Vendredi 19 mai 2017

« Vous avez la chance d’exercer un métier dont le but est de créer la beauté »
Message aux musiciens de l’orchestre de Lyon après avoir assisté à un magnifique concert avec Hillary Hahn (Propos tenu initialement par le grand chef italien Carlo Maria Giulini)

Rien que…

Le 29 avril 2017 nous avons assisté, avec Annie, à un concert à l’Auditorium de Lyon. C’était un concert consacré à deux œuvres de John Adams, compositeur américain qui était d’ailleurs présent dans la salle.

Au milieu de ces deux œuvres, la violoniste américaine Hillary Hahn a interprété le concerto de violon de Tchaïkovski avec l’Orchestre National de Lyon et Léonard Slatkin.

J’avais déjà entendu cette artiste que je considérais comme une bonne violoniste mais je ne m’attendais pas à ce niveau de qualité et d’émotion.

Les réseaux sociaux développent le pire, mais permettent aussi des choses positives.
J’ai pu exprimer mon enthousiasme sur la page facebook de l’Orchestre de Lyon :

« Ce soir moment de grâce avec Hillary Hahn qui jouait le concerto de violon de Tchaikovski avec L’ONL sous la direction de Léonard Slatkin.
Bien sûr il y a une technique sans faille et un son chaud et puissant mais il y a surtout la musicienne qui habite la partition, qui la transcende et remplit les auditeurs d’émotion et de joie.
En symbiose avec la soliste, Léonard Slatkin et le merveilleux orchestre de Lyon ont dressé un écrin somptueux dans lequel la soliste a su déployer son interprétation lumineuse.
Une des plus belles émotions musicales qu’il m’ait été donné de vivre. »

Mais comme j’ai aussi énormément apprécié l’orchestre qui a magnifiquement accompagné Hillary Hahn, j’ai alors posté un message pour les musiciens de l’Orchestre que je voudrais partager avec vous aujourd’hui.

« Aux musiciens de l’Orchestre

Je voudrais écrire ici un message de reconnaissance à tous les musiciens de l’Orchestre National de Lyon et leur directeur musical Léonard Slatkin.

Vous avez, comme l’avait dit Carlo Maria Giulini à ses musiciens du Los Angeles Philharmonic, alors qu’il y a tant de gens qui ont une profession pénible ou futile et quelquefois même vide de sens, la chance d’exercer un métier dont le but est de créer la beauté.

Cette beauté qui est présente jusque dans vos instruments : un violon est une véritable œuvre d’art.

Alors ma reconnaissance vient du fait que vous réalisez parfaitement cette quête de créer la beauté. […]

Hier j’ai entendu une artiste exceptionnelle, Hillary Hahn, j’avoue que je ne savais qu’elle pouvait être à ce niveau de musicalité et d’intensité. Je l’avais déjà entendu et je n’avais pas eu cette révélation.

Mais vous l’orchestre avait été exceptionnel, et je voulais vous l’écrire. Tous les solistes des vents, les cordes, les cuivres les bois vous avez été à un niveau extraordinaire qui ont fait de cette interprétation quelque chose de magique.

J’ai quasi 60 ans, ce que j’ai entendu hier, je le mets au panthéon de mes émotions musicales au niveau de la 8ème de Bruckner que j’avais entendu avec Celibidache et sa Philharmonie de Munich ou le quintette en ut de Schubert par les Alban Berg et Heinrich Schiff.

Les mots sont faibles, on tombe rapidement dans les superlatifs, il suffit probablement de dire que mon temps et mon existence ont été remplis par cette beauté, tout simplement que cela fait immensément du bien.

Je suis abonné depuis 6 ans et j’entends que vous réussissez de mieux en mieux dans votre quête de la beauté.

Léonard Slatkin est le catalyseur qui a permis cela, sa complicité avec Hillary Hahn, son goût pour Tchaïkovski ont bien sûr étaient un atout considérable dans l’accomplissement de l’interprétation.

Vous êtes des femmes et des hommes comme les autres, vous avez vos joies mais aussi vos difficultés, vos doutes mais n’oubliez jamais le bien que vous faites aux autres. Vous nourrissez les âmes et les cœurs.

Voilà pourquoi je tenais à vous dire ma reconnaissance. »

Ce que j’essaie d’exprimer dans ce message, c’est qu’il y a d’une part la perfection technique et la capacité de créer de l’émotion, mais surtout que l’art, et la musique particulièrement, peuvent faire du bien à tout notre être. Il faut cependant que pour arriver à ce résultat, nous soyons en capacité d’être totalement présent.
Rien que…
Rien qu’écouter et se laisser pénétrer par la musique.

Sur le Web j’ai trouvé, mais avec une piètre qualité technique, le troisième mouvement du concerto évoqué, dans la même distribution, Hillary Hahn, Orchestre National de Lyon et Slatkin, en 2011 à Lucerne :

<Concerto violon Tchaikovski 3ème mouvement Hahn Orchestre de Lyon Slatkin en 2011>

Si vous souhaitez écouter cette œuvre avec une autre magnifique artiste et dans des conditions techniques correctes : <Janine Jansen Philharmonie de Paris chef d’orchestre Paavo Jarvi en janvier 2015>

Mais pour retrouver Hillary Hahn, voici un petit extrait de Bach par cette artiste : <La gigue de la 3ème Partita de Bach à Frankfurt le 9 décembre 2016>

En décembre 2016, Hillary Hahn était déjà venu à Lyon, mais le concert où nous devions nous rendre avait été annulé en raison de la grève des personnels techniques. Et Hillary Hahn avait organisé une rencontre originale dans un bar lyonnais, qu’elle avait intitulé l’apéro tricot. Elle avait invité des personnes à venir faire du tricot pendant qu’elle jouait du violon. Vous trouverez un court extrait derrière ce lien : <Concert Apéro Tricot avec Hilary Hahn>

Hillary Hahn a enregistré en 2011 le concerto de violon de Tchaïkovski mais pas avec l’orchestre de Lyon


<Hillary Hahn en 2011>

<896>

Jeudi 18 mai 2017

« Pour qu’une chose se termine, il faut qu’une autre chose commence – et les commencements, c’est impossible à voir»
Christian Bobin

Christian Bobin est un écrivain né en 1951 et c’est avec cette citation de Christian Bobin que Christophe André finit ses 40 émissions ou chapitres de 3 minutes à méditer.

