vendredi 25/09/2015

vendredi 25/09/2015
«Le condamné sera décapité [au sabre].
Son corps sera ensuite monté sur une croix
et exposé publiquement jusqu’au pourrissement de ses chairs.»
C’est le sort qui est réservé au jeune Ali Mohammed al-Nimr après le rejet de son appel devant les « tribunaux » de l’Arabie Saoudite
D’abord pour que cette information soit incarnée et que l’on sache de qui on parle : une photo
Qu’a fait d’horrible ce jeune homme de 21 ans pour mériter pareil sort ? Je cite le Figaro : [Il a] «participé en 2012 à une manifestation contre le régime saoudien dans la région majoritairement chiite de Qatif. Il était alors seulement âgé de 17 ans. Le jeune homme est également accusé de faire partie d’une organisation terroriste. Armé, il aurait jeté des cocktails Molotov contre les forces de l’ordre. »
A priori, il n’a tué personne.
«Selon l’ONG Reprieve, qui assure sa défense, les aveux signés par l’accusé ont été obtenus sous la torture. […]
À en croire ses défenseurs, Ali Mohammed al-Nimr paie surtout pour son oncle, le cheikh al-Nimr. Le haut dignitaire chiite est l’un des plus virulents opposants de la monarchie. Au terme de huit mois de procès, il a lui-même été condamné à mort le 15 octobre 2014 pour «sédition», «désobéissance au souverain» et «port d’armes». Peu avant son arrestation, le cheikh al-Nimr s’était réjoui de la disparition du prince héritier Nayef Ben Abdel Aziz, le tenant pour responsable de la répression contre les chiites. Un an plus tôt, il s’était également prononcé en faveur d’une sécession des régions de Qatif et d’Al-Hassa et de leur rattachement au royaume chiite de Bahreïn.»
Dans l’abomination il y a des degrés :

D’abord obtenir des aveux par la torture

Ensuite pratiquer la peine de mort

Après pratiquer la peine de mort dans des cas défiant toute raison

Enfin appliquer la peine de mort de manière ignoble et barbare.

Parce que voyez vous la différence entre l’Arabie Saoudite et DAESH ce n’est pas la l’inhumanité et la cruauté.
Non !
La différence c’est que l’Arabie Saoudite est notre amie et DAESH notre ennemi.
Et puisque l’Arabie Saoudite est notre amie mais aussi l’amie des Etats-Unis, il lui est  possible de présider le groupe consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU depuis juin.
Si, si !  l’Arabie Saoudite a vraiment vocation à donner un avis autorisé sur les droits de l’homme !!!
Ah oui c’est aussi notre amie, parce qu’il semblerait qu’elle va nous payer les mistrals que nous n’avons pas vendu à la Russie de Poutine, parce qu’elle,la Russie, n’est plus notre amie. Mais que nous les vendons à une autre amie l’Egypte, ce pays qui lui aussi a beaucoup de mal avec les droits de l’homme. L’Egypte est notre amie mais elle n’est pas riche. Heureusement elle est aussi amie avec l’Arabie Saoudite qui, elle, est riche.
Tout ceci se passe entre amis.
Vous savez quand le roi de l’Arabie Saoudite vient en France La plage qui se trouve à côté de sa résidence est privatisée.
Il faut des égards pour le souverain de ce pays ami.
Soyons juste François Hollande demande que notre amie renonce à l’exécution.
Mais si ce pays des lieux saints de l’Islam n’y renonce pas, soyons certain que comme le disent si justement Jack Lang et Jean-Pierre Chevènement Il ne faut surtout pas de rupture avec cet acteur majeur du moyen-orient
Il me semble me souvenir aussi que tous les criminels qui ont perpétrés les attentats du 11 septembre venaient d’Arabie Saoudite ?
Il est bien évident que dans un  tel Etat policier, ces vrais terroristes devaient être très habiles pour ne pas être repérés et connus des services saoudiens.
Nous n’avons aucune valeur commune avec ce pays, aux mœurs d’un autre temps et qui montre un islam effrayant et repoussant ne permettant en outre l’expression d’aucune autre religion dans ses frontières.
Oui ! mais nous avons des affaires communes.
C’est cela la realpolitik.
Si Hollande faisait ce que la morale lui commanderait : rompre et chasser l’Arabie saoudite de tous ses investissements en France, la France perdrait beaucoup économiquement.
Sans compter que les entreprises françaises seraient elle-même chassées des terres d’Arabie.
Les français alors seraient très critiques à l’égard de François Hollande, car ce ne serait pas bon pour les affaires et les emplois.
Nous avons les politiques que nous méritons.
Alors taisons nous.
On peut peut être signer une pétition qui demande à la Haute bienveillance de Sa Majesté magnanime de bien vouloir gracier ce jeune homme qui n’a pas fait grand chose….

Jeudi 24/09/2015

Jeudi 24/09/2015
«Dans mon école il n’y a que des enfants !»
Jack Koch
Plusieurs m’écrivent pour me dire qu’ils ont du retard dans la lecture des mots du jour.
D’autres vont jusqu’à instiller la suspicion que les mots du jour seraient trop longs.
Écoutant les uns et les autres je fais court avec ce dessin partagé sur facebook par Rosemarie l’amie d’Annie et donc de moi.
Le père : Dans ton école, il y a des étrangers ?
La fille : Non, dans mon école il n’y a que des enfants !
Et puis c’est tout.
Merci Rosemarie

