j’acquitterai, à mon tour, la dette que nous avons »
Lundi 18 mai 2015
j’acquitterai, à mon tour, la dette que nous avons »
La communauté formée de celles et de ceux que nous aimons, de celles et de ceux qui nous ont construit et avec qui nous avons partagé des moments de joie, de rire, d’approfondissement, de partage, compte des personnes vivantes et des personnes qui ne le sont plus.Je crois que nous avons tous appris ou accepté comme une évidence que le monothéisme constituait un immense progrès par rapport au polythéisme.
Même les athées, les incroyants, les disciples des Lumières admettaient qu’il était plus rationnel de croire en un seul Dieu qu’en plusieurs Dieux.
C’était inscrit dans l’Histoire de l’Humanité : un progrès de l’intelligence.
Croire en plusieurs Dieux, c’était une manifestation de l’ignorance : tout ce que l’homme ne comprenait pas il en faisait un Dieu, que souvent il représentait par une idole, des statues.
Croire en un seul Dieu, c’était autre chose, cela ne relevait pas de cette même tentative d’explication du Monde que l’ignorance des hommes ne permettait pas de comprendre. Ce Dieu était plus difficilement représentable, souvent d’ailleurs il était ou il reste interdit de tenter de le représenter.
Il y a quand même quelque chose qui m’interpelle à travers le prisme d’une valeur qui me paraît très importante et que je pense que beaucoup partage : la tolérance.
Les romains étaient polythéistes, ils ont colonisé toute la méditerranée, imposé la « pax romana » et largement profité économiquement de toutes leurs colonies. Mais ils acceptaient que d’autres peuples adorent d’autres dieux que les leurs. Ils ont même admis que le peuple de Judée adore un Dieu particulier. Ils avaient un peu de mal d’abord parce que les habitants Judée ne voulaient pas rendre la politesse aux romains et adorer l’empereur, ensuite parce que cette religion a généré sans cesse des sectes et des conflits théologiques qui créaient de grand désordres dont les romains ne voulaient pas.
Mais au regard de nos valeurs, les romains étaient tolérants et les judéens intolérants.
Ceci nous amène à un second stade de réflexion : voilà un homme ou une femme [mais ce fut quand même plus souvent le fait des hommes], qui croit en un seul Dieu, le sien et qui par voie de conséquence croit que ceux qui ne croient pas dans ce Dieu sont dans l’erreur. Ils ne pensent pas que les autres pensent différemment, non ils sont persuadés que les autres se trompent.
Nous sommes donc dans le domaine de la pensée unique naturellement intolérante.
Quand de belles personnes avec de grandes idées humanistes disent que tel ou tel comportement est un dévoiement de telle religion monothéiste, il néglige ce fait structurel, consubstantiel au monothéisme que celui qui ne croit pas comme toi, ne pense pas différemment mais se trompe.
A cela s’ajoute une autre croyance de ces religions : le passage sur cette terre est temporaire, c’est une évidence. Mais pour ces religions il constitue surtout un épisode secondaire et plutôt une série d’épreuves qui doit préparer à l’épisode principal qui n’est pas sur cette terre.
Donc abréger la vie terrestre par le feu, le sabre ou d’autres mises à mort n’est pas important, dans la mesure où d’une part l’infidèle va pouvoir par le passage vers l’autre vie s’amender et comprendre qu’il s’est trompé et d’autre part parce que cela permet d’éviter qu’il contamine les autres croyants par ses pensées « malsaines ».
Le grand historien Maurice Sartre écrivait en 2009 :
« Les polythéismes antiques ne se pensaient pas détenteurs d’une vérité absolue. Quitte à surprendre, on pourrait affirmer que la différence principale entre les monothéismes et les polythéismes antiques ne réside pas tant dans le nombre des dieux que vénèrent les fidèles que dans la conception que les uns et les autres se font des dieux des autres.
Pour les trois grands monothéismes, il n’existe qu’un Dieu et un seul, le leur, et toute autre croyance relève de l’idolâtrie. Ils se fondent en quelque sorte sur l’exclusion, sur la séparation entre deux groupes antagonistes, fidèles et infidèles, croyants et incroyants, quel que soit le nom qu’on leur donne selon les époques.

En conséquence, l’Autre apparait comme un adversaire qu’il faut amener à croire de gré ou de force.
Même si le judaïsme a renoncé depuis longtemps à cette quête missionnaire, il ne la récuse pas et envisage la conversion de tous à la fin des temps. Quant au christianisme et à l’islam, il suffit de se retourner sur leur longue histoire de violences pour prendre conscience de leur volonté de domination universelle et exclusive.
