«Rosa rosa rosam Rosae rosae rosa Rosae rosae rosas Rosarum rosis rosis»
Jacques Brel
Cette mobilisation pour défendre le latin au collège est tout à fait étonnante et je dirais même suspecte.
Elle m’a immédiatement fait penser à la chanson de Brel qui a bercé ma jeunesse par la déclinaison latine de rosa, cette chanson où il chante : «C’est le tango des récompenses qui vont à ceux qui ont la chance d’apprendre dès leur enfance, tout ce qui ne leur servira pas ». Avec cette nuance cependant : «Mais c’est le tango que l’on regrette, une fois que le temps s’achète ».
Comme toujours, une réforme de l’éducation nationale attire toutes les critiques : « il faut la retirer » s’exclame des politiques et des intellectuels, non pas l’amender, l’améliorer, mais la retirer !
Quand on étudie le collège, tout le monde est d’accord : ça ne marche pas. Même les études internationales le démontrent notre collège se dégrade.
Mais dès qu’on veut réformer, la coalition de tous les conservatismes se mobilise et l’impression générale c’est qu’il faut surtout ne rien changer !
Le latin, cet outil indispensable pour devenir intelligent ?
Ne serait-ce pas plutôt cette option offerte aux parents avisés pour créer un espace protégé à l’intérieur du collège permettant de préserver leurs enfants de la dégradation générale ?
L’Education nationale est encore capable de créer des élites dont les enfants sont d’ailleurs très largement issus de parents faisant déjà partie de l’élite.
Elle le fait au prix d’un système qui laisse sur le côté un nombre considérable de jeunes et elle le réalise sans être en mesure d’augmenter de manière substantielle le niveau des élèves moyens.
Cette réforme qui organise l’autonomie des collèges, favorise le travail en équipe et des enseignements pratiques interdisciplinaires va indiscutablement dans le bon sens.
On peut certainement l’améliorer mais pourquoi tout bloquer ?
« Quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai, à mon tour, la dette que nous avons »
François Hollande, Président de la République
Discours pour l’inauguration du Mémorial dédié à la mémoire de la traite et de l’esclavage à Pointe à Pitre
Vous savez que la France s’enorgueillit d’avoir érigé le plus grand centre à la mémoire de l’esclavage dans le Monde, en Guadeloupe. Le Président de la République l’a inauguré dimanche 10 mai. Vous trouverez son discours en pièce jointe.
Dans ce discours il a rappelé l’histoire d’Haïti, Etat dans lequel il allait se rendre après l’inauguration et il a eu ce propos qui est le mot du jour.
Propos qui a fait l’objet de polémique parce que dans l’esprit de François Hollande, la dette était morale, alors que dans l’esprit des Haïtiens et de beaucoup d’autres il s’agissait bien d’une dette monétaire.
Pour comprendre cela, il faut encore une fois revenir à l’Histoire.
Aujourd’hui cette île est divisée en 2 : Haïti et la république de Saint Domingue. AU XVIIème siècle l’île s’appelait dans son intégralité Saint Domingue.
Wikipédia nous apprend :
«Vers 1790, c’était la colonie française la plus riche de toute l’Amérique grâce aux profits immenses de l’industrie sucrière et de celle de l’indigo générés par le travail des esclaves. Des dizaines de milliers d’Africains avaient été amenés comme esclaves pour faire fonctionner ces industries. Leur sort est juridiquement encadré par le code noir, mais, dans les faits, ils subissent des traitements souvent pires que ceux dudit code. Leur nombre (400 000) est dix fois plus élevé que celui des blancs.
La Révolution française entraîne de graves bouleversements sociaux dans les petites Antilles comme à Saint-Domingue. Le plus important est la révolte des esclaves qui aboutit en 1793 à l’abolition de l’esclavage […] décision avalisée et généralisée à l’ensemble des colonies françaises par la Convention six mois plus tard (première abolition de l’esclavage le 16 pluviôse an II, donc le 4 février 1794).
Toussaint Louverture, nommé gouverneur général à vie de Saint-Domingue par la France, après avoir rétabli la paix, chassa les Espagnols et les Anglais qui menaçaient la colonie, rétablit la prospérité par des mesures audacieuses. La promulgation d’une constitution autonomiste provoque une réaction de la France : Napoléon Bonaparte […] envoie une expédition de 30 000 hommes sous les ordres de son beau-frère le général Leclerc avec pour mission de démettre Louverture et rétablir l’esclavage.[Finalement] les troupes françaises […] sont battues à la bataille de Vertières par Jean-Jacques Dessalines, qui a rejoint l’insurrection.
[…] la Déclaration d’indépendance du pays est proclamée le 1er janvier 1804. Le nom d’Haïti (ancien nom de l’île du temps des Indiens Caraïbes) est donné au pays. Haïti est le premier pays au monde issu d’une révolte d’esclaves.
