Vendredi 5 juin 2015

Vendredi 5 juin 2015
«Oui je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte »
parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger » »
Thomas Sankara
Cette actualité conduit à reparler de cet homme exceptionnel qui avait été le Président de la Haute Volta dont il avait changé le nom pour celui du « Burkina Faso », « le pays des hommes intègres ».
Il a été président de 1983 jusqu’au 15 octobre 1987 où il fut assassiné et où celui qui l’avait accompagné jusque-là et qu’il appelait son frère « Blaise Compaoré », soutenu par les pays africains amis de la France et la France elle-même, a pris le pouvoir.
Il a fallu attendre que Blaise Compaoré se fasse renverser après 27 ans de pouvoir, le 31 octobre 2014, pour que la Justice puisse reprendre son cours pour déterminer qui a été responsable du meurtre de Sankara et de ses douze compagnons qui étaient avec lui le jour de son assassinat.
On parle souvent de la corruption africaine, mais force est de constater que quand de grands Hommes intègres comme Thomas Sankara ou Patrice Lumumba au Congo belge ont voulu s’opposer aux puissances économiques occidentales, françaises ou belges dans ces deux exemples, ils sont morts assassinés et les Etats européens ont toujours joué, dans ces cas, un rôle plus que trouble.
Wikipedia nous donne ces informations : « Souhaitant redonner le pouvoir au peuple, dans une logique de démocratie participative, il crée les CDR (Comités de défense de la révolution) auxquels tout le monde peut participer, et qui assurent la gestion des questions locales et organisent les grandes actions.  Cette politique visait à réduire la malnutrition, la soif (avec la construction massive par les CDR de puits et retenues d’eau), la diffusion des maladies (grâce aux politiques de « vaccinations commandos », notamment des enfants, burkinabés ou non). Sankara tente également de rompre avec la société traditionnelle inégalitaire burkinabé, en affaiblissant le pouvoir des chefs de tribus, et en cherchant à intégrer les femmes dans la société à l’égal des hommes.
Il institue la coutume de planter un arbre à chaque grande occasion pour lutter contre la désertification. Il est le seul président d’Afrique à avoir vendu les luxueuses voitures de fonctions de l’État pour les remplacer par des Renault 5. Il faisait tous ses voyages en classe touriste, ses collaborateurs étant tenus de faire de même. »  >>> http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Sankara
Mais le mot du jour est extrait de son discours du  4 octobre 1984 à l’ONU, resté célèbre en raison de sa vision globale des rapports de force et de domination et aussi de l’humanité dont il était imprégné.
En voici l’extrait dont est tiré le mot du jour : 
« Forts de cette certitude, nous voudrions que notre parole s’élargisse à tous ceux qui souffrent dans leur chair, tous ceux qui sont bafoués dans leur dignité d’homme par un minorité d’hommes ou par un système qui les écrase.
Permettez, vous qui m’écoutez, que je le dise : je ne parle pas seulement au nom du Burkina Faso tant aimé mais également au nom de tous ceux qui ont mal quelque part.
Je parle au nom de ces millions d’êtres qui sont dans les ghettos parce qu’ils ont la peau noire ou qu’ils sont de culture différente et bénéficient d’un statut à peine supérieur à celui d’un animal.
Je souffre au nom des Indiens massacrés, écrasés, humiliés et confinés depuis des siècles dans des réserves afin qu’ils n’aspirent à aucun droit et que leur culture ne puisse s’enrichir en convolant en noces heureuses au contact d’autres cultures, y compris celle de l’envahisseur.
Je m’exclame au nom des chômeurs d’un système structurellement injuste et conjoncturellement désaxé, réduits à ne percevoir de la vie que le reflet de celle des plus nantis.
Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles. Pour ce qui nous concerne, nous sommes prêts à accueillir toutes les suggestions du monde entier, nous permettant de parvenir à l’épanouissement total de la femme burkinabè. En retour, nous donnons en partage à tous les pays, l’expérience positive que nous entreprenons avec des femmes désormais présentes à tous les échelons de l’appareil de l’État et de la vie sociale au Burkina Faso. Des femmes qui luttent et proclament avec nous, que l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère et nous en appelons à toutes nos sœurs de toutes les races pour qu’elles montent à l’assaut pour la conquête de leurs droits.
Je parle au nom des mères de nos pays démunis, qui voient mourir leurs enfants de paludisme ou de diarrhée, ignorant qu’il existe, pour les sauver, des moyens simples que la science des multinationales ne leur offre pas, préférant investir dans les laboratoires de cosmétiques et dans la chirurgie esthétique pour les caprices de quelques femmes ou d’hommes dont la coquetterie est menacée par les excès de calories de leurs repas trop riches et d’une régularité à vous donner, non, plutôt à nous donner, à nous autres du Sahel, le vertige. Ces moyens simples recommandés par l’OMS et l’UNICEF, nous avons décidé de les adopter et de les populariser.
Je parle aussi au nom de l’enfant. L’enfant du pauvre, qui a faim et qui louche furtivement vers l’abondance amoncelée dans une boutique pour riches. La boutique protégée par une vitre épaisse. La vitre défendue par une grille infranchissable. Et la grille gardée par un policier casqué, ganté et armé de matraque. Ce policier, placé là par le père d’un autre enfant qui viendra se servir ou plutôt se faire servir parce que représentant toutes les garanties de représentativité et de normes capitalistiques du système.
