Mardi 10 mars 2015

Mardi 10 mars 2015
« Un  Etat illibéral »
Viktor Orban
La Hongrie est depuis 4 ans gouvernée par un Premier ministre, Viktor Orbán, et son parti le Fidesz.
Fustigeant l’attitude de Bruxelles vis-à-vis du Kremlin, il vient d’accueillir Vladimir Poutine à Budapest, rompant ainsi la distance tacitement observée depuis l’aggravation de la crise ukrainienne
Le 26 juillet 2014 lors de l’université d’été de son parti il a inventé ce concept d’un Etat« illibéral » qu’on peut aussi traduire par « non libéral ». Viktor Orban n’a pas dit ce qu’il entend par « Etat non libéral («illiberális») »
Mais il a cité ses modèles :  la Russie, la Chine et la Turquie.
Il a notamment souligné que ces systèmes politiques  « dont l’économie est plus compétitive que celle des pays occidentaux », doivent inspirer son pays « la Hongrie devra construire désormais un Etat« illibéral » basé sur le travail, la démocratie à l’occidentale ayant fait son temps».
Grâce à l’émission « Affaires étrangères » de Christine Ockrent du 28 février : <http://www.franceculture.fr/emission-affaires-etrangeres-l-exception-hongroise-2015-02-28> j’ai pu comprendre un peu mieux.
La démocratie, dans son esprit, c’est de permettre au peuple de choisir son chef.
Une fois le chef désigné, il va gouverner de manière autoritaire en éliminant ou du moins en diminuant fortement les contres pouvoirs : Le pouvoir judiciaire, les médias, les organisations non gouvernementales et tous les pouvoirs intermédiaires : syndicat, associations etc…
C’est à peu près ce qu’ont fait les nazis et Hitler, de manière certes plus brutale et eux, une fois élu par le peuple, ils ont supprimé la démocratie.
Orban ou ses modèles Poutine et Erdogan sont élus par des élections régulières et à peu près libres même si les opposants ont du mal à se faire entendre, voire à se présenter. Mais une fois élu, ils gouvernent avec une forte dose de nationalisme et l’idée qu’ils se font de l’intérêt général.
Les décisions sont prises plus rapidement que dans nos démocraties libérales mais la corruption est plutôt plus grande.
Le plus comique dans l’histoire est que ce même Viktor Orbán est celui qui, voici 25 ans, se réclamait d’un système libéral et l’ennemi acharné des Russes. Lui qui ne jure plus que par son ami Poutine et met en place un Etat hypercentralisé nationalisant à tour de bras, ennemi déclaré du monde occidental, … finalement proche de ce que nous a offert le régime communiste.
Pour ma part, je ne pense pas qu’un pays dirigé par un tel système politique a sa place dans l’Union européenne.
Mais j’ai le soupçon que certaines parties de la population européenne et française souhaiteraient pour leur pays la mise en place d’une démocratie illébérale, avec un dirigeant fort élu et qui ensuite gouvernerait de manière autoritaire.
Il y a bien longtemps, au siècle des lumières, la tentation du despote éclairé était apparue. L’expérience de l’Histoire ne nous a pas vraiment donné d’exemple positif.
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Lundi 9 mars 2015

Lundi 9 mars 2015
« La déconnexion des élites »
Laure Bellot
Laure Bellot est journaliste au Monde. Elle vient de publier un livre : « La Déconnexion des élites. Comment Internet dérange l’ordre établi », de Laure Belot, Les Arènes, 320 p., 20 €.
Elle était l’invité de Nicolas Demorand dans son émission un jour dans le Monde du 27 février 2014 : http://www.franceinter.fr/emission-un-jour-dans-le-monde-internet-la-deconnexions-de-elites
Un iPhone est plus puissant que l’ordinateur de la fusée Apollo en 1970.
Les fondateurs de Google, d’Amazon, de Microsoft et de Facebook font partie des vingt-cinq plus grosses fortunes de la planète.
Des secteurs économiques entiers sont bousculés. Cette accélération du monde laisse sur le bord de la route une élite dépassée : des énarques, des intellectuels, des politiques, des chercheurs, des banquiers, des chefs d’entreprise ne saisissent pas les nouveaux usages qui sont en train de balayer les habitudes et les normes. Internet a contrecarré l’ordre établi. Le pouvoir change de mains.
Laure Bellot a d’abord écrit un article dans le Monde en Décembre 2013 dont le titre était  « Les élites débordées par le numérique », que vous trouverez en pièce jointe.
Elle écrivait :
« Massivement, et mondialement, l’outil Internet engendre de nouvelles pratiques économiques et sociétales. Les internautes tissent des liens horizontaux, achètent et vendent sur Leboncoin.fr, pratiquent le covoiturage grâce à BlaBlaCar, conduisent la voiture de leur voisin au moyen de Ouicar.fr, s’entraident sur Craigslist.org, se logent sur Airbnb.com…
On pourrait dire que ces usagers court-circuitent les intermédiaires, mais ce terme signifierait qu’ils y mettent une volonté politique. Or ces pratiques ne sont pas clivantes au sens droite-gauche. Issus de tous bords, les citoyens s’emparent d’Internet pour agir différemment et réinventent la société à leur échelle. Sans même le chercher, ils questionnent l’organisation pyramidale gouvernée par les “sachants” »
Elle montrait que le problème était générationnel, l’article parlait même de problème générationnel violent. Mais elle ajoutait que le problème n’est pas seulement générationnel  mais bel et bien français
Et elle citait l’éditorialiste britannique Simon Kuper, qui le 10 mai 2013, écrivait dans le Financial Times
« Les élites françaises n’ont pas été entraînées à réussir dans le monde, mais dans le centre de Paris. » et aussi le constitutionnaliste Dominique Rousseau : « Le problème en France n’est pas tant la déconnexion des élites que la nature même de l’élite, recroquevillée sur les énarques, que l’on retrouve partout, dans les banques, les assurances, les grands groupes, les cabinets d’avocats, les cabinets ministériels, à l’Elysée, à la direction des partis politiques… Cette élite parisienne unidimensionnelle, qui manque de diversité, manque aussi de capteurs pour saisir la société. Autant l’“énarchie” a été très utile pour construire la nation, autant actuellement, compte tenu de cette révolution numérique, elle devient un obstacle. » 
Et c’est encore Dominique Rousseau qu’elle citait pour finir cet article :
« La technologie a toujours été un élément perturbateur […]. L’imprimerie a permis à des gens qui n’étaient pas connectés de le devenir. Au numérique de jouer son rôle. Dans l’histoire, les séquences sont toujours les mêmes : le vieux, la crise, puis le neuf. Le moment est dangereux et passionnant.  […] La démocratie ne peut vivre sans élite. Elle est constituée d’un ensemble de personnages qui ont sur la société un savoir, une connaissance, une compétence. »
Mais qui constituera l’élite de demain ?
Cet article avait fait grand bruit. Beaucoup de personnes immergées dans ce nouveau monde sont allées vers elles pour lui dire qu’enfin dans un article d’un journal de l’élite, ils avaient le sentiment d’être compris.
Elle raconte que par la suite elle est retournée vers les élites de pouvoir en France et qu’elle a été choquée par le manque de connaissance des évolutions techniques qu’elle constatait souvent auprès d’eux, il n’était même pas question d’essayer de comprendre ce que cela pouvait avoir pour impact social, il existait une méconnaissance de base. Ces deux faits l’ont incitée à écrire le livre qu’elle vient de publier.
Voici une présentation vidéo du livre par l’auteur elle-même : <http://www.dailymotion.com/video/x2gxf0j>
Il existe aussi des points de vue critiques sur les conclusions de Laure Bellot, notamment celui-ci écrit en réponse à son article de 2013 : http://laspic.hypotheses.org/2082

