Vendredi 02/10/2015

Vendredi 02/10/2015
«L’économie du partage [ou collaborative] [ravage] des pans entiers de l’économie traditionnelle, avec une agressivité qui fait honte aux mots même de « partage » ou de « collaboration »»
Xavier de la Porte
«Ce qui a lieu en ce moment avec l’économie dite du partage – ou collaborative – est tout à fait passionnant…
Oui, c’est sans doute une tendance lourde et qui touche au cœur de la question que vous allez aborder ce matin Frédéric Lordon, autour de l’idée qu’il faut défendre le social. Parce qu’a priori – c’est ce qu’on a pensé pendant quelques années – ce nouveau pan de l’économie est paré de toutes les vertus. Une économie décentralisée, entre pair, qui reposerait sur la confiance, une économie qui créerait une forme de lien social parce que quand vous louez un logement, vous discutez avec avec la personne qui le loue, parce que vous échangez avec la personne qui vous conduit quelque part, s’offre tout à coup un visage joyeux et humain de multiples services. Et puis, l’économie collaborative, elle substitue l’usage à la propriété, ce n’est pas rien. Concrètement, ça veut dire qu’il importe moins de posséder un bien que d’avoir accès à son usage. Ainsi : pourquoi posséder une voiture si on peut co-voiturer ou en louer une à un voisin pour les quelques heures où elle nous est utile ? Avec deux vertus en corollaire : c’est meilleur pour l’environnement (c’est le grand argument, pas faux, du co-voiturage), et c’est un moyen de lutter contre la crise, puisque je peux adjoindre aux revenus de mon travail, ceux de menus tâches, de la location de mon appartement ou de ma perceuse.
Mais voilà, très vite, on a commencé à voir le problème. D’abord, un problème quasi philosophique : la marchandisation de tout. Je ne suis pas chez moi pendant une semaine, je loue mon appartement. J’ai une RTT, je fais taxi. Tout se marchandise, jusqu’à mon temps libre.
Et puis, on s’est aperçu que la promesse de base était aussi à questionner : la substitution de l’usage à la propriété. Certes, pouvoir louer une voiture sur Drivyy en deux clics me dispense d’en avoir une, mais la dernière fois que je l’ai fait, je suis tombé sur un type qui était en train d’acheter toute une flotte de voitures, de « citadines », comme il me l’a expliqué. Ce n’est pas une disparition de la propriété, c’est un transfert. Plus grave, dans le cas de AirBnb – la plateforme de location de logement – on s’est aperçu que les grands gagnants étaient ceux qui possédaient plusieurs appartements et les mettaient en location sur le site (ce qui est très différent de l’étudiant qui met son studio sur la plateforme et doit squatter chez des copains pendant ce temps, qui lui est beaucoup moins gagnant). On est très loin d’une promesse de la réduction des inégalités. Sachant que par ailleurs, les plateformes organisatrice de cette économie deviennent elles-mêmes des géants qui lèvent régulièrement des centaines de millions de dollars.
Et puis, ces derniers mois, on a pu constater aussi bien du côté de l’hôtellerie que des taxis, que cette économie du partage pouvait ravager des pans entiers de l’économie traditionnelle, avec une agressivité qui fait honte aux mots même de « partage » ou de « collaboration ». Et qu’elle le faisait sans grand souci pour ceux qui y trouvaient des sources de revenu. Parce que mon copain de Drivvy, avec sa flotte de citadines, de quelle protection bénéficie-t-il ? Comment il cotise pour sa retraite ? S’il tombe malade et ne peut plus passer les annonces, laver ses voitures, qu’est-ce qui se passe ?
Ce sont là des problèmes sociaux, au sens le plus classique du terme, des problèmes de droit du travail, et qui commencent timidement à occuper les tribunaux.
Mais comment lutter contre cela ? On sent une forme d’impuissance…
C’est bien le problème. Quelle forme peut prendre la lutte sociale ? Parce qu’on remarque que les syndicats sont assez désarmés. Cette économie grandissant hors du salariat, et se caractérisant – ce qui n’est pas rien – par le fait qu’il n’y a pas de lieu de travail à proprement parler, pas de collectif, et des patrons lointains car se contentant de jouer les intermédiaires techniques, c’est très compliqué d’appliquer les formes traditionnelles de la lutte sociale. D’ailleurs, on voit bien que ce qui commence à fonctionner aux Etats-Unis (où l’on a vu avec des conflits sociaux entre des travailleurs et des plateformes de ce type, notamment avec des chauffeurs Uber californiens réclamant le statu de salariés), ce ne sont pas les luttes syndicales, mais les class action, c’est-à-dire des actions collectives menées par des gens qui ont un problème commun (au départ, aux Etats-Unis, c’étaient des consommateurs s’estimant lésés). Cette forme de mobilisation convient peut-être mieux à des travailleurs qui sont éparpillés, qui sont chacun dans des conditions de travail différentes.
Mais il y a peut-être un travail plus théorique à faire…
Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?
J’en ai discuté il y a quelques jours avec Evgueni Morozov, le jeune chercheur biélorusse devenu le contempteur le plus célèbre de la Silicon Valley. Lui explique qu’il faut réinscrire tout cela dans un contexte plus large. Pour lui, la Silicon Valley est la nouvelle frontière du néo-libéralisme (eh ouais, il emploie des gros mots comme ça Morozov). La Silicon Valley, sous couvert de fatalisme de la modernité technologique, arrive à faire croire à tout le monde qu’il est bon pour nous de mettre à bas tout le système de protection sociale parce que la technologie va nous permettre de régler tous les problèmes : comment régler les problèmes de l’obésité ? Pas avec des politiques de santé publiques, mais en dotant chacun de capteurs permettant de contrôler son absorption de sucre. Et Morozov élargit encore le point de vue. Pour lui, nous ne vivons pas du tout le post-capitalisme comme certains cherchent à nous le faire croire. Nous vivons au contraire la post-social-démocratie, avec la fin d’une période historique pendant laquelle on a considéré qu’il était dans le rôle de l’Etat de protéger les citoyens. Et cet idéal social-démocrate cède sous le coup d’un capitalisme des plus débridées qui n’hésite pas à affronter directement les Etats (comme le fait en ce moment Uber, et comme le font la plupart des géants de l’économie numérique en trouvant les moyens possibles pour ne payer d’impôt dans des pays où ils font des bénéfices pourtant considérables), qui n’hésitent pas à affronter les Etats donc, et même à proclamer leur obsolescence.
Bon, il est possible que Morozov exagère un peu et voit les choses en noir (d’ailleurs, la décision rendue hier par le Conseil Constitutionnel de confirmer l’interdiction en France d’Uber Pop tendrait à prouver que les Etats sont toujours vivants). Mais il est bien possible qu’à chaque fois que nous faisons cette toute petite chose qui nous facilite la vie comme commander un livre sur Amazon, comme prendre un Uber, nous participions à notre manière – toute petite manière – à la victoire d’une logique qui n’est pas forcément des plus désirables.»
Pour prolonger cette réflexion de Xavier de la Porte, avez vous appris qu’Amazon  <va embaucher des livreurs à la tâche> aux USA pour livrer ses colis, ?
Le géant américain présente cette « innovation » de la manière suivante : « Devenez votre propre chef: livrez quand vous voulez, autant que vous voulez ». C’est un hymne à la liberté !
Mais « Ces emplois plus flexibles sont toutefois précaires car ils ne garantissent aucun droit au chômage ou à une assurance invalidité. »
Le rêve de certains capitalistes devient réalité : des employés disponibles et jetables comme des kleenex.