Je parle au nom des artistes (poètes, peintres, sculpteur, musiciens, acteurs), hommes de bien qui voient leur art se prostituer pour l’alchimie des prestidigitations de show-business.
Je crie au nom des journalistes qui sont réduits soit au silence, soit au mensonge pour ne pas subir les dures lois du chômage.
Je proteste au nom des sportifs du monde entier dont les muscles sont exploités par les systèmes politiques ou les négociants de l’esclavage modernes.
Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples, une synthèse douloureuse de toutes les souffrances de l’humanité, mais aussi et surtout des espérances de nos luttes. C’est pourquoi je vibre naturellement au nom des malades qui scrutent avec anxiété les horizons d’une science accaparée par les marchands de canons. Mes pensées vont à tous ceux qui sont touchés par la destruction de la nature et à ces trente millions d’hommes qui vont mourir comme chaque année, abattus par la redoutable arme de la faim.
Militaire, je ne peux oublier ce soldat obéissant aux ordres, le doigt sur la détente, et qui sait que la balle qui va partir ne porte que le message de la mort.
Enfin, je veux m’indigner en pensant aux Palestiniens qu’une humanité inhumaine a choisi de substituer à un autre peuple, hier encore martyrisé. Je pense à ce vaillant peuple palestinien, c’est-à-dire à ces familles atomisées errant de par le monde en quête d’un asile. Courageux, déterminés, stoïques et infatigables, les Palestiniens rappellent à chaque conscience humaine la nécessité et l’obligation morale de respecter les droits d’un peuple : avec leurs frères juifs, ils sont antisionistes.
Aux côtés de mes frères soldats de l’Iran et de l’Irak, qui meurent dans une guerre fratricide et suicidaire, je veux également me sentir proche des camarades du Nicaragua dont les ports sont minés, les villes bombardées et qui, malgré tout, affrontent avec courage et lucidité leur destin. Je souffre avec tous ceux qui, en Amérique latine, souffrent de la mainmise impérialiste.
Je veux être aux côtés des peuples afghan et irlandais, aux côtés des peuples de Grenade et de Timor Oriental, chacun à la recherche d’un bonheur dicté par la dignité et les lois de sa culture.
Je m’élève ici au nom des tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils pourront faire entendre leur voix et la faire prendre en considération réellement. Sur cette tribune beaucoup m’ont précédé, d’autres viendront après moi. Mais seuls quelques-uns feront la décision. Pourtant nous sommes officiellement présentés comme égaux. Eh bien, je me fais le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre. Oui je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».
Notre révolution au Burkina Faso est ouverte aux malheurs de tous les peuples. Elle s’inspire aussi de toutes les expériences des hommes depuis le premier souffle de l’Humanité. Nous voulons être les héritiers de toutes les révolutions du monde, de toutes les luttes de libération des peuples du Tiers Monde. Nous sommes à l’écoute des grands bouleversements qui ont transformé le monde. Nous tirons des leçons de la révolution américaine, les leçons de sa victoire contre la domination coloniale et les conséquences de cette victoire. Nous faisons nôtre l’affirmation de la doctrine de la non-ingérence des Européens dans les affaires américaines et des Américains dans les affaires européennes. Ce que Monroe clamait en 1823, « L’Amérique aux Américains », nous le reprenons en disant « l’Afrique aux Africains », « Le Burkina aux Burkinabè ». La Révolution française de 1789, bouleversant les fondements de l’absolutisme, nous a enseigné les droits de l’homme alliés aux droits des peuples à la liberté. La grande révolution d’octobre 1917 a transformé le monde, permis la victoire du prolétariat, ébranlé les assises du capitalisme et rendu possible les rêves de justice de la Commune française.
Ouverts à tous les vents de la volonté des peuples et de leurs révolutions, nous instruisant aussi de certains terribles échecs qui ont conduits à de tragiques manquements aux droits de l’homme, nous ne voulons conserver de chaque révolution, que le noyau de pureté qui nous interdit de nous inféoder aux réalités des autres, même si par la pensée, nous nous retrouvons dans une communauté d’intérêts.
[et il a fini son discours par ces phrases]
J’ai parcouru des milliers de kilomètres. Je suis venu pour demander à chacun de vous que nous puissions mettre ensemble nos efforts pour que cesse la morgue des gens qui n’ont pas raison, pour que s’efface le triste spectacle des enfants mourant de faim, pour que disparaisse l’ignorance, pour que triomphe la rébellion légitime des peuples, pour que se taise le bruit des armes et qu’enfin, avec une seule et même volonté, luttant pour la survie de l’Humanité, nous parvenions à chanter en chœur avec le grand poète Novalis :
« Bientôt les astres reviendront visiter la terre d’où ils se sont éloignés pendant nos temps obscurs ; le soleil déposera son spectre sévère, redeviendra étoile parmi les étoiles, toutes les races du monde se rassembleront à nouveau, après une longue séparation, les vieilles familles orphelines se retrouveront et chaque jour verra de nouvelles retrouvailles, de nouveaux embrassement ; alors les habitants du temps jadis reviendront vers la terre, en chaque tombe se réveillera la cendre éteinte, partout brûleront à nouveau les flammes de la vie, le vieilles demeures seront rebâties, les temps anciens se renouvelleront et l’histoire sera le rêve d’un présent à l’étendue infinie« . »
Le discours de Sankara à l’ONU le 4 octobre 1984 en audio : https://www.youtube.com/watch?v=Mv5TPUL1NcU
Le même discours en texte intégral : http://www.thomassankara.net/spip.php?article285