Vendredi 6 mars 2015

Vendredi 6 mars 2015
«Il nait de moins en moins de femmes dans le monde »
Atlas mondial des femmes

Dimanche le 8 mars, on célèbrera la journée internationale de la femme.

Une des origines de cette date du 8 mars nous vient de Lénine, qui décrète la Journée internationale des femmes le 8 mars 1921, en honneur aux femmes qui manifestèrent les premières, le 8 mars 1917, à Petrograd, lors du déclenchement de la révolution russe.

J’ai plusieurs fois évoqué la violence faite aux femmes dans le monde, notamment lors du mot du jour du 9 septembre 2014 : « C’est juste pas de chance d’être une femme dans la plupart des pays du Monde » propos de la journaliste Annick Cojean.

En collaboration avec l’INED, les Editions « Autrement » ont publié « L’Atlas mondial des femmes »

Une des directrices de cet ouvrage, Isabelle Attané était l’invité de l’émission de Christine Ockrent :
<Planète femmes>

Et elle a parlé d’une autre violence faite aux femmes : le déni de naître. Aidé notamment par les techniques modernes de diagnostic prénatal, des parents choisissent ouvertement de ne pas faire naître les filles pour privilégier les garçons.

<Un article> du Monde Diplomatique sur ce même sujet explique :

« Dans une population donnée, quand hommes et femmes sont traités sur un pied d’égalité et si les femmes n’ont pas une propension à migrer plus forte que celle des hommes, elles sont naturellement majoritaires. Si l’Asie se pliait à cette règle générale en enregistrant une légère prépondérance féminine, elle compterait quelque quatre-vingt-dix millions de femmes supplémentaires, une fois et demie la population de la France.

La Chine, qui, il y a encore trente ans, s’imposait comme l’un des fleurons du communisme mondial, fervent défenseur de l’égalité des sexes, est désormais l’un des pays où les discriminations envers les femmes, sur un plan démographique, sont les plus aiguës. Revers de la libéralisation économique et sociale dans ce pays, les rapports de pouvoir traditionnels, structurellement défavorables aux femmes, resurgissent. L’Inde, grande puissance économique émergente – actuellement au septième rang des puissances industrielles mondiales –, discrimine, elle aussi, ses femmes.

Avec ces deux géants, sont également touchés le Pakistan, le Bangladesh, Taïwan, la Corée du Sud et, dans une moindre mesure, l’Indonésie – pays qui, à eux seuls, regroupent trois des six milliards et demi d’habitants de la planète. Elimination des filles par les avortements sélectifs, traitements inégaux des enfants selon qu’il s’agit d’une fille ou d’un garçon, statut social secondaire et mauvaises conditions sanitaires à l’origine d’une surmortalité féminine dans l’enfance et à l’âge adulte représentent autant de particularités qui concourent à ce déficit.

La structure sexuée d’une population dépend de la proportion de chaque sexe à la naissance, d’une part, et de la fréquence des décès des hommes et des femmes à chaque âge de la vie, d’autre part. En temps ordinaire, c’est-à-dire lorsqu’aucune forme d’intervention humaine ne vient perturber l’effet de ces données, on observe une proportion de garçons à la naissance légèrement supérieure à celle des filles et une surmortalité des hommes à chaque âge de la vie, laquelle vient compenser de manière naturelle l’excédent de garçons à la naissance. Or, dans nombre de pays asiatiques, l’une ou l’autre de ces lois – voire, parfois, l’une et l’autre – sont contrecarrées par des pratiques sociales. Il naît donc moins de femmes qu’il ne faudrait, et il en meurt plus qu’il ne devrait, d’où des proportions accrues d’hommes.