[Haïti a besoin d’une reconnaissance internationale et] initie des négociations pour la reconnaissance d’Haïti en 1814. Elles durent jusqu’en 1824. Le 11 juillet 1825, le roi de France Charles X promulgue une ordonnance reconnaissant l’indépendance du pays contre une indemnité de 150 millions de franc-or (la somme sera ramenée par Louis-Philippe Ier en 1838 à 90 millions de francs).»
Donc, la France a exigé et obtenu de ses anciens esclaves, de ces hommes et de ces femmes qu’elle maltraitait pour le plus grand bénéfice de ses marchands (Combien de fortunes françaises actuelles puisent le début de la richesse de leur patrimoine dans ce commerce odieux ?) une somme astronomique à l’époque, en compensation du manque à gagner de l’abandon de la colonie pour qu’Haïti puisse exister pacifiquement au niveau international.
La somme recalculée aujourd’hui représenterait 17 milliards d’euros.
Mais le Président République, soutenu je pense par la plus grande partie des forces politiques françaises, n’entend pas donner un prix à une dette morale : (extrait de son discours dont vous avez l’intégralité dans la pièce jointe :
«Oui, l’histoire doit être donnée pour ce qu’elle est ; l’histoire des insurrections, l’histoire des soumissions, l’histoire de l’esclavage, l’histoire aussi de l’abolition, la bataille tarda à s’engager mais elle fut menée courageusement par l’abbé GREGOIRE en 1794, première abolition, puis incomparablement définitivement par Victor SCHŒLCHER en 1848. Ces hommes, ces écrivains, ces philosophes, méritent l’hommage que la Nation leur a rendu. […]
Je veux aussi rappeler ce droit inaliénable à la liberté que Toussaint LOUVERTURE fit à Saint-Domingue, première colonie libre où l’esclavage fut définitivement aboli en 1793. Haïti devint en 1804 la première République noire ayant militairement fait échec au rétablissement de l’esclavage décidé en 1802 par BONAPARTE. Monsieur le Président MARTELLY, nous sommes heureux, nous sommes fiers que vous soyez là, parmi nous, rappelant ce qu’a été l’exceptionnel combat pour la liberté d’Haïti, à qui nous serons toujours, éternellement reconnaissants. Non pas pour les malheurs d’hier, mais pour les bonheurs que vous avez su donner au peuple pendant des décennies pour leur liberté. […]
Cela s’est produit sous la monarchie Charles X en 1825, qui réclama même à la jeune République d’Haïti une indemnisation d’Etat de 150 millions de francs afin d’indemniser les anciens colons qui le réclameraient. Certains ont appelé cette exigence la rançon de l’indépendance ; eh bien quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai à mon tour la dette que nous avons.
Mesdames et Messieurs, je sais le débat sur les réparations. Il n’est pas épuisé. J’ai repris à mon compte il y a déjà longtemps les mots d’Aimé CESAIRE quant à la nature irréparable du crime. Cependant, en lui donnant un nom et un statut par une loi, la loi de 2001, le Parlement français a accompli un acte de vérité, de courage et de justice. Première des réparations : en inscrivant dans les programmes scolaires à tous les niveaux d’enseignement, conformément à cette loi, réparation est faite de l’oubli et de l’occultation. Mais il reste à explorer l’incommensurable legs de toutes les générations qui ont permis que notre patrimoine, le patrimoine commun, le patrimoine de l’humanité puisse être élargi. […]
Nous avons ici la seule dette qui doit être réglée, c’est de pouvoir faire avancer l’humanité ; c’est ce que ce mémorial nous rappelle au nom de nos valeurs, au nom de nos valeurs d’émancipation et de dignité et encore davantage au nom des générations d’hommes, de femmes, d’enfants qui furent privées d’une vie de dignité. Au nom de la mémoire, nous devons faire vivre l’espérance pour l’avenir de l’humanité.»
Hélas cette question de l’asservissement d’êtres humains n’est pas qu’une question de mémoire car l’esclavage est encore une réalité dans le monde : <Près de 36 millions d’esclaves dans le monde>
Après le week end de l’Ascension, voici une manière de redescendre sur terre…
« Le vrai tombeau des morts,
c’est le cœur des vivants. »
Tacite (56 – 117)
Essai sur la Germanie
(Quelquefois attribué à Jean Cocteau)
La communauté formée de celles et de ceux que nous aimons, de celles et de ceux qui nous ont construit et avec qui nous avons partagé des moments de joie, de rire, d’approfondissement, de partage, compte des personnes vivantes et des personnes qui ne le sont plus.
Cécile était l’amie d’Annie, elle est devenue la mienne.
Elle était lumineuse, pleine de vie et de pensées pour les autres.
La terrible maladie l’a brusquement stoppée dans son élan de vie et l’a immobilisée pendant 3 ans.
Hier matin, au bout de cette immense épreuve, elle a quitté la partie vivante de notre communauté.
Je crois que nous avons tous appris ou accepté comme une évidence que le monothéisme constituait un immense progrès par rapport au polythéisme.