Et Christophe André écrit : « J’aime beaucoup cette phrase, mais il est aussi possible de dire exactement l’inverse : « Pour qu’une chose commence, il faut qu’une autre se termine » »

Christophe André parle bien entendu de sa série d’émissions.

Mais on pourrait appliquer cela à bien d’autres choses…

Peut-être même à ce qui se passe dans notre pays en ce moment ?

Pour la méditation en pleine conscience, Christophe André écrit encore :

« C’est beau, les choses qui se terminent.
C’est beau, les crépuscules.
Mais ce qu’il y a de plus beau encore ce sont les aurores. »

Je vous redonne le lien vers cette série d’émissions et le livre.

Mercredi 17 mai 2017

« Le divertissement Pascalien »
Blaise Pascal

Entre 1976 et 1979, je me suis égaré dans les classes de mathématiques supérieures au Lycée Kléber de Strasbourg.

Mon professeur de mathématiques de Terminale, M Wilhem, m’avait prévenu ainsi que tous mes camarades qui envisageaient le même choix après le baccalauréat : « Vous êtes fous de vouloir aller là-bas ».

A la fin de ces 3 années qui furent clôturées par un échec cinglant, j’ai lu l’avis du grand professeur de mathématiques Laurent Schwartz que je cite de mémoire sans trahir sa pensée : « Cette sélection des ingénieurs par les concours des classes préparatoires est absurde. C’est comme si pour sélectionner des futurs médecins vous organisiez un concours de musique et que vous décidiez que les meilleurs à cette sélection seraient aptes à devenir médecin »

Laurent Schwartz (1915-2002) était un esprit autorisé pour exprimer son avis sur ce point : il était l’un des grands mathématiciens français du XXe siècle, le premier de ceux-ci à obtenir la médaille Fields, en 1950 et professeur emblématique à l’École polytechnique de 1959 à 1980, il avait été élève en classes préparatoires et avait intégré à l’issu de cette période l’Ecole Normale Supérieure.

Il voulait exprimer l’idée que ce que les étudiants apprenaient pendant ces 2 ou 3 années (selon qu’on redoublait la seconde, ce qui fut mon cas) ne leur servirait que très peu pour leurs futures fonctions professionnelles, l’essentiel de ce qui était appris devait servir à nourrir les épreuves qui permettraient la sélection par voie de concours.

Ces trois années furent assez pénibles mais ce que je conserve particulièrement en mémoire est une œuvre littéraire et philosophique.

Chaque année, deux œuvres littéraires étaient étudiées. La première année ce fut d’une part les petits poèmes en prose de Baudelaire et surtout les Pensées de Pascal qui m’impressionnèrent énormément et m’apprirent surtout beaucoup de leçons de vie.

On sait que cette œuvre de cet autre grand mathématicien a pour objet central la foi et la croyance en Dieu.

Mais il y avait bien d’autres réflexions comme celle-ci par exemple

« Quand on veut reprendre avec utilité, et montrer à un autre qu’il se trompe, il faut observer par quel côté il envisage la chose, car elle est vraie ordinairement de ce côté-là, et lui avouer cette vérité, mais lui faire découvrir le côté par où elle est fausse. » (Pensée N°9)

C’est une autre façon de « tourner autour du pot » comme j’aime exprimer cette manière d’analyser des concepts ou des faits par des regards différenciés.

Pour ma compréhension des humains ce qu’il m’a appris en priorité c’est son explication du besoin de divertissement de l’homme, ce qu’on résume par le concept de « divertissement pascalien »

La Pensée N° 139 est toute dédiée à ce concept de divertissement.

Une des premières phrases marquantes souvent citées est celle-ci :

« Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose qui est de ne pas savoir demeurer au repos dans une chambre »

Un peu plus loin dans ce chapitre se trouve ce développement :

« Tel homme passe sa vie sans ennui en jouant tous les jours peu de chose. Donnezlui tous les matins l’argent qu’il peut gagner chaque jour, à la charge qu’il ne joue point, vous le rendez malheureux. On dira peutêtre que c’est qu’il recherche l’amusement du jeu et non pas le gain. Faitesle donc jouer pour rien, il ne s’y échauffera pas et s’y ennuiera. Ce n’est donc pas l’amusement seul qu’il recherche, un amusement languissant et sans passion l’ennuiera, il faut qu’il s’y échauffe et qu’il se pipe luimême en s’imaginant qu’il serait heureux de gagner ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui donnât à condition de ne point jouer, afin qu’il se forme un sujet de passion et qu’il excite sur cela son désir, sa colère, sa crainte pour l’objet qu’il s’est formé, comme les enfants qui s’effraient du visage qu’ils ont barbouillé.

D’où vient que cet homme, qui a perdu depuis peu de mois son fils unique et qui accablé de procès et de querelles était ce matin si troublé, n’y pense plus maintenant ? Ne vous en étonnez pas, il est tout occupé à voir par où passera ce sanglier que les chiens poursuivent avec tant d’ardeur depuis six heures. Il n’en faut pas davantage. L’homme, quelque plein de tristesse qu’il soit, si on peut gagner sur lui de le faire entrer en quelque divertissement, le voilà heureux pendant ce tempslà. Et l’homme, quelque heureux qu’il soit, s’il n’est diverti et occupé par quelque passion ou quelque amusement qui empêche l’ennui de se répandre, sera bientôt chagrin et malheureux. Sans divertissement il n’y a point de joie.