Sur la planète, la norme biologique – environ 105 naissances de garçons pour 100 filles – s’applique avec une régularité remarquable. Et les écarts demeurent faibles : le niveau le plus bas est observé au Rwanda, où il naît 101 garçons pour 100 filles, et le plus élevé, hors pays asiatiques, au Surinam – 108 garçons.

Dans plusieurs pays d’Asie, la réalité est tout autre. Si l’influence des facteurs biologiques, génétiques et environnementaux, habituellement avancée pour expliquer les écarts entre pays, n’est bien sûr pas à exclure, elle ne suffit en aucun cas à expliquer l’évolution observée depuis vingt à vingt-cinq ans. En Chine, en Inde, en Corée du Sud et à Taïwan, garçons et filles naissaient dans des proportions normales au début des années 1980. Mais depuis, avec la baisse de la fécondité, la préférence traditionnelle pour les fils s’exacerbe et vient supplanter les lois biologiques, rompant ainsi l’équilibre naturel.

Désormais, les progrès technologiques permettent d’intervenir sur le sexe de sa descendance : au bout de quelques mois de grossesse, la future mère passe une échographie ou une amniocentèse. Si c’est un garçon, on peut rentrer chez soi et attendre patiemment l’heureux événement. Mais en cas de fille, c’est le dilemme : si on la garde, aura-t-on une nouvelle occasion d’avoir un fils ? Et, le cas échéant, sera-t-on en mesure de faire face à l’escalade des coûts d’entretien des enfants ? Bien souvent, plutôt que de devoir renoncer à un fils, on prend la décision de se débarrasser de la fillette indésirable, et la femme avorte. Ainsi, en Chine, l’excédent de garçons à la naissance est de 12 % au-dessus du niveau normal ; en Inde, de 6 %. En Corée du Sud, après le paroxysme du milieu de la décennie 1990 (115 garçons pour 100 filles), la situation s’améliore, avec 108 garçons en 2004.

Depuis peu, ce phénomène se propage à d’autres parties du continent. Ainsi, une province vietnamienne sur deux enregistre plus de 110 naissances de garçons pour 100 filles. Dans les pays du Caucase (Azerbaïdjan, Géorgie, Arménie), cette proportion s’est brutalement accrue, à partir du milieu des années 1990, pour atteindre des niveaux comparables à certaines régions de Chine et d’Inde (voir « Déséquilibres démographiques »). Pourtant, l’équilibre demeure dans les pays voisins que sont la Russie, l’Ukraine, l’Iran ou la Turquie.

En Indonésie, la proportion de garçons parmi les enfants âgés de moins de 1 an, encore normale en 1990, est passée à 106,3 dix ans plus tard. Une masculinisation rampante qui se manifeste par l’apparition d’un déficit de femmes auquel, outre une émigration féminine massive, notamment vers l’Arabie saoudite, le déséquilibre des sexes à la naissance commence à contribuer. »

Un autre article du Monde sur ce sujet : <Une marche paradoxale vers l’émancipation des femmes>

Donnant encore une fois la parole à Ferrat qui déclare avec Aragon que : <la femme est l’avenir de l’homme>

Le problème c’est que dans ces pays, le peuple ne le sait pas.

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Jeudi 5 mars 2015

Jeudi 5 mars 2015
«Internet était à nous [les américains], nos entreprises l’ont créé, étendu et perfectionné de telle façon que la concurrence ne peut pas suivre.
Et souvent, ce que l’on présente comme des positions nobles sur ces problèmes n’a pour but que le développement d’intérêts commerciaux.»
Barack Obama le 13/02/2015
Eh bien au moins c’est écrit :  » Internet était propriété américaine « .
Nous autres « non américains » sommes probablement des squatters qu’on tolère mais qui ne peuvent en aucun cas souhaiter organiser tout cela comme de légitimes copropriétaires.
Dès lors, vouloir légiférer sur Google, Apple ou autres ne peut être qu’un crime de lèse-majesté.
Obama juge qu’ «A la décharge de Google et Facebook, les réponses de l’Europe en la matière s’expliquent parfois plus par des raisons commerciales qu’autre chose. Certains pays comme l’Allemagne, compte tenu de son histoire avec la Stasi, sont très sensibles sur ces questions.»
Il faisait notamment référence à l’enquête européenne visant Google pour abus de position dominante : «Nous avons possédé Internet. Nos entreprises l’ont créé, l’ont étendu et l’ont perfectionné de manière à ce qu’ils (les concurrents européens, ndlr) ne puissent pas être compétitifs», a-t-il expliqué. «Parfois leurs vendeurs – leurs fournisseurs de service – qui ne peuvent pas rivaliser face aux nôtres, tentent essentiellement de bloquer nos entreprises et de les empêcher de fonctionner efficacement», a-t-il précisé en faisant référence à la motion du Parlement européen en faveur du démantèlement de Google.
Des européens ont réagi, ainsi dans le Financial Times, une porte-parole de la Commission européenne a qualifié lundi d’«inadmissible» l’analyse de Barack Obama. La nouvelle Commission, en poste depuis la fin 2014, poursuit l’enquête sur un éventuel abus de position dominante de Google dans la recherche, ouverte il y a cinq ans. Elle se penche aussi sur l’optimisation fiscale des multinationales. «La régulation devrait faciliter l’accès au marché unique pour les entreprises non européennes», a plaidé cette porte-parole.
L’eurodéputé Ramon Tremosa, un des initiateurs de la proposition de loi votée fin novembre pour appeler à la scission de Google, s’est fait un plaisir de rappeler que plusieurs entreprises qui participent à l’enquête de Bruxelles contre le géant de la recherche sont américaines. «Des sociétés comme Yelp n’ont aucun problème à le reconnaître publiquement. D’autres ne veulent pas attaquer Google ouvertement par crainte de mesures de rétorsion», a-t-il glissé au Financial Times.
Stéphane Richard, PDG d’Orange, a lui jugé les déclarations de Barack Obama «tristes et décevantes». «Elles sont impérialistes et colonialistes. Dire que l’Amérique possède Internet en dit long sur ce que les autres habitants de la planète seraient autorisés à faire. Pointer l’Allemagne et la Stasi quand on connait les méthodes de la NSA, c’est quand même osé. C’est le retour de l’impérialisme américain le plus crasse. L’Europe n’est pas le paillasson des États-Unis dans le numérique», a-t-il dit mardi en marge de la présentation des résultats annuels d’Orange.
Pour Stéphane Richard, il n’y a pas de guerre ouverte contre les géants du Net, souvent désignés sous l’acronyme de GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). «Nous ne sommes pas les méchants Européens hargneux, nous voulons pouvoir exister, développer nos propres projets. Je plaide pour une équité de traitement. L’intervention d’Obama montre qu’il s’agit d’un sujet très politique. Les GAFA sont les attributs de la puissance américaine, nous avons eu une sorte d’aveu», a poursuivi le PDG d’Orange.​
Je n’ai pas trouvé de réponse à cette attaque par un responsable politique européen de premier plan.
Pierre Bellanger, patron de Skyrock a écrit <La souveraineté numérique>, livre dans lequel il explique comment internet est contrôlé par les Américains et pourquoi cela va détruire notre économie.
Il était invité <d’un jour dans le Monde du 19 février> et il dit des choses très intéressantes sur ce sujet et les propos « réalistes » d’Obama. ​Et il donne notamment comme image la comparaison de nos systèmes européens régulés à des aquariums que l’on plongerait dans la mer d’Internet. On comprend à peu près ce qui se passe dans l’aquarium et surtout dans l’interaction entre l’aquarium et la mer.
Il me semble que nous sommes dans un domaine très important pour notre avenir et le degré de vassalité que nous aurons à subir par rapport aux Etats-Unis.

