Mercredi 27 mai 2015

Mercredi 27 mai 2015
«Celui qui atteint tous ses objectifs
 a sans doute fixé la barre trop bas.»
Herbert von Karajan
Herbert von Karajan fut un personnage controversé, notamment parce qu’il n’a pas hésité à adhérer au parti Nazi parce que cela pouvait aider sa carrière.
Il avait décrit cet épisode en se comparant à un skieur en haut des pistes qui a furieusement envie de s’engager dans la descente et à qui on demande pour avoir le droit de le faire, d’adhérer à l’association locale.
C’était aussi un chef d’orchestre de l’ancien temps, autoritaire, quasi dictatorial.
Mais c’était également un immense artiste et un remarquable musicien, un des plus grands chefs d’orchestre du XXème siècle et un perfectionniste qui approfondissait chaque œuvre qu’il abordait, il préférait limiter son répertoire pour mieux approfondir..
J’aime beaucoup cette phrase qui se trouve en exergue sur le site qui lui est consacré : http://www.karajan.org/jart/prj3/karajan/main.jart?reserve-mode=active&rel=fr
« Celui qui atteint tous ses buts a sans doute fixé la barre trop bas. »
Je pense que c’est une bonne philosophie de vie.
Vous trouverez ici le début d’une radioscopie avec Jacques Chancel : <http://www.ina.fr/audio/PHD86011050>
Il a fallu 960 jours pour arriver à 500 mots du jour, à ce rythme il semble possible d’arriver à 1000 en janvier 2018.
Mais en serais-je capable ?   Nous verrons bien…

Mardi 26 mai 2015

Mardi 26 mai 2015
«L’intelligence ce n’est pas quelque chose que l’on reçoit,
c’est quelque chose que l’on construit»
Albert Jacquard
Vous lisez le 500ème mot du jour.
Pour ce moment singulier, je souhaite partager avec vous un entretien qu’Albert Jacquard avait accordé à Elisabeth Martichoux sur France 5 et où la question centrale était de définir ce qu’était la vraie intelligence.
Il commence par des nombres :
«Pour devenir idiot, il suffit d’être passif.
Pour, peu à peu, fabriquer son intelligence, il suffit de faire fonctionner son cerveau.
Le cerveau est un outil extraordinaire.
On a du mal à imaginer ces nombres.
Dans le cerveau d’un bébé qui nait, il y a de l’ordre de 100 milliards de neurones
Et après la naissance, chacun de ces neurones envoie des protubérances vers les voisins.
A la puberté, il y a ainsi 10 000 connexions qui partent de chaque neurone.
Un million de milliards de connexions.
C’est fabuleux ce qu’il y a dans le cerveau d’un adolescent de 15 ans.
Et une façon de se rendre compte combien c’est un nombre énorme, consiste à le rapprocher du temps de vie d’un jeune de 15 ans : Il a vécu environ 400 millions de secondes, ce qui signifie qu’en moyenne au cours de sa jeune vie il a mis en place, chaque seconde, 2 millions et demi de connexion.
[Quand je parle à un enfant et qu’il m’écoute attentivement, je participe à la création de son intelligence à travers ces connexions]»
La journaliste lui pose alors cette question : « il y a quand même des personnes qui sont plus intelligentes que d’autres ?»
La réponse de Jacquard est la suivante :
«Ça, ça ne veut rien dire du tout. […]
Einstein, par exemple, avait horreur de ne pas comprendre et il passait tout son temps à essayer de comprendre ce qu’il n’avait pas encore compris. Et cela prenait souvent beaucoup de temps.
La vraie forme d’intelligence c’est de comprendre qu’on n’a pas encore compris et de faire le nécessaire pour comprendre quand même.»
Et Elisabeth Martichoux de continuer : «Mais quand un enfant est à l’école, on va lui dire tu as tel QI et si tu as untel QI tu réussiras bien. Avec un moindre QI tu réussiras moins bien et cela se vérifie le plus souvent.»
Albert Jacquard explique alors : 
«Évidemment. Si je dis à une fille qu’elle est laide et que je lui répète tous les jours qu’elle est laide. Elle a beau être jolie, elle finira par se croire laide. Et puis, elle prendra une drôle d’allure et elle fera des grimaces et elle deviendra laide.
Cela fait partie des prévisions qui sont auto réalisatrices.
Il est criminel de dire à un enfant : tu n’es pas doué, tu n’es pas capable d’avoir un QI de tant et de tant et par conséquent tu vas rater.
Ce n’est pas vrai ce que vous dites, simplement on le provoque.
Il y a un mot horrible qui a été inventé par les québécois : le mot douance.
Dire à un enfant :  « toi tu as de la douance », et l’enfant qui est à côté comprend qu’il n’a pas de douance, alors il se prend pour un imbécile et il devient un imbécile.
Par conséquent, il faut savoir que l’intelligence ce n’est pas quelque chose que l’on reçoit, c’est quelque chose que l’on construit.»
et Elisabeth Martichoux revient à la charge pour dire «mais il existe des enfants pour lesquels on dit qu’ils sont surdoués»
et Albert Jacquard de répondre alors :
«On a bien tort de le dire. Ça ne veut rien dire.
Dans « Surdoué » il y a deux syllabes qui sont toutes les deux idiotes.
« Sur » cela veut dire qu’il y a une hiérarchie, or il n’y a pas de hiérarchie dans quelque chose qui est aussi subtile que l’intelligence qui est multi dimensionnelle.
et « Doué », cela laisse supposer que c’est un don de la nature qui fait qu’on est intelligent. Non, on est doué parce qu’on s’est donné à soi-même son intelligence.
Et nous sommes tous responsables de devenir plus ou moins intelligent. Il faut, peu à peu, la construire. Et bien sûr, tout le monde ne construira pas la même, certains iront plus vite que d’autres.
Mais méfions nous, la vitesse n’est pas une caractéristique tellement remarquable de l’intelligence.
Ceux qui vont vite, en général, ce sont des bluffeurs.
Moi je crois plutôt à celui qui va lentement, qui a l’esprit de l’escalier, qui revient sur lui même et qui arrive peu à peu à acquérir un certain nombre d’outils intellectuels intérieurs. […]
Le plus important est toujours d’avoir compris qu’on n’a pas compris»
Vous trouverez cet entretien sur un grand nombre de sites, par exemple ici : <http://www.universcience.tv/video-albert-jacquard-et-la-vraie-intelligence-5806.html>
Et ici un article sur le même sujet : <Qu’est ce que cela veut dire l’intelligence ?>