Avec le divertissement il n’y a point de tristesse. Et c’est aussi ce qui forme le bonheur des personnes de grande condition qu’ils ont un nombre de personnes qui les divertissent, et qu’ils ont le pouvoir de se maintenir en cet état. »

Dans la pensée 143, Pascal montre que ce choix du divertissement occupe l’homme tout au long de sa vie et prend toutes les formes : les affaires, l’apprentissage, les soins, et toutes ces choses qui occupent l’esprit.

« On charge les hommes, dès l’enfance, du soin de leur honneur, de leur bien, de leurs amis, et encore du bien et de l’honneur de leurs amis. On les accable d’affaires, de l’apprentissage des langues et d’exercices, et on leur fait entendre qu’ils ne sauraient être heureux sans que leur santé, leur honneur, leur fortune et celle de leurs amis soient en bon état, et qu’une seule chose qui manque les rendrait malheureux. Ainsi on leur donne des charges et des affaires qui les font tracasser dès la pointe du jour – Voilà, direz-vous, une étrange manière de les rendre heureux ! Que pourrait-on faire de mieux pour les rendre malheureux ? – Comment ! ce qu’on pourrait faire ? Il ne faudrait que leur ôter tous ces soins ; car alors ils se verraient, ils penseraient à ce qu’ils sont, d’où ils viennent, où ils vont ; et ainsi on ne peut trop les occuper et les détourner. Et c’est pourquoi, après leur avoir tant préparé d’affaires, s’ils ont quelque temps de relâche, on leur conseille de l’employer à se divertir, à jouer, et à s’occuper toujours tout entier. »

Dans la pensée 171 il donne l’explication centrale, mais pas encore finale. Nous nous divertissons pour éviter de songer à nous. Nous occupons, nous remplissons notre cerveau de choses plus ou moins futiles pour que l’essentiel ne trouve pas de place :

« La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement, et cependant c’est la plus grande de nos misères. Car c’est cela qui nous empêche principalement de songer à nous, et qui nous fait perdre, insensiblement. »

La pensée suivante rattache toutes ces réflexions sur le divertissement au « Rien que » de Christophe André :

« Nous ne tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours; ou nous rappelons le passé, pour l’arrêter comme trop prompt: si imprudents que nous errons dans des temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons pas au seul qui nous appartient ; et si vains que nous songeons à ceux qui ne sont rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. » (172)

La pensée 166 donne l’explication finale, le divertissement est ce que l’homme a inventé pour ne pas à avoir à penser à sa finitude :

« Divertissement – la mort est plus aisée à supporter sans y penser, que la pensée de la mort sans péril »

Pourquoi avons-nous tant besoin de faire tant de choses, d’activités ?

Pourquoi est-il si compliqué pour certains de se poser, simplement gouter le moment présent et vivre l’instant. Vivre l’instant, vivre la relation ou la solitude. Vivre l’échange ou se pacifier dans le silence ?

Le silence cher à Alain Corbin qui est si compliqué aujourd’hui à obtenir. Beaucoup sont drogués à ce besoin de bruit de fond : la radio ou la télévision sont allumés en permanence alors même qu’on n’écoute pas, qu’on ne regarde pas mais qu’il y a quelque chose qui remplit le silence.

L’explication de ce besoin de faire toujours quelque chose se trouve dans le divertissement pascalien qui en d’autres mots est une fuite.

Quand on se retrouve, faut-il faire quelque chose ou simplement se poser pour échanger ?

Et quand on est seul, faut-il toujours aller vers de multiples occupations ou simplement ne rien faire ou faire une seule chose, « Rien que »…

C’est sur ces questions que je vous laisse aujourd’hui.

Vous trouverez de larges extraits des Pensées sur ce site : http://www.croixsens.net/pascal/section11.php

Et aussi sur celui-ci : http://www.penseesdepascal.fr/Divertissement/Divertissement4-moderne.php

Mardi 16 mai 2017

« Rien que »
Christophe André, une des émissions de la série « 3 Minutes à méditer »

Toutes les émissions de cette série dont j’ai parlé hier m’ont intéressé, mais celle qui a ma préférence est celle que Christophe André a intitulé « Rien que ».

Parce que je crois qu’il y a dans cette toute petite expression : « Rien que » un enseignement de vie fondamental.

C’est particulièrement vrai dans l’échange, l’échange à deux…rien que …davantage que disponible, être présent, présent à l’autre. C’est une discipline que je tente toujours de m’appliquer.

Parfois, je m’y efforce aussi quand je marche dans la rue, regarder les gens que je croise, la nature ou la ville, le ciel et les nuages, être présent dans l’instant. Non pas penser à ce qui va se passer dans une heure, dans une semaine, dans un mois etc., vivre le moment entièrement… rien que.

Quand j’écoute la musique que j’aime, je suis particulièrement attentif, sans toujours y arriver il est vrai, à simplement écouter, embrasser intégralement le son, reconnaître les instruments, les thèmes, les détails. Ne pas laisser les pensées s’échapper vers d’autres pensées et préoccupations. Elles viendront bien assez tôt, rien que me nourrir de la musique.

Christophe André cite Montaigne :

« Quand je danse, je danse; quand je dors, je dors ; et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. »

Il commence le chapitre consacré à « Rien que » de la manière suivante :

« Il y a une imposture contemporaine qui m’agace, c’est celle du cerveau multitâche. Certains vendeurs d’écrans voudraient nous faire croire que dans notre nouvel environnement très sollicitant (écrans et téléphones, multiconnexion et musique à flots), notre cerveau aurait évolué et serait capable de faire plusieurs choses en même temps : travailler ou lire en écoutant la radio, téléphoner en conduisant, etc.

Cela arrivera peut-être un jour, dans quelques dizaines de milliers d’années. En attendant, ça ne fonctionne pas : chaque fois que nous faisons deux choses en même temps, d’une part, nous les faisons moins bien et d’autre part, cela nous fatigue et nous stresse. L’équation est simple : multitâche = risque d’erreur + risque de stress.