Mercredi 4 mars 2015

Mercredi 4 mars 2015
« République, ô ma République, mais pourquoi donc ne m’as-tu pas dit que tu m’aimais ? »
Abd al Malik
« Place de la République, pour une spiritualité laïque »
Régis Fayette-Mikano, dit Abd al Malik, est un rappeur, compositeur, écrivain et réalisateur français né  le 14 mars 1975. Il a grandi dans la cité du Neuhof à Strasbourg.
D’origine congolaise, il est né dans la foi catholique mais il  s’est converti au cours de son adolescence à l’islam d’obédience soufi.
Il a écrit en 3 jours, après les évènements de janvier, un livre de 32 pages : « Place de la République, pour une spiritualité laïque  »
Il m’a d’abord choqué car j’ai lu qu’il accusait Charlie Hebdo d’avoir « contribué à la progression de l’islamophobie, du racisme et de la défiance envers tous les musulmans » et que la liberté d’expression n’est pas « non négociable ».
Puis il a été invité à France Inter le vendredi 27 février <Que vous trouverez ici>, je l’ai écouté et je l’ai trouvé remarquable.
Dans son livre autobiographique qui est devenu un film : « qu’Allah bénisse la France », un des acteurs dit « Nous, on aime la France, mais elle ne nous aime pas »
A France Inter il a aussi parlé d’amour :
« Je veux parler d’amour et de fraternité […]. Moi quand j’étais enfant, j’ai trouvé des gens qui m’ont dit : « Tu es beau, tu es intelligent » et  j’ai fini par y croire que j’étais beau et intelligent, on m’a dit que j’étais français. Mais à d’autres, on dit « tu n’es pas beau, tu n’es pas intelligent, tu n’es pas français, tu n’es pas chez toi ! » Comment voulez-vous qu’ils évoluent ?
La République est une maman symbolique et une mère s’occupe de tous ses enfants et particulièrement de ses enfants les plus fragiles.»
Il raconte aussi qu’il a été sauvé par la spiritualité laïque et le génie français notamment à travers sa littérature de Descartes à Albert Camus en passant par Victor Hugo et il a eu cette phrase pleine de sens «Il faut incarner nos valeurs, pas simplement les évoquer »
J’ai ensuite lu cet interview de Télérama : <Article de Télérama> dont je tire ces extraits […] :
« On m’a souvent demandé de quel pays je viens, mais je suis né en France, j’écris en français, je rêve en français, je suis français ! La fameuse fraternité, je ne l’ai pas rencontrée souvent, mais j’ai eu la chance d’avoir des enseignants qui ont cru en moi, qui m’ont dit que j’étais beau, intelligent et capable, et je les ai crus.»
[…] L’islam est méconnu, par les musulmans eux-mêmes et par les autres. On parle d’islam pour le salafisme, le wahhabisme, qui sont des courants, mais qui ne sont pas l’islam. Le voile par exemple, n’est, selon le Coran, obligatoire que pour la prière. Ma femme, pratiquante comme moi, n’est pas voilée. Autre exemple : le djihad, dont tout le monde parle, n’est pas seulement la guerre de conquête (c’est le petit djihad selon le Coran), mais surtout la guerre intérieure que chaque musulman doit mener contre lui-même, son égoïsme, son intolérance. C’est cela le grand djihad.
L’islam est avant tout une spiritualité, au même titre que le judaïsme ou le christianisme. L’islam aussi est fondé sur l’amour de l’autre. C’est d’ailleurs une religion judéo-chrétienne, qui reconnaît la Torah, la Bible, et que Jésus était le dernier prophète avant le Prophète de l’islam. Nous avons besoin de pédagogie, d’émissions qui décryptent, éduquent au lieu d’attiser les conflits. Et toutes les religions devraient être enseignées à l’école publique, intégrées à la culture commune française. Pourquoi ne pas étudier des textes de grandes figures de l’islam, comme l’émir Abd el-Kader l’Algérien, ou le poète Ibn Arabi ? Revaloriser l’islam, en tant que spiritualité, est le meilleur moyen de lutter contre l’intégrisme.  »
Et il revient sur les propos qui m’ont choqué : « Tout en condamnant les attentats, vous accusez ainsi Charlie Hebdo d’avoir « contribué à la progression de l’islamophobie, du racisme et de la défiance envers tous les musulmans « . Souhaitez-vous des limites à la liberté d’expression ?
J’écris aussi que les caricatures sont un « acte démocratique par excellence », un « éclatant symbole de la liberté d’expression ». Mais je veux parler de responsabilité : ce n’est pas parce qu’on peut tout faire que l’on doit tout faire. La liberté d’expression est un principe, mais j’estime qu’elle n’est pas « non négociable ». Elle doit s’articuler avec les autres valeurs de la République : la paix entre les citoyens, l’égalité de traitement, la morale. On ne peut pas faire fi du contexte, user d’un droit sans tenir compte des risques de mettre le feu à la maison.
