Jeudi 02/02/2017

Jeudi 02/02/2017
« l’homme ne sera véritablement sûr et doux que s’il assume la force que le Créateur lui donne. Il a besoin de se battre (…), d’un lieu où le guerrier qui est en lui peut reprendre vie »
John Eldredge
Le sur lendemain de Noël, le journal le Monde a publié un article qui a attiré mon attention :  <Des catholiques veulent rendre à l’église sa virilité>
Je vous donne de larges extraits ci-après :
«Des catholiques veulent rendre à l’Eglise sa virilité. Des laïcs et des prêtres multiplient camps et stages pour aider les hommes à se réconcilier avec leur masculinité, jugeant que la société et l’Eglise sont dominées par des valeurs féminines. Lorsque Philippe Matron s’est inscrit au camp « Au coeur des hommes », il ne savait pas bien ce qui l’attendait. Trois jours plus tard, ce catholique pratiquant de 56 ans, père de six enfants dont cinq filles, est ressorti transformé de ces moments passés « entre frères » et avec le Christ. « J’ai découvert qu’on ne devient pas un homme grâce à une femme mais par son père ou par des références masculines », dit-il.
Quentin Schaepelynck, 34 ans, lui aussi catholique pratiquant, se souvient de moments très forts où l’on peut se livrer, faire tomber le masque : « J’ai compris quelle était ma place en tant qu’homme au sein de ma famille, dans la société. Y aller, c’était un petit cadeau aux miens. »
« Au coeur des hommes », « Optimum », association Pater… Depuis deux ou trois ans, les offres destinées spécifiquement à des hommes à la recherche de leur masculinité et de leur place dans l’Eglise catholique se multiplient. Comme si une inquiétude existentielle s’était emparée d’eux.
Camps, retraites, expéditions, fraternités à l’ambiance « virile mais pas bourrin » sont venus s’ajouter aux quelques pèlerinages des pères de famille (Cotignac, Saint-Michel, Vézelay) déjà existants.
Ce phénomène très nouveau est certes encore limité, mais le bouche-à-oreille lui donne du dynamisme. Le père Alain Dumont, pionnier des retraites pour hommes, créées à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) il y a une quinzaine d’années, témoigne de cet engouement : « Nous avons commencé avec des retraites de dix ou douze hommes et, depuis cinq ans, cela monte en force. Aujourd’hui, chacune rassemble entre 80 et 120 hommes, majoritairement des trentenaires et des quadragénaires. » Aussi les a-t-il fait essaimer ailleurs en France.
A l’origine de cette réflexion sur la masculinité et de ces initiatives, on retrouve souvent des laïcs, parfois insatisfaits de leur place dans l’Eglise. Des prêtres s’y trouvent aussi impliqués, mais ces initiatives sont d’abord l’un des fruits du grand mouvement de réaffirmation catholique qui s’est produit en 2013 lors des manifestations contre la loi Taubira sur le mariage homosexuel. « Ça a créé des liens et des initiatives. On est sur la lancée de ce dynamisme », confirme le père Simon Chouanard, curé du Coeur-eucharistique-de-Jésus, dans le 20e arrondissement de Paris.
La réflexion sur le masculin et le féminin conduite dans ce creuset a peut-être donné son impulsion à ce mouvement masculiniste. Il a pris forme dans la mouvance de la communauté de l’Emmanuel, qui a pour particularité de mélanger laïcs, laïcs consacrés et clercs, et autour de figures d’un catholicisme de réaffirmation, comme l’évêque de Toulon, Mgr Dominique Rey, aussi issu de l’Emmanuel. […]
Un livre, au titre un peu boy-scout, fait figure de référence : Indomptable (Farel, 2015). Il est d’ailleurs fortement recommandé de l’avoir lu avant de venir au camp. Son auteur, John Eldredge, conférencier américain, pioche pêle-mêle dans son expérience personnelle, dans des scènes de films grand public (Gladiator, Braveheart, Un monde parfait…) et dans la Bible pour illustrer et révéler à ses lecteurs « le secret de l’âme masculine». La thèse qu’il défend – « l’homme ne sera véritablement sûr et doux que s’il assume la force que le Créateur lui donne. Il a besoin de se battre (…), d’un lieu où le guerrier qui est en lui peut reprendre vie » – a rencontré un énorme succès. […]
Ces catholiques sont en plein questionnement sur la masculinité, qu’ils jugent aujourd’hui « blessée ». A leurs yeux, l’Église comme la société, baignées par la mixité, entravent l’expression de ces « désirs » profonds et laissent les hommes incertains de leur rôle. « Cela a un rapport à la force et à la violence » propres à l’homme, assure Clément Lescat. « C’est un sujet très épineux car la barbarie du XXe siècle a discrédité l’usage de la force. Aujourd’hui, l’homme se cherche entre deux caricatures : la soumission et la domination. Il a peur de ses désirs. Pourtant, il a un désir de combattre pour quelque chose qui le dépasse », résume-t-il. « Il y a une force, une animalité en l’homme qui le pousse à aller vers l’extérieur. Elle doit être canalisée dans le don et la grandeur. Les garçons ont besoin de grandeur », […]
« Dans les camps, on perçoit que les hommes, parfois, ne se sentent pas autorisés à être des hommes à fond, note Gabriel Morin. La virilité est suspectée d’une façon générale. Ils ont parfois intériorisé l’idée que c’est dangereux ou mal vu. Nous leur disons que la masculinité est une vocation, un appel de Dieu, et qu’on peut être pleinement homme sans être machiste et dominateur. » […]
Tous les acteurs de ce mouvement viriliste évoquent avec envie des rites de transmission religieuse masculine, comme la bar-mitsvah (la majorité religieuse chez les jeunes garçons juifs de 13 ans), ou d’initiation, dans les cultures africaines. Ils regrettent que les garçons n’aient pas le temps de construire leur masculinité parce qu’ils « passent des bras de leur maman à ceux d’une jeune fille ». […]
Redonner du lustre à la masculinité, cela n’est pas destiné à entrer en compétition avec la place conquise par les femmes, assurent les artisans de ce réveil masculin. « Nous ne sommes surtout pas là pour réveiller la guerre des sexes », assure Clément Lescat. « Aujourd’hui, on tend vers une uniformisation des rôles, des façons d’être et de penser. […]
Dans l’Église catholique aussi, au clergé diocésain pourtant intégralement masculin, les laïcs à l’origine de ces initiatives font le constat que les hommes ne sont pas toujours à l’aise et qu’ils éprouvent le besoin de se ménager un espace pour être entre hommes. L’effacement des communautés masculines pour les laïcs, l’omniprésence des femmes dans la vie paroissiale, des homélies jugées « asexuées », une liturgie post-concile Vatican II et ses cantiques qualifiés de trop « sucrés », tout cela contribue, selon eux, à une « féminisation de la vie en Église ». « Où sont les mecs dans nos églises ? », s’écrie ainsi l’abbé Chouanard. « Aujourd’hui, beaucoup d’hommes suivent leur femme à l’église et ils ne se sentent pas suffisamment rejoints comme homme par l’Église », abonde Gabriel Morin, des camps « Optimum ». « Ils n’ont pas besoin de discours gnangnan. L’Église doit faire un gros travail de conscientisation sur l’homme », tranche Clément Lescat. La virilité de Jésus serait édulcorée, la figure de Dieu présentée comme trop maternante. […].»
Que dire ?
Je ne vais pas sombrer dans l’essentialisme et dire : les catholiques ….
Mais, il se trouve toujours au sein des différents religions des groupes de personnes qui par leur réflexion et leurs actes montrent que les religions sont surtout des réflexions du genre mâle de l’homo sapiens.
Car il faut quand même oser penser et dire ce qui est relaté dans cet article, alors que tous les postes de pouvoir sont monopolisés par les hommes et que les femmes n’entrent dans ces cercles que de manière marginale.
Si on ne se restreint qu’à la France et qu’on regarde les patrons du CAC 40 ou qu’on va dans les postes de responsabilité de l’Etat.
Dans un contexte où la violence faite aux femmes reste immense partout et que plus que jamais ce sont des mâles qui veulent légiférer sur le corps, les désirs et même les habits des femmes.
Et comme souvent un dessin ou une photo disent plus qu’un long discours.
Cette photo montre Donald Trump, le 23 janvier 2017, entouré uniquement de mâles signant le décret sur la limitation du financement par des fonds fédéraux d’ONG internationales qui soutiennent l’avortement.
Et le journaliste du Guardian, Martin Belam a commenté :
« Aussi longtemps que vous vivrez, vous ne verrez jamais une photo de 7 femmes signant une législation sur ce que les hommes peuvent faire avec leurs organes reproducteurs »
<Il y a 43 ans, le 26 novembre 1974, Simone Veil> introduisait le débat sur sa célèbre Loi par un discours d’une exceptionnelle humanité. Et elle disait notamment :
« Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme, je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement ».
La photo montre la continuité d’un monde de décideur qui n’a pas changé de sexe dominant.
Je ne crois pas que le monde manque de masculinité, ni d’ailleurs les religions où seuls les mâles ont le pouvoir.
Je pense exactement le contraire.

