son consentement en entrant dans la chambre de quelqu’un. Son consentement, on le donne pour des choses spécifiques.

Prosaïquement, ce n’est pas parce qu’on est toute nue dans le lit de quelqu’un qu’on a donné son consentement pour les cinq prochaines heures à venir. Ça dépend de ce qui va se passer, ce consentement, il est révocable et il est spécifique. Et ça, ce sont des choses nouvelles qui commencent à être connues encore une fois dans le cerveau des gens.»

Le cinquième enseignement découle directement du consentement : le viol conjugal.

Pendant longtemps cette notion, dans un univers patriarcal, de domination masculine et de prédominance du désir sexuel masculin n’était pas envisagé.

L’historienne Aïcha Limbada, autrice de l’essai « La nuit de noces, une histoire de l’intimité conjugale » rappelle que la notion prégnante était plutôt celle du devoir conjugal. Le viol conjugal constitue une notion beaucoup plus récente qui repose entièrement sur la nécessité du consentement.
Chaque homme doit faire son introspection et remettre sur le métier ses croyances, son éducation pour parvenir à intégrer cette réalité : ce n’est pas parce que je vis en couple avec une femme ou un homme, et le mariage ne change rien à cela, qu’il ne faut pas s’assurer du consentement de son partenaire avant tout ébat sexuel.

Je m’arrêterais provisoirement à un sixième enseignement alors qu’il en existe encore d’autres : L’avocat a une obligation éthique dans son action de défendre.

Longtemps j’ai cru, que l’avocat avait tous les droits pour défendre son client. L’avocate de Dominique Pelicot, Me Béatrice Zavarro a été remarquable de ce point de vue. Elle a défendu son client sans jamais agresser la victime ou remettre en cause ses paroles. D’autres avocats ont franchi toutes les limites, en déclarant qu’« il y a viol et viol », en croyant percevoir des mouvements de bassin de Giséle Pelicot dans les vidéos projetées, laissant entendre un début de participation au viol ou d’autres vilenies encore.

Or, grâce à ce procès j’ai appris que les avocats étaient tenus de se conformer à un code déontologie. Or voici ce qu’on peut lire dans l’article 3 de ce code :

« L’avocat exerce ses fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité, dans le respect des termes de son serment.
Il respecte en outre, dans cet exercice, les principes d’honneur, de loyauté, d’égalité et de non-discrimination, de désintéressement, de confraternité, de délicatesse, de modération et de courtoisie. »


Probité, dignité, humanité et délicatesse… Force est de constater que certains se sont beaucoup éloignés de cette éthique.

Pour terminer, il me semble pertinent de redonner la parole à cette femme admirable qui s’est tenue debout devant ceux qui l’ont violée et qui a fait changer la honte du camp de la victime vers celui des criminels. Elle a dit lors de l’audience du 23 octobre :

« J’ai choisi de renoncer au huis clos car j’ai voulu que toutes les femmes victimes de viols, pas seulement sous soumission chimique, puissent se dire “Madame Pelicot l’a fait, on pourra le faire” […]. Je voulais qu’elles n’aient plus honte. Quand on est violée, on a honte. Mais ce n’est pas à nous d’avoir honte. C’est à eux d’avoir honte. Je n’exprime ici ni ma colère ni ma haine, seulement ma volonté et ma détermination à ce qu’on fasse évoluer la société. »

C’est avec un courage et une lucidité incroyable qu’elle s’est avancée à la barre et devant tous ces hommes accusés de viol aggravé sur elle, elle a oublié son cas personnel pour parler de l’avenir :

« Voilà, pour moi le mal est fait, mais je le fais pour les autres parce que j’aurais souhaité pouvoir entendre un tel témoignage. Ça m’aurait aidé si ça avait été le cas. »

Dans sa prise de parole, à l’issue de l’énoncé du verdict à l’égard des 51 accusés, elle a conclu :

« J’ai voulu, en ouvrant les portes de ce procès le 2 septembre dernier, que la société puisse se saisir des débats qui s’y sont tenus. Je n’ai jamais regretté cette décision. J’ai confiance à présent en notre capacité à saisir collectivement un avenir dans lequel chacun, femme et homme, puisse vivre en harmonie, dans le respect et la compréhension mutuelle. Je vous remercie. »