Vendredi 22 mai 2015

Vendredi 22 mai 2015
«Richard Descoings et Patrick Buisson,
deux transgressions françaises »
Frédéric Métézeau
Dans son billet du 14 mai, Frédéric Métézeau a associé deux personnages assez sulfureux qui avaient des idées diamétralement opposées mais qui sont parvenus tous les deux à séduire l’ancien président : Nicolas Sarkozy.
Chacun a eu droit, récemment, à un livre écrit par des journalistes du Monde.
Ces deux personnages qui ont eu les faveurs des plus hautes autorités de l’Etat avaient en effet une part d’ombre et des comportements ou des idées qui ne peuvent que surprendre.
Frédéric Métézeau a notamment dit :
«Trois consœurs du Monde confirment leurs talents d’enquête et d’écriture avec la sortie récente de deux ouvrages Richie de Raphaëlle Bacqué (éditions Grasset) consacré à feu Richard Descoings directeur de Sciences Po Paris et Le mauvais génie d’Ariane Chemin et Vanessa Schneider (éditions Fayard) sur Patrick Buisson.
A priori les deux personnages n’ont semble-t-il rien à voir. Le premier est gay et marié avec une femme, le second divorcé et sans relation connue. Buisson est aussi discret, effacé, ascète que Descoings est exhibitionniste, impudique, excessif et jouisseur. Diplômé de Sciences Po et de l’ENA, Descoings est un pur produit de ces élites que méprise Buisson ancien étudiant en Histoire à Nanterre.
Sans oublier leurs trajectoires politiques : Descoings, de centre-gauche, vante l’ouverture sur le monde et vers les banlieues ; Buisson est maurrassien, antisémite et islamophobe. Pourtant l’un et l’autre trouveront l’oreille de Nicolas Sarkozy pendant son quinquennat : comme conseiller à propos de la réforme des lycées et de la discrimination positive dans l’enseignement pour l’un, comme conseiller politique pour l’autre. Tous deux ont des capacités de séduction et d’adhésion hors-normes : Patrick Buisson avec ses sondages et ses considérations historiques captive voire envoûte à la façon d’un gourou, Richard Descoings veut faire de Sciences Po un « Harvard à la française » en cassant tous les codes, il séduit et entraîne façon rock star. Ils savent pareillement manipuler les esprits et ont l’art de la dissimulation : le jeune fêtard noctambule est un sage conseiller d’Etat le jour, l’homme des réunions confidentielles à l’Elysée enregistre à leur insu tous ses interlocuteurs sur un dictaphone.
Richard Descoings et Patrick Buisson sont à la croisée de plusieurs mondes : les media, la politique – avec pour chacun des amis à droite et à gauche – tout le monde tient tout le monde et beaucoup d’argent  circule, autour de Sciences Po Paris ou de Publifact la société de sondages de Buisson.
Ces deux récits passionnants, bien documentés et bien écrits nous racontent deux transgressions à la française. Le système science Po aurait-il implosé si son directeur était encore en vie ? Que ce serait-il passé si Nicolas Sarkozy avait dénoncé les accords d’Evian comme le lui suggérait son mentor pendant la campagne de 2012 ?»
Il se passe de drôle de choses dans les cercles de pouvoir.