Mercredi 01/02/2017

Mercredi 01/02/2017
« Un salarié allemand sur quatre a un bas salaire, contre un sur dix en France »
Catherine Chatignoux
On nous raconte tant de choses. On nous explique surtout que l’Allemagne est un pays bien mieux géré que la France et que nous devrions nous en inspirer pour toutes nos politiques économiques.
Et il est vrai que l’Allemagne est plus riche, est moins endettée et dispose d’une balance commerciale bien plus favorable que la France.
Certes, mais cette politique économique a un prix ou disons son côté obscur qui est de plus en plus éclairé par des études internationales.
Catherine Chatignoux est journaliste dans le journal « Les Echos ». Elle a écrit un article en s’appuyant sur une étude statistique produite par Eurostat qui a a calculé la proportion de « bas salaires » dans les différents pays de l’Union européenne.
Vous trouverez cet article, derrière ce lien : <Un salarié allemand sur quatre a un bas salaire>
Mais Grâce à cet article, ce mot du jour et les deux précédents, j’espère que plus personne ne pensera que je n’aime pas les chiffres. Mais un chiffre n’est pas neutre, je vous l’ai déjà écrit…
Je cite l’article : « Si l’Union européenne est toujours considérée comme un îlot de prospérité relative dans le monde, les dernières données de l’office statistique Eurostat montrent que la précarité n’épargne aucune de ses économies et révèlent quelques anomalies. »
Mais montrant d’abord le schéma :
«Première indication : la proportion de bas salaires parmi l’ensemble des salariés de l’Union européenne atteint 17,2 %, la zone euro en compte un peu moins, 15,9 %, ce qui est logique compte tenu de sa plus grande homogénéité économique. Est considéré comme un bas salaire celui qui touchait en 2014 deux tiers ou moins du salaire horaire national brut médian. Il s’agit donc d’un niveau relatif et non en valeur absolue.
S’il n’est pas étonnant de trouver le plus grand nombre de ces bas salaires en Lettonie (25,5 %), en Roumanie (24,4 %) ou en Pologne (23,6 %), leur forte proportion est plus inattendue en Allemagne (22,5 %), au Royaume-Uni (21,3 %), en Irlande (21,6 %), et même aux Pays-Bas (18,5 %). A noter que, pour des raisons liées à la réorganisation du système de collecte, les données de la Grèce n’apparaissent pas.
A l’inverse, les pays scandinaves continuent de mériter leur réputation de pays plus égalitaires puisque moins de 10 % des salariés percevaient des bas salaires en Suède (2,6 %), en Finlande (5,3 %) et au Danemark (8,6 %). La France (8,8 %) et la Belgique (3,8 %) apparaissent également plus équitables tandis que les pays du sud de l’Europe, Espagne, Portugal et Italie, affichent un niveau de bas salaires intermédiaire, inférieur à 15 %.
Concernant le niveau du salaire brut médian, les écarts restent très importants dans l’Union européenne puisqu’ils s’échelonnent de 1 à 15. Le niveau le plus élevé a été enregistré au Danemark (25,50 euros de l’heure), devant l’Irlande (20,20 euros) et la Suède (18,50 euros). A l’autre bout de l’échelle, le salaire médian le plus faible se trouve en Bulgarie (1,70 euro) et en Roumanie (2 euros). En Allemagne, il s’élève à 15,70 euros et en France à 14,90 euros. »
L’étude d’Eurostat confirme par ailleurs que les femmes sont davantage concernées par les bas salaires (21,1 %) que les hommes (13,5 %) et les moins diplômés (28,2 %) bien plus que ceux qui ont un niveau d’éducation supérieur (6,4 %). Les faibles rémunérations concernent enfin davantage les CDD (31,9 %) que les CDI (15,3 %).
Ces chiffres que nous disent-ils ?
On nous dit que le Royaume-Uni et l’Allemagne ont un taux de chômage nettement inférieur à la France, c’est vrai !
Mais parallèlement ils ont aussi le système qui produit une plus grande précarité et une plus grande inégalité des salariés.
Bien sûr que la France a un grand problème avec le chômage, mais quand j’entends certains politiques dirent nous allons appliquer les recettes qui ont marché ailleurs en pensant à l’Allemagne et à la Grande Bretagne je ne peux être qu’inquiet.