Mardi 17 décembre 2024

« Et à la fin ce sont les islamistes qui gagnent ! »
Réflexion suite à la victoire des islamistes sur Bachar El Assad

Cette histoire commence en 1979. Je l’avais raconté dans la série consacrée au livre d’Amin Maalouf : « Le naufrage des civilisations. ». La révolution iranienne nous paraissait ouvrir un horizon radieux. Autour du vieux barbu assis en tailleur sous un pommier, à Neauphle le Château, il y avait plusieurs hommes sympathiques qui parlaient de liberté, de justice, de droits de l’homme. Très rapidement, ils seront balayés, tués, emprisonnés ou contraints à l’exil. Le vieux barbu n’était pas sage, il était islamiste d’obédience chiite : « Vous ne pouvez pas comprendre ».

En 1979, il y eut un autre évènement : l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique pour consolider un pouvoir communiste aux abois. Car différentes ethnies, regroupées autour de chefs de guerre ne voulaient pas que le communisme remettent en cause leurs traditions locales et leur religion. musulmane. Nous savons maintenant que le secrétaire d’état américain Zbignizw Brzezinski, dit « Zbig » avait convaincu le président des Etats-Unis Carter d’aider et d’armer les rebelles avant que l’URSS intervienne. Les américains avaient appelés cette opération « cyclone ».

L’Union soviétique avait, à l’époque, réagi à une intervention américaine. Une fois l’armée rouge en Afghanistan, l’aide américaine aux rebelles s’est déployée de manière de plus en plus vigoureuse. J’avais aussi narré cette histoire : « Nous avons maintenant l’occasion de donner à l’URSS sa guerre du Vietnam. » disait Zbigniew Brzezinski.

Nous connaissons la suite, les soviétiques partiront, vaincus, après avoir épuisé énormément de force et de ressources.

Ils avaient bien subi leur Viet Nam. Mais il y eut une grande différence, la révolution vietnamienne qui a chassé les américains de son territoire a créé des liens d’amitié et de collaboration fidèle avec la grande puissance qui l’avait aidé à se débarrasser des américains. Rien de tel en Afghanistan. D’abord Ben Laden qui avait profité de l’aide américaine va créer Al Qaïda et frapper la pays qui l’a aidé par les attentats du 11 septembre 2001.

Parallèlement les chefs de guerre et les ethnies vont utiliser les armes américaines pour s’entretuer dans une guerre civile meurtrière. Ce sera la frange la plus islamiste, la plus radicale  « Les talibans » qui l’emportera. Après avoir été chassé du pouvoir par les américains qui voulaient punir Al Qaida et son chef, ils reviendront après le départ des américains, voulu par Trump, avec les même valeurs obscurantistes qui donnent une image délétère de la pratique de l’islam contemporain.

En Algérie, quand en janvier 1992, le pouvoir autoritaire du FLN a tenté un processus électoral et des élections législatives libres, les résultats du premier tour ont donné une victoire nette au Front islamique du salut (FIS) qui veut mettre en place une république islamique.  L’armée interrompt le processus électoral et une guerre civile terrible va s’en suivre pendant dix ans. Il ne faut pas parler de ces choses là en Algérie, Kamel Daoud a commis l’irréparable en écrivant « Houris ». L’écrivain explique que « les islamistes ont perdu militairement mais gagné politiquement ». Les islamistes imposent leur règles et leur vision sociétale dans une Algérie où le pouvoir économique reste aux mains du FLN et des chefs militaires qui ont considéré que leur fortune et leur tranquillité méritait bien qu’on laisse la société aux mains des religieux afin que ces derniers se tiennent tranquille. L’Algérie nous donne donc l’exemple d’un pays où même si les islamistes sont battus par les armes, ils reviennent dans la société.

Et puis il y a eu les printemps arabes. Ils commencèrent en Tunisie, le 17 décembre 2010. Plusieurs dirigeants autoritaires furent chassés. En Egypte, Hosni Moubarak fut démis et même condamné à la prison. En Occident, nous aimions ces jeunes manifestants de la place Tahrir du Caire. Ces jeunes dénonçaient les abus de la police égyptienne, la corruption, le manque de liberté d’expression,le chômage etc.. Mais les élections ont envoyé au pouvoir les frères musulmans, des islamistes qui n’avaient aucune réponse à ces questions et qui sur certains points étaient à l’antipode de ce qui était demandé notamment la liberté d’expression. L’armée a repris le pouvoir et un nouveau général dirige l’Egypte avec une main de fer plus dure que celle de Moubarak.

