Jeudi 4 septembre 2014

Jeudi 4 septembre 2014
« Nous vivons dans une société du temps libre »
Jean Viard
Nous sortons, la plupart d’entre nous, de la période de congé. Pour nous,  avoir du temps libre constitue une évidence. Grâce à Jean Viard nous pouvons mettre ce temps libre en perspective.
Jean Viard est un sociologue spécialiste des « temps sociaux » (les vacances, les 35 heures), la mobilité et le politique. Il était l’invité de France Inter le 15 août 2014 où il a abordé ces sujets : http://www.franceinter.fr/emission-le-79-jean-viard-on-travaille-10-de-la-vie
Nous apprenons ainsi qu’en 1914, il y a 100 ans, un homme vivait en moyenne 500.000 heures, il dormait 200 000 heures, il travaillait 200 000 heures et il lui restait 100 000 heures pour faire autre chose.  En 1914 il disposait donc de 20% de temps libre à occuper.
A cette époque, les activités religieuses occupaient encore une grande place dans ce temps disponible.
D’abord on a travaillé 12h par jour, le Décret du 9 septembre 1848 avait fixé la durée journalière maximum à douze heures.
La Loi du 30 septembre 1900, dite « loi Millerand », a limité la journée de travail à onze heures.
Puis une loi de 1919 a fixé la journée de travail à 8 heures et la semaine à 48h.
Il y a eu une même évolution pour le nombre de jours de travail dans la semaine. Le dimanche n’était pas férié jusqu’en 1906. Et c’est le Front Populaire qui a institué la semaine de 40 heures, donc 5 jours de 8 heures.
Et puis il y a eu les congés payés…
Aujourd’hui, nous vivons en moyenne 700 000 heures (80 ans) et nous travaillons (si nous avons un emploi) 63 000 heures.
On travaille donc à peu près 10% de notre vie. Les européens travaillent de 10 à 12%, les américains travaillent plutôt 16%.
Comme nous dormons, en outre, beaucoup moins, nous avons donc un énorme temps libre hors sommeil. Avec une moyenne de 8 heures de sommeil par jour, cela représente 240 000 heures.
Bref, en 100 ans nous sommes passés de 100 000 heures de temps libre hors sommeil à 400 000 heures, quatre fois plus. Et c’est donc l’essentiel du temps que nous passons sur terre, plus de 55% !
Toute la question qui va nous occuper alors, c’est comment occuper ce temps libre ?
Il y a la télé, internet, les jeux, les voyages, la lecture, la culture, le sport et peut être un peu de mobilisation de notre temps de cerveau disponible pour réfléchir à d’autres sujets que ceux du travail…
Jean Viard avait publié en 2002 un ouvrage : « La France des temps libres et des vacances » aux éditions de l’Aube.
Que le ciel vous tienne en joie et imaginez qu’en 1914, je n’aurai pas eu le temps d’écrire un mot du jour sauf si j’avais été rentier…
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Mercredi 3 septembre 2014

Mercredi 3 septembre 2014
« Elles changent le monde »
Caroline Fourest
Pendant la suspension du mot du jour, au mois d’août, les nouvelles du Monde n’ont pas évolué vers une tonalité plus paisible, plus réjouissante :

L’Ukraine a été envahie par la Russie ;

Le sinistre « Etat islamique » a augmenté son emprise en Irak et en Syrie et continue ses massacres odieux ;

Boko Aram continue à déstabiliser le Nigéria et les pays alentours ;

Gaza a continué son lot d’affrontements et de massacres ;

La propagation du virus Ebola s’étend ;

La situation économique française et européenne continue à se dégrader et contrairement à ce qu’affirme Montebourg l’économie du reste du monde ne va pas bien (Le Japon va plus mal : http://abonnes.lemonde.fr/japon/article/2014/08/29/les-japonais-consomment-toujours-moins_4478693_1492975.html, Le Brésil entre récession http://www.liberation.fr/economie/2014/08/29/le-bresil-en-recession-a-presque-un-mois-des-elections_1089657 etc…)

Robin Williams, le professeur génial et illuminé du cercle des poètes disparus, s’est suicidé, le regard hypnotisant de Lauren Bacall s’est définitivement éteint ;

et « last but not least », l’Unità, le journal fondé en 1924 par Antonio Gramsci, organe du parti communiste le plus intelligent de l’Europe occidentale est mort le 31 Juillet 2014.

