Mardi 26 avril 2016

Mardi 26 avril 2016
«Le salaire est une charge, un coût, quelque chose de négatif qu’il faut réduire. Les dividendes des actionnaires et les bonus des patrons sont des parts de profit donc positifs.
Le mépris du salarié, c’est dans nos règles comptables qu’il est inscrit.»
Paul Jorion
Je ne veux pas plomber l’ambiance !
Je ne parlerai donc pas du dernier ouvrage de Paul Jorion : <Le dernier qui s’en va éteint la lumière>
Je parlerai plutôt de ce patron, Henry Engelhardt, PDG du groupe d’assurance automobile britannique Admiral, qui a décidé, d‘offrir 9 millions d’euros de primes à tous ses employés à l’occasion de son départ à la retraite, le 12 mai prochain. « C’est une façon de dire merci » a-t-il simplement précisé.
Je ne veux pas plomber l’ambiance !
Je ne parlerai donc pas des sombres prévisions qu’a révélées Paul Jorion dans son entretien du 25 mars 2016 avec Patrick Cohen qui le recevait pour évoquer son livre. <Le dernier qui s’en va éteint la lumière>.
Je parlerai  plutôt de la générosité de Bernard Arnault, patron de LVHM, qui a fait un don à un de ses anciens salariés qu’il avait licencié et qui non seulement survivait avec  400 euros par mois, mais qui, en outre, était à la veille de perdre sa maison qui devait être saisie par huissier. Certes, la générosité du milliardaire français n’est pas aussi spontanée que celle de Henry Engelhardt, comme le montre <Merci Patron> que j’ai enfin vu. En effet, il faut toute la ruse et les stratagèmes de François Ruffin, le créateur de Fakir, pour déclencher la générosité contenue et intéressée de Bernard Arnault. Pour celles et ceux qui ne l’ont pas encore vue, comme Pascale l’a fait pour moi, je vous conseille d’aller le voir.
Bernard Arnault prétend ne pas l’avoir vu, je peux comprendre. Il doit être quand même difficile d’entendre que son ancien salarié qu’il a licencié avec des centaines d’autres pour augmenter les bénéfices de LVMH, doit jeûner plusieurs jours par mois parce que les 400 euros qu’il touche ne lui permettent pas de manger tous les jours.
Paul Jorion qui rappelons est un anthropologue ayant travaillé dans des banques américaines dans le domaine du trading décortique les codes de l’Economie, qui n’est pas une science mais une construction humaine pour justifier la répartition des richesses. Il écrit énormément d’ouvrages et tient un blog étonnant et décapant.
Kaizen est un mensuel fondé par Cyril Dion le réalisateur du film «Demain». Kaizen est un mot japonais qui signifie «changement bon». Kaizen a organisé, pour ses lecteurs, une conférence le 23 mars au Goethe-Institut de Paris où il avait invité Paul Jorion. J’ai lu dans le dernier numéro de ce magazine : «Au fur et à mesure de la conférence, nous avons pu constater un mécontentement manifeste plutôt unanime dans le public.»
Bref, Paul Jorion avait plombé l’ambiance !
Malgré tout, je voudrai partager deux réflexions de Paul Jorion, qu’il a développé lors du 7/9 du 25 mars de Patrick Cohen.
La première concerne la croissance et l’argent.
Vous savez que l’argent constitue le fluide qui permet de faire fonctionner l’économie. Or l’immense majorité de l’argent est créée par les banques, quand un acteur économique obtient un prêt pour investir. Quand la banque dispose de suffisamment de garantie pour estimer que le prêt sera remboursé, elle l’accorde. Le fait d’accorder le prêt, conduit la banque à inscrire, dans ses comptes, le montant du prêt. Cet argent, la banque ne l’a pas. Elle doit bien disposer d’une certaine assise financière pour avoir le droit de prêter, mais la somme d’argent correspondant au prêt n’est pas prélevé sur le compte d’un épargnant pour être versé sur le compte de l’emprunteur. Non ! L’argent est créé, ex nihilo, par son inscription au bénéfice de l’emprunteur.
Et c’est là que Jorion explique la relation entre la dette, l’argent et la croissance.
Le système économique a besoin de la dette, puisque c’est par la dette que l’argent est créé.
La dette doit être remboursée avec un intérêt. Il faut rembourser plus que l’emprunt, ce plus est donné par la croissance. S’il n’y a pas de croissance, on ne peut pas rembourser les intérêts de la dette.
La dette, l’argent et la croissance sont dans notre système intimement liés.
Or la croissance est en panne, faible. Certains affirment même que la croissance infinie n’est pas supportable dans le monde fini de la terre.
C’est ainsi que la dette continue à croitre et n’est plus remboursable.
Ce sont donc bien les fondements du fonctionnement du système qui sont en cause.
La seconde concerne la comptabilité et le regard qu’on porte sur la rémunération des salariés et la rémunération des actionnaires. Je cite de mémoire : «Nous avons admis que la rémunération des salariés était le salaire et que le salaire était une charge, un coût, quelque chose de négatif qu’il fallait réduire, minimiser. Le profit était une chose positive qu’il fallait maximiser. Les dividendes des actionnaires et les bonus des patrons sont des parts de profit donc positifs.
Le mépris du salarié, c’est dans nos règles comptables qu’il est inscrit.»
Ce ne sont pas les propos d’un économiste orthodoxe, mais Jorion jette un regard décalé sur ce que chacun estime la normalité du fonctionnement de l’Economie.
Normalité qui est remarquablement mise en lumière dans le film «Merci Patron».
Ce regard décalé je le trouve fécond.

Lundi 25 avril 2016

Lundi 25 avril 2016
«Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs»
William Shakespeare
«Comme il vous plaira», Acte 2, Scène 7, Réplique de Jacques à son ami le Vieux Duc qui a été proscrit et chassé du pouvoir par son frère 
William Shakespeare est un homme plein de mystères.
Certains le caractérisent par ce mot : «Le portraitiste de l’âme humaine».
Il représente un symbole tel en Angleterre que de manière commune on désigne la langue anglaise sous l’appellation «La langue de Shakespeare».
Ces dernières semaines et jours, il est beaucoup question de ce monument du théâtre occidental, parce que dans les encyclopédies il est noté : «William Shakespeare meurt le 23 avril 1616». Or nous sommes le 25 avril 2016, ce samedi nous fêtions donc officiellement l’anniversaire des 400 ans de la mort du «Génie du théâtre».
Dans la réalité cette affirmation est fausse ou simplement partiellement juste. C’est encore un problème de calendrier. Car comme je l’avais déjà relaté dans le mot du jour du 16 février 2015 « Renvoyer aux calendes grecques », lors du changement de calendrier, du calendrier «julien» de Jules César vers le calendrier «grégorien» du pape Grégoire, que nous utilisons actuellement, l’Angleterre, réticente aux innovations du continent [cela n’a pas changé], vivait encore à cette date avec le calendrier Julien.
Donc l’homme qui est né et mort à Stratford-upon-Avon, près d’Oxford, est donc décédé le 23 avril 1616 du calendrier Julien.
Ce qui correspond au 3 mai 1616 (à 52 ans) de notre calendrier grégorien.
Si vous souhaitez allumer une bougie (ou 400 bougies) pour commémorer le 400ème anniversaire, il faudra le faire le mardi 3 mai 2016.
Le mot du jour du 16 février 2015, rappelait qu’il existe un autre monument de la littérature occidentale qui est mort le 23 avril 1616, du calendrier grégorien : Miguel de Cervantès décédé à cette date à Madrid.
Mon inoubliable professeur de français de troisième, nous avait appris que si nous voulions être honnête homme, il fallait que nous ayons lu les 4 plus grands monuments de la littérature occidentale :

