Mercredi 16 octobre 2019

« Ce matin il est arrivé une chose bien étrange. Le monde s’est dédoublé »
Clara Ysé

Dans mon butinage je suis tombé sur un article du Point qui m’a renvoyé vers <Ce Clip>

Clip étonnant, chanson envoutante, voix androgyne, texte émouvant et beau, j’ai été comme happé.

J’ai fait bien sûr des recherches

Et j’ai compris qu’Ysé était un nom d’artiste.

Cette jeune fille qui chante « J’ai crié que quelqu’un me vienne en aide », s’appelle dans la vie civile Clara Dufourmantelle.

Elle est la fille d’Anne Dufourmantelle.

Cette psychanalyste et philosophe qui a écrit
« La puissance de la douceur » et qui a fait l’objet du mot du jour du <26 septembre 2019>. Le mot qui a suivi celui consacré à <Cécile>

Anne Dufourmantelle qui est morte d’un arrêt cardiaque, conséquence d’un acte spontané de don de soi, pour sauver des enfants qui étaient en train de se noyer.

On comprend mieux le clip et les paroles de cette chanson écrite en hommage à sa mère et pour surmonter l’immense peine.

Elle décrit sa sidération par ces mots :

« Le monde s’est dédoublé, Je ne percevais plus les choses comme des choses réelles.»

Un ami lui vient en aide :

« J’ai accueilli un ami qui m’a pris dans ses bras
Et m’a murmuré tout bas
Regarde derrière les nuages
Il y a toujours le ciel bleu azur
Qui lui vient toujours en ami
Te rappeler tout bas
Que la joie est toujours à deux pas »

Je rappelais dans le mot du jour dédié à Cécile les paroles de Tchekov « Enterrer les morts, réparer les vivants ».

Dans cette chanson cela devient

« Vers un nouveau rivage
Ton cœur est emporté
L’ancien territoire t’éclaire de ses phares »

C’est bouleversant.

Cette chanson se trouve sur un album dans lequel elle chante en français mais aussi en espagnol et en anglais.

J’ai acheté cet album de 6 titres et j’ai appris un nouveau sigle « EP » qui correspond à « extended play », c’est un format de disque qui est plus grand qu’un single qui comporte 2 titres et plus petit qu’un album qui contient au moins 8 titres.

Clara Dufourmantelle a <dit> :

« Cet EP, c’est ce qui m’a permis de vivre »

Oui parce qu’après un évènement brutal comme celui de la mort de sa mère, dans les conditions dans lesquelles cette rupture a eu lieu, il faut continuer à vivre.

La poésie, l’art peut être un moyen.

<Libération> a écrit :

« […] on tombe, interdit, sur la puissance de feu et la folie certaine de la formidable Clara Ysé.

[…] Jonglant entre le français, l’anglais et l’espagnol, Clara Ysé explore un territoire inconnu, en nous bombardant littéralement avec ses bouleversantes chansons habitées par une poésie du réel. Et puis il y a surtout la puissance originale de son chant qui lui permet donc de venir tutoyer ces fameuses figures tutélaires qui elles aussi imaginaient leur propre route sans jamais chercher à se rapprocher d’une quelconque hype éphémère.

Une voix est née. »

Je crois que c’est fort bien écrit et résumé.

Voici les paroles de la chanson : « Le monde s’est dédoublé » de Clara Ysé

Ce matin il est arrivé une chose bien étrange
Le monde s’est dédoublé
Je ne percevais plus les choses comme des choses réelles
Le monde s’est dédoublé
J’ai pris peur j’ai crié que quelqu’un me vienne en aide
Le monde s’est dédoublé
J’ai accueilli un ami qui m’a pris dans ses bras
Et m’a murmuré tout bas

Regarde derrière les nuages
Il y a toujours le ciel bleu azur
Qui lui vient toujours en ami
Te rappeler tout bas
Que la joie est toujours à deux pas

Il m’a dit prends patience
Mon ami prend patience
Vers un nouveau rivage
Ton cœur est emporté
L’ancien territoire t’éclaire de ses phares
T’éclaire de ses phares

Ce matin il est arrivé une chose bien étrange
Le monde s’est dédoublé
J’ai senti le temps se fendre un instant sur les visages même
Le monde s’est dédoublé
Vos corps que je percevais hier encore dans leur exactitude
Ont perdu leur densité

Regarde derrière les nuages
Il y a toujours le ciel bleu azur

Qui lui vient toujours en ami
Te rappeler tout bas
Que la joie est toujours à deux pas
Il m’a dit prends patience
Mon ami prend patience
Vers un nouveau rivage
Ton cœur est emporté
L’ancien territoire t’éclaire de ses phares

Regarde en dessous de la nuit
Y’a toujours le jour qui pose ses lumières
Sur un coin de la terre
Te rappelant tout bas
Que la joie est toujours à deux pas
Je te dis prends patience
Mon ami prends patience
Vers un nouveau rivage
Ton cœur est emporté

L’ancien territoire t’éclaire de ses phares

Regarde derrière les nuages
Il y a toujours le ciel bleu azur
Qui lui vient toujours en ami
Te rappeler tout bas
Que la joie est toujours à deux pas
Il m’a dit prends patience
Mon ami prends patience
Vers un nouveau rivage
Ton cœur est emporté
L’ancien territoire t’éclaire de ses phares
T’éclaire de ses phares

Et <ICI> elle la chante en concert.

Et puis voici une autre chanson de l’EP : <Mama>

<1289>

Mardi 15 octobre 2019

« ALICEM »
Application mobile conçue par le Ministère de l’intérieur

Ces derniers temps, grâce à François Sureau, je me suis inquiété sur l’état de nos libertés publiques en France.

Frédéric Says dans sa chronique du 8 octobre 2019 : <Données privées, libertés publiques> a donné un exemple d’initiative qui montre le caractère raisonnable de l’inquiétude, préalablement évoquée.

Lui-même citait ses sources : <Le site de Bloomberg, l’agence d’actualités financières>.

Le nom de l’application possède une consonance rassurante : « Alice aime ».

Derrière cet acronyme se cache une application de reconnaissance faciale.

Le site de Bloomberg annonce que de cette manière la France va devenir le premier pays européen à utiliser officiellement la reconnaissance faciale. Car cette application pour mobile conçue par le ministère de l’Intérieur, permet de s’identifier en se prenant en photo ou en vidéo, pour accéder aux services publics en ligne.

Frédéric Says précise :

« Le nom de cette application ? Alicem, acronyme pour « Authentification en ligne certifiée sur mobile ». Étonnamment, ces programmes jugés intrusifs portent toujours des noms doucereux, printaniers, féminins. « Alicem », cela rappelle délicieusement le prénom Alice et finit par la syllabe « aime ».

Il y a eu un précédent. C’était en 2008. Souvenez-vous d’« Edvige ». Une base de données qui fichait les individus potentiellement dangereux, mais aussi les préférences religieuses et sexuelles de responsables politiques, syndicaux, économiques. Michèle Alliot-Marie était alors ministre de l’Intérieur. Devant le tollé, elle avait dû reculer [extrait sonore].