A cette logique de l’exclusion et de l’hostilité (qu’il convient naturellement de nuancer en fonction des lieux et des temps), les polythéismes antiques opposent une conception du divin radicalement étrangère, qui me semble interdire la naissance d’un intégrisme ou, si l’on préfère, d’un fondamentalisme.
En premier lieu, les polythéismes se montrent ouverts aux autres : pour un Grec, un Romain, un Gaulois ou un Égyptien, les dieux des autres sont des dieux au même titre que les siens propres. Et il n’est pas rare que pour des raisons diverses, à titre collectif ou à titre individuel, les dieux étrangers s’intègrent à un panthéon qui n’est pas le leur. L’Egyptienne Isis, la Phrygienne Cybèle, l’Iranien Mithra, la Syrienne Atargatis trouvent des fidèles partout et dans tous les milieux.
De plus, Grecs et Romains ont su reconnaître spontanément dans les dieux des peuples voisins les équivalents, parfois approximatifs, de leurs propres dieux : tout maitre du panthéon devient facilement un Zeus ou un Jupiter. Mais ce qui compte et qu’il faut souligner, c’est que les polythéismes antiques, selon l’heureuse formule de Jan Assmann, sont « traductibles ». Loin d’être des ensembles clos, figés dans l’absolue certitude d’être seuls détenteurs de la Vérité, les polythéismes antiques se montrent au contraire largement ouverts à la vérité des autres.
Un second point est essentiel rend incompatible, me semble-t-il, l’intégrisme avec les polythéismes antiques. Alors que les monothéismes se fondent sur des textes réputés inspirés par Dieu, voire délivrés par Dieu lui-même (la loi de Moïse, le Coran incréé), interdisant toute remise en cause sous peine de sacrilège, les polythéismes antiques reposent sur des mythes aux contours mouvants : si la trame générale reste identique, les variantes de chaque mythe sont innombrables. Comme aucun de ces textes n’est considéré d’origine divine, il est loisible aux poètes ainsi qu’aux dirigeants des cités de les adapter à leurs besoins esthétiques ou politiques.
Nul ne peut se prévaloir d’un texte « sacré » immuable pour fonder une vision de la société et du monde qu’il prétendrait imposer à tous.
D’ailleurs – et c’est le troisième point essentiel qui interdit l’émergence d’un intégrisme – aucun dieu, au sein des polythéismes antiques, ne prétend imposer à ses fidèles une interprétation globale du monde et dicter les comportements individuels. La morale sociale ne découle pas d’un ordre divin, même si les dieux sont susceptibles de punir le fautif. Bien que le religieux soit omniprésent dans la cité grecque et romaine, il reste subordonné au politique : le fait que le prêtre soit un magistrat parmi d’autres et exerce généralement ses fonctions à titre temporaire interdit qu’il cherche à imposer une loi « divine » comme norme à l’ensemble de la société.
Les lois sacrées méritent le même respect que les autres, mais se bornent à établir les règles à suivre en matière de culte, et ne prétendent pas réguler les comportements individuels ou collectifs à chaque instant de la vie.
On trouverait sans doute d’autres raisons qui interdisent l’intégrisme dans les polythéismes antiques telles que la conception du divin, l’absence d’autorité religieuse centralisée ou l’ignorance de la notion de dogmes et donc d’hérésie. Mais la nature ouverte des polythéismes les conduit structurellement à la tolérance.»
Un monothéisme est naturellement intolérant.
C’est l’intelligence des hommes, des institutions politiques qui sont capable de faire vivre plusieurs religions ensemble qui permettent de surpasser ce germe intolérant du monothéisme.
Mais que l’on regarde dans l’Histoire chaque fois qu’une religion monothéiste s’est emparée seule du pouvoir politique ou s’est appuyée sur le pouvoir politique pour imposer une pensée unique à la société (comme par exemple l’inquisition espagnole), c’était l’intolérance, la violence, la répression et la délation qui régnaient sur cette société. C’était le cas de la France catholique avant le combat des lumières, c’était le cas de la Genève calviniste, c’est aujourd’hui, encore, le cas de l’Arabie Saoudite sunnite, de l’Iran chiite et du plus ignoble d’entre tous l’Afghanistan des talibans..
Cette violence, cette intolérance n’est pas l’apanage du judaïsme, du christianisme ou de l’islam, c’est le germe inscrit dans le monothéisme qui n’est pas régulé par l’intelligence et la tolérance des hommes.