Même les athées, les incroyants, les disciples des Lumières admettaient qu’il était plus rationnel de croire en un seul Dieu qu’en plusieurs Dieux.
C’était inscrit dans l’Histoire de l’Humanité : un progrès de l’intelligence.
Croire en plusieurs Dieux, c’était une manifestation de l’ignorance : tout ce que l’homme ne comprenait pas il en faisait un Dieu, que souvent il représentait par une idole, des statues.
Croire en un seul Dieu, c’était autre chose, cela ne relevait pas de cette même tentative d’explication du Monde que l’ignorance des hommes ne permettait pas de comprendre. Ce Dieu était plus difficilement représentable, souvent d’ailleurs il était ou il reste interdit de tenter de le représenter.
Il y a quand même quelque chose qui m’interpelle à travers le prisme d’une valeur qui me paraît très importante et que je pense que beaucoup partage : la tolérance.
Les romains étaient polythéistes, ils ont colonisé toute la méditerranée, imposé la « pax romana » et largement profité économiquement de toutes leurs colonies. Mais ils acceptaient que d’autres peuples adorent d’autres dieux que les leurs. Ils ont même admis que le peuple de Judée adore un Dieu particulier. Ils avaient un peu de mal d’abord parce que les habitants Judée ne voulaient pas rendre la politesse aux romains et adorer l’empereur, ensuite parce que cette religion a généré sans cesse des sectes et des conflits théologiques qui créaient de grand désordres dont les romains ne voulaient pas.
Mais au regard de nos valeurs, les romains étaient tolérants et les judéens intolérants.
Ceci nous amène à un second stade de réflexion : voilà un homme ou une femme [mais ce fut quand même plus souvent le fait des hommes], qui croit en un seul Dieu, le sien et qui par voie de conséquence croit que ceux qui ne croient pas dans ce Dieu sont dans l’erreur. Ils ne pensent pas que les autres pensent différemment, non ils sont persuadés que les autres se trompent.
Nous sommes donc dans le domaine de la pensée unique naturellement intolérante.
Quand de belles personnes avec de grandes idées humanistes disent que tel ou tel comportement est un dévoiement de telle religion monothéiste, il néglige ce fait structurel, consubstantiel au monothéisme que celui qui ne croit pas comme toi, ne pense pas différemment mais se trompe.
A cela s’ajoute une autre croyance de ces religions : le passage sur cette terre est temporaire, c’est une évidence. Mais pour ces religions il constitue surtout un épisode secondaire et plutôt une série d’épreuves qui doit préparer à l’épisode principal qui n’est pas sur cette terre.
Donc abréger la vie terrestre par le feu, le sabre ou d’autres mises à mort n’est pas important, dans la mesure où d’une part l’infidèle va pouvoir par le passage vers l’autre vie s’amender et comprendre qu’il s’est trompé et d’autre part parce que cela permet d’éviter qu’il contamine les autres croyants par ses pensées « malsaines ».
Le grand historien Maurice Sartre écrivait en 2009 :
« Les polythéismes antiques ne se pensaient pas détenteurs d’une vérité absolue. Quitte à surprendre, on pourrait affirmer que la différence principale entre les monothéismes et les polythéismes antiques ne réside pas tant dans le nombre des dieux que vénèrent les fidèles que dans la conception que les uns et les autres se font des dieux des autres.
Pour les trois grands monothéismes, il n’existe qu’un Dieu et un seul, le leur, et toute autre croyance relève de l’idolâtrie. Ils se fondent en quelque sorte sur l’exclusion, sur la séparation entre deux groupes antagonistes, fidèles et infidèles, croyants et incroyants, quel que soit le nom qu’on leur donne selon les époques.
Maurice Sartre, né à Lyon le 3 octobre 1944, est un historien et universitaire français spécialiste de l’histoire du monde grec et du monde romain oriental, en particulier du Proche-Orient hellénisé, d’Alexandre à la conquête islamique.
En conséquence, l’Autre apparait comme un adversaire qu’il faut amener à croire de gré ou de force.
Même si le judaïsme a renoncé depuis longtemps à cette quête missionnaire, il ne la récuse pas et envisage la conversion de tous à la fin des temps. Quant au christianisme et à l’islam, il suffit de se retourner sur leur longue histoire de violences pour prendre conscience de leur volonté de domination universelle et exclusive.
A cette logique de l’exclusion et de l’hostilité (qu’il convient naturellement de nuancer en fonction des lieux et des temps), les polythéismes antiques opposent une conception du divin radicalement étrangère, qui me semble interdire la naissance d’un intégrisme ou, si l’on préfère, d’un fondamentalisme.
