Mardi 08/11/2016

Mardi 08/11/2016
« Post-truth politics »
La politique post-vérité
Katharine Viner  rédactrice en chef du Guardian
C’est donc aujourd’hui que les états-uniens vont choisir leur 45ème président, Barack Obama ayant été le 44ème.
Dans le mot du jour d’hier était évoqué le concept de « l’ère post-vérité » dont Donald Trump est un des meilleurs pratiquants. Mais ce sont des anglais qui ont inventé ce concept suite au Brexit, en constatant que les principaux arguments qui ont été utilisés pour convaincre les britanniques de voter pour le Brexit étaient des mensonges par exemple que l’intégralité de la contribution britannique à l’Union européenne pourrait être utilisé pour améliorer leur système de santé alors qu’aujourd’hui cette masse d’argent ne servirait à rien aux habitants de Grande Bretagne.
<C’est par une émission des matins de France Culture que j’ai été sensibilisé à cette réalité> où la vérité ne semble plus présenter aucune importance. C’est à dire que l’homme politique peut dire n’importe quoi, que des sites nombreux et documentés prouvent que ce qu’il dit est faux, mais que cela ne présente aucune importance par rapport aux votes des citoyens.
C’est pour moi une grande déception. J’avais pensé qu’Internet permettrait de combattre le mensonge notamment politique. Force est de constater que ce n’est pas vrai. Le journaliste Hubert Guillaud l’explique par cette formule : «la vérité devient une opinion parmi d’autres »
L’émission de France Culture présente le sujet de la manière suivante : « L’alliance involontaire entre les populistes conservateurs et les géants de l’internet n’est pas sans conséquence sur notre vie démocratique : à l’heure de la politique en ligne, doit-on faire le deuil de la vérité ?
Ce sont deux articles du quotidien londonien The Guardian et de l’hebdomadaire anglais The Economist qui ont fait grand bruit outre-manche et ont lancé ce débat. Alors qu’on pensait intuitivement que l’armée de commentateurs vigilants des réseaux sociaux et la mémoire infinie offerte par internet allait contraindre les hommes politiques à plus de prudence dans leur parole publique, il apparaît avec l’ascension de Donald Trump et la victoire surprise du Brexit en Angleterre qu’il n’en est rien. Mal surveillés par des journalistes, incapables d’allier l’info en continu et un travail approfondi de vérification, misant sur la liberté d’expression totale offerte par les réseaux sociaux, les populistes ne s’embarrassent plus de précautions et répandent dès qu’ils le peuvent exagérations, demi-vérités, rumeurs et mensonges. Aidés par des algorithmes conçus pour orienter les internautes vers des contenus susceptibles de leur plaire, ils bénéficient d’une caisse de résonance nouvelle et, à en croire les grandes tendances électorales, redoutablement efficace.
Nous recevons pour en parler Gérald Bronner, sociologue, auteur de « La Démocratie des crédules » (Editions PUF) , et en deuxième partie d’émission, Cédric Mathiot, journaliste et créateur de la rubrique « Désintox » du journal Libération, qui a publié “Petit précis des bobards de campagne” (Editions Presses de la Cité) en 2012.»
Katharine Viner, rédactrice en chef du Guardian a en effet publié un article analysant comment la technologie bouleverse la vérité (un article que vient de traduire Courrier International). Article que mon ami Jean-François de Dijon m’a également signalé. Il m’a d’ailleurs envoyé le scan de cet article que je joins à l’article.
J’ai trouvé un autre long article qui approfondit ce sujet et dont je vous cite de très larges extraits :
« L’article de Katharine Viner nous explique qu’à l’heure des réseaux sociaux, la vérité ne compte plus. La journaliste prend notamment l’exemple du Brexit détaillant le fait que les arguments de ceux qui ont fait campagne pour la sortie du Royaume-Uni de l’Europe se sont écroulés le lendemain même de l’élection. « Le Brexit a été le premier scrutin d’une nouvelle ère, celle de la politique post-vérité. Les partisans du maintien du Royaume-Uni dans l’UE ont bien – mollement – tenté de démontrer les mensonges du camp adverse en s’appuyant sur des faits, mais ils ont vite découvert que les faits ne pesaient pas lourd dans les débats».
Pour elle, la presse eurosceptique a fait feu de tout bord pour créer un lien émotionnel qui l’a largement emporté sur la présentation factuelle de l’autre camp. Et les réseaux sociaux notamment ont renforcé l’absence de consensus, l’absence de vérité partagée. Les rumeurs et les mensonges l’ont emporté sur les faits. « A l’heure du numérique, il n’a jamais été aussi facile de publier des informations mensongères qui sont immédiatement reprises et passent pour des vérités. » Pour la journaliste, combattre cette escalade de désinformation nécessite des organes de presse fiables pour parvenir à dissiper les rumeurs…
C’est oublier peut-être que l’enjeu, en fait, n’est pas la vérité. Dans les conversations et les rumeurs que l’on colporte, la vérité n’a pas sa place…. « Les gens relaient les opinions des autres, même s’il s’agit de mensonges ou d’informations fallacieuses ou incomplètes, parce qu’ils ont le sentiment d’avoir appris quelque chose d’important », explique Danielle Citron spécialiste du harcèlement en ligne.
Et les algorithmes des médias sociaux qui nous enferment dans nos bulles de filtres nous proposent une vision du monde soigneusement sélectionnée pour aller dans le sens de nos croyances et de nos convictions, nous éloignant de toutes réfutations. Sur Facebook, Tom Steinberg (@steiny), le fondateur de MySociety, au lendemain du Brexit, disait : « Je cherche activement des gens qui se réjouissent de la victoire des pro-Brexit sur Facebook, mais les filtres sont tellement forts et tellement intégrés aux fonctions de recherche personnalisées sur des plateformes comme Facebook que je n’arrive pas à trouver une seule personne contente de ce résultat électoral, et ce alors que près de la moitié du pays est clairement euphorique aujourd’hui »… Pour lui, il y a là un facteur de division extrêmement grave de la société : « nous ne pouvons pas vivre dans un pays où la moitié des gens ne savent strictement rien de l’autre moitié ».
Pourtant, peut-on accuser seulement les réseaux sociaux et la personnalisation algorithmique de cette évolution ? Nos bulles de filtres et nos chambres d’échos sont-elles les seules responsables de cette évolution ?
Pour Emily Bell, directrice du Tow Center for Digital Journalism de l’université de Columbia, les organes de presse ne contrôlent plus la diffusion de leurs contenus. Et les réseaux sociaux concentrent un pouvoir d’accès à l’information qui n’a jamais existé jusqu’à présent. A l’image de ce que révélait la récente grande enquête du New York Times Magazine montrant la puissance de nouveaux médias politiques qui fabriquent du contenu uniquement pour Facebook, dont le but n’est pas d’attirer les internautes vers des articles, mais de développer le partage et les revenus, sans aucune déontologie en faveur de la prudence ou la véracité de l’information. Comme le soulignait la lecture par Xavier de la Porte de cet article : « ces sites privilégient ce qui choque (…). Ils fabriquent des mèmes (c’est-à-dire des motifs que les internautes vont utiliser, détourner, partager). (…) Ils ne poursuivent pas tous un but politique », mais parfois seulement un but commercial, où le clic est le seul modèle d’affaires.
Katharine Viner pointe la même dérive des contenus taillés sur mesure pour ces outils sociaux, cette junk food news… Pour elle « trop d’entreprises de presse mesurent leurs contenus en termes de viralité au détriment de la qualité ou de la vérité ». Les rumeurs et les mensonges circulent plus rapidement du fait de leur caractère sensationnel. L’important n’est plus que les histoires soient vraies, mais que les gens cliquent ! Pour Katharine Viner, « l’ère des faits est révolue ».