Jeudi 1 octobre 2015

«Un gouvernement se constitue non pour distribuer des portefeuilles, […] mais pour faire aboutir une réforme, une amélioration qu’on estime dans l’intérêt du pays.
Et c’est cela qui doit déterminer les alliances. »
Pierre Mendès-France

<Parmi ces émissions de Radioscopie rediffusées par France Inter, j’ai été particulièrement intéressé par celle où Jacques Chancel avait reçu en décembre 1973 : Pierre Mendès France : <Ne plus gouverner c’est encore choisir>

Pierre Mendès-France ne fut que quelques mois au pouvoir en tant que président du conseil entre avril 1954 et février 1955, mais on en parle encore comme d’une référence.

Il appartenait au parti radical-socialiste, il s’est toujours présenté comme un homme de gauche mais beaucoup de politiques de droite comme de gauche, le reconnaissent comme un modèle.

Michel Rocard s’est toujours réclamé de lui.

Il me semble que le gouvernement actuel de la France qui se réclame de la gauche et du réalisme économique et politique devrait s’en inspirer.

Toute l’émission est passionnante, tant cet homme parle de vérité et d’intelligence. Mais je mets l’accent sur trois développements

Jacques Chancel lui lance :

« Un homme politique au Pouvoir n’a pas le temps d’approfondir, il a trop de responsabilité. »

Et Mendès-France de répondre :

« C’est pourquoi il doit toujours travailler quand il n’est pas au pouvoir. Il doit arriver au pouvoir préparé. Dire quand j’y serai il sera toujours temps de décider, cela c’est une erreur »

Après avoir rappelé l’importance des Partis politiques dans une démocratie, il explique :

« Ce qui est critiquable c’est quand l’intérêt d’un parti passe au-dessus de l’intérêt général.
Les dirigeants d’un Parti au moment de prendre une décision au lieu de prendre en compte en priorité l’intérêt de la nation font prévaloir l’intérêt de leur formation politique, parce qu’il y a des élections prochaines ou qu’il y a une manœuvre parlementaire à réaliser.
C’est cela que j’ai critiqué non pas l’existence des partis. »


« Ce qui est fondamental c’est que les hommes dans le cadre d’une action gouvernementale se soient mis d’accord préalablement sur ce qu’ils allaient faire.
Un gouvernement se constitue non pour distribuer des portefeuilles, non pas pour favoriser telle opération à l’horizon mais pour faire aboutir une réforme une amélioration qu’on estime dans l’intérêt du pays.
Et c’est cela qui doit déterminer les alliances. Si des hommes sont d’accord pour faire quelque chose, il n’y a pas de raison d’en exclure certains.
Si des hommes ne sont pas d’accord pour faire quelque chose je trouve que c’est une escroquerie de les réunir. Parce qu’arriver au gouvernement ils s’annulent, ils se paralysent.
Le critère déterminant c’est ce qu’on veut faire ensemble.

C’est pourquoi depuis longtemps l’idée d’un programme de gouvernement m’a paru absolument essentiel. »

Je pense que tous ces propos et tous ces conseils restent très actuels.

Mais il me semble qu’on s’en éloigne parfois ou même souvent.

Être préparé quand on arrive au pouvoir. Je pense que ce fut le cas en 1988 quand Michel Rocard pris la tête du gouvernement.

Fut-ce le cas en 2012 ?

Préférer l’intérêt de la nation à l’intérêt du Parti.

Il me semble avoir lu que des stratèges du PS bien que considérant qu’Alain Juppé serait préférable comme Président à Nicolas Sarkozy, souhaitent tout faire pour privilégier la victoire aux primaires de l’ancien Président car le Président actuel pense qu’il dispose de plus de chance de gagner contre l’un que contre l’autre.

Si tel est le cas, on ne suit pas le conseil de Pierre Mendès-France.

Enfin le dernier développement qui constitue encore une évidence : pour bien gouverner il faut mettre ensemble des gens qui sont d’accord sur l’essentiel et se mettre dans le cadre d’un programme de gouvernement que tout le monde aura accepté.

Force est de constater que ce n’est pas le cas.

On élit un président sur ses promesses.

Une fois au pouvoir l’élu fait ce qu’il peut au gré des événements et des lobbys.

Et si on trouve dans les deux camps des personnes qui seraient capable de gouverner ensemble, chacun des camps se trouvent très divisés sur ce qu’il y a à faire, et Mendès de dire «Si des hommes ne sont pas d’accord pour faire quelque chose je trouve que c’est une escroquerie de les réunir»

Le gouvernement de l’Allemagne est beaucoup plus proche de ce que décrit Pierre Mendès-France.