«Les misérables» de Victor Hugo

«David Copperfield» de Charles Dickens

«Guerre et Paix» de Tolstoï

et «Don Quichotte» de Miguel Cervantès

Si j’ai lu et même relu les 3 premiers, j’ai commencé mais sans le finir ce 4ème ouvrage.
Il reste tant de choses à faire avant de quitter cette terre…
Mais revenons à ce génie absolu du théâtre William Shakespeare, baptisé le 26 avril 1564 Stratford-upon-Avon et donc né quelques jours avant, date non connue.
On lit dans Wikipedia :
«[…] il est généralement admis que l’on ne connaît du personnage que des détails […]
Il est le troisième enfant de la famille et l’aîné des garçons. Son père, John Shakespeare, fils de paysan, est un gantier et marchand d’articles de maroquinerie, négociant de peaux et de laine prospère, tirant également profit de la spéculation foncière[…] C’est un notable de la ville de Stratford : en 1568, il y est élu conseiller municipal, puis grand bailli (ou maire) en 1568
[…] Le milieu confortable dans lequel naît Shakespeare le conduit vraisemblablement à fréquenter, après le niveau élémentaire, l’école secondaire « King Edward VI » au centre de Stratford, où l’enseignement comprend un apprentissage intensif de la langue et la littérature latine, ainsi que de l’histoire, de la logique et de la rhétorique. Selon son contemporain et rival, Ben Jonson, « il connaît pourtant peu le latin et encore moins le grec »
En 1577, le jeune garçon est retiré de l’école, vraisemblablement pour gagner sa vie ou pour aider son père qui est dans une mauvaise passe.
Le 28 novembre 1582, à Temple Grafton près de Stratford, Shakespeare, qui a alors 18 ans, épouse Anne Hathaway, fille d’un fermier de Shottery, de sept ou huit ans son aînée. […]
La suite des années 1580 est connue comme l’époque des « années perdues » de la vie du dramaturge : entre 1585 et 1592, nous n’avons aucune trace de lui, et nous ne pouvons expliquer pourquoi il quitte Stratford pour Londres.
On perd la trace de Shakespeare en 1585 : il quitte Stratford, il quitte sa femme, pour une « traversée du désert ».»
Vous lirez le reste sur Wikipedia : <https://fr.wikipedia.org/wiki/William_Shakespeare>
Il est incontestable qu’un bourgeois de Stratford-upon-Avon, s’appelant, William Shakespeare,  a vécu entre 1564 et 1416. Il a même écrit un testament dont on garde trace.
Ce testament qui est un des arguments utilisés par <Daniel Bougnoux qui avait été invité dans l’émission la Grande Table du 8 avril 2016 dont le thème était «Qui était vraiment Shakespeare ?»> Pour dire qu’un homme qui a rédigé un tel testament ne peut pas être l’auteur des pièces attribuées à William Shakespeare.
Il développe beaucoup d’autres arguments que vous trouverez aussi dans une des deux pièces jointes à ce message et plus largement dans le livre qu’il a écrit : <Shakespeare le choix du spectre>.
Il n’est pas le premier : Mark Twain, Sigmund Freud avaient déjà défendu cette hypothèse, ce bourgeois, qui n’a pas quitté l’Angleterre qui ne savait par lire le Français et l’italien, alors que plusieurs de ces œuvres sont plus qu’inspirées par des livres dans ces deux langues, alors qu’il n’en existait pas de traduction en anglais. Ainsi «Othello» ou le «Marchand de Venise» sont, ce qu’on appellerait probablement aujourd’hui, du plagiat de deux œuvres italiennes.
Daniel Bougnoux n’a pas peur d’affirmer « Je crois démontrable que le médiocre affairiste de Stratford ne peut pas être le « Shakespeare » qui signe un pareil théâtre ».
Et il reprend la thèse défendue par un chercheur canadien Lamberto Tassinari, dont le livre révèle l’hypothèse :  <John Florio alias Shakespeare>.
John Florio qui était un homme polyglotte d’une culture immense que ne semblait pas avoir Shakespeare.
Wikipedia nous donne les informations suivantes :
« John Florio (Londres, 1553 – Fulham 1625) était un linguiste, lexicographe et traducteur anglais d’ascendance italienne.
Né d’un père italien protestant ayant dû chercher refuge en Angleterre pour échapper à l’Inquisition dans son pays, et d’une mère probablement anglaise, il passa ses jeunes années dans les Grisons en Suisse, puis, après des études en Allemagne, retourna en Angleterre où, fort de sa formation humaniste et polyglotte, il trouva bientôt à s’employer comme précepteur et professeur d’italien et de français auprès de personnes issues de toutes les classes sociales : marchands, nobles, artistes, princes, et même une reine, Florio occupant le poste de maître de langues à la cour royale de Jacques Ier.
Il figure comme un précurseur tant dans le domaine de la traduction (il fut le premier à traduire en anglais les Essais de Montaigne et des passages du Décaméron de Boccace) que dans celui de la lexicographie, étant en effet l’auteur d’un dictionnaire anglais-italien dans lequel, pour la première fois, il eut l’idée d’admettre des vocables du langage courant et des termes de métier. Son dictionnaire et sa traduction des Essais de Montaigne passent aujourd’hui pour de véritables monuments de la Renaissance anglaise et des lettres élisabéthaines. […]
Il fut peut-être un ami de William Shakespeare, ou eut à tout le moins une influence sur lui. Florio est l’un des nombreux candidats proposés comme étant les véritables auteurs des œuvres de William Shakespeare. […] La théorie s’appuie notamment sur l’argument, également avancé par d’autres anti-stratfordiens, que l’œuvre de Shakespeare dénote une connaissance intime de la culture et de la géographie italiennes.»
Pourquoi si cette hypothèse est vraie, John Florio n’a-t-il pas signé ses œuvres ? Bougnoux donne cette explication : italien d’origine juive, il ne pouvait se mettre en avant dans le <Théâtre élisabéthain>.
Pour introduire toutes ces interrogations j’ai trouvé pertinent de mettre en exergue, cette réplique d’une œuvre Shakespearienne : «Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs».
J’aurais peut-être pu aussi utiliser «To be, or not to be: that is the question », « être ou ne pas être », «Hamlet », acte 3 scène 1
France Culture a consacré de nombreuses émissions à cette œuvre lumineuse de la culture occidentale : http://www.franceculture.fr/dossiers/week-end-shakespeare

Vendredi 22 Avril 2016

Vendredi 22 Avril 2016
«Quelles que soient les alternatives, il doit y avoir une réciprocité absolue, une égalité absolue, la reconnaissance mutuelle de la dignité et de la vie, le respect des traditions de chacun et de son histoire.
Telles sont les conditions sine qua non de la paix. […] Cette offre ne peut venir que du plus puissant.»
Yehudi Menuhin, discours à la Knesset du 5 mai 1991
Les religions de paix, cela n’existe pas. Mais il peut exister des femmes et des hommes de paix, dont certains peuvent être religieux ou appartenir à une religion.
Yehudi Menuhin était un extraordinaire musicien, il fut un artiste précoce et il était un homme de paix.
Il était juif, son prénom Yehudi signifie juif. Sa mère a voulu l’appeler ainsi afin qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur ses origines juives.
Pendant la guerre, il a joué trois fois par jour pour les soldats alliés, dans le but de soutenir leur moral. Mais à la fin de la guerre, le plus grand chef allemand, Wilhem Furtwängler, un des plus grands de l’Histoire faisait l’objet d’une procédure de dénazification, parce qu’il n’avait pas quitté l’Allemagne et avait donc joué pour les nazis. Il ne fut pourtant, contrairement à Karajan, jamais membre du parti et il s’opposa plusieurs fois aux nazis en raison de leur antisémitisme. Ce fut alors Yehudi Menuhin, en tant que juif et allié qui vint à Berlin pour venir jouer avec Furtwängler le concerto de Beethoven. Il tendit ainsi la main et il en sortit la version la plus bouleversante de ce chef d’œuvre avec Furtwängler au festival de Lucerne.
<Vous trouverez ici cette histoire des accusations contre le Furtwängler et le rôle de Menuhin> qui dès 1945, après tout ce qu’avait fait l’Allemagne au peuple juif parlait déjà de la rédemption de ce pays et écrivit : « Si ce pays moribond parvenait à redevenir un membre honorable de la communauté des nations civilisées, ce serait grâce à des hommes, comme Furtwängler, qui ont prouvé qu’ils étaient capables de sauver au moins une partie de leur âme. […] »
Ce fut aussi un homme qui allait vers les autres cultures, il fit par exemple des concerts et des disques avec Ravi Shankar le grand maître de la musique indienne traditionnelle.
En Afrique du sud, en plein apartheid, alors que son contrat l’avait explicitement interdit, il va jouer devant un public de noir.
Et il y a 25 ans, en 1991, il obtint un prix qui eut pour conséquence qu’il devait prononcer un discours à la Knesset. Ce discours je l’ai entendu pour la première fois lors d’une émission d’ARTE consacrée à Menuhin. Et je n’ai pas encore trouvé la vidéo, mais je viens de trouver le verbatim de ce discours derrière ce lien : https://blogs.mediapart.fr/olivia-elias/blog/121115/discours-de-yehudi-menuhin-la-knesset-5-mai-1991
Et Yehudi Menuhin, se présentant comme juif au milieu du peuple juif, va tenir ce discours :
« Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, chers amis,
Je remercie la Fondation internationale Wolf pour le grand honneur qu’elle m’accorde dans la plus sainte des villes, Jérusalem – la ville où vécurent mes ancêtres. Je suis également reconnaissant d’avoir, par le rituel de ce prix, le privilège de m’adresser à la Knesset.
Outre les hautes qualifications que je partage avec mes camarades lauréats, je possède un titre très particulier, celui de mon noble ancêtre hassidique, le rabbin Schneer-Salman.
Enfant, mon rêve candide était, en jouant du violon, de pouvoir guérir les cœurs souffrants – accomplissant ainsi une mission juive…
J’aimerais rappeler les mots de Salomon, sans doute le plus avisé de tous les hommes, ces mots écrits afin que nous les observions éternellement : Mon fils, n’oublie pas mon enseignement ; que ton Cœur retienne mes recommandations. Car ils te vaudront de longs jours, des années de vie et de paix. Que la bonté et la vérité ne te quittent jamais : attache-les à ton cou, inscris-les sur les tablettes de ton Cœur; et tu trouveras faveur et bon vouloir aux yeux de Dieu et des hommes «Jamais ces mots n’ont été aussi opportuns qu’aujourd’hui, dans ce monde déchiré par les conflits et le malheur. La peine, l’angoisse et l’horreur nous entourent – le moment n’est-il pas venu pour nous, Juifs réunis ensemble en Israël, de reconnaître notre suprême destinée : celle de guérir et d’aider ?
La réciprocité est la loi pragmatique de toutes les sociétés. Ceux qui vivent par l’épée périront par l’épée, et la terreur et la peur. La haine et le mépris sont mortellement infectieux. Et dans le même esprit, vous devez aimer si vous désirez être aimé, vous devez faire confiance pour que l’on vous fasse confiance, et servir pour que l’on vous serve.
Mes amis, Israël a atteint l’âge de la maturité. Le moment est venu. Relevez ce défi. Ne calculez pas vos actions dans les ténèbres de la peur; mais plutôt dans la lumière éclatante des paroles du Roi Salomon, sinon vous continuerez à vous laisser gouverner par cette peur et cette violence, vous resterez un camp retranché tant que vous survivrez.
Quelles que soient les alternatives, il doit y avoir une réciprocité absolue, une égalité absolue, la reconnaissance mutuelle de la dignité de la vie, le respect des traditions de chacun et de son histoire. Telles sont les conditions sine qua non de la paix. Et non une paix qui serait un hiatus afin de préparer d’autres guerres, mais la paix dans sa signification intégrale, la paix qui doit rester et qui restera une lutte constante et noble.
Cette offre ne peut venir que du plus puissant. Ce pays ne deviendra fort et confiant en l’établissement d’amitiés nouvelles et honorables que lorsqu’il acceptera le fait inéluctable qu’en son sein vivent des gens tout aussi attachés à la terre, prêts à mourir eux aussi pour leurs idéaux et destinés en fin de compte à devenir amis.
Un fait est absolument évident: cette façon improductive de gouverner par la peur, par le mépris des dignités essentielles de la vie, cette constante asphyxie d’un peuple dépendant devrait être la dernière chose acceptée par ceux-là même qui savent trop bien l’horrible signification, la souffrance inoubliable d’une telle existence.
Il est indigne de mon noble peuple, le peuple juif qui s’est efforcé de rester fidèle à un code de droiture morale durant quelque cinq mille ans, qui est capable de créer et d’établir un pays et une société tels que nous le voyons autour de nous, de pouvoir encore refuser le partage de ses grandes qualités et de ses bénéfices à ceux qui séjournent parmi eux.
Je crois que les Israéliens savent déjà au plus profond de leur cœur qu’avec ce geste fraternel de réciprocité, pourrait venir le moment de déclarer : « Car voilà l’hiver passé, c’en est fini des pluies, elles ont disparu. Sur notre terre, les fleurs se montrent. La saison vient des gais refrains. Le roucoulement de la tourterelle se fait entendre sur notre terre. »
Puisse cette voix être celle des peuples eux-mêmes. Comme le disait le grand Psalmiste David : « Agrée les paroles de ma bouche et le murmure de mon cœur sans trêve devant toi, ô mon Dieu, mon rocher, mon rédempteur. »
Et du plus profond de mon cœur aimant, je souhaite qu’il en soit ainsi pour vous tous. »
Yehudi Menuhin est né le 22 avril 1916, il y a exactement 100 ans.
Et demain le 23 avril, commence la fête juive de Pâque.
Wilhem Furtwängler et Yehudi Menuhin