Ca plombe, n’est-il pas ?
J’ai trouvé un antidote.
Pendant ces congés j’ai écouté une émission créée par Caroline Fourest sur France Inter « Ils changent le monde » : http://www.franceinter.fr/emission-ils-changent-le-monde , d’où ce mot du jour.
Et cela fait du bien d’entendre ces femmes et ces hommes qui chacune et chacun apportent leur contribution à un mieux pour la communauté des humains.
Ainsi de Faouzia Charfi, scientifique tunisienne qui n’a qu’un moteur : la rationalité.
Physicienne de formation, elle a notamment publié « La Science voilée ». Un livre qui retrace les relations contrastées entre l’Islam et la Science. Ses travaux prolongent les écrits majeurs d’un autre intellectuel, aujourd’hui décédé, Mohamed Charfi. Son époux et sans doute l’un des plus grands ministres de l’éducation qu’ait connu la Tunisie. Elle-même, Faouzia Charfi, a occupé le poste de secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur dans le tout premier gouvernement de transition de l’après printemps démocratique, avant d’en démissionner. : http://www.franceinter.fr/emission-ils-changent-le-monde-faouzia-charfi-auteure-de-la-science-voilee
Et puis, Segenet Kelemu, née dans un village d’agriculteur d’Ethiopie qui était trop rebelle, trop « garçonne » pour suivre le destin des autres filles de son village : être mariée très jeune.
Alors elle a poursuivi des études, poussé un peu par son père tout de même. Elle est la première femme de sa région à avoir intégré l’Université d’Ethiopie. Pour y devenir une brillante chercheuse en biologie et phytopathologie. Une vocation née parmi les agriculteurs de son village, où elle a observé la nature avant de trouver, en laboratoire, de quoi améliorer la résistance des plantes fourragères. Celles qui servent à nourrir les animaux d’élevage. Ses travaux lui ont permis d’étudier et d’être récompensée aux États-Unis, en Colombie et même en Chine. Après avoir beaucoup voyagé, elle est de retour en Afrique, à Nairobi, au Kenya, où elle travaille désormais comme Directrice Générale du Centre International de Physiologie et d’Écologie des Insectes (ICIPE).
Sa devise est très belle :  « Fixez-vous des objectifs et n’y renoncez jamais. La science n’est pas réservée à quelques privilégiés, ni à des génies, ni à des fous ! Si j’ai réussi, vous réussirez !  »
Et aussi, plus connue, Esther Duflo. Economiste, née en France, elle enseigne à Cambridge, au MIT, où elle occupe une chaire d’économie et de développement.
Elle travaille surtout en réseau avec d’autres chercheurs. En 2010, elle a reçu la médaille John Bats Clark, que l’on dit être un préambule au Prix Nobel d’économie. L’année suivante, le magazine américain Time l’a classée parmi les personnalités les plus influentes au monde. Depuis, elle a intégré le comité pour le développement mondial chargé de conseiller le président des États-Unis, Barak Obama. http://www.franceinter.fr/emission-ils-changent-le-monde-esther-duflo-des-idees-simples-a-l-oreille-des-puissants
Et pour finir aujourd’hui, Delphine Horvilleur, l’une des deux seules femmes rabbins de France.
Elle fait partie du Mouvement Juif libéral de France et a écrit un livre : « En tenue d’Eve » aux éditions Grasset. Elle arriverait presque à me rendre la religion sympathique : http://www.franceinter.fr/emission-ils-changent-le-monde-delphine-horvilleur-la-nouvelle-generation-n-est-plus-surprise-de-voi
Faouzia Charfi
Segenet Kelemu
Esther Duflo
Delphine Horvilleur
Je reviendrai dans les prochains mots du jour vers quelques-unes de ces rencontres lumineuses qui m’ont particulièrement éblouies et me redonnent foi dans le présent et l’avenir.