Mercredi 23/09/2015

Mercredi 23/09/2015
«Lyon, place du Pont,
La place des Hommes Debout !»
Azouz Begag
Non je ne parlerai pas aujourd’hui de la «deutsche Qualität». Je ne rappellerai que brièvement que Volkswagen signifie littéralement le «chariot» (wagen) du «peuple»(Volk). Les origines de cette marque se retrouvent dans l’Allemagne nazie des années 1930 . Avant la guerre, le désir d’Hitler est que chacun puisse s’offrir une voiture, car l’Allemagne vient de se doter d’un large réseau d’autoroutes qui restent désertes. L’ingénieur Ferdinand Porsche , voyant dans ce projet l’occasion de réaliser son plus vieux rêve : fabriquer un modèle de voiture populaire, lui fit une proposition en ce sens et créa cette voiture du peuple.
Aujourd’hui j’ai l’intention de vous parler de la place du pont de Lyon.
Pour les nouveaux habitants comme pour les visiteurs de Lyon, il y a une place étrange à quelques centaines de mètres de la Place Bellecour, centre de la cité.
Sur un plan moderne on lit que ce lieu s’appelle «Place Gabriel Péri» dans le quartier de la Guillotière.
Mais le lyonnais utilisera le nom de « la Place du Pont».
Le plus souvent, cette place est occupée par des hommes debout originaires de l’autre côté de la Méditerranée qui conversent tranquillement.
Les abords de la place ne révèle pas une propreté qu’on attendrait en proximité du centre de la ville bourgeoise.
Récemment j’ai lu un petit livre de Azouz Begag qui parle de cette place et a pour titre   «Lyon, place du Pont. La place des Hommes Debout !»
Il faut toujours commencer par l’Histoire.
Lyon est appelé la ville entre Rhône et Saône, mais ces deux fleuves n’ont pas eu le même rôle pour la ville. La Saône est le vrai cours d’eau de Lyon, celui autour de laquelle la ville s’est développée.
Le Rhône a longtemps été, pour Lyon et sa province « le Lyonnais », la frontière comme le Rhin pour la France.
Le Rhône séparait deux subdivisions du Saint Empire romain qui vont devenir 2 provinces françaises : Le Lyonnais qui est devenu français après le traité de Vienne du 10 avril 1312 et le Dauphiné qui a été rattaché  en 1349 au royaume de France.
Il y avait à l’époque très peu de ponts qui traversaient le Rhône : Le Pont Bénezet d’Avignon achevé en 1185 et le pont du Rhône pour entrer dans Lyon qui a été achevé 2 ans avant en 1183. Mais ce premier pont ne résistera que 7 ans, c’est un pont en bois qui s’effondre sous le passage des croisés en 1190. Reconstruit en partie en pierre et en partie en bois, il subit de nombreux dégâts et sa construction n’est réellement achevée qu’au début du XIVe siècle.
Et c’est donc pendant très longtemps le seul pont pour rejoindre la riche ville de Lyon quand on venait de l’est.
Et sur la rive est du Rhône, avant d’arriver à ce pont, s’est créé « un quartier de la Guillotière» qui fut pendant des siècles le lieu d’arrivée de migrants qui se sont installés là à deux pas de Lyon.
Le livre de Begag constitue une étude passionnante du point de vue de l’immigration et de l’intégration de populations étrangères en France.
En effet, comme l’écrit la 4ème de couverture : «la Place du Pont constitue le cœur du quartier de la Guillotière, quartier populaire et historique où les immigrés qui ont fait escale à Lyon au cours des siècles s’implantent, se retrouvent… De ce carrefour de l’immigration, Russes, Allemands Grecs, Italiens, Espagnols, Arméniens, Juifs, Bulgares, Maghrébins ont écrit l’histoire. Des décennies durant, la place s est trouvée dans le collimateur des équipes municipales qui ont tenté de la dompter pour la rendre lisse, moins exotique, plus banale. On a parlé de « reconquête » de ce lieu trop visible, trop bruyant, trop délabré, trop sale, trop central. Mais la Place des Hommes Debout fait de la résistance, encore, toujours. Ici, les hommes ont refusé de plier. Ils sont restés debout. La Place est un lieu d’entraide, disent les uns, de confrontations surtout, rétorquent les autres.»
Cette place a en effet fait l’objet de beaucoup de travaux d’urbanisme ou même de leurre pour tenter de la domestiquer et surtout disperser une population si étrange et si peu conforme au style lyonnais. Mais jusqu’à présent rien n’y a fait, elle est toujours le lieu de rencontre de gens « différents ».
Je voudrais partager avec vous 3 extraits de ce livre.
D’abord il raconte la surprise du visiteur :
« Ils regardent ce spectacle les yeux écarquillés et s’inquiètent sans doute du caractère insolite de tels stationnements d’hommes étranges. Est-ce une manifestation ?  Que trafiquent-ils ? […]
Ils ignorent l’histoire, tout simplement : depuis des siècles la place du pont a une tradition de rencontre, on s’y arrête, en discute en groupe, le jour comme la nuit[…] Les maghrébins ne sont pas les inventeurs de cette pratique de sociabilité urbaine.
Elle est totalement associée à la morphologie du lieu. C’est la place des hommes debout.»
Puis il cite la lettre du parquet de la cour impériale de Lyon au ministère de la justice, le 20 avril 1867.
« Depuis quelques mois, une nuée de mendiants et de vagabonds venant de tous les points de l’Italie s’est abattue sur la ville de Lyon
Ils se trouvent dans toutes les rues, sur toutes les places publiques. Sous prétexte de faire de la musique et de montrer des animaux savants, ils mendient et ils volent quand ils en trouvent l’occasion. […] et la plupart exploitent de malheureux enfants qu’ils ont amené avec eux en les obligeant a voler et à demander l’aumône et en les maltraitant quand ils ne recueillent pas une somme déterminée. Ces vagabonds couverts de haillons et de misère, sont devenus pour Lyon un embarras de premier danger…»
Enfin il évoque des rixes entre étrangers :
«Le 7 janvier 1919 un groupe d’hommes grecs envoie une plainte collective à la préfecture pour signaler l’insécurité dont ils sont victimes, à la place du pont où il réside. Les soussignés avons l’honneur de porter à votre connaissance ce qui suit : Depuis quelques temps, le quartier de la place du pont est soumis à une continuelle rixe et des vols de nuit par des bande d’arabes. Les ouvriers étrangers qui travaillent dans les usines de la défense nationale sont arrêtés par ces bandes, volés et blessés. Il nous est impossible de regagner nos chambres dans la nuit. Nous espérons […]que les faits mentionnés attireront votre attention et que vous voudrez bien ordonner le nécessaire pour que ce quartier soit nettoyé de ces bandes qui terrorisent les milieux ouvriers étrangers.»
Rien de neuf sous le soleil donc.
Ce n’était pas mieux avant.
Et il n’y a pas que les grecs qui trichent, les allemands aussi…
<561>