[…] Katharine Viner analyse ce changement depuis la presse : la presse en ligne s’appuie sur un modèle fondé sur le nombre de clics, l’audience. Or, dans cette logique, face à des contenus conçus pour la viralité, la presse ne peut que perdre la bataille de la vérité. La solution repose-t-elle sur un nouveau modèle économique de la presse, comme l’appelle de ses vœux la journaliste ? C’est certainement croire trop rapidement que les nouveaux acteurs de l’information qui exploitent très bien ces outils sociaux relèvent d’un projet éditorial de type presse… Or, comme le montrait l’enquête du New York Times, l’objectif de ces nouveaux acteurs et la façon même dont fonctionnent les médias sociaux n’est pas exactement le même que ceux d’un média.
L’enjeu ne semble pas tant de renforcer la déontologie de la presse que de laisser le champ libre à ces acteurs qui exploitent les médias sociaux, sans avoir toujours réellement des liens avec une forme de presse. Plus que de définir le rôle des médias dans un espace public fragmenté et déstabilisé, l’enjeu tient peut-être plus d’évoquer ces nouveaux objets médiatiques qui utilisent les réseaux sociaux pour démultiplier leur audience. […]
Pour le spécialiste Jayson Harsin, c’est un ensemble de conditions convergentes qui ont créé les conditions de ce nouveau régime de post-vérité explique-t-il dans un article publié dans la revue Communication, Culture & Critique. Pour lui, ces changements ne relèvent pas seulement de la responsabilité des réseaux sociaux. Mais tiennent aussi du développement de la communication politique professionnelle et du marketing politique. Ils relèvent également du développement des sciences cognitives et comportementales et du marketing qui permet l’utilisation stratégique des rumeurs et mensonges de manière toujours plus ciblés, de la fragmentation des médias et des gardiens de l’information centralisée ; de la surcharge d’information et son accélération ; ainsi que des algorithmes qui régissent, classent et personnalisent l’information à laquelle on accède. Un ensemble d’éléments convergents qui empêche un retour à des formes antérieures de journalisme, comme l’appelle Viner.
Comme le souligne Harsin, même l’explosion du fact checking, cette pratique de vérification des arguments, n’a pas été capable de rétablir l’autorité des médias. Pire, estime-t-il, les rumeurs prennent une place de plus en plus importante dans l’économie de l’attention… Pourtant, souligne le chercheur, la surcharge informationnelle et la démultiplication de l’information ne sont pas des explications suffisantes. « La géographie de l’information et de la vérité s’est déplacée comme la temporalité de la consommation de médias : elle n’est plus délivrée le matin ou le soir, mais elle est composée de millions d’alertes et de vibrations (…) et les informations se déplient dans une économie de l’attention de plus en plus chargée affectivement et constamment connectée ». Pour Harsin, c’est la marque d’un changement du régime de vérité au profit de marchés dédiés qui produisent, planifient et managent l’information par l’entremise de l’analyse prédictive. L’information tient désormais plus d’un marché que d’un espace public et citoyen. […]
Dans le New York Times, l’économiste britannique William Davies (@davies_will), revient également sur ce sujet. Les acteurs de la production d’information se sont démultipliés, rappelle-t-il. « Si les journaux peuvent tenter de résister aux excès de la démagogie populiste, ils ont plus de mal à répondre à la crise des faits », c’est-à-dire à l’inflation des sources, des études… dont le niveau de crédibilité est trop insuffisamment évalué.
[…] Or, souligne Davies, nous sommes au milieu d’une transition qui nous fait passer d’une société de faits à une société de données. Selon lui, la confusion règne autour de l’état exact des connaissances et des chiffres dans l’espace public, exacerbant le sentiment que la vérité elle-même est en train d’être abandonnée. Pour Davies, nous sommes confrontés à un volume sans précédent de données, mais celles-ci sont surtout utilisées pour recueillir le sentiment des gens. Les marchés financiers eux-mêmes ne sont plus tant des faits que des outils d’analyse des sentiments des investisseurs. « Une fois que les chiffres sont considérés comme des indicateurs de sentiment plutôt que comme des déclarations sur la réalité, comment pouvons-nous avoir un consensus sur la nature des problèmes sociaux, économiques et environnementaux ou pire encore, nous entendre sur les solutions à y apporter ? » Les mensonges et les théories du complot prospèrent donc. Et tandis que nous avons toujours plus de moyens pour mesurer combien de personnes croient en ces théories, il semble que nous ayons de moins en moins de moyens pour les persuader de les abandonner.
[…]
Dans une tribune livrée à FastCoExist,  [l’essayiste Douglas Ruskoff] rappelle que les promoteurs des nouvelles technologies ont longtemps pensé que le numérique allait nous aider à nous connecter au monde entier, annonçant, un peu naïvement, une nouvelle communauté mondiale de pairs promettant de nous libérer des frontières entre les hommes… Ce n’est pas ce qui est vraiment arrivé.
Loin de seulement abêtir les foules comme on le lui reproche facilement, la télévision a créé une société plus ouverte, plus globale. Grâce à la télévision, les gens ont pu voir pour la première fois comment la vie se déroulait ailleurs. « La télévision nous a tous connectés et a brisé les frontières nationales », estime-t-il. Or, pour Ruskoff, l’environnement des médias numériques est différent : il repose d’abord sur la polarisation et la distinction. Les médias numériques valorisent des choix binaires : ce que vous appréciez ou n’appréciez pas, ce avec quoi vous êtes d’accord ou pas, noir ou blanc, riche ou pauvre. Leur fonctionnement favorise une boucle de rétroaction qui auto-renforce chaque choix que nous faisons, qui personnalise nos contenus et nous isole davantage dans nos propres bulles de filtre. « L’internet nous aide à prendre parti » – pourtant, il faut rappeler que cette question de la polarisation reste discutée. Ce qui est sûr, c’est que les médias numériques offrent un environnement très différent de celui de la télévision.
[…] Force est de reconnaître que pour l’instant, les solutions au problème sont plutôt rares. Certes, on peut améliorer la vérification des faits. Nombre d’entreprises développent des outils permettant de mesurer la fiabilité de l’information. Pas sûr pourtant que cela ait beaucoup d’impact sur tous ceux qui ont d’autres motivations que propager la vérité. Les appels à améliorer la qualité de l’actualité associent surtout des médias traditionnels qui sont, finalement, assez peu les moteurs de cette détérioration. Si la réponse est vertueuse, la cible ne semble pas être adaptée au problème, à l’image de la coalition récente First Draft News. En fait, comme le souligne Clay Shirky dans le New Scientist, nous ne sommes pas dans une guerre de l’information, mais dans une guerre culturelle. Le problème de ces réponses est qu’elles n’abordent qu’une partie du problème. Avancer un argument politique qui porte n’a pas grand-chose à voir avec la vérité. L’émotion et l’autorité comptent tout autant, sinon plus, que la vérité. Nous ne sommes plus à l’ère de la post-vérité, mais bien à celle du mensonge éhonté, où la vérité devient une opinion parmi d’autres…»
Vous trouverez l’article complet écrit par Hubert Guillaud derrière <ce lien>
Je vais prendre quelques jours de congé, le prochain mot du jour sera envoyé le 14 novembre 2016.