Mardi 2 septembre 2014

Mardi 2 septembre 2014
« Je veux devenir institutrice,
pour faire chier les mômes »
Raymond Queneau – Zazie dans « Zazie dans le métro »
film de Louis Malle
En ce jour de rentrée, m’est revenu ce mot de Zazie dans le métro.
Zazie le dit à son oncle (joué par Philippe Noiret) qui lui demande ce qu’elle veut faire plus tard.
Ce mot du jour nous incite certainement à de la nostalgie, nostalgie d’instituteurs ou de professeurs dont nous nous souvenons parce qu’ils ont ouvert, formé et enrichi notre esprit.
Il y en avait finalement peu qui ont embrassé ce métier « pour faire chier les mômes ». Pour quelques-uns ou unes j’ai cependant des doutes … C’était peut-être une de leur motivation.
Aujourd’hui, il semble que sur ce plan c’est plus souvent dans l’autre sens que « l’embêtement maximum » se réalise.
Et d’ailleurs le métier d’enseignant n’attire plus, preuve en est que le gouvernement n’arrive pas à recruter les 60 000 postes supplémentaires qu’il entend créer.
Un remarquable article du Monde donne l’avis du Directeur de l’Education de l’OCDE (un allemand). Je joins l’article à ce message et j’en tire l’extrait suivant :
« L’enseignement n’est pas pertinent en France. On y est en décalage. Le monde moderne se moque bien de ce que vous savez. Il s’intéresse à ce que vous savez en faire. Il a besoin de gens créatifs, capables de croiser les sujets quand l’école française fait encore trop réciter des leçons. En France plus qu’ailleurs, on n’enseigne pas suffisamment ce qui sera pertinent pour réussir sa vie ! »
L’inoubliable interprète de Zazie fut Catherine Demongeot. Elle ne fit pas de film, arrivé à l’âge adulte, mais devint enseignante après une agrégation en sciences sociales.
Elle déclara en 2011 avoir de la nostalgie pour Zazie, mais pas pour le cinéma. Le 16 mai 2014 elle a eu 64 ans.
Dans le film elle était Zazie :

Que le Ciel vous tienne en joie et n’hésitez pas à voir ou à revoir « Zazie dans le métro »

Lundi 1er septembre 2014

« Les mots sont les passants mystérieux de l’âme »
Victor Hugo Les Contemplations Livre I. Poème VIII « Suite » (1854)

Eh bien essayons de continuer cette discipline quotidienne du mot du jour. Pour m’en convaincre j’ai reçu les protestations de certains à l’idée de finir ce défi et ce 8ème poème du livre Un des contemplations de Victor Hugo :

« Car le mot qu’on le sache est un être vivant ».

Cette période de congé m’a permis de faire le point, depuis le 9 octobre 2012, le présent mot est le 339ème de cette série.

Que le ciel et les mots de Hugo vous tiennent en joie. Ce poème étant fort long je me permets d’en citer des extraits :

Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant.
La main du songeur vibre et tremble en l’écrivant;
La plume, qui d’une aile allongeait l’envergure,
Frémit sur le papier quand sort cette figure,
Le mot, le terme, type on ne sait d’où venu,
Face de l’invisible, aspect de l’inconnu;
Créé, par qui? forgé, par qui? jailli de l’ombre;
Montant et descendant dans notre tête sombre,
[…]

Oui, vous tous, comprenez que les mots sont des choses.
Ils roulent pêle-mêle au gouffre obscur des proses,
Ou font gronder le vers, orageuse forêt.
Du sphinx Esprit Humain le mot sait le secret.
[…]

Tel mot est un sourire, et tel autre un regard;
De quelque mot profond tout homme est le disciple;
Toute force ici-bas a le mot pour multiple;
[…]

Ce qu’un mot ne sait pas, un autre le révèle;
Les mots heurtent le front comme l’eau le récif;
Ils fourmillent, ouvrant dans notre esprit pensif
Des griffes ou des mains, et quelques-uns des ailes;
Comme en un âtre noir errent des étincelles,
Rêveurs, tristes, joyeux, amers, sinistres, doux,
Sombre peuple, les mots vont et viennent en nous;
Les mots sont les passants mystérieux de l’âme
Chacun d’eux porte une ombre ou secoue une flamme;
[…]

Le mot dévore, et rien ne résiste à sa dent.
A son haleine, l’âme et la lumière aidant,
L’obscure énormité lentement s’exfolie.
Il met sa force sombre en ceux que rien ne plie;
[…]

Oui, tout-puissant! tel est le mot. Fou qui s’en joue!
Quand l’erreur fait un nœud dans l’homme, il le dénoue.
Il est foudre dans l’ombre et ver dans le fruit mûr.
Il sort d’une trompette, il tremble sur un mur,
Et Balthazar chancelle, et Jéricho s’écroule.
Il s’incorpore au peuple, étant lui-même foule.
Il est vie, esprit, germe, ouragan, vertu, feu;
Car le mot, c’est le Verbe, et le Verbe, c’est Dieu.