Mardi 22/09/2015

Mardi 22/09/2015
«Jérémy Corbyn : effroi de la presse française»
Arrêts sur Image décrivant le rejet dont fait l’objet le nouveau chef du Parti travailliste anglais
Le site arrêts sur images analyse ce phénomène médiatique français par le titre : <Corbyn chef du parti travailliste : effroi de la presse française>
Et explique : « Cette oraison funèbre n’est pas nouvelle. Cet été, comme l’a relevé de manière exhaustive Acrimed, la presse française, effrayée par la victoire annoncée de Corbyn, se plaisait à relayer tous les arguments de ses adversaires. Corbyn, c’est d’abord un homme politique qui « n’est pas vraiment d’une extrême fraîcheur » (L’Express), prônant de « vieilles recettes » et « un retour aux stratégies perdantes de l’époque » (Slate), à moins qu’il n’ait que « de vieilles solutions à de vieux problèmes » (HuffingtonPost). « Il a un discours qui date d’il y a 30 ans », assure un professeur de Sciences politique cité par Le Parisien. Quant à Libé, le journal de gauche n’a rien trouvé de mieux que de comparer, le 1er septembre dernier, Corbyn au personnage de fiction Freddy, « qui attaque (et tue) les enfants dans leurs rêves », ironise Acrimed qui dénonce un parallèle un peu douteux.
Au-delà de son discours, c’est la personnalité même de Corbyn qui est problématique pour les médias français. Dans le genre ringard : « Ascétique, végétarien, refusant de boire de l’alcool et de posséder une voiture, il est perçu comme la caricature des intellectuels de gauche du nord de Londres », écrit Le Monde, soulignant ainsi qu’il est « dénué de charisme ». Et un peu moche aussi ? « Il porte des chemises froissées », remarque finement le quotidien de droite L’Opinion. Heureusement qu’il va faire perdre son parti aux prochaines élections.»
Caroline Fourest que je défends la plupart du temps a cette fois attaqué, dans sa chronique sur France Culture,  Corbyn sur «ses amitiés suspectes» <Jeremy Corbyn : tremblement de terre ou suicide politique ?> et elle a le même jour commis un article sur le Huffington Post <Les amis intégristes de Jeremy Corbyn>
Et enfin dans l’émission que j’écoute religieusement chaque dimanche « Les centristes parlent aux centristes » pardon cela s’appelle « L’esprit public » l’excellent centriste du Centre, je veux parler de Jean-Louis Bourlanges s’est moqué avec condescendance de ces pauvres députés travaillistes qui ont par leur manque d’intelligence permis cette incongruité (je vous expliquerai plus loin pourquoi il dit cela).
Les médias français semblent donc d’accord avec le Premier ministre David Cameron qui a déclaré via son compte Twitter : « Le Labour représente maintenant une menace pour notre sécurité nationale, pour la sécurité de notre économie et celle de votre famille ».
Je ne connaissais pas Jeremy Corbin, mais cette unanimité et surtout cette violence me paraissent suspectes.
Jeremy Corbin n’est pas un nouveau venu en politique. Né en 1949, il est député de la circonscription d’Islington-nord à la Chambre des Communes depuis 1983, plus de 30 ans !
Par exemple cette année où le Parti travailliste a été sévèrement vaincu aux élections, Jérémy Corbin a été élu avec 60,24% des voix.
Je pense que vous savez qu’en Grande Bretagne le scrutin est un scrutin uninominal à un seul tour !
Il a eu 60 % au premier et seul tour des élections et il y avait 5 autres candidats !  Le conservateur (17%) un écologiste (10%) et encore 3 autres dont l’extrême droite UKIP 4%.
Il a été élu à la tête du Parti Labour, le 12 septembre 2015, dès le premier tour, avec 59,5 % des voix exprimées.
La candidate se réclamant du blairisme, Liz Kendall a eu 4,5% des voix, ce qu’a à peu près obtenu Manuel Valls aux primaires qui lui aussi se réclamait du blairisme.
Le scrutin qui l’a désigné est nouveau, en effet ce ne sont pas seulement les adhérents du Parti Travailliste qui ont voté mais tous les sympathisants qui acceptaient de verser 3 livres sterling (c’est assez proche des primaires socialistes ou de ceux que veulent organiser le parti des républicains, mais c’est un peu plus cher).
La remarque de Bourlanges à l’égard des députés qui auraient fait une erreur,  s’explique du fait que pour se présenter à ce scrutin il fallait avoir l’aval d’un certain nombre de députés travaillistes qui aurait donc pu s’opposer à ce qu’il se présente ! Bien que le corps électoral de sa circonscription lui ait accordé 60%.
Je suis effaré par cette attitude !
Quand en Iran, pour pouvoir se présenter aux élections il faut que le « Guide Suprême » et sa clique de religieux soient d’accord, on trouve cela scandaleux.
Et on trouverait normal qu’un quarteron d’élus puisse jouer le même rôle de censeur !
Certains diront mais il faut bien écarter les candidats farfelus !
Mais on ne peut pas dire d’un homme qui a été élu démocratiquement par le corps électoral de sa circonscription soit un farfelu.
Et puis l’élection à la tête du Parti montre encore plus la légitimité de cette candidature.
Tony Blair a tout au long de la campagne éructé contre ce candidat qu’il abhorre. Il ne s’interroge pas sur le rejet de sa personne dont cette élection est la preuve.
Qu’est ce qu’est que le blairisme anglais et le Schroederisme allemand ?
Ce sont deux types, beau gosse, très télégéniques qui disent à leur peuple : « Les gars il va falloir sacrément se serrer la ceinture et renoncer à beaucoup de vos petits privilèges pour qu’on arrive à s’en sortir ».
Parallèlement on constate que les inégalités progressent de manière considérable.
Et dès que nos beaux gosses « représentant la gauche moderne » quittent la politique, ils vont s’enrichir grassement l’un dans une tournée de conférence payée à prix d’or et l’autre dans un poste de dirigeant d’une entreprise russe grâce à ses bonnes relations avec Poutine.
Des valeurs à mille lieux de ce que la vie de Corbyn jusqu’ici montre.
Je vous renvoie vers deux articles de presse française plus équilibrés que les premiers que j’ai cité <lesinrocks> et <mediapart.fr>.
Je ne crois pas aux hommes providentiels mais je crois que dans ces temps difficiles nous avons besoin d’hommes intègres qui bien sûr ne peuvent pas réaliser des miracles mais qui dans leurs paroles, leurs actions et leur comportement sont clairement dans le camp du plus grand nombre.
On ne rappellera jamais assez ce propos révélateur de Warren Buffet « Oui la lutte des classes existent, et c’est ma classe qui l’a gagnée ». Pour être juste avec Warren Buffet, il a exactement dit Le 25 mai 2005, sur la chaîne de télévision CNN : « Il y a une guerre des classes, où ma classe gagne de plus en plus, alors qu’elle ne le devrait pas » (It’s a class warfare, my class is winning, but they shouldn’t be)
Car le rejet de Tony Blair est aussi celui d’un homme qui se dit de gauche et qui est si proche de la classe d’un très petit nombre qui gagne de plus en plus au sens de Warren Buffet.
Et je pense que si Alexis Tsipras a été réélu dimanche malgré son renoncement au programme qui l’avait fait élire en janvier, c’est parce que les grecs lui reconnaissent, à tort ou à raison, une plus grande intégrité qu’aux autres candidats.