Lundi 07/11/2016

Lundi 07/11/2016
« Une par une, les digues ont sauté. »
Sylvie Kauffman, à propos des élections américaines
Jamais nous ne pensions que ce personnage grossier qui passe son temps à insulter et à proposer des solutions anachroniques, qui dans sa longue vie d’affaires et personnelles a accumulé des casseroles, des faillites, des comportements odieux ne sortirait des primaires républicaines. Et pourtant Donal Trump l’a fait.
Nous pensions qu’enfin après la vidéo montrant sa manière de considérer et de parler des femmes, il n’existait plus aucune chance qu’il puisse emporter l’élection présidentielle américaine.
Les gens raisonnables continuent à penser, que ses chances pour l’emporter sont faibles, mais ils ne l’excluent plus depuis que par la décision du Directeur du FBI, l’enquête sur les courriels diplomatiques de Hillary Clinton a été relancée, même si hier soir, on apprenait que le FBI maintenait sa position de ne pas poursuivre Hillary Clinton. Cette position est a priori favorable à la candidate démocrate, mais Hillary Clinton reste très critiquée et détestée.
Pour celles et ceux qui ne suivent pas l’actualité, rappelons les faits (les autres pourrons sauter ce paragraphe vert).
Hillary Clinton a envoyé des mails diplomatiques alors qu’elle était Secrétaire d’État par l’intermédiaire d’outils personnels, alors qu’elle devait le faire par le canal des outils de l’appareil D’État des États-Unis. Selon le contenu des mails, cela peut constituer une faute très grave contre la sécurité des États-Unis. Il semblait que cette affaire était plus ou moins enterrée.
Mais une et peut être même la plus proche collaboratrice d’Hillary Clinton, Huma Abedin de père Indien ayant travaillé pour l’Arabie saoudite et d’une mère pakistanaise, a eu la bonne idée d’épouser un politicien démocrate Antony Weiner qui s’est révélé être un personnage ayant des mœurs et des comportement sexuels que la morale et aussi la Loi américaine réprouvent.
Dans le cadre d’une enquête pénale, car il est reproché à Antony Weiner d’avoir envoyé des messages sexuels à une adolescente de 15 ans, la police a découvert sur l’ordinateur de Weiner, un grand nombre des mails diplomatiques d’Hillary Clinton.
C’est cette découverte qui a poussé le Directeur du FBI, James Comey a écrire à des élus, vendredi 28 octobre, pour les informer que ses équipes allaient de nouveau enquêter sur l’affaire de la messagerie privée d’Hillary Clinton, dans une lettre rendue publique par des élus républicains du Congrès.
Barack Obama s’est exprimé et a fortement critiqué James Corney, qui est républicain et qu’il a nommé responsable du FBI (ce sont les mœurs américaines), d’être intervenu dans la campagne électorale si tardivement sans pouvoir présenter des accusations précises.
L’article de la journaliste du Monde Sylvie Kaufmann : « Le duel Trump-Clinton passera sans doute à la postérité comme la campagne qui a ébranlé la démocratie » que vous trouverez en pièce jointe m’a paru très intéressant et c’est pourquoi je le partage avec vous.
«  […] Dans les officines de propagande russes et chinoises, c’est la fête. Inutile de se creuser la tête pour dénicher des angles d’attaque contre la démocratie aux Etats-Unis : le spectacle offert par les chaînes de télévision américaines sur la campagne pour l’élection présidentielle du 8 novembre suffit largement. Il n’y a qu’à se baisser pour ramasser. Parfois très bas, mais le résultat n’en est que plus efficace.
Le président russe, Vladimir Poutine, a donc beau jeu de relever, comme il l’a fait fin octobre à Sotchi, que le débat électoral américain se résume à « qui a pincé qui, et qui couche avec qui ». Chez lui, les campagnes ont quand même plus de tenue.
Même souci de dignité dans le quotidien du Parti communiste chinois (PCC), Global Times, qui rappelle que les Etats-Unis aiment à voir dans leur système « l’étalon or de la démocratie ». « De plus en plus d’Américains ont honte de cette version de la démocratie, écrit un universitaire de Shanghaï. Les Chinois peuvent évaluer le système démocratique américain à l’aune de cette élection. » […]
Le plus grave, c’est que les méthodes populistes du candidat républicain, Donald Trump, dans cette campagne, ont fini par attaquer les fondements mêmes du système. Des digues ont sauté.
Traditionnellement, les Américains sont fiers de leur système : leur pays est, après tout, la plus grande démocratie du monde occidental, la fameuse « ville sur la colline » promise par les Pères pèlerins, chère au cœur de Ronald Reagan, qui devait servir de phare au monde libre.
Cette image, déjà mise à mal par la relation entre l’argent et la politique, s’est brisée. Selon un sondage publié par le New York Times et la chaîne CBS à quelques jours du scrutin, 82 % des électeurs avouent que la campagne leur a inspiré du « dégoût ».
[…]
Désarçonnés par la méthode Trump, qui fait de l’insulte et du mensonge une arme tactique, débordés par les réseaux sociaux, les médias classiques se sont retrouvés plongés, et largement impuissants, dans ce qu’ils ont baptisé « l’ère post-vérité ».
Percevant le candidat républicain comme un danger, voire un ennemi qui les désigne volontiers à la vindicte des militants dans ses meetings électoraux, les journalistes de presse écrite ont jeté aux orties la sacro-sainte règle de l’objectivité, pour passer au journalisme de combat.
[…] Dean Baquet, le directeur de la rédaction du New York Times, [a expliqué que] « Ce mélange d’information et de divertissement peut être drôle, sauf que maintenant on a un candidat officiel du Parti républicain à l’élection présidentielle qui est un produit de ce monde.»
Et je trouve cette conclusion de Sylvie Kaufmann très pertinente et inquiétante :
« Il serait faux, toutefois, de croire que ce grand malaise démocratique est apparu comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu : en réalité, prélude à la tornade Trump, l’orage gronde depuis plusieurs années sur Washington, où les dysfonctionnements de l’Etat fédéral bloquent la vie politique. Mais comme dit l’adage, il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. »
Car, en effet, Hillary Clinton est une très mauvaise candidate pour la présidence des Etats-Unis. Son seul atout finalement est d’être une femme, peut être la première femme présidente. Elle a, grâce à sa fondation, injecté des sommes beaucoup plus considérables que Trump dans cette élection. Elle est liée aux pires affairistes de Wall Street, c’est que lui a reproché Bernie Sanders d’ailleurs.
Wikileaks a publié des emails dans lesquels apparaît sa duplicité : des discours publics très éloignés de ce qu’elle exprime dans des rencontres avec les grands établissements financiers dont Goldman Sachs.
C’est pourquoi la grande majorité des américains ne l’aiment pas. Elle est le symbole de l’establishment qu’ils rejettent de plus en plus fort. Ce rejet de l’élite n’est d’ailleurs pas limité aux Etats-Unis
Bref en simplifiant, mais sans déformer, les américains ont le choix, le 8 novembre, entre un déséquilibré et une corrompue. C’est un choix compliqué.
A priori, il vaut peut-être mieux la corrompue, c’est peut-être moins dangereux, mais c’est quand même une corrompue !