C’est sans doute pour cela que de tout temps, les sages, comme Montaigne, comme les maîtres orientaux, ont encouragé la pratique régulière du « rien que » : rien que manger, rien que marcher, rien que lire, rien que conduire…

Malgré les apparences, le « rien que » est difficile : nous avons souvent la tentation de faire plusieurs choses en même temps : manger en lisant, parcourir ses mails en téléphonant ou de faire quelque chose en pensant à autre chose :prendre sa douche en pensant à sa journée de travail, être à table en famille en songeant à ses soucis. Ainsi, on fait tout en pleine absence et non en pleine conscience. On se fatigue, on commet des erreurs, des oublis…

http://www.franceculture.fr/emissions/trois-minutes-mediter/rien-que

Lundi 15 mai 2017

«La méditation en pleine conscience »
Christophe André

Les 12 derniers mots du jour concernaient la politique, avec simplement une respiration le lendemain du débat calamiteux du second tour de la présidentielle avec le poème d’Eluard «Et un sourire ».

La période est particulière, il est vrai.

Mais il me semble qu’il faut aussi savoir s’extraire des contingences de l’actualité, prendre du recul, s’élever peut être, en tout cas savoir s’extraire de la pression du quotidien.

L’été dernier, Christophe André  avait, sur France Culture, fait chaque jour une émission qu’il a appelé 3 minutes à méditer que j’ai écoutée avec beaucoup d’intérêt et de plaisir. J’ai même téléchargé toutes ces émissions et je les ai réécoutées avec mon lecteur mp3. Annie a d’ailleurs fait de même.

Toutes ces émissions se trouvent toujours derrière ce lien : https://www.franceculture.fr/emissions/trois-minutes-mediter

En février 2017 un livre reprenant ces émissions a été publié avec quelques ajouts et un CD reprenant l’ensemble de ces émissions.

L’expression « La méditation en pleine conscience » n’a pas été inventée par Christophe André qui n’a pas non plus inventé cette pratique.

En introduction de son livre il écrit :

La méditation est une pratique très ancienne. Voilà plus de 1500 ans que l’on médite, en Orient comme en Occident. Aujourd’hui, elle connaît un engouement qui tient à plusieurs facteurs : nous disposons de méthodes de méditation laïques (pas besoin d’embrasser telle ou telle religion pour la pratiquer), faciles d’accès (on peut s’y initier en huit semaines environ, sans qu’il s’agisse d’une approche au rabais) et dont les bénéfices ont été confirmés par de nombreuses études scientifiques ».

Il explique son itinéraire personnel qui l’a conduit à la méditation :

« Je suis médecin psychiatre, spécialiste des troubles émotionnels, c’est-à-dire es maladies liées au stress, à l’anxiété, à la dépression.

Je me suis d’abord orienté vers leur traitement, par les médicaments, et, surtout, par les thérapies cognitives et comportementales, qui consistent à associer des mises en situation concrètes aux discussions avec le thérapeute.

Puis je me suis peu à peu intéressé à la prévention de leurs rechutes, car dans ces troubles émotionnels, les récurrences sont, hélas, très fréquentes : les patients doivent apprendre à réguler leurs émotions durant toute leur existence, c’est-à-dire à introduire dans leur quotidien des modifications durables de mode de vie, de nouvelles habitudes, de nouvelles façons de vivre. Cela concerne l’alimentation, l’exercice physique, mais aussi leur style psychologique : leur façon de voir le monde, de traverser leurs émotions, de rencontrer les moments de bonheur et les moments d’adversité. C’est dans ce cadre que j’ai commencé à utiliser la méditation de pleine conscience avec mes patients.

Une précision importante : la pleine conscience est la méthode de méditation que nous utilisons aujourd’hui dans le monde des soins. Elle est d’origine bouddhiste mais a été modifiée et laïcisée pour être utilisée dans des contextes de soins (je n’ai rien contre le bouddhisme, au contraire, mais nous n’utilisons tout simplement pas d’approche religieuse pour soigner). […]

À titre personnel, la méditation a joué un rôle très important dans ma vie. Si je vous en parle, c’est parce que mon histoire, me semble-t-il, est proche de celle de beaucoup d’autres personnes. J’avais peut-être quelques facilités : j’étais un enfant contemplatif, avec le goût du silence et de la solitude. Mais en grandissant, j’ai oublié cette dimension, pris par les rythmes et habitudes de la vie adulte : agir et réa gir, s’agiter et entreprendre. Puis j’ai traversé un drame personnel. Car l’on vient rarement à la méditation par hasard ou par simple curiosité. Il y a toujours en amont des souffrances à alléger, des problèmes à résoudre. Je me souviens d’une collègue qui, lors d’un séminaire, demandait : « Y a-t-il quelqu’un, ici, qui n’a aucun problème, aucune souffrance ? » Personne ne lève le doigt, bien sûr. Puis elle relance le public : « Et parmi celles et ceux qui ont des problèmes, qui préfère les garder tels quels plutôt que les alléger ou les résoudre ? » Pas davantage de doigts levés. Chaque humain connaît la souffrance, et chaque humain souhaite en être soulagé. Un drame personnel, donc : la mort de mon meilleur ami dans mes bras, après un accident de moto. Choqué, j’ai pris refuge dans un monastère près de Toulouse, dont m’avaient parlé plusieurs de mes patients, qui allaient s’y retirer pour s’apaiser. J’y ai découvert la vie contemplative, le recueillement, le silence, l’oraison. Je me souviens que ce n’était pas évident au début ; j’avais perdu l’habitude de ne rien faire et de ne pas fuir mes épreuves dans l’action ou la distraction. J’étais dans une situation personnelle douloureuse, j’arrivais avec des tas de souffrances. Les premiers jours, je me confrontais à des montées d’angoisse et de détresse, des doutes sur ce que ma présence ici pouvait m’apporter. Exactement ce que vivent beaucoup de nos patients, lors des premières sessions de méditation… Puis en persévérant, cela s’est doucement décanté. J’ai fait l’expérience d’une transformation intérieure, alors qu’à l’extérieur, le monde n’avait pas changé : c’est moi, mon regard, qui s’étaient modifiés. Je suis sorti du monastère avec le pressentiment que j’avais vécu quelque chose d’important qui allait m’être précieux, et vital. […]la méditation est sans doute l’outil psychologique qui m’a apporté le plus sur un plan personnel. Elle m’offre par exemple une très grande aide dans les moments de détresse émotionnelle : ils sont désormais moins intenses, moins durables. De sorte que je sais mieux affronter les mauvais passages et l’adversité. Elle m’a aussi apporté une aptitude à mieux savourer les bons moments, à comprendre qu’il ne suffit pas que les sources de bonheur possible soient là, mais qu’il faut leur ouvrir son esprit, leur accorder de l’attention, leur ouvrir son cœur. Qu’il ne faut pas se contenter de regarder le ciel ou une fleur en passant, mais s’arrêter, ne serait-ce que quelques secondes, respirer, savourer l’instant que nous vivons… »