Il serait long de faire le tour de tous les États ayant été touché par les printemps arabes. Mais il faut bien parler de la Syrie.

Bachar El Assad était un tyran abominable qui martyrisait son peuple. Le 29 mai 2012, le ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, déclarait :

« M. Bachar Al-Assad est un assassin. Il faut qu’il quitte le pouvoir et le plus tôt sera le mieux »

Il est resté au pouvoir jusqu’en 2024. Il y a eu beaucoup de manquements de la part des occidentaux qui n’ont pas soutenu les forces démocratiques. Par la suite ces forces démocratiques ont été anéanties par l’action de l’aviation russe et des milices du Hezbollah qui combattaient avec beaucoup plus de mollesse les islamistes de DAESH.

Finalement la Russie, l’Iran et le Hezbollah trop affaibli n’avaient plus les moyens de défendre le régime de Bachar el Assad. Et c’est ainsi que des forces coalisées ont pu enfin chasser ce monstre. Nous ne pouvons que nous réjouir avec les Syriens de la défaite de cet homme a la tête d’un État mafieux pratiquant le trafic de drogue. A la tête des forces coalisées un mouvement islamiste : Hayat Tahrir al-Cham ou HTC (en français, Organisation de libération du Levant). En anglais le Levant s’écrit al-Sham d’où le sigle HTS.

A leur tête, un homme, Ahmed Hussein al-Chara qui se faisait appeler jusque là par un nom de guerre : Abou Mohammed al-Joulani.

Ahmed al-Chara est le fils d’un économiste, acquis aux idéaux de la gauche nationaliste arabe. Il suivra un chemin différent de son père. Il abandonnera des études de médecine pour poursuivre le jihad, la guerre sainte musulmane.

Il quitte l’université de Damas et se rend à Bagdad pour faire allégeance à Al-Qaïda en Irak, dirigé par Abou Moussab Al-Zarqaoui. Il fera de la prison dans les geôles de l’armée américaine. Quand il sort de prison il se rapproche d’Abou Bakr al-Baghdadi le fondateur de l’Etat islamique, c’est-à-dire Daesh.

Et c’est au nom de Daesh qu’il retourne en Syrie où il fondera le Front al-Nosra le 23 janvier 2012. Il rompt avec Abou Bakr al-Baghdadi pour se rapprocher d’Al Qaïda.

En 2016, le Front al-Nosra annonce qu’il rompt aussi avec al-Qaïda et il prend le nouveau nom avec lequel on le connait aujourd’hui. Il a donc poursuivi un chemin dans lequel il s’est affilié successivement au pire des islamistes

Dans la partition de la Syrie, son mouvement s’implantera à Idlib et sa région. Il y appliquera la charia de stricte obédience.

Il acceptera le parrainage du président turc Erdogan proche des frères musulmans pour prendre le pouvoir à Damas.

Donc en Syrie, c’est aussi les islamistes qui gagnent à la fin ! 

Beaucoup dénoncent la responsabilité de l’Occident. C’est vrai en partie. En Irak, la guerre déclenchée par G.W. Busch a eu une responsabilité directe dans la création de Daesh.

En Syrie c’est plus compliqué, l’Occident a surtout brillé son inaction, mais c’est bien la Russie et l’Iran qui ont aidé Bachar El Assad à combattre les forces démocratiques et la Turquie qui en se battant contre les Kurdes, seuls à combattre réellement l’État islamique, qui sont les principaux responsables de ce désastre.

En Égypte et en Algérie, le rôle de l’Occident est vraiment ténu. Dans ces deux pays quand des élections libres ont donné la parole au peuple, celui-ci a choisi des islamistes.

Ainsi si les occidentaux doivent assumer leur responsabilité, les musulmans de ces pays ne peuvent pas être exonérés de toute responsabilité dans le développement de la part la plus archaïque et la plus brutale de leur religion.