Jadis, il a été possible de faire des blagues sur les chambres à gaz ; aujourd’hui, avec la montée de l’antisémitisme, ce n’est plus acceptable, et Dieudonné est à juste titre poursuivi. Pour moi, dans le contexte actuel de pression extrême sur les musulmans, dans ce climat de surenchère médiatique autour de l’islam, Charlie Hebdo a fait preuve d’irresponsabilité en multipliant ces caricatures. Même si le but était de montrer du doigt les intégristes, et même s’ils en avaient le droit au sens légal.  »
Et il parle de son expérience du racisme ordinaire contre les noirs : « J’ai vu un producteur télé se pencher vers mon manager – blanc – en m’écoutant pendant une émission et s’étonner : « Il parle bien, quand même… Il écrit ses textes lui-même ? » Un autre, après l’élection d’Obama, m’a même serré la main en me disant « félicitations » ! Cette intégration d’un racisme devenu inconscient est bien plus insidieuse que les insultes que j’ai entendues, jeune.  »
Et il ajoute : 
« La foi, c’est être fraternel concrètement, dans sa vie, ses amitiés, sa famille et savoir que notre destin est grand s’il nous est commun. Quant à la spiritualité, elle est le souffle qui habite les principes, sans lequel ils restent des fantômes évanescents. Ce souffle est très concret. J’ai vu des gens mourir, j’ai entendu le souffle de leur vie s’éteindre : pff, et c’est fini. J’ai vu des couples se désaimer, le souffle de l’amour s’épuiser : pff, et c’est fini. C’est ça dont je parle. Quand j’entends les politiques parler, je n’entends pas de souffle, seulement un discours creux, sans âme. J’ai été reçu par des ministres de la Culture qui m’ont fait visiter leurs bureaux : leur fierté s’arrêtait au mobilier !
[…]
Les livres – non seulement les penseurs de l’islam, mais aussi Albert Camus, Aimé Césaire, Sénèque, Alain… – ont changé ma vie. Camus aussi a été arraché à la misère par la culture. Il m’a donné une feuille de route pour mon parcours d’artiste. J’ai créé un spectacle inspiré de L’Envers et l’endroit, son premier livre, qui a tourné en France pendant deux ans et demi.
Quand mes premiers amis sont morts, je lisais De la brièveté de la vie, de Sénèque.
Il m’a enseigné à me tenir toujours debout, à ne pas avoir peur de souffrir. Dans ma période de révolte, quand je nous voyais, les gamins de la cité, comme les damnés de la terre, je m’imprégnais du militantisme humaniste de Césaire dans son Discours sur le colonialisme. J’ai grandi avec ces auteurs comme avec des grands frères, ils sont devenus mes tuteurs : je me suis construit en prenant appui sur eux pour pousser droit.»
A l’interpellation de sa naïveté, il réplique « Quand on cesse d’être naïf, on se résigne. Si quelqu’un avait dit de moi, à 10 ans, que j’allais être artiste et réussir, on l’aurait taxé de naïf. On a traité de rêveurs et d’utopistes tous ceux qui, dans l’histoire, ont fait bouger les choses. Je ne me vois pas du tout comme un sauveur de l’humanité, je crois simplement que la solution est dans nos mains. »
Et il approuve sa mère qui répétait « le seul véritable péché, c’est de perdre l’espoir ».
Remarquable je vous dis

Mardi 3 mars 2015

«Nous devons combiner la graine fertile de la curiosité et l’esprit fécond du doute»
Alain Klam

C’est la seconde fois en 446 mots du jour que j’ai l’outrecuidance de m’attribuer un mot du jour.

Il faut reconnaître cependant que la seconde partie a été copiée de l’ouvrage de Raymond Aron « Le spectateur engagé » dans lequel il avait répondu aux questions de deux jeunes journalistes qui ne partageaient pas ses idées politiques et où sa dernière réplique fût

« Je ne les ai pas convaincu, mais je leur ai insufflé l’esprit fécond du doute »

En premier, je veux évoquer la graine fertile de la curiosité. C’est grâce à cette graine que l’humanité a progressé. C’est bien la curiosité des hommes qui a permis les recherches et les découvertes qui ont changé la condition des hommes. C’est aussi la curiosité des autres cultures et civilisations qui a permis aux hommes de se rapprocher et de s’enrichir mutuellement.

Le doute constitue aussi un chemin vers la curiosité. Ainsi l’esprit fécond du doute doit toujours nous inspirer devant des vérités trop souvent martelées comme des évidences alors même que notre vécu et notre intuition nous indiquent une réalité différente.