Mardi 31/01/2017

Mardi 31/01/2017
«Inverser la courbe du chômage»
François Hollande
Revenons à la France et à un objectif dont nous avons régulièrement entendu parlé au cours de ces 4 dernières années.
Dès le 9 septembre 2012 dans le journal de TF1, François Hollande déclare solennellement: «Nous devons inverser la courbe du chômage d’ici un an.» Une volonté qu’il réitère quelques mois plus tard déclarant lors de ses voeux du Nouvel an: «Toutes nos forces seront tendues vers un seul but : inverser la courbe du chômage d’ici un an, […] coûte que coûte.»
«Inverser la courbe du chômage»
Pour l’ancien élève de mathématiques supérieures que je suis, cette phrase est d’abord d’une grande stupidité. Cela n’a pas de sens d’inverser une courbe.  Personne ne saurait dessiner une courbe puis dessiner une courbe inverse. Cela n’existe pas.
Ce qui est possible c’est de changer le sens de variation d’une courbe. La courbe du chômage avait un sens de variation positif, (pour un matheux cela signifie que la fonction dérivée est positive) l’objectif pouvait donc être de changer ce sens en un sens de variation négatif. En terme plus prosaïque la courbe montait, il faudrait qu’elle descende.
Mais arrêtons là ce délire ! Ce technocrate que nous avons élu ne sait plus parler des choses de la vie, il parle de chiffres, de courbes, de mesures. Il ne parle pas d’êtres humains qui cherchent un emploi et qui en sont éloignés de plus en plus.
Un humain ou un politique dit : «on va développer l’emploi, on va donner du travail à ceux qui n’en ont pas, on va orienter …».
Un technocrate parle du sens de variation d’une courbe et en plus en parle mal avec une novlangue qui tente de manier des indicateurs, des abstractions plutôt que de parler de la vie .
Et puis le technocrate s’étonne que l’humain, celui qui est en face de cette difficulté, de trouver sa place dans la société économique, de savoir de quoi demain sera fait le rejette violemment car il n’en a que  faire des courbes inversées ou non. Il veut un job, un job qui lui donne une rémunération lui permettant de vivre. Il veut savoir si ses enfants pourront avoir un job ou s’il n’y a que du travail pour un tout petit nombre et que tout le reste sera fait par des automates ou des programmes informatiques : ces millions de boulots qui permettaient aux gens de vivre : chauffeur de taxi, conducteur de camion, comptables mais aussi cuisinier, assistant dans un cabinet d’avocats mais aussi caissiers dans un magasin ou vendeur ou manutentionnaire et peut être même médecin etc…
Ces questions abyssales sont laissées sous silence pour parler de chiffres, de courbes et de réalités froides susceptibles de remplir un tableur certainement pas de motiver, d’engager et de convaincre. Faire de la politique autrement dit !
Mais revenons un instant sur cette fameuse courbe.
Grâce à l’INSEE nous avons tous les éléments pour voir de nos propres yeux. C’est sur ce site :
Et pour que ce soit encore plus simple pour vous je vous envoie en pièce jointe le fichier qui retrace la froide réalité des chiffres depuis 1996.
Alors cette courbe l’avez vous déjà vu ?
Voici une courbe qui retrace l’évolution du nombre de chômeurs depuis le début du quinquennat de Hollande (entre mai 2012 et novembre 2016)
Cette courbe comment la qualifier ? de « tourmentée » peut être ?
Elle subit, bien sûr, des variations saisonnières qui correspondent par exemple à l’arrivée sur le marché du travail des jeunes qui ont fini leurs études.
Encore faut-il savoir qu’elle ne représente qu’un type de chômeurs : la catégorie A, parce qu’il existe plusieurs types de chômeurs :

Catégorie A    Demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi

Catégorie B    Demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite courte   (i.e. de 78 heures ou moins au cours du mois)

Catégorie C    Demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite longue (i.e. de plus de 78 heures au cours du mois)

Catégorie D    Demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi (en raison d’un stage, d’une formation, d’une maladie…), sans emploi

Catégorie E    Demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, en emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés).