Lundi 21/09/2015

Lundi 21/09/2015
«[La crise des réfugiés est devenu] un évènement smartphone»
Olivier Duhamel
Le gouvernement allemand a du faire volte-face, après avoir annoncé que l’Allemagne accueillera 800 000 réfugiés. Elle a dû interrompre son acte de générosité en réinstituant un contrôle aux frontières intérieures de l’Union.
Cette annonce avait été faite sans concertation avec les autres pays européens et l’Allemagne s’est plainte par la suite du manque de solidarité des autres Etats de l’Union.
Je ne développerai pas ce point qui est toutefois très problématique sur ces deux points : l’Allemagne qui prétend seule dire ce qui doit être fait et le manque de solidarité de l’Union particulièrement des anciens pays du bloc soviétique qu’un des néo-cons de GW Busch avait appelé «la nouvelle Europe». 
Mais il y a un autre point que je souhaite aborder et dont a parlé Olivier Duhamel dans son émission <Mediapolis> en ces termes :
«Nous avons assisté à un évènement média-politique sans précédent !
C’est la première fois dans l’Histoire qu’un évènement massif, c’est à dire le déplacement d’une population de centaine de milliers de personnes a constitué un effet smartphone
Dès qu’Angela Merkel a dit que l’Allemagne va accueillir 800 000 personnes. Les nouvelles et les images se diffusent, en quelques minutes, sur Internet.
Aussitôt des dizaines de milliers de personnes se mettent en mouvement en direction de l’Allemagne,
Aussitôt, car avant cela la nouvelle aurait mis plusieurs jours à être diffusé si largement.
Là dans les minutes qui suivent cela est diffusé à des centaines de milliers de réfugiés.
Ceux-là se mettent du coup immédiatement en mouvement.
Avec le même outil, les mêmes portables ils ont rapidement accès à des cartes et des chemins qui leur permettront de parvenir aux lieux où ils peuvent être accueillis.
Les enfants commencent avec des applications à apprendre les premiers mots d’allemand qu’ils auront à prononcer en arrivant à Munich.
C’est un évènement smartphone
L’erreur de Merkel a été de sous-estimer l’effet immédiat que cela allait produire.
C’est quelque chose de radicalement nouveau.»
Jérôme Jaffré ajoute « le premier mot du migrant quand il arrive c’est de dire « J’aime l’Allemagne » ou « J’aime l’Espagne » selon l’endroit où il arrive.»
Oui le fameux like de facebook ou autres réseaux sociaux.
Angela Merkel a créé un appel d’air auquel l’Allemagne a été incapable de faire face, au moins dans la rapidité nécessaire par rapport à la réactivité des foules à l’heure du monde connecté.
Angela Merkel a dit « nous accueillerons tous ceux qui viennent » mais elle ne se rendait pas compte de l’effet de cette annonce
Nous avons tous à faire un effort pour comprendre comment la technologie d’aujourd’hui et le monde connecté changent profondément le fonctionnement des sociétés et des mouvements de population.
Mais cet effort est encore plus essentiel et fondamental pour les hommes et les femmes de pouvoir.
Et je crois que nous pouvons comprendre qu’ils ont beaucoup de mal. 