Cette interrogation des « évidences » peut concerner la médecine et la santé, mais aussi l’économie ou la politique ou d’autres domaines encore où la discussion semble impossible ou inutile parce que des experts, savants, économistes, prêtres, rabbins ou oulémas  se sont exprimés.

Pour décrire cette position de l’expert, je pense à la réplique de Philippe Meyer à Valéry Giscard d’Estaing :

« et vous paraissez toujours vous étonner lorsque vous avez fini de parler que quelqu’un puisse encore trouver quelque chose à ajouter »

Mais une fois que la curiosité nous a entraîné vers d’autres voies, d’autres systèmes de pensée ou d’autres théories, l’esprit fécond du doute doit continuer à nous inspirer vigilance pour ne pas être abusé, ne pas succomber à la facilité de suivre d’autres dogmes tout aussi enfermant et réducteur que ceux qu’on voulait fuir.

C’est ainsi que des esprits, dont certains semblaient pourtant éclairés par la raison, n’ont pas expérimenté le doute alors qu’ils suivaient dans le passé le fascisme, le nazisme, le stalinisme, le maoïsme et aujourd’hui le djihadisme.

Ainsi le doute peut se situer avant la curiosité, mais il doit toujours accompagner la curiosité pour nous permettre de mieux comprendre le monde et l’humanité et nous préserver de tout aveuglement.

La curiosité pour s’ouvrir vers d’autres univers, le doute pour se préserver des mirages et des tromperies.

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Lundi 2 mars 2015

Lundi 2 mars 2015
«Ayurveda»
Médecine traditionnelle de l’Inde
Ayurveda est la concaténation de deux termes : āyus (vie) et veda (science, ou connaissance).
Il s’agit donc de la science de la vie ou de la connaissance de la vie.
Le principe fondamental de la médecine ayurvédique est de soigner la personne et non la maladie : si vous êtes malade c’est qu’il existe un déséquilibre dans votre corps qui a provoqué cette maladie. Vous guérir signifie donc rétablir cet équilibre et quand l’équilibre est rétabli, votre corps a chassé la maladie. On parle de médecine « holistique », mot qui vient de « holisme » c’est à dire une doctrine ou un point de vue qui consiste à considérer les phénomènes comme des totalités.
Le mot du jour d’aujourd’hui est un témoignage, car quand je vous avais dit lors du dernier mot du jour que j’allais m’occuper de ma santé, c’est parce que ce temps de repos a été consacré à suivre une cure ayurvédique de 5 jours.
Je crois que personne parmi les destinataires de ce mot n’ignore qu’il y a un peu plus de 3 ans, on a diagnostiqué un cancer de la prostate dans mon corps. La convention avec les médecins était claire : j’acceptais une opération radicale et dans la mesure où la maladie était prise à un stade précoce, le problème serait éradiqué et les quelques désagréments collatéraux seraient rapidement maîtrisés par des techniques appropriées.
Mais rien de ce qui avait été annoncé ne s’est réalisé.
J’ai appris, en novembre dernier, une seconde récidive de mon cancer après l’opération. Après la première récidive, un traitement par radio thérapie n’a pas su faire reculer la maladie, puisqu’à l’issue des 3 mois de radiations le marqueur du cancer avait été multiplié par 3.
En revanche, la radio-thérapie a bien eu des effets, mais non désirés, et causant des dommages extrêmement brutaux au niveau de bassin qui m’ont quasi mis dans un état d’handicapé  puisque je ne pouvais pas marcher plus de 100 m sans avoir des douleurs intenses qui m’obligeaient à m’arrêter et à m’asseoir. Au bout de ce temps et grâce pour l’essentiel à Internet j’ai pu trouver les médecins occidentaux qui m’ont aidé et fait diminuer de manière conséquente les douleurs mais sans les faire disparaître totalement.
Mon médecin traitant m’a dit deux choses : « Vous n’avez pas eu de chance, d’habitude ça marche ! ».
Et quand je lui ai parlé de la médecine ayurvédique il m’a encouragé, avouant que la médecine occidentale était fort dépourvue pour traiter le type de difficultés qui se posaient à moi.
La médecine occidentale sait appliquer des techniques incroyables pour s’attaquer à des maladies, elle ne sait pas prendre le corps humain dans son ensemble, c’est le contraire d’une médecine holistique. En outre, comme le montre mon exemple, elle a beaucoup de mal à réparer les effets dévastateurs de ses thérapies violentes et intrusives.
Dans la médecine occidentale on utilise le même protocole pour tous les patients qui ont la même maladie.
Dans la médecine ayurvédique on examine d’abord le patient, on détermine son profil et son équilibre naturel, on constate son déséquilibre et sachant cette spécificité on adapte le traitement au cas spécifique.
Il ne faut pas opposer les médecines, les mettre en concurrence mais plutôt chercher leur complémentarité, leur coopération, le partage.
La médecine ayurvédique fait beaucoup usage de massages à l’huile, mais insiste aussi sur l’alimentation et l’hygiène de vie. Est-ce que cela marche ?
En tout cas je sens déjà une amélioration évidente, mais il faut rester prudent et attentif à la suite.
Bien sûr, cette médecine s’inscrit dans certains concepts ésotériques qui ne peuvent que surprendre, voire déclencher du scepticisme pour un esprit occidental qui tente de s’ancrer dans le rationnel.
Dans toutes ces choses, nous devons tenter de combiner la graine fertile de la curiosité et l’esprit fécond du doute.
Si ce sujet vous intéresse, vous pouvez regarder ce documentaire d’ARTE : <Mon docteur indien>  il s’agit de l’histoire d’une femme française qui a eu un cancer, s’est faite opérée et pour laquelle la suite a été  compliquée. Elle est partie se faire soigner en Inde où son cancer a été guéri. Le documentaire raconte comment cette femme a entraîné son cancérologue français, Le professeur Thomas Tursz, médecin très réputé, directeur de l’Institut Gustave Roussy de Villejuif, un des plus grands centre de traitement de cancer d’Europe, à l’accompagner en Inde rencontrer les médecins ayurvédiques. Le thème central de ce documentaire est cette rencontre qui est dans l’esprit de la coopération et de la complémentarité souhaité.
La médecine ayurvédique est reconnue par l’OMS, les premiers textes révélés sont très anciens et datent de la période védique (IIe millénaire av. J.-C.).