Vendredi 04/11/2016

Vendredi 04/11/2016
«Les agissements dénoncés se sont inscrits dans le cadre d’une enquête sérieuse destinée à nourrir un débat d’intérêt général sur le fonctionnement d’un mouvement politique».
Cour de Cassation à propos de l’enquête de la journaliste Claire Checcaglini sur le Front National
Je crois que c’est la première fois que le mot du jour est un extrait d’un arrêt de la Cour de Cassation. Il s’agit de l’Arrêt n° 4638 du 25 octobre 2016 (15-83.774) de la chambre criminelle de la Cour de cassation que vous trouverez derrière ce lien : https://www.courdecassation.fr/jurisprudence_2/chambre_criminelle_578/4638_25_35391.html
Cet arrêt  a confirmé un jugement en appel qui avait lui-même était conforme au jugement de première instance.
Pour décrire la question que devait trancher la Cour de cassation, Patrick Cohen posa cette interrogation «Est-ce que tromper, c’est enquêter ?»
Il s’agit en réalité d’un vieux débat journalistique sur les méthodes d’enquête à base de caméras cachées et d’infiltration, qui vient de recevoir une réponse judiciaire.
En 2011, la journaliste Claire Checcaglini prend sa carte au Front national et milite sous un nom d’emprunt.
Pendant 8 mois, elle va participer à la vie de la fédération des Hauts-de-Seine, assister aux réunions, aux discussions entre militants.
Et elle tire un livre «Bienvenue au Front», qui décrit une dédiabolisation de façade, et un racisme omniprésent.
Hier, quatre ans après, la justice a définitivement enterré toutes les poursuites engagées par le Front National et donné raison à la journaliste infiltrée.
L’arrêt de la Cour de Cassation rapporté par l’AFP souligne que « les agissements dénoncés se sont inscrits dans le cadre d’une enquête sérieuse destinée à nourrir un débat d’intérêt général sur le fonctionnement d’un mouvement politique ».
Vous trouverez d’autres informations sur le site d’Arrêts sur Image : http://www.arretsurimages.net/breves/2016-10-27/La-journaliste-infiltree-au-FN-gagne-en-cassation-id20257
Le livre n’est plus disponible car l’éditeur qui était un éditeur local de Hénin-Beaumont, ville emblématique du Front National, a fait faillite.
Vous pouvez trouver encore le livre d’occasion mais très cher, mais vous pourrez certainement l’emprunter dans une bibliothèque, les bibliothèques de Lyon possèdent  plusieurs exemplaires.
Claire Checcaglini

Jeudi 03/11/2016

Jeudi 03/11/2016
« Et en l’hébergeant, j’ai semé de bonnes graines. C’était totalement gratos, mais ce que cela m’a apporté n’a pas de prix. »
Farshad, parisien, franco-iranien ayant accepté d’héberger un réfugié syrien dans le cadre du programme CALM
J’écoute toujours avec attention la revue de presse du week end de Frédéric Pommier, moment de poésie et de découvertes toujours étonnant, souvent touchant.
Ainsi la revue de presse du dimanche 30 octobre, où j’ai appris l’existence du mensuel NEON et du dispositif CALM : « Comme A La Maison . »
Ainsi, Frédéric Pommier rapporte :
«A ce propos, on estime du reste à 10.000 le nombre de Français qui ont aujourd’hui proposé d’ouvrir leurs portes aux réfugiés. 10.000 personnes l’ont proposé, et 250 l’ont fait à travers le dispositif CALM, signifiant « Comme A La Maison »… C’est dans ce cadre-là que Farshad, 35 ans, Parisien qui navigue entre l’animation et la production musicale, a accueilli chez lui un jeune Syrien pendant deux mois… Il raconte son expérience dans le mensuel NEON et, d’emblée, il prévient : « Je ne suis pas l’Abbé Pierre et pas un adepte de ce qu’on appelle les ‘bons sentiments’… »
Mais au printemps dernier, un reportage à la télé lui « vrille » littéralement le cœur… On y voyait une mère syrienne pataugeant dans une rivière en serrant son môme dans les bras.
Ses bras à lui, Farshad décide alors de ne pas les laisser croisés. Et sans doute parce qu’il est lui-même un exilé – ses parents ont quitté l’Iran quand il n’avait que quelques mois, il a donc contacté une association qui met en lien des réfugiés et des particuliers prêts à les héberger. Et c’est ainsi qu’on lui a présenté Rudi, journaliste syrien maintes fois écroué dans les geôles d’Assad pour délit d’opinion. Il y a connu la torture, a perdu des dizaines de proches. « On s’est regardé, et j’ai vu un mec épuisé. Epuisé mais digne et qui ne portait pas sa douleur en bandoulière. On s’est illico sentit ‘frérots’ », raconte-t-il…
Bien sûr, la cohabitation a nécessité, au départ, quelques ajustements. « En propriétaire mesquin, j’avoue que j’ai d’abord craint qu’il me pique des trucs. Et Rudi, lui, avait tendance à se comporter chez moi comme une femme de ménage, pour s’excuser d’être là. » Ensuite, ce ne fut qu’une vie de partage. Le quotidien, les soirées, jusqu’à ce que Rudi trouve un appartement à louer. Deux mois de cohabitation, et une amitié devenue indéfectible. « Ce mec, c’est ma plus belle rencontre», reconnaît Farshad. « Et en l’hébergeant, j’ai semé de bonnes graines. C’était totalement gratos, mais ce que cela m’a apporté n’a pas de prix. » Parfois, certains laissent de jolie traces sans même s’en rendre compte.
Témoignage simple et lumineux, à lire donc dans le mensuel NEON.»,
Frédéric Pommier, évoque les traces qu’on laisse, parce qu’avant de parler du geste de Farshad, il a évoqué le journal LA CROIX et une chronique de Bruno Frappat :
«Quelle trace laisse-t-on sur terre une fois qu’on n’y est plus ? C’est la question qu’on se pose à certaines étapes de sa vie… Quand on prend de l’âge, souvent… Un anniversaire de plus. Ou alors quand on tombe malade. Et parfois, on réalise que des traces, on n’en laissera aucune… Parce qu’on n’a pas été quelqu’un d’exceptionnel. Rien fait d’exceptionnel. Rien créé ni rien fait pour que le monde se porte mieux… Mais lorsque l’on meurt, il arrive tout de même que certains prennent la plume pour dire leur peine et dire qu’ils pensent à celle ou à celui qui s’est éteint. C’est ce que fait, ce week-end, Bruno Frappat dans LA CROIX, avec une chronique qu’il a très sobrement titrée « Le Monsieur du sixième ».
« Le monsieur du sixième est décédé. Dans la discrétion. Comme il avait vécu. Enfin disons plutôt qu’il s’est éclipsé, comme on le voyait faire quand, par extraordinaire, il franchissait le seuil de l’immeuble cossu pour aller s’acheter des cigarettes, toujours la même marque mentholée, par cartouches entières… » De son voisin, Bruno Frappat ne savait pas grand-chose. Tout juste qu’il était le doyen de l’immeuble et que dans sa jeunesse, il avait exercé le métier de contorsionniste.
Il n’était pas causant, excepté avec la gardienne. Il avait peu de famille. Juste une sœur dans le Sud-Ouest, mais ils étaient brouillés. Et puis il est tombé malade et il est mort à l’hôpital. « Il est sorti de la société et de nos vies par la petite porte », conclue le chroniqueur.
Et son très joli texte est une forme d’hommage à tous ceux qui meurent sans qu’on s’en aperçoive. Un hommage à tous ceux qu’on n’a pas pris le temps de regarder. »

Mercredi 2 novembre 2016

« Peter Sadlo»
(27/06/1962 – 29/07/2016) Percussionniste génial

Je partage avec Michel Rocard, l’idée et surtout l’expérience que les plus grands et beaux moments de notre vie ne sont jamais liés à l’argent.