Jeudi 4 juin 2015

Jeudi 4 juin 2015
[Pour surmonter ce conflit]
«une chose est absolument nécessaire : la compassion»
Daniel Barenboïm qui parle du conflit israélo palestinien à ses musiciens

Daniel Barenboïm est un des plus grands musiciens vivants, pianiste et chef d’orchestre.

Il est juif de nationalité israélienne. Contrairement à Herbert von Karajan évoqué lors d’un mot du jour récent, il ne se réfugie pas dans son art pour rester sourd aux drames qui l’entourent.

Il a créé un orchestre avec l’écrivain chrétien américano-palestinien Edward Saïd composé d’israéliens, de palestiniens et d’arabes de Syrie, du Liban, de Jordanie et d’Egypte.

La création de cet orchestre a lieu en 1999 à Weimar à l’occasion du 250e anniversaire de la naissance de Goethe : le nom de l’orchestre vient d’ailleurs du recueil West-östlicher Divan (Divan occidental-oriental) du poète allemand.

Il prend en effet pour nom : Le West-Eastern Divan Orchestra (Orchestre du Divan occidental-oriental).

Edward Saïd est décédé en septembre 2003.

Chaque été environ ces 80 jeunes instrumentistes viennent en Europe se former et jouer ensemble.

Il s’assemble en Espagne, à Séville où il répète pendant le mois de juillet avant d’entreprendre en août une tournée mondiale (Europe, Amérique du Sud, …)

Daniel Barenboïm a été l’invité d’Anne Sinclair le 25 mai 2015 :  http://www.europe1.fr/emissions/l-interview/daniel-barenboim-linterview-integrale-989228

Anne Sinclair l’interroge d’abord sur des sujets artistiques car il vient interpréter l’intégrale des sonates de piano de Schubert à la Philharmonie de Paris.

Mais dans la seconde partie de l’entretien elle l’interroge sur le conflit israélo-palestinien.

Il raconte d’abord un épisode de l’Histoire de l’orchestre.

Il était prévu de se réunir comme chaque année en juillet 2014 mais la guerre de Gaza venait d’être engagé par Israël.

Plusieurs jeunes musiciens ne voulaient pas venir.

Alors Daniel Barenboim leur a dit à chacun :

« Écoute en restant dehors tu n’aides pas la chose. Viens et on va en parler tous ensemble.
Si après que tu sois venu, tu ne te sens pas bien alors tu pourras partir, je ne t’en voudrai pas.
Le premier soir on a immédiatement fait une réunion et on a parlé de tout et tout le monde se disputait et chahutait.
Alors j’ai pris la parole et j’ai dit : Écoutez c’est complètement irréaliste d’attendre d’un israélien d’avoir de la sympathie avec le destin d’un Palestinien ou pour un Palestinien d’avoir de la sympathie pour un israélien.
Parce que la sympathie c’est une qualité émotionnelle.
Mais une chose est absolument nécessaire et ça c’est la compassion qui n’est pas une qualité émotionnelle mais une qualité morale.
Et si parmi vous, les musiciens, il existe des musiciens qui n’ont pas cette compassion, alors votre place n’est pas ici, vous pouvez partir demain.
Tout le monde est resté.»

Le mot « compassion » vient du latin : cum patior, « je souffre avec ».
C’est une vertu par laquelle un individu est porté à percevoir ou ressentir la souffrance d’autrui.

Cet extrait se situe à partir de 16:30 de l’entretien.

Et un peu plus loin il dit cette chose simple et tellement évidente :

« Ce n’est pas un conflit symétrique. Les Israéliens sont les occupants et les palestiniens sont les occupés.
Une partie nettement plus grande de la responsabilité repose sur les épaules des israéliens. »

En janvier 2008, l’Orchestre avait enfin reçu l’autorisation de jouer en Cisjordanie, à Ramallah

<Ici vous verrez et entendrez les mots que Daniel Barenboim prononce à la fin de ce concert exceptionnel :
« Ce projet qu’Edward Said et moi-même avons entrepris a parfois été décrit comme un orchestre pour la paix, un orchestre capable d’insuffler tel ou tel sentiment.
Mesdames et messieurs, je vous l’affirme, nous n’apportons pas la paix vous le savez.
C’est un fait, ces gens merveilleux qui jouent ensemble n’apporteront pas la paix.
Ce qu’ils peuvent apporter c’est la compréhension, la patience, le courage et la curiosité d’écouter ce que l’autre veut dire. C’est là toute notre ambition.
Dans ce contexte chacun a pu s’exprimer librement et ce qui est aussi important a pu entendre la version de l’autre.
C’est la raison de notre présence parmi vous pour apporter un message d’humanité pas un message politique, un message d’humanité, de solidarité pour la liberté qui fait défaut à la Palestine. Cette liberté dont toute la région a besoin.
Nous croyons qu’il n’existe pas de solution militaire à ce conflit.
Nous croyons que les destinées de ces deux peuples palestinien et israélien sont inextricablement liées.
Ainsi le bien être, le sentiment de justice et le bonheur de l’un dépendront inévitablement de ceux de l’autre.
Ils représentent notre objectif.
Nous œuvrons pour le changement du mode de pensée qui prévaut dans cette région.
Nombreux sont ceux qui comprendront bientôt que nous avons ici deux peuples pas un.
Deux peuples liés par un lien très fort philosophique, psychologique et historique à cette région du monde.
C’est notre devoir d’apprendre à vivre ensemble.
Nous avons le choix : nous entretuer ou apprendre à partager ce qui peut se partager.
C’est ce message que nous venons vous porter aujourd’hui. »

Depuis janvier 2008, Daniel Barenboïm a reçu un passeport palestinien de la part de l’autorité palestinienne.

Cette attitude ouverte ne lui attire pas que des sympathies en Israël.

Ainsi, un député du parti ultra-orthodoxe Shass affirme que « c’est une honte que le chef d’orchestre ait accepté la nationalité palestinienne »

Il demande que « son passeport israélien lui soit confisqué, puisque désormais, il en détient un autre, d’une entité ennemie ».

Nous entretuer ou apprendre à partager ce qui peut se partager, tout est dit.

Et en 2009, je pense que l’académie Nobel aurait pu donner le prix Nobel de la paix à Barenboïm et à cet orchestre plutôt qu’à Obama.