Jeudi 21 Avril 2016

Jeudi 21 Avril 2016
«Vivre et laisser mourir»
Michel Foucault

Donc le Pape François s’est, à nouveau penché, sur le sujet des réfugiés et il a même ramené concrètement 12 réfugiés au Vatican.

Conversation est un site où on peut trouver des articles initialement en langue étrangère traduits en français.

Un article d’un universitaire anglais, Stéphane J Baele, University of Exeter, m’a interpellé car il rapproche la situation actuelle aux frontières de l’Europe à une réflexion de Michel Foucault développée à partir de 1974 : <la biopolitique>

Biopolitique est un néologisme pour identifier une forme d’exercice du pouvoir qui porte, non plus sur les territoires mais sur la vie des gens, sur des populations, le biopouvoir.

Le pouvoir va s’intéresser à la vie, à la santé, à la retraite et même à la fin de vie des citoyens de son territoire. En témoigne toutes les caractéristiques de l’Etat providence, de la sécurité sociale et de l’existence de toute une organisation visant à accompagner les citoyens de la naissance à la mort. Des campagnes financées par le pouvoir vont donner des injonctions à la population :

  • Ne pas fumer ;
  • Ne pas trop boire d’alcool ;
  • Bien manger …5 légumes et fruits ;
  • Avoir des activités physiques ;
  • Se soumettre à des examens médicaux périodiques etc…

Parallèlement Foucault prévoyait aussi que ce biopouvoir aurait des incidences sur la manière de traiter les autres, ce qui ne sont pas « les citoyens protégés ». Ce pouvoir tenterait de protéger ses concitoyens des « autres ».

Et c’est ainsi que, l’universitaire anglais introduit son article : <Vivre et laisser mourir : Michel Foucault avait-il prédit la crise des réfugiés ?> :

« En mars 1976, le philosophe Michel Foucault décrivait, sous le terme de « biopolitique », l’avènement d’une nouvelle logique de gouvernance propre aux sociétés libérales occidentales, obnubilées par la santé et le bien-être de leurs populations.

Quarante ans plus tard, force est de constater que les pays occidentaux ont, plus que jamais, à cœur de promouvoir une alimentation saine, proscrire le tabac, réglementer la consommation d’alcool, systématiser le dépistage du cancer du sein ou informer leurs citoyens sur les risques de contracter telle ou telle maladie.

Michel Foucault n’a jamais prétendu que cette tendance était regrettable, après tout elle sauve des vies. Il estimait, en revanche, que le fait d’accorder autant d’importance à la santé et la prospérité d’une population excluait de fait ceux qui n’y avaient pas accès et étaient considérés comme susceptibles de les mettre en danger.

La biopolitique est donc la politique du « vivre et laisser mourir ». En se focalisant sur sa propre population, un pays augmente les conditions susceptibles « d’exposer à la mort, de multiplier pour certains le risque de mort ».

Ce paradoxe aura rarement été plus manifeste que durant la crise qui, ces dernières années, a vu des centaines de milliers de personnes chercher refuge en Europe. Il est frappant de constater à quel point les sociétés européennes investissent chez elles dans la santé, tout en érigeant des barrières juridiques et matérielles toujours plus étanches afin de maintenir les réfugiés à distance. De fait, elles participent activement à la mort d’êtres humains.

Le conflit au Moyen-Orient est meurtrier. À elle seule, la guerre civile en Syrie a déjà fait 300 000 morts, selon la plupart des estimations. Elle nous donne à voir quelques-unes des pratiques les plus effroyables, dont le gazage de plusieurs milliers de civils à Damas en 2013.

Des groupes extrémistes comme Daech affichent une cruauté inconcevable. Ils décapitent leurs victimes à l’aide de couteaux ou d’explosifs, les enferment dans des cages avant de les brûler vives, les crucifient, les jettent du haut des immeubles et, plus récemment, ont fait sauter une voiture dans laquelle se trouvaient des passagers (un enfant aurait déclenché le dispositif). Cette violence s’est exportée en Europe. Et certaines des grandes villes syriennes ressemblent aujourd’hui au Stalingrad de 1943.

Évidemment, les populations fuient, comme l’avaient fait avant elles les Belges – par exemple – au début de la Première Guerre mondiale : le Royaume-Uni en avait accueilli 250 000, parfois au rythme de 16 000 chaque jour.

Mener une vie normale étant impossible sur la quasi-totalité du territoire syrien, l’émigration se poursuivra inévitablement tant qu’il restera des civils dans cette région dévastée par la guerre. […]

Confrontés au drame qui se joue à leurs portes, que font les États membres de l’Union européenne ?

Exactement ce qu’avait prédit Foucault. Hormis l’Allemagne, ils rivalisent d’imagination pour mettre en place des politiques visant à se prémunir contre l’arrivée des réfugiés et envoient des messages dissuasifs toujours plus explicites.

L’Autriche a ainsi décidé unilatéralement de fixer des quotas sur le nombre de demandeurs d’asile qu’elle acceptera quotidiennement, laissant la Grèce, en faillite, gérer seule l’afflux d’immigrés.

Une semaine plus tôt, Manuel Valls avait déclaré que la France et l’Europe ne pouvaient « accueillir plus de réfugiés ». […]

Au Danemark, la police est désormais autorisée à saisir les objets de valeur appartenant aux réfugiés, les privant ainsi du peu qu’il leur restait. La Slovaquie a, de son côté, décrété qu’elle n’accueillerait que des réfugiés syriens chrétiens, et pas plus de 200, au prétexte que les musulmans « ne se sentiraient pas chez eux » et ne seraient de toute façon pas acceptés par la population locale. […]

Les pays occidentaux, dont la politique d’immigration est de plus en plus implacable, importent aussi des technologies militaires destinées à établir des dispositifs de contrôle sophistiqués et des barrières infranchissables en Grèce, en Bulgarie ou dans les enclaves espagnoles au Maroc. Les « conditions favorables à la mort des autres » sont ainsi réunies. Les Syriens n’ont désormais que le choix de survivre chez eux ou d’entreprendre un voyage périlleux vers des pays sûrs mais totalement verrouillés.

Les théories plus ou moins complexes échafaudées pour justifier cette politique sont facilement réfutables, tant sur le plan rationnel que moral. Le seul raisonnement qui tienne est celui de Foucault.

En expliquant pourquoi une société aussi obsédée par la santé est capable (plus ou moins indirectement) de tuer des gens capables de contribuer à cette santé, Foucault lance un mot fort : le racisme, au sens large du terme.

Sa théorie, confirmée depuis par des milliers d’expériences en psychologie sociale, est la suivante : pour que des individus acquiescent à des politiques extrêmes et qu’ils les parent d’arguments moraux, ils doivent considérer les gens qui en sont victimes comme différents, extérieurs à leur communauté.

C’est pourquoi le Royaume-Uni, qui avait accueilli 250 000 Belges avec du thé et des gâteaux entre 1914 et 1916, contribue aujourd’hui, avec la majeure partie des pays de l’Union européenne, à la mort de milliers d’êtres humains ayant fui une guerre dans laquelle s’affrontent un régime dictatorial et le groupe terroriste le plus violent (quantitativement et peut-être qualitativement parlant) de tous les temps.

Le peu de moralité qui subsistait chez les États européens est en train de s’évaporer. »

C’est un autre regard sur la crise des migrants qui sont aux frontières de notre espace européen.

Je peux aussi vous inciter à écouter cette belle émission où Philippe Meyer avait invité Pascal Brice, directeur de L’OFPRA (l’Office français de protection des réfugiés et apatrides) qui d’une voix calme, posée explique avec intelligence et humanité le rôle de l’établissement qu’il dirige, toujours en se référant aux valeurs que sous-tendent le droit de réfugiés. Il montre aussi le défi auquel nous sommes confrontés.