Jeudi 21 mai 2015

Jeudi 21 mai 2015
«Le terme inceste est absent du Code pénal depuis 1791»
J’ai fait 4 ans d’études de Droit, dont 2 ans de Droit pénal mais je ne savais pas ou j’ai oublié qu’on ne pouvait pas être condamné pour inceste.
Car il faut savoir qu’en droit pénal, on ne peut sanctionner quelqu’un que si l’acte qu’il a commis est nommément désigné dans le code pénal.
Il y a bien sûr des hommes (peu de femmes) qui ont été condamnés parce qu’il avait commis l’inceste mais ce n’est pas pour inceste, c’était pour viol ou d’autres motifs présents dans le Code.
Vous me direz peu importe, puisqu’ils sont condamnés ?
Pas du tout comme vous l’apprendra cet article <http://leplus.nouvelobs.com/contribution> dont je vous cite des extraits ci-après :
« L’inceste, puni par la loi ? C’est ce que beaucoup croient, mais ce terme est en fait absent du Code pénal depuis… 1791.
Un amendement à la loi sur la protection de l’enfance prévoit de le réintroduire.
Les victimes l’attendent depuis longtemps. Comme Isabelle Aubry, violée par son père jusqu’à ses 14 ans. Elle témoigne :
J’ai été victime de mon père de 6 à 9 ans, puis de 11 à 14 ans.
Comme c’est souvent le cas dans ce type de situation, il a d’abord utilisé le jeu, dans le bain.
Au début, c’était des agressions sexuelles, sans pénétration.
Mon père a arrêté entre mes 9 et 11 ans, alors qu’il était en instance de divorce avec ma mère.
Puis quand j’ai eu 11 ans, alors que mes parents s’étaient séparés entre temps et que mon père a obtenu ma garde, les viols ont commencé, plusieurs fois par semaine.
Un jour, mon père a commencé à m’emmener à des soirées où j’étais agressée par plusieurs personnes. C’est souvent comme ça : on consomme ses propres enfants puis on se rend compte qu’ils ont de la valeur, alors on les vend. L’inceste n’est pas qu’une affaire de famille, c’est une traite d’êtres humains, un marché.
Les gens ignorent que, bien souvent, les images pédopornographiques que l’on trouve sur internet proviennent des familles elles-mêmes. […]
J’ai porté plainte à 15 ans […]
Mon père a été arrêté le lendemain, la police a fait une perquisition chez lui, où les preuves s’accumulaient. Il a avoué.
C’était en 1980, année où laquelle le viol est devenu un crime. Mon père a été jugé en 1981. 
Mon père n’a pas été jugé pour inceste
Mon avocate de l’époque, Gisèle Halimi, m’a dit que mon père pouvait être jugé aux Assises pour crime par un jury populaire et qu’il encourait 20 ans de réclusion.
Il ne pouvait pas être jugé pour inceste, ça n’existait pas dans la loi. Cela a été un premier choc pour moi. Deuxième choc : il fallait que je prouve qu’il m’avait agressée contre ma volonté. Pour que le viol soit qualifié, il fallait à la fois des pénétrations et une absence de consentement.
La juge d’instruction m’a demandé si j’étais consentante au moment des faits. Je ne savais pas ce que ça signifiait, je ne comprenais pas. Elle m’a alors demandé si j’ai dit « non », et ne sachant pas quoi dire, j’ai répondu : « Non, je n’ai pas dit non. »
Mon avocate m’a alors rétorqué que les jurés pouvaient considérer qu’il ne s’agissait pas d’un viol et que mon père pouvait ressortir libre. J’étais terrorisée à l’idée qu’il puisse sortir de prison et me tuer. […]
Le procès n’a donc pas eu lieu aux Assises, mais en correctionnelle, où il encourait non plus 20, mais 10 ans de prison. Il n’a pas été jugé pour agression sexuelle (où on exige le non-consentement), mais pour atteinte sexuelle (agression avec consentement).
Au final, mon père a été condamné pour proxénétisme aggravé à seulement six ans de prison. Il n’en a fait que quatre. Avec ce jugement, il pouvait lui aussi se dire que ce qu’il avait fait n’était finalement pas si grave. On n’en a jamais parlé, il est mort aujourd’hui.
Pour me reconstruire, j’ai dû me débrouiller comme je le pouvais. À 23 ans, alors que j’étais anorexique, que j’avais déjà fait deux tentatives de suicide et que j’étais prête à réessayer une troisième fois, mon médecin généraliste m’a dit : « Il faudrait peut-être que tu ailles voir un psy… » […]
Pour la société, j’étais responsable de ce qui m’était arrivé. J’ai mis longtemps à comprendre qu’il y avait un problème dans la loi.
L’inceste a été enlevé du Code pénal suite à la révolution française, en 1791, car on estimait alors qu’il relevait de l’interdit moral, du cercle familial, et qu’il ne nuisait pas à la société.  
Depuis plus de 200 ans, la société envoie ce message à la population : l’inceste, ça ne nous regarde pas.
Aujourd’hui, la loi punit le viol et l’agression sexuelle, mais il n’est pas qualifié d’inceste. Il l’a été en 2010 pendant 18 mois, mais le Conseil constitutionnel a abrogé la loi suite à une question prioritaire de constitutionnalité (QPC).
Dans la loi actuelle, l’inceste est autorisé entre adultes consentants. Vous pouvez même avoir des enfants, à partir du moment où vous ne vous mariez pas ! Mais l’enfant ne peut être reconnu que par un des deux parents. C’est d’une hypocrisie totale !
L’amendement à la loi de la protection de l’enfance qui vient d’être adopté par les députés prévoit de réinscrire l’inceste dans le Code pénal, mais il demeure très flou. Il définit une liste d’agresseurs pouvant être accusés d’inceste : ascendants, tuteurs. Les cousins ne sont pas dans la liste. Les frères, sœurs, oncles, tantes, neveux, nièces seront quant à eux concernés uniquement s’ils ont sur la victime « une autorité de droit ou de fait ». Pourquoi rajouter cette précision ?
Plus de deux siècles après la révolution française, il est grand temps de réintroduire l’inceste dans le Code pénal. Cette non reconnaissance juridique entraîne une incompréhension des enfants victimes : puisque ce n’est pas qualifié, ça n’existe pas, donc ils ne l’intègrent pas.
Aujourd’hui, il n’y a pas de prévention dans les écoles. Moi j’ai dit à mon fils : « Personne n’a le droit de te toucher, même pas moi ! »
En fait, tous les parents devraient dire ça à leurs enfants.»
Isabelle Aubry a tout raconté dans son livre “La première fois j’avais six ans” (Oh Editions. 2008).
La famille qui est le plus souvent protection, peut se révéler le pire des  enfers.
Il ne saurait exister de consentement lorsque l’inceste est établi.
C’est un crime, un viol aggravé.
Nous avons ici une faille dans notre code pénal