Pour ma part que pourrais-je citer ?

  • Ma rencontre avec ma douce compagne.
  • La naissance de mes deux merveilleux enfants et des moments de partage avec eux.
  • Et aussi de magnifiques moments artistiques.

Et parmi ces moments, il en est qui est toujours présent : c’est le concert que donna en 1987 à la salle Pleyel, Sergiu Celibidache avec son Orchestre Philharmonique de Munich dans la huitième symphonie de Bruckner.

Je me souviens encore du visage baigné de larmes d’émotion de la jeune femme qui était assis devant moi et qui se tourna vers ses amis à l’issue de l’adagio sublime.

Et puis, il y eut le 4ème mouvement, où à 3 reprises, pendant quelques instants, intervint le timbalier de l’orchestre philharmonique de Munich. Des moments de grâce, un artiste d’exception, inexplicable : comment peut-on avec une intervention aussi restreinte et avec aussi peu de moyens : 4 timbales c’est à dire 4 notes, dégager autant de charisme, de beauté et de force ?

A la fin du concert, il y eut bien sûr une standing ovation et lorsque Celibidache désigna, comme premier musicien à saluer, le percussionniste, une immense ferveur se manifesta dans le public.

C’était il y a 29 ans et j’avais 29 ans.

A l’issue du concert, j’appelais immédiatement mon grand frère Gérard, qui venait de quitter Paris et l’Opéra pour le poste de violon solo de l’Orchestre Philharmonique des Pays de la Loire à Nantes pour lui dire mon émotion devant ce concert et particulièrement ce percussionniste dont j’ignorais le nom.

Récemment je découvris sur Youtube un enregistrement à Tokyo de cette symphonie de Bruckner avec Celibidache et je retrouvais ce percussionniste et les formidables sensations de l’époque.

Quand mon frère vint me rendre visite il y a quelques semaines, je lui montrais cet enregistrement en déplorant de ne pas connaître le nom de cet artiste.

Et ce week end, il m’annonça qu’il avait trouvé le nom du percussionniste : Peter Sadlo mais que malheureusement il venait de mourir le 29 juillet 2016, à l’âge de 54 ans suite à une opération chirurgicale.

Alors ce week end, j’ai fait des recherches approfondies sur cet artiste et j’ai constaté qu’il faisait l’unanimité. Beaucoup parle de lui comme le percussionniste le plus génial de son époque et les vidéos que j’ai pu voir m’ont époustouflé : la diversité des instruments qu’il jouait, sa technique notamment sur un marimba (grand xylophone), sa musicalité, les nuances dont il était capable sont fascinantes.

Suite à un malentendu, j’ai été entraîné à assister, le 17 octobre,  à un concert à l’Auditorium de Lyon d’une pianiste : Hiromi accompagnée d’une basse et d’une batterie. Ce sont certainement des artistes de qualité, mais le son était tellement amplifié et saturé que je suis incapable d’en juger. C’est un son sans aucune nuance, en règle générale c’est très très fort quelquefois un peu moins fort, mais quasi toujours uniforme. La pianiste n’avait retenu du piano que le fait qu’il s’agit aussi d’un instrument à percussion et voulait donc rivaliser avec la batterie pour savoir celui qui était capable de produire le plus de décibels. Pour ce faire elle se levait pour pouvoir mieux cogner sur ce pauvre instrument qui est à percussion mais aussi à cordes. Je me suis efforcé de rester jusqu’au bout en essayant de comprendre l’enthousiasme du public fort nombreux qui m’entourait. En toute humilité, je n’ai toujours pas compris.

Peter Sadlo faisait de la musique, produisait un son non saturé même s’il était fort et était capable de faire des nuances. Son répertoire n’était pas forcément classique, et quelquefois il utilisait des objets improbables pour faire du rythme et des nuances.

Voici une vidéo où sont présentés différentes facettes de son talent et il y a notamment un des extraits de la 8ème symphonie (à 6mn42) dont je parlais tantôt : https://www.youtube.com/watch?v=eFj886x6q34

Ici il y a deux petites œuvres où il joue un marimba avec quelques autres amis percussionnistes : https://www.youtube.com/watch?v=xMPF8bGiUMs & https://www.youtube.com/watch?v=YOE272lWOtw

Et ici un moment d’anthologie une œuvre contemporaine qui est un concerto pour percussion et orchestre absolument époustouflant :

En live, je ne l’ai entendu qu’une seule fois mais je ne l’oublierai jamais.