<688>

Mercredi 20 Avril 2016

Mercredi 20 Avril 2016
«Premier ministre, ou président de la République ?
 Jamais […] la confusion des rôles n’a paru aussi évidente.»
Brice Couturier
Pendant que MEDIAPART réalisé son émission sur Nuit Debout, François Hollande s’essayait à la communication traditionnelle du Politique à travers une émission de télévision.
Brice Couturier dans sa chronique du lendemain  a réalisé cette analyse pertinente à mon sens :
« Jamais un chef de l’Etat ne s’était à ce point comporté en chef du gouvernement. Une conduite des affaires au ras du sol. Hier soir, le président de la République a plaidé avec conviction en faveur de l’action gouvernementale. S’il fallait résumer l’ensemble des propos qu’il a tenus d’une phrase, je retiendrais celle-ci : « J’ai engagé une politique qui commence à produire des résultats ».
Alors oui, tout y est passé ; de la baisse des charges sur les entreprises aux mesures en faveur du niveau de vie des étudiants, de l’augmentation du nombre des demandeurs d’asile à la réforme du Travail. Même si on peut regretter l’usage intempestif de la première personne du singulier, et sans se prononcer sur le fond, c’était un assez bon discours de chef du gouvernement. François Hollande a paru bien au fait des détails d’exécution de la politique menée, dont on avait l’impression qu’elle provenait toute de ses propres initiatives.
Mais François Hollande est-il premier ministre, ou président de la République ? Jamais autant qu’hier soir, la confusion des rôles n’a paru aussi évidente. La logique des institutions voudrait que le chef de l’Etat ne se mêle pas des péripéties de l’action gouvernementale.
Diriger le gouvernement, c’est le rôle du chef du gouvernement, le Premier ministre. Déjà Nicolas Sarkozy intervenait constamment et à propos de tout, perdant en chemin de vue les lignes directrices qu’il avait lui-même tracées. François Hollande, qui semble s’occuper de la gestion au jour le jour du pays, paraît dépourvu de toute vision historique. Est-ce la faute de ceux qui étaient chargés de le questionner ? C’est possible.
Mais enfin, pas un mot sur la crise – peut-être mortelle – que traverse le processus d’intégration européenne !
Les Pays-Bas viennent de voter contre l’Union européenne. Le risque du Brexit se rapproche dangereusement. Nous savons qu’une défection de la Grande-Bretagne déclencherait des réactions en chaîne incontrôlables. Le président de la République a-t-il imaginé des scénarii de sortie de crise ? Nous n’en savons rien. A nouveau, il s’avère que la Grèce ne pourra pas rembourser celles de ses dettes qui arrivent à échéance, cet été.
Faut-il envisager enfin le défaut pour ce pays et comment limiter ses effets sur les autres Etats membres de l’UE, dont le nôtre ?
L’Autriche est en train de construire un mur de barbelé sur sa frontière avec l’Italie, où arrivent 20 000 migrants par jour ; la Grèce est saturée. L’espace Schengen n’est plus qu’un souvenir. La Turquie ne veut pas accueillir sur son sol les migrants qui en sont partis, malgré les 6 milliards d’euros promis. Sommes-nous résignés à laisser la chancelière allemande piloter seule une Europe entrée dans une période de grave turbulence ? N’avons-nous pas nos propres idées, nos propres intérêts à faire prévaloir ? Si l’Europe se défait, quelles alternatives pour notre pays ?
Alors que le président américain, en fin de mandat, est affaibli, Vladimir Poutine multiplie les provocations militaires. Les relations entre la Russie et la Turquie, membre de l’OTAN, demeurent explosives. Elles peuvent dégénérer en un conflit ouvert. Qu’en pense le président de la République ?
Chacun sait que l’Algérie, pour cause de chute des ressources tirées de la vente du gaz et du pétrole, concomitante avec une fin de règne politique, va connaître, dans les mois ou les années qui viennent, une crise sociale gravissime. Comment en anticipons-nous les effets ?
Arnold Toynbee avait une formule : history is on the move again. Elle redevient d’une brulante actualité. Cela faisait longtemps que le mouvement de l’histoire n’avait pas subi une aussi forte accélération. En saisir les enjeux, en déceler les dangers et les opportunités est de la responsabilité d’un président de la République.
C’est pour que le pays ne soit plus jamais pris au dépourvu par les drames historiques que le général de Gaulle avait imaginé sa propre fonction, en la distinguant clairement de celle du premier ministre. Or, la dyarchie au sommet de l’Etat est devenue illisible. On ne sait plus où sont les responsabilités de chacun.
La meilleure preuve : les journalistes passent leur temps à demander au président de commenter l’action de son premier ministre. Et là encore, en s’attachant à la surface des choses, à un détail : le port du voile à l’Université. Quand c’était de la place de l’islam en France et en Europe – question historique – qu’il aurait dû être question. Décidément, le fonctionnement actuel de nos institutions, avec cette dyarchie absurde au sommet de l’exécutif, n’est pas tenable.
Elle est sans doute l’une des causes de l’immobilisme français. Et donc du malaise actuel. Du reste, nous aurons tout oublié avant un an. »
Je partage sans nuance cet avis de Brice Couturier.
Je le résumerai de cette manière : Si le président fait le job du premier ministre, d’abord le premier ministre ne sert à rien, ensuite personne ne fait le job du Président.
On peut être critique avec les « Nuits debout » mais quand on voit et on entend François Hollande, on ne peut que les comprendre.
Je l’écris : c’est consternant. Nous sommes en face d’un technicien  qui considère que chaque problème nécessite un ajustement technique : il faut modifier un paramètre…alors que nous changeons de monde !
C’est Marcel Gauchet qui a eu cette formule que je cite de mémoire : « Le gouvernement présente la Loi El Komri comme un simple problème technique qu’il faut résoudre pour améliorer la situation. Mais il ne dit pas, quel est le sens de cette Loi. Quelle est la société que sous-tend cette réforme ? Quelle est la place du travail, de l’emploi, de la vie familiale, des projets de vie des jeunes dans un tel contexte ? »
Si le Président de la République ne donne pas ce sens, à quoi sert-il ?
80% des Français ne veulent plus de lui ni de Nicolas Sarkozy pour les élections présidentielles 2017.
Comment s’en étonner ?
Alors je fais un rêve démocratique.
Vous souvenez qu’en 2005, François Hollande et Nicolas Sarkozy avait fait plusieurs actions communes pour défendre le même point de vue : Le Oui au traité constitutionnel que les français ont d’ailleurs rejeté.
Alors je rêve qu’ils deviennent, tous deux, lucides et réalistes et refassent ensemble une tribune dans laquelle ils diraient « Nous avons compris le message des français et nous comprenons aussi le besoin de renouvellement dont a besoin le corps politique français et nous avons décidé tous les deux de ne pas être candidat aux prochaines élections présidentielles pour permettre cette respiration démocratique »
Je fais partie de ces personnes qui ne désespèrent jamais de l’intelligence des gens, même si souvent je dois me résoudre à conclure ce n’est pas encore gagné.