Certains diront, c’est à cause de la 5ème République et de l’élection du Président au suffrage universel.

Il est vrai que sur ce point Pierre Mendès-France était totalement opposé à l’élection du président au suffrage universel et cela dès le début.

On comprend mieux pourquoi la France a du mal à faire des réformes et les hommes au pouvoir à se faire réélire.

Sur la page de Radio France, sur laquelle cette émission est republiée, il y a une courte biographie de ce grand politique, surnommé PMF, né en 1907 et mort le 18 octobre 1982 :

Sa carrière en quelques lignes :
Il s’initie à la vie politique dès 1924 dans les mouvements étudiants d’opposition à l’extrême-droite puis est élu député de l’Eure en 1932, à 25 ans.
Radical-socialiste, il participe à la coalition du Front Populaire. Il est membre de l’éphémère second gouvernement Blum en mars et avril 1938.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, après avoir été incarcéré par le régime de Vichy, il parvient à rejoindre la Résistance et s’engage dans les Forces Aériennes Françaises Libres. Il est commissaire aux Finances puis ministre de l’Économie nationale dans le gouvernement provisoire du Général de Gaulle de septembre 1943 à avril 1945.

Nommé Président du Conseil par le Président René Coty, en juin 1954, il cumule cette fonction avec celle de Ministre des Affaires Étrangères .
S’il parvient à conclure la paix en Indochine, à préparer l’indépendance de la Tunisie et à amorcer celle du Maroc, ses tentatives de réforme en Algérie entraînent la chute de son gouvernement, cible à la fois de ses adversaires colonialistes et de ses soutiens politiques habituels anti-colonialistes. Il quitte alors la présidence du gouvernement en février 1955, après avoir été renversé par l’Assemblée Nationale sur la question très sensible de l’Algérie française.
Ministre d’État sans portefeuille du gouvernement Guy Mollet en 1956, il démissionne au bout de quelques mois en raison de son désaccord avec la politique du Cabinet Mollet menée en Algérie.
Il vote contre l’investiture de Charles de Gaulle à la présidence du Conseil en juin 1958, puis abandonne tous ses mandats locaux après sa défaite aux élections législatives du mois de novembre de la même année.
Élu député de la 2e circonscription de l’Isère en 1967, puis battu l’année suivante, il forme un « ticket » avec Gaston Defferre lors de la campagne présidentielle de 1969.

Bien qu’il n’ait dirigé le gouvernement de la France que pendant un peu plus de sept mois, il constitue une importante figure morale pour une partie de la gauche en France. Au-delà, il demeure une référence pour la classe politique française, incarnant le symbole d’une conception exigeante de la politique.

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Mercredi 30/09/2015

Mercredi 30/09/2015
« Radioscopie »
Jacques Chancel
Radioscopie a bercé ma jeunesse, j’avais 10 ans quand elle a été créée, elle durera jusqu’à mes 24 ans en 1982. Il y eut un petit appendice de 1988 jusqu’en 1990. Ce fut ainsi 2 878 émissions qui furent diffusées sur France Inter, de 17 heures à 18 heures.
L’émission commençait d’abord par une <musique>   composée par George Delerue et qui créait une ambiance chaleureuse, pacifique  et  propice aux dialogues et aux confidences.
Un article du Point trouve les mots pour décrire ce moment de partage : « Jacques Chancel était avant tout une voix ! Une voix bienveillante, grave, qui gardait son calme et ne s’emballait jamais à mauvais escient. Une voix qui savait s’enthousiasmer, qui rejetait la colère. Une voix qui rassurait et charmait…. Une voix qui, à partir du 5 octobre 1968, fut aux commandes d’un programme qui reste près d’un demi-siècle plus tard une référence : Radioscopie. Au cours de ses 2 878 émissions, Jacques Chancel s’entretint avec les personnalités qui ont marqué leur temps. Les premiers invités furent Roger Vadim, Michèle Morgan, Jean Cau, Romain Gary et Guy des Cars.  L’émission de France Inter débutait par un indicatif musical composé par Georges Delerue et joué par le groupe The American Breed. Extrait de la bande originale du film Le Cerveau de Gérard Oury, cette musique était intitulée La Grande Valse. Puis la voix chaude de Jacques Chancel énonçait le titre de l’émission Radioscopie, avant que les invités ne déclinent successivement leur nom, immédiatement imités par Jacques Chancel.»
Au soir de sa vie, celui-ci dit à propos de cette émission référence : « En 1968, la création de Radioscopie sur France Inter devait embellir ma passion en permettant l’exploration d’un nouveau continent : celui des grands personnages de l’époque, mais aussi celui des glorieux inconnus. Ce fut un cadeau et ma chance.»
Jacques Chancel est mort le 22 décembre 2014, il était né en 1928 dans les Hautes-Pyrénées.
Depuis longtemps on peut se procurer beaucoup de ses émissions sur le site de l’INA, cette institution qui revend aux français des émissions de la radio publique qui avaient déjà été payées par les impôts de leurs parents…
On en trouve aussi sur youtube, probablement publiées par des pirates qui se justifiaient par la description explicitée dans la phrase précédente.
Mais lors de cet été, France Inter de manière tout à fait légale a rediffusé certaines de ces émissions, vous les trouverez <Ici>
Chaque fois que je réécoute une de ces émissions, dès que le générique se lance je suis immédiatement réceptif pour l’échange.
Je ne suis pas cerain qu’on ait fait mieux depuis.
JACQUES CHANCEL
Demain je reviendrai sur une émission en particulier.