Vendredi 6 décembre 2024

« Ça va très mal finir !»
Nicolas Sarkozy à propos de la présidence Macron en octobre 2017

Dès octobre 2017, soit 4 mois après l’élection d’Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy avait émis ce jugement sur le parcours présidentiel de Macron. Vous trouverez cette information dans « Le Point » ou « L’Express ». Cette phrase a été prononcée 1 an avant le début du mouvement des gilets jaunes.

Et, après ce mouvement, après la pandémie du COVID 19, après les guerres d’Ukraine et de Gaza, après une réélection en 2022 sans campagne, sans débat, uniquement pour éviter le Rassemblement National et enfin une dissolution en 2024 donnant une chambre ingouvernable, ces propos inquiétants rencontrent une situation politique que nous voyons dégénérer devant nous.

Nicolas Sarkozy avait donné les raisons de ce jugement :

« Il n’a pas d’emprise sur le pays. Il ne s’adresse qu’à la France qui gagne, pas à celle qui perd. Il est déconnecté. »

Emmanuel Macron a, en effet, une responsabilité immense dans la situation actuelle.

D’abord il a échoué à réaliser sa promesse de faire reculer l’extrême droite au cours de son mandat. Ces 7 ans n’ont été qu’une progression inexorable du rassemblement national, conséquence de la montée des colères, des exaspérations et même de la haine à l’égard du Président de la République.

Macron en 2017Probablement est-il utile de rappeler, ce que le candidat élu, après une longue marche solitaire au milieu de la cour Napoléon du palais du Louvre, va promettre, le 7 mai 2017, à ses partisans dans la joie de son triomphe et aux français dans l’attente d’une nouvelle ère :

« Je sais nos désaccords, je les respecterai mais je resterai fidèle à cet engagement pris : je protégerai la République. […]
Je ferai tout dans les cinq années qui viennent pour qu’ils n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes.[…]
Je le sais, la tâche sera dure, je vous dirai à chaque fois la vérité, mais votre ferveur, votre énergie, votre courage toujours me porteront. (…) Je rassemblerai et réconcilierai parce que je veux l’unité de notre peuple et de notre pays. […]
Et enfin mes amis, je vous servirai. Je vous servirai avec humilité, avec force. Je vous servirai au nom de notre devise : liberté, égalité, fraternité. Je vous servirai dans la fidélité de la confiance que vous m’avez donnée. Je vous servirai avec amour. »

Chacun jugera de la distance entre les promesses et la réalité du pouvoir exercé par ce jeune homme parvenu au sommet de l’État à 39 ans.

Depuis ce jour de mai 2017, il a eu souvent des propos maladroits, blessants, méprisants rendant son pouvoir encore plus insupportable à beaucoup.

Il a aussi échoué à rétablir les comptes publics, à éviter la dégradation de la balance commerciale et l’augmentation de la dette. Il n’a pas pu faire cesser la politique du « quoi qu’il en coûte » à temps. Et il a laissé le déficit public déraper en 2024 sans réagir ni sur les dépenses, ni sur les recettes. Le déficit, pour lequel la prévision annonçait 4,4 %, ce qui était déjà trop élevé par rapport à l’engagement de 3%, dépasse les 6 % en 2024.

Il n’a pas réagi, le nouvel Obs le raconte dans son article du 3 décembre 2024 : « Les trois fautes de Macron » :

« Le premier acte se noue le 8 avril 2024. Le chef de l’État participe, contrairement à son habitude, à la réunion des présidents de groupes de la majorité qui se tient tous les lundis à l’Elysée. « J’entends parler de projet de loi de finances rectificative. Je n’en vois pas l’intérêt. » Puis, au sujet des pistes d’économies réclamées par son ministre Bruno Le Maire : « Il ne faut pas que ça soit la foire à la saucisse. » […] Alors que depuis la fin de 2023, la direction du Trésor alerte sur une baisse inquiétante des recettes et un déficit qui dérape dangereusement, le président décide… de ne rien faire. Les élections européennes s’approchent, il ne faut surtout pas inquiéter les électeurs qui pourraient se détourner du parti présidentiel. Au lieu d’intervenir en urgence, Emmanuel Macron procrastine. Pendant ce temps, les finances publiques flambent.»