<L’intégralité du poème se trouve ici avec l’intégralité des Contemplations>

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Vendredi 01/08/2014

Vendredi 01/08/2014
«L’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie.
Après-midi, piscine.»
Franz Kafka
Journal, 2 août 1914
Le grand écrivain tchèque n’a écrit que ces deux phrases dans son Journal, à la date du 2 août 1914
Cette expression correspond-elle à une figure de style répertorié ?
Pour moi elle est simplement l’ancêtre du zapping.
Nous sommes le 1er Aout 2014
Le 1er Aout 1914 l’Allemagne et la France lancent la mobilisation générale.
Et ce même jour à 19 heures l’Allemagne déclare la guerre à la Russie, ce qui permet ce mot de Kafka le lendemain.
Le carnage peut commencer : en moyenne près de 900 français sont morts à la guerre, chaque jour, entre 1914 et 1918.
Aujourd’hui quand 1 soldat meurt on fait des funérailles nationales
Et quand 51 français meurent dans un accident d’avion, tous les drapeaux sont mis en berne.
Je vous le dit je préfère aujourd’hui, mais ces chiffres comparées à notre sensibilité de maintenant, montrent l’horreur qu’ont vécu nos grand pères ou arrières grand pères.
Pour moi c’était mon grand-père Félix et…il était soldat allemand. Ma famille Klam a bougé sur 4 générations de quelques 20 km entre des villages près de Sarreguemines ou de Forbach, en Moselle, en Lorraine. Mon arrière-grand-père était soldat français en 1870, mon grand-père soldat allemand en 1914 et mon père, soldat français en 1940. Ce fût le destin de beaucoup d’alsaciens et de mosellan : changer de camp selon les générations.
Le mot du jour va se mettre en vacances avec son auteur.
Si le Ciel, les podcasts, mes lectures d’aujourd’hui et d’autrefois continuent à me donner l’inspiration et si parmi vous il en reste suffisamment qui ne se seront pas lassés il reviendra peut être le 1er septembre.
Depuis que j’ai adopté le nouveau format j’ai arrêté de compter, mais un décompte rapide montre que nous sommes à environ 350 mots du jour, depuis qu’un jour d’octobre 2012 ou plutôt une fin de journée, Betty m’a proposé ce beau défi : trouver un mot du jour, chaque jour de la semaine où je travaillais.
Jusqu’ici ça va, disait cet homme qui tombait du 300ème étage et se trouvait au 180ème…
Sur cette chute, je vous souhaite de bonnes vacances, bon courage ou bonne rentrée…
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Jeudi 31/07/2014