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Vendredi 28/10/2016

Vendredi 28/10/2016
«Nous sommes à la veille d’une mutation de l’espèce humaine.»
Joël de Rosnay
«Je cherche à comprendre », voilà un titre qui ne peut qu’attirer mon attention.
«Je cherche à comprendre » furent les derniers mots prononcés par Jacques Monod, l’auteur du «hasard et la nécessité», avant de mourir.
«Je cherche à comprendre » est le titre du dernier livre de Joël de Rosnay.
Joël Rosnay est un scientifique mais on lui attribue aussi la qualité de prospectiviste, c’est à dire la capacité de prévoir les évolutions qui vont structurer notre avenir.
Sa réflexion à la fois inquiète et optimiste s’oppose résolument aux transhumanistes de la silicon valley qui croient que l’intelligence artificielle va dominer l’homme. Il pense au contraire qu’avec  l’intelligence artificielle, qu’il appelle «l’intelligence collective augmentée» nous pouvons devenir encore plus humain. Il met au cœur de sa réflexion, l’unité de la nature, pressentie par les philosophes comme Spinoza et démontrée par les scientifiques à la découverte des structures du vivant.
« […] Le mot-clé, c’est « codes ». Les codes qui semblent avoir été utilisés pour programmer la nature et lui conférer une telle unité, une telle harmonie, que je décris en évoquant notamment la suite de Fibonacci ou le nombre d’or. Mais aussi les codes qui programment la société, le code social, le Code pénal, le code des impôts, le Code de la route… et même le code PIN. Et encore, les codes sources qui ouvrent la possibilité de créer une intelligence artificielle et du deep-learning.
La perspective du transhumanisme fait planer la menace d’un monde dans lequel l’homme se trouve en concurrence avec lui-même et crée les conditions de sa propre disparition. Mais il existe peut-être des solutions alternatives. Plutôt que l’intelligence artificielle, nous pouvons opter pour une intelligence augmentée collective nourrie de réflexion et de spiritualité. Plutôt que le transhumanisme, viser l’hyperhumanisme.
[Ce livre] Je l’ai d’abord écrit pour moi. L’harmonie de la nature que j’y décris a changé ma façon de voir les choses et a conforté mon espoir dans un avenir positif. Mais il s’adresse à la fois au grand public, aux politiques, aux industriels – qui aujourd’hui, sont dans une vision catégorique, séquentielle, analytique, pyramidale… J’essaie de montrer pourquoi il faut briser ces catégories. La structure de l’organisation sociétale, pyramidale et hiérarchique, qui elle-même découle d’une volonté d’exercice solitaire du pouvoir -le « libido dominandi » de Machiavel-, constitue l’un des plus grands freins à l’avènement de cette société que j’appelle de mes vœux. […]
Les villes et les entreprises, du moins certaines d’entre elles, sont très en avance  sur les États. Par exemple, à l’instar de Copenhague, elles sont de plus en plus nombreuses à viser 100% d’énergies renouvelables d’ici à 2030 ou 2040. Malgré l’intermittence de certaines énergies renouvelables, elles y parviendront grâce à des économies d’énergie, de l’efficacité énergétique, des réseaux intelligents et un mix énergétique adapté aux ressources locales. Je ne pense pas qu’il faille continuer d’investir des milliards dans des modes de production d’énergie centralisés comme les EPR qui, en outre, sont de plus en plus coûteux, alors que le prix des énergies renouvelables, au contraire, n’en finit pas de baisser dans le monde entier. Dans le même temps, la France est un des pays les plus avancés d’Europe en matière de smart grids. On voit même, à Québec ou à Brooklyn, des habitants s’échanger l’électricité solaire qu’ils produisent en utilisant la Blockchain.
De façon plus générale, les villes sont l’avenir du monde. Elles concentrent les crises économique, écologique, humaine, la crise de l’emploi, celle du logement… et donc les solutions pour y remédier. Une ville fonctionnant en économie circulaire est un modèle de sauvetage du monde. C’est sur ces principes d’écologie intelligente et d’économie circulaire que j’ai accompagné l’Île Maurice – où je suis né et où j’ai vécu – dans le cadre de « Maurice Île durable« . Si on peut le faire à Maurice, alors on peut le faire partout.
[…] j’ai moins peur de l’intelligence artificielle que de la bêtise naturelle ! Mais je crois plus à l’« intelligence collective augmentée » que j’évoquais déjà dans mon livre « Le Macroscope », en 1975! Grâce aux smartphones, à l’intelligence artificielle, à la robotique, auxquels s’ajoute le pouvoir de l’interconnexion des uns avec les autres, nous devenons plus que nous-mêmes. Nous pouvons démultiplier nos capacités. Nous sommes à la veille d’une mutation de l’espèce humaine qui va advenir dans le siècle qui vient.
Aujourd’hui, ce potentiel est occulté par la concurrence, la compétition, la volonté de pouvoir… mais l’empathie, l’altruisme, la reconnaissance de la diversité, le partage, l’art, l’amour… permettraient de faire émerger cette nouvelle espèce humaine.
À l’inverse du transhumanisme – élitiste, égoïste et narcissique, qui s’adresse à l’individu et son rêve d’immortalité, l’hyperhumanisme parle à la société et peut conduire à une collectivité mieux organisée, respectueuse, capable de créer une nouvelle humanité.
Je reconnais qu’il s’agit d’un pari. Plutôt qu’optimiste, je me considère comme positif, constructif et pragmatique. Dans ce livre, j’ai voulu témoigner de ma confiance en notre capacité de construction collective de l’avenir, grâce à l’intelligence augmentée qui nous incite à être encore plus humain qu’aujourd’hui. […]
En effet, le « solutionnisme » de la Silicon Valley, qui veut changer le monde par la technologie, m’inquiète. Les Gafa, ce sont des entreprises-Etats, dont la capitalisation boursière équivaut à la richesse totale de certains pays. Ces véritables monopoles numériques transversaux se heurtent à des États-nations qui ne le sont pas du tout. Ce sont avant tout des plateformes d’intelligence collaborative, bien plus que des sites de e-commerce.
Grâce au big data, ils créent de la valeur ajoutée à partir des informations que nous laissons chez eux et la revendent à d’autres. Cela crée une situation gagnant/gagnant très curieuse.
Mais nous pouvons lutter contre ces conditions monopolistiques en utilisant les mêmes outils, grâce à la co-régulation citoyenne participative, qui permet de passer de la société de l’information à celle de la recommandation. C’est le « citizen feedback » dont je parlais dans Le Macroscope. Cela répond aux attentes de ces jeunes à la recherche d’un rôle plutôt que d’un job, et à celles des entreprises qui aspirent à endosser, elles aussi, un rôle sociétal. Ce changement va se faire par auto-évaluation. Au-delà des votes, des sondages, des référendums, les nouveaux outils permettent une auto-évaluation collective et en temps réel de nos actions collectives. […]
Je parle en effet de spiritualité et d’émerveillement, deux mots étranges pour un vulgarisateur scientifique. Mais je ne suis pas le premier à être émerveillé par l’unité et l’harmonie de la nature… Einstein, Spinoza, Pythagore ou encore Jacques Monod l’ont été avant moi. Lorsqu’on observe cette perfection, on ne peut que se demander ce qu’il y a derrière. On dirait que tout a été fait pour aboutir à cette harmonie. Pour beaucoup, la réponse à cette question est « Dieu ». Mais je ne suis pas dans une approche religieuse, du rite, du dogme. Néanmoins, comme mes amis Hubert Reeves et Yves Coppens, je m’interroge sur cette forme d’organisation inexpliquée qui pose question. Le scientifique que je suis avoue ne pas connaître la réponse. C’est un « mystère inexplicable, mais présent ». Dans mon livre, je fais référence à la tapisserie de la licorne. La plupart des gens ne voient que le résultat, sublime. Mais les scientifiques ou les philosophes vont voir derrière la tapisserie pour essayer d’interpréter les motifs. Je ressens un sentiment de spiritualité laïque, émergeant de l’unité, qui m’incite à donner du sens à ma vie et à transmettre.»
Il y aussi cette vidéo où il parle de son livre et comme il est un homme moderne, il a créé un blog http://www.chercheacomprendre.com/ qui accompagne son livre.