Prenons la courbe de type A depuis janvier 1996 jusqu’à novembre 2016
Il semblerait que l’on peut voir une baisse entre 1996 et 2008, mais après 2008 il y a inversion du sens de variation de cette courbe dans le sens non souhaité.
Mais regardons donc la courbe en agrégeant l’ensemble des types de chômeurs (ABCDE) sur la même période :
Quand nous analysons cette courbe (qui va au-delà de 6 000 000 désormais) il n’y a qu’une baisse légère entre 1996 et 2008 en revanche une progression inexorable entre 2008 et 2016.
Cela signifie donc que si des chômeurs sortent de la catégorie A c’est plutôt pour aller vers les autres catégories que pour sortir du chômage.
Mais les chiffres sont complexes au contraire de ce que voudrait nous laisser croire les communicants quantophrènes. Car la population sur laquelle s’applique ces courbes n’est pas immuable, mais fluctue car il y a tout au long de ces années une arrivée de nouveaux venus sur le marché de l’emploi, alors que d’autres en sortent par la retraite ou quelquefois le découragement. Pendant ce temps les règles concernant la retraite ont été modifiées entrainant d’autres phénomènes et comportements.
Résumons le propos : un chiffre ne veut rien dire (ce qui ne signifie pas qu’il est inutile mais qu’il n’a pas de sens isolé, non contextualisé et expliqué) et « Inverser la courbe du chômage » est une formule stupide.
Enfin ce qu’il est raisonnable de dire c’est que l’offre d’emploi sait de moins en moins répondre à la demande d’emploi.
Vous pouvez lire aussi ce décryptage de Jacques Sapir <Le chômage et la honte de nos gouvernants>

Lundi 30/01/2017

« Des chiffres et des hommes »
Réflexions personnelles sur la grandeur et la misère de la quantification

Mes incises répétées sur les crétins quantophrènes ont conduit certains lecteurs attentifs du mot du jour à craindre que je ne sois devenu « chiffrophobe », ayant peur ou n’aimant pas les chiffres.

Mon neveu avisé Grégory a exprimé cette idée pertinente qu’il peut être très dangereux de laisser prospérer des discours ou organisations qui n’expriment que des idées, des concepts sans jamais les confronter à la réalité d’un chiffrage méthodique et rigoureux.

Il a bien entendu totalement raison.

Je veux donc préciser ce que j’ai compris sur le danger de la « vérité des chiffres » de ce qu’Alain Supiot a désigné par « la gouvernance par les nombres » et qui a fait l’objet du mot du jour du 3 juillet 2015.

J’esquisserai cette réflexion selon 4 axes :

1/ Les chiffres durs et les chiffres mous

C’est Emmanuel Todd qui a développé cette distinction.

Les chiffres durs sont par exemple ceux de la démographie : l’espérance de vie dans un pays, la mortalité infantile, le nombre d’enfants par femme.

Ce sont des chiffres qui sauf manipulation sont incontestables et sur lesquels on peut appuyer des raisonnements sérieux. Ainsi quand Emmanuel Todd constate qu’en Iran, depuis la révolution islamique, le nombre d’enfants par femme a chuté et se rapproche des standards occidentaux, il en conclut que les dogmes des ayatollahs iraniens ne sont pas acceptés et respectés en profondeur par la société civile iranienne.

Le chiffre mou est par excellence celui issu des sondages. Dans un sondage on vous demande de répondre à des questions auxquelles vous étiez à mille lieux de penser 5 minutes auparavant. En outre la formulation des questions n’est jamais neutre.

Il y a évidemment tout un panel de nuances entre les chiffres durs et les chiffres mous.

2/ Le chiffre s’inscrit dans un système de valeurs idéologiques.

Un chiffre ne vient pas de nulle part, il est le fruit de raisonnements et de choix idéologiques, il s’inscrit dans un système de valeurs.

L’exemple le plus simple pour exprimer cette réalité est le PIB. Mettre en avant ce chiffre, c’est considérer que ce qui est essentiel pour décrire un pays ce sont les échanges marchands plutôt que les échanges bénévoles, c’est privilégier la production à l’éthique.

Ce n’est pas le PIB, en tant que tel, qui est problématique, c’est le fait de le mettre en avant qui est idéologique.

3/ Le chiffre est souvent une moyenne et une moyenne ne décrit pas la réalité, elle peut masquer des disparités énormes à l’intérieur de la population observée.

4/ Un chiffre indicateur n’est jamais neutre, l’organisation et le comportement des acteurs de l’organisation va se modifier pour que l’indicateur évolue dans le sens souhaité.

Exprimé autrement, au départ un dénombrement essaie de décrire l’état d’un système sur un point particulier. Quand il devient un indicateur, il n’est plus en mesure de faire cette description de manière neutre, car les agents concernés vont tout faire pour que le chiffre soit bon, non la réalité, le chiffre. A cela s’ajoute ce fantasme de la simplification : décrire la situation par un chiffre ou très peu de chiffres ! Ce type de simplification amène à toutes les dérives.

Beaucoup croient qu’en annonçant un chiffre ils concluent leur propos.

C’est le contraire qu’il faut faire, les chiffres sont au début du discours, il faut les interroger, les expliquer.

Quand on reçoit un chiffre, il faut comprendre d’où il vient, est-il plutôt un chiffre dur ou un chiffre mou, quel est le système idéologique qui le produit et le considère important, comment il est calculé, quel est sa fiabilité et enfin que signifie t’il vraiment ?