Mercredi 20 mai 2015

Mercredi 20 mai 2015
«Les oiseaux ont le droit fondamental de voler dans le ciel»
Manmohan Singh
Juge indien de la haute cour de New Delhi
Ces derniers jours nous avons connu des décisions de justice controversées comme celle qui a <relaxé les deux policiers qui avaient été mis en cause lors du drame de Clichy sous-bois en 2005> ou d’autres encore si nombreuses qui condamnent à mort.
Mais voici une belle décision de justice qui nous vient d’Inde.
L’homme s’est érigé le droit de dominer la nature sous toutes ces formes. et ainsi enfermer des oiseaux dans des cages pour le seul plaisir de ses yeux lui semble normal.
En Inde, une association de protection des animaux s’est attaquée à un vendeur qui faisait commerce d’oiseaux et qui pour ce faire enfermait les oiseaux dans de très petites cages.
C’est un article du Huffington post qui nous apprend que «La défense des animaux fait un grand pas en avant en Inde. La haute cour de New Delhi vient en effet de prendre des mesures sévères contre le commerce des oiseaux, souvent maltraités par leurs propriétaires.
« Les oiseaux ont des droits fondamentaux et ne peuvent pas être tenus en cage ou être sujets à la cruauté », a déclaré le juge Manmohan Singh. Consterné que ces derniers ne soient pas autorisés à voler librement, il condamne le fait qu’ils soient « exportés illégalement vers des pays étrangers sans nourriture, sans eau et sans aide médicale ».
La Haute Cour de Delhi estime que « toute gestion de leur commerce » est désormais une « violation de leurs droits ». Le juge a également ajouté: « Il est clair dans mon esprit que tous les oiseaux ont le droit fondamental de voler dans le ciel, et qu’aucun être humain n’est autorisé à les garder en cage, que ce soit dans une optique commerciale ou autre ». […]  Cette décision fait suite à une plainte déposée par l’ONG People for Animals, contre un détenteur d’oiseaux qui les vendait d’après elle de manière illégale. »
Cela me rappelle mon fils Alexis qui voulait faire entrer les oiseaux dans le salon de notre appartement de Montreuil. Mais nous lui avons expliqué que ce n’était pas possible et que les oiseaux avaient besoin du ciel. Alors il a émis ce vœu poétique : «alors il faut qu’on fasse aussi entrer le ciel dans le salon.»
Cela devrait aussi vous rappeler la chanson de Pierre Perret :
«Ouvrez ouvrez la cage aux oiseaux
Regardez-les s’envoler c’est beau
Les enfants si vous voyez
Des p’tits oiseaux prisonniers
Ouvrez-leur la porte vers la liberté»
Encore quelques prises de conscience comme celle-là et nous deviendrons tous végétariens.

Mardi 19 mai 2015

Mardi 19 mai 2015
«Rosa rosa rosam
Rosae rosae rosa
Rosae rosae rosas
Rosarum rosis rosis»
Jacques Brel
Cette mobilisation pour défendre le latin au collège est tout à fait étonnante et je dirais même suspecte.
Elle m’a immédiatement fait penser à la chanson de Brel qui a bercé ma jeunesse par la déclinaison latine de rosa, cette chanson où il chante : «C’est le tango des récompenses qui vont à ceux qui ont la chance d’apprendre dès leur enfance, tout ce qui ne leur servira pas ». Avec cette nuance cependant : «Mais c’est le tango que l’on regrette, une fois que le temps s’achète ».
Comme toujours, une réforme de l’éducation nationale attire toutes les critiques : « il faut la retirer »  s’exclame des politiques et des intellectuels, non pas l’amender, l’améliorer, mais la retirer !
Quand on étudie le collège, tout le monde est d’accord : ça ne marche pas. Même les études internationales le démontrent notre collège se dégrade.
Mais dès qu’on veut réformer, la coalition de tous les conservatismes se mobilise et l’impression générale c’est qu’il faut surtout ne rien changer !
Le latin, cet outil indispensable pour devenir intelligent ?
Ne serait-ce pas plutôt cette option offerte aux parents avisés pour créer un espace protégé à l’intérieur du collège permettant de préserver leurs enfants de la dégradation générale ?
L’Education nationale est encore capable de créer des élites dont les enfants sont d’ailleurs très largement issus de parents faisant déjà partie de l’élite.
Elle le fait au prix d’un système qui laisse sur le côté un nombre considérable de jeunes et elle le réalise sans être en mesure d’augmenter de manière substantielle le niveau des élèves moyens.
Cette réforme qui organise l’autonomie des collèges, favorise le travail en équipe et des enseignements pratiques interdisciplinaires va indiscutablement dans le bon sens.
On peut certainement l’améliorer  mais pourquoi tout bloquer ?
Je joins un article qui défend cette réforme.
Vous pourrez aussi écouter le billet d’humeur de Cohn Bendit défendant la réforme : http://www.europe1.fr/emissions/l-humeur/lautonomie-le-but-de-leducation-941320
Mais revenons à cette belle chanson :
Rosa rosa rosam
Rosae rosae rosa
Rosae rosae rosas
Rosarum rosis rosis (refrain)
C’est le plus vieux tango du monde
Celui que les têtes blondes
Ânonnent comme une ronde
En apprenant leur latin
C’est le tango du collège
Qui prend les rêves au piège
Et dont il est sacrilège
De ne pas sortir malin
C’est le tango des bons pères
Qui surveillent l’œil sévère
Les Jules et les Prosper
Qui seront la France de demain
(refrain)
C’est le tango des forts en thème
Boutonneux jusqu’à l’extrême
Et qui recouvrent de laine
Leur cœur qui est déjà froid
C’est le tango des forts en rien
Qui déclinent de chagrin
Et qui seront pharmaciens
Parce que papa ne l’était pas
C’est le temps où j’étais dernier
Car ce tango rosa rosae
J’inclinais à lui préférer
Déjà ma cousine Rosa
(refrain)
C’est le tango des promenades
Deux par seul sous les arcades
Cernés de corbeaux et d’alcades
Qui nous protégeaient des pourquoi
C’est le tango de la pluie sur la cour
Le miroir d’une flaque sans amour
Qui m’a fait comprendre un beau jour
Que je ne serais pas Vasco de Gama
Mais c’est le tango du temps béni
Où pour un baiser trop petit
Dans la clairière d’un jeudi
A rosi cousine Rosa
(refrain)
C’est le tango du temps des zéros
J’en avais tant des minces des gros
Que j’en faisais des tunnels pour Charlot
Des auréoles pour saint François
C’est le tango des récompenses
Qui vont à ceux qui ont la chance
D’apprendre dès leur enfance
Tout ce qui ne leur servira pas
Mais c’est le tango que l’on regrette
Une fois que le temps s’achète
Et que l’on s’aperçoit tout bête
Qu’il y a des épines aux Rosa
(refrain)
Paroles et Musique: Jacques Brel, 1962.
Texte soumis aux Droits d’Auteur – Réservé à un usage privé ou éducatif –
Mais si le texte de Brel est beau, l’interprétation est géniale : https://www.youtube.com/watch?v=v6rLLE48RL0
Dessin de Louison twitté lors des Matins de France Culture du 18/05/2015