Jeudi 27/10/2016

Jeudi 27/10/2016
« Pardonne-moi mon Anne »
François Mitterrand, dans « Les lettres à Anne » qui ont été publiées le 13 octobre.
Et Mitterrand mourut. Plus précisément, on le sait maintenant, il demanda qu’on lui donne la mort parce que la souffrance était devenue trop grande et qu’il ne voulait pas que vivant, il perde le contrôle de lui-même.
Quelques mois auparavant, poussé par les évènements, il accepta ou plutôt participa finalement au dévoilement de l’existence de sa fille cachée : Mazarine. Et il organisa ses funérailles, mettant en scène ses deux familles : l’officielle avec Danielle Mitterrand et ses deux fils Jean-Christophe et Gilbert, la secrète Anne Pingeot et sa fille Mazarine.
Nous savons aujourd’hui, que Jean-Christophe et Gilbert rencontrèrent pour la première fois leur sœur Mazarine le matin de l’enterrement.
Beaucoup s’en offusquèrent. Le monarque républicain qui condamne la polygamie, présente dans les faits en France à cause de l’immigration, montre au monde entier que lui-même a pratiqué cette culture de la soumission des femmes.
J’étais dans ce camp.
J’aimais cette réponse d’André Gide à l’interpellation : M Gide, il ne faut pas juger : « Je ne juge pas, je condamne ! ».
Anne Pingeot a publié, 5 ans après le décès de Danielle Mitterrand, deux livres issus de la plume de François Mitterrand. Le plus imposant est le recueil de plus de 1000 lettres de François Mitterrand lui a adressées.
Anne Pingeot a accepté de répondre dans l’émission <A voix nue>, aux questions de Jean-Noël Jeanneney pendant 5 émissions d’une demi-heure chacune. Il est annoncé que ces entretiens seront les seuls auxquels, elle acceptera de répondre.
J’ai écouté ces 2 heures 30 d’émission, totalement sous le charme de cette femme de 73 ans à la voix jeune et enthousiaste, au rire cristallin. Irrésistiblement j’ai été poussé à entrer dans une librairie pour acheter ce livre, hélas pour moi un trop grand nombre avait déjà eu cette idée et il n’y avait plus d’exemplaire pour moi.
Le monde binaire du manichéisme, constitue une facilité coupable. Le monde, la vie sont complexité.
Nous apprenons donc qu’Anne Pingeot a rencontré pour la première fois François Mitterrand à l’âge de 14 ans alors que son père avait invité après une partie de golf, François Mitterrand et André Rousselet son grand ami et son exécuteur testamentaire, rencontre dont elle se souvient encore aujourd’hui.
C’est autour de 19 ans que commencèrent leurs échanges épistolaires en 1962. Cette histoire d’amour dura donc plus de 30 ans.
Au début des entretiens, Anne Pingeot révèle que c’est Hubert Védrine, président de l’institut François Mitterrand et Jean-Noël Jeanneney qui lui ont demandé si elle disposait de documents qui pourraient éclairer la vie de François Mitterrand, à l’occasion de son centième anniversaire. Et elle parle de ses doutes : « Fallait-il le publier ? (…) Je ne sais pas, je ne sais pas. Il savait que je conservais tout, par métier et par nature. Mais, est-ce qu’il voulait que ce soit publié… Vous voyez… Toujours, je me pose la question ».
Elle parle de l’influence de Jean-Noël Jeanneney à qui elle a posé la question et qui bien sûr, en qualité d’historien toujours à la recherche de sources premières, ne pouvait dire que oui. Elle lui reproche un peu de l’avoir poussé à publier. Elle parle aussi de ce dilemme : laisser le soin d’ouvrir et de traiter ces archives à d’autres et à titre posthume avec le risque de trahir ou de mal comprendre, ou s’en charger soi-même avec le risque d’une publication prématurée et de devoir recevoir toutes les critiques de tous ceux qui à juste titre auraient préféré attendre.
Elle explique comment a été possible pour une femme moderne et intelligente d’accepter cette vie dans l’ombre d’un homme pendant plus de 30 ans. Situation totalement révoltante à l’ère moderne et dans le contexte de l’émancipation féminine.
Elle utilise, elle-même le terme «inacceptable» et évoque le monde «réactionnaire» dans lequel elle a vécu son enfance : « Quand on a eu le droit de parler à table, je n’ai qu’entendu… Par exemple sur la vision de la femme : la femme est quelqu’un qui doit être soumis, qui ne doit avoir aucune vie intellectuelle, et ça ça a compté beaucoup quand même. Ça empêche. Il va falloir l’aide de François Mitterrand pour essayer autrement, dans une autre direction. En même temps, ce côté de soumission a fait en sorte que j’ai accepté l’inacceptable. »
Le reste de sa vie fut une suite de combats pour être indépendante, gagner sa vie, avoir son propre appartement. Elle évoque le début de son existence à Paris d’abord l’apprentissage des vitraux – qui ne mène à rien -, puis finalement du droit et l’Ecole du Louvre en parallèle, pour se retrouver dans le monde des musées. Rappelons qu’elle fut la conservatrice du musée d’Orsay.
Et très rapidement, à Paris, Mitterrand sera très présent. Elle utilise pourtant, pour le qualifier, du terme de « prédateur ».
Elle raconte cette liaison faite de crises et de réconciliations. Elle a voulu le quitter plusieurs fois, vivre sa vie avec des jeunes de son âge : «  J’ai évidemment essayé de le quitter, beaucoup. Ces lettres sont souvent le reflet des essais. Mais pour simplifier, personne n’arrivait à être aussi intéressant. Personne n’était aussi fascinant. C’est tellement important de ne jamais s’ennuyer. »
Mais « à la fin je lui reprochais ses lettres trop belles. Je trouvais que la vie, ça aurait été mieux. »
Et François Mitterrand d’écrire : «Anne au cœur donné et à l’âme fière. Tu es ma lumière, mais que t’ai-je donné, plus que tu dis, moins qu’il ne faut. Notre histoire est si difficile qu’elle a bien le droit d’être unique.»
Mitterrand était un homme secret qui disposait de plusieurs cercles de relations qui ne se rencontraient pas. Probablement qu’Anne Pingeot, fut au cours de ces plus de trente ans la personne qui le connaissait le mieux, à qui il a révélé le plus de choses.
Anne Pingeot aussi raconte le François Mitterrand, homme politique : « Chaque hameau était marqué… C’était systématique. Il avait un vrai contact avec les gens. Et moi je l’ai suivi, au début. J’ai assisté aux réunions de conseil municipal. Il connaissait tout. C’est ça qui lui a donné cette connaissance que les autres n’ont plus maintenant. Ils ne savent plus ce que c’est. Ils ont des attachés parlementaires, il allait dans les champs, voir les gens. »
Et puis il y a cette confidence lorsqu’elle avait pris la décision de le quitter pour se marier avec un ingénieur de grande école, il part en Inde, et se heurte de plein fouet à la misère du monde. Il lui raconte dans ses missives, et dans le « journal de bord » qu’il tient et lui rapporte à son retour.
Anne Pingeot : « Lui, sa réaction, c’est de partir dans un slum [bidonville], en Inde, auprès d’un Père assez extraordinaire d’ailleurs. Moi ça m’a bouleversée. Et je suis restée. »
François Mitterrand : «Le Père Laborde a peut-être 45 ans, est maigre, à forte mâchoire, des cheveux gris bien peignés, un rire frais, presque enfantin, des lunettes de fer. Il ne se déplace qu’à bicyclette, ou en train. Il sait tout faire, et n’est qu’humilité. J’irai demain m’installer avec lui dans son cagibi du slum, et je suis déjà embauché pour aider un jeune médecin libanais qui soigne comme il peut. (…) Pas d’air, pas d’arbres, des milliers de gens dans la rue. (…) Selon Christian, la moyenne de vie est de 30 ans. Il soigne des gens dans la rue, amassés le long des rigoles.(…) Je me force terriblement, je n’ai pas la vocation du malheur. »
Mais c’est aussi la maternité qui fit rester Anne Pingeot dans le cercle intime de François Mitterrand. Elle évoque cette importance, pour elle, d’avoir eu un enfant avec lui : « Et au fond, je pensais que c’était le seul acte altruiste qu’il avait fait. Et le comble, c’est que cet acte altruiste a été un des bonheurs de sa vie. »
Car elle raconte que l’enfance de Mazarine fut finalement très proche de son père qui passait, sauf quand il était en voyage, les soirées et les nuits avec elles. Elle raconte qu’il lui racontait des histoires et qu’il chantait pour l’endormir… Comme nous le faisions pour nos enfants.
Dans ces émissions j’appris aussi que contrairement à ce qu’on a affirmé, François Mitterrand aimait la musique : Beethoven, Schumann, Dvorak mais aussi Leo Ferré et Barbara.
Dans la dernière émission, Anne Pingeot lit quelques poésies qu’il lui a écrites. Je partage avec vous celle-ci :
«Pour les fleurs que tu n’as pas reçus
Pour les livres que je ne t’ai pas lus,
Pour les pays que nous n’avons pas vus,
Pour les bonheurs perdus,
Je te demande pardon, mon Anne
Pour l’amour que je t’ai mesuré,
Pour la paix que je t’ai refusée
Pour les heures que je ne t’ai pas données
Pour l’espérance délaissée
Je te demande pardon, mon Anne
Pour les paroles inutiles
Pour les silences distraits
Pour les rendez-vous manqués
Pour les pas dispersés
Pour les prières oubliées
Je te demande pardon, mon Anne
Pour la ferveur de chaque jour,
Pour l’attente de chaque nuit
Pour la pensée de chaque matin
Pour la passion de chaque étreinte
Pardonne-moi mon Anne. »
Lors de sa présidence, François Mitterrand partagea donc ses soirées et nuits parisiennes avec Anne Pingeot et sa fille. Les ultimes mois de sa vie, il les passa avenue Frédéric-Le-Play, dans le VIIe arrondissement de Paris, où Anne Pingeot était à ses côtés, chaque jour, chaque nuit.
Le 22 septembre 1995, l’ultime lettre que François Mitterrand adresse à Anne Pingeot —se clôt par ces mots
« Tu as été la chance de ma vie. Comment ne pas t’aimer davantage ? »
Au terme de ce long mot consacré à un homme que j’ai longtemps détesté mais aussi à une femme qui m’émeut, j’abandonne le mot de Gide : « Je ne juge pas je condamne » pour celui de Jean Cocteau qui fut le mot du jour du 9 septembre 2013
 «Surtout, surtout… sois indulgent,
Hésite sur le seuil du blâme.
On ne sait jamais les raisons
Ni l’enveloppe intérieure de l’âme,
Ni ce qu’il y a dans les maisons,
Sous les toits, entre les gens. »