Cette première erreur va en entraîner une seconde, il va prendre la décision de dissoudre la chambre des députés, le soir des élections européennes catastrophiques pour son camp. Il ne veut probablement pas affronter le débat budgétaire de la fin de l’année, avec sa majorité relative et la révélation de ce dérapage budgétaire.
Beaucoup explique qu’il ne pensait pas que les partis de gauche, qui s’étaient déchirés et insultés au cours de la campagne européenne, puissent se réconcilier et présenter un front uni, indispensable pour gagner dans un mode de scrutin uninominal à deux tours. Peut être aussi, c’est une hypothèse personnelle, espérait t’il secrètement une victoire du rassemblement national qui aurait, selon toute vraisemblance, devant la difficulté de la tâche et son manque de compétence évidente, perdu  de sa crédibilité et son principal argument pour gagner les présidentielles : les français n’avaient jamais essayé son programme jusque là.

Lors de ces élections législatives, les français se sont mobilisés et la gauche est arrivée unie aux élections.

L’assemblée qui a été élue est fracturée en 3 blocs à peu près équivalent : La Gauche (NFP) 33% le Bloc central macroniste 29%, l’Extrême Droite 25%, avec une quatrième force, beaucoup plus faible, la droite LR 8%. Chaque bloc refuse de faire alliance avec aucun des deux autres. Les blocs de gauche et central sont même très divisés en leur sein.

Finalement Emmanuel Macron va aussi échouer dans le domaine économique dont pourtant lui-même et ses partisans prétendaient qu’il constituait le point fort de son mandat.

Il a accentué la politique de l’offre qui avait été initié par Hollande. Cette politique repose sur l’idée qu’on peut favoriser la croissance en créant un cadre fiscal et normatif très favorable aux entreprises, ce qui leur permet d’être plus compétitive, rentable, d’investir et in fine de créer de l’emploi.

Cette politique de fiscalité très arrangeante pour les entreprises diminue beaucoup les recettes de l’État sauf si un surcroit important de croissance les augmente en volume bien que les taux soient plus faibles. Cela n’est pas arrivé et aujourd’hui les plans de licenciement sont d’une ampleur telle que le chômage est de nouveau en train de repartir à la hausse.
La responsabilité d’Emmanuel Macron dans cette situation désastreuse d’une France qui s’enfonce dans la crise, de services publics qui se détériorent, avec un déficit abyssal, une dette qui ne sert pas à investir mais à payer les frais de fonctionnement, une crédibilité internationale de plus en plus faible, est immense.
Mais il n’est pas seul responsable, les députés qu’ils soient de son camp comme de l’opposition de gauche ou d’extrême gauche ont aussi une responsabilité énorme. Comment ne pas être choqué par le sourire narquois de Mélenchon en train d’assister, dans les tribunes du palais Bourbon, à la chute de Barnier et qui ne veut aucun compromis, mais espère des présidentielles anticipées qu’il pense pouvoir gagner. Marine Le Pen est dans un état d’esprit similaire. Et les chefs des différents partis du bloc central comme de la droite LR sont aussi, avant tout, préoccupés des élections futures et non de la situation des français et de la France.
Incapable de discuter, de débattre. Chaque fois qu’un plateau de télévision présente deux députés d’un camp différent, il n’y a qu’invectives et dialogue de sourd.
Ce n’est pas une élection présidentielle qui règlera ce problème d’une France divisée en trois et demi et qui ne sait plus se parler, ne sait plus faire société ensemble et se réfugie largement dans le déni des contraintes et des contradictions auxquelles la France doit faire face.

Jeudi 28 novembre 2024

« Il était tétanisé et son visage est devenu très pâle lorsqu’il a réalisé que l’équipage du DC-10 était complètement noir »
Simon Diasolua parlant de Mohammed Ali alors qu’il avait pour mission de piloter l’avion qui devait emmener le boxeur au Zaïre

C’est une histoire que j’ai lue dans le numéro du Nouvel Obs qui célébrait les 60 ans de l’hebdomadaire créé par Jean Daniel.

Le Nouvel Obs pour fêter ses 60 ans, s’est offert 60 éclats de joie partagés par des personnalités. Parmi ces articles qui fêtaient le pouvoir de la joie, j’ai été particulièrement marqué par celui de l’écrivaine camerounaise Hemley Boum : « Quand Mohamed Ali a découvert que le pilote de son avion était noir… ».