Mardi 19 Avril 2016

Mardi 19 Avril 2016
«Je ne crois pas que quoique ce soit de révolutionnaire ait jamais été inventé par un comité»
Steve Wozniak, le cofondateur d’Apple avec Steve Jobs
J’ai trouvé un article dans Slate : http://www.slate.fr/story/116177/creatif-temps-isole-reste-du-monde dont le titre est : «Pour être créatif, passez du temps isolé du reste du monde». Cet article renvoie vers un article anglais sur le site <Quartz> et rapporte :
«Un bon ingénieur, c’est un peu comme un artiste. Steve Wozniak, le cofondateur d’Apple, se considère un peu comme un artiste. Selon lui, les ingénieurs qui ont apporté des inventions majeures à l’humanité travaillent comme les créateurs: seuls. «Je ne crois pas que quoique ce soit de révolutionnaire ait jamais été inventé par un comité», écrit-il à propos du processus d’innovation. Des études ont d’ailleurs montré la supériorité de la réflexion solitaire sur la génération d’idées en groupe.
Cette sagesse se heurte à la marche d’un monde dans lequel chacun est toujours plus connecté aux autres, que ce soit dans l’espace physique ou par l’intermédiaire des technologies de communication à distance, et à des sollicitations innombrables qui empruntent les multiples canaux du marketing.  Dans ce contexte hostile d’infobésité permanente, un article de Quartz insiste sur les vertus du travail solitaire, à une époque où la demande de créativité a supplanté l’exigence de conformité aux normes dans le domaine professionnel. Cette capacité à travailler seul n’est cependant pas comparable avec un état d’ennui, et encore moins avec la détresse de la solitude. Il s’agit plutôt d’un état de complétude dans lequel l’individu donne le meilleur de lui-même.
Selon Ester Buchholz, psychologue et auteure d’un essai sur la solitude, «les autres nous inspirent, les informations nous nourrissent, la pratique améliore notre performance, mais nous avons besoin de moments de calme pour comprendre les choses, faire des découvertes et pour faire émerger des réponses originales.»
Cela suppose par contre d’affronter ses émotions et de faire face à ses souvenirs sur de longues périodes. Ou, comme le formule la romancière danoise Dorthe Nors, à rester dans une zone d’inconfort émotionnel pour en tirer l’inspiration. Sans devenir ermite pour autant, être capable de s’isoler peut donc s’avérer bénéfique.»
Voilà qui est dit ! Et je reviens vers le mouvement Nuit debout.
Et je vais commencer par ce qui fait mal, parce que bien sûr ce mouvement est comme tous les autres infiltrés par des « cons ». Il y a les casseurs, mais il y a aussi les intolérants qui ont chassé Alain Finkielkraut de la Place de la République où il était simplement allé  pour écouter.
Le reste est relaté par le site Slate.fr :
«L’expédition aura été de courte durée. Alors qu’il venait d’arriver place de la République à Paris « pour écouter » les revendications des participants au mouvement « Nuit debout », qui dure depuis maintenant plus de deux semaines, Alain Finkielkraut a rapidement été pris à partie. Des clips postés sur les réseaux sociaux montrent que le philosophe polémique a notamment été accueilli samedi 16 avril par des manifestants qui lui ont lancé « casse-toi » ou encore « facho ». « Saloperies », « fascistes »[…]
Interrogé par le « Cercle des Volontaires » alors qu’il quittait la place de la République, Alain Finkielkraut a expliqué qu’il ne venait « même pas pour intervenir ou faire valoir [ses] idées » mais seulement pour « écouter ». « On a voulu purifier la place de la République de ma présence », a-t-il estimé en présence de sa femme. « Je pense que s’il n’y avait pas eu de service d’ordre, je me faisais lyncher ». « J’ai été expulsé d’une place où doivent régner la démocratie et le pluralisme, donc cette démocratie c’est du bobard, ce pluralisme c’est un mensonge », a encore regretté le philosophe»
Voilà qui est dit aussi !
Nuit debout fait suite à d’autres mouvements comme <Occupy Wall Street>, d’ailleurs le mouvement a eu la visite de <David Graeber, l’anthropologue qui s’était beaucoup impliqué dans ce mouvement> . Aujourd’hui, la candidature et le succès rencontré par Bernie Sanders dans les primaires Démocrate et qui ose dire qu’il est socialiste est une continuation de ce mouvement. <Le journal les inrocks.com débat d’ailleurs de ce rapprochement entre Nuit debout et occupy wall street>
En Espagne il y eut le mouvement des Indignés (Indignados en espagnol), cette fois c’est le parti <Podemos> avec son leader <Pablo Iglesias>  qui sont issus de cette initiative.
Nuit debout veut être un mouvement différent, notamment en refusant de générer des leaders pour éviter la dérive Podemos, les participants semblent particulièrement inquiet d’une possible récupération politique ou médiatique.
Comme je ne me sens pas l’énergie ni la santé pour aller voir de mes propres yeux, je suis obligé d’entendre le témoignage d’autres : <Ainsi Bernard Lavilliers qui déclare sur Europe 1> : «Cette place de la République c’est un forum […] Nuit debout se réclame d’une forme d’anarchie. Cette place de la République, c’est un forum, Il y a des ‘y a qu’à’ et des ‘faudrait’, mais je trouve ça pas mal. Ça n’a rien à voir avec la loi Travail, c’est certainement parti de là mais ça s’est étendu à beaucoup d’autres choses […Comme par exemple] cette sorte de tyrannie des énarques, qui sont d’une arrogance incroyable et se penchent sur les problèmes du peuple, et dont le peuple ne veut plus. »
Evidemment le journal <Le Figaro> est beaucoup plus critique:
« Ce qui frappe au premier abord dans la Nuit Debout, c’est la forte homogénéité sociale du mouvement. D’ordinaire, la place de la République est bigarrée. Ce sentiment de mélange est volontiers accru par les événements qui se déroulent régulièrement sur la place: occupation périodique par des migrants ou par des familles africaines menacées d’expulsion et protégées par le Droit au Logement, mais aussi quadrillage par les familles Roms qui dorment dans la rue avec leurs bébés et leurs enfants. Le tour de force de la Nuit Debout est de babiller sans lassitude apparente sur le sexe des anges solidaires, de gauche, révolutionnaires, progressistes et autres adjectifs bisounours, dans un entre soi très bien huilé. Ici, on est bien, on est tranquille, on est humaniste, mais on est d’abord des quartiers centraux de Paris. On adore dénoncer la précarité et la discrimination, mais selon l’étiquette bobo en vigueur, qui accorde une place nulle aux «minorités visibles», manifestement peu intéressées par les sujets qui se traitent. […]
Une autre caractéristique de la Nuit Debout tient à son aversion pour le salarié. C’est l’Autre: on le plaint, on se bat pour lui, mais on ne le côtoie pas. Tout est fait, dans la Nuit Debout, pour le décourager de venir. Le premier argument est dans la définition même de la manifestation: nocturne, noctambule, elle n’est guère accessible à celui qui sort fourbu d’une journée de travail et qui doit embrayer tôt le lendemain. Il peut venir, certes, de temps à autre. Mais il doit attendre pendant des heures avant de pouvoir parler pendant trois minutes selon un formalisme figé qui laisse peu de place à l’amateurisme. Dans la Nuit Debout, le salarié, le prolétaire, est une icône. On aime le voir en peinture, mais il ne faudrait pas qu’il s’imagine changer les choses au jour le jour. La preuve? Le mouvement a finalement considéré que la résistance à la loi El-Khomri était un prétexte un peu vain, et qu’il valait mieux refaire le monde sans parler d’actualité. […]
Cette dominante sociologique s’explique par le caractère faussement improvisé du mouvement. Depuis longtemps, les indignés français sont noyautés par un petit groupe d’intellectuels auto-centrés qui n’ont nulle envie de se mélanger à d’horribles petits bourgeois qui procréent, qui s’occupent de leurs moutards et qui cultivent les relations familiales. Ceux-là sont des catholiques intégristes en puissance qu’il faut écarter.»
Cet article, publié le 8 avril, prédisait une fin rapide de cet incongruité : «Fait par les Blancs pour les Blancs, fait par les bourgeois pour les bourgeois, fait par les bobos pour les bobos, il ne devrait pas tarder à mourir de sa belle mort, à moins qu’une mutation du virus ne conduisent à une radicalisation et une popularisation inattendue.»
Il semble cependant que le mouvement soit parvenu à essaimer en banlieue, nuançant ainsi un peu la prédiction ou l’espoir du Figaro.
Car en effet, c’est bien la démocratie représentative qui est en questionnement.
Quand on écoute le Président de la République actuel s’exprimer à la télévision, on oscille entre la compassion (il fait ce qu’il peut et il peut peu), l’exaspération (il dit des choses totalement en décalage avec ce que vivent les gens du type ça va mieux, les outils sont en place pour une amélioration) le découragement (il ne donne aucun sens à son action, on ne comprend pas où on va, on ignore ce qu’imagine cet homme du passé, du monde de demain).
Il est donc pertinent de trouver de nouvelles pistes.
Mais est-ce dans la possibilité de Nuit debout.
Que pensent-ils ? Vers quoi voudraient-ils aller ?
Ils répètent que c’est trop tôt, qu’il faut attendre les réflexions des commissions, des AG etc…
Il y a quand même Frédéric Lordon qui s’exprime, mais comme simple participant parmi d’autres bien qu’il soit probablement celui qui dispose de la pensée la plus structurée et la plus aboutie.
Alors vous verrez <Ici> (à partir de 3’50) son intervention du 9 avril 2016 dans laquelle il n’appelle pas à la grève générale mais dit que c’est la conséquence normale du mouvement et que dans un élan Proudhonien <La propriété c’est le vol>, il appelle à la fin de la propriété privée.
Je n’affirme pas que ce n’est pas la solution de nos problèmes mais j’ai l’intuition que cette idée n’a pas beaucoup vocation à prospérer au niveau national et encore moins dans l’Europe telle qu’elle existe actuellement.
Pour aller plus loin, je vous invite à lire son entretien à la revue écologique « Reporterre » : « Il faut cesser de dire ce que nous ne voulons pas pour commencer à dire ce que nous voulons »
Tout ceci me laisse assez songeur et j’en reviens à l’exergue du mot du jour : «Je ne crois pas que quoique ce soit de révolutionnaire ait jamais été inventé par un comité»
J’exprime donc une grande perplexité quant aux débouchés concrets et rapides des réflexions qui peuvent sortir des brain storming des commissions et Assemblée Générale de ce mouvement.
Cela étant, il est rassurant et positif, qu’à l’ère du numérique,  des gens et singulièrement des jeunes, se réunissent physiquement pour parler ensemble, sur une place emblématique de Paris, de se voir, d’être en face à face.
C’est pourquoi je continuerai à regarder ce mouvement avec bienveillance s’il ne s’abime pas dans la violence et qu’il parvient à canaliser les crétins qui se sont attaqués physiquement et verbalement à Alain Finkielkraut.

Lundi 18 avril 2016 ou du 49 mars 2016

« Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. »
Pierre Victurnien Vergniaud

Ce matin nous sommes le 49 mars du calendrier du mouvement « Nuit debout ».

Ce mouvement étonnant a démarré le 31 mars et, probablement en référence au calendrier révolutionnaire, a voulu créer un nouveau calendrier. Ils ont fait simple, continuer indéfiniment le mois de mars qui a vu le début de ce mouvement.

Mais MEDIAPART a consacré une « soirée live » à ce mouvement et a invité des participants à s’exprimer, ce qui est difficile puisqu’ils refusent de nommer des porte-paroles et qu’ils se méfient énormément des médias. Finalement, MEDIAPART probablement en raison de son positionnement est arrivé à en convaincre quelques-uns. < C’est ici>

Parmi les invités, il y avait Leila Chaibi, membre du Parti de gauche et ancienne candidate aux municipales à Paris. Elle fait partie des initiateurs de ce mouvement, c’est ce qu’elle explique dans l’émission de Mediapart, avec le journal FAKIR d’Amiens qui annonce d’entrée :

« Journal fâché avec tout le monde. Ou presque »

Wikipedia nous apprend que

« Fakir est un journal indépendant et alternatif engagé à gauche. Il a été créé en 1999 à Amiens, en Picardie. Selon deux formules consacrées présentes au début de chacun de ses numéros, le journal se présente comme n’étant lié à « aucun parti politique, aucun syndicat, aucune institution » et comme « entièrement rédigé et illustré par des bénévoles ». Il connaît une diffusion nationale depuis le 26 avril 2009. Le magazine confectionné à Amiens diffuse entre 10 000 et 20 000 exemplaires par numéro.»

Le rédacteur en chef et fondateur de ce journal est <François Ruffin>.