En premier lieu, les polythéismes se montrent ouverts aux autres : pour un Grec, un Romain, un Gaulois ou un Égyptien, les dieux des autres sont des dieux au même titre que les siens propres. Et il n’est pas rare que pour des raisons diverses, à titre collectif ou à titre individuel, les dieux étrangers s’intègrent à un panthéon qui n’est pas le leur. L’Egyptienne Isis, la Phrygienne Cybèle, l’Iranien Mithra, la Syrienne Atargatis trouvent des fidèles partout et dans tous les milieux.
De plus, Grecs et Romains ont su reconnaître spontanément dans les dieux des peuples voisins les équivalents, parfois approximatifs, de leurs propres dieux : tout maitre du panthéon devient facilement un Zeus ou un Jupiter. Mais ce qui compte et qu’il faut souligner, c’est que les polythéismes antiques, selon l’heureuse formule de Jan Assmann, sont « traductibles ». Loin d’être des ensembles clos, figés dans l’absolue certitude d’être seuls détenteurs de la Vérité, les polythéismes antiques se montrent au contraire largement ouverts à la vérité des autres.
Un second point est essentiel rend incompatible, me semble-t-il, l’intégrisme avec les polythéismes antiques. Alors que les monothéismes se fondent sur des textes réputés inspirés par Dieu, voire délivrés par Dieu lui-même (la loi de Moïse, le Coran incréé), interdisant toute remise en cause sous peine de sacrilège, les polythéismes antiques reposent sur des mythes aux contours mouvants : si la trame générale reste identique, les variantes de chaque mythe sont innombrables. Comme aucun de ces textes n’est considéré d’origine divine, il est loisible aux poètes ainsi qu’aux dirigeants des cités de les adapter à leurs besoins esthétiques ou politiques.
Nul ne peut se prévaloir d’un texte « sacré » immuable pour fonder une vision de la société et du monde qu’il prétendrait imposer à tous.
D’ailleurs – et c’est le troisième point essentiel qui interdit l’émergence d’un intégrisme – aucun dieu, au sein des polythéismes antiques, ne prétend imposer à ses fidèles une interprétation globale du monde et dicter les comportements individuels. La morale sociale ne découle pas d’un ordre divin, même si les dieux sont susceptibles de punir le fautif. Bien que le religieux soit omniprésent dans la cité grecque et romaine, il reste subordonné au politique : le fait que le prêtre soit un magistrat parmi d’autres et exerce généralement ses fonctions à titre temporaire interdit qu’il cherche à imposer une loi « divine » comme norme à l’ensemble de la société.
Les lois sacrées méritent le même respect que les autres, mais se bornent à établir les règles à suivre en matière de culte, et ne prétendent pas réguler les comportements individuels ou collectifs à chaque instant de la vie.
On trouverait sans doute d’autres raisons qui interdisent l’intégrisme dans les polythéismes antiques telles que la conception du divin, l’absence d’autorité religieuse centralisée ou l’ignorance de la notion de dogmes et donc d’hérésie. Mais la nature ouverte des polythéismes les conduit structurellement à la tolérance.»
Un monothéisme est naturellement intolérant.
C’est l’intelligence des hommes, des institutions politiques qui sont capable de faire vivre plusieurs religions ensemble qui permettent de surpasser ce germe intolérant du monothéisme.
Mais que l’on regarde dans l’Histoire chaque fois qu’une religion monothéiste s’est emparée seule du pouvoir politique ou s’est appuyée sur le pouvoir politique pour imposer une pensée unique à la société (comme par exemple l’inquisition espagnole), c’était l’intolérance, la violence, la répression et la délation qui régnaient sur cette société. C’était le cas de la France catholique avant le combat des lumières, c’était le cas de la Genève calviniste, c’est aujourd’hui, encore, le cas de l’Arabie Saoudite sunnite, de l’Iran chiite et du plus ignoble d’entre tous l’Afghanistan des talibans..
Cette violence, cette intolérance n’est pas l’apanage du judaïsme, du christianisme ou de l’islam, c’est le germe inscrit dans le monothéisme qui n’est pas régulé par l’intelligence et la tolérance des hommes.
«E. Todd a révélé une face cachée du 11 janvier, mais il y a les autres faces et il faut maintenant restituer la complexité de leur ensemble.»
Edgar Morin
Il y a des lundis qui sont plus difficiles que d’autres…
Jusqu’à maintenant j’ai toujours été intéressé et même conquis par les analyses et les prises de position « iconoclastes » d’Emmanuel Todd.
Mais avec le pamphlet qu’il vient de publier <Qui est Charlie> et dans lequel il veut dénoncer l’imposture de l’unité nationale du 11 janvier, j’ai beaucoup de mal.
Il faut toute la sagesse d’Edgar Morin pour me pousser à essayer de comprendre ce que dit Emmanuel Todd et y trouver des éléments rendant intelligibles les évènements.
Que dit Todd ?
D’abord, il lit dans les cartes. Il part de la situation de la France d’il y a plusieurs générations et il constate que la France « Centrale » (Bassin parisien, façade méditerranéenne…) était alors très majoritairement laïque, républicaine et anti cléricale, alors que la France périphérique (L’ouest, le Rhône Alpes, Massif Central, Franche Comté et aussi l’Est) était catholique et anti-républicain.