Alicem, Edvige : comment nourrir le moindre soupçon envers de si jolis noms ? Certes, ce serait étonnant que ces programmes s’appellent « Terminator 3.0 » ou « GeorgeOrwell2019″…

Il ne s’agit pas ici de dire, bien sûr, que le gouvernement masque des intentions totalitaires. Le ministère de l’Intérieur rappelle d’ailleurs que cette application s’appuie le consentement de l’utilisateur. Il n’est pas question de reconnaissance faciale non consentie comme en Chine.

Aujourd’hui oui, mais demain ?

L’avancée technologique rend possibles le traitement de masse des données privées, et donc le rétrécissement massif des libertés publiques. »

Cette application devrait voir le jour en novembre.

La Commission Nationale Informatique et Libertés (CNIL) joue une sorte de rôle de lanceur d’alerte et prétend que cette application serait en contradiction avec le droit européen, notamment parce qu’elle ne propose aucune alternative à la reconnaissance faciale pour se connecter à certains services.

Ce site spécialisé en informatique précise les réticences de la CNIL <ALICEM : la biométrie de l’identité numérique sur mobile fait tiquer la CNIL>

Si vous voulez en savoir davantage, « Sciences et Avenir » essaye de faire <le point sur Alicem, le système de reconnaissance faciale du ministère de l’Intérieur>

L’association <La Quadrature du Net> a déposé un recours contre Alicem devant le Conseil d’État.

Tout ceci est bien sûr mis en œuvre pour assurer une meilleure sécurité sur Internet, éviter le passage par un mot de passe qui selon tous les avis autorisés constitue une passoire en matière de sécurité.

Certains prétendent que cette évolution, « ce progrès » disent-ils, est inéluctable.

Il n’en reste pas moins que tout ce qui est techniquement possible n’est pas forcément souhaitable. Il faut au moins se poser la question…

<1288>

Lundi 14 octobre 2019

« Il y a un concours Lépine délirant de la répression »
François Sureau

Quatre fonctionnaires de police ont été assassinés, le jeudi 3 octobre 2019, dans les locaux de la Préfecture de Police par un autre fonctionnaire de la préfecture exerçant des missions informatiques. L’assassin était doté d’une habilitation secret-défense, qui lui permettait d’avoir accès à des informations protégées.

Il y a probablement eu des dysfonctionnements dans l’organisation de la préfecture qui ont conduit à ces conséquences dramatiques.

Qu’on s’interroge sur la nature des dysfonctionnements et de la manière à essayer d’y remédier semble raisonnable.

Mais cela conduit à nouveau à des propositions de nouvelles lois, de nouvelles règles, pour essayer de détecter la « radicalisation » au plus tôt et des propositions toujours plus liberticides voient le jour.

François Sureau a été aussi invité par Olivier Duhamel sur Europe 1 dans l’émission <Médiapolis du 12 octobre 2019> et a me semble t’il avancé des explications qui sont intéressantes à partager.

Les propos que j’ai essayé de transcrire commencent à la minute 18. C’est d’abord Olivier Duhamel qui donne son analyse après les assassinats de la préfecture :

«On a l’impression d’avoir entendu, cette semaine, des choses terrifiantes sur les propositions concernant la lutte contre le terrorisme islamiste.

On a l’impression que plus personne, quand il se produit un attentat, plus personne ne se pose la question : jusqu’où peut-on aller dans les mesures à prendre, sans toucher aux libertés fondamentales ?

C’est une question qui n’existe même plus !»

Et voici ce qu’a répondu François Sureau :

« Il y a un concours Lépine délirant de la répression.

Il y a en plus un oubli fondamental de ce que nous sommes. Notre système a été pensé pour qu’il permettre une répression extrêmement dure, y compris pour les actes terroristes, sans pour autant s’écarter des principes.

On peut trouver, sans difficulté, des juges anti terroristes pour signer des mandats. On a tout à fait les moyens pour arrêter les gens.

Ce n’est pas comme si nous vivions dans un Droit pénal de bisounours. Notre Droit pénal est extrêmement sévère et répressif, il n’y a rien à y ajouter.

La question est pourquoi on y ajoute quelque chose ?

La première raison est comme le dit Olivier Duhamel que la question de savoir si on ne touche pas de manière disproportionnée aux libertés fondamentales a disparu de l’esprit de tout le monde.

A la fin, il y a les 9 sages du Conseil Constitutionnel qui de temps en temps retoque une mesure. Mais avant ça, il n’y a absolument plus rien. Et ceci me parait extrêmement dangereux

La deuxième raison je crois c’est aussi un déséquilibre institutionnel. J’ai lu le premier tome des mémoires de Cazeneuve, c’est très intéressant. Lors des attentats terroristes, la totalité de cette question : l’arbitrage « sécurité – liberté » passe dans la cervelle du ministre de l’Intérieur et de lui seul. Comme s’il n’y avait pas de Ministre de la Justice, comme s’il n’y avait pas de Parlement, pas de commission des Lois, comme s’il n’y avait personne. C’est extrêmement gênant et c’est du probablement à l’évolution institutionnelle de la Vème République.

Il y a une troisième raison, nous sommes devenus une Société qui est incapable de supporter la présence du Mal en elle-même. Le Mal doit être extérieur, il doit être étranger. Il doit être éradiqué sans que l’on ne regarde d’aucune manière aux principes qui peuvent gouverner aux procédures de son éradication.

Le Mal est quelque chose que nous ne pouvons plus penser. Nous n’avons plus d’idée du salut individuel, nous n’avons plus d’idée du progrès politique.

Le Mal doit être éloigné de nous !

Et tout ce qu’on voit en matière de concours Lépine, tout comme la rétention de sureté, tout comme la déchéance de nationalité manifestent cette idée que nous allons expulser le mal parce que nous sommes des purs.

Ceci m’inquiète énormément. »

J’insiste sur ce sujet des libertés, parce que nous sommes vraiment dans une dérive de plus en plus inquiétante.

Surtout que l’imagination liberticide de certains technocrates semble débordante.

Et je considère qu’un homme comme François Sureau reste un port d’attache de nos valeurs qui dit les choses simplement :

Les moyens répressifs et de contrôle existent.

Il existe des difficultés d’organisation et de mise en œuvre.

Mais il est nul besoin d’alourdir sans cesse les contraintes et les libertés de tout le monde pour lutter contre ce type de criminalité.

Surtout sans se poser les questions des libertés fondamentales.

Et je trouve ce rappel que le mal existe, qu’il faut l’affronter avec nos valeurs, constitue un rappel salutaire.

<1287>

Vendredi 11 octobre 2019

« Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté. »
Paul Eluard, dernière strophe du poème « Liberté »

Lors de <l’entretien> que je vous invite vraiment à écouter, François Sureau a cité le poème d’Eluard : « Liberté »

Je trouve pertinent après avoir distillé l’argumentation rationnelle hier, à reprendre aujourd’hui le même sujet mais sous le format de la poésie.

« Liberté » est un poème que Paul Éluard a écrit en 1942 pendant la Seconde Guerre mondiale, comme une ode à la liberté face à l’occupation allemande. Il s’agit d’une longue énumération de tous les lieux, réels ou imaginaires, sur lesquels le poète écrit le mot « liberté ».