Mardi 29/09/2015

Mardi 29/09/2015
« Le neurologue romantique »
Oliver Sachs (1933-2015)
Le neurologue et écrivain britannique Oliver Sacks est mort le dimanche 30 août 2015. Je l’ai découvert, à la fin des années 1980, par son livre célèbre « L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau. »
Ce livre m’a profondément marqué. Dans ce livre, ce neurologue décrivait un certain nombre d’affections les plus étonnantes qu’il avait rencontrées. Le titre correspondait à un homme qui savait reconnaître des objets et des formes géométriques (comme par exemple un chapeau) mais qui n’était plus capable de reconnaître un visage.
Ce livre m’avait impressionné parce qu’en creux, il montrait combien le fonctionnement de l’être humain relevait quasi du miracle, en tout cas d’une multitude de mécanismes extraordinairement subtils qui nous permettaient d’être un être humain maîtrisant ses 5 sens et capable de se repérer dans son environnement et dans ses relations avec les autres humains et le monde. Quand une de ses fonctions était déréglée on aboutissait, à des situations souvent totalement dramatiques.
Ce livre m’a fait approcher le miracle de la vie. Il était en outre remarquablement bien écrit.
Un article de l’OBS donne les explications suivantes : «Le succès de ses livres a fait de lui l’un des médecins les plus célèbres du monde. Dans «l’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau», «l’Eveil» ou «Un anthropologue sur Mars», il a réveillé le genre du «récit clinique» cher à Freud et aux médecins du XIXème siècle, et avait mis son expérience à la portée du grand public. Dans une langue élégante et décontractée, avec un art consommé de la mise en scène et de la narration, il racontait ses patients: un peintre qui a perdu la perception des couleurs, un homme atteint d’agnosie visuelle qui ne peut identifier que des formes géométriques simples et ne peut donc pas reconnaître un visage, un chirurgien parcouru de tics qui disparaissent quand il opère.
Ces tableaux et ces portraits partent d’un dysfonctionnement du cerveau, d’un dérèglement de la machine perceptive ou cognitive. Sacks était visiblement touché par l’étrange humanité de ses patients. Avec tendresse et humour, il montrait comment ceux-ci se débrouillaient pour vivre avec leur syndrome. Et il nous apprenait beaucoup sur nous-mêmes. Marcher, sentir, voir, entendre : Sacks explique en quoi ça consiste, grâce à ceux qui n’y parviennent pas. Il appelait cela de la «neurologie romantique».
Dans d’autres livres, comme «l’Ile en noir et blanc» ou «Des yeux pour entendre», il se faisait l’ethnologue du peuple des déréglés, étudiant la culture et les pratiques collectives produites par la surdité ou les troubles visuels. Oliver Sacks s’est aussi plusieurs fois auto-étudié. Dans «Sur une jambe», il racontait les séquelles d’un accident après lequel il avait été persuadé que sa jambe blessée n’existait plus. Dans «l’Oeil de l’esprit», il parlait de ce mélanome oculaire qui lui a fait perdre la vision de l’œil droit.
Il a vendu des millions de livres à travers le monde. Il disait recevoir environ dix mille lettres par an. Il répondait systématiquement aux enfants, aux vieillards et aux prisonniers. Il restera comme l’un des hommes les plus sympathiques de nos bibliothèques. Chez lui, la science et l’art se regardaient mutuellement. Il était un de ces humanistes complets qui refusent de séparer les sciences dures et les sciences humaines. »
Wikipedia nous apprend cependant : qu’«Une partie de la communauté médicale critique Oliver Sacks, notamment dans les années 1970 et 1980, sur le fait que son travail à propos de l’Éveil ne suit pas un modèle [suffisamment scientifique]. [Et] Son positionnement éthique et politique a régulièrement été la cible d’attaques. Si Sacks est décrit par beaucoup comme un écrivain et médecin doué d’une « grande compassion », d’autres n’hésitent pas à le suspecter de tirer parti de ses patients : Tom Shakespeare, un chercheur britannique et défenseur des droits des handicapés, l’a surnommé « l’homme qui prenait ses patients pour une carrière littéraire. »
[…] Sacks lui-même a déclaré : « Je souhaite que ceux qui me lisent voient le respect et la considération (que je porte à mes patients, NdT), et non pas un quelconque désir de faire de l’exhibitionnisme ou du sensationnalisme, (soupir) mais c’est une affaire délicate. »
Pour ma part je trouve heureux qu’au delà des techniciens qui parlent aux techniciens et quelquefois même techniquement à leurs patients, il existe des personnes que j’appellerais des humanistes qui transmettent leur savoir et le rende accessible à un plus grand nombre. Oliver Sachs fut l’un d’entre eux.
OLIVER SACHS
Michael Nyman a écrit un opéra sur le texte de « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau ». Cet opéra sera produit cette année par l’Opéra de Lyon au Théâtre de la Croix Rousse et nous avons pris des places le 14 novembre.

lundi 28/09/2015

lundi 28/09/2015
« Tous les soirs, il faut que tu te tapes ça [Les spectacles].
Et dis que c’est bien, que c’est beau, ils veulent être aimés. »
François Hollande à Fleur Pellerin
«  Imposer de nouvelles figures : tel était aussi l’objectif du chef de l’Etat quand il a nommé Fleur Pellerin au ministère de la Culture. C’était fin août 2014 et la caméra d’Yves Jeuland était là pour filmer cette journée de remaniement. Le cinéaste préparait un documentaire qui sera diffusé lundi soir sur France 3… <France 3 : L’Elysee un temps de Président – Le 28 septembre 2015>
Et dans LE MONDE, Michel Guerrin nous rapporte une séquence à la fois assez drôle et très instructive. Une séquence tournée sur la terrasse de l’Elysée, dans laquelle on voit François Hollande et Manuel Valls livrer leurs conseils à Fleur Pellerin.»
Hollande : « Il faut que tu voies Jack… Il a des idées. »
Valls : « Vois-le, il sera ravi ! »
Hollande : « Premier rendez-vous à avoir, c’est Jack ! »
Valls : « Et Monique ! »
Hollande : « Et Monique, bien sûr… » (Monique Lang, l’épouse de Jack.)
« Tu peux l’utiliser », insiste le Premier ministre.
Fleur Pellerin rigole.
Valls reprend : « Vois aussi Jean-Jacques Aillagon. »
Hollande : « Oui, les anciens ministres. »
Valls : « Et puis va au spectacle ! »
Hollande : « Tous les soirs, il faut que tu te tapes ça. Et dis que c’est bien, que c’est beau, ils veulent être aimés. »
Commentaire du journaliste du MONDE : avec cette séquence, on se rend compte que « la culture n’est plus un enjeu, mais plutôt un fromage, avec de beaux postes à partager ». Quant au trio, il donne une triste impression : « Hollande passe pour un cynique, Valls pour un opportuniste et Fleur Pellerin pour une potiche. »
Que dire ?
Oui les artistes aiment être aimés. Ce ne sont pas les seuls, mais je rappelle le mot du jour du 10/03/2014, jour de l’enterrement d’Alain Resnais, où Pierre Arditi expliquait à propos de son réalisateur favori : « Il nous regardait comme si on était des diamants, et forcément si on vous regarde comme ça, vous devenez un diamant. »
Très clairement nous ne nous trouvons pas à ce niveau à l’Elysée.
Il faut « se taper » non « s’enrichir », « s’émerveiller » ou « tout simplement se faire du bien»
Un homme que je n’apprécie pas particulièrement, mais dont je loue l’intelligence et aussi la culture et avec lequel je partage la passion de l’Opéra, Valéry Giscard d’Estaing avait eu ce commentaire tout simple que je pense raisonnable de partager : « Quand j’étais président de la République, je nommais sur les postes ministériels des personnes compétentes pour ce poste ».
Si on faisait cela, il ne serait pas nécessaire d’avoir ce genre de dialogue affligeant où le pathétique côtoie la médiocrité.
C’est peu dire que je suis déçu…
Ce soir, vous pourrez donc voir ce documentaire : <France 3 : L’Elysee un temps de Président – Le 28 septembre 2015> d’Yves Jeuland qui s’était notamment illustré par un film sur Georges Frêche : le Président.