Ce 7 mai je suis en congé et normalement dans ce cas je n’écris pas de mot du jour.
Mais je fais une exception pour célébrer ce beau mois de mai où la France magnifie le droit à la paresse grâce à tous ces jours de congé, ces ponts, ces viaducs, inimaginables dans un autre pays du monde. Le monde entier se moque de ces français paresseux, même si l’envie et la jalousie ne sont pas loin.
Mais pour comprendre, il faut se rappeler que c’est un français, Paul Lafargue, qui a écrit en 1880 « Le droit à la paresse »
Wikipedia écrit que c’est « un manifeste social qui centre son propos sur la « valeur travail » et l’idée que les hommes s’en font.»
Dans cet ouvrage Paul Lafargue écrit :
« Pour qu’il parvienne à la conscience de sa force, il faut que le prolétariat foule aux pieds les préjugés de la morale chrétienne, économique, libre penseuse ; il faut qu’il retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les Droits de la Paresse, mille et mille fois plus sacrés que les phtisiques Droits de l’Homme concoctés par les avocats métaphysiques de la révolution bourgeoise ; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit. »
Paul Lafargue est un socialiste français né à Santiago de Cuba, le 15 janvier 1842. C’est son essai Le Droit à la paresse qui a surtout assuré sa notoriété
En 1865, il vient présenter l’état du mouvement socialiste français au conseil général de l’Association internationale des travailleurs à Londres. Il rencontre Friedrich Engels et Karl Marx (en février 1865), dont il épouse la seconde fille, Laura Marx, en avril 1868. Après son exclusion de l’université en France, il retourne à Londres finir ses études. Il fut élu au conseil général de l’Internationale et fréquenta régulièrement les Marx.
Il rentre alors en France où il devient membre de la Première Internationale. Il participe à la Commune de Paris en 1871.
Il fuit la France pour l’Espagne afin d’éviter d’être arrêté.
Il fonde, à Madrid, une section marxiste (1871) de la première Internationale. Il y dirige des groupes ouvriers et combat les thèses anarchistes. Après s’être rendu au Portugal, Lafargue revient à Londres où il rencontre Jules Guesde. Il rentre en France après l’amnistie et fonde, avec Guesde, le Parti ouvrier (1880) et son périodique, Le Socialiste (1885-1904).
Il est incarcéré en 1883 à la prison Sainte-Pélagie pour propagande révolutionnaire, où il rédige le Droit à la paresse.
Gallica a mis en ligne l’intégralité de l’ouvrage : <Le droit à la paresse : réfutation du droit au travail, de 1848 / par Paul Lafargue>
Ouvrage qui commence par cette introduction :
« M. Thiers, dans le sein de la Commission sur l’instruction primaire de 1849, disait: «Je veux rendre toute-puissante l’influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l’homme qu’il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l’homme: « Jouis ».» M. Thiers formulait la morale de la classe bourgeoise dont il incarna l’égoïsme féroce et l’intelligence étroite.
La bourgeoisie, alors qu’elle luttait contre la noblesse, soutenue par le clergé, arbora le libre examen et l’athéisme; mais, triomphante, elle changea de ton et d’allure; et, aujourd’hui, elle entend étayer de la religion sa suprématie économique et politique. Aux XVe et XVIe siècles, elle avait allègrement repris la tradition païenne et glorifiait la chair et ses passions, réprouvées par le christianisme ; de nos jours, gorgée de biens et de jouissances, elle renie les enseignements de ses penseurs, les Rabelais, les Diderot, et prêche l’abstinence aux salariés. La morale capitaliste, piteuse parodie de la morale chrétienne, frappe d’anathème la chair du travailleur; elle prend pour idéal de réduire le producteur au plus petit minimum de besoins, de supprimer ses joies et ses passions et de le condamner au rôle de machine délivrant du travail sans trêve ni merci. »
À partir de 1906, il rédige régulièrement des éditoriaux pour l’Humanité.
À 69 ans, en 1911, proche de la limite d’âge de 70 ans qu’il s’était fixé, il se suicide à Draveil avec sa femme Laura Marx, en se justifiant dans une courte lettre : « Sain de corps et d’esprit, je me tue avant que l’impitoyable vieillesse qui m’enlève un à un les plaisirs et les joies de l’existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi et aux autres. »
Paul Lafargue et Laura Marx sont enterrés au cimetière du Père-Lachaise (division 76), face au mur des fédérés.