Le titre initial du poème était « Une seule pensée » : Paul Eluard a confié :

« Je pensais révéler pour conclure le nom de la femme que j’aimais, à qui ce poème était destiné. Mais je me suis vite aperçu que le seul mot que j’avais en tête était le mot Liberté. Ainsi, la femme que j’aimais incarnait un désir plus grand qu’elle. Je la confondais avec mon aspiration la plus sublime, et ce mot Liberté n’était lui-même dans tout mon poème que pour éterniser une très simple volonté, très quotidienne, très appliquée, celle de se libérer de l’Occupant »

Le poème est publié le 3 avril 1942, sans visa de censure dans un recueil clandestin « Poésie et vérité ». Il est parachuté à des milliers d’exemplaires par des avions britanniques de la Royal Air Force au-dessus du sol français

Liberté

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté

Paul Eluard

Paul Eluard écrivait aussi : « Il ne faut pas de tout pour faire un monde. Il faut du bonheur et rien d’autre »

On trouve sur internet plusieurs artistes qui déclament le poème <Liberté>:

D’abord <Paul Eluard> lui-même qui présente son poème, les conditions de sa création puis le récite.

Et aussi dans <cette vidéo> Paul Eluard récite le poème qui s’affiche strophe après strophe.

<Jean-Louis Barrault> le récite, comme <Gérard Philippe>.

Plus récemment <Guillaume Gallienne> a aussi interprété ce poème.

Et je finirai par <Le poème mis en musique par Yvonne Schmidt> et chanté par Francesca Solleville.

<1286>

Jeudi 10 octobre 2019

« Je pense que sans la liberté il n’y a rien dans le monde »
François-René de Chateaubriand

Hier nous nous posions la question, les droits de l’homme rendent-ils idiots ?

Tant il est vrai que de plus en plus de beaux esprits et de gouvernants fustigent les « droitsdel’hommiste » qui empêcheraient l’efficacité et ne comprendraient pas la vraie aspiration des gens du peuple.

Notre société s’est construite autour des droits de l’individu et de la liberté.

Liberté qui n’existe pas dans les pays théocratiques ou même dans des sociétés très religieuses, dans des ֤États dirigés par des dictatures et même des États autoritaires ou nationalistes.

Or nos libertés sont en train d’être restreintes de manière de plus en plus sérieuse et avec une totale disproportion avec la réalité des dangers que les lois liberticides entendent prévenir.

C’est ce que dit l’avocat François Sureau, pourtant ami de Macron qu’il n’hésite pas à critiquer dans le domaine des libertés et de la répression.

Il a rédigé un petit ouvrage de 64 pages : « Sans la liberté »

François Sureau a déjà fait l’objet de trois mots du jour :

  • Une première fois le 18 septembre 2013 : «Le Droit ne fait pas Justice.» où il expliquait qu’une de ses plus terribles expériences de justice fut lorsqu’il dut participer à une décision du Conseil d’État qui refusa l’asile politique à un militant basque Javier Ibarrategui qui se disait menacé de mort en Espagne. Ibarrategui retourna donc dans son pays où des groupes d’extrême droite, des anciens franquistes, l’assassinèrent comme il l’avait annoncé.
  • Une seconde fois lorsqu’il plaida devant le Conseil Constitutionnel avec une éloquence et une hauteur de vue exceptionnelles contre cette idée absurde de vouloir interdire et de sanctionner la liberté d’aller sur des sites djihadistes : « La liberté de penser, la liberté d’opinion, […] n’existent pas seulement pour satisfaire le désir de la connaissance individuelle, le bien-être intellectuel de chaque citoyen. […] Elles [existent]  aussi parce que ces libertés sont consubstantielles à l’existence d’une société démocratique ». C’était le mot du jour du
    13 février 2017. Pour celles et ceux qui ne sont pas convaincus qu’une telle interdiction est à la fois stupide et liberticide, il faut relire cette plaidoirie.

  • La dernière fois le 22 juin 2017, lorsqu’il s’attaqua à la volonté de son ami Macron de mettre dans la Loi du commun des mesures de l’état d’urgence qui est par essence exceptionnel. « Un gouvernement généralement mal inspiré, face à une angoisse générale totale, a cherché la chose la plus spectaculaire qu’il pouvait mettre en place et il a décidé de mettre en place l’état d’urgence »

Je l’ai entendu le 24 septembre 2019 sur France Inter interrogé par Nicolas Demorand et Léa Salamé. Il dit que « la liberté a déjà disparu à cause de la demande sociale de sécurité » mais que son texte plein de vitalité espère lutter contre cette pente douce et dangereuse. Il espère que ce qui nous caractérise, nous, les français et les européens, l’amour de la liberté reprendra le dessus « sur la trouille généralisée ».

Et dans cet entretien qu’il faut écouter il énumère :

« Nous vivons dans un pays où

  • Le gouvernement peut choisir ses manifestants ;
  • Où on continue d’enfermer les gens après l’expiration de leurs peines ;
  • Où des juges ont qualité pour censurer l’expression d’une opinion ;
  • Il n’est pas nécessaire de passer à l’acte pour être condamnable, mais simplement d’en avoir l’idée ;
  • Partout des policiers en tenue de goldorak ;

Rien de tout cela n’était concevable pour quelqu’un de ma génération »

Dans un article de <La Croix> son ouvrage est présenté ainsi :

« Les faits sont connus pour qui veut bien les voir : restriction des libertés liée à l’état d’urgence, présence dans nos rues de forces de l’ordre dotées d’armes de guerre, loi anti-casseurs conduisant à considérer le citoyen libre comme un délinquant en puissance, loi anti-fake news sanctionnant les contenus a priori, loi contre les « contenus haineux » encourageant les opérateurs privés d’Internet à la censure…

Autant de dispositions législatives témoignant d’un climat général, celui « d’un pays où les libertés ne sont plus un droit mais une concession du pouvoir, une faculté susceptible d’être réduite, restreinte, contrôlée autant dans sa nature que dans son étendue ». »

Dans son livre il cite Chateaubriand que j’ai choisi comme exergue de ce mot du jour : « Je pense que sans la liberté il n’y a rien dans le monde. »

Et <Le monde> le cite :

« Que les gouvernements, celui d’aujourd’hui comme les autres, n’aiment pas la liberté, n’est pas nouveau. Les gouvernements tendent d’abord à l’efficacité. Que des populations inquiètes, après un demi-siècle passé sans grandes épreuves et d’abord sans guerre, du terrorisme ou d’une insécurité diffuse ne soient pas portées à faire le détail n’est pas davantage surprenant. Mais il ne s’agit pas de détails. L’état de droit, dans ses principes et dans ses organes, a été conçu pour que ni les désirs du gouvernement ni les craintes des peuples n’emportent sur leur passage les fondements de l’ordre politique, et d’abord la liberté.