vendredi 25/09/2015

vendredi 25/09/2015
«Le condamné sera décapité [au sabre].
Son corps sera ensuite monté sur une croix
et exposé publiquement jusqu’au pourrissement de ses chairs.»
C’est le sort qui est réservé au jeune Ali Mohammed al-Nimr après le rejet de son appel devant les « tribunaux » de l’Arabie Saoudite
D’abord pour que cette information soit incarnée et que l’on sache de qui on parle : une photo
Qu’a fait d’horrible ce jeune homme de 21 ans pour mériter pareil sort ? Je cite le Figaro : [Il a] «participé en 2012 à une manifestation contre le régime saoudien dans la région majoritairement chiite de Qatif. Il était alors seulement âgé de 17 ans. Le jeune homme est également accusé de faire partie d’une organisation terroriste. Armé, il aurait jeté des cocktails Molotov contre les forces de l’ordre. »
A priori, il n’a tué personne.
«Selon l’ONG Reprieve, qui assure sa défense, les aveux signés par l’accusé ont été obtenus sous la torture. […]
À en croire ses défenseurs, Ali Mohammed al-Nimr paie surtout pour son oncle, le cheikh al-Nimr. Le haut dignitaire chiite est l’un des plus virulents opposants de la monarchie. Au terme de huit mois de procès, il a lui-même été condamné à mort le 15 octobre 2014 pour «sédition», «désobéissance au souverain» et «port d’armes». Peu avant son arrestation, le cheikh al-Nimr s’était réjoui de la disparition du prince héritier Nayef Ben Abdel Aziz, le tenant pour responsable de la répression contre les chiites. Un an plus tôt, il s’était également prononcé en faveur d’une sécession des régions de Qatif et d’Al-Hassa et de leur rattachement au royaume chiite de Bahreïn.»
Dans l’abomination il y a des degrés :

D’abord obtenir des aveux par la torture

Ensuite pratiquer la peine de mort

Après pratiquer la peine de mort dans des cas défiant toute raison

Enfin appliquer la peine de mort de manière ignoble et barbare.

Parce que voyez vous la différence entre l’Arabie Saoudite et DAESH ce n’est pas la l’inhumanité et la cruauté.
Non !
La différence c’est que l’Arabie Saoudite est notre amie et DAESH notre ennemi.
Et puisque l’Arabie Saoudite est notre amie mais aussi l’amie des Etats-Unis, il lui est  possible de présider le groupe consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU depuis juin.
Si, si !  l’Arabie Saoudite a vraiment vocation à donner un avis autorisé sur les droits de l’homme !!!
Ah oui c’est aussi notre amie, parce qu’il semblerait qu’elle va nous payer les mistrals que nous n’avons pas vendu à la Russie de Poutine, parce qu’elle,la Russie, n’est plus notre amie. Mais que nous les vendons à une autre amie l’Egypte, ce pays qui lui aussi a beaucoup de mal avec les droits de l’homme. L’Egypte est notre amie mais elle n’est pas riche. Heureusement elle est aussi amie avec l’Arabie Saoudite qui, elle, est riche.
Tout ceci se passe entre amis.
Vous savez quand le roi de l’Arabie Saoudite vient en France La plage qui se trouve à côté de sa résidence est privatisée.
Il faut des égards pour le souverain de ce pays ami.
Soyons juste François Hollande demande que notre amie renonce à l’exécution.
Mais si ce pays des lieux saints de l’Islam n’y renonce pas, soyons certain que comme le disent si justement Jack Lang et Jean-Pierre Chevènement Il ne faut surtout pas de rupture avec cet acteur majeur du moyen-orient
Il me semble me souvenir aussi que tous les criminels qui ont perpétrés les attentats du 11 septembre venaient d’Arabie Saoudite ?
Il est bien évident que dans un  tel Etat policier, ces vrais terroristes devaient être très habiles pour ne pas être repérés et connus des services saoudiens.
Nous n’avons aucune valeur commune avec ce pays, aux mœurs d’un autre temps et qui montre un islam effrayant et repoussant ne permettant en outre l’expression d’aucune autre religion dans ses frontières.
Oui ! mais nous avons des affaires communes.
C’est cela la realpolitik.
Si Hollande faisait ce que la morale lui commanderait : rompre et chasser l’Arabie saoudite de tous ses investissements en France, la France perdrait beaucoup économiquement.
Sans compter que les entreprises françaises seraient elle-même chassées des terres d’Arabie.
Les français alors seraient très critiques à l’égard de François Hollande, car ce ne serait pas bon pour les affaires et les emplois.
Nous avons les politiques que nous méritons.
Alors taisons nous.
On peut peut être signer une pétition qui demande à la Haute bienveillance de Sa Majesté magnanime de bien vouloir gracier ce jeune homme qui n’a pas fait grand chose….