Lundi 18 mai 2015

Lundi 18 mai 2015
« Quand je viendrai en Haïti,
j’acquitterai, à mon tour, la dette que nous avons »
François Hollande, Président de la République
Discours pour l’inauguration du Mémorial dédié à la mémoire de la traite et de l’esclavage à Pointe à Pitre
Vous savez que la France s’enorgueillit d’avoir érigé le plus grand centre à la mémoire de l’esclavage dans le Monde, en Guadeloupe. Le Président de la République l’a inauguré dimanche 10 mai. Vous trouverez son discours en pièce jointe.
Dans ce discours il a rappelé l’histoire d’Haïti, Etat dans lequel il allait se rendre après l’inauguration et il a eu ce propos qui est le mot du jour.
Propos qui a fait l’objet de polémique parce que dans l’esprit de François Hollande, la dette était morale, alors que dans l’esprit des Haïtiens et de beaucoup d’autres il s’agissait bien d’une dette monétaire.
Pour comprendre cela, il faut encore une fois revenir à l’Histoire.
Aujourd’hui cette île est divisée en 2 :  Haïti et la république de Saint Domingue. AU XVIIème siècle l’île s’appelait dans son intégralité Saint Domingue.
Wikipédia nous apprend :
 «Vers 1790, c’était la colonie française la plus riche de toute l’Amérique grâce aux profits immenses de l’industrie sucrière et de celle de l’indigo générés par le travail des esclaves. Des dizaines de milliers d’Africains avaient été amenés comme esclaves pour faire fonctionner ces industries. Leur sort est juridiquement encadré par le code noir, mais, dans les faits, ils subissent des traitements souvent pires que ceux dudit code. Leur nombre (400 000) est dix fois plus élevé que celui des blancs.
La Révolution française entraîne de graves bouleversements sociaux dans les petites Antilles comme à Saint-Domingue. Le plus important est la révolte des esclaves qui aboutit en 1793 à l’abolition de l’esclavage […] décision avalisée et généralisée à l’ensemble des colonies françaises par la Convention six mois plus tard (première abolition de l’esclavage le 16 pluviôse an II, donc le 4 février 1794).
Toussaint Louverture, nommé gouverneur général à vie de Saint-Domingue par la France, après avoir rétabli la paix, chassa les Espagnols et les Anglais qui menaçaient la colonie, rétablit la prospérité par des mesures audacieuses. La promulgation d’une constitution autonomiste provoque une réaction de la France : Napoléon Bonaparte […] envoie une expédition de 30 000 hommes sous les ordres de son beau-frère le général Leclerc avec pour mission de démettre Louverture et rétablir l’esclavage.[Finalement] les troupes françaises […] sont battues à la bataille de Vertières par Jean-Jacques Dessalines, qui a rejoint l’insurrection.
[…] la Déclaration d’indépendance du pays est proclamée le 1er janvier 1804. Le nom d’Haïti (ancien nom de l’île du temps des Indiens Caraïbes) est donné au pays. Haïti est le premier pays au monde issu d’une révolte d’esclaves.
[Haïti a besoin d’une reconnaissance internationale et] initie des négociations pour la reconnaissance d’Haïti en 1814. Elles durent jusqu’en 1824. Le 11 juillet 1825, le roi de France Charles X promulgue une ordonnance reconnaissant l’indépendance du pays contre une indemnité de 150 millions de franc-or (la somme sera ramenée par Louis-Philippe Ier en 1838 à 90 millions de francs).»
Donc, la France a exigé et obtenu de ses anciens esclaves, de ces hommes et de ces femmes qu’elle maltraitait pour le plus grand bénéfice de ses marchands (Combien de fortunes françaises actuelles puisent le début de la richesse de leur patrimoine dans ce commerce odieux ?) une somme astronomique à l’époque, en compensation du manque à gagner de l’abandon de la colonie pour qu’Haïti puisse exister pacifiquement au niveau international.
La somme recalculée aujourd’hui représenterait 17 milliards d’euros.
Mais le Président République, soutenu je pense par la plus grande partie des forces politiques françaises, n’entend pas donner un prix à une dette morale : (extrait de son discours dont vous avez l’intégralité dans la pièce jointe :
«Oui, l’histoire doit être donnée pour ce qu’elle est ; l’histoire des insurrections, l’histoire des soumissions, l’histoire de l’esclavage, l’histoire aussi de l’abolition, la bataille tarda à s’engager mais elle fut menée courageusement par l’abbé GREGOIRE en 1794, première abolition, puis incomparablement définitivement par Victor SCHŒLCHER en 1848. Ces hommes, ces écrivains, ces philosophes, méritent l’hommage que la Nation leur a rendu. […]
Je veux aussi rappeler ce droit inaliénable à la liberté que Toussaint LOUVERTURE fit à Saint-Domingue, première colonie libre où l’esclavage fut définitivement aboli en 1793. Haïti devint en 1804 la première République noire ayant militairement fait échec au rétablissement de l’esclavage décidé en 1802 par BONAPARTE. Monsieur le Président MARTELLY, nous sommes heureux, nous sommes fiers que vous soyez là, parmi nous, rappelant ce qu’a été l’exceptionnel combat pour la liberté d’Haïti, à qui nous serons toujours, éternellement reconnaissants. Non pas pour les malheurs d’hier, mais pour les bonheurs que vous avez su donner au peuple pendant des décennies pour leur liberté. […]
Cela s’est produit sous la monarchie Charles X en 1825, qui réclama même à la jeune République d’Haïti une indemnisation d’Etat de 150 millions de francs afin d’indemniser les anciens colons qui le réclameraient. Certains ont appelé cette exigence la rançon de l’indépendance ; eh bien quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai à mon tour la dette que nous avons.
Mesdames et Messieurs, je sais le débat sur les réparations. Il n’est pas épuisé. J’ai repris à mon compte il y a déjà longtemps les mots d’Aimé CESAIRE quant à la nature irréparable du crime. Cependant, en lui donnant un nom et un statut par une loi, la loi de 2001, le Parlement français a accompli un acte de vérité, de courage et de justice. Première des réparations : en inscrivant dans les programmes scolaires à tous les niveaux d’enseignement, conformément à cette loi, réparation est faite de l’oubli et de l’occultation. Mais il reste à explorer l’incommensurable legs de toutes les générations qui ont permis que notre patrimoine, le patrimoine commun, le patrimoine de l’humanité puisse être élargi. […]
Nous avons ici la seule dette qui doit être réglée, c’est de pouvoir faire avancer l’humanité ; c’est ce que ce mémorial nous rappelle au nom de nos valeurs, au nom de nos valeurs d’émancipation et de dignité et encore davantage au nom des générations d’hommes, de femmes, d’enfants qui furent privées d’une vie de dignité. Au nom de la mémoire, nous devons faire vivre l’espérance pour l’avenir de l’humanité.»
Lien vers le site de l’Elysée publiant le discours du Président de la République au Mémorial Acte et rapportant les moments forts de cette visite : http://www.elysee.fr/chronologie/#e9340,2015-05-10,d-placement-en-guadeloupe-pointe-pitre-
Hélas cette question de l’asservissement d’êtres humains n’est pas qu’une question de mémoire car l’esclavage est encore une réalité dans le monde : <Près de 36 millions d’esclaves dans le monde>
Après le week end de l’Ascension, voici une manière de redescendre sur terre…