Dans le livre qu’il a publié avec Hervé Le Bras <Le mystère français> (que j’ai acheté et tenté de lire) il avait déjà fait cette distinction et inventé le concept de « Catholicisme zombie », autrement dit un catholicisme qui n’est plus dans la pratique mais qui serait omniprésent dans la culture et dans les esprits.
La deuxième couche de ce raisonnement c’est qu’il décrète que les habitants des parties « républicaines » de la France sont pour l’égalité et contre l’autorité, alors que les parties « catholiques zombies » sont pour un ordre hiérarchique, autoritaire et inégalitaire.
Dans ce premier livre, il expliquait que les zones républicaines ne votaient plus pour le PS et la gauche et que ce sont les « catholiques zombies », inégalitaires qui votent pour le PS et ont voté François Hollande. Il y voit une des raisons de la dérive du Parti Socialiste vers le libéralisme et le renoncement au rêve égalitaire. Il constate aussi que ce partage de la France explique le vote oui ou non au traité de Maastricht.
Pour le 11 janvier, il constate que l’importance des défilés du 11 janvier en province, car pour Paris qui a toujours été républicain c’est un peu différent, était directement corrélée avec cette répartition : manifestation massive dans les zones des « catholiques zombies » et peu de manifestants dans les régions historiquement républicaines et ouvrières.
Cette corrélation qu’il établit, il la décrète scientifique.
Il a plus de mal à expliquer quels sont les éléments qui lui permettent d’affirmer que les manifestants du 11 janvier étaient massivement des cadres moyens et supérieurs, des blancs d’origine occidental et chrétienne. Selon lui les ouvriers, employés, les personnes d’origine musulmane étaient absentes.
Il reconnaît le côté sympathique des « bobos » qui ont manifesté, mais il récuse le terme d’unité nationale puisqu’il y avait deux Frances et surtout il tente d’expliquer que si les manifestants pensaient être tolérants et ouverts, dans leur subconscient ils représentaient une pensée totalitaire qui rejetait les musulmans comme ne faisant pas partie du corpus national sauf à adhérer totalement à la pensée unique de la liberté d’expression totale et notamment à la pensée de Charlie Hebdo. Il désapprouve ce rejet de la religion de l’Islam qui est plutôt celle des classes pauvres de notre société.
Donc contrairement à ce que les manifestants exprimaient ou pensaient croire, ils n’étaient pas les porteurs de la tolérance mais ceux de l’intolérance.
Emmanuel Todd explique de manière un peu plus intime son trouble profond. Il se reconnait athée mais pour la première fois il parle de ses racines juives. Il voit l’antisémitisme qui s’accroit en France, et il cible cet antisémitisme dans les banlieues et par des jeunes issues ou converties à la religion musulmane. Et il prétend que l’intolérance à l’égard de l’Islam produit des réactions en chaîne dans la société à l’égard de toutes les religions et notamment contre les juifs.
Il parle alors d’un nécessaire accommodement avec l’Islam pour pacifier la société française.
De manière parallèle, il dénonce et je crois à juste titre des manifestations hystériques de l’autorité publique lorsque des jeunes enfants sont convoqués au commissariat parce qu’ils se sont laissés aller à dire des propos excessifs ou lorsque on cherche à évaluer la laïcité dans la longueur d’une jupe. Il écrit ainsi dans l’interview à l’Obs : «Ce qui m’inquiète n’est pas tant la poignée de déséquilibrés mentaux qui se réclament de l’Islam pour commettre des crimes, que les raisons pour lesquelles, en janvier dernier, une société est devenue totalement hystérique jusqu’à aller convoquer des gamins de 8 ans dans des commissariats de police.»
Par ailleurs, la polémique déclenchée par Todd est présente dans tous les médias. Mais je vous joins un texte qui me parait intéressant de Michael Walzer, un américain professeur à l’université Princeton : « Cette gauche qui n’ose pas critiquer l’islam »
Pour finir je vous donne un retour sur les mots du jour du 2 et 3 mars 2015
Je vous avais parlé, début mars, de ma cure ayurvédique. Elle m’a aidé dans mon quotidien par rapport aux dégâts causés par les thérapies allopathiques.
Force est de constater cependant, qu’elle n’a eu aucun effet sur la progression de mon cancer qui devait pourtant être éradiqué par l’ablation de l’organe origine et créateur des cellules atteintes.
Il y a 6 mois, le marqueur du cancer était à nouveau détectable et montrait une seconde récidive après l’opération.
Mon urologue décidait de ne pas utiliser de thérapie et d’attendre 6 mois pour agir. Il parlait d’une perspective où la valeur du marqueur serait multipliée par 2.
La dernière mesure montre, en 6 mois, une multiplication du marqueur par plus de 9.