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Mercredi 3 juin 2015

« En France, vous avez un art très rare qui est de fabriquer des religions sans dieu. Vous n’avez pas de roi mais un président qui ressemble à un roi, vous n’avez pas de religion d’Etat mais vous avez le Panthéon ».
Kamel Daoud

Kamel Daoud, né en Algérie, est un écrivain et journaliste algérien d’expression française. Selon Wikipedia

«S’il écrit en français et non en arabe, c’est, dit-il, parce que la langue arabe est piégée par le sacré, par les idéologies dominantes. On a fétichisé, politisé, idéologisé cette langue.»

Depuis 1994, il écrit au Quotidien d’Oran, il est aussi parfois chroniqueur dans des journaux français comme Le Point.

Il a acquis aussi un surplus de notoriété en écrivant un roman «Meursault, contre-enquête » sur lequel je reviendrai plus loin. C’est pour ce roman qu’il avait été invité le 13 décembre 2014, dans l’émission « On n’est pas couché sur France 2 ».

ll a parlé de son rapport à l’islam.

« Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l’homme, on ne va pas avancer. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réfléchisse pour pouvoir avancer. »

Et suite à cette émission un imam salafiste, Abdelfattah Hamadache Zeraoui, a appelé à son « exécution », écrivant que « si la charia islamique était appliquée en Algérie, la sanction serait la mort pour apostasie et hérésie ». « Il a mis le Coran en doute ainsi que l’islam sacré ; il a blessé les musulmans dans leur dignité et a fait des louanges à l’Occident et aux sionistes. Il s’est attaqué à la langue arabe, écrit Abdelfattah Hamadache Zeraoui. (…) Nous appelons le régime algérien à le condamner à mort publiquement, à cause de sa guerre contre Dieu, son Prophète, son Livre, les musulmans et leurs pays. »

C’est cet homme qui était l’invité de France Inter du 27 mai 2015. <En France vous avez l’art de fabriquer des religions sans dieu>

C’est souvent l’œil extérieur qui sait porter le regard le plus pertinent sur une situation ou une société. Interrogé par un auditeur sur l’autocensure de certains intellectuels ou pratiquée dans les médias français sur la question de l’islamisme par peur de représailles ou lâcheté intellectuelle, il a eu ce propos :

« L’islamisme est le nouveau totalitarisme de notre siècle donc il pèse par la peur, par l’oppression, par la violence, par le meurtre. En Algérie, la dernière polémique visait une étudiante exclue parce qu’elle portait une jupe trop courte. En France, on a le contraire, une jupe trop longue. C’est assez symptomatique du siècle et de ces « maladies ». En France, j’ai été frappé du fait que vous n’arrivez pas à redéfinir facilement les choses : qu’est-ce que la liberté, qu’est-ce que dessiner, qu’est-ce que la laïcité. Vous avez une élite qui jacasse beaucoup mais qui est incapable de définir la liberté pour un écolier de 15 ans. Je pense que vous avez besoin d’un dictionnaire. Vous avez une collection de tabous extraordinaires. Je me sens beaucoup plus libre paradoxalement quand j’exerce mon droit d’intellectuel en Algérie qu’ici ».

Et puis il a ajouté ce qui est le mot du jour d’aujourd’hui.

Enfin il a eu ce rapprochement audacieux :

«Il y a finalement peu de différences entre les islamistes qui me menacent dans mon pays et la montée du Front national en France. D’ailleurs, le mot « salafiste » veut dire « souche »».

Kamel Daoud est devenu plus célèbre en France, en octobre 2013 quand sort son roman «Meursault, contre-enquête»

Il a loupé le prix Goncourt d’une voix : 4 contre 5 à Lydie Salvayrepour pour son roman « Pas pleurer »

Ce livre est une réponse à «l’Étranger» d’Albert Camus

L’Étranger d’Albert Camus, roman de 1942, met en scène un personnage-narrateur nommé Meursault, vivant à Alger en Algérie française. Dans la première partie du roman, il enterre sa mère, qu’il a internée à l’hospice de Marengo et il assiste aux funérailles, sans avoir l’air d’être triste, il ne veut pas simuler un chagrin qu’il ne ressent pas.

Par la suite il est mêlé à une dispute entre son voisin et sa maîtresse qui est arabe. Quelques jours après en se promenant sur la plage avec son voisin il croise deux Arabes, dont le frère de la maîtresse. Une bagarre éclate. Plus tard, Meursault, seul sur la plage accablée de chaleur et de soleil, rencontre à nouveau l’un des Arabes, qui, à sa vue, sort un couteau. Meursault tire sur l’homme, puis tire quatre autres coups de feu sur le corps.

Dans la seconde moitié du roman, Meursault est arrêté et questionné. Ses propos sincères et naïfs mettent son avocat mal à l’aise. Il ne manifeste aucun regret. Lors du procès, on l’interroge davantage sur son comportement lors de l’enterrement de sa mère que sur le meurtre. Meursault se sent exclu du procès. Il dit avoir commis son acte à cause du soleil, ce qui déclenche l’hilarité de l’audience. La sentence tombe : il est condamné à la guillotine. Meursault voit l’aumônier, mais quand celui-ci lui dit qu’il priera pour lui, il déclenche sa colère. Avant son exécution, Meursault finit par trouver la paix dans la sérénité de la nuit.

Camus décrit Meursault comme un étranger au Monde, il ne donnera jamais de nom à l’Arabe victime de Meursault.

Kamel Daoud écrit son roman en prenant pour narrateur le frère de « l’Arabe » tué par Meursault et le sort donc de l’anonymat.