Vendredi 18/09/2015

Vendredi 18/09/2015
« Les footballeurs sont-ils des produits financiers ? »
Ce mot du jour m’oblige à plus de pédagogie encore que d’habitude.
Il y a parmi vous des passionnés de football,  mais je crois encore plus de personnes hostiles à ce jeu qui consiste à demander à des gens modestes de payer cher pour assister à un spectacle où des millionnaires courent après un ballon.
Pour ce faire, je souhaite instiller le doute aux premiers sur la croyance à l’incertitude du sport et aux seconds de montrer que le football constitue un excellent domaine de compréhension de l’économie.
Je dois d’abord préciser 3 points pour que les seconds soient au niveau des premiers :
1° Les joueurs de foot dans les clubs professionnels ont des contrats à durée déterminée et non des CDI. Cette particularité conduit au marché des transferts où des clubs riches versent des indemnités importantes à des clubs moins riches pour racheter un contrat CDD non échu. C’est un moyen qu’ont trouvé certains clubs pour obtenir des financements. Souvent ces clubs forment des jeunes joueurs, leur font signer un contrat CDD assez long, puis avant l’échéance revende le contrat à un club fortuné.
2° Récemment, un tout jeune joueur Anthony Martial, 19 ans, a été vendu par l’AS Monaco à Manchester United pour une somme d’environ 80 millions d’Euros (les termes de ce contrat sont compliqués notamment avec de nombreux bonus comme par exemple le fait que Manchester devra verser une somme supplémentaire si ce joueur se trouve dans les 5 ans  parmi les nominés au ballon d’or , c’est à dire la récompense du soi-disant  meilleur joueur de football de l’année.)
3° Cette somme est absolument astronomique et a jeté la stupeur dans un monde du football qui est pourtant habitué à la surenchère monétaire. Mais dans ce cas les gens sont surpris parce que ce jeune joueur prometteur n’a encore strictement rien prouvé. Qu’un club riche qui grâce aux droits télé qui sont exorbitants en Grande Bretagne veuille s’attacher à prix d’or un super joueur lui permettant d’espérer devenir plus compétitif peut se discuter sur le plan moral (comment dilapider autant d’argent pour la futilité du sport) mais peut se justifier du point vue économique (gagner des titres rapporte beaucoup d’argent notamment en publicité) et même sportif si on considère que c’est normal que les riches l’emportent.
Pour comprendre mieux cette histoire, il faut écouter l’émission Du grain à moudre où des agents de joueur s’expriment :
Oui parce que chaque joueur dispose d’un agent qui négocie les contrats pour lui et obtient un pourcentage du salaire et du prix du transfert. Cet agent a donc intérêt à ce que le joueur soit transféré.
Et puis il y a aussi les TPO. Wikipedia nous apprend que TPO est l’abréviation médicale de thyroperoxydase, une enzyme, mais aussi l’abréviation de Territoires palestiniens occupés. Dans le football TPO signifie «third-party ownership», en français la tierce-propriété. Tout simplement des fonds d’investissement achètent un joueur (en totalité ou partie) puis interviennent dans tous ces mécanismes de transfert pour en retirer des bénéfices. Bref, ils spéculent.
L’organisme mondial du football la FIFA, qui est aussi un trou noir de l’intégrité économique, veut interdire les TPO.
Parce que bien évidemment si on achète un joueur sur lequel on ne dispose d’aucune certitude étant donné son peu d’expérience et son palmarès néant, c’est parce qu’on espère en tirer un bénéfice ultérieur. En effet, on connait de multiples exemples de jeunes joueurs prometteurs qui se sont totalement effondrés (blessure, mauvais choix, incapacité de rester constant dans l’hygiène de vie et les contraintes du sport, ou effondrement psychologique). Le footballeur devient donc bien un produit financier comme un autre : un pari sur la rentabilité future.
Pour finir je voudrais encore soulever deux points :
1° Depuis 20 ans il y a eu 20 vainqueurs de la ligue des champions. Il n’y a qu’un club qui n’appartenait pas aux 20 clubs les plus riches : Porto en 2004 (Mais ce club est très touché par le phénomène des TPO)
15 vainqueurs sur les 20 font partie des 10 clubs les plus riches et 12 font partie des 4 les plus riches
Depuis 3 ans ils font tous partie des 4 les plus riches : Real Madrid, Manchester United, Bayern Munich et Barcelone.
Le 5ème n’a pas encore gagné, c’est le PSG. Pour être juste il faut remarquer que le 6ème Manchester City, non plus.
Les supporteurs du PSG peuvent cependant être rassurés, économiquement ça pourrait le faire.
On voit donc que c’est bien les riches qui gagnent. Le sport est donc une simple déclinaison de l’injustice économique.
2° Et l’émission nous apprend autre chose qui devrait encore davantage ébranler ceux qui continuent à suivre ce sport de la démesure et du fric.
Pour espérer se qualifier pour la prestigieuse et rémunératrice ligue des champions : l’AS Monaco a affronté le FC Valence. Or 5 joueurs de Monaco et 6 joueurs de Valence ont le même agent : Jorge Mendes
Le portugais Jorge Mendes  est un ancien gérant de vidéo-club et dirigeant de boîte de nuit. Quel rapport avec le foot me direz-vous ? Eh bien l’argent pardi !
Alors quand on sait que les paris sportifs, notamment en Asie sont aux mains des mafias, comment ne pas soupçonner que ces matchs peuvent faire l’objet d’arrangement quand un même homme dispose d’influence sur autant de joueurs des deux camps.
C’est actuellement l’homme le plus influent et le plus riche dans le monde des agents.
Et il joue un rôle éminent au FC Porto. Si vous avez suivi c’est la seule équipe qui ne fait pas partie des 20 plus riches qui a gagné la Ligue des champions depuis 20 ans contre l’AS Monaco d’ailleurs.
Comme ça on a fait la boucle.
Et j’espère être parvenu à titiller la curiosité de ceux qui aiment le foot et de ceux qui ne l’aiment pas.
Il me semble en effet que pour essayer de comprendre le monde il faut aussi essayer de comprendre le monde du football.
Je vous rappelle une des devises des empereurs romains dans l’empire romain en déclin : « Panem et circenses »  du pain et des jeux…