Je devine donc que mon combat honorable et intime contre la maladie qui me ronge risque de devenir plus âpre.
Il y a des lundis qui sont plus difficiles que d’autres…
Ce 7 mai je suis en congé et normalement dans ce cas je n’écris pas de mot du jour.
Mais je fais une exception pour célébrer ce beau mois de mai où la France magnifie le droit à la paresse grâce à tous ces jours de congé, ces ponts, ces viaducs, inimaginables dans un autre pays du monde. Le monde entier se moque de ces français paresseux, même si l’envie et la jalousie ne sont pas loin.
Mais pour comprendre, il faut se rappeler que c’est un français, Paul Lafargue, qui a écrit en 1880 « Le droit à la paresse »
Wikipedia écrit que c’est « un manifeste social qui centre son propos sur la « valeur travail » et l’idée que les hommes s’en font.»
« Pour qu’il parvienne à la conscience de sa force, il faut que le prolétariat foule aux pieds les préjugés de la morale chrétienne, économique, libre penseuse ; il faut qu’il retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les Droits de la Paresse, mille et mille fois plus sacrés que les phtisiques Droits de l’Homme concoctés par les avocats métaphysiques de la révolution bourgeoise ; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit. »
Paul Lafargue est un socialiste français né à Santiago de Cuba, le 15 janvier 1842. C’est son essai Le Droit à la paresse qui a surtout assuré sa notoriété
En 1865, il vient présenter l’état du mouvement socialiste français au conseil général de l’Association internationale des travailleurs à Londres. Il rencontre Friedrich Engels et Karl Marx (en février 1865), dont il épouse la seconde fille, Laura Marx, en avril 1868. Après son exclusion de l’université en France, il retourne à Londres finir ses études. Il fut élu au conseil général de l’Internationale et fréquenta régulièrement les Marx.
Il rentre alors en France où il devient membre de la Première Internationale. Il participe à la Commune de Paris en 1871.
Il fuit la France pour l’Espagne afin d’éviter d’être arrêté.
Il fonde, à Madrid, une section marxiste (1871) de la première Internationale. Il y dirige des groupes ouvriers et combat les thèses anarchistes. Après s’être rendu au Portugal, Lafargue revient à Londres où il rencontre Jules Guesde. Il rentre en France après l’amnistie et fonde, avec Guesde, le Parti ouvrier (1880) et son périodique, Le Socialiste (1885-1904).
Il est incarcéré en 1883 à la prison Sainte-Pélagie pour propagande révolutionnaire, où il rédige le Droit à la paresse.
« M. Thiers, dans le sein de la Commission sur l’instruction primaire de 1849, disait: «Je veux rendre toute-puissante l’influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l’homme qu’il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l’homme: « Jouis ».» M. Thiers formulait la morale de la classe bourgeoise dont il incarna l’égoïsme féroce et l’intelligence étroite.
La bourgeoisie, alors qu’elle luttait contre la noblesse, soutenue par le clergé, arbora le libre examen et l’athéisme; mais, triomphante, elle changea de ton et d’allure; et, aujourd’hui, elle entend étayer de la religion sa suprématie économique et politique. Aux XVe et XVIe siècles, elle avait allègrement repris la tradition païenne et glorifiait la chair et ses passions, réprouvées par le christianisme ; de nos jours, gorgée de biens et de jouissances, elle renie les enseignements de ses penseurs, les Rabelais, les Diderot, et prêche l’abstinence aux salariés. La morale capitaliste, piteuse parodie de la morale chrétienne, frappe d’anathème la chair du travailleur; elle prend pour idéal de réduire le producteur au plus petit minimum de besoins, de supprimer ses joies et ses passions et de le condamner au rôle de machine délivrant du travail sans trêve ni merci. »
À partir de 1906, il rédige régulièrement des éditoriaux pour l’Humanité.
À 69 ans, en 1911, proche de la limite d’âge de 70 ans qu’il s’était fixé, il se suicide à Draveil avec sa femme Laura Marx, en se justifiant dans une courte lettre : « Sain de corps et d’esprit, je me tue avant que l’impitoyable vieillesse qui m’enlève un à un les plaisirs et les joies de l’existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi et aux autres. »
Paul Lafargue et Laura Marx sont enterrés au cimetière du Père-Lachaise (division 76), face au mur des fédérés.
« Libération » prétend qu’il faut relire le droit à la paresse <d’urgence>
Bernard Maris qui a été parmi les victimes des « fous de Dieu » qui se sont attaqués à Charlie Hebdo, nous manque beaucoup.
C’est l’occasion de rappeler son anti manuel d’Economie d’où est extrait le mot du jour.