Mercredi 13 mai 2015

Mercredi 13 mai 2015
« Le vrai tombeau des morts,
c’est le cœur des vivants. »
Tacite (56 – 117)
Essai sur la Germanie
(Quelquefois attribué à Jean Cocteau)
La communauté formée de celles et de ceux que nous aimons, de celles et de ceux qui nous ont construit et avec qui nous avons partagé des moments de joie, de rire, d’approfondissement, de partage, compte des personnes vivantes et des personnes qui ne le sont plus.
Cécile était l’amie d’Annie, elle est devenue la mienne.
Elle était lumineuse, pleine de vie et de pensées pour les autres.
La terrible maladie l’a brusquement stoppée dans son élan de vie et l’a immobilisée pendant 3 ans.
Hier matin, au bout de cette immense épreuve, elle a quitté la partie vivante de notre communauté.

Mardi 12 mai 2015

Mardi 12 mai 2015
«Les intégristes sont nés avec le monothéisme »
Maurice Sartre

Je crois que nous avons tous appris ou accepté comme une évidence que le monothéisme constituait un immense progrès par rapport au polythéisme.

Même les athées, les incroyants, les disciples des Lumières admettaient qu’il était plus rationnel de croire en un seul Dieu qu’en plusieurs Dieux.

C’était inscrit dans l’Histoire de l’Humanité : un progrès de l’intelligence.

Croire en plusieurs Dieux, c’était une manifestation de l’ignorance : tout ce que l’homme ne comprenait pas il en faisait un Dieu, que souvent il représentait par une idole, des statues.

Croire en un seul Dieu, c’était autre chose, cela ne relevait pas de cette même tentative d’explication du Monde que l’ignorance des hommes ne permettait pas de comprendre. Ce Dieu était plus difficilement représentable, souvent d’ailleurs il était ou il reste interdit de tenter de le représenter.

Il y a quand même quelque chose qui m’interpelle à travers le prisme d’une valeur qui me paraît très importante et que je pense que beaucoup partage : la tolérance.

Les romains étaient polythéistes, ils ont colonisé toute la méditerranée, imposé la « pax romana » et largement profité économiquement de toutes leurs colonies. Mais ils acceptaient que d’autres peuples adorent d’autres dieux que les leurs. Ils ont même admis que le peuple de Judée adore un Dieu particulier. Ils avaient un peu de mal d’abord parce que les habitants Judée ne voulaient pas rendre la politesse aux romains et adorer l’empereur, ensuite parce que cette religion a généré sans cesse des sectes et des conflits théologiques qui créaient de grand désordres dont les romains ne voulaient pas.

Mais au regard de nos valeurs, les romains étaient tolérants et les judéens intolérants.

Ceci nous amène à un second stade de réflexion : voilà un homme ou une femme [mais ce fut quand même plus souvent le fait des hommes], qui croit en un seul Dieu, le sien et qui par voie de conséquence croit que ceux qui ne croient pas dans ce Dieu sont dans l’erreur. Ils ne pensent pas que les autres pensent différemment, non ils sont persuadés que les autres se trompent.

Nous sommes donc dans le domaine de la pensée unique naturellement intolérante.

Quand de belles personnes avec de grandes idées humanistes disent que tel ou tel comportement est un dévoiement de telle religion monothéiste, il néglige ce fait structurel, consubstantiel au monothéisme que celui qui ne croit pas comme toi, ne pense pas différemment mais se trompe.

A cela s’ajoute une autre croyance de ces religions : le passage sur cette terre est temporaire, c’est une évidence. Mais pour ces religions il constitue surtout un épisode secondaire et plutôt une série d’épreuves qui doit préparer à l’épisode principal qui n’est pas sur cette terre.

Donc abréger la vie terrestre par le feu, le sabre ou d’autres mises à mort n’est pas important, dans la mesure où d’une part l’infidèle va pouvoir par le passage vers l’autre vie s’amender et comprendre qu’il s’est trompé et d’autre part parce que cela permet d’éviter qu’il contamine les autres croyants par ses pensées « malsaines ».

Le grand historien Maurice Sartre écrivait en 2009 :

« Les polythéismes antiques ne se pensaient pas détenteurs d’une vérité absolue. Quitte à surprendre, on pourrait affirmer que la différence principale entre les monothéismes et les polythéismes antiques ne réside pas tant dans le nombre des dieux que vénèrent les fidèles que dans la conception que les uns et les autres se font des dieux des autres.

Pour les trois grands monothéismes, il n’existe qu’un Dieu et un seul, le leur, et toute autre croyance relève de l’idolâtrie. Ils se fondent en quelque sorte sur l’exclusion, sur la séparation entre deux groupes antagonistes, fidèles et infidèles, croyants et incroyants, quel que soit le nom qu’on leur donne selon les époques.