Jeudi 31/07/2014
«Vert»
Michel Pastoureau
Histoire d’une couleur
Dans notre perception contemporaine le Vert est associé à un mouvement politique l’Ecologie, aux produits Bio plus généralement à la nature.
Pour les habitants de Rhône-Alpes, les « Verts » c’est le club rival de Lyon : l’AS Saint Etienne.
Les historiens dans leur volonté d’explorer jusqu’au plus petit recoin les fondements de nos civilisations s’intéressent à la couleur.
Plus précisément Michel Pastoureau qui a écrit plusieurs ouvrages sur les couleurs, il a commencé par le Noir, puis le Bleu et maintenant le vert.
Et on apprend des choses étonnantes :
Ainsi, en 1789, le vert aurait pu figurer sur les emblèmes de la Révolution et donc l’intégrer notre drapeau. Sauf que les hommes de 89 se sont aperçus que le vert était aussi associé à la maison du comte d’Artois, fieffé réactionnaire et futur Charles X !
Longtemps le vert est une couleur qui se révèle spécialement instable. Les teinturiers, d’ailleurs, ont longtemps eu toutes les peines du monde à le fixer.
Son ascension, longtemps incertaine et contrariée, est manifeste aujourd’hui. Il est bien porté de l’afficher mais comme une idéologie, à la façon du rouge d’autrefois dont on attendait aussi qu’il sauve le monde. Si l’historien laisse de côté le messianisme et qu’il en reste au strict registre des couleurs, il constate cependant que le vert n’est le préféré que d’une personne sur cinq ou six, bien loin derrière le bleu !
Depuis qu’on fait des enquêtes sur les couleurs préférées en Europe occidentale (la fin du XIXème siècle), le classement et la répartition restent très stables :
1/ Le bleu partout en tête dans l’Europe occidentale 45 à 50%
2/ Le vert autour de 15 à 18%
3/ Le rouge
4/ Le noir
5/ Le blanc
6/ Le jaune
Voilà, celles et ceux qui aiment le jaune constituent une élite, je veux dire une toute petite minorité…
Le livre de Michel Pastoureau retrace la longue histoire sociale, artistique et symbolique du vert dans les sociétés européennes, de la Grèce antique jusqu’à nos jours. Il souligne combien cette couleur qui a longtemps été difficile à fabriquer, et plus encore à fixer, n’est pas seulement celle de la végétation, mais aussi et surtout celle du Destin. Chimiquement instable, le vert a symboliquement été associé à tout ce qui était instable: l’enfance, l’amour, la chance, le jeu, le hasard, l’argent. Ce n’est qu’à l’époque romantique qu’il est définitivement devenu la couleur de la nature, puis celle de la santé, de l’hygiène.
Aujourd’hui, c’est plutôt une couleur positive : Ainsi donner le feu vert c’est accepter qu’une action continue. On lui a même confié une mission de taille : sauver la planète ! C’est devenu une idéologie : l’écologie – après le rouge, symbole du communisme.
Mais, pour certains le vert est censé porter malheur. Les comédiens refusent toujours de la porter sur scène. Une vieille superstition : au Moyen Age, le vert-de-gris, pigment utilisé par les peintres, était aussi un poison…
Le vert, c’est la couleur de Satan, du diable, des ennemis de la chrétienté, des êtres étranges : fées, sorcières, lutins, génies des bois et des eaux. Les super-héros et les Martiens, grands et petits hommes verts de la science-fiction, s’inscrivent dans cet héritage culturel, où le vert joue le rôle de l’ailleurs, de l’étrangeté, du fantastique.
Vert = bleu + jaune : Cette combinaison, apprise dès l’école maternelle, s’est révélée très tard. A longtemps persisté un tabou, venu de la Bible, sur les mélanges : on ne fusionne pas deux matières pour en faire une troisième. Il existait surtout un règlement professionnel très strict chez les teinturiers, qui n’avaient l’autorisation de fabriquer que certaines couleurs : les cuves de bleu et de jaune ne se situaient pas au même endroit dans la ville, et personne n’aurait donc eu l’idée de les mélanger.
Il faut attendre la découverte du cercle chromatique par Newton, au XVIIe siècle, pour qu’on situe le vert à mi-chemin entre bleu et jaune. C’est très récent à l’échelle de l’histoire. Le vert n’est donc en rien le mélange des symboles du bleu et du jaune, à la différence du roux, qui a longtemps associé les mauvais aspects du rouge et du jaune : colère, péché, luxure, d’un côté, mensonge, trahison, robe de Judas, de l’autre.
Du point de vue philosophique et anthropologique, la chance et la malchance vont ensemble, la roue de la fortune tourne. Par excellence, le vert est la couleur de l’indécision, le visage du destin ; sa symbolique la plus forte, c’est une partie en train de se jouer : pelouses des terrains de sport, tapis des joueurs de cartes, tables de ping-pong, tapis verts des conseils d’administration où se décide l’avenir d’une entreprise. Le vert incarnait la chance, donc la fortune et l’argent, bien avant l’apparition du dollar : le billet vert…
 Au XIXe siècle, avec les deux révolutions industrielles, on sent qu’on manque de verdure : la nature fait son entrée dans la ville. Le mouvement commence en Angleterre à l’époque victorienne : on construit des parcs et des jardins, espaces verts, allées vertes, coulées vertes, etc.
D’anglais, le phénomène devient européen, puis américain. On envoie les gens se mettre au vert à la campagne – voyez encore aujourd’hui, les classes vertes. Il y a un besoin de couleur verte pour les yeux et de chlorophylle pour les poumons.
C’est aussi une couleur associé à l’Islam. C’est d’abord la couleur du prophète et de ses descendants : Mahomet aimait cette couleur, portait au combat un turban et un étendard verts. On évitait de mettre du vert dans les beaux tapis pour ne pas fouler cette couleur sacrée. En terre d’Islam, le vert est très valorisé, toujours positif, jamais pris en mauvaise part ; c’est la couleur fédératrice sur le plan politique et religieux.
Et aussi Néron adorait le vert ; des témoignages vantent sa collection d’émeraudes ; il aime les modes orientales, barbares, donc s’habille de vert, ce qui est extravagant pour un empereur romain. Dans les jeux du cirque, courses de chars, il soutient les curies vertes, alors que les empereurs en général soutiennent les bleues. Ses biographes disent qu’il était un grand amateur de poireaux, la nourriture des plus pauvres…
Maintenant vous pouvez trouver encore plus dans le livre : « Vert. Histoire d’une couleur, de Michel Pastoureau, éd. Seuil, 240 p., 39 €. »
On dit aussi souvent que c’est la couleur de l’espérance. Espérance nécessaire, en ce jour où il y a 100 ans, un Villain assassina Jaurès.