C’est cette conception même que, de propagande sécuritaire en renoncements parlementaires, nous voyons depuis vingt ans s’effacer de nos mémoires sans que personne ou presque ne semble s’en affliger. Je tiens pour vain l’exercice de l’indignation. L’indignation suppose je ne sais quel optimisme que je ne partage plus, l’idée qu’une protestation bien argumentée pourrait faire dévier le cours des choses. Nous n’en sommes plus là. Nous nous sommes déjà habitués à vivre sans la liberté. (…)

Les hasards de la vie m’ont amené à voir comment se prenaient les décisions qui affectent nos libertés, qu’elles soient gouvernementales, législatives ou juridictionnelles. Je n’ai pas été rassuré à ce spectacle, qui m’est apparu comme celui de la démission des acteurs principaux de la démocratie représentative face aux réquisitions intéressées des agents de la répression. A eux non plus il n’est pas possible d’en vouloir, mais bien plutôt à ceux qui ont la charge de les contrôler et de les commander et qui s’en abstiennent, soit par incapacité, soit par inculture – je parle ici d’inculture constitutionnelle –, soit par démagogie. On peut tenir pour peu de chose la déclaration de tel ministre de l’intérieur selon laquelle les forces de l’ordre le trouveront toujours derrière elles, pour les suivre en effet et les absoudre autant qu’il est possible, et non pas devant elles, pour les commander. On peut aussi y voir l’aveu d’une démission que tous les grands mots du monde ne pourront plus effacer de notre mémoire collective, si du moins nous ne cessons pas d’oublier que nous sommes des citoyens avant d’être des électeurs.

Citoyens, tant que nous le restons, nous devons accepter de prendre sur nous une large part des fautes de ceux que nous nous sommes donnés pour nous diriger. Il n’y a pas de ministre de l’intérieur. Il dépend à la fin de nous que ceux qui gouvernent et répriment puissent ou non aller jusqu’au bout de cette inclination à l’autoritarisme qui est le lot de tout pouvoir […]

Notre système des droits n’a pas été pensé seulement pour les temps calmes.

A l’époque où il est apparu sous sa forme moderne, l’insécurité était assez générale. On ne traversait pas la forêt de Bondy sans escorte. C’est en des temps bien plus calmes que nous nous sommes éloignés des principes. Il n’est pas nouveau que les gouvernants s’impatientent de la liberté. Il est plus étonnant que le citoyen y consente, parce qu’il est inquiet bien sûr, mais plus profondément parce qu’il se pense moins désormais comme citoyen que comme individu, réclamant des droits pour lui et des supplices pour les autres, prêt à ce que la liberté de tous s’efface pour peu qu’on paraisse lui garantir la sienne, sous la forme d’une pleine capacité de jouissance des objets variés qu’il aime.

Bernanos écrit que la liberté des autres lui est aussi nécessaire que la sienne. Cette idée n’est plus si communément partagée. Les gouvernements n’ont pas changé. C’est le citoyen qui a disparu.

Nous pouvons voir à présent où ce chemin nous mène. Il s’en est fallu de peu que, sous prétexte de terrorisme, ne soit introduit dans le droit français un pur délit cognitif, celui de la consultation de sites Internet, motif pris de leur caractère dangereux ; c’est-à-dire que nous consentions à cette censure qui, à la fin, ne peut se fonder que sur l’idée que le citoyen n’est pas un être majeur et capable de discernement ; il s’en est fallu de peu que, répudiant une conception qui animait notre droit criminel depuis le Moyen Age, nous ne considérions qu’il était possible de condamner quelqu’un sur la vague intention du passage à l’acte, sans même pouvoir relever un commencement d’exécution ; il s’en est fallu de peu que les agents du gouvernement ne pussent assigner à résidence de simples suspects, comme sous la Terreur ou dans les pires moments de la Restauration. Gouvernements et Parlement de droite et de gauche ayant cédé sous la vague, par lâcheté, inculture ou démagogie, il n’a dépendu que du Conseil constitutionnel que ces errements soient arrêtés. Encore n’est-ce, on peut le redouter, que temporaire. Tout le monde voit bien, si l’on en juge par tant de déclarations fracassantes, que le moindre attentat nous met à la merci des mêmes emportements.

Ce qui est troublant, c’est qu’on ne peut pas les réputer fondés sur la recherche d’une efficacité maximale dans la répression. Le droit pénal français, modifié pratiquement chaque année depuis dix ans, est l’un des plus durs qui soient, et personne ne peut tenir les procureurs et les juges du siège pour des agneaux bêlant les litanies de l’humanitarisme. Ainsi le sacrifice des principes ne sera-t-il jamais payé d’une autre monnaie que celle de l’abaissement en pure perte. Tout se passe comme si, depuis vingt ans, des gouvernements incapables de doter, de commander, d’organiser leur police ne trouvaient d’autre issue que celle consistant à restreindre drastiquement les libertés pour conserver les faveurs du public et s’assurer de son vote, dans une surprenante course à l’échalote qui nous éloigne chaque année un peu plus des mœurs d’une véritable démocratie. (…)

Ce qui est inattendu, c’est que les atteintes portées au droit depuis vingt ans ont été le fait de gouvernements et de Parlements en réalité plutôt centristes. De tels pouvoirs ne sont d’ordinaire pas portés aux excès dans la gestion des libertés publiques, puisqu’ils ne peuvent se réclamer d’aucun horizon, d’aucune perspective qui les justifieraient. Si bien que le viol des libertés par un gouvernement généralement centriste manifeste simplement son manque de fermeté d’âme dans l’occupation du terrain qui est le sien propre, ce qui, et de loin, ne permet pas de l’absoudre. […]

Nous avions fait des droits de l’homme le principe de notre gouvernement, mais nous n’avons pas cessé de nous trouver de bonnes raisons de les méconnaître, si bien que nous n’avons plus ni vraiment de liberté ni vraiment de gouvernement. Nous sommes devenus incapables, par voie de conséquence, de respecter ces instruments qui ne sont que des instruments mais qui conditionnent l’exercice de la liberté effective, et d’abord la séparation des pouvoirs, continûment violée dans sa lettre et dans son esprit depuis près de dix ans, au mépris des droits du citoyen. »

Des paroles fortes, un esprit vigilant !

Il se passe quelque chose de pas sain au sein de notre vieille France. Les autres États qui nous ressemblent n’en sont d’ailleurs pas épargnés.

Tout cela fait penser à <la fable de la grenouille> qui relate une observation supposée concernant le comportement d’une grenouille placée dans un récipient contenant de l’eau chauffée progressivement. Cette fable peut s’énoncer ainsi :

Si l’on plonge subitement une grenouille dans de l’eau chaude, elle s’échappe d’un bond ; alors que si on la plonge dans l’eau froide et qu’on porte très progressivement l’eau à ébullition, la grenouille s’engourdit ou s’habitue à la température pour finir ébouillantée.

<1285>

Mercredi 9 octobre 2019

« Les droits de l’homme rendent-ils idiot ? »
Justine Lacroix et Jean-Yves Pranchère

Justine Lacroix est belge. Elle est professeure à l’université libre de Bruxelles spécialisée dans les sciences politiques.

Elle a écrit avec Jean-Yves Pranchère qui enseigne dans la même université, dans le même domaine de recherche, un livre paru le 26 septembre 2019 : « Les droits de l’homme rendent-ils idiot ? »

C’est un titre provocateur !

Les gens de mon âge, surtout s’ils ont fait des études de droit et se sont intéressés à la politique française et internationale, considéraient comme évident que les droits de l’homme constituaient une valeur universelle qui ne pouvaient que progresser dans tous les pays du monde. Même les dictateurs, de droite, expliquaient que si pour l’instant pour des raisons conjoncturelles, les droits de l’homme n’étaient pas respectés dans leur pays, la situation allait bientôt évoluer et qu’à terme le respect des droits de l’homme constituait une cible à atteindre.