Jeudi 24/09/2015

Jeudi 24/09/2015
«Dans mon école il n’y a que des enfants !»
Jack Koch
Plusieurs m’écrivent pour me dire qu’ils ont du retard dans la lecture des mots du jour.
D’autres vont jusqu’à instiller la suspicion que les mots du jour seraient trop longs.
Écoutant les uns et les autres je fais court avec ce dessin partagé sur facebook par Rosemarie l’amie d’Annie et donc de moi.
Le père : Dans ton école, il y a des étrangers ?
La fille : Non, dans mon école il n’y a que des enfants !
Et puis c’est tout.
Merci Rosemarie

Mercredi 23/09/2015

Mercredi 23/09/2015
«Lyon, place du Pont,
La place des Hommes Debout !»
Azouz Begag
Non je ne parlerai pas aujourd’hui de la «deutsche Qualität». Je ne rappellerai que brièvement que Volkswagen signifie littéralement le «chariot» (wagen) du «peuple»(Volk). Les origines de cette marque se retrouvent dans l’Allemagne nazie des années 1930 . Avant la guerre, le désir d’Hitler est que chacun puisse s’offrir une voiture, car l’Allemagne vient de se doter d’un large réseau d’autoroutes qui restent désertes. L’ingénieur Ferdinand Porsche , voyant dans ce projet l’occasion de réaliser son plus vieux rêve : fabriquer un modèle de voiture populaire, lui fit une proposition en ce sens et créa cette voiture du peuple.
Aujourd’hui j’ai l’intention de vous parler de la place du pont de Lyon.
Pour les nouveaux habitants comme pour les visiteurs de Lyon, il y a une place étrange à quelques centaines de mètres de la Place Bellecour, centre de la cité.
Sur un plan moderne on lit que ce lieu s’appelle «Place Gabriel Péri» dans le quartier de la Guillotière.
Mais le lyonnais utilisera le nom de « la Place du Pont».
Le plus souvent, cette place est occupée par des hommes debout originaires de l’autre côté de la Méditerranée qui conversent tranquillement.
Les abords de la place ne révèle pas une propreté qu’on attendrait en proximité du centre de la ville bourgeoise.
Récemment j’ai lu un petit livre de Azouz Begag qui parle de cette place et a pour titre   «Lyon, place du Pont. La place des Hommes Debout !»
Il faut toujours commencer par l’Histoire.
Lyon est appelé la ville entre Rhône et Saône, mais ces deux fleuves n’ont pas eu le même rôle pour la ville. La Saône est le vrai cours d’eau de Lyon, celui autour de laquelle la ville s’est développée.
Le Rhône a longtemps été, pour Lyon et sa province « le Lyonnais », la frontière comme le Rhin pour la France.
Le Rhône séparait deux subdivisions du Saint Empire romain qui vont devenir 2 provinces françaises : Le Lyonnais qui est devenu français après le traité de Vienne du 10 avril 1312 et le Dauphiné qui a été rattaché  en 1349 au royaume de France.
Il y avait à l’époque très peu de ponts qui traversaient le Rhône : Le Pont Bénezet d’Avignon achevé en 1185 et le pont du Rhône pour entrer dans Lyon qui a été achevé 2 ans avant en 1183. Mais ce premier pont ne résistera que 7 ans, c’est un pont en bois qui s’effondre sous le passage des croisés en 1190. Reconstruit en partie en pierre et en partie en bois, il subit de nombreux dégâts et sa construction n’est réellement achevée qu’au début du XIVe siècle.
Et c’est donc pendant très longtemps le seul pont pour rejoindre la riche ville de Lyon quand on venait de l’est.
Et sur la rive est du Rhône, avant d’arriver à ce pont, s’est créé « un quartier de la Guillotière» qui fut pendant des siècles le lieu d’arrivée de migrants qui se sont installés là à deux pas de Lyon.
Le livre de Begag constitue une étude passionnante du point de vue de l’immigration et de l’intégration de populations étrangères en France.
En effet, comme l’écrit la 4ème de couverture : «la Place du Pont constitue le cœur du quartier de la Guillotière, quartier populaire et historique où les immigrés qui ont fait escale à Lyon au cours des siècles s’implantent, se retrouvent… De ce carrefour de l’immigration, Russes, Allemands Grecs, Italiens, Espagnols, Arméniens, Juifs, Bulgares, Maghrébins ont écrit l’histoire. Des décennies durant, la place s est trouvée dans le collimateur des équipes municipales qui ont tenté de la dompter pour la rendre lisse, moins exotique, plus banale. On a parlé de « reconquête » de ce lieu trop visible, trop bruyant, trop délabré, trop sale, trop central. Mais la Place des Hommes Debout fait de la résistance, encore, toujours. Ici, les hommes ont refusé de plier. Ils sont restés debout. La Place est un lieu d’entraide, disent les uns, de confrontations surtout, rétorquent les autres.»
Cette place a en effet fait l’objet de beaucoup de travaux d’urbanisme ou même de leurre pour tenter de la domestiquer et surtout disperser une population si étrange et si peu conforme au style lyonnais. Mais jusqu’à présent rien n’y a fait, elle est toujours le lieu de rencontre de gens « différents ».
Je voudrais partager avec vous 3 extraits de ce livre.
D’abord il raconte la surprise du visiteur :
« Ils regardent ce spectacle les yeux écarquillés et s’inquiètent sans doute du caractère insolite de tels stationnements d’hommes étranges. Est-ce une manifestation ?  Que trafiquent-ils ? […]
Ils ignorent l’histoire, tout simplement : depuis des siècles la place du pont a une tradition de rencontre, on s’y arrête, en discute en groupe, le jour comme la nuit[…] Les maghrébins ne sont pas les inventeurs de cette pratique de sociabilité urbaine.
Elle est totalement associée à la morphologie du lieu. C’est la place des hommes debout.»
Puis il cite la lettre du parquet de la cour impériale de Lyon au ministère de la justice, le 20 avril 1867.
« Depuis quelques mois, une nuée de mendiants et de vagabonds venant de tous les points de l’Italie s’est abattue sur la ville de Lyon
Ils se trouvent dans toutes les rues, sur toutes les places publiques. Sous prétexte de faire de la musique et de montrer des animaux savants, ils mendient et ils volent quand ils en trouvent l’occasion. […] et la plupart exploitent de malheureux enfants qu’ils ont amené avec eux en les obligeant a voler et à demander l’aumône et en les maltraitant quand ils ne recueillent pas une somme déterminée. Ces vagabonds couverts de haillons et de misère, sont devenus pour Lyon un embarras de premier danger…»
Enfin il évoque des rixes entre étrangers :
«Le 7 janvier 1919 un groupe d’hommes grecs envoie une plainte collective à la préfecture pour signaler l’insécurité dont ils sont victimes, à la place du pont où il réside. Les soussignés avons l’honneur de porter à votre connaissance ce qui suit : Depuis quelques temps, le quartier de la place du pont est soumis à une continuelle rixe et des vols de nuit par des bande d’arabes. Les ouvriers étrangers qui travaillent dans les usines de la défense nationale sont arrêtés par ces bandes, volés et blessés. Il nous est impossible de regagner nos chambres dans la nuit. Nous espérons […]que les faits mentionnés attireront votre attention et que vous voudrez bien ordonner le nécessaire pour que ce quartier soit nettoyé de ces bandes qui terrorisent les milieux ouvriers étrangers.»
Rien de neuf sous le soleil donc.
Ce n’était pas mieux avant.
Et il n’y a pas que les grecs qui trichent, les allemands aussi…
<561>