Cet épisode a été aussi décrit sur le site de RTL Info : « Nos destins se sont croisés avant le combat du siècle à Kinshasa ».

Je pense que tout le monde connaît Mohammed Ali, probablement le plus grand boxeur de l’Histoire. Mais il fut aussi un militant de la cause noire luttant contre les injustices et les humiliations qui étaient infligées à ses frères de couleur par le pouvoir et la domination blanche.

Il refusa notamment à aller se battre dans l’armée américaine au Viet-Nam. Lorsqu’on lui reprocha son attitude, il répondit :

« Aucun vietcong ne m’a jamais traité de nègre »

En 1974, il devait se rendre au Zaïre affronter George Foreman pour reconquérir le titre mondial qui lui avait été retiré en raison de son refus d’aller se battre au Viet-Nam.

Pour s’y rendre, un avion d’Air Zaïre avait été mis à sa disposition. Cet avion était piloté par des africains. Le commandant de bord était Simon Diasolua.

Simon Diasolua Zitu, né à Léopold ville (actuellement Kinshasa), le 14 Novembre 1942, est l’un des deux premiers pilotes Congolais en 1965. Il fut pilote de ligne pendant 37 ans, puis instructeur pilote DC-10, il a également occupé le poste d’Administrateur Directeur des Opérations au sein de la compagnie aérienne étatique Air Zaïre. Expert en enquêtes d’accidents et Consultant en aéronautique. Il a écrit ses mémoires dans un livre intitulé « Entre ciel et terre, Confidences d’un pilote de ligne congolais » paru aux éditions Le Harmattan en 2014.

Et dans ce livre il conte sa rencontre avec Mohamed Ali en 1974 :

« Nos destins se sont croisés un mois et demi avant le combat du siècle à Kinshasa. J’étais pilote pour la compagnie Air Zaïre, qui était à l’époque la compagnie aérienne nationale de la République démocratique du Congo. Je devais piloter l’avion que Mohamed Ali allait prendre pour se rendre à Kinshasa. Le boxeur allait affronter George Foreman »

Les deux hommes ont été présentés lors de la conférence de presse que l’Américain donnait à l’aéroport français. Lorsqu’il a entendu que Simon allait être son pilote, il n’a pas caché sa surprise en comprenant que l’équipage du vol était « noir ».

« Il m’a dit qu’il était fier et étonné d’être piloté par un équipage noir. »

Au moment de l’embarquement, les pilotes ont accepté que Mohamed Ali s’installe avec eux dans le cockpit, les consignes de sécurité étaient beaucoup plus souples à l’époque. Mais lorsque le boxeur est entré, il est resté figé quelques instants.

« Il était tétanisé et son visage est devenu très pâle lorsqu’il a réalisé que l’équipage du DC-10 était complètement noir. »

Mohamed Ali lui a lancé, inquiet :

« Il n’y a pas de blanc ? Je croyais que c’était une blague. »

Le pilote, amusé par la situation, lui a confirmé que toutes les personnes de l’équipage étaient noires. Ensuite, il a demandé au boxeur de s’installer et de mettre sa ceinture.

« Je comprenais sa surprise. J’avais fait un entrainement sur DC-10 en Californie l’année d’avant et les Américains me demandaient si j’étais un vrai pilote. Comme eux, Mohamed Ali était surpris de voir un homme noir aux commandes d’un avion car il n’en avait jamais vu. Je ne lui en voulais pas, bien au contraire. »

Je trouve absolument édifiant que même un homme comme Mohamed Ali, défenseur acharné de la cause noire, de la lutte contre la discrimination contre les noirs, puisse avoir une telle réaction de défiance parce que la situation qui se présente à lui est en dehors de ses schémas mentaux, de ce que la vie jusqu’à ce moment lui avait prescrit : les blancs savent piloter des avions, pas les noirs….