Je dis de droites, parce que les dictatures communistes se méfiaient des droits de l’homme et des libertés qu’ils appelaient « formelles » des États libéraux pour ne s’intéresser qu’aux prétendus droits des classes laborieuses. Au bout d’arguments fallacieux, ces « démocraties populaires » qui n’étaient ni démocratiques ni populaires, cachaient, derrière une rhétorique obscure, des régimes de surveillance et de terreurs ne profitant qu’à une petite nomenklatura.

Alors quand le système communiste s’est effondré à l’est, nous pensions que la victoire des droits de l’homme était inéluctable.

Nous avons dû déchanter.

D’abord la Chine, refuse cette valeur individualiste des droits et des libertés de l’homme pour se réfugier dans des valeurs confucéennes de hiérarchie, d’autorité et de suprématie du collectif sur l’individu.

Les régimes « illibéraux » ou « démocratures » qui se multiplient dans le monde et en Europe, laissent encore fonctionner des élections, mais considèrent que les droits individuels et les libertés qui sont le cœur des droits de l’homme sont un obstacle à l’identité du pays et au rayonnement national.

Et même, à l’intérieur des démocraties libérales les plus anciennes, il y a des tendances suspectes par rapport à cette question.

Aux Etats-Unis, Donald Trump n’évoque jamais les droits de l’homme.

Et en France ? nous y reviendrons ultérieurement.

Guillaume Erner a invité Justine Lacroix à son émission matinale du 8 octobre 2019 : <Immigration, climat, terrorisme les droits de l’homme-sont-ils-dépassés ?>

L’émission est introduite ainsi :

« Le débat sur l’immigration à l’Assemblée Nationale s’est ouvert ce lundi. Centrale dans l’acte 2 du quinquennat, la question fait débat depuis les années soixante-dix. Aux pourfendeurs de l’accueil s’opposent ceux qui dénoncent le « droitsdelhommisme ». Quand les premiers invoquent des droits universels, les seconds, eux, critiquent ce qui serait une forme de bien-pensance et de générosité naïve. Par ailleurs, en matière d’écologie, les actions de désobéissance civile se multiplient, comme ce samedi avec l’occupation du centre commercial Italie 2, interrogeant sur leur légitimité en démocratie. Les conséquences du changement climatique, la crise des réfugiés ou encore le terrorisme sont autant d’enjeux où notre rapport aux droits de l’homme est mis à l’épreuve. Peut-on encore faire face aux défis du temps présent sans renoncer aux droits de l’homme ? »

Guillaume Erner s’appuyant sur la revue de presse internationale qui évoquait le retrait américain en Syrie laissant la voie libre à une intervention militaire sanglante des turcs contre les Kurdes qui jusqu’à présent étaient les alliés des américains et avaient combattu en première ligne contre nos ennemis communs les fanatiques islamistes de Daech et des autres groupes djihadistes, a posé la question de savoir si ce n’était pas la preuve que les droits de l’homme étaient de plus en plus bafoués ?

Justine Lacroix, après avoir dit que les actions des États étaient rarement basées sur les droits de l’homme, a ajouté :

« Ce qui est vraiment nouveau c’est que les droits de l’homme sont largement discrédités. Il y a eu un retournement depuis une décennie. Dans les années 1990, il y avait une adhésion au moins de surface : on ne pouvait pas les critiquer ouvertement. Aujourd’hui, on voit des dirigeants qui théorisent leur remise en cause. […]

Dans ces nouveaux discours, les partisans des droits de l’homme apparaissent de plus en plus comme des naïfs. »

Elle fait remonter le malaise à la deuxième guerre d’Irak qui a décrédibilisé les droits de l’homme. Et il est vrai que les américains en s’exonérant de toute légalité internationale et de tout accord de l’ONU se sont lancés dans cette guerre sans pouvoir justifier de raisons légitimes. Aujourd’hui, nous savons en outre que les preuves avancées par le gouvernement de Georges Bush junior pour prétendre que l’Irak disposait d’armes de destruction massive étaient fausses et fabriquées

Justine Lacroix conclut sur ce point :

« L’instrumentalisation des droits de l’homme par l’administration américaine a conduit à associer les droits de l’homme à une logique de domination impériale. »

En France, les projets de loi, comme les déclarations de membres du gouvernement mettent très souvent l’accent sur la sécurité, la lutte contre le terrorisme ou l’immigration clandestine, sans insister sur les droits de l’homme et même en considérant qu’ils constituent un obstacle à la bonne « gouvernance » et aux politiques légitimes pour satisfaire ce qu’ils estiment être les aspirations des français.

Et c’est Nicolas Sarkozy qui a utilisé cette formule des « droit-de-l’hommisme » pour essayer de discréditer cette valeur. Sans doute aurait-il répondu « Oui » à la question posée par le livre : « Les droits de l’homme rendent-ils idiot ? »

Selon Justine Lacroix et concernant l’origine de cette expression :

« Il semble que ce soit Jean-Marie Le Pen le premier qui ait forgé cette expression, puis elle s’est imposée petit à petit chez des responsables politiques situés dans des champs plus respectables de l’échiquier politique. Nicolas Sarkozy l’a utilisé dans le contexte précis de la question migratoire. »

Justine Lacroix n’a pas une vision simpliste des droits de l’homme, notamment par rapport à l’immigration :

« Aujourd’hui, le débat oppose de façon tronquée et manichéenne des « droits-de-l’hommistes » caricaturés comme plaidant pour un droit universel de circulation à l’échelle du globe et qui voudraient l’ouverture totale des frontières et les autres, qui auraient le sens de la préservation de l’intégrité culturelle, des équilibres sociaux, qui feraient preuve de plus de réalisme. […] Les droits de l’homme ne déterminent pas totalement nos rapports à des sujets comme l’immigration. Est-ce que les droits de l’homme signifient que chaque individu s’installe où il le souhaite ? Peut-être, dans une conception très individualiste des droits de l’homme. Mais est-ce que les droits de l’homme ne renvoient pas d’abord à une liberté collective ? Liberté d’autodétermination, liberté de délibérer ensemble de notre avenir commun. […]

À partir des droits de l’homme, on a tout le champ du possible qui s’ouvre, et je refuse cette façon d’associer celui qui croit aux droits de l’homme aux bourgeois, où le bourgeois serait celui qui croit à l’ouverture des frontières. »

Justine Lacroix qui veut évidemment réhabiliter la notion de droit de l’homme et des libertés individuelles considèrent qu’on met trop souvent en avant la notion de droit, alors qu’il s’agit simplement d’un désir.

Ainsi « le droit à un enfant » que certains revendiquent, c’est un désir d’enfant, existe-t-il un droit ? L’enfant a droit à des parents et en toutes hypothèses a droit à une éducation. L’enfant a aussi le droit d’être protégé devant les violences et menaces de toute sorte. Mais existe-t-il un droit à un adulte de revendiquer un enfant ? La réponse que j’approfondirai dans un autre mot du jour est très certainement « Non ».