Wikipedia nous apprend qu’en Algérie, le livre est l’objet d’un malentendu :

« Sans l’avoir lu, de nombreuses personnes ont pensé que c’était une attaque de L’Étranger, mais moi je n’étais pas dans cet esprit-là. […] Je me suis emparé de L’Étranger parce que Camus est un homme qui interroge le monde. J’ai voulu m’inscrire dans cette continuation. […] J’ai surtout voulu rendre un puissant hommage à La Chute, tant j’aime ce livre. »

Kamel Daoud est en tout cas un homme passionnant, et ce qu’il dit de la France est si juste :

Nous nous disons républicains mais nous sommes des monarchistes qui révoquons notre roi tous les 5 ans et des laïcs qui allons voter le dimanche dans notre maison laïque sacrée de l’École. Enfin nous disposons d’un Temple : Le Panthéon où notre roi décide quels sont les saints laïcs que nous pourrons vénérer.

Pour toutes les autres nations, nous autres français ne pouvons apparaître que bizarres et contradictoires.

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Mardi 2 juin 2015

Mardi 2 juin 2015
«L’immunothérapie permet des traitements efficaces contre des cancers très agressifs, pour lesquels on ne disposait que de peu de solutions. […]
On n’a jamais connu tel bouleversement»
Pr Gilles Vassal,
Directeur de la recherche clinique à l’institut Gustave-Roussy
Le Parisien du 29 mai 2015 titrait sur sa une : « Cancer : enfin un progrès décisif ».
Le journal consacre deux pages à l’immunothérapie, « technique nouvelle qui permet de soigner tous les types de tumeurs », notant que « les plus grands chercheurs, réunis à Chicago à partir d’aujourd’hui [le 29 mai 2015 donc], croient en [ce] nouveau traitement. Il est fondé sur la réaction de notre système immunitaire ».
Claudine Proust [la journaliste du Parisien] observe ainsi qu’« un grand changement arrive dans le traitement des cancers. Il a pour nom l’immunothérapie. Et ses résultats sont prometteurs.
Soigner les cancers, les réduire, les contenir par des trithérapies, comme on l’a fait pour le VIH, n’a plus rien d’une utopie ».
La journaliste relève qu’« alors que s’ouvre aujourd’hui […] le congrès annuel de l’Asco à Chicago, grand-messe mondiale des spécialistes du cancer, médecins et chercheurs s’y précipitent avec une «excitation scientifique» sans précédent, face à ce qu’ils qualifient unanimement de «bouleversement» ».
« Parmi les plus de 4.800 études qui doivent y être dévoilées, ressort la promesse d’un changement d’approche radical d’une maladie que l’on a longtemps soignée organe par organe », poursuit Claudine Proust.
La journaliste constate que « les thérapies ciblées ont ouvert la voie à ce changement. Mais la révolution, à laquelle l’édition 2015 de ce congrès ouvre la porte en grand, et dont peuvent déjà bénéficier certains malades pourtant atteints de tumeurs redoutables, «c’est la confirmation éclatante de la place centrale de l’immunothérapie dans l’arsenal thérapeutique», souligne le Pr François Sigaux, directeur de la recherche et de l’innovation à l’Institut national du cancer (INCa) ».
Le spécialiste remarque que « pendant des années, les chercheurs ont travaillé sur le côté positif : comment produire une réponse immunitaire plus forte.
Les résultats sur les animaux promettaient beaucoup, mais l’espoir est retombé : à trop booster cette réponse, on provoque aussi des maladies auto-immunes. La trouvaille, c’est d’avoir compris qu’il fallait aussi s’intéresser au côté négatif : au verrou qu’enclenche la tumeur pour freiner la réponse immunitaire ».
Claudine Proust note que « trois traitements ont déjà été découverts. «La réserve de recherche est encore grande», estime le Pr Sigaux. Ethique oblige, ces nouvelles approches sont d’abord mises à l’essai chez les patients en phase très avancée, en échec thérapeutique.
Mais les résultats sont si prometteurs que les médecins prédisent des traitements innovants, incluant l’immunothérapie, de plus en plus précoces. […]
Les études montrent que les thérapies ciblées doivent être utilisées de plus en plus tôt en combinaison entre elles ou avec des chimiothérapies classiques ».
Dans un entretien, le Pr Gilles Vassal, directeur de la recherche clinique à l’institut Gustave-Roussy, déclare notamment : « Ce qui est totalement nouveau, c’est que l’immunothérapie permet des traitements efficaces contre des cancers très agressifs, pour lesquels on ne disposait que de peu de solutions. […] On n’a jamais connu tel bouleversement, et ce n’est pas de l’emphase de ma part ».
Comment ça marche?
Notre moelle osseuse produit des cellules, les lymphocytes T, qui assurent en détectant et éliminant les attaques extérieures (microbes, virus, bactérie) et les cellules tumorales à notre organisme.
Or, les cellules cancéreuses envoient des signaux qui désactivent les lymphocytes T. Ces derniers ne sont alors plus en mesure d’identifier les attaques ni de les détruire. L’immunothérapie consiste donc à stimuler les défenses naturelles de l’organisme pour qu’elles luttent contre les cellules tumorales.
Les récentes découvertes ont permis la création d’une troisième famille de traitement. Il envoie dans l’organisme des molécules empêchant les cellules cancéreuses de désactiver les lymphocytes T, en bloquant les immunomodulateurs (CTLA4, PD-1).
Ces nouvelles thérapies consistent en des anticorps capables de bloquer les molécules impliquées dans la désactivation des lymphocytes T, appelées « immunomodulateurs » (immune checkpoints) afin de restaurer une réponse immunitaire efficace. 
« Avant, le but premier de la thérapie consistait à allonger l’espérance de vie du patient. Maintenant, on peut espérer que le cancer se transforme en pathologie chronique, ou mieux, qu’il soit guéri » explique Delphine Loirat, médecin oncologue et chercheur en immunologie à l’Institut Marie Curie.
Voilà une nouvelle qui va réjouir des millions de personnes [chaque année il y a plus de 14 millions de cas nouveaux qui sont déclarés dans le Monde].