Mercredi 30/07/2014

Mercredi 30/07/2014
« Pendant les vacances, je ne fais rien !… Rien !
Je ne vais rien faire ».
Raymond Devos
Il me semble que c’est un mot du jour approprié en temps de vacances !
Ci-après un extrait du sketche
J’avais dit : – « Pendant les vacances, je ne fais rien !… Rien ! Je ne vais rien faire « .
Je ne savais pas où aller. Comme j’avais entendu dire : – « A quand les vacances ?… A quand les vacances ?… »
Je me dis : –  » Bon !… Je vais aller à Caen… ».
Et puis Caen !… ça tombait bien, je n’avais rien à y faire. Je boucle la valise… je vais pour prendre le car…
Je demande à l’employé :
– Pour Caen, quelle heure ?
– Pour où ?
– Pour Caen !
– Comment voulez-vous que je vous dise quand, si je ne sais pas où?
– Comment ? Vous ne savez pas où est Caen ?
– Si vous ne me le dites pas !
– Mais je vous ai dit Caen !
– Oui !… mais vous ne m’avez pas dit où !
– Monsieur… je vous demande une petite minute d’attention !
Je voudrais que vous me donniez l’heure des départs des cars qui partent pour Caen !
– !!!…
– Enfin !… Caen !… dans le Calvados !…
– C’est vague !
-…En Normandie !… Ma parole ! Vous débarquez !
– Ah !… là où a eu lieu le débarquement !… En Normandie !
– A Caen… Là !
– Prenez le car.
– Il part quand?
– Il part au quart.
– !!!… Mais (regardant sa montre)… le quart est passé !
– Ah ! Si le car est passé, vous l’avez raté.
– !!!… Alors… et le prochain?
– Il part à Sète.
– Mais il va à Caen?
– Non il va à Sète.
– Mais, moi, je ne veux pas aller à Sète… Je veux aller à Caen !
– D’abord, qu’est-ce que vous allez faire à Caen ?
– Rien !… rien !… Je n’ai rien à y faire !
– Alors, si vous n’avez rien à faire à Caen, allez à Sète.
– !!!… Qu’est-ce que vous voulez que j’aille faire à Sète ?
– Prendre le car !
– Pour où ?
– Pour Caen.
– Comment voulez-vous que je vous dise quand, si je ne sais pas où !…
– Comment !… Vous ne savez pas où est Caen ?
– Mais si, je sais où est Caen !… Ça fait une demi-heure que je vous dis que c’est dans le Calvados !…
Que c’est là où je veux passer mes vacances, parce que je n’ai rien à y faire !
– Ne criez pas !… Ne criez pas !… On va s’occuper de vous. Il a téléphoné au dépôt.
Mon vieux !… (Regardant sa montre) : A vingt-deux, le car était là.
Les flics m’ont embarqué à sept…
Et je suis arrivé au quart. Où j’ai passé la nuit !
Tant que nous aurons le rire nous resterons humains

Mardi 29/07/2014

Mardi 29/07/2014
«Un jour il inventa l’argent,
Ce démon très intelligent
Qui sut comprendre le premier
La valeur d’un bout de papier.
Ce démon était un banquier.»
Les frères Jacques
<Dans l’excellente émission du 12/07 de Michel Field et Olivier Duhamel : Mediapolis> les intervenants s’étonnaient du scandale de Bygmalion et ce que révèle cette affaire de l’addiction des politiques français au fric.
En conclusion ils terminent toujours par une chanson et ils ont cette fois choisi la chanson « le fric » des frères Jacques :
Le Fric
Un jour il inventa l’argent,
Ce démon très intelligent
Qui sut comprendre le premier
La valeur d’un bout de papier.
Ce démon était un banquier
Et depuis dans le monde entier
L’argent circule
Et fait des bulles.
Gardez votre monnaie ;
La quête est terminée ;
Car d’un commun accord
C’est demain l’âge d’or :
LE FRIC
Magique ;
L’artiche
Fortiche ;
La banque
La planque ;
La paye ;
L’oseille.
Pognon
Mignon ;
Le blé
Gonflé ;
Les Louis
Inouïs
Les briques
Pratiques.
Affure ;
Carbure ;
Le pèze ;
La braise ;
Le jonc ;
Les ronds ;
Ferraille ;
Mitraille ;
Benèf
Besèf ;
Pourliche ;
Backchich ;
Les rentes ;
Ma tante,
Des sous ;
Des clous ;
Liquide ;
Solide ;
Osier ;
Rotin ;
Papier ;
Talbin ;
Galette ;
Pépettes ;
Fortune ;
Deux tunes ;
Ressources ;
La bourse ;
Le nerf
De guerre ;
Finance ;
Balance…