Pour le situer un peu, on apprend qu’il a participé comme reporter plusieurs fois à l’émission de France Inter<Là-bas si j’y suis de Daniel Mermet> qui a été supprimé dans la polémique en 2014. François Ruffin a pris la défense de Daniel Mermet.

Et en 2015, il réalise son premier film, « Merci Patron ! », film critiquant Bernard Arnault, dont la sortie nationale a eu lieu le 24 février 2016. Ce film a aussi joué un rôle de premier plan, un rôle fédérateur dans le déclenchement de ce mouvement.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de le voir, Bien que Pascale me l’ait vivement conseillé en précisant qu’il devrait me plaire.

Le mouvement DAL « Droit au logement » a également été présent dans le tout début du mouvement, notamment pour le conseil logistique.

Et enfin il y a l’intellectuel Frédéric Lordon, dont j’ai déjà parlé (en bien).

Tout ceci pour dire, comme le révèle Leila Chaibi, que ce mouvement n’est pas venu de nulle part, une création spontanée ex nihilo.

Au départ, il y a la mobilisation contre la Loi Travail et l’idée de quelques-uns dont notamment ceux cités précédemment qui ont eu l’intuition qu’il ne fallait pas manifester et puis rentrer chez soi. Mais qu’il fallait se réunir, parler ensemble, créer un élan démocratique, ce qu’ils appellent un mouvement horizontal dans un monde où la démocratie représentative est à bout de souffle en France, mais aussi dans tous les autres pays occidentaux.

Cela commence à 16′ de l’émission de Mediapart donné en lien en début de message.

Le mot d’ordre du noyau de ce mouvement était : on ne rentre pas chez nous après la manif.

Et puis ils se sont posés la question de Lénine <Que faire ?>

Une première idée était de réaliser un tract de revendication dans une perspective de «convergence des luttes », concept qui a été abondamment repris dans leurs discussions.

Cette première idée a été repoussée pour faire place à cette innovation qui me paraît très intéressante : Mettre en place une organisation (logistique, repas, concert, les règles de prise de parole…) permettant à tous ceux qui le souhaitent de débattre, sans que les initiateurs prennent un rôle prépondérant.

Cette position qui semble respecté, pour l’instant, constitue la force du mouvement mais aussi sa faiblesse pour aller plus loin et se structurer.

Pour revenir à Leila Chaibi, elle raconte donc que l’appel à se réunir « Place de la République » et à organiser les échanges, devait s’accompagner d’un site internet et qu’il fallait donc trouver un nom. [Se trouve à 33:30 de l’émission de Mediapart] :«Au départ on a pensé à « convergence des luttes ». Puis on a pensé aux « nuits blanches » qui sont organisées par la mairie de Paris et on a proposé « Nuit Rouge ». Et Lordon a dit : « attention, l’objectif n’est pas de se retrouver entre nous, entre militants [de la gauche de la gauche]. L’objectif est de faire un mouvement massif, alors attention au vocabulaire trop marqué mouvement ouvrier ou gauchiste. » Alors en référence à la citation de La Boétie « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » nous avons décidé d’appeler ce mouvement la nuit debout »

A ce stade de mon étude je suis retourné vers l’extraordinaire encyclopédie, Wikipedia à laquelle il faudra bien que je consacre un mot du jour, tant cette institution est une formidable et positive création de l’esprit collaboratif et de la modernité.

Donc Wikipedia nous apprend dans son article consacré à <La servitude volontaire de la Boétie> qu’«On attribue à tort, semble-t-il, la citation suivante à ce texte, car elle ne peut être trouvée dans aucun des principaux textes publiés : « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. ». En réalité, elle provient de Pierre Victurnien Vergniaud». Vergniaud qui fut un des leaders des girondins.

C’est toujours Wikipédia qui nous apprend que «Pierre Victurnien Vergniaud (31 mai 1753 à Limoges – guillotiné 31 octobre 1793 à Paris) était un avocat, homme politique et révolutionnaire français. Bien plus que l’orateur du parti girondin, il fut l’un des plus grands orateurs de la Révolution française. Il reste un des grands acteurs de la Révolution. Président à plusieurs reprises de l’Assemblée législative et de la Convention nationale, c’est lui qui déclara la « patrie en danger » (discours du 3 juillet 1792). C’est également lui qui prononça la suspension du roi au 10 août 1792 et le verdict qui condamna Louis XVI à la mort. Il fut pour beaucoup dans la chute du trône, et la levée en masse des citoyens pour la guerre. »

J’ai consacré, une grande partie de mon temps de cerveau disponible de ces derniers jours à m’intéresser à ce mouvement « Nuit debout », mais je m’aperçois que ce mot du jour va devenir de longueur exagérée si je ne m’interromps pas.

Alors je voudrais simplement faire part de la réflexion d’une amie qui m’a été rapporté par Annie et qui remarquait que l’échange de parole, la qualité de l’écoute sur la Place de la République était absolument remarquable, un vrai travail moderne de professionnel des débats.

Le symbole de cette organisation étant les gestes codifiés que vous trouverez ci-après et qui permettent à la foule de réagir immédiatement à ce que l’orateur dit :

Nuit debout  a donc un site : http://www.nuitdebout.fr/

Et déjà une page Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nuit_debout

J’en resterai à ce stade pour le mot du jour d’aujourd’hui.

Je regarde ce mouvement avec sympathie, étonnement mais aussi un peu d’incrédulité sur son devenir et sa capacité à faire bouger les choses.

L’exergue du mot du jour « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » est en revanche une formule qui me paraît plein de sens, dans ce monde où les 1% les plus riches accaparent une part de plus en plus extravagante des richesses produites.

Mais toute la question est aussi de savoir : pourquoi sommes-nous à genoux ?

Cette question pouvant se décliner sur deux modes : Qu’avons-nous à perdre ? Ou qu’avons-nous à gagner à la conservation du système actuel ?