Lundi 1 juin 2015

Lundi 1 juin 2015
Le rire est le plus court chemin d’un homme à un autre»
Georges Wolinski,
né le 28 juin 1934 à Tunis et mort assassiné le 7 janvier 2015 à Paris lors de l’attentat contre Charlie Hebdo
Cité par Philippe Val
Enfin un mot du jour où il n’est pas nécessaire de commentaire, sauf à se souvenir de son expérience et de se rappeler que lorsque le rire se déclenche, les barrières entre les humains se lèvent.
Quand on cherche un peu on trouve des textes qui attribuent à Charlie Chaplin : « Le rire est le chemin le plus court entre deux personnes ».
Et aussi cette affirmation de Rabelais « Le rire est le propre de l’homme ».
Poésie ? Prémonition ? Le mot religion vient du latin religare signifiant « relier »
« Le rire libère de la peur du diable» c’était le début du mot du jour du 12 janvier, extrait du nom de la Rose d’Umberto Ecco que j’avais choisi comme premier mot après les attentats du 7 janvier.
Il porte le numéro 66 de la sélection de 100 mots du jour des 500 qui ont été écrits et que vous trouverez en pièce jointe avec leurs commentaires.

Vendredi 29 mai 2015

Vendredi 29 mai 2015
« – Les enfants, savez-vous ce qu’est un champ lexical ? »
– Maîtresse, c’est un champ de fleurs !
Et toi,  maîtresse, tu es très belle ! »
Échange entre une maîtresse et un garçon rapporté par Bernard Maris dans son livre posthume

Longtemps, j’ai lu beaucoup de livres. Aujourd’hui, j’en lis peu.

Je pourrais ajouter : et maintenant je me couche de bonne heure.

Ceux qui ont de la culture comprendront…

Toutefois, j’ai acheté «et si on aimait la France » de Bernard Maris et j’ai commencé à le lire.

En voici un extrait :

« Nous sommes dans une école de banlieue, dans cette si joliment nommée Ile-de-France, qui fut autrefois le paradis des rois.

La maîtresse est douce, avec son museau pointu sous ses lunettes.

« Les enfants, savez-vous ce qu’est un champ lexical ? » Elle attend, souriante « Alors ? »

Elle n’espère pas de réponse, bien sûr….
La classe de CE1 est sage.
Mais une main de petit garçon se lève :
« Maîtresse, c’est un champ de fleurs ! »

Un champ de fleurs…Elle rit. Comme c’est mignon, un champ de fleurs, quel charmant petit garçon !
Elle secoue la tête, va pour expliquer, mais le petit crépu ajoute :
« Et toi,  maîtresse, tu es très belle »

Cette histoire m’a été racontée par mon ami Michel Bernard, écrivain, et de belle langue.

J’ignorais ce qu’était un « champ lexical »

Renseignement pris, on parle de champ lexical pour désigner « un ensemble théorique de noms, de substantifs, d’adjectifs et de verbes appartenant à une même catégorie syntaxique et liés de branches par leur domaine de sens »

[et il donne un exemple] « Le médecin guérit le malade » est  un champ lexical de trois substantifs. [D’après mon expérience récente, cette phrase est fausse, mais c’est un champ lexical].

Doit-on assener une telle horreur à des enfants ?

Des enfants qui ne demandent qu’à être ce qu’ils sont, des poètes, comme ce petit garçon qui voit d’abord un champ de fleurs, et dans ces fleurs une jolie maîtresse…»

« Doit-on assener de telle horreur à des enfants. »

Moi aussi je ne connaissais pas le champ lexical jusqu’à ce mes enfants entrent au collège et subissent des cours de français.

J’ai aimé lire la somptuosité des textes de Victor Hugo, j’ai été saisi par les poèmes de Baudelaire et tant de fois subjugué par la langue française, par Flaubert, Balzac, Zola et tant d’autres.

Mais je ne savais pas ce qu’était un champ lexical.

Et cela ne me manquait pas, comme tant d’autres concepts certainement intéressants, utiles, allons jusqu’à indispensables au niveau universitaire quand on veut étudier techniquement la langue.

Mais totalement inapproprié avant.

Et Bernard Maris de continuer :

« Dans notre classe de CM1, notre maître M. Vergniaud – c’était un maître très sévère- nous faisait la lecture chaque vendredi soir, en récompense d’une semaine studieuse. C’était la Guerre du feu de Rosny aîné, ou Un marin de Surcouf de Louis Garneray. Bras croisés, muets de terreur et d’émotion, nous écoutions les courses et les ruses du Malouin qui échappait toujours aux Anglais. Il n’usait pas de  « champs lexicaux » ou autres inconvenances. Il nous donnait simplement envie de lire.»

« Il nous donnait simplement envie de lire. »

Vous savez ce que disait Montaigne ?

« Je n’enseigne pas,  je raconte. »

Laissons la conclusion à l’inoubliable Bernard Maris qui écrit un peu plus loin, page 31,

« La réponse du petit garçon était très encourageante et… très française. Il charmait sa maitresse par une phrase poétique. Il tournait un compliment. Bref, il parlait à une femme.»

A propos, à Lyon ce weekend end il y a des champs de fleurs sur toute les places. <Des champs de roses>

Et si vous voulez appeler cela des champs lexicaux, comme le jeune garçon, personne ne vous en voudra.