Jeudi 19 février 2015

Jeudi 19 février 2015
« Votre travail n’est pas votre vie »
Howard Tullman
Howard Tullmann est un entrepreneur américain.
Un article de Slate.fr donne la traduction d’un article paru dans un journal américain où cet homme écrit cette phrase simple et pleine de sens.
Dans cet article il dit notamment :
« Nos vies sont rarement faites d’absolus.
Tout est affaire de degrés, que ce soit notre attention, notre patience ou encore la gamme et l’intensité de nos émotions. Et, en même temps, certaines choses sont des absolus: il vous est impossible d’être tout pour tout le monde; vous ne pouvez pas danser toutes les danses et, au cours de votre vie, vous avez des choix difficiles, des sacrifices et des compromis à faire –et il vous faudra vivre avec, pour le meilleur et pour le pire, pendant très longtemps.
Avec le temps, vous devenez la somme des choix que vous avez faits. […]
A l’heure actuelle, les bourreaux de travail semblent revenir à la mode. Mais pour certains, cette figure a toujours été d’actualité. Aujourd’hui, quasiment tout le monde veut devenir entrepreneur, créer son entreprise, et toucher le gros lot du jour au lendemain. Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. Au final, l’important n’est pas de faire de l’argent, mais de faire la différence. Et il ne s’agit pas seulement de gagner sa vie, mais de la concevoir, la fabriquer. La personne que vous deviendrez aura un rôle énorme à jouer dans la vie que vous construirez, que ce soit dans votre travail ou à l’extérieur. […]
Votre entreprise, votre travail, ce sont des choses que vous faites. Pas ce que vous êtes.  […]
Prenez donc cinq minutes pour savoir comment vous aimeriez que les choses soient quand, dans cinquante ans, vous poserez un regard rétrospectif sur ce que vous avez accompli, sur votre famille, sur ce que vous avez construit. Toutes ces choses sont là, devant vous. »
Cette réflexion me fait penser à une autre qui aurait aussi pu être un mot du jour : «On devrait toujours avoir à l’esprit que personne, sur son lit de mort, ne regrette de n’avoir pas passé plus de temps au bureau, cela nous aiderait à mieux orienter nos vies.»
Ces derniers propos sont du Docteur Gordon Livingston qui a écrit un livre que j’ai parcouru et dont le titre est déjà une révélation : «La vieillesse vient trop vite et la sagesse trop tard. » (collection Marabout 2004)
Le mot du jour va s’interrompre pendant quelques jours, je vais prendre un peu de temps pour m’occuper de ma santé.
Le prochain, qui sera le 445ème, devrait être envoyé le 2 mars 2015.

Mercredi 18 février 2015

Mercredi 18 février 2015
« Rouge »
Michel Pastoureau
Le mot du jour du 31/07/2014 était consacré à la couleur verte à laquelle un historien, Michel Pastoureau, avait dédié un livre.
Bien sûr, cet érudit étudie au fur à mesure toutes les couleurs, ainsi <l’émission Concordance des temps du 20/12/2014 était consacré à la couleur rouge>
C’est la plus difficile à étudier selon Michel Pastoureau : « Je n’ai pas commencé par [le rouge] parce que c’est le morceau le plus important en matière de monographie autour d’une couleur. Il faut donc énormément de temps. Par exemple, le Noir m’a demandé dix ans de travail, le Bleu aussi. Il s’agit d’une tâche de longue haleine. Il y a tellement de choses à dire sur le rouge». Il me semble que son livre sur le rouge n’a pas encore été publié.
Dans l’émission, on apprend que la couleur rouge est ambivalente au cours des âges :

d’un côté c’est la beauté, l’amour, la joie, la fête,

de l’autre c’est la honte, la colère, les crimes de sang, la couleur de la justice, l’enfer avec ses flammes

et selon Michel Pastoureau cette ambivalence remonte très loin, déjà en Grèce ancienne c’était le cas.
Parler de couleur rouge est presque un pléonasme, c’est la couleur par excellence, la couleur archétypale, la première des couleurs. Cette suprématie s’explique surtout par la précocité des performances techniques de l’homme à partir des colorants et pigments offerts par la nature : « Des terres ocres rouges, riches en oxyde de fer, pour peindre et dessiner sur les parois des cavernes ; la garance, le carthame et plus tard le kermès pour teindre les étoffes et les vêtements. »
Dans certaines langues cette équivalence perdure : « Coloratus » en latin ou « colorado » en espagnol signifient à la fois « rouge » et « couleur ».
Ce n’est plus aujourd’hui la couleur préférée, la couleur préférée est le bleu, mais quand on pense couleur on pense d’abord rouge.
En Occident, le blanc et le rouge sont des contraires, le blanc et le noir aussi. Mais, le rouge et le noir n’entretiennent pas beaucoup de relations. Nous avons donc un schéma à trois pôles: le blanc, le rouge et le noir. En fait, il représente le blanc et ses deux contraires (le rouge et le noir). [Je rappelle que le noir, le blanc et le rouge sont les couleurs de la Prusse.]
Évidemment le rouge a été associé au communisme, « le péril rouge », « les rouges ». Mais à Moscou, contrairement à la pensée commune, la place rouge n’est pas la place des communistes mais c’est la belle place. Elle portait déjà ce nom au XVIIIème siècle. Dans beaucoup de culture, rouge et beau sont synonymes.
Le rouge est souvent aussi la couleur de l’interdit. Pour les réformateurs protestants le rouge est la couleur des papistes. Ils pensent que le rouge est immoral. Ils tirent leur conviction du dernier livre de la bible chrétienne, l’Apocalyse où la grande prostituée de Babylone porte une robe rouge. Le XIXème siècle moralise les couleurs. Les grands industriels sont souvent protestants et puritains, leur couleurs sont noires, grises brunes, pas de couleur éclatantes.
Enzo Ferrari est catholique et il créera la mythique Ferrari rouge.
Si vous souhaitez continuer ce bel exercice d’érudition je vous propose trois liens :
Et un site de la BNF consacré à une exposition sur le rouge http://expositions.bnf.fr/rouge/