Je suis conscient qu’un simple mot du jour ne peut approfondir la perversité qui se cache derrière la dictature des chiffres pas plus qu’il ne peut développer l’intérêt du chiffrage et la bonne utilisation des chiffres.

Dans la conclusion au mot du jour concernant la gouvernance par les nombres j’écrivais : «Nous subissons tous plus ou moins ce fantasme de la gouvernance par les nombres de ceux qui croient que la vie d’une entreprise, d’une administration voire d’un être humain peut parfaitement se synthétiser par un tableau Excel. C’est une œuvre de déshumanisation à laquelle nous devons résister tout en utilisant de manière intelligente les dénombrements ou les statistiques dont nous pouvons disposer. »

Dans la Préface de La Dame aux Camélias (1848), Alexandre Dumas fils écrit:

« N’estime l’argent ni plus ni moins qu’il ne vaut : c’est un bon serviteur et un mauvais maître ».

Je crois qu’on peut remplacer le mot « l’argent » par « le chiffre », la formule reste juste.

<826>

Vendredi 27/01/2017

Vendredi 27/01/2017
«It Can’t Happen Here »
Ça ne peut arriver ici 
Sinclair Lewis
Harry Sinclair Lewis (1885 –1951) est un romancier et dramaturge américain. Il fut le premier Américain à recevoir le prix Nobel de littérature en 1930.
Ces dernières semaines, il est souvent question de lui et surtout d’un de ses ouvrages : It Can’t Happen Here (« Ça ne peut arriver ici ») publié en 1935.
L’épouse de Sinclair Lewis, Dorothy Thompson était journaliste. Elle parvint à approcher Adolf Hitler dès 1931 et était effrayé de ce qu’elle avait compris. A partir de cette rencontre, elle tenta par tous les moyens journalistiques de mettre en garde les Etats-Unis contre la possibilité que le fascisme traversât l’Atlantique. Il semble qu’elle n’eût pas droit à une grande écoute.
Son mari décida alors de mettre sa plume romanesque au service de cette cause en racontant l’arrivée au pouvoir d’un pur démagogue aux Etats Unis. C’est le thème de ce livre (« Ça ne peut arriver ici »).
Dans la revue de presse de France Inter, il a été fait référence à un article du journaliste des Echos : Pierre de Gasquet :
« Qualifié d’effroyablement contemporain par la presse anglo-saxonne, ce roman conte l’histoire de l’ascension fulgurante d’un démagogue hors-pair, un certain Buzz Windrip, leader populiste très charismatique qui prend le pouvoir aux États-Unis. Il fait un tabac auprès ‘des mineurs affamés, des fermiers ruinés et des ouvriers au chômage’. ‘Leurs mains se levaient devant lui comme une troupe d’oiseaux effarouchés à la lueur des torches.’
Se réclamant des vraies valeurs traditionnelles américaines, Buzz Windrip balaye littéralement Franklin Roosevelt et remporte l’élection de 1936.
Il promet alors de restaurer la grandeur de l’Amérique, puis très vite, il laisse libre cours à ses pulsions autocratiques. Il nomme des banquiers à son cabinet, ordonne l’invasion du Mexique, et expédie ses opposants dans des camps d’internement. Impossible ici – It can happen here : un cauchemar politique imaginé, donc, par l’écrivain Sinclair Lewis il y a plus 80 ans. Né de l’urgence d’écrire face à la montée du totalitarisme et de l’antisémitisme, cette satire, explique mon confrère, n’a sans doute pas la puissance littéraire de 1984 ou du Meilleur des Mondes. N’empêche : elle prend aujourd’hui une résonance particulière, tant le parcours de Buzz Windrip évoque celui de Donald Trump. Très grand succès aux USA : l’édition américaine du livre est épuisée sur les sites de commerce en ligne. ».
C’est bien l’arrivée au pouvoir de Donald Trump qui explique le succès contemporain de cet ouvrage qui a été réédité avec une préface écrite par Raymond Queneau.
Le titre de l’ouvrage « Ça ne peut arriver ici », s’explique par le fait que les américains considéraient que dans leur grande sagesse les inventeurs de leur démocratie avaient mis en place une constitution les protégeant de telles dérives. D’abord en créant toute une série de contre pouvoir : le Congrès contre l’exécutif, le contrôle de la Cour suprême, les Etats fédérés contre l’Etat fédéral avec en outre une manière baroque d’élire le Président des Etats Unis.
Ce dispositif des grands électeurs qui retire au seul vote populaire la désignation du président est souvent présenté comme la nécessité dans un état fédéral de donner du pouvoir à tous les états fédérés. Et cela est exact, en effet s’il n’y avait pas le vote par Grands Électeurs les petits états comme le Wyoming ne pèserait rien par rapport à la Californie et aucun candidat à la présidence ne s’intéresserait aux aspirations des citoyens de ce petit État.
Mais il y a une autre règle de la constitution américaine que j’avais apprise en faculté de droit qui montre encore davantage la méfiance de ce système à l’égard de la démocratie directe. Les Grands électeurs doivent élire le Président et le Vice-Président à la majorité absolue, soit 270 voix sur 538. Et si aucun candidat n’obtient la majorité absolue, la Chambre des Représentants désigne le vainqueur parmi les trois candidats arrivés en tête. Si le même cas se produit pour la vice-présidence, c’est le Sénat qui est chargé de choisir entre les deux candidats ayant obtenus le plus de voix.
Or mon professeur de droit de l’époque prétendait que les rédacteurs de la constitution n’avaient probablement pas anticipé l’organisation pratique du système américain autour de deux partis écrasant la concurrence et trouvant le moyen de systématiquement résumer l’élection à une finale entre deux candidats issus des primaires de ces partis.
Dès lors, pour ce professeur de droit, les concepteurs de ce système pensaient qu’il serait peu probable qu’une majorité absolue se dégage et que systématiquement la désignation de le tête de l’exécutif se ferait pas les deux chambres. Un système de « démocratie indirecte renforcée » de nature à éliminer tout risque d’arrivée au pouvoir d’un apprenti dictateur.
Donc l’arrivée au pouvoir d’un dictateur  aux Etats Unis n’était pas possible.
Certains aujourd’hui émettent des doutes sur ce point à cause de l’élection de cet homme imprévisible et autoritaire qu’est Donald Trump.
Il semble quand même que les contre pouvoirs s’exerceront.
Vous trouverez derrière <ce lien>un article qui montre les limites de ce livre et de sa pertinence quant à décrire la situation d’aujourd’hui.