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Jeudi 28 mai 2015

Jeudi 28 mai 2015
«Je voudrais dire aux enfants : Prenez conscience du miracle d’aller à l’école»
Fabrice Lucchini
Fabrice Lucchini est un immense artiste.
Il a une faconde intarissable, un ego qui prend de la place.
Je ne sais pas si tout ce qu’il dit est intelligent ou pertinent, mais l’écouter est un moment de grâce.
Il était l’invité de Patrick Cohen sur France Inter le 22 mai pour parler de son spectacle « Poésie ? » où il fait salle comble, chaque soir.
Spectacle où il dit des textes de Rimbaud, de Baudelaire, de Molière, de Flaubert et de Labiche.
Il adore citer les autres comme Nietzsche : « Il n’y a que la contradiction qui nous rend fécond»
Il  rassure aussi quand il dit qu’il n’y a rien à comprendre au bateau ivre de Rimbaud.
Mais pour une fois on peut le citer pour des propos qu’il a tenu lui-même.
Vous savez qu’il est autodidacte  et qu’il a été renvoyé de l’école au CM2.
Et c’est en rappelant cela qu’il a dit :
«J’en ai marre du mythe de l’autodidacte
Il est vrai que l’autodidacte les seules choses qu’il sait,  il le sait de manière moins conventionnelle.
Mais je voudrais dire aux enfants : Prenez conscience du miracle d’aller à l’école
Moi je n’y suis pas allé assez, je suis complètement dépossédé de connaissances générales
J’ai tellement de lacunes, je ne connais rien en Histoire et dans tant de choses.»
Il a aussi cité Johnny Halliday avec qui il avait participé à un film.
Un jour, ils devaient tourner le soir et Johnny lui a demandé ce qu’il avait fait de son temps dans la journée
Et Lucchini de répondre :
«J’ai fait comme d’habitude, j’ai fait une marche de 2 heures pour mon rythme cardio-vasculaire, après je suis rentré, j’ai déjeuné et j’ai écouté Glenn Gould pendant 2 heures, après j’ai lu Schopenhauer « métaphysique de l’amour et de la mort »»
Et Johnny m’a regardé et il m’a dit cette phrase étonnante : «Tu t’es fait chier quoi !»
«Ça a l’air de rien mais c’est génial.» a-t-il ajouté.
Et il parle aussi de nos hommes politiques d’aujourd’hui mais là je vous invite à écouter… http://www.franceinter.fr/emission-linvite-fabrice-luchini

Mercredi 27 mai 2015

Mercredi 27 mai 2015
«Celui qui atteint tous ses objectifs
 a sans doute fixé la barre trop bas.»
Herbert von Karajan
Herbert von Karajan fut un personnage controversé, notamment parce qu’il n’a pas hésité à adhérer au parti Nazi parce que cela pouvait aider sa carrière.
Il avait décrit cet épisode en se comparant à un skieur en haut des pistes qui a furieusement envie de s’engager dans la descente et à qui on demande pour avoir le droit de le faire, d’adhérer à l’association locale.
C’était aussi un chef d’orchestre de l’ancien temps, autoritaire, quasi dictatorial.
Mais c’était également un immense artiste et un remarquable musicien, un des plus grands chefs d’orchestre du XXème siècle et un perfectionniste qui approfondissait chaque œuvre qu’il abordait, il préférait limiter son répertoire pour mieux approfondir..
J’aime beaucoup cette phrase qui se trouve en exergue sur le site qui lui est consacré : http://www.karajan.org/jart/prj3/karajan/main.jart?reserve-mode=active&rel=fr
« Celui qui atteint tous ses buts a sans doute fixé la barre trop bas. »
Je pense que c’est une bonne philosophie de vie.
Vous trouverez ici le début d’une radioscopie avec Jacques Chancel : <http://www.ina.fr/audio/PHD86011050>
Il a fallu 960 jours pour arriver à 500 mots du jour, à ce rythme il semble possible d’arriver à 1000 en janvier 2018.
Mais en serais-je capable ?   Nous verrons bien…