Justine Lacroix estime aussi qu’il n’est pas judicieux de parler de droit des animaux. Il est, selon elle, légitime d’interdire les pratiques qui font souffrir les êtres sensibles que sont les animaux, sans que pour autant il faille conférer « un droit » à l’animal.

Il n’existe pas davantage un droit de polluer, correspondant à une liberté individuelle, surtout si cette pollution a pour conséquence un dommage à l’humanité entière.

Elle en appelle à Hannah Arendt qui considérait que les droits de l’homme n’avaient de raison d’être que parce qu’il existait une société, c’est-à-dire une multitude d’hommes. Or l’homme ne peut et ne doit pas, par sa liberté, porter atteinte à la société dans son ensemble. Les droits de la personne dans son esprit ne sont pas en contradiction avec la solidarité.

C’est une réflexion qui me parait très féconde et je vous redonne le lien vers l’émission : <sous format vidéo>

<1284>

Mardi 8 octobre 2019

« Pour rester en bonne santé, soyez optimiste et ayez des amis »
Conclusions de plusieurs études scientifiques

Les personnes optimistes auraient moins de risques de mourir prématurément. C’est ce que suggère <le site SLATE>

Et pour argumenter cette assertion, Slate se réfère à une étude, publiée sur le site du JAMA Network le 27 septembre 2019, et conduite par une équipe de scientifiques new-yorkais spécialisés en cardiologie et en sciences comportementales. Leurs travaux de recherche rassemblent les données de quinze analyses déjà publiées portant sur 230.000 hommes et femmes à travers le monde sur une période de quatorze années.

Les chercheurs et chercheuses ont pu montrer l’existence d’un lien entre l’optimisme, défini comme «la tendance à penser que de bonnes choses vont se produire dans le futur», et un risque moins élevé de 35% de souffrir d’une crise cardiaque, et de 14% de décéder d’une mort prématurée, toutes causes confondues (cancer, démence, diabète, etc).

Une des explications donnée est qu’une personne optimiste pourrait avoir tendance à adopter un mode de vie plus sain, à faire plus d’exercice, à arrêter de fumer…

Et l’article cite une autre étude du début de l’année 2019, de l’université de Boston, qui avait déjà montré que l’optimisme pouvait être un facteur d’allongement de l’espérance de vie.

Le magazine <Psychologie> quant à lui s’est intéressé à une étude qui démontrerait qu’avoir des amis serait aussi bon pour la santé particulièrement pour lutter contre la maladie d’alzheimer :

« L’étude anglaise Whitehall II a porté depuis 1985 sur plus de 10 000 fonctionnaires : elle vient de montrer le lien entre notre cerveau et nos relations sociales. Les chercheurs expliquent dans la revue Plos Medecine qu’une plus grande fréquence des rapports sociaux à l’âge de 60 ans s’accompagne d’une réduction du risque de développer une démence comme celle de la maladie d’ Alzheimer. On sait désormais également le rythme idéal de nos soirées et autres sorties: un sexagénaire qui verrait un ou deux amis par jour réduit ses risques de 12 % par rapport à quelqu’un qui ne verrait ses amis qu’une fois par mois ! L’interaction avec d’autres est en effet capitale : elle permet de solliciter les circuits cérébraux, de développer la mémoire, de faire naître des émotions. Plus étonnant encore : les amis protègent mieux contre Alzheimer que la famille. En effet, avec ses proches, on reste dans sa zone de confort, on fait moins d’efforts qu’avec les amis qu’il faut convaincre, séduire, conserver. »

Et <Frédéric Pommier> qui dans sa revue de presse renvoie vers ces deux articles, conclut :

« […] tant qu’à faire, choisissez des amis optimistes. »

C’est probablement plus facile à dire ou à écrire qu’à faire.

Mais cela donne au moins des pistes et des voies vers lesquelles ils faut tenter de s’approcher si on considère que rester en bonne santé constitue un objectif sérieux et souhaitable.

Ce que j’ai la faiblesse de croire.

<1283>

Jeudi 3 octobre 2019

« Malheureusement, pour beaucoup de gens, la seule fois dans leur vie où ils seront face à eux-mêmes, c’est au moment de mourir. »
Richard Béliveau

Richard Béliveau est un docteur en biochimie et un chercheur en cancérologie. Il est canadien.

Je l’ai découvert grâce à David Servan-Schreiber qui lui faisait une grande confiance concernant l’alimentation.

Car Richard Béliveau prétend que l’alimentation constitue une véritable arme pour tenir le cancer à distance et quand il est là, l’alimentation peut aider aussi, même si cela est compliqué.

Mais quand j’attaquerai la seconde partie de ma série sur l’alimentation, je reviendrai vers les propositions du docteur canadien.

Il s’intéresse aussi à un autre sujet. Sujet avec lequel les derniers mots du jour ont, plusieurs fois, été confrontés : la mort.

Et il a écrit un livre, qui comme ceux pour l’alimentation est co-rédigé par le docteur Denis Gingras et dont le titre est « La Mort : Mieux la comprendre et moins la craindre pour mieux célébrer la vie ». Ce livre a été publié en 2010

J’ai trouvé un site canadien qui l’a interviewé à propos de ce livre. Cet entretien m’a beaucoup touché car dans des mots simples, il dit des choses essentielles sur la mort et donc sur la vie.

La mort pour beaucoup constitue un tabou. Une réalité qu’on cherche à fuir par tous les moyens. La suractivité en étant le moyen le plus usité.

Très humblement, je ne crois pas qu’il faut fuir ainsi, car la mort a beaucoup de choses à nous dire sur la vie et le docteur Béliveau essaie de nous aider dans ce sens.

L’ouvrage lui-même, selon ce que j’en comprends car je ne l’ai pas lu, explique les processus biologiques liés à la mort, les différentes causes de mort, et expose des conceptions historiques, culturelles et spirituelles de la mort. Il explore la biologie et les limites de la vie, les rituels de la mort et les craintes qui lui sont associées et décrit les phénomènes entourant la perte de la vie. Le livre est illustré par des copies d’œuvre de l’art, peintures et sculptures offrant diverses représentations de la mort.

L’entretien du docteur Béliveau que j’ai lu se trouve derrière <ce lien>

Il explique pourquoi il a souhaité aborder ce sujet :

« Lorsqu’on s’oriente vers la recherche, c’est pour trouver des solutions à des problèmes non résolus, et le cancer est le tueur numéro un dans les pays industrialisés, dont le Canada. C’est une maladie terrible qui détruit des vies, qui détruit des espoirs et c’est le type de maladie qui illustre parfaitement le paradoxe de la vie. Quand on travaille sur le cancer, on est toujours à la très mince frontière entre la vie et la mort, parce qu’on doit développer des médicaments qui tuent une forme de vie – la vie des cellules cancéreuses – tout en épargnant les cellules saines voisines. Un chercheur en oncologie navigue perpétuellement sur cette mince frontière qui sépare la vie de la mort. Or, dans mon travail, je suis nécessairement en contact avec des gens très malades qui meurent. Et ce contact avec la mort est quelque chose qui exerce beaucoup d’influence. La détresse, la sérénité, ou encore les questionnements existentiels des gens deviennent vôtres, parce qu’ils sont les vôtres. »

Prendre conscience que la vie est quelque chose d’extraordinaire comme l’écrit <Damasio>.