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Vendredi 15 avril 2016

Vendredi 15 avril 2016
« Si tu t’en prends à Monseigneur Barbarin, toute la famille finira en enfer ! »
La mère d’une des victimes
Frédéric Pommier réalise le week end, une étonnante et souvent poétique revue de presse sur France Inter. Le 2 avril il est revenu sur un sujet qui concerne l’église catholique et notamment l’église Lyon : <http://www.franceinter.fr/emission-la-revue-de-presse-de-frederic-pommier-la-revue-de-presse-du-2-avril 2016>
Sur ce sujet, il a rapporté les points suivants :
« Et puis, si l’on revient en France, on ne peut pas ne pas parler des suites des affaires de pédophilie qui secouent le diocèse de Lyon. Le sujet fait d’ailleurs la Une du MONDE, qui évoque « l’onde de choc de l’affaire Barbarin ».
Alors que les enquêtes progressent, d’anciennes affaires, parfois classées, remontent à la surface. Et des victimes racontent donc maintenant leur cauchemar, quitte, parfois, à rompre avec leur famille. C’est ce que raconte Marion Van Renterghem, qui a mené l’enquête dans une ville partagée, dit-elle, entre l’exigence de justice et celle de miséricorde. Les catholiques lyonnais et la bourgeoisie font corps autour de l’archevêque, soupçonné d’avoir étouffé les agissements de prêtres pédophiles. Ils font corps et ne supportent pas le lynchage médiatique que subit, à leurs yeux, le si droit cardinal. La minimisation des faits, le déni et, bien sûr, la peur de faire scandale, la gêne de s’attirer les foudres de la communauté paroissiale : tels sont aussi les sentiments qui habitent certains des parents des victimes. De sa mère, l’une d’elle a ainsi entendu : « Si tu t’en prends à Monseigneur Barbarin, toute la famille finira en enfer ! »
Il n’empêche. Avec les deux nouvelles affaires révélées depuis jeudi, le cardinal est plus que jamais « dans la tourmente », estime LA NOUVELLE REPUBLIQUE, tandis que L’INDEPENDANT se demande s’il ne s’agit pas là du « scandale de trop ». Dans L’EST REPUBLICAIN, Alain Dusart, lui, se souvient de la « loi » édictée par le fondateur du scoutisme. Baden Powell avait écrit qu’un scout est « pur dans ses pensées, ses paroles et ses actes ». Et jamais, commente l’éditorialiste : « Jamais ce noble officier anglais n’aurait imaginé que ces jeunes garçons élevés dans un esprit de charité, tomberaient dans les mains lubriques de curés tripoteurs et d’un clergé complice de ces bergers transformé en loups prédateurs de tant d’innocence volée. » »
Le fond de l’affaire est constitué d’actes pédophiles dont se sont rendus coupables des membres du clergé de l’Eglise. Mais ce qui est dénoncé le plus fort est le fait que la hiérarchie ecclésiastique n’a ni dénoncé ces actes à la justice laïque de l’Etat et qu’en outre elle n’a pas pris, en son sein, les mesures appropriées pour éloigner les coupables de la fréquentation d’enfants dans le cadre de leur charge ecclésiale.
L’institution a agi comme une famille qui a toujours du mal à dénoncer un des siens, cela peut se comprendre même si cela ne justifie rien.
Mais il semble bien qu’il y a un autre sujet qui laisse à penser que certaines autorités de l’Eglise ne sont pas très averties de la gravité de la pédophilie. Je dirai que les hommes (du genre mâle) de l’église catholique ne sont pas très structurés du point de vue de la pédophilie. 
Ainsi, dans un entretien non préparé, donc où les fondamentaux et la structure de pensée réagissent et non les éléments de langage, l’évêque de Pontoise, Monsieur Stanislas Lalanne a déclaré de ne pas savoir si l’acte pédophile était un péché, je traduis une faute au sens religieux.
Depuis il est revenu sur ces propos, sous le conseil de communicants ?, il a demandé pardon à ceux qu’il aurait blesser et a expliqué : « Ce que je voulais dire aussi – et c’est peut-être là que je n’ai pas été compris – c’est que la question difficile qui se pose à chaque situation, qui est à chaque fois extrêmement douloureuse, c’est le degré de conscience et donc la responsabilité de celui qui commet des actes aussi atroces »
Admettons. Je voudrais savoir si L’Église Catholique manifestait la même rigueur intellectuelle lorsqu’en Irlande, elle faisait enfermer, dans des institutions détestables, des jeunes filles qui avaient commis un « soit disant » péché. L’Eglise avait-elle bien examiné si ces jeunes filles avaient  un degré de conscience et donc la responsabilité des actes commis. Si ces paroles vous paraissent obscures relisez donc l’Histoire des < couvents de la Madeleine> dont le dernier fut fermé il y a 20 ans.
La communication de ces derniers jours, semble indiquer que l’Eglise catholique veut mettre en place des dispositions nouvelles pour lutter contre ce crime et protéger les enfants.
Mais le centre du mot du jour est cette formule « Toute la famille finira en enfer ».
La culpabilisation ! Faire taire, obtenir la soumission par la menace, la menace suprême pour le croyant : c’est à dire hypothéquer ce qui est essentiel dans l’existence, ce qui se passe après la mort.
J’ai déjà écrit que j’avais poursuivi une quête spirituelle, autour de mes 20 ans, dans une église dans laquelle se trouvait aussi ma grand-mère.
Ma grand-mère était une femme simple, d’origine polonaise, qui a consacré sa vie à sa famille et aux autres, ne tenant aucun compte de son confort.
Au sens commun des mots, elle était une sainte femme : son seul défaut était qu’elle ne gardait jamais un cadeau mais qu’elle le distribuait toujours à quelqu’un d’autre qui selon elle en avait davantage besoin.
Disponible aux autres, elle partageait tout et aidait sans relâche toutes celles et ceux qu’elle connaissait et qui avait un besoin.
Les dernières semaines de sa vie m’ont profondément ébranlé, car elle était terrorisé devant la perspective, dans son esprit, de se retrouver devant son Dieu et se remémorait en boucle tous les actes et pensées qu’elle estimait non conforme à son idéal de perfection morale et de charité chrétienne. Elle se trouvait alors dans une inquiétude et une incertitude que je juge, encore aujourd’hui, terrible.
Je me suis alors interrogé sur cette religion qui échoue devant sa mission principale : permettre à ses croyants, surtout quand il s’agit d’une femme aussi extraordinaire et simple, comme l’était ma grand-mère, d’affronter avec sérénité le dernier combat de la vie.
Et c’est en creusant davantage cette réflexion que j’ai compris que pour ces institutions religieuses, pour leur pouvoir il était fondamental d’utiliser cette arme de la culpabilisation et de la menace pour obtenir la soumission et l’obéissance.
Bien sûr pour tous ceux qui ont vécu loin de la religion ou s’en sont beaucoup éloignés, cette facette du pouvoir religieux peut apparaître assez incompréhensible.
Mais elle réapparait dans des familles très croyantes et dans cette phrase que dit une mère qui certainement y croit profondément : si l’un de notre famille touche à l’institution, nous serons tous coupables et nous devons craindre le pire de notre Dieu.
Cette manière de réagir, cette culpabilisation fondatrice vient de siècles d’enseignement des églises qui sont arrivés à convaincre les âmes qu’il fallait vivre dans la peur, la peur de déplaire au Dieu que l’institution prétendait représenter.
Cette institution presqu’à l’agonie parvient encore, à instiller dans le cœur et l’esprit de certains de ses membres cette crainte effrayante du croyant si nous faisons quoi que ce soit qui pourrait nuire à l’institution nous irons en enfer.
Evidemment, je sais qu’il y a parmi les destinataires de ce mot des croyants sincères que je ne veux pas blesser.
J’avais tenté d’expliquer dans le mot du jour du 10 Juillet 2015 «Nous sommes pour la religion contre les religions.» (Victor Hugo), cette dichotomie entre l’aspiration au spirituel et à la transcendance que porte le religieux et le dévoiement de ces valeurs par les institutions humaines qui prétendent les incarner. Vous trouverez en pièce jointe, cette tentative d’explication.

Jeudi 14 avril 2016

Jeudi 14 avril 2016
«Ce pays qui aime les idées »
Sudhir Hazareesingh
Plusieurs intellectuels étrangers s’inquiètent de l’état des idées en France.
La France que ces intellectuels aiment est universaliste. Elle est incarnée par Voltaire, Rousseau, Diderot, Montesquieu, l’encyclopédie.
Plus récemment, Raymond Aron, Sartre, Braudel,  Levi Strauss, Bourdieu qui sont tous des penseurs qui traitent de l’universalité, des réflexions qui concernent le Monde et l’être humain dans son essence.
Aujourd’hui, nos intellectuels se referment sur l’Hexagone et livres après livres ne parlent que de la France, de son identité et de son malheur.
Faut-il rappeler quelques titres ?
La liste serait longue, il y a bien quelques essais pour sortir de la morosité comme <Le Réveil français, de Laurent Joffrin>
Mais même dans ce dernier cas, fi de l’universalisme, il n’est question que de la France, de l’Hexagone.
D’où cette inquiétude, des intellectuels étrangers sont beaucoup continuent à aimer la France. Le plus récent est un ouvrage de l’historien israélien, professeur à l’Université de Tel Aviv,  Shlomo Sand, qui signe aux éditions La Découverte La fin de l’intellectuel français ? De Zola à Houellebecq,
Schlomo Sand rappelle que « La grande qualité de l’intellectuel français, (…) est cet humanisme universaliste qui a commencé à être porté par Voltaire, par Rousseau, par Diderot… » pour regretter la situation actuelle.
Mais l’exergue du mot du jour est un livre <Ce pays qui aime les idées, histoire d’une passion française> de Sudhir Hazareesingh, professeur à Oxford. Il est né dans l’île Maurice dans une famille de lettrés et de hauts fonctionnaires d’origine indienne. Son ouvrage avait pour titre en version originale: «Comment les Français pensent. Portrait affectueux d’un peuple intellectuel ».
Je l’ai entendu dans plusieurs émissions de radio <Ici il était l’invité des Matins de France Culture> et aussi <Dans l’émission la Grande Table>
Mais pour partager avec vous ses réflexions, je m’appuie sur un article de l’Express : <La France croit devoir penser pour le reste du monde>
Voici un large extrait de cet entretien
«Votre dernier livre traduit en français, Ce pays qui aime les idées, est la synthèse d’une trentaine d’années consacrées à l’histoire des idées en France, mais aussi une tentative de réponse à la question: pourquoi les Français sont-ils si pessimistes ? Quelle est votre réponse, à vous, qui êtes familier des rives de la Seine et qui enseignez de l’autre côté du Channel, dans la prestigieuse université d’Oxford?
Le « malaise français » est au cœur des débats intellectuels depuis une vingtaine d’années: perte de repères idéologiques, crise du modèle républicain, euroscepticisme et rejet de la mondialisation, obsession du « déclinisme » devenue l’idée fixe de la classe politique. […]
Comment expliquez-vous le contraste entre le pessimisme collectif des Français et, à en croire les sondages, leur relatif optimisme individuel ?
J’y vois la résurgence d’un courant classique de l’individualisme français, à la fois frivole et cérébral, orienté vers ce que Benjamin Constant a appelé la « jouissance paisible de l’indépendance privée ». Dans Le Mystère français, Hervé Le Bras et Emmanuel Todd soulignent l’écart entre le pessimisme conscient des Français et leur optimisme inconscient au cours des trente dernières années: d’où la bonne tenue du taux de natalité, la baisse du nombre de suicides et d’homicides, les progrès de la réussite scolaire, l’émancipation des femmes et l’intégration des immigrés.
Cet état d’esprit n’est pas si nouveau. Il est ancré chez les élites depuis l’ère postrévolutionnaire, dites-vous. Y compris à gauche, où vous avez même repéré un « désespoir progressiste »? On ne sait plus à qui se fier…
Eh oui, la gauche n’a pas toujours baigné dans un optimisme béat, fondé sur la croyance au progrès. En 1863, au faîte de la gloire de Napoléon III, Proudhon écrit: « Je crois que nous sommes en pleine décadence, et plus je reconnais que j’ai été dupe de mon excessive générosité, moins il me reste de confiance dans la vitalité de ma nation. »
Les premières pages de votre essai sont consacrées au discours du ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin contre l’intervention armée en Irak, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le 14 février 2003. C’est plutôt inattendu, comme entrée en matière?
J’ai choisi ce discours parce que c’est un condensé de l’esprit français, un mélange de virilité et de verve enracinées dans ce que la rhétorique française a de meilleur. Un appel à la raison et à la logique cartésienne, construit sous le signe d’oppositions binaires: conflit-harmonie, intérêt personnel- bien commun, politique de puissance-moralité… L’auteur se fait le porte-parole d’une sagesse ancestrale: « Nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience… » Avec le recul, cet exercice apparaît comme un ultime morceau de bravoure, le dernier acte d’une magnifique tradition universaliste.
N’est-ce pas le cas de nombreuses nations que de se considérer comme investies d’une mission, les Etats-Unis, la Russie, Israël…?
Certes, mais la France a la particularité de mettre en avant ses prouesses morales et intellectuelles, et la conviction de devoir penser pour le reste du monde. Au XIXe siècle, Auguste Comte affirme que Paris est le centre de l’humanité, parce que l' »esprit philosophique » y règne. L’historien Ernest Lavisse écrit en 1890 que la mission de la France est de « représenter la cause de l’humanité ». La Révolution française a été la source des idéaux messianiques français: liberté, égalité, fraternité, droits de l’homme…
Vous avez été frappé par l’étrange culte à la culture célébré par les Français. Il s’agit vraiment d’une spécificité nationale ?
J’en suis convaincu. Ce culte se reflète dans la consécration de l’écrivain, véritable guide spirituel de la société, et dans l’importance accordée au style, à la syntaxe, au mot juste, au monde des idées. En 1944, un petit manuel avertis sait les soldats britanniques du débarquement: « Vous aurez souvent l’impression [que les Français] se disputent violemment, alors qu’ils ne font que débattre d’une idée abstraite. »
Du début des années 1950 à la fin des années 1970, j’ai répertorié le « nouveau roman », la « nouvelle vague », la « nouvelle histoire », la « nouvelle philosophie », la « nouvelle société », la « nouvelle gauche », la « nouvelle droite » – sans oublier la « nouvelle cuisine »…
[…] A quoi repérez-vous la sensibilité « néoreligieuse » de la société française laïcisée ?
Au vocabulaire. L’intellectuel est un « clerc »; son engagement, une « foi »; sa rupture avec une idéologie, une « hérésie » ou une « délivrance »… Rappelez-vous Edgar Morin racontant son adhésion au communisme comme « l’espérance du salut dans la rédemption collective ». Et depuis la Révolution, les héros nationaux entrent au Panthéon, une ancienne église, et de Gaulle est devenu le Saint-Père national.
[…] Dernière caractéristique des Français cartésiens, selon vous, l’inclination pour l’utopie…
Cette prédisposition utopiste puise sa source chez Rousseau, qui considère que la faculté première de l’homme est l’imagination. Les œuvres de Louis-Sébastien Mercier, Saint-Simon, Charles Fourier, Etienne Cabet sont toutes marquées par la révolte contre l’injustice et par l’ambition d’épanouir la nature humaine. Par ailleurs, le raisonnement utopique est marqué par son caractère systématique et radical. 
Ces idéaux progressistes ont contribué à l’adhésion de très nombreux Français au communisme. Car, au fond, les promesses du Parti communiste français ne renvoyaient-elles pas à l’ambition des Lumières de former des citoyens instruits partageant une morale laïque commune, à l’aspiration rousseauiste à régénérer l’homme, au désir de Fourier de promouvoir une plus grande harmonie sociale, au culte de la perfection et de l’industrie de Saint-Simon, à la « dictature bienveillante » de Cabet… ?  »
Je trouve très revigorant de lire ce regard plutôt bienveillant mais aussi critique d’un étranger sur la France.
Et j’aime cet exergue, car je crois en effet, que la France est un pays qui aime les idées, et moi j’aime cela.