Jeudi 17/09/2015

Jeudi 17/09/2015
« En France, il n’y a pas d’insécurité culturelle,
mais une insécurité historique »
Patrick Weil
Depuis quelques années, il a beaucoup été question d’identité nationale et plus récemment d’insécurité culturelle (livre de Laurent Bouvet)
La France a semble-t-il un problème avec les étrangers ou ceux qui bien que français ne le seraient pas suffisamment.
L’historien Patrick Weil a publié récemment « le Sens de la République » où il parle plutôt d’insécurité historique.
Dans un entretien à Libération, il explique notamment « Les Français sont forts, ils l’ont montré le 11 janvier. Mais, ils pourraient devenir encore plus forts s’ils réalisaient qu’ils ont beaucoup plus en commun qu’ils ne le croient. Aujourd’hui, trop de Français le sont, tout en se sentant mal à l’aise : soit parce qu’ils ne se sentent pas reconnus comme tels par leurs compatriotes, soit parce qu’ils ne «reconnaissent» plus leur pays. Ce malaise vient notamment de ce que les migrants de nos anciennes colonies sont différents de ceux venus d’Italie, de Turquie ou de Pologne. Ces derniers savaient qu’ils arrivaient dans un pays étranger, et qu’ils devaient en apprendre la langue et les lois.
Ceux en provenance de l’ancien empire colonial n’avaient pas un rapport d’étrangers à la France : certains avaient même été français à un moment, comme les Algériens ; d’autres étaient français depuis longtemps, comme les Antillais ou les Réunionnais. Ils étaient en outre liés à la France par la langue, les valeurs de la Révolution française. A l’arrivée en métropole, ils subissaient un choc de voir que personne ne connaissait leur histoire, qui était pourtant aussi celle de la France. Il y a donc, en France, une cohésion nationale qui s’ignore, indépendante de toute appartenance religieuse. »
[En France, il n’y a pas d’insécurité culturelle mais une «insécurité historique].
«Si des Français se sentent en «insécurité» face à un compatriote de couleur, c’est parce que leur référent historique ne les a jamais inclus. Il n’inclut pas les Antilles, l’Algérie ou le Mali, alors qu’ils font partie de l’histoire de France. Nous avons en commun une histoire qu’il nous faut partager, que ce soit dans les manuels scolaires ou dans la manière dont nous nous ressentons comme peuple. »
[…]  Depuis 2005, emmenés par Pierre Nora, certains [historiens] affirment que dire que l’esclavage était un crime contre l’humanité comme le fait la loi Taubira de 2001, était un anachronisme, car c’était appliquer une notion du XXe siècle aux siècles précédents. Que c’était confondre mémoire de groupe et histoire. Or, il se trouve que ces historiens se trompaient. La France a été le premier pays au monde à avoir instauré le crime contre l’humanité dans son droit : c’était justement au sujet de l’esclavage, en 1794. Celui qui pratiquait la traite était déchu de la nationalité : on le mettait au ban de la nation, de l’humanité. Ne pas vouloir reconnaître cette histoire-là, c’est donc dire à certains de nos compatriotes qu’ils n’avaient pas leur place dans l’histoire nationale.
Il ajoute : [Il faut]  un récit national qui ne soit pas «métropolitanocentré»  C’est cette histoire globale et commune que nous devons rappeler et transmettre. »
Et Pour lui les 4 Piliers de la République française sont :
1 L’Egalité
2 La langue française
3 La mémoire positive de la révolution française
4 La laïcité
Dans son livre et à l’interview accordé à France Inter il a aussi révélé avoir découvert un document surprenant au Quai d’Orsay où il apparaissait que Valéry Giscard d’Estaing avait eu lors de sa présidence l’idée de vouloir renvoyer 500 000 immigrés maghrébins dans leurs pays d’origine. Ce document a été confirmé, selon l’historien, par Jean-François Poncet, le ministre des Affaires étrangères de l’époque. L’objectif du Président français, selon ce qu’affirme l’historien, était de «lutter de contre le chômage» et de «remplacer, par exemple, les éboueurs étrangers par des éboueurs français et faire partir les étrangers…» Pour cela, il voulait «dénoncer les accords d’Evian qui permettaient la libre circulation entre la France et l’Algérie et changer la loi pour permettre l’arrêt des titres de séjour ou la non reconduite des titres de séjour de ceux qui étaient là depuis dix, quinze ou vingt ans».
Un ancien conseiller du Président français a confié à l’historien avoir persuadé le ministre Jean-François Poncet de l’indécence de cette idée : «Comment va-t-on faire ? Un jour, au petit matin, on ira avec des cars de police et de gendarmerie arrêter les gens chez eux pour les mettre dans des trains, des cars puis des bateaux ? Et les enfants, on en fera quoi ? Ils sont Français. On va séparer les enfants des parents ? Ou on va renvoyer des parents français ?»
L’historien raconte que Valéry Giscard d’Estaing a fini par mettre un terme à son projet, face au blocage de Raymond Barre, Simone Veil, et de la plupart des ministres, ainsi que du Conseil d’Etat. A l’époque, il a existé assez d’hommes et de femmes  dans les rangs du pouvoir pour dire non au Président de la République. Serait ce toujours le cas aujourd’hui ?

Mercredi 16/09/2015

Mercredi 16/09/2015
« L’utopie est le rêve nécessaire et la réalité le défi permanent. »
Daniel Cohn-Bendit
Je sais que parmi les destinataires de ce mot, Daniel Cohn-Bendit ne fait pas l’unanimité.
Je trouve cependant qu’il dit souvent des choses très justes et qu’il a cette faculté de pouvoir à la fois s’inscrire dans l’Histoire et se projeter dans l’avenir. Ce que peu d’hommes politiques savent faire.
Voici des extraits d’un article du Monde où il répond à des questions de Raphaelle Bacqué
« Juste après 68, j’ai été de ceux qui théorisaient l’aliénation dans la lignée de Jean-Jacques Rousseau : l’homme est bon, mais c’est la société qui en a fait un monstre, changeons le système et l’homme pourra s’accomplir dans toute sa valeur.
C’est au milieu des années 1970 que je suis devenu plus proche de ce que disait Hannah Arendt : l’homme n’est ni bon ni mauvais par essence, mais une même personne peut être admirable ou abominable selon les périodes. Les juifs ou les réfugiés sont des victimes mais ils ne sont pas par essence des hommes bons et je ne veux pas simplement m’identifier avec des victimes. Je suis solidaire mais je veux rester lucide. L’utopie est le rêve nécessaire et la réalité le défi permanent. Je suis imprégné de cette philosophie qu’Edgar Morin a ensuite appelée la philosophie de la complexité. »
«Une révolution est un moment de changement violent, mais la désaliénation prend forcément du temps. C’est ce que les révolutionnaires n’ont pas compris ou pas voulu admettre. Ils ont une conception de l’homme qui suppose de lui imposer le changement d’en haut, « pour son bien ». C’est la quintessence du marxisme qui amène logiquement au parti bolchevique, seul à savoir ce qui est bien pour les autres. Mais il faut distinguer entre la révolution politique et la transformation de la société. Celle-ci est longue. Tenez la Révolution française. Elle a déclenché un processus de démocratisation qui a duré, avec des soubresauts, jusqu’en 1945 lorsque les femmes ont eu le droit de vote. L’important, c’est comment changer le monde et qui va le changer. Il faut être capable d’accompagner l’évolution des mentalités des citoyens. La révolution idéologique est un long fleuve plus ou moins tranquille qui, malheureusement, à certains moments, risque d’être victime de la sécheresse de la pensée.
Changer le monde, c’est croire en l’humanisation des mentalités. »
A la question : Comment imaginez-vous le monde dans cinquante ans ? Il répond :
« Dans cinquante ans, nous aurons une Europe fédérale, une gouvernance européenne, un budget européen ! »
Comme vous êtes optimiste ! s’exclame Raphaelle Bacqué
« Mais oui ! Si je vous avais prédit la chute du communisme en Europe de l’Est, en 1988, vous m’auriez cru fou. Je vous dis donc que dans la mondialisation qui va gagner encore, dans cinquante ans, l’Allemagne aura l’importance qu’a le Luxembourg et la France aura celle qu’a Malte dans l’Europe d’aujourd’hui. Notre projet de civilisation est-il de vivre pépère comme le Luxembourg et Malte ? Si on a un projet de civilisation, on ne peut le faire que par l’Europe. C’est en définissant le rêve que l’on définit la direction et en définissant la direction on peut réussir le changement. »
Moi j’aime !
Sans utopie notre vie n’a pas de sens, pas de but.
Mais cette utopie doit être confrontée et s’inscrire dans la réalité. C’est un défi raisonnable. Et ce qui est raisonnable peut être accompli.