« Ce qui m’attriste, c’est de penser qu’il y a des gens qui meurent sans avoir vécu à leur pleine mesure, sans avoir pris conscience que la vie était quelque chose d’absolument extraordinaire. »

Et il donne cette évidence que la pensée de la mort, m’aide à mieux vivre.

« la mort ne me fait pas peur, je dirais même qu’elle me fascine. Comme être humain, je sais que je vais mourir. Et la pensée de la mort m’aide à mieux vivre. Ça m’aide à donner une perspective, à relativiser les problèmes qui m’agressent au quotidien. »

La mort est devenue un tabou dans notre société qui essaye de l’éviter sauf pendant quelques rares moments, souvent avant une cérémonie funèbre..

Richard Béliveau pratique les arts martiaux et il est passionné par la culture japonaise qui, selon lui, ne connaît pas ce tabou de la mort.

« Je déteste les tabous, quels qu’ils soient. Un chercheur n’aime pas les tabous. Un chercheur est un défonceur de portes. C’est un explorateur de l’inconnu; il fait changer les idées, il provoque des réflexions. »

Il considère que sa réflexion sur la mort et la continuation de son combat pour la vie et contre le cancer :

« Pour moi, c’est la continuité de ce que j’ai fait toute ma vie. Je travaille contre la mort depuis le début. Il m’est juste apparu comme une conséquence inéluctable d’en parler. Une fois qu’on a décidé de se prendre en main, qu’on ne fume pas, qu’on fait de l’exercice, qu’on mange bien, qu’on reste mince et qu’on se tient loin de la bouffe industrielle, quand on a fait tout ce qu’on pouvait faire dans son quotidien pour prendre soin de sa vie, quelle peur nous reste-t-il ? La peur de mourir… Les gens qui sont confrontés à la mort se posent des questions. Comment meurt-on du cancer ? d’une maladie cardio-vasculaire ? [etc…] Je crois que s’il y a une façon de transcender notre peur de la mort, c’est en la comprenant, et en la comprenant au point d’en rire. Parce que tout le monde passe par le même chas d’aiguille en fin de compte. Donc la logique pour moi était de vaincre cette peur-là, d’en parler, d’en parler, d’en parler et d’en parler. Plusieurs perceptions de la mort viennent du cinéma, et toutes ces perceptions sont fausses. On a banalisé la mort, on en a fait un jeu d’arcade, alors que c’est un événement très intime, très personnel, très angoissant.

Selon le Dalaï-lama, « Les gens vivent comme s’ils n’allaient jamais mourir et ils meurent comme s’ils n’avaient jamais vécu. » Ça résume très bien mon dernier livre.

Et il conteste qu’aborder la mort de front soit une marque de pessimisme ou de négation de la vie. Bien au contraire :

«  Les gens les plus vivants que j’ai connus dans ma vie étaient confrontés à la mort sur une base régulière. Ils prenaient conscience de l’aspect précieux de la vie. On ne peut pas savourer la vie si on ne pense pas à la mort. C’est toujours la comparaison entre deux choses qui permet de les mettre en perspective. Des gens m’ont dit avoir commencé à vivre quand ils ont reçu un diagnostic de cancer. C’est aberrant de penser à ça, mais c’est la réalité. Si tous les êtres humains se levaient le matin en se disant que le soir ils pourraient être morts, on ne vivrait pas de la même façon. On conduirait moins vite sur les autoroutes, on serait plus patient avec les autres, on serait plus tolérant avec soi-même. Plutôt que de cacher la mort, la nier, la fuir ou la dénigrer comme on le fait, je pense qu’il y a une réflexion à faire là-dessus. C’est l’ignorance qui tue. L’ignorance de ce qui nous arrive est le facteur principal de stress, alors pour moi, comprendre la mort est capital. »

Et avant de mourir, il faut vivre et avoir une démarche responsable de santé, comme celle d’être acteur de sa guérison quand on est malade en s’inscrivant dans le temps long et la persévérance :

«  On veut tout, tout de suite. On achète des objets dont on n’a pas besoin avec de l’argent que nous n’avons pas. Alors imaginez, nous, on arrive en prévention en disant « faites quelque chose maintenant qui va vous payer plus tard. » On est à contre-courant. Mais en même temps, beaucoup répondent à notre message. C’est faux de penser que les gens sont stupides et qu’ils ne changent pas; 70 % sont ouverts, curieux et prêts à changer. Sur la rue, des hommes bedonnants me disent avoir acheté leur première bouteille d’huile d’olive ou avoir goûté à de la grenade pour la première fois de leur vie. […] Nous sommes, en grande partie, responsables de notre santé !

Il n’y a pas de bouton de remise à zéro dans la vie ! On ne peut pas appuyer dessus et effacer les 30 dernières années.

Arrêtez de penser que vous pouvez fumer, ne pas faire de sport, être trop gras et mal manger pendant 50 ans sans problème. C’est un train de vie qui vous amène chez le médecin. Et là, vite guérissez-moi docteur ! Je ne veux pas que ça fasse mal, je ne veux pas d’effets secondaires, et je veux que ça prenne trois semaines. La responsabilité individuelle pour moi c’est important, il faut se prendre en main. »

Et je finis de le citer par ce constat si dur et si vrai que j’ai choisi comme exergue :

« On est surprotégé de façon hallucinante et pour moi, la façon la plus flagrante de le réaliser, c’est lorsqu’on est confronté à la mort. Parce que la mort, c’est la solitude, et la solitude est une expérience de confrontation à soi-même. Malheureusement, pour beaucoup de gens, la seule fois dans leur vie où ils seront face à eux-mêmes, c’est au moment de mourir.  »

Ce n’est pas morbide de penser à la mort, à sa mort. C’est une leçon de vie qui fait qu’on aborde la vie autrement et dans la vie, sa santé aussi.

Le mot du jour se met en pause ce vendredi et lundi.

Mon frère et son épouse nous font l’honneur de nous rendre visite.

Et je veux me rendre pleinement disponible pour être là dans l’échange et dans la vie.

Je ne pourrai donc pas rédiger de mot du jour qui reviendra normalement mardi 8 octobre.

<1282>

Mercredi 2 octobre 2019

« Stand Up Straight and Sing
Tiens-toi droite et chante ! »
Jessye Norman, titre de son autobiographie

Bien sûr, il y eut le 14 juillet 1989 et Jessye Norman habillée d’une robe tricolore qui prêtait sa voix, Place de la Concorde, pour chanter la marseillaise, une marseillaise pleine de passion, pleine de force.

Depuis l’annonce de la mort de la chanteuse à la voix somptueuse, ce moment a souvent été rappelé et montré.

Mais mon souvenir est antérieur.

Il date d’une époque où la télévision donnait la possibilité à Jacques Chancel d’utiliser la première partie de la soirée pour faire une longue émission consacrée à une seule artiste souvent de musique classique comme Jessye Norman. Il s’agissait du <Grand Echiquier>. Je crois que l’émission eut lieu en 1984

Et Jessye Norman avait demandé à Jacques Chancel de diffuser un extrait du discours « I have a dream » de Martin Luther King, la fin de ce discours.