Jeudi 26/01/2017

Jeudi 26/01/2017
«Présenter des  faits alternatifs »
Kellyanne Conway, conseillère de Donald Trump
Cela commence très fort. Pour l’instant on peut en rire. Je ne sais pas si cela durera.
En tout cas, les conseillers de Trump ont l’intention d’élargir les éléments de langage pour communiquer et bien faire comprendre que Trump est le plus grand, le plus populaire, le plus tout.
Les médias ont constaté qu’il y avait beaucoup moins de monde à l’investiture de Trump qu’à la première investiture d’Obama.
Dans le système de valeur de l’équipe Trump cela ne peut être la vérité puisque Trump est le plus grand dans tous les domaines.
Ainsi lors de sa première prise de parole, le porte-parole de l’équipe Sean Spicer a affirmé que la foule de vendredi « a été la plus importante à n’avoir jamais assisté à une prestation de serment, point final ».
Et dimanche c’est une autre conseillère, Kellyanne Conway qui est entrée dans l’Histoire de la communication politique…
Elle a déclaré sur NBC en répondant à un journaliste ayant le prénom de Chuck : « On ne peut jamais vraiment quantifier une foule. Nous savons tous cela. Vous pouvez vous moquer autant que vous voulez, je pense que cela symbolise la façon dont nous sommes traités par la presse (…) Ne surdramatisez pas, Chuck. Vous dites des choses fausses. Et notre porte-parole, Sean Spicer, a donné des faits alternatifs. »
Ce à quoi le journaliste exaspéré a répondu :
« Attendez une minute. Des faits alternatifs ? Des faits alternatifs ? Quatre des cinq faits qu’il a dits… sont tout simplement faux. Les faits alternatifs ne sont pas des faits, ce sont des mensonges. »
Désormais quand vous souhaiterez ne pas dire la vérité, ne laissez surtout pas dire que vous mentez, affirmez que vous présentez des faits alternatifs.
Remarquez que dans cette logique on pourra dire aussi que la vérité est une présentation de faits alternatifs aux mensonges.
Ce concept a toute vocation à être rapidement importée en France.
Les responsables de la primaire de gauche ont, semble-t’il, également présenté des faits alternatifs pour annoncer la participation au scrutin.
Et désormais on attend la présentation des faits alternatifs de François Fillon justifiant les salaires d’attaché parlementaire versés à son épouse alors même que plusieurs interviews existent où Madame Pénélope Fillon affirme qu’elle n’a jamais participé à la vie politique de son mari.