Et pour commencer, la première émission comme le premier chapitre de son livre s’intitule : <Le souffle>

Car la première étape est de se centrer sur sa respiration, respiration par le nez non par la bouche. Il s’agit du moyen le plus puissant pour se connecter à l’instant présent.

Respirer profondément et se concentrer sur ce souffle qui révèle que nous sommes en vie et qui va nous permettre, en étant attentif, à la fois de prendre conscience de notre corps, de notre environnement et de l’instant présent.

En exergue de ce chapitre il cite Lamartine : « Je chantais, mes amis, comme l’homme respire, Comme l’oiseau gémit, comme le vent soupire (…) »

Je ne peux que vous conseiller d’essayer comme l’écrit Christophe André : « Prendre plusieurs fois dans la journée le temps de respirer, seulement respirer, en pleine conscience, pendant deux ou trois minutes… »

Vendredi 12 mai 2017

« Un monopoly amélioré »
Invention de l’Observatoire des inégalités

Aujourd’hui je vous propose un jeu.

En fait il s’agit d’une vidéo montrant des enfants jouant à un jeu bien connu, mais avec des règles particulières.

Je vous renvoie vers cette vidéo que vous trouverez derrière ce lien : http://www.videobuzzy.com/Quand-des-enfants-jouent-au-Monopoly-avec-des-regles-injustes-14445.news

Je vous la décris brièvement :

Des enfants sont installés autour d’une table pour jouer au Monopoly.

Mais il y a un maître du jeu qui fixe les règles :

Une moitié des joueurs commencent le jeu avec 1500 euros, l’autre avec 750.

Un des joueurs favorisés aura 3 rues et 2 maisons dès le début du jeu

Un joueur possède une carte qui lui permet de ne jamais aller en prison.

Etc..

Vous comprenez.

Les enfants protestent, disent c’est injuste, ça ne va pas. Mais le jeu continue.

En fait ce n’est pas un jeu.

C’est ainsi que cela se passe dans la vraie vie !

La séquence a été réalisée par lObservatoire des inégalités, un organisme indépendant qui collecte des données et des statistiques sur les inégalités sociales pour les rendre public.

Peut-être qu’ainsi il est plus facile d’appréhender la réalité du monde, du marché libre et concurrentiel où tout le monde a sa chance…

Cela ne contredit pas le mot du jour d’hier et les réflexions de Slotedijk, cela les complète.

Jeudi 11 mai 2017

« [Cette élection] : voilà bien la preuve que la France possède encore un esprit ouvert à la surprise. »
Peter Sloterdijk


Peter Sloterdijk est un philosophe et essayiste allemand né en 1947. Il est d’usage de voir en lui une figure importante de la pensée européenne.

Le Point lui donne la parole pour réagir à l’élection de notre jeune président. Sa pensée n’a pas pour vocation d’être consensuelle mais d’apporter un éclairage décapant et qui peut sans doute heurter quelques sensibilités de gauche. Mais on ne peut progresser qu’en entendant et en comprenant des pensées alternatives qui nous obligent à sortir de notre quiétude de pensée et nos certitudes indolentes.

Vous trouverez cet article derrière ce lien : <Les français ont choisi Macron pour se renouveler eux-memes>

J’en livre quelques extraits :

« [Cette élection] : voilà bien la preuve que la France possède encore un esprit ouvert à la surprise. Ce qui est déjà un constat remarquable dans un pays où politique et administration se sont confondues depuis cinquante ans et où tout se réglait, précisément, par l’élimination de la surprise : partis puissants, candidats ayant fait carrière dans ces outils en place que la philosophe Simone Weil voulait d’ailleurs, notons-le, supprimer chez vous dès la Seconde Guerre mondiale. « Si on confiait au diable l’organisation de la vie publique, il ne pourrait rien imaginer de plus ingénieux », écrivait-elle de ces appareils à reproduire le même… Ce qu’on peut déduire du succès du « marcheur » Macron, c’est que les Français eux-mêmes ont compris que la France ne pouvait pas continuer dans cette voie sans issue.

[…] Du point de vue psychopolitique, c’est une personnalité qui fonctionne comme un émetteur-récepteur : c’est un collecteur de rayons de soleil et de séismes encore peu perceptibles dans le pays, ces « grands événements » qui « arrivent toujours sur des pattes de pigeon », comme disait Nietzsche. Macron me semble incarner le désir de la majorité des Français de sortir de cet état de dépression et d’hystérie qui caractérise les hommes et les femmes de l’Hexagone depuis un bout de temps. Ils l’ont choisi, lui, un représentant si frais, si neuf, afin de pouvoir se renouveler eux-mêmes. […]

Lors d’une émission de radio j’ai entendu cette réflexion d’un commentateur qui m’a interpellé : « Cette campagne pénible et déprimante a finalement accouché d’un vainqueur optimiste  »

Mais ce philosophe ose des éclairages s’appuyant sur l’Histoire européenne plus ancienne. Car rappelons que la Réforme n’a pas pu s’imposer en France et que Louis XIV a rompu avec l’Edit de Nantes de Henry IV ce qui a eu pour conséquence de faire fuir les protestants français hors de France pour enrichir la Suisse, la Prusse et aussi les Pays Bas. Max Weber avait théorisé un lien étroit entre le développement du capitaliste libéral et le protestantisme.