Mardi 15/09/2015

Mardi 15/09/2015
« La situation peut vous sembler nouvelle, mais elle ne l’est pas, […]
 De tout temps, la fuite et l’expulsion ont été les conséquences de la violence. »
Joachim Mertes, maire de Buch dans la Rhénanie-Palatinat
Encore un mot du jour sur les réfugiés. Je voudrais partager avec vous un article du Monde sur l’accueil de réfugiés d’un petit village d’Allemagne : « Buch »
Toutefois, il ne s’agit pas d’être angélique et de penser que la bonne volonté suffit. D’ailleurs le gouvernement de Merkel a été obligé à revenir à la dure réalité des faits après avoir laissé planer l’illusion que l’Allemagne serait capable d’accueillir quasi sans limite tous les réfugiés qui se présenteront. Ce qui n’est évidemment pas le cas.
Après le mot du jour sur le revenu de base pour tous, Daniel avait répliqué : «Donc on ouvre largement les frontières aux réfugiés, puis on met en place le revenu de base pour tous ! Ça peut peut-être marcher….. sur le papier»
Juste interrogation. Toutefois si vous avez écouté l’émission sur le revenu de base, il faut comprendre que dans cette perspective il n’y a plus aucune prestation sociale, pas plus que de retraite sauf pour ceux qui auront souscrit des assurances privées. Le revenu de base constitue réellement un changement de paradigme qui pose cependant la question des frontières et de la communauté des citoyens qui y ont accès.
Mais ce qui me parait important c’est d’inverser la logique du raisonnement. Il me semble que le raisonnement du plus grand nombre est :
1° Nous n’avons pas les moyens 2° Nous ne pouvons donc pas accueillir de réfugiés même si nous éprouvons de la compassion pour eux.
Et ce raisonnement doit être inversé :
1° Nous devons accueillir ces réfugiés c’est une question de valeur et de Droit – 2° En pratique que pouvons-nous faire pour aller aussi loin que possible dans l’accueil, même si nous savons qu’il y a des limites ?
Ceci nous ramène à la petite ville de Buch, dont l’expérience me parait très instructive :
Un jour de mai 2014, le maire de Buch adressa un courrier à ses concitoyens ( 1 000 habitants) : commençant par cette phrase  « Maintenant, la misère du monde nous a rejoints. » Et puis cette annonce : « Cinq jeunes hommes d’Egypte et de Syrie vont s’installer en tant que réfugiés dans notre village de Buch, où nous disposons de logements vacants. Ils sont les bienvenus. » Les habitants de la petite bourgade allemande étaient conviés dans la salle des fêtes, le jeudi suivant, pour de plus amples informations.
Lors de cette réunion il commença par ces mots : « La situation peut vous sembler nouvelle, mais elle ne l’est pas, dit-il devant les quelques dizaines de villageois venus l’écouter. De tout temps, la fuite et l’expulsion ont été les conséquences de la violence. » .
Il puise dans les racines chrétiennes de ses concitoyens pour les convaincre et conclut par ces mots : « Nous, à Buch, nous devons accueillir ceux qui doivent fuir […] . Nous montrerons que l’humanité et l’aide du prochain font partie des valeurs européennes que sont la démocratie, la liberté et la solidarité. Nous souhaitons la bienvenue à nos hôtes. »
Tout le monde applaudit. Ceux qui n’approuvent pas l’initiative n’osent pas le dire tout haut : c’est gagné. « Ce n’était pas forcément facile pour les gens, observe Joachim Mertes, mais je savais que des chrétiens ne pouvaient qu’être réceptifs à un appel à l’humanité. Un discours politique, c’est comme une mélodie : ça dépend de la première note. Si les gens ne sont pas concernés, c’est fichu. Si on leur dit quelque chose qui leur rappelle leur éducation, ça résonne en eux. »
La suite de l’article montre que les habitants se sont peu à peu mobilisés. Il y avait aussi des difficultés mais selon l’article la bienveillance et la fermeté ont aussi pu donner la possibilité de l’intégration de ces familles (Il y en eut d’autres après).
Ainsi dans cet épisode : « l’un des garçons prend mal de se voir donner des ordres, surtout par une femme, sur le tri sélectif des ordures : Je t’explique, lui dit-elle, ici, on ne met pas le plastique et les déchets dans la même poubelle… »
Cette autorité pédagogique n’a pas plu au jeune Egyptien. Une mise au point a été nécessaire, raconte Joachim Mertes : « Ici, il n’y a pas une sœur, une mère ou une grand-mère qui va nettoyer pour toi, tu dois le faire toi-même. » Un fonctionnaire du Land le résume encore mieux, en français avec un bel accent allemand : « Il a vallu leur expliguer gue chez nous, c’est auzi les nanas qui dézident ! »
Dans la conclusion on peut lire : « Buch est l’un des villages d’Allemagne qui accueille le plus de réfugiés proportionnellement à la population, et la Rhénanie-Palatinat le Land qui compte le plus de volontaires pour les réfugiés : 41 %. La situation frontalière favorisait l’ouverture au monde, la présence des réfugiés bouleverse les mentalités. « Ils nous apportent beaucoup, note le jeune maire conservateur, Tobias Vogt (CDU), élu il y a un an à la suite de Joachim Mertes qui, après trente années de service, a passé la main. On s’occupe d’eux, ils créent du lien, les villageois se parlent plus qu’avant, c’est extraordinaire. »
Mais ce n’est pas simple bien sûr