Mercredi 25/01/2017

Mercredi 25/01/2017
« Trickle down Economic »
La théorie du ruissellement
Croyance économique qui justifie qu’on avantage les riches pour le plus grand profit des pauvres
Nous sommes dans une théorie économique qui est répétée à satiété par tous les économistes libéraux et les responsables politiques qui écoutent ces économistes.
Il faut diminuer les impôts des plus riches et libérer les contraintes qui pèsent sur eux pour qu’ils puissent devenir plus riche et que par un système de ruissellement cette richesse irrigue le reste de la société jusqu’au plus modeste qui profiteront alors de cette manne.
La richesse est dans cette hypothèse une source qui se divise en multiples petites rigoles et ruisselle jusqu’en bas, permettant à tous de profiter de la richesse créée en haut, y compris les plus pauvres. C’est une théorie libérale qui prétend que plus les riches sont riches, moins les pauvres sont pauvres.
C’est sur cette théorie que Donald Trump s’appuie pour défendre sa politique de diminution des impôts des riches et aussi la politique de dérégulation.
C’est aussi l’argument essentiel de François Fillon qui veut diminuer la pression fiscale à l’égard des hauts revenus et encourager les riches à être plus riche.
Et c’est Marie Viennot qui dans son billet économique du 9 janvier 2017 fait le point des études économiques sur cette théorie :
« Difficile de trouver des études qui valident la théorie du ruissellement. La période Reagan est une belle période pour étudier ce phénomène, mais comme, en plus des baisses d’impôts sur les plus riches, il y a eu une augmentation massive de la dépense publique, et la baisse vertigineuse des taux directeurs de la Fed, difficile d’isoler le seul facteur de baisse d’impôts des plus riches.
Des chercheurs de Harvard ont étudié en 2009 la corrélation entre la baisse d’impôt pour les plus riches et la croissance dans 12 pays, dont la France entre 1905 et 2000… Avant 1960, il n’y a aucun lien selon eux, et après, ils trouvent un lien, mais il faut attendre 13 ans, avant que les 90% du dessous profitent du surplus de croissance liée à la baisse des taxes. Le ruissellement prendrait donc 13 ans, Mais si dans les 13 ans, il y a une crise ou une dépression, là c’est perdu nous explique cette étude.
Autre analyse qui dément la théorie du ruissellement, celle que l’OCDE a publié cet automne sur les 35 pays les plus développés de la planète. L’étude montre que les inégalités de revenu sont à des niveaux historiques, depuis 30 ans que les données existent, et plus intéressant encore, que la légère reprise de croissance de ces 3 dernières années profite plus aux ménages les plus aisés…
Les 10% les plus riches ont vu leurs revenus augmenter de 2.3% et les moins aisés de 1,1%. C’est moins vrai en France, note l’OCDE car les impôts des plus riches ont été augmentés, et les prestations sociales revalorisées, mais la tendance est la même. Les inégalités augmentent, et la croissance accroît ces inégalités.
Si on regarde sur une plus longue période, en 30 ans les 1% les plus riches ont captés 50% de la création de richesse aux USA, 20% en Grande Bretagne, et 10% en France, selon des chiffres communiqués par l’OCDE.
Le FMI partage le constat de l’OCDE. Comme l’OCDE, on ne peut pas soupçonner le FMI d’avoir un agenda marxiste caché. Dans un rapport en 2015, le FMI l’écrit noir sur blanc: quand les riches sont plus riches, les bénéfices ne ruissellent pas et la croissance est moindre que si on favorise les pauvres et les classes moyennes.
Pourquoi la croissance ruisselle moins ?
De fait, les riches ont une propension plus forte à épargner, et certains ont tendance à placer cette épargne dans des paradis fiscaux pour la soustraire au fisc, à la redistribution… et donc au ruissellement.
L’autre explication, c’est que la reprise créée des emplois de mauvaise qualité, et s’accompagne d’une modération salariale généralisée. […]
Depuis quelques années, le FMI, le Bureau International du Travail et l’OCDE cherchent à pousser le concept d’INCLUSIVE GROWTH, croissance inclusive qui prône la création d’emploi de bonne qualité et bien payés, met l’accent sur la formation, l’éducation, et les politiques de redistribution des revenus.
Le sujet a été abordé pour la première fois par le G20, les pays les plus puissants de la planète cet été. C’était directement lié au Brexit. Il n’y a pas encore d’étude pour dire combien de temps cette idée mettra à ruisseler à contre-courant de l’apesanteur jusqu’en haut pour se traduire dans les politiques économiques et devenir une réalité. »
Mais tout le monde n’est pas d’accord avec ces études et si vous souhaitez entendre la parole de la défense écoutez l’économiste libérale Agnès Verdier-Molinié chez Ruquier le 14/01/2017 : https://www.youtube.com/watch?v=EEPuWrYKYmA
A vous de voir si elle vous convainc…
Ce n’est pas mon cas, j’estime qu’elle est dans le domaine de la croyance et que les études contredisent cette croyance.
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Mardi 24 janvier 2017

Mardi 24/01/2017
« Le contraire de la connaissance, ce n’est pas l’ignorance mais les certitudes.»
Rachid Benzine est né en 1971 au Maroc et il est arrivé en France à Trappes à l’âge de 7 ans. En 1996, il devient champion de France de kickboxing.
Il est aussi un intellectuel formé à l’école des sciences humaines, après avoir fait des études d’économie et de sciences politiques, il se dirige vers des études d’histoire et de philosophie.
Selon Wikipedia qui le présente «comme une des figures de proue de l’Islam libéral francophone», il «accède à la notoriété en lançant avec le père Christian Delorme, le dialogue islamo-catholique aux Minguettes, dans la banlieue de Lyon, qui donne lieu à un livre : Nous avons tant de choses à nous dire, paru en 1998.  »
En octobre 2016, il a écrit un roman épistolaire <Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ?>, dans lequel un père échange des lettres avec sa fille partie faire le djihad en Irak.  <Vous trouverez ici un article de la Croix sur cet ouvrage>
C’est de ce livre que j’ai tiré l’exergue du mot de ce jour. Cette phrase est extraite du paragraphe suivant :

« Notre mission en tant qu’humains n’est pas de trouver des réponses, mais de chercher. Les musulmans sont appelés à être d’humbles chercheurs, et pas des ânes qui ânonneraient sans cesse des histoires abracadabrantes. Tu le sais bien, ma petite Nour :  Le contraire de la connaissance, ce n’est pas l’ignorance mais les certitudes. Ces certitudes qui vous mènent aujourd’hui tout droit en enfer. »

« Le contraire de la connaissance, ce n’est pas l’ignorance mais les certitudes.» Nous sommes au cœur de la sagesse, nous revenons à Socrate. L’ignorance n’est pas le souci quand elle est comprise, assumée : je sais que je ne sais pas. Ce qui est dramatique c’est d’avoir des certitudes et de ne pas les interroger, de ne pas les confronter à ce que l’on peut savoir, à la perception de la réalité, à l’expérimentation du génie scientifique ou aux recherches historiques.
Cette sagesse est indispensable à l’heure
  • De la dérive islamiste mais aussi du renouveau des idées théocratiques ou moralistes d’activistes chrétiens.
  • De l’arrivée au pouvoir de Donald Trump ;
  • Mais aussi des affirmations répétées et pourtant erronées de cette pseudo science qui s’appelle l’économie et qui assène des certitudes qui sont avant tout la défense des intérêts d’un petit nombre (1)
A cet aveuglement des certitudes, j’opposerai « le germe fécond du doute » que j’ai découvert chez Raymond Aron.

(1)  Pour ma part je ne répéterai jamais assez que le monde est complexité et que le propos que je tiens ici sur l’économie ne rejette pas l’intégralité de cette discipline mais critique certains développements qui sont présentés comme une démonstration scientifique alors qu’ils sont au mieux une croyance, au pire un mensonge visant à défendre des intérêts privés. J’en développerai un demain.