« L’élection de Macron pourrait être une réponse inconsciente à l’expulsion des protestants par Louis XIV, qui a fermé à la France la voie de la Réforme. Aujourd’hui, on parlerait « des » réformes… C’est le même mot. La France a oublié que le catholicisme a concentré un énorme pouvoir politique et idéologique jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le catholicisme a été le troisième élément dans le trio infernal des antilibéraux qui a marqué l’histoire du XXe siècle, le national-socialisme et le communisme étant les deux autres pôles. En France, on a cru éliminer le catholicisme en le remplaçant par une laïcité acharnée, mais l’attitude antilibérale restait intacte. Vous aurez noté que la Conférence des évêques de France a refusé d’appeler à voter expressément contre le Front national, et encore moins pour Macron. Les démons de l’antilibéralisme sont encore en embuscade. Mais la tragédie de la France remonte à un passé plus profond. Dans ce pays, il a toujours existé deux peuples différents qui malheureusement portent le même nom : les Français enfants de la Révolution et les autres Français, enfants de la France catholique éternelle. La grande force de De Gaulle, c’était d’avoir réconcilié ces deux peuples français. Aujourd’hui, les effets de la réconciliation se délitent, et c’est sans doute pour cela que l’ensemble du petit monde politique, chez vous, en appelle aux mânes de votre Général et prétend même enfiler son costume mythique, au risque de le salir. Oui, c’est cette rupture que l’on sent encore aujourd’hui faire gémir et convulser le pays, et c’est beaucoup plus profond que le clivage gauche-droite, qui n’est pas totalement obsolète mais qui représente, pour moi, plutôt une « façade » folklorique.

Il exprime ensuite des mots très durs pour Mélenchon dont il dit :

« La touche personnelle de Mélenchon, c’est son invention d’un national-anarchisme, et son antigermanisme primaire, son programme économique d’un romantisme vénézuélien qui mise sur un miracle économique artificiel par l’explosion de la dette publique, sa haine de l’argent même gagné par le travail, ce ne sont pas des traits révolutionnaires, mais plutôt fascisants  ! Et je ne parle pas, chez ce fonctionnaire issu du cercle des courtisans de Mitterrand, de son narcissisme hologrammique, »

Et puis il explique avec ses mots sa vision de l’Europe et de la France quant à l’ultralibéralisme qui est exagéré et nous renvoie à notre difficulté de perdre ce qu’il appelle notre « rente de civilisation. »

« Soyons réalistes  ! L’Europe continentale n’a jamais été ultralibérale, et encore moins la France, qui est une nation profondément étatisée reposant sur une fiscocratie ultraperformante. Avec un taux de prélèvements obligatoires de 44  % du PIB, il serait tout simplement aberrant de prétendre que le néolibéralisme est au pouvoir. L’agitation contre le néolibéralisme prétendument dominant n’est qu’une ruse de la rhétorique de gauche pour aller encore plus loin dans la direction du semi-socialisme réel. Le populisme de gauche et de droite qui sévit en France et dans le reste de l’Europe est l’expression d’un ressentiment devant la perte d’un certain nombre de privilèges qui ont été ceux de l’Européen des classes populaires depuis les années 1950. On profitait d’une sorte de « rente de civilisation » qui faisait que, quand on naissait en France ou en Allemagne, on avait des avantages considérables sur un compétiteur né en Inde ou en Chine. À l’époque, des ouvriers peu qualifiés pouvaient se permettre une maison, une voiture, une famille. On pourrait dire, à un moment précaire et intenable de l’évolution économique, qu’on se faisait payer pour le simple fait d’être français ou allemand. Comme le maître de Figaro chez Beaumarchais, on ne s’est longtemps donné que la peine de naître… au bon endroit  ! Avec le progrès de la mondialisation, la rente européenne se dissout. Les masses se mettent en colère contre leurs dirigeants, qui ne peuvent rien au fait que les autres nous rattrapent. L’anomalie de la rente de civilisation va disparaître peu à peu, c’est dans la logique des choses, même si vous me dites que vous êtes insoumis.

Tant mieux, mais expliquez : insoumis à quoi  ? À la compréhension de la situation globale. »

Et il finit par une citation de Goethe :

« Notre sage de Weimar, le vieux Goethe, avait remarqué, le 8 mai 1830, face à un savant polonais : « La nation française est la nation des extrêmes; elle ne connaît en rien la mesure. Équipé d’une énergie puissante, morale et physique, le peuple français pourrait soulever le monde s’il découvrait un point d’appui ; mais il ne semble pas savoir que, lorsqu’on veut soulever de lourdes charges, on doit trouver leur centre de gravité. » Alors, Français, encore un effort si vous voulez être à la hauteur de l’époque  ! » »

Mercredi 10 mai 2017

« Le choc des légitimités »
Autres réflexions et regards sur cette présidentielle qui vient de s’achever

Mon neveu Grégory qui a répondu au mot du jour d’hier avec cette constatation étonnée : « le président est plus jeune que moi ! » avait eu cette belle formule, il y a 5 ans à propos de François Hollande : « Il faut laisser sa chance au produit »

Cinq ans plus tard, la chance est passée…

Nous repartons donc avec un nouveau produit pour 5 ans !

Je vais tenter une analyse froide, neutre de ce qui me semble être la problématique de fond de ce qui va suivre dans notre vie politique nationale.

Emmanuel Macron avait émis deux critiques sur la manière dont François Hollande avait conduit la réforme du code du travail dite « Loi El Khomri » : La première critique était qu’elle arrivait trop tard dans le quinquennat et la seconde qu’elle n’avait pas été annoncée lors de la campagne présidentielle. Et il expliquait que les électeurs de François Hollande pouvaient se sentir trahis parce qu’on ne leur avait rien dit et que dans leur esprit ils ne l’avaient pas élu pour ça.