Mardi 22/09/2015

Mardi 22/09/2015
«Jérémy Corbyn : effroi de la presse française»
Arrêts sur Image décrivant le rejet dont fait l’objet le nouveau chef du Parti travailliste anglais
Le site arrêts sur images analyse ce phénomène médiatique français par le titre : <Corbyn chef du parti travailliste : effroi de la presse française>
Et explique : « Cette oraison funèbre n’est pas nouvelle. Cet été, comme l’a relevé de manière exhaustive Acrimed, la presse française, effrayée par la victoire annoncée de Corbyn, se plaisait à relayer tous les arguments de ses adversaires. Corbyn, c’est d’abord un homme politique qui « n’est pas vraiment d’une extrême fraîcheur » (L’Express), prônant de « vieilles recettes » et « un retour aux stratégies perdantes de l’époque » (Slate), à moins qu’il n’ait que « de vieilles solutions à de vieux problèmes » (HuffingtonPost). « Il a un discours qui date d’il y a 30 ans », assure un professeur de Sciences politique cité par Le Parisien. Quant à Libé, le journal de gauche n’a rien trouvé de mieux que de comparer, le 1er septembre dernier, Corbyn au personnage de fiction Freddy, « qui attaque (et tue) les enfants dans leurs rêves », ironise Acrimed qui dénonce un parallèle un peu douteux.
Au-delà de son discours, c’est la personnalité même de Corbyn qui est problématique pour les médias français. Dans le genre ringard : « Ascétique, végétarien, refusant de boire de l’alcool et de posséder une voiture, il est perçu comme la caricature des intellectuels de gauche du nord de Londres », écrit Le Monde, soulignant ainsi qu’il est « dénué de charisme ». Et un peu moche aussi ? « Il porte des chemises froissées », remarque finement le quotidien de droite L’Opinion. Heureusement qu’il va faire perdre son parti aux prochaines élections.»
Caroline Fourest que je défends la plupart du temps a cette fois attaqué, dans sa chronique sur France Culture,  Corbyn sur «ses amitiés suspectes» <Jeremy Corbyn : tremblement de terre ou suicide politique ?> et elle a le même jour commis un article sur le Huffington Post <Les amis intégristes de Jeremy Corbyn>
Et enfin dans l’émission que j’écoute religieusement chaque dimanche « Les centristes parlent aux centristes » pardon cela s’appelle « L’esprit public » l’excellent centriste du Centre, je veux parler de Jean-Louis Bourlanges s’est moqué avec condescendance de ces pauvres députés travaillistes qui ont par leur manque d’intelligence permis cette incongruité (je vous expliquerai plus loin pourquoi il dit cela).
Les médias français semblent donc d’accord avec le Premier ministre David Cameron qui a déclaré via son compte Twitter : « Le Labour représente maintenant une menace pour notre sécurité nationale, pour la sécurité de notre économie et celle de votre famille ».
Je ne connaissais pas Jeremy Corbin, mais cette unanimité et surtout cette violence me paraissent suspectes.
Jeremy Corbin n’est pas un nouveau venu en politique. Né en 1949, il est député de la circonscription d’Islington-nord à la Chambre des Communes depuis 1983, plus de 30 ans !
Par exemple cette année où le Parti travailliste a été sévèrement vaincu aux élections, Jérémy Corbin a été élu avec 60,24% des voix.
Je pense que vous savez qu’en Grande Bretagne le scrutin est un scrutin uninominal à un seul tour !
Il a eu 60 % au premier et seul tour des élections et il y avait 5 autres candidats !  Le conservateur (17%) un écologiste (10%) et encore 3 autres dont l’extrême droite UKIP 4%.
Il a été élu à la tête du Parti Labour, le 12 septembre 2015, dès le premier tour, avec 59,5 % des voix exprimées.
La candidate se réclamant du blairisme, Liz Kendall a eu 4,5% des voix, ce qu’a à peu près obtenu Manuel Valls aux primaires qui lui aussi se réclamait du blairisme.
Le scrutin qui l’a désigné est nouveau, en effet ce ne sont pas seulement les adhérents du Parti Travailliste qui ont voté mais tous les sympathisants qui acceptaient de verser 3 livres sterling (c’est assez proche des primaires socialistes ou de ceux que veulent organiser le parti des républicains, mais c’est un peu plus cher).
La remarque de Bourlanges à l’égard des députés qui auraient fait une erreur,  s’explique du fait que pour se présenter à ce scrutin il fallait avoir l’aval d’un certain nombre de députés travaillistes qui aurait donc pu s’opposer à ce qu’il se présente ! Bien que le corps électoral de sa circonscription lui ait accordé 60%.
Je suis effaré par cette attitude !
Quand en Iran, pour pouvoir se présenter aux élections il faut que le « Guide Suprême » et sa clique de religieux soient d’accord, on trouve cela scandaleux.
Et on trouverait normal qu’un quarteron d’élus puisse jouer le même rôle de censeur !
Certains diront mais il faut bien écarter les candidats farfelus !
Mais on ne peut pas dire d’un homme qui a été élu démocratiquement par le corps électoral de sa circonscription soit un farfelu.
Et puis l’élection à la tête du Parti montre encore plus la légitimité de cette candidature.
Tony Blair a tout au long de la campagne éructé contre ce candidat qu’il abhorre. Il ne s’interroge pas sur le rejet de sa personne dont cette élection est la preuve.
Qu’est ce qu’est que le blairisme anglais et le Schroederisme allemand ?
Ce sont deux types, beau gosse, très télégéniques qui disent à leur peuple : « Les gars il va falloir sacrément se serrer la ceinture et renoncer à beaucoup de vos petits privilèges pour qu’on arrive à s’en sortir ».
Parallèlement on constate que les inégalités progressent de manière considérable.
Et dès que nos beaux gosses « représentant la gauche moderne » quittent la politique, ils vont s’enrichir grassement l’un dans une tournée de conférence payée à prix d’or et l’autre dans un poste de dirigeant d’une entreprise russe grâce à ses bonnes relations avec Poutine.
Des valeurs à mille lieux de ce que la vie de Corbyn jusqu’ici montre.
Je vous renvoie vers deux articles de presse française plus équilibrés que les premiers que j’ai cité <lesinrocks> et <mediapart.fr>.
Je ne crois pas aux hommes providentiels mais je crois que dans ces temps difficiles nous avons besoin d’hommes intègres qui bien sûr ne peuvent pas réaliser des miracles mais qui dans leurs paroles, leurs actions et leur comportement sont clairement dans le camp du plus grand nombre.
On ne rappellera jamais assez ce propos révélateur de Warren Buffet « Oui la lutte des classes existent, et c’est ma classe qui l’a gagnée ». Pour être juste avec Warren Buffet, il a exactement dit Le 25 mai 2005, sur la chaîne de télévision CNN : « Il y a une guerre des classes, où ma classe gagne de plus en plus, alors qu’elle ne le devrait pas » (It’s a class warfare, my class is winning, but they shouldn’t be)
Car le rejet de Tony Blair est aussi celui d’un homme qui se dit de gauche et qui est si proche de la classe d’un très petit nombre qui gagne de plus en plus au sens de Warren Buffet.
Et je pense que si Alexis Tsipras a été réélu dimanche malgré son renoncement au programme qui l’avait fait élire en janvier, c’est parce que les grecs lui reconnaissent, à tort ou à raison, une plus grande intégrité qu’aux autres candidats.