Mardi 26 mai 2015

Mardi 26 mai 2015
«L’intelligence ce n’est pas quelque chose que l’on reçoit,
c’est quelque chose que l’on construit»
Albert Jacquard
Vous lisez le 500ème mot du jour.
Pour ce moment singulier, je souhaite partager avec vous un entretien qu’Albert Jacquard avait accordé à Elisabeth Martichoux sur France 5 et où la question centrale était de définir ce qu’était la vraie intelligence.
Il commence par des nombres :
«Pour devenir idiot, il suffit d’être passif.
Pour, peu à peu, fabriquer son intelligence, il suffit de faire fonctionner son cerveau.
Le cerveau est un outil extraordinaire.
On a du mal à imaginer ces nombres.
Dans le cerveau d’un bébé qui nait, il y a de l’ordre de 100 milliards de neurones
Et après la naissance, chacun de ces neurones envoie des protubérances vers les voisins.
A la puberté, il y a ainsi 10 000 connexions qui partent de chaque neurone.
Un million de milliards de connexions.
C’est fabuleux ce qu’il y a dans le cerveau d’un adolescent de 15 ans.
Et une façon de se rendre compte combien c’est un nombre énorme, consiste à le rapprocher du temps de vie d’un jeune de 15 ans : Il a vécu environ 400 millions de secondes, ce qui signifie qu’en moyenne au cours de sa jeune vie il a mis en place, chaque seconde, 2 millions et demi de connexion.
[Quand je parle à un enfant et qu’il m’écoute attentivement, je participe à la création de son intelligence à travers ces connexions]»
La journaliste lui pose alors cette question : « il y a quand même des personnes qui sont plus intelligentes que d’autres ?»
La réponse de Jacquard est la suivante :
«Ça, ça ne veut rien dire du tout. […]
Einstein, par exemple, avait horreur de ne pas comprendre et il passait tout son temps à essayer de comprendre ce qu’il n’avait pas encore compris. Et cela prenait souvent beaucoup de temps.
La vraie forme d’intelligence c’est de comprendre qu’on n’a pas encore compris et de faire le nécessaire pour comprendre quand même.»
Et Elisabeth Martichoux de continuer : «Mais quand un enfant est à l’école, on va lui dire tu as tel QI et si tu as untel QI tu réussiras bien. Avec un moindre QI tu réussiras moins bien et cela se vérifie le plus souvent.»
Albert Jacquard explique alors : 
«Évidemment. Si je dis à une fille qu’elle est laide et que je lui répète tous les jours qu’elle est laide. Elle a beau être jolie, elle finira par se croire laide. Et puis, elle prendra une drôle d’allure et elle fera des grimaces et elle deviendra laide.
Cela fait partie des prévisions qui sont auto réalisatrices.
Il est criminel de dire à un enfant : tu n’es pas doué, tu n’es pas capable d’avoir un QI de tant et de tant et par conséquent tu vas rater.
Ce n’est pas vrai ce que vous dites, simplement on le provoque.
Il y a un mot horrible qui a été inventé par les québécois : le mot douance.
Dire à un enfant :  « toi tu as de la douance », et l’enfant qui est à côté comprend qu’il n’a pas de douance, alors il se prend pour un imbécile et il devient un imbécile.
Par conséquent, il faut savoir que l’intelligence ce n’est pas quelque chose que l’on reçoit, c’est quelque chose que l’on construit.»
et Elisabeth Martichoux revient à la charge pour dire «mais il existe des enfants pour lesquels on dit qu’ils sont surdoués»
et Albert Jacquard de répondre alors :
«On a bien tort de le dire. Ça ne veut rien dire.
Dans « Surdoué » il y a deux syllabes qui sont toutes les deux idiotes.
« Sur » cela veut dire qu’il y a une hiérarchie, or il n’y a pas de hiérarchie dans quelque chose qui est aussi subtile que l’intelligence qui est multi dimensionnelle.
et « Doué », cela laisse supposer que c’est un don de la nature qui fait qu’on est intelligent. Non, on est doué parce qu’on s’est donné à soi-même son intelligence.
Et nous sommes tous responsables de devenir plus ou moins intelligent. Il faut, peu à peu, la construire. Et bien sûr, tout le monde ne construira pas la même, certains iront plus vite que d’autres.
Mais méfions nous, la vitesse n’est pas une caractéristique tellement remarquable de l’intelligence.
Ceux qui vont vite, en général, ce sont des bluffeurs.
Moi je crois plutôt à celui qui va lentement, qui a l’esprit de l’escalier, qui revient sur lui même et qui arrive peu à peu à acquérir un certain nombre d’outils intellectuels intérieurs. […]
Le plus important est toujours d’avoir compris qu’on n’a pas compris»
Vous trouverez cet entretien sur un grand nombre de sites, par exemple ici : <http://www.universcience.tv/video-albert-jacquard-et-la-vraie-intelligence-5806.html>
Et ici un article sur le même sujet : <Qu’est ce que cela veut dire l’intelligence ?>

Vendredi 22 mai 2015

Vendredi 22 mai 2015
«Richard Descoings et Patrick Buisson,
deux transgressions françaises »
Frédéric Métézeau
Dans son billet du 14 mai, Frédéric Métézeau a associé deux personnages assez sulfureux qui avaient des idées diamétralement opposées mais qui sont parvenus tous les deux à séduire l’ancien président : Nicolas Sarkozy.
Chacun a eu droit, récemment, à un livre écrit par des journalistes du Monde.
Ces deux personnages qui ont eu les faveurs des plus hautes autorités de l’Etat avaient en effet une part d’ombre et des comportements ou des idées qui ne peuvent que surprendre.
Frédéric Métézeau a notamment dit :
«Trois consœurs du Monde confirment leurs talents d’enquête et d’écriture avec la sortie récente de deux ouvrages Richie de Raphaëlle Bacqué (éditions Grasset) consacré à feu Richard Descoings directeur de Sciences Po Paris et Le mauvais génie d’Ariane Chemin et Vanessa Schneider (éditions Fayard) sur Patrick Buisson.
A priori les deux personnages n’ont semble-t-il rien à voir. Le premier est gay et marié avec une femme, le second divorcé et sans relation connue. Buisson est aussi discret, effacé, ascète que Descoings est exhibitionniste, impudique, excessif et jouisseur. Diplômé de Sciences Po et de l’ENA, Descoings est un pur produit de ces élites que méprise Buisson ancien étudiant en Histoire à Nanterre.
Sans oublier leurs trajectoires politiques : Descoings, de centre-gauche, vante l’ouverture sur le monde et vers les banlieues ; Buisson est maurrassien, antisémite et islamophobe. Pourtant l’un et l’autre trouveront l’oreille de Nicolas Sarkozy pendant son quinquennat : comme conseiller à propos de la réforme des lycées et de la discrimination positive dans l’enseignement pour l’un, comme conseiller politique pour l’autre. Tous deux ont des capacités de séduction et d’adhésion hors-normes : Patrick Buisson avec ses sondages et ses considérations historiques captive voire envoûte à la façon d’un gourou, Richard Descoings veut faire de Sciences Po un « Harvard à la française » en cassant tous les codes, il séduit et entraîne façon rock star. Ils savent pareillement manipuler les esprits et ont l’art de la dissimulation : le jeune fêtard noctambule est un sage conseiller d’Etat le jour, l’homme des réunions confidentielles à l’Elysée enregistre à leur insu tous ses interlocuteurs sur un dictaphone.
Richard Descoings et Patrick Buisson sont à la croisée de plusieurs mondes : les media, la politique – avec pour chacun des amis à droite et à gauche – tout le monde tient tout le monde et beaucoup d’argent  circule, autour de Sciences Po Paris ou de Publifact la société de sondages de Buisson.
Ces deux récits passionnants, bien documentés et bien écrits nous racontent deux transgressions à la française. Le système science Po aurait-il implosé si son directeur était encore en vie ? Que ce serait-il passé si Nicolas Sarkozy avait dénoncé les accords d’Evian comme le lui suggérait son mentor pendant la campagne de 2012 ?»
Il se passe de drôle de choses dans les cercles de pouvoir.