<Et bien sur la vidéo où les Frères Jacques s’amusent>

Lundi 28/07/2014

Lundi 28/07/2014
« La guerre, c’est le massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas »
Paul Valéry
L’art de la citation est difficile, cette phrase est à peu près partout attribuée à Paul Valery.
D’autres ont dit des choses proches.
Un internaute qui a cherché à trouver la source exacte a eu cette réponse :  » les 88 citations de Paul Valéry ont été publiées chez Gallimard sous le titre « cahiers ». Celle que vous énoncez s’y trouve. »
Je n’ai pas encore vérifié personnellement, mais cette citation reflète si bien la réalité.
Pour mémoire c’est le 28 Juillet 2014 que commence la guerre parce que l’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie. L’Allemagne, la France, la Russie ne sont pas encore en guerre.
Ce n’est pas encore la guerre mondiale, plutôt la continuation de la guerre des balkans qui a débuté le 17 octobre 1912. Elle opposait l’Empire ottoman à la ligue balkanique constituée de la Serbie, la Bulgarie, la Grèce et le Monténégro. Les armées de la ligue comportent beaucoup plus d’hommes que les forces turques, ce qui fait rapidement basculer l’issue du conflit. De nombreux territoires sont imputés à l’Empire ottoman et partagés entre les membres de la ligue. Un Etat nouveau et indépendant apparaît : l’Albanie.
Et le 29 juin 1913, il y a une seconde étape où la Bulgarie va attaquer ses anciens alliés. La Bulgarie sera vaincue et perdra une grande partie de son territoire.
Ces guerres accentueront les tensions internationales et participeront à l’engrenage qui mènera à la guerre de 14-18.
Lors du discours de Jaurès à Lyon, c’est à cette guerre des Balkans qu’il fait référence pour prévoir le carnage de 14-18 : « ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, etc…. »
Et… après la guerre 14-18, il va y avoir continuation de la guerre qui sera la Guerre d’indépendance turque qui commence grosso modo en mai 1919, opposera la Turquie de Mustafa Kemal aux Arméniens aux Kurdes et aux Grecs qui s’achèvera en 1922 et amènera par le traité de Lausanne (1923) très favorable à la Turquie.
Et c’est ainsi que vous trouverez dans certains pays des Balkans et en Grèce des monuments aux morts qui évoquent la guerre de 1912 à 1922.
Concernant la guerre 14-18, Christopher Clark, un historien anglais a écrit un Livre : Les somnambules Été 1914 : comment l’Europe a marché vers la guerre (Flammarion, 668 pages, 25 euros, 2013)
Il prend le contrepied des thèses conventionnelles sur les origines du conflit. Ainsi disculpe-t-il très largement l’Allemagne et l’empereur Guillaume II, fantasque, immature mais sans réelle autorité sur ses ministres. Il met en évidence par contre l’écrasante responsabilité des Serbes et du tsar Nicolas II ainsi que l’irresponsabilité des dirigeants français, qui n’ont pas su modérer les Russes, et la légèreté des Britanniques, engagés dans une alliance où ils n’avaient pas leur place.
Au demeurant, il ressort de son analyse qu’aucun de ces dirigeants de la Belle Époque n’a sciemment voulu la guerre… même si la plupart la souhaitaient au fond d’eux-mêmes, dans leur inconscient, pour se défaire de leurs peurs et se dégager de leurs impasses géopolitiques. Tels des somnambules qui marchent sans savoir où ils vont, tous se sont laissés piéger par leurs petites ambitions et c’est de la rencontre malheureuse de celles-ci qu’est née la conflagration.
D’autres historiens <comme Serge Sur> ne sont pas d’accord avec cette thèse. Serge Sur accepte l’idée que la causalité du conflit soit difficile à déterminer mais en ce qui concerne la responsabilité il dit simplement sont responsables ceux qui ont déclaré la guerre or c’est l’Autriche Hongrie qui a déclaré la guerre à la Serbie et l’Allemagne à la Russie. Et c’est le fait que l’Allemagne a osé attaquer la Belgique qui a conduit les anglais à entrer dans le conflit.
J’ai aussi trouvé d’autres citations, qui ne seront donc pas « mot du jour » dans le même esprit que celle de Paul Valéry
 « On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels. Anatole France – L’Humanité, 18 juillet 1922. »
« Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent. « 
Le Diable et le Bon Dieu (1951) Jean-Paul Sartre
Et puis venu de l’Antiquité et de l’Historien Hérodote (mort vers 420 AV JC) :
« En temps de paix, les fils ensevelissent leurs pères ; en temps de guerre, les pères ensevelissent leurs fils. »
Parfois on a l’impression que nos dirigeants actuels sont aussi des somnambules qui ne savent pas où ils mènent leurs pays et le monde.