Simon Diasolua va parvenir par sa compréhension de la situation et son calme à rassurer le boxeur et à changer son appréhension en fierté. Quand Mohammed Ali débarque à Kinshasa, il déclare aux journalistes qui l’attendent  :

« C’est un sentiment de liberté que je n’ai pas ressenti depuis longtemps. Ce n’est pas rien de voler dans un avion piloté par des Noirs, non ?
C’est vraiment étrange pour nous les Afro-Américains. Nous n’aurions jamais pu imaginer une chose pareille !
A chaque fois que nous regardons la télé, on nous montre Tarzan et les Indigènes et la jungle. On ne nous parle jamais des Africains qui sont plus intelligents que nous ne le sommes. Ils parlent anglais, français et africain. »

Deux ans plus tard, Simon a croisé le sportif par hasard à l’aéroport de Los Angeles. Lorsque l’Américain l’a reconnu, il a crié :

« My pilot ! »

Lundi 18 novembre 2024

«N’importe qui ! Même un affabulateur, un menteur, un escroc, un violeur ! Tout sauf une femme !»
Une invitée d’une émission consacrée à l’élection de Donald Trump comme 47ème président des États-Unis

Le monde est tellement compliqué que l’ambition de le comprendre est peut être hors de notre portée. J’ai renoncé à conserver en exergue de mon blog cette phrase que Guillaume Erner avait prononcée lors de la première matinale de France Culture qu’il avait animée : « Comprendre le monde c’est déjà le transformer ».

Il faut probablement être beaucoup plus humble. A ce stade, la parole de sagesse de Rachid Benzine écrite dans son livre « Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? » semble plus appropriée à la situation : « Le contraire du savoir, ce n’est pas l’ignorance mais les certitudes. »

L’ignorance, dans la mesure où elle est comprise et intégrée, constitue une connaissance précieuse : je sais que je ne sais pas. Dans l’Apologie de Socrate, Platon a rapporté ce propos de son maître en philosophie : « Ce que je ne sais pas, je ne pense pas non plus le savoir ! »

Dans son expression publique, Donald Trump semble très éloigné de cette connaissance.

Comment dialoguer avec quelqu’un qui est figé dans ses certitudes ?

Comment vivre en démocratie et organiser le dissensus entre citoyens avec des gens pétris de certitudes ? Je n’ai pas la réponse à cette question.

Donald Trump et ses partisans sont dans cette dérive. Lui qui considère que le réchauffement climatique est une blague. En 2020, visitant la Californie, ravagée par des incendies violents et meurtriers, Donal Trump a nié l’impact du changement climatique sur les phénomènes d’incendies et a déclaré :

« Ça finira par se refroidir, vous verrez. »

Lorsqu’un responsable local de l’agence de protection des ressources naturelles de Californie, à Sacramento lui répond : « J’aimerais que la science dise cela » le président a rétorqué :

« Je ne pense pas que la science sache vraiment. »

Nous sommes entrés dans un monde où la vérité est une opinion parmi d’autre et où un homme, sans étude scientifique,  se croit autorisé de contester l’avis de professeurs spécialisés dans le domaine où ils interviennent.

En 2024, Donald Trump persiste et a inventé un slogan qu’il a entonné à de multiples reprises au cours de sa campagne, et qu’il a encore répété lors de son discours de victoire :

« Drill, baby, drill ! » (« Fore, bébé, fore »).


Dans un article du « Nouvel Obs » nous pouvons lire :

« « On va forer [du pétrole] comme des malades ! », a promis le magnat aux électeurs américains. « Nous avons plus d’or liquide que n’importe quel pays dans le monde. Plus que l’Arabie saoudite ou la Russie », s’est-il encore félicité dans son discours de victoire, en référence au pétrole et au gaz. « Pendant la campagne, il n’a eu de cesse de dire qu’il fallait “réparer l’économie américaine” en offrant l’énergie la moins chère du monde, et donc en accélérant notamment la fragmentation hydraulique en vue de produire des gaz de schistes », observe Pierre Blanc, professeur à Sciences-Po Bordeaux et Bordeaux Sciences Agro. »

Deux documentaires, d’une heure chacun, publiés par Public Sénat montre ce que fut la première présidence de Donald Trump par celles et ceux qui l’ont vécu au plus près « America First, partie 1 – L’Europe doit payer » et « America First, partie 2 – L’ennemi au Moyen-Orient ». C’est affligeant ! Affligeant dans la prise de décision, dans l’argumentation pour répondre aux partenaires, dans le manque de maîtrise des dossiers et des procédures. Pourquoi Donal Trump a t’il à nouveau gagné, jusqu’au vote populaire ?  :