Lundi 21/09/2015

Lundi 21/09/2015
«[La crise des réfugiés est devenu] un évènement smartphone»
Olivier Duhamel
Le gouvernement allemand a du faire volte-face, après avoir annoncé que l’Allemagne accueillera 800 000 réfugiés. Elle a dû interrompre son acte de générosité en réinstituant un contrôle aux frontières intérieures de l’Union.
Cette annonce avait été faite sans concertation avec les autres pays européens et l’Allemagne s’est plainte par la suite du manque de solidarité des autres Etats de l’Union.
Je ne développerai pas ce point qui est toutefois très problématique sur ces deux points : l’Allemagne qui prétend seule dire ce qui doit être fait et le manque de solidarité de l’Union particulièrement des anciens pays du bloc soviétique qu’un des néo-cons de GW Busch avait appelé «la nouvelle Europe». 
Mais il y a un autre point que je souhaite aborder et dont a parlé Olivier Duhamel dans son émission <Mediapolis> en ces termes :
«Nous avons assisté à un évènement média-politique sans précédent !
C’est la première fois dans l’Histoire qu’un évènement massif, c’est à dire le déplacement d’une population de centaine de milliers de personnes a constitué un effet smartphone
Dès qu’Angela Merkel a dit que l’Allemagne va accueillir 800 000 personnes. Les nouvelles et les images se diffusent, en quelques minutes, sur Internet.
Aussitôt des dizaines de milliers de personnes se mettent en mouvement en direction de l’Allemagne,
Aussitôt, car avant cela la nouvelle aurait mis plusieurs jours à être diffusé si largement.
Là dans les minutes qui suivent cela est diffusé à des centaines de milliers de réfugiés.
Ceux-là se mettent du coup immédiatement en mouvement.
Avec le même outil, les mêmes portables ils ont rapidement accès à des cartes et des chemins qui leur permettront de parvenir aux lieux où ils peuvent être accueillis.
Les enfants commencent avec des applications à apprendre les premiers mots d’allemand qu’ils auront à prononcer en arrivant à Munich.
C’est un évènement smartphone
L’erreur de Merkel a été de sous-estimer l’effet immédiat que cela allait produire.
C’est quelque chose de radicalement nouveau.»
Jérôme Jaffré ajoute « le premier mot du migrant quand il arrive c’est de dire « J’aime l’Allemagne » ou « J’aime l’Espagne » selon l’endroit où il arrive.»
Oui le fameux like de facebook ou autres réseaux sociaux.
Angela Merkel a créé un appel d’air auquel l’Allemagne a été incapable de faire face, au moins dans la rapidité nécessaire par rapport à la réactivité des foules à l’heure du monde connecté.
Angela Merkel a dit « nous accueillerons tous ceux qui viennent » mais elle ne se rendait pas compte de l’effet de cette annonce
Nous avons tous à faire un effort pour comprendre comment la technologie d’aujourd’hui et le monde connecté changent profondément le fonctionnement des sociétés et des mouvements de population.
Mais cet effort est encore plus essentiel et fondamental pour les hommes et les femmes de pouvoir.
Et je crois que nous pouvons comprendre qu’ils ont beaucoup de mal.