Vendredi 25/07/2014

Vendredi 25/07/2014
«Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie !»
Jean Jaurès, 25 Juillet 1914
C’est à Lyon, dans le quartier de Vaise que Jean Jaurès a prononcé son dernier discours en France le 25 juillet 1914, une semaine avant son assassinat le 31 juillet, qui précéda de 2 jours le début de la guerre de 14-18.
Venu soutenir à Vaise, près de Lyon, le candidat socialiste pour une élection législative, il met en garde contre les erreurs qui pourraient conduire à une guerre qu’il décrit comme une immense boucherie.
Alors que la plupart des hommes politiques de cette époque s’enthousiasment à l’idée de se battre et bien sûr vaincre l’Allemagne et en plus rapidement : « On sera de retour à Noël », sa lucidité devant ce qui va arriver à l’Europe est extraordinaire.
Par exemple voici ce qu’il dit lors de ce discours :
« […] j’espère encore malgré tout qu’en raison même de l’énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n’aurons pas à frémir d’horreur à la pensée du cataclysme qu’entraînerait aujourd’hui pour les hommes une guerre européenne.
Vous avez vu la guerre des Balkans ; une armée presque entière a succombé soit sur le champ de bataille, soit dans les lits d’hôpitaux, une armée est partie à un chiffre de trois cent mille hommes, elle laisse dans la terre des champs de bataille, dans les fossés des chemins ou dans les lits d’hôpitaux infectés par le typhus cent mille hommes sur trois cent mille.
Songez à ce que serait le désastre pour l’Europe : ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d’hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie ! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l’orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé. Citoyens, si la tempête éclatait, tous, nous socialistes, nous aurons le souci de nous sauver le plus tôt possible du crime que les dirigeants auront commis et en attendant, s’il nous reste quelque chose, s’il nous reste quelques heures, nous redoublerons d’efforts pour prévenir la catastrophe. Déjà, dans le Vorwaerts, nos camarades socialistes d’Allemagne s’élèvent avec indignation contre la note de l’Autriche et je crois que notre bureau socialiste international est convoqué. »
Hélas l’espoir de Jaurès, sera déçu quelques heures après sa mort les socialistes allemands et français rejoindront l’union nationale, chacun de leur côté et se combattront férocement.
Il faut savoir que Jaurès n’était pas un pacifiste au sens commun de ce nom. Il avait ainsi écrit « l’armée nouvelle » en 1911.
Il n’était pas contre toutes les guerres, il était contre cette guerre qui se préparait parce qu’il avait l’intuition du carnage que ce serait.
Dans la première du lien que je donne, on entend Rolande Trempé, historienne spécialiste du mouvement ouvrier, qui a été la première à soutenir une thèse sur les mineurs de Carmaux. Et dans ce cadre elle s’intéresse particulièrement à Jaurès. Elle décrit Jaurès. C’était un philosophe, un homme qui savait manier les idées, transporter le verbe. C’était un formidable intellectuel qui savait dialoguer avec les ouvriers qu’il allait voir simplement et souvent. (Pour la petite histoire Rolande Trempé est née en 1916).
J’ajouterai que c’était un visionnaire. Un peu le contraire des hommes politiques d’aujourd’hui
Que le ciel vous tienne en joie, la France a aussi donné naissance à des personnes comme Jaurès