« Libération » prétend qu’il faut relire le droit à la paresse <d’urgence>
Moustaki a chanté une chanson lui rendant hommage : <Georges Moustaki – Le droit à la paresse>
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L’expression complète de Mauroy est
« Pour la droite, la première liberté, c’est la sécurité. Nous inversons la proposition : pour nous, la première sécurité est la liberté. »
Sous le titre <« La sécurité est la première des libertés. » Ou l’inverse ?> Rue 89 a publié, le 23/04/2015, un article dont je cite ci-après quelques extraits :
« En 1981, quand Alain Peyrefitte faisait de la sécurité la première des libertés, Pierre Mauroy inversait la proposition. Depuis, la gauche, à commencer par Manuel Valls, a adopté cette posture hier affichée par le FN.
De la bouche d’un gaulliste à celle d’un Premier ministre socialiste. En passant par une affiche de Jean-Marie Le Pen, Marion Maréchal-Le Pen dans les bras, pour les régionales en Paca, en 1992. « La sécurité, première des libertés » est une formule qui a fait du chemin, avant d’être reprise par Manuel Valls le 13 avril, dans l’hémicycle, pour défendre le controversé projet de loi sur le renseignement. […]
Associée à la droite et l’extrême droite jusqu’aux années 90, l’expression n’est aujourd’hui plus du tout discriminante et constitue, comme le notait Libération en 2013 après une sortie d’Estrosi sur le sujet, « un poncif du débat public » depuis vingt ans. […] ainsi, au gaulliste Alain Peyrefitte, qui répète que « la sécurité est la première des libertés » lors de l’examen de sa loi « Sécurité et Liberté », le socialiste Pierre Mauroy rétorque, en mars 1981 : « Pour la droite, la première liberté, c’est la sécurité. Nous inversons la proposition : pour nous, la première sécurité est la liberté. »
La loi portée par Peyrefitte, alors garde des Sceaux, comprenait, selon ses détracteurs, 95 fois le mot « sécurité » et 5 fois le mot « liberté ». Ce débat – passionné – est généralement utilisé pour dater le début du débat « sécuritaire ». Ce mot entre d’ailleurs dans le vocabulaire au début des années 80. A l’époque, la gauche, vent debout contre la droite « liberticide », demande son abrogation lorsqu’elle arrive au pouvoir. C’était un engagement de campagne de Mitterrand (n° 52).
Là, comme dans tant d’autres domaines, la frontière entre la droite et les socialistes va tendre à s’estomper.
[…] la déclaration de politique générale de Jospin, le 19 juin 1997, affirmait : « La sécurité, garante de la liberté, est un droit fondamental de la personne humaine. » […]
Pour justifier cette pirouette sémantique, la gauche fait appel à la fameuse Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, texte révolutionnaire s’il en est, qui fait figurer la « sûreté » parmi les droits naturels et imprescriptibles de l’homme dans son article 2 : « Art. 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. »
Mais sécurité n’est pas sûreté. L’ancien ministre de la Justice socialiste Robert Badinter le rappelle dans un entretien au Monde, en janvier 2004 : « Ce qui est consacré dans la Déclaration des droits de l’homme, c’est la sûreté, c’est-à-dire l’assurance, pour le citoyen, que le pouvoir de l’Etat ne s’exercera pas sur lui de façon arbitraire et excessive. Le droit à la sûreté, c’est la garantie des libertés individuelles du citoyen. »
[…] Bref, pas très malin pour les socialistes. D’ailleurs, les meilleures critiques de la formule, ce sont eux-mêmes, les socialistes. Ainsi, Jean-Jacques Urvoas, président PS de la commission des Lois, a un jour (lointain) écrit sur son blog : « C’est l’occasion pour moi de dire que je ne comprends pas le slogan répété à satiété selon lequel « la sécurité serait la première des libertés ». […] Si je suis de gauche, c’est d’abord parce que je veux vivre dans un pays libre ! […] Et s’il faut conjuguer la sécurité avec notre devise républicaine, alors affirmons que » la sécurité est la garantie de l’égalité « . Voilà le combat historique de la gauche ! »
[…] Manuel Valls lui-même, dans son livre « Sécurité : la gauche peut tout changer » (éditions du Moment), sorti en avril 2011, écrivait que « l’opposition affichée systématiquement entre sécurité et liberté [lui paraissait] toujours un peu creuse. » Tout en moquant : « Ceux qui tentent d’échapper à ce piège idéologique en affirmant, rapidement, que la sécurité est la première des libertés. »
Je trouve cet article particulièrement rafraichissant dans ses rappels historiques et aussi dans sa capacité à mettre nos gouvernants face à leurs incohérences et contradictions.
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