La citation complète étant : « Mais la vie est-elle une quantité, comme voudraient nous le faire croire les économistes ? Qu’est-ce que la vie ? Une longueur ou une intensité ? Et si la vie ne se mesurait que par elle-même ? »
C’est ce que raconte Bernard Maris au début de ce livre. C’est en entendant Michel Houellebecq, interviewé ici, s’interroger sur ce que chacun doit à son pays. Et donc, le cri de ce livre, c’est de dire je cite : « Non, Français, vous n’êtes pas coupables ; le chômage, la catastrophe urbaine, le déclin de la langue, ce n’est pas vous ; le racisme, ce n’est pas vous, contrairement à ce qu’on veut vous faire croire. Vous n’êtes pas coupables – sous-entendu, de ce qui ne va pas en France. Retrouvez ce sourire qui fit l’envie des voyageurs pendant des siècles au pays où Dieu est heureux « (fin de citation).
Et donc, Bernard Maris déroule son anti french bashing …
Oui, en commençant toutefois par lancer quelques avoinées. Avec son style coloré, il s’en prend (je re-cite – ce n’est pas moi) aux salauds qui conchient la France de bretelles de ronds-points, de promotions immobilières, de supermarchés, de zones industrielles, d’immensités pavillonnaires parsemées de rues aux noms d’arbres, filles de tristesse des architectes (re-fin de citation). On l’a reconnu ! Mais c’est surtout un cri d’amour à la République, à la culture, à l’histoire, à la géographie, à l’humanisme contre le culte du passé de ceux qui se lamentent et étalent leur inquiétude. Son lamento à lui c’est : mais pourquoi diable les ouvriers et les milieux populaires ne sont plus portés par les questions sociales mais par les questions culturelles, religieuses notamment ? Et l’économie dans tout cela ? On ne trouve aucune de ces statistiques que chérissent les économistes. L’atout de Bernard Maris, c’est qu’à ses yeux l’économie n’est rien sans la philosophie, la sociologie, la politique … C’était aussi – c’est mon avis – parfois, sa faille, mais peu importe. Ce livre est vraiment réjouissant. Je le sais, des mails ou des commentaires sur les réseaux sociaux nous le disent, Bernard Maris manque à beaucoup d’auditeurs d’Inter. À nous aussi bien sûr. »
«Le principe essentiel de cette progressivité est la notion d’acceptabilité (en fonction des genres, des situations d’énonciations, des effets recherchés et produits), notion qui permet à la fois le lien avec le socle et l’approche communicationnelle développée en langues vivantes»
Repères de progressivité sur l’étude de la langue
Programme du collège qui vient de paraître
Nicolas Boileau écrivait en 1674, dans L’Art poétique «Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément.»
Il semble que des «facétieux» du Ministre de l’Education nationale ne soient pas de cet avis. Car le mot du jour est un extrait du programme du cycle 4 produit récemment par le Ministère, programme que vous trouverez en pièce jointe et que j’ai téléchargé à l’adresse suivante : http://cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/04/3/Programme_C4_adopte_412043.pdf
Le cycle 3 de la scolarité s’achève avec la première année du collège. Le cycle 4 est donc celui du collège moins la première année.
A priori, au début l’objectif était fixé, dans une lettre au Président du Conseil supérieur des programmes datée du 4 décembre 2013, par le Ministre de l’éducation nationale qui a demandé au Conseil de formuler des propositions de programmes pour l’école élémentaire et le collège : « La refonte des programmes de la scolarité obligatoire doit être un chantier essentiel au service de cette mobilisation pour la refondation de l’école de la République. » Selon les termes de cette saisine, il est notamment attendu des projets de programmes qu’ils soient : « plus simples et plus lisibles pour que chacun sache bien ce que les élèves doivent apprendre ».
Je cite d’autres extraits :
Pour les langues étrangères et régionales : «Dans la continuité d’orientations notionnelles des programmes antérieurs la visée générale peut être caractérisée comme aller de soi et de l’ici vers l’autre et l’ailleurs.»
La course à pied devient : « Créer de la vitesse, l’utiliser pour réaliser une performance mesurée, dans un milieu standardisé.[…]
Se repérer dans l’espace athlétique et accepter les déséquilibres provoqués.
S’organiser pour construire une continuité spatiotemporelle d’actions.
Optimiser les trajectoires, les forces exercées et les vitesses produites, anticiper les actions à venir pour agrandir l’espace et raccourcir le temps»
La natation, souvent repris dans des articles de presse : « Se déplacer de façon autonome, plus longtemps, plus vite, dans un milieu aquatique profond standardisé.»
C’est certainement profond, mais ce n’est pas un langage standard.
Très naïf, je pensais que la pédagogie représentait cet effort de rendre simple des choses compliquées, force est de constater que nous sommes ici dans l’exact contraire.
Certains pour défendre ce jargon essaye d’expliquer qu’il faut bien manipuler un langage « précis » pour expliquer ces notions techniques.
Je me répète, mais je pense vraiment que la personne qui a allégé son esprit de ces concepts complexes, en les formulant, doit se sentir beaucoup mieux après.
Dans une envolée lyrique sur le modernisme américain j’ai attribué aux Etats-Uniens l’invention du hamburger.