Beaucoup d’analyses ont considéré que le triomphe de Trump était avant tout économique : C’est le pouvoir d’achat des américains dans leur quotidien et aussi pour leur achat de logement qui s’est dégradé pendant la présidence Biden. Tous les économistes nous racontaient que la politique économique de Biden était remarquable. Je prends pour exemple cet article du Monde : « America is back » :

« A huit mois de l’élection présidentielle, le tableau économique est reluisant. […] le chômage est au plus bas ou presque avec un taux de 3,7 % de la population active ; les salaires réels augmentent, notamment au bas de l’échelle ; le pays produit plus de pétrole que jamais, finance un immense plan d’investissement dans l’énergie et les microprocesseurs, et se lance à corps perdu dans l’intelligence artificielle, ce qui fait s’envoler Wall Street. Plus personne ne parle de stagnation séculaire comme dans les années 2010, tandis que le mot « Rust Belt », ceinture de la rouille, nommant les Etats désindustrialisés ayant fait l’élection de Donald Trump en 2016, a disparu des journaux. Premier constat, l’Amérique redevient plus industrielle. Donald Trump en avait rêvé, Joe Biden l’a fait. »

L’article du Monde évoquait bien l’inflation mais pour souligner que Biden était arrivé à la faire diminuer lors des derniers mois. Il semble que nombre d’électeurs américains ont eu une vision différente. Ce décalage arrive quand on donne trop d’importance aux chiffres macroéconomiques et aux moyennes et qu’on ne regarde pas la vie réelle des gens.

D’autres analyses ont insisté sur le sujet de l’immigration qui a déferlé sans maîtrise sur les Etats-Unis pendant la présidence Biden. Enfin d’autres ont considéré que le vote Trump était aussi un vote anti woke qui était défendu par l’aile gauche du Parti démocrate. Probablement qu’il est nécessaire de convoquer toutes ces causes pour expliquer l’élection de cet histrion dangereux qu’est Donald Trump. Mais Thomas Snégoroff y a ajouté une supplémentaire : le masculinisme.

Et lors d’une des nombreuses émissions que j’ai écoutées depuis le 5 novembre, j’ai entendu une intervenante tenir ces propos « N’importe qui ! Même un affabulateur, un menteur, un escroc, un violeur ! Tout sauf une femme !».

Force est de constater que Trump a perdu une fois contre un homme et a gagné deux fois, chaque fois, contre une femme.

Quand on compare le résultat des démocrates sur 4 ans Kamela Harris a perdu 7,5 millions d’électeurs par rapport à Biden. Et puis le vote des hommes hispaniques a progressé de 18 % en faveur de Trump entre 2020 et 2024. Cette population réputée plus conservatrice peut aussi apparaître comme un signe de ce vote « genré ».

Mais c’est dans l’émission « C Politique » de France 5 du dimanche 17 novembre que cet aspect du vote du 5 novembre a été le mieux contextualisé. Elon Musk est un libertarien, mais l’intellectuel qui l’influence est Peter Thiel, fondateur de Paypal et lui soutient Donal Trump depuis sa première candidature en 2016. Il est aussi l’inspirateur déclaré de Cyrus Vance le vice Président élu. Or cet homme a écrit qu’il ne croyait plus en la démocratie depuis que les femmes avaient obtenu le droit de vote. C’est aussi écrit sur sa page Wikipedia.

J’ai trouvé sur le site le « Grand Continent » une page consacrée aux écrits de cet homme né en 1967 à Frankfort sur le Main et sur laquelle on peut lire :

« Je ne crois plus désormais que la liberté et la démocratie sont compatibles. […] Les années 1920 furent la dernière décennie dans l’histoire américaine où l’on pouvait être parfaitement optimiste à propos de la politique. Depuis 1920, l’augmentation considérable des bénéficiaires de l’aide sociale et l’extension du droit de vote aux femmes – deux coups notoirement durs pour les libertariens – ont fait de la notion de « démocratie capitaliste » un oxymore. »


C’est à la fois extrêmement inquiétant pour la démocratie et bien sûr une attaque en règle contre les femmes. Il me semble donc qu’il ne faut pas sous estimer cette dimension du vote Trump : surtout pas une femme !