Maurice Sartre, né à Lyon le 3 octobre 1944, est un historien et universitaire français spécialiste de l’histoire du monde grec et du monde romain oriental, en particulier du Proche-Orient hellénisé, d’Alexandre à la conquête islamique.

En conséquence, l’Autre apparait comme un adversaire qu’il faut amener à croire de gré ou de force.
Même si le judaïsme a renoncé depuis longtemps à cette quête missionnaire, il ne la récuse pas et envisage la conversion de tous à la fin des temps. Quant au christianisme et à l’islam, il suffit de se retourner sur leur longue histoire de violences pour prendre conscience de leur volonté de domination universelle et exclusive.

A cette logique de l’exclusion et de l’hostilité (qu’il convient naturellement de nuancer en fonction des lieux et des temps), les polythéismes antiques opposent une conception du divin radicalement étrangère, qui me semble interdire la naissance d’un intégrisme ou, si l’on préfère, d’un fondamentalisme.

En premier lieu, les polythéismes se montrent ouverts aux autres : pour un Grec, un Romain, un Gaulois ou un Égyptien, les dieux des autres sont des dieux au même titre que les siens propres. Et il n’est pas rare que pour des raisons diverses, à titre collectif ou à titre individuel, les dieux étrangers s’intègrent à un panthéon qui n’est pas le leur. L’Egyptienne Isis, la Phrygienne Cybèle, l’Iranien Mithra, la Syrienne Atargatis trouvent des fidèles partout et dans tous les milieux.

De plus, Grecs et Romains ont su reconnaître spontanément dans les dieux des peuples voisins les équivalents, parfois approximatifs, de leurs propres dieux : tout maitre du panthéon devient facilement un Zeus ou un Jupiter. Mais ce qui compte et qu’il faut souligner, c’est que les polythéismes antiques, selon l’heureuse formule de Jan Assmann, sont « traductibles ». Loin d’être des ensembles clos, figés dans l’absolue certitude d’être seuls détenteurs de la Vérité, les polythéismes antiques se montrent au contraire largement ouverts à la vérité des autres.

Un second point est essentiel rend incompatible, me semble-t-il, l’intégrisme avec les polythéismes antiques. Alors que les monothéismes se fondent sur des textes réputés inspirés par Dieu, voire délivrés par Dieu lui-même (la loi de Moïse, le Coran incréé), interdisant toute remise en cause sous peine de sacrilège, les polythéismes antiques reposent sur des mythes aux contours mouvants : si la trame générale reste identique, les variantes de chaque mythe sont innombrables. Comme aucun de ces textes n’est considéré d’origine divine, il est loisible aux poètes ainsi qu’aux dirigeants des cités de les adapter à leurs besoins esthétiques ou politiques.

Nul ne peut se prévaloir d’un texte « sacré » immuable pour fonder une vision de la société et du monde qu’il prétendrait imposer à tous.
D’ailleurs – et c’est le troisième point essentiel qui interdit l’émergence d’un intégrisme – aucun dieu, au sein des polythéismes antiques, ne prétend imposer à ses fidèles une interprétation globale du monde et dicter les comportements individuels. La morale sociale ne découle pas d’un ordre divin, même si les dieux sont susceptibles de punir le fautif. Bien que le religieux soit omniprésent dans la cité grecque et romaine, il reste subordonné au politique : le fait que le prêtre soit un magistrat parmi d’autres et exerce généralement ses fonctions à titre temporaire interdit qu’il cherche à imposer une loi « divine » comme norme à l’ensemble de la société.

Les lois sacrées méritent le même respect que les autres, mais se bornent à établir les règles à suivre en matière de culte, et ne prétendent pas réguler les comportements individuels ou collectifs à chaque instant de la vie.
On trouverait sans doute d’autres raisons qui interdisent l’intégrisme dans les polythéismes antiques telles que la conception du divin, l’absence d’autorité religieuse centralisée ou l’ignorance de la notion de dogmes et donc d’hérésie. Mais la nature ouverte des polythéismes les conduit structurellement à la tolérance.»

Un monothéisme est naturellement intolérant.

C’est l’intelligence des hommes, des institutions politiques qui sont capable de faire vivre plusieurs religions ensemble qui permettent de surpasser ce germe intolérant du monothéisme.

Mais que l’on regarde dans l’Histoire chaque fois qu’une religion monothéiste s’est emparée seule du pouvoir politique ou s’est appuyée sur le pouvoir politique pour imposer une pensée unique à la société (comme par exemple l’inquisition espagnole), c’était l’intolérance, la violence, la répression et la délation qui régnaient sur cette société. C’était le cas de la France catholique avant le combat des lumières, c’était le cas de la Genève calviniste, c’est aujourd’hui, encore, le cas de l’Arabie Saoudite sunnite, de l’Iran chiite et du plus ignoble d’entre tous l’Afghanistan des talibans..

Cette violence, cette intolérance n’est pas l’apanage du judaïsme, du christianisme ou de l’islam, c’est le germe inscrit dans le monothéisme qui n’est pas régulé par l’intelligence et la tolérance des hommes.