Sur le fond Emmanuel Macron considère qu’il faut aller beaucoup plus loin dans la dérégulation du droit du travail en permettant de très larges marges de manœuvre au niveau de la négociation dans l’entreprise.

Mais en pleine cohérence avec sa critique de François Hollande, il a, dans sa campagne, annoncé très rapidement qu’il voulait faire évoluer le code du travail dans le sens qu’il souhaitait. En outre, pour aller plus vite il prévoyait de réaliser cette loi par voie d’ordonnances.

Ce qui signifie que l’assemblée nationale donne l’autorisation au gouvernement dans un domaine précis et dans un cadre défini d’écrire la Loi dans le détail, ce qui est normalement du seul ressort du pouvoir législatif. Une fois la loi écrite, le Parlement doit vérifier si le domaine et le cadre ont été respectés et ratifier les ordonnances. Il y a donc bien intervention du parlement, mais le travail de fond et bien sûr les débats qui sont la raison d’être du Parlement lui ont totalement échappé.

Emmanuel Macron considère que le problème principal de la France est le chômage de masse et que l’assouplissement des contraintes du droit de travail constitue une solution essentielle à ce problème.

Il n’a jamais varié sur ce point.

Les Français l’ont élu. Ils ne pouvaient ignorer qu’au centre de son projet il y avait cette réforme à réaliser en toute urgence. Il a voulu être élu pour faire cela, il n’a trompé personne. Devant les demandes explicites de Jean-Luc Mélenchon de renoncer à cette réforme ou au moins de renoncer de la faire par la procédure des ordonnances comme prix ou compromis pour qu’il appelle à voter pour lui, le futur Président a encore répondu négativement.

Il est donc totalement légitime de mettre en œuvre cette réforme puisqu’il a été élu.

Mais face à cette légitimité, celles et ceux qui refusent cette réforme en opposent une autre en expliquant qu’au premier tour Emmanuel Macron n’a obtenu que 24% des voix et qu’une grande partie de ces électeurs n’ont pas fait un vote d’adhésion mais un vote d’évitement : éviter que face à la candidate d’extrême droite se trouve un candidat dont il voulait encore moins que Macron.

Le second tour étant quant à lui un véritable vote de rejet de l’autre candidate et d’aucune manière une approbation du programme proposé par notre jeune Président.

Il y a donc choc des légitimités.

Mais comment reprocher à Emmanuel Macron de vouloir appliquer le programme qu’il a annoncé et qui selon lui règle une grande part du problème qui est posé à la France à savoir le chômage de masse.

Comment sort-on d’une telle contradiction ?

Très simplement en allant voter aux élections législatives et non pas en s’abstenant comme cela s’est toujours passé lors des épisodes précédents de ce feuilleton qui n’existe qu’en France où il faut voter 4 fois avant d’avoir un pouvoir exécutif et législatif en capacité de fonctionner. Ce feuilleton auquel s’ajoutent 2 autres tours si on participe à des primaires.

Donc il faut voter aux législatives :

Si vous voulez qu’Emmanuel Macron puisse mettre en œuvre le programme auquel il croit, il faut voter pour la ou le candidat qui soutient le Président.

Si vous voulez le contraire, il faut voter pour la ou le candidat qui veut le contraire.

Et après cet exercice démocratique, le choix des français s’imposera dans un sens ou dans l’autre.


 

Mardi 9 mai 2017

« Tu te sens très vieux le jour où tu t’aperçois que le président de la République a 20 ans de moins que toi »
Réflexions personnelles après l’élection de dimanche

La première fois que j’ai eu conscience de la politique c’était en 1969, j’étais un très jeune enfant, et les français avaient élu Georges Pompidou qui évidemment m’apparaissait très vieux.

En 1974, j’avais 16 ans et je n’avais pas le droit de vote mais je me suis très intéressé à cette bataille électorale.

A partir de 1974, jusqu’en 2007, c’est-à-dire 33 ans, donc pour l’instant plus de la moitié de ma vie, la Présidence de la République a été accaparée par 3 hommes Giscard d’Estaing né en 1926, Mitterrand né en 1916 et Chirac né en 1932.

Même si Giscard est arrivé au pouvoir jeune, à 48 ans, il était beaucoup plus vieux que moi. Le plus jeune des 3 avait 26 ans de plus que moi.

Mitterrand et Chirac, lors des grandes cérémonies mondiales étaient souvent les vieux de ces aréopages.

En 2007 et 2012, les élus devenaient davantage mes contemporains, Sarkozy était né 3 ans avant moi et Hollande 4 ans.

Tout ceci était fort raisonnable, je ne m’attendais donc pas en 2017 à une telle rupture générationnelle.

D’ailleurs Emmanuel Macron, sera le benjamin lors du prochain G20.

Les politiques français ne m’avaient pas préparé à un tel choc, et le monde n’était pas habitué que la France puisse apparaître aussi jeune.

Jusqu’à présent c’était eux qui se moquaient de notre incapacité à renouveler notre personnel politique.

Mais maintenant avec un Président de 39 ans, c’est la France qui fait rayonner sa jeunesse.

Tony Blair est devenu premier ministre anglais à 44 ans, comme David Cameron.

Comme José Zapatero, premier ministre espagnol à 44 ans, battu par son prédécesseur José Maria Aznar 43 ans.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau l’est devenu à 44 ans aussi.

Et c’est finalement en Italie qu’on trouve Matteo Renzi qui était devenu premier ministre à 39 ans.

Mais maintenant la France peut dire, nous avons élu un président de 39 ans.

Sa jeunesse est un atout, il peut certainement mieux comprendre le monde du XXIème siècle que ceux qui sont restés dans leurs schémas du XXème siècle !

Saura t’il pour autant trouver les voies pour réconcilier les français et faire évoluer l’Europe dans le sens de la protection de ses habitants ?

Ce sont des défis énormes, il faut bien l’enthousiasme et l’énergie d’un jeune homme brillant et cultivé de 39 ans pour espérer s’approcher de ces objectifs.