Mercredi 13 avril 2016

Mercredi 13 avril 2016
«Un hackathon»
Nouveau concept de travail intense et collaboratif.
Je suis persuadé qu’une partie d’entre vous, notamment les plus jeunes, connaissent parfaitement de concept, mais pour ma part je l’ai découvert récemment.
Les architectes connaissent «la charette», travail intense et en groupe pour répondre à un appel d’offre dans un temps limité.
«Un hackathon» est un «truc» du même genre mais qui concerne la programmation informatique.
Un hackathon est, en effet, un événement où des développeurs se réunissent pour faire de la programmation informatique collaborative, sur plusieurs jours. Souvent cette approche collaborative s’accompagne d’une compétition entre les développeurs pour désigner le groupe qui réalise la meilleure solution.
Le terme est constitué de deux racines : de «hack» qui vient de «hacker» et «marathon.». Dans l’esprit de beaucoup, un hacker est un  informaticien qui utilise ses connaissances de la sécurité informatique pour en rechercher et en exploiter les faiblesses. Mais, notamment aux Etats-Unis, le hacker est avant tout un informaticien ingénieux qui crée, analyse et modifie des programmes informatiques pour améliorer ou apporter de nouvelles fonctionnalités à l’utilisateur.
En faisant quelques recherches sur ce sujet j’ai trouvé cet <Article du Figaro> :
« […] Sur les bancs des universités, les hackathons sont désormais légion. Contraction de «hack» et «marathon», le mot désigne un événement de programmation informatique collaborative.
[…] Le concept du hackathon est né aux États-Unis à la fin des années 1990, au sein de la communauté des développeurs adeptes des logiciels libres. «À l’époque, on se réunissait autour d’un projet pour lui donner un coup d’accélérateur», explique Mael Inizan, chargé de projet au sein de Silicon Xperience et de Silicon Sentier, une association qui promeut l’innovation en Île-de-France.
La culture du hackathon s’est propagée en entreprise lorsque les génies de l’informatique sont devenus entrepreneurs. Facebook fut précurseur dans le domaine. Sur l’impulsion de Mark Zuckerberg, les employés du réseau social s’y affrontent régulièrement dans le cadre de hackathons d’entreprise. Une seule règle: concevoir un projet qui n’a pas de rapport avec son domaine de prédilection. […]
Le phénomène a depuis gagné la France. Axa, Orange, Pernod Ricard, la SNCF, la RATP et beaucoup d’autres se sont déjà frottés à l’exercice. Le hackathon a quitté le stade expérimental pour s’intégrer à la stratégie d’entreprise. Plus question de se limiter à organiser une compétition entre employés. La plupart des hackathons organisés par des sociétés sont ouverts à tous: étudiants, start-up ou simples curieux contribuent à l’effort de recherche et développement.
«Avec les hackathons, nous cherchons à sortir du schéma d’innovation classique», précise Frank Mouchel, CIO d’Axa France. Le groupe d’assurances a organisé son premier hackathon sur le thème de la relation clients. Une quarantaine d’équipes ont élaboré un projet soumis à un jury de professionnels. Pendant quarante heures, les participants ont alterné lignes de code, micro-siestes et parts de pizza, en espérant remporter le premier prix de 10.000 euros.»
Ces initiatives qui semblent très positives posent cependant question : « Le hackathon est-il l’avenir de l’innovation en entreprise? Du côté des développeurs, on ne partage pas vraiment l’enthousiasme général et on dénonce les «dérives commerciales» du concept. «Un hackathon ne devrait pas se faire au bénéfice d’une société mais dans l’intérêt commun», prévient Mael Inizan. «Le problème, c’est que des entreprises financent ces événements en espérant un retour sur investissement immédiat.»
D’autres inquiétudes, plus concrètes, entourent l’intérêt des entreprises pour ces concours à l’innovation. Le spectre du travail non rémunéré plane sur les hackathons. Un participant du concours organisé par Axa confie sa crainte du vol d’idées, surtout quand les thèmes sont très spécifiques.«Les participants doivent protéger leurs productions par l’utilisation de licences libres», prévient Ivan Béraud, secrétaire général de la fédération CFDT de la communication, du conseil et de la culture. Ce dernier affirme n’avoir reçu aucune plainte relative à des hackathons à ce jour. […] La durée courte d’un hackathon représente à la fois des avantages et des inconvénients. «Le problème des hackathons, c’est qu’on y accomplit 80% d’un projet et qu’on oublie de finir les 20% restants», regrette Sarah Cherruault, PDG d’Auticiel, une société spécialisée dans les applications pour enfants autistes. La jeune entrepreneuse a néanmoins été plus chanceuse que la moyenne. Elle a participé en 2011 à un hackathon sponsorisé par Orange dans le cadre du Téléthon, où son application a remporté le premier prix. Cela a permis à son entreprise de rentrer en contact avec la fondation Orange, désormais partenaire de la start-up. «Les hackathons, c’est une énorme opportunité pour créer son réseau, rencontrer des partenaires comme des futurs collaborateurs», affirme Sarah Cherruault. »
Ce sont bien sûr les sites spécialisés en informatique qui sont les plus enthousiasmés par ce type d’évènement : http://www.journaldunet.com/solutions/emploi-rh/hackathon.shtml
« L’enjeu sur lequel la plupart des organisateurs se retrouvent, c’est sur la nécessité de transformer l’essai. « C’est actuellement ce sur quoi on travaille pour la prochaine édition du Hacking Health Camp » explique Sebastien Letélié. « On a remarqué que l’on n’avait pas de structure afin de permettre de donner une suite aux projets prototypés durant l’événement. Et on cherche à le corriger, avec le soutien de la part de nos partenaires qui aimeraient voir ces projets sortir plus facilement. […] Si on veut que le format continue, il faut que les startups s’y retrouvent » rappelle Chloé Bonnet. « Et pour ça, il faut leur donner une opportunité de business sur la suite. » Pas de secret, même si la gratuité de la participation semble être ici la norme. Mais certains sujets méritent d’être évoqués et définis clairement avant toute chose : au hasard, la propriété intellectuelle des prototypes développés au cours de la manifestation. « Le contrat moral entre participants et organisateurs doit être clair dès le départ. Ce qui est développé dans le cadre du hackathon appartient à son développeur et toutes les entreprises qui ont tenté de déroger à la règle ont rapidement rétropédalé » explique Chloé Bonnet. Et un hackathon qui tourne au désastre, c’est souvent une situation que l’on préfère éviter. […]
La pratique historique du hackathon, celle portée par le monde communautaire, elle fonctionnera toujours » explique Chloé Bonnet. « Pour les entreprises, cela dépendra de l’engagement avec les startups et de la volonté de renouveler l’expérience. » Pourtant il y a des risques, celui de l’outsourcing masqué et du travail gratuit, souvent pointé par les critiques de l’économie collaborative. « Ce qu’il faut comprendre, c’est que c’est un format qui existe depuis un moment et que l’on ne peut pas en faire n’importe quoi » rappelle Chloé Bonnet. « Ce n’est pas une campagne marketing, des codes existent et il faut en avoir conscience. »
On voit donc que beaucoup de questions se posent, notamment de propriétés intellectuelles, de rémunération du travail fourni si le résultat n’appartient pas gratuitement à la collectivité mais va directement servir aux bénéfices d’une grande entreprise qui tirent les marrons du feu.
Ce sont des questions du monde du travail de demain et déjà d’aujourd’hui.
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