Alors, Jessye Norman s’est levé et dès que la voix de Martin Luther King s’est tue, elle a chanté « Amazing grace », a capella.

Moment d’émotion et de grâce.

<Une video existe> qui retranscrit cet instant unique

Tous les fibres de son être étaient en phase avec le pasteur noir qui avait lutté contre le racisme et la ségrégation.

Elle est née dans l’état de Géorgie un des principaux états confédérés lors de la guerre de sécession. La ségrégation raciale y était toujours présente au moment de la naissance de la future cantatrice, en 1945 dans la ville d’Augusta.

Ses parents militaient au sein de l’organisation NAACP pour les droits des Afro-Américains,

Dans son livre « Tiens toi droite et chante » publiée en 2014 sous le titre original « Stand Up Straight and Sing », une phrase que lui répétait sa mère, elle écrit :

« J’ai découvert la discrimination raciale et le système américain de l’apartheid bien avant d’entrer à l’école […] Mes parents, profondément engagés dans le mouvement en faveur des droits civiques (…), n’hésitaient pas à nous dire la vérité sur la ségrégation. »

Le racisme apparaît dans sa vie à l’âge de cinq ans, lorsqu’elle souhaite s’asseoir dans un bus et qu’elle découvre les places réservées aux « Colored people ». Au cours de sa carrière, le racisme a imprimé sa marque indélébile :

Et c’est en chantant dans l’église que Jessye Norman s’initie aux « « spirituals » au sein de la communauté noire. Elle décrochera une bourse d’étude à l’université Howard, établissement fondé à Washington pour accueillir les étudiants noirs en pleine ségrégation.

Elle raconte que plus récemment :

« Il n’y pas si longtemps, j’attendais dans un hall d’hôtel en Floride que la pluie cesse de tomber. Un employé a appelé la sécurité pour s’assurer que j’étais bien cliente. C’est ce que j’appelle du racisme ordinaire… »

Le musicologue Alain Pâris a rapporté qu’elle lui a dit qu’ elle a appris très jeune le piano «par amour du chant» et le chant «par amour de la vie».

Et en 2014 elle disait à la radio américaine NPR :

« Je ne me souviens pas d’un moment dans ma vie, où je n’ai pas été en train d’essayer de chanter ».

Quand elle ouvrait la bouche , son visage rayonnait et une voix somptueuse pleine d’émotion vous saisissait et vous faisait vibrer jusqu’au plus profond de votre âme.

Il faut voir et surtout entendre cette vidéo dans laquelle elle chante la mort de Didon du « Didon et Enée » de Henry Purcell : < When I am laid in earth>

Peut on trouver plus beau ?

André Tubeuf écrit : « La voix, nourrie par un souffle à sa taille, était inépuisable de nuances, d’émotion, de profondeur. »

Car elle avait un corps imposant, je dirais généreux comme ses interprétations.

Je ne l’ai vu qu’une fois en concert en 78 au Palais des Congrès et de la musique à Strasbourg. J’avais le sentiment qu’elle était très à l’aise dans son corps. Elle utilisait tout pour interpréter, sa voix chatoyante, ses bras, son expression de visage et l’ensemble de son corps.

Emmanuelle Giuliani écrit dans le journal <La Croix>

« Hors normes en effet, sa stature de déesse, imposante, majestueuse, qu’elle parait d’atours d’une somptueuse élégance ; son beau visage comme sculpté dans l’ébène, illuminé par un sourire flamboyant ; l’aisance avec laquelle, d’un mouvement de la main ou d’une inflexion de la nuque, elle donnait vie à une reine antique selon Rameau, à une Bohémienne fatale magnifiée par Bizet, à une amoureuse mythique chantée par Richard Strauss. Mais exceptionnelle, avant tout, cette voix voluptueuse, profonde, pulpeuse, capable d’emplir tout un théâtre d’un seul murmure avant d’en faire trembler les murs tant elle recelait de puissance sonore. »

Cet article nous apprend aussi que la fameuse marseillaise du bicentenaire a été chantée bénévolement :

« Je chante gratuitement ; c’est ma contribution à la France […] La Marseillaise, je la sais par cœur depuis que je suis toute petite. Et la Révolution, dont il faut remercier les Français, appartient au monde entier. »

Dans la vidéo de la mort de Didon, on la voit, à la fin, parler allemand.

Elle dit

«Ich leb’ allein in meinem Himmel,
In meinem Lieben, in meinem Lied. …
Schöner gibst nicht »

« Je vis seul dans mon ciel,
Dans mon amour, dans mon chant »

Et elle ajoute : «Il ne peut exister plus beau »

Les deux premiers vers qu’elle cite sont les derniers du lied de Gustav Mahler « Ich bin der Welt abhanden gekommen » Je suis perdu pour le monde qui fait partie du cycle des Rückert Lieder.

Elle chante ce lied dans <cette video>

L’article de la Croix précise cependant que si chez elle tout semblait extraordinaire, elle se plaisait à répéter que sa vie de diva exigeait de respecter une routine quotidienne où le travail tenait la première place, le yoga, la natation et la méditation un rôle essentiel.

Dans Paris-match elle déclare :

« Un concert de deux heures, c’est trois mois de préparation. Sur scène, je veux prendre du plaisir et en donner au public. La condition sine qua non, c’est le travail. Si on trouve ça trop astreignant, il faut faire autre chose. Moi, j’ai toujours adoré travailler. »

Toni Morrison, prix Nobel de littérature (1993), qui a quitté la communauté des vivants, en août dernier, disait :

« La beauté et le pouvoir, la singularité de la voix de Jessye Norman : je ne me souviens pas d’autre chose de semblable […] Je dois dire que parfois, lorsque j’entends votre voix, cela me brise le cœur. Mais à chaque fois, lorsque j’entends votre voix, cela soigne mon âme ».

Le Monde écrivait en 2006 pour son incarnation de Judith dans le Barbe bleue de Bartok :

« L’entrée de Jessye Norman est déjà un spectacle en soi. La cantatrice porte une luxuriance d’étoffe lourde et craquante d’un vert émeraude intense – la robe de Judith, la dernière femme de Barbe-Bleue. Magnifique de présence irradiante et de beauté lumineuse. Ce qui suit ressemble musicalement à de la magie pure. »

Elle était généreuse et engagé socialement : elle a fondé dans sa ville natale la Jessye Norman School of the Arts pour soutenir de jeunes artistes socialement défavorisés

Elle disait :

« J’espère inspirer aux gens, aux artistes, musiciens ou autres, le désir d’aller au-delà d’eux-mêmes, au-delà de leurs professions. Nous devons nous assurer d’agir au sein de nos communautés pour soutenir ceux qui en ont besoin. Il s’agit d’un devoir : c’est le prix à payer pour être un être humain. »

Et puis il faut peut être revenir à l’origine au spirituals.

Comme ici où elle chante <Give me Jesus>

Et là elle s’associe à Kathleen Battle pour chanter <Certainly, Lord>

Et si vous avez le temps le concert avec Kathleen Battle est en ligne en entier : <Spirituals in Concert, Jessye Norman & Kathleen Battle, Carnegie Hall>

C’est une reine du chant et une femme admirable qui nous a quitté !

<1281>