Vendredi 5 mai 2017

Vendredi 5 mai 2017
« Je crois à une France lumineuse qui se battra toujours pour ses valeurs. »
Fatou Diome lors de l’émission du Gros Journal de Canal + du 22 mars 2017
Mon ami Philippe a mis en lien sur facebook cet extrait du Gros Journal de Canal+ où le journaliste Mouloud Achour reçoit l’écrivaine et universitaire franco-sénégalaise Fatou Diome et lui pose la question : « Vous avez peur de Marine Le Pen ou pas ? »
Et qu’elle répond : « Je n’ai peur d’elle, c’est elle qui a peur de moi ! »
Cette réponse déclenche un fou rire chez le journaliste. Quand le journaliste arrive enfin à se calmer et demande à Fatou Diome d’expliquer, cette dernière se lance dans un plaidoyer remarquable, prononcé d’une seule traite, qui conduit le journaliste à rester en suspens et puis effacer une larme à l’œil.
Fatou Diome, c’est cette femme noire qui a été découverte par la France entière alors qu’elle était invitée par Frédéric Taddei à l’émission de France 2, le 24 avril 2015, après un nouveau naufrage à Lampedusa de migrants cherchant refuge en Europe : http://www.dailymotion.com/video/x2o4viv
Dans cette émission elle se lance aussi dans une harangue qui cloue le bec à ses contradicteurs et elle dit notamment :
«  Ces gens-là qui meurent sur les plages, et je mesure mes mots, si c’était des blancs, la terre entière serait en train de trembler ! Mais là, ce sont des noirs et des arabes (…) Si on voulait sauver les gens, on le ferait, mais on attend qu’ils meurent d’abord ! Et on nous dit que c’est dissuasif, mais ça ne dissuade personne, car celui qui part pour sa survie, considère que sa vie (qu’il peut perdre lors du voyage) ne vaut rien, celui-là n’a pas peur de la mort !”
A la réponse d’un invité sur l’importance de fermer les frontières pour éviter l’arrivée massive de migrants, Fatou Diome a présenté l’homme “blanc” comme un poisson rouge : « Monsieur, vous ne resterez pas comme des poissons rouges dans la forteresse Européenne ! A l’heure d’aujourd’hui, l’Europe ne sera plus jamais épargnée, tant qu’il y aura des conflits ailleurs dans le monde (…) Alors il faut arrêter l’hypocrisie, on sera riche ensemble ou on se noiera tous ensemble !  »
Vous trouverez un article de l’Humanité où elle répond à un entretien après cette émission
Mais revenons à sa réponse à Mouloud Achour où elle explique qu’elle n’a pas peur de Marine Le Pen :
« Non je n’ai pas peur d’elle !
Vous savez le rejet a toujours peur de l’amour.
Moi je suis une fille, je suis venu en France par amour. Donc rien, aucune haine, aucun rejet ne me fera rejeter la France.
Et quand vous dites cela, vous faites peur aux sectaires, vous faites peur aux populistes.
Parce que moi, quand je dis cela, je m’accroche aux lumières européennes.
Quand je dis cela, je dis vos idées ténébreuses ne peuvent pas enterrer Montesquieu.
Vos idées ténébreuses ne feront pas enterrer Marianne.
Vos idées ténébreuses n’empêchent pas que cette République a mis Marie-Antoinette au trou et Victor Hugo au Panthéon, il y a des raisons à cela.
L’amour est plus fort que la haine.
Et la culture est toujours plus forte que l’ignorance.
Je crois à une France lumineuse qui se battra toujours pour ses valeurs.
C’est pour cela que je la respecte.
Et je la somme de me donner une preuve que tout ce qu’elle m’a enseigné est absolument véridique.
Je la somme de me montrer qu’elle est à la hauteur de son histoire lumineuse et humaniste.
[…]
Je veux que la France de Victor Hugo me dise que le simple rejet des misérables d’aujourd’hui ne justifie pas le racisme
La liberté gagné à la guerre, cette liberté-là n’est pas que pour que les enfants blancs de Marianne.
Cette liberté là c’est pour tous les enfants de Marianne et tous ceux qui sont morts au front pour la défendre et pour la léguer à leurs enfants.
Je suis une de ces enfants »
Le journal l’Humanité, déjà cité, raconte son histoire :
Fatou Diome est une enfant de l’amour et du scandale. Ses parents avaient (?) 18 ans, ils s’aimaient et n’étaient pas mariés. Elle naît en 1968 à Niodior, (?) une île de pêcheurs du Sénégal. Élevée par sa grand-mère, Aminata, sa référence, elle fréquente l’école en cachette et devra se débrouiller pour aller au collège.
Commencent les petits boulots, elle n’a pas encore 14 ans.
Fatou veut être professeur de français. Elle va à l’université de Dakar. En 1994, elle arrive en France, suivant l’homme qu’elle aime et a épousé. Rejetée par sa belle-famille, elle divorce et poursuit ses études à l’université de Strasbourg. À nouveau les galères: ménages, gardes, cours … pour payer son agrégation ? de français et sa thèse de lettres.
En 2001, Fatou publie un recueil de nouvelles, « la Préférence nationale».
Elle connaît la consécration, dès 2003, avec son premier roman, « le Ventre de l’Atlantique », traduit dans plus de 20 langues. « Je n’étais pas une femme de ménage devenue écrivain, j’étais une étudiante qui faisait des petits boulots », répond-elle à ceux qui veulent faire de son parcours un conte de fées.
Si vous voulez voir l’émission du Gros journal de Canal dans son intégralité : http://www.dailymotion.com/video/x5fpitw_le-gros-journal-avec-fatou-diome-l-integrale-du-22-03-canal_tv
Elle vient de publier un nouveau livre dont parle l’émission de Canal + : <Marianne porte plainte !>, il est paru en mars 2017
Voilà ce que j’avais envie d’écrire comme mot du jour avant le vote du 7 mai 2017.