Mardi 17 février 2015

Mardi 17 février 2015
«Nos pratiques sont devenus inégalitaires.»
François Dubet
François Dubet, Sociologue, directeur d’études à l’EHESS et auteur de « La préférence pour l’inégalité » (Seuil), était l’invité de la matinale de France Inter  du vendredi du 6 février 2015.
J’ai retenu de ces propos l’analyse suivante :
«Pendant les 30 glorieuses les Etats occidentaux ont lutté contre les inégalités et par des transferts massifs sont parvenus à les réduire.
Depuis la révolution néo libérale, cette évolution a été stoppée et on a choisi l’inégalité.
La mondialisation en est certainement responsable pour une partie.
Mais ce que je crois c’est que le goût de l’égalité s’est cassé dans la société, nos pratiques sont devenus inégalitaires.
Les phénomènes de ségrégation urbaine se sont développés : on ne veut plus vivre avec des gens qui sont différents de nous. Alors on dénonce les ghettos, mais nous les augmentons chaque fois que nous prenons la décision de déménager.
Et l’école. Depuis 50 ans toutes les politiques françaises sont égalitaristes. Collège unique, des bourses, des aides, des diplômes nationaux.
On a voulu créer l’égalité [par le haut]. Mais les acteurs ont intérêt à l’inégalité.
Dès lors que je suis convaincu que l’avenir de mes enfants sera déterminé par le diplôme qu’ils auront à 18 ans et donc par voie de conséquence dépendront des diplômes relatifs qu’auront les autres enfants. Dès lors, même si je suis d’accord en principe avec l’égalité de tous, je suis très favorable à l’inégalité des miens.
L’appel du Président Hollande de créer de la mixité sociale dans l’Ecole ne sera pas simple.
Parce que nous avons un intérêt bien compris à fuir les établissements les plus difficiles et à chercher pour nos enfants les diplômes les plus rares et les plus sélectifs.
Beaucoup parle de la chute des classes moyennes à laquelle je crois très peu. Les vrais déclassés se sont les ouvriers non qualifiés.
Mais finalement on défend chacun à notre niveau la petite inégalité qui nous est bénéfique.
Depuis un mois et après les évènements de janvier il y a un climat d’égalitarisme qui s’est développé,
Mais avant cela, et ils sont toujours là, nous avions, les pigeons, les bonnets rouges, les notaires, les syndicats professionnels…
Ce qui s’est passé c’est un effondrement de la solidarité.
Pour que j’accepte de payer des impôts et des cotisations qui bénéficieront à d’autres, il faut que je m’en sente proche, parce que c’est la même nation, parce que nous sommes des travailleurs…Peu importe, ce sont les romans de la démocratie et de la nation, ce sont des romans, des fables mais on y croit.
Et quand cela se défait : « Pourquoi paierais-je pour des gens que je ne connais pas et qui ne le mérite pas ? »
Il y a des sondages très inquiétants, on explique de plus en plus le chômage et la pauvreté par la responsabilité des chômeurs et des pauvres, c’est leur faute. Il y a un renversement qui est en train de s’opérer.
Cette tendance s’est opérée en France elle s’est renversée encore beaucoup plus brutalement en Grande Bretagne et aux Etats Unis.»
Pour revenir à la France, son analyse est que « l’école Française est plus inégalitaire que la société, ce qui signifie qu’elle en rajoute à l’inégalité de la société.
Au Canada la société est plus inégalitaire, mais l’école est plus égalitaire qu’en France.
La première raison est qu’en France on fait l’école pour les élites, comme si dans chaque écolier un polytechnicien sommeille et les autres vont s’égrener comme un peloton cycliste en train de monter le tourmalet, c’est une tradition très difficile à remettre en cause.
Car, en fait, la priorité ce devraient être les élèves faibles, pas les élèves forts.
La seconde est que nous avons une confiance excessive dans les diplômes. La concurrence sur le diplôme devient alors trop forte et totalement inégalitaire. Si je crois que de la mention au Bac et la filière du bac dépend la totalité de la vie l’individu je me conduirai comme un sauvage pour que mes enfants l’obtiennent.
On raisonne ainsi toujours par le sommet.
Quand on veut lutter contre l’inégalité on dit qu’il faut que 10% des élèves de polytechnique soient issues des classes défavorisées, ce qui est bien, mais cela correspond à 40 élèves.
Mais le fait que 95 % des élèves des écoles technologiques soient issues de ces milieux ne pose jamais discussion. Or l’inégalité est beaucoup plus présente dans ce second aspect.
On regarde toujours vers le sommet, jamais vers la base.»
C’est un changement de paradigme absolu : La priorité ne serait pas une école pour former l’élite mais pour enseigner le plus grand nombre.
Vous doutez ? Cela va contre tous vos fondamentaux ?
Et si Dubet parvenait à instiller en vous le germe fécond du doute ?​