Lundi 11 mai 2015

Lundi 11 mai 2015
«E. Todd a révélé une face cachée du 11 janvier, mais il y a les autres faces et il faut maintenant restituer la complexité de leur ensemble.»
Edgar Morin
Il y a des lundis qui sont plus difficiles que d’autres…
Jusqu’à maintenant j’ai toujours été intéressé et même conquis par les analyses et les prises de position « iconoclastes » d’Emmanuel Todd.
Mais avec le pamphlet qu’il vient de publier <Qui est Charlie> et dans lequel il veut dénoncer l’imposture de l’unité nationale du 11 janvier, j’ai beaucoup de mal.
Il faut toute la sagesse d’Edgar Morin pour me pousser à essayer de comprendre ce que dit Emmanuel Todd et y trouver des éléments rendant intelligibles les évènements.
Que dit Todd ?
D’abord, il lit dans les cartes. Il part de la situation de la France d’il y a plusieurs générations et il constate que la France « Centrale » (Bassin parisien, façade méditerranéenne…) était alors très majoritairement laïque, républicaine et anti cléricale, alors que la France périphérique (L’ouest, le Rhône Alpes, Massif Central, Franche Comté et aussi l’Est) était catholique et anti-républicain.
Dans le livre qu’il a publié avec Hervé Le Bras <Le mystère français> (que j’ai acheté et tenté de lire) il avait déjà fait cette distinction et inventé le concept de « Catholicisme zombie », autrement dit un catholicisme qui n’est plus dans la pratique mais qui serait omniprésent dans la culture et dans les esprits.
La deuxième couche de ce raisonnement c’est qu’il décrète que les habitants des parties « républicaines » de la France sont pour l’égalité et contre l’autorité, alors que les parties « catholiques zombies » sont pour un ordre hiérarchique, autoritaire et inégalitaire.
Dans ce premier livre, il expliquait que les zones républicaines ne votaient plus pour le PS et la gauche et que ce sont les « catholiques zombies », inégalitaires qui votent pour le PS et ont voté François Hollande. Il y voit une des raisons de la dérive du Parti Socialiste vers le libéralisme et le renoncement au rêve égalitaire. Il constate aussi que ce partage de la France explique le vote oui ou non au traité de Maastricht.
Pour le 11 janvier, il constate que l’importance des défilés du 11 janvier en province, car pour Paris qui a toujours été républicain c’est un peu différent, était directement corrélée avec cette répartition : manifestation massive dans les zones des « catholiques zombies » et peu de manifestants dans les régions historiquement républicaines et ouvrières.
Cette corrélation qu’il établit, il la décrète scientifique.
Il a plus de mal à expliquer quels sont les éléments qui lui permettent d’affirmer que les manifestants du 11 janvier étaient massivement des cadres moyens et supérieurs, des blancs d’origine occidental et chrétienne. Selon lui les ouvriers, employés, les personnes d’origine musulmane étaient absentes.
Il reconnaît le côté sympathique des « bobos » qui ont manifesté, mais il récuse le terme d’unité nationale puisqu’il y avait deux Frances et surtout il tente d’expliquer que si les manifestants pensaient être tolérants et ouverts, dans leur subconscient ils représentaient une pensée totalitaire qui rejetait les musulmans comme ne faisant pas partie du corpus national sauf à adhérer totalement à la pensée unique de la liberté d’expression totale et notamment à la pensée de Charlie Hebdo. Il désapprouve ce rejet de la religion de l’Islam qui est plutôt celle des classes pauvres de notre société.
Donc contrairement à ce que les manifestants exprimaient ou pensaient croire, ils n’étaient pas les porteurs de la tolérance mais ceux de l’intolérance.
Emmanuel Todd explique de manière un peu plus intime son trouble profond. Il se reconnait athée mais pour la première fois il parle de ses racines juives. Il voit l’antisémitisme qui s’accroit en France, et il cible cet antisémitisme dans les banlieues et par des jeunes issues ou converties à la religion musulmane. Et il prétend que l’intolérance à l’égard de l’Islam produit des réactions en chaîne dans la société à l’égard de toutes les religions et notamment contre les juifs.
Il parle alors d’un nécessaire accommodement avec l’Islam pour pacifier la société française.
De manière parallèle, il dénonce et je crois à juste titre des manifestations hystériques de l’autorité publique lorsque des jeunes enfants sont convoqués au commissariat parce qu’ils se sont laissés aller à dire des propos excessifs ou lorsque on cherche à évaluer la laïcité dans la longueur d’une jupe.  Il écrit ainsi dans l’interview à l’Obs : «Ce qui m’inquiète n’est pas tant la poignée de déséquilibrés mentaux qui se réclament de l’Islam pour commettre des crimes, que les raisons pour lesquelles, en janvier dernier, une société est devenue totalement hystérique jusqu’à aller convoquer des gamins de 8 ans dans des commissariats de police.»
Pour vous faire une idée de tout cela, vous pouvez écouter l’excellente interview qu’il a réalisé chez Bourdin  : <http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/emmanuel-todd-face-a-jean-jacques-bourdin-en-direct-521094.html>
Vous pouvez aussi écouter lorsqu’il a défendu ses thèses dans le 7/9 de Patrick Cohen à France Inter mais dans une ambiance assez tendue : <http://www.franceinter.fr/emission-le-79-emmanuel-todd-ce-qui-minquiete-le-plus-cest-la-montee-de-lantisemitisme>
A la fin de l’émission Sophia Aram a répondu à E. Todd de manière assez leste, ce dernier se plaignant du climat d’intolérance qui régnait dans ce studio.
Par ailleurs, la polémique déclenchée par Todd est présente dans tous les médias. Mais je vous joins un texte qui me parait intéressant de Michael Walzer, un américain professeur à l’université Princeton : « Cette gauche qui n’ose pas critiquer l’islam »
Pour finir je vous donne un retour sur les mots du jour du 2 et 3 mars 2015
Je vous avais parlé, début mars, de ma cure ayurvédique. Elle m’a aidé dans mon quotidien par rapport aux dégâts causés par les thérapies allopathiques.
Force est de constater cependant, qu’elle n’a eu aucun effet sur la progression de mon cancer qui devait pourtant être éradiqué par l’ablation de l’organe origine et créateur des cellules atteintes.
Il y a 6 mois, le marqueur du cancer était à nouveau détectable et montrait une seconde récidive après l’opération.
Mon urologue décidait de ne pas utiliser de thérapie et d’attendre 6 mois pour agir. Il parlait d’une perspective où la valeur du marqueur serait multipliée par 2.
La dernière mesure montre, en 6 mois, une multiplication du marqueur par plus de 9.
Je devine donc que mon combat honorable et intime contre la maladie qui me ronge risque de devenir plus âpre.
Il y a des lundis qui sont plus difficiles que d’autres…