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Lundi 23 janvier 2017

« Il est toujours utile qu’une démocratie se renouvelle. […] Quelqu’un arrive avec de nouvelles idées qui sont peut être totalement contraires aux miennes. Peut-être y aura-t-il des reculs, mais cela donne la possibilité à une démocratie de tester des idées. »
Barack Obama, s’exprimant sur l’arrivée de Donald Trump à la tête de la démocratie américaine

Et Barack Obama est parti de la maison blanche, Donald Trump est Président des Etats-Unis !

Et Barack Obama est parti de la maison blanche, Donald Trump est Président des Etats-Unis.

On peut examiner ce passage comme le montre ce dessinateur : http://www.koreus.com/image/barack-obama-quitter-maison-blanche.html

Mais Obama n’a pas tenu un discours dans ce sens, on lui a demandé de s’exprimer sur Donald Trump

« C’est quelqu’un qui ne manque pas de confiance en lui. C’est un bon point de départ pour ce job. Vous devez être suffisamment fou pour vous en croire capable. Je pense qu’il n’a pas passé beaucoup de temps pour peaufiner sa politique. Ce qui peut être à la fois une force et une faiblesse. Si cela lui donne un regard nouveau cela peut être profitable, mais il faut aussi avoir conscience de ce que vous savez et de ce que vous ne savez pas. Il me semble assez juste de dire que nous sommes des opposés d’une certaine manière. »

Et puis répondant à une autre question, Barack Obama élève encore une fois le débat et administre une leçon de démocratie :

« Il est toujours utile qu’une démocratie se renouvelle. Et c’est une partie du message que j’ai passé à mon équipe et à mes partisans après cette élection qui a provoqué beaucoup de déception. Ce que je leur ai dit c’est que nous avons fait du très bon travail. Quelqu’un arrive avec de nouvelles idées qui sont peut être totalement contraires aux miennes. Peut-être y aura-t-il des reculs, mais cela donne la possibilité à une démocratie de tester des idées. Et pour ceux qui ont perdu de reprendre leur souffle et de retrouver leur énergie pour offrir plus de progrès dans le futur. »

Vous pourrez entendre Barack Obama l’exprimer directement dans cette émission :

https://www.franceinter.fr/emissions/le-monde-de/le-monde-de-09-janvier-2017

Barack Obama s’est engagé plus qu’aucun de ces prédécesseurs pour influencer le résultat des élections présidentielles et éviter que Donald Trump ne gagne. Il a échoué.

Il a alors appliqué ce conseil de Shakespeare :

« Ce qui ne peut être évité doit être embrassé ».

La citation est une réplique de Page dans « Les joyeuses commères de Windsor » à la toute fin de la pièce (Acte V, scène 5) :

« What cannot be eschew’d must be embrac’d. »

J’entends et je lis beaucoup de critiques sur le bilan de Barack Obama.

Mais vous connaissez la différence entre le Dieu monothéiste et un homme providentiel ?

On ne sait pas si Dieu existe, mais on est certain qu’un homme providentiel n’existe pas.

Certes il n’a pas tout réussi de ce qu’il a entrepris, certaines décisions sont contestables.

Mais il a passé ces 8 ans à la Maison Blanche, sans qu’aucun scandale dans aucun domaine ne ternisse son image.

Chaque fois il a réagi avec calme, hauteur de vue.

Barack Obama fait toujours appel à l’intelligence en se basant sur des valeurs humanistes et positives.

Il l’a encore montré dans son dernier discours dont vous trouverez la traduction derrière ce lien : <Dernier discours d’OBAMA> et que vous pouvez écouter en anglais derrière <ce lien>.

Barack Obama n’est pas un homme providentiel, mais il est un homme qui donne espoir en l’humanité.

Il a à ces côtés une femme remarquable : Michelle Obama qui a également tenu un discours d’Adieu plein d’intelligence et d’émotion : <Discours de Michelle Obama>

Je suis heureux et optimiste parce que je vis cette période où les américains malgré tous leurs défauts ont su élire un homme de l’intelligence et de l’éthique de Barack Obama et selon les sondages d’opinion ont su lui garder une confiance incommensurable avec celle que savent conserver les autres gouvernants des pays occidentaux.

Trump est déjà impopulaire, il ne sera probablement qu’une parenthèse dans le temps long de l’Histoire.

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Vendredi 20 janvier 2017

Vendredi 20 janvier 2017
«Finalement !»
Premier mot du pape François en s’approchant de Kirill Patriarche de l’église Orthodoxe
Nos médias parlent abondamment des dissensions et des conflits à l’intérieur de l’Islam entre les sunnites et les chiites.
Mais on parle peu du grand schisme chrétien entre les Catholiques et les Orthodoxes qui date de 1054. Le 16 juillet 1054, le légat du Pape chef de l’Église de Rome dépose sur le maître-autel de Sainte-Sophie de Constantinople une bulle excommuniant le Patriarche de l’Eglise orthodoxe Michel Cérulaire, excommunication qui fut suivie de celle des responsables catholiques par le patriarche.
Depuis cette date (962 ans) le Pape et le Patriarche ne se sont jamais rencontrés avant le 12 février 2016 à l’aéroport de La Havane, à Cuba. La photo montre l’accolade que se donne ces deux responsables religieux.
« Finalement ». C’est le premier mot qu’a prononcé avec douceur le pape François en échangeant une longue et chaleureuse accolade avec le patriarche de Moscou, Kirill.
Par la suite le Pape a dit : « Nous sommes frères ». Il a quand même fallu près de mille ans pour que cette « évidence ? » puisse être exprimée.
Plusieurs articles ont relaté cette rencontre historique :
Cette série de photos a commencé par une photo montrant les dégâts de la guerre, elle finit par une photo de réconciliation d’un conflit de mille ans.
Nous avons besoin d’espoir et de croire en l’avenir. Tout ce qui peut nourrir cette espérance doit être savouré avec délectation.
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