Mais mon ami, mon complice de toujours : Albert m’a immédiatement interpellé pour suggérer l’origine allemande et plus précisément de la ville de Hambourg.
Car on apprend dans Wikipedia que nos voisins allemands aiment appeler leurs spécialités culinaires par la ville d’origine :
« Un hamburger, parfois hambourgeois (au Canada francophone) ou par aphérèse burger, est un sandwich d’origine allemande, composé de deux pains de forme ronde (bun) garnis de viande hachée (souvent du bœuf) et généralement de crudités — salade, tomate, oignon, cornichon (pickles) —, de fromage et de sauce. C’est un plat typique de la restauration rapide, emblématique de la cuisine américaine.
Hamburger fait référence à la ville de Hambourg, en Allemagne. Il n’existe aucun rapport entre le hamburger et le jambon (ham, en anglais), puisque le nom de la ville de Hambourg a une étymologie différente. Il est courant en Allemagne de nommer les spécialités culinaires selon leur ville d’origine. Le Berliner (beignet fourré de confiture) et le Frankfurter (hot-dog), respectivement originaires de Berlin et Francfort-sur-le-Main, en sont deux autres exemples. Le Bremer, du nom de l’autre grand port allemand Brême, désigne généralement un Fishburger.
La recette a probablement été importée sur le sol américain par des immigrés allemands vers le milieu du XIXe siècle. Il s’agissait à l’origine d’un steak servi avec un accompagnement de sauces.»
Après des mots du jour lourds sur le génocide arménien, les morts de méditerranée et la surveillance généralisée qui nous fait tomber dans la réalité de big brother, je vous propose quelques mots plus légers qui sont rapide à lire.
Maintenant si vous voulez une vraie prise de tête non morale mais intellectuelle, je vous invite à lire la définition linguistique d’«aphérèse.». Je pense que le cerveau qui a produit ce développement a du se sentir bien allégé après s’être déchargé du poids de cette connaissance.
«Une Américaine a récemment convoqué son mari à une audience relative à leur divorce par Facebook.
[…] il y a fort à parier qu’une telle modernisation mettra [en France] un certain temps.»
Stella Bisseuil
Pour finir la semaine, un mot du jour un peu plus léger que les précédents.
Le progrès fait rage et le futur ne manque pas d’avenir disait Philippe Meyer.
Parmi les peuples les plus modernes, les états-uniens inventeurs du chewing gum, du coca cola et du hamburger.
Voici les faits : Ne disposant pas de son adresse postale, l’épouse n’avait pas d’autres solutions de contacter son mari que d’utiliser la messagerie facebook. La justice américaine a reconnu la conformité de cette convocation.
En principe, les convocations en justice, même outre-Atlantique, doivent respecter un certain formalisme, car les conséquences peuvent être graves.
Mais ici, le mari n’avait aucune adresse officielle et n’était pas joignable sauf… via les réseaux sociaux. Un message Facebook portant à sa connaissance ladite convocation a été jugé valable, et la procédure en divorce a pu se dérouler normalement. Les juges américains ont ainsi fait preuve d’un certain pragmatisme.
S’il existe des lois relatives aux conditions de forme des convocations en justice, c’est pour s’assurer que le justiciable a bien été informé de la procédure engagée à son encontre. Mais si un compte Facebook le permet, le but est atteint ! Bien sûr, on peut supposer que, dans ce cas, le juge a pu vérifier que le mari en question avait bien lu le message, ce qui ne semble possible que s’il y a apporté une réponse, s’il l’a commenté ou si l’accusé de réception « Vu » a été apposé à la fin du message.
Serait-ce possible en France ? est la question que se pose Stella Bisseuil, avocate.
«Nous ne faisons pas preuve du même pragmatisme que les anglo-saxons. Nous sommes un pays de droit écrit, et les lois peuvent être modifiées par le Parlement ou le gouvernement. Nos textes actuels prévoient que les convocations en justice doivent être faites, selon les cas, par lettre recommandée ou citation d’huissier, ce qui suppose bien sûr que l’on connaisse l’adresse de son adversaire…
Dans les autres cas, il faudrait pouvoir utiliser les réseaux sociaux, qui, souvent, restent actifs même quand les personnes n’ont plus de domicile connu. Mais nos textes actuels ne le prévoient pas …
[…]
Mais, il suffit de voir le sort réservé aux préconisations pratiques que font chaque année les plus hauts magistrats (notamment dans les rapports annuels de la Cour de cassation et du Conseil d’État – comme la cour des Comptes dans d’autres domaines) sur des questions de ce type, des textes à moderniser, ou à rendre compatibles ou cohérents les uns avec les autres… pour vérifier, chaque fois, qu’aucune d’entre elles pratiquement n’est suivie d’effet. Alors si la haute magistrature n’est pas écoutée par le gouvernement, les justiciables ne le seront certainement pas plus.
Ainsi, il y a fort à parier qu’une telle modernisation mettra chez nous… un certain temps.»