Lundi 14/09/2015

Lundi 14/09/2015
«Alle Menschen werden Brüder;
[…]  Seid umschlungen, Millionen !
Diesen Kuß der ganzen Welt !»
Tous les hommes deviennent frères ;[..]
Soyez enlacés, millions !
Ce baiser au monde entier !
Beethoven – Schiller – Ode à la joie

Un enchantement !

Ce samedi 12 septembre, l’orchestre National de Lyon faisait sa rentrée dans l’écrin de l’auditorium de Lyon.

Léonard Slatkin, qui a donc 70 ans, a choisi la 9ème symphonie de Beethoven qui se termine par l’Ode à la joie sur un texte de Friedrich Schiller pour ce début de sa 5ème saison à Lyon.

Léonard Slatkin est un grand chef qui dirige magistralement ce chef d’œuvre.

Si vous prenez une des grandes interprétations enregistrées de cette œuvre, vous trouverez des chefs comme Furtwaengler, Toscanini, Klemperer, Karajan qui ont encore une plus grande dimension que Slatkin dans l’art de l’interprétation.

Et même si les merveilleux musiciens de l’Orchestre de Lyon forment un bel orchestre, il n’a pas la qualité de l’Orchestre Philharmonique de Berlin, de Vienne, de l’Orchestre du ConcertGebow d’Amsterdam, de la Staatskapelle de Dresde ou du Chicago Symphony Orchestra.

Pourtant, je vous le dis, jamais une musique enregistrée, même écoutée dans les meilleures conditions techniques ne pourra atteindre l’émotion et la somptuosité d’une belle interprétation en direct dans une salle de concert digne de ce nom.

Et comme Slatkin est non seulement un grand chef mais aussi un show man américain, il a eu l’idée à la fin du concert de faire chanter l’ensemble du public de l’auditorium Maurice Ravel, donc 2120 personnes (il ne restait aucune place de libre) un extrait de l’ode à la joie, car on avait distribué une partition à l’entracte.

Cela ajouta à l’euphorie du concert.

Vous allez me poser la question : Mais pourquoi est-il pertinent, mis à part le fait que tu sois allé à ce concert, de parler aujourd’hui de l’ode à la joie de Schiller mise en musique par Beethoven ?

D’abord parce que lorsqu’on est passionné, le besoin de partager sa passion est irréfragable.

Ensuite parce qu’il est toujours sage d’apprendre, même des bribes de savoir, d’un passionné.

Et puis vous n’êtes pas sans savoir que l’ode à la joie sert depuis 1986 comme base à <l’hymne européen>

En raison de la multiplicité des langues de l’Union, il s’agit d’un hymne sans parole, la musique étant un langage universel.

Et cette ode est un hymne à la fraternité que Beethoven, dans sa croyance panthéiste, a offert au Monde.

La fraternité qui est aussi le troisième terme de la devise de la République française.

La fraternité que Régis Debray a expliqué si justement :

«Être fraternel, c’est faire famille avec ceux qui ne sont pas de la famille.»
(Mot du jour du 13 février 2013)

Et c’est pourquoi je trouve ce rappel pertinent en pleine crise des réfugiés.

L’ode à la joie a aussi été utilisée par Léonard Bernstein pour célébrer la chute du mur de Berlin et il a interprété cette œuvre en remplaçant le mot de « joie » par celui de « liberté ».

En français, remplacer « joie » par «liberté» pose une difficulté de syllabes et de rythme.

Mais tel n’est pas le cas en allemand où remplacer « Freude » par « Freiheit » est aisée, on pourrait aussi le remplacer par «Friede» (paix).

Voici une belle interprétation de la 9ème symphonie de Beethoven : <Chicago Symphony Orchestra – Riccardo Muti>

Et voici la 9ème utilisée comme musique d’un ballet de Maurice Béjart. <Il s’agit d’un extrait – ici le 3ème mouvement>

Voici la version de la liberté à Berlin de Bernstein <Bernstein dirige à Berlin l’ode à la Liberté>

Et voici < l’hymne européen >

Voici le texte de L’ode à la joie :

Joie ! Joie ! Belle étincelle divine,
Fille de l’Elysée,
Nous entrons l’âme enivrée
Dans ton temple glorieux.
Ton magique attrait resserre
Ce que la mode en vain détruit ;

Tous les hommes deviennent frères
Où ton aile nous conduit.
Si le sort comblant ton âme,
D’un ami t’a fait l’ami,
Si tu as conquis l’amour d’une noble femme,
Mêle ton exultation à la nôtre!

Viens, même si tu n’aimas qu’une heure
Qu’un seul être sous les cieux !
Mais vous que nul amour n’effleure,
En pleurant, quittez ce chœur !
Tous les êtres boivent la joie,
En pressant le sein de la nature
Tous, bons et méchants,
Suivent les roses sur ses traces,
Elle nous donne baisers et vendanges,
Et nous offre l’ami à l’épreuve de la mort,

L’ivresse s’empare du vermisseau,
Et le chérubin apparaît devant Dieu.
Heureux, tels les soleils qui volent
Dans le plan resplendissant des cieux,
Parcourez, frères, votre course,
Joyeux comme un héros volant à la victoire!

Qu’ils s’enlacent tous les êtres !
>Ce baiser au monde entier !
Frères, au-dessus de la tente céleste
Doit régner un tendre père.
Vous prosternez-vous millions d’êtres ?
Pressens-tu ce créateur, Monde ?
Cherche-le au-dessus de la tente céleste,
Au-delà des étoiles il demeure nécessairement

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