Mercredi 26/10/2016

Mercredi 26/10/2016
«François Mitterrand»
(26/10/1916 – 08/01/1996)
François Maurice Adrien Marie Mitterrand est né le 26 octobre 1916 à Jarnac, il y a 100 ans.
Jarnac est une ville du département de Charente, située sur la rive droite du fleuve Charente, entre Angoulême et Cognac et qui comptait en 2013, 4 449 habitants.
Mais le nom de Jarnac est surtout connu en raison de l’expression « coup de Jarnac » qui désigne un coup violent, habile et imprévu. Il a pris une connotation de coup déloyal ou pernicieux, qui n’existait pas à l’origine.
Car dans son sens premier et d’escrime, il s’agit d’un coup à l’arrière du genou ou de la cuisse, rendu célèbre par Guy Chabot de Jarnac, qui le porte lors d’un duel judiciaire en 1547.
Vous trouverez, sur le site de la ville de Jarnac, une explication détaillée et historique dans laquelle les habitants de Jarnac tente de dissocier le nom de «Jarnac» de l’adjectif «déloyauté».
Toujours est-il que François Mitterrand est né jarnacais, qu’il a toujours conservé des liens étroits avec sa ville natale et qu‘à la fin de quelques tergiversations, il décida d’y retourner pour sa dernière demeure.
Si je ne me soumets pas à un profond et exigeant travail intellectuel, à l’appel de la raison la plus objective, je tombe tout naturellement dans un réquisitoire à charge qui dénonce le démagogue, l’homme assoiffé de pouvoir, aux relations sulfureuses.
En 1981, plein d’espoir, j’ai voté pour celui qui disait et écrivait :
«La droite n’a qu’une ambition c’est de conserver le pouvoir, moi je n’ai qu’un objectif vous le rendre», «L’Europe sera sociale ou ne sera pas»
Son programme économique de 1981, notamment les nationalisations à 100%, dénoncées par Michel Rocard, a été une absurdité. Il a d’ailleurs dû y renoncer en 1983, sans l’assumer et sans l’expliquer.
Il nous a entraînés dans une course à l’abime, en dissolvant la France dans une Europe du marché concurrentiel sans limite, sans structure, sans pouvoir politique, et élargie sans cesse vers de nouveaux entrants sans que les règles de prise de décision n’aient été adaptées à cette nouvelle configuration.
Il a pensé que l’Euro serait une arme qui permettrait à la France de contraindre l’Allemagne, alors que c’est exactement le contraire. L’Euro est configuré sur le modèle du Mark en harmonie avec le grand pays industriel, composé d’une population vieillissante et rentière, l’Allemagne.
L’Euro est avant tout une contrainte pour un pays ayant une jeunesse beaucoup plus vigoureuse et un tissu industriel beaucoup moins puissant que son voisin germanique.
Il a décidé de la retraite à 60 ans, vécu certes par ceux qui ont en bénéficié comme un magnifique cadeau, mais qui dans cette extraordinaire et bienheureuse explosion de l’espérance de  vie des humains  et dans un  contexte de système de retraite par répartition constituait un acte irresponsable contre notre jeunesse et son avenir.
Il a aussi accompagné la dérive de l’individualisme :
«Moi, moi seul et tout de suite» ce que Régis Debray qualifie du «tout à l’ego» au dépens du «nous», de ce qui fait société et prépare l’avenir.
Dans un des premiers mots du jour, celui du 27 novembre 2012, je rapportais des propos privés que Jean-Pierre Chevènement citait dans son livre « La France est-elle finie » et que Mitterrand lui avait tenu en 1979
«Je ne pense pas qu’aujourd’hui, à notre époque, la France puisse faire autre chose, hélas, que passer à travers les gouttes».
C’était le propos lucide d’un homme politique habile et démagogue qui en public magnifiait la grandeur de la France et qui en privé n’y croyait pas.
Ce à quoi il croyait c’est au pouvoir. Il restera dans le livre des records comme le Président de la République étant resté le plus longtemps dans ses fonctions, deux septennats. Personne ne pourra le dépasser désormais, puisque le quinquennat a remplacé le septennat et que le nombre de mandats est limité à deux.
Et puis il y eut toute cette boue au cours de sa carrière, ses débuts dans l’extrême droite, son attitude ambigüe au début de régime de Vichy, des amitiés coupables avec des criminels de cette époque comme René Bousquet, son manque de clairvoyance lors de la guerre d’Algérie, son approbation active dans l’exécution des condamnés à mort algérien.
Et encore son attitude versatile à l’égard de la 5ème république, écrivant un pamphlet flamboyant contre elle <Le coup d’état permanent> et dès qu’il est parvenu, après 3 tentatives, à s’installer sur le trône de ce régime honni, il s’y est plu et a profité de toutes les manettes que lui donnait ce régime qu’il dénonçait.
Il a utilisé, pour protéger sa vie privée, des outils régaliens réservés pour l’intérêt supérieur de l’Etat et notamment fait écouter des dizaines de françaises et de français, en toute illégalité.
Dans la plupart des pays équivalents, ces manœuvres auraient été dénoncées et conduit à sa destitution. Mais la France n’est pas le pays des droits de l’homme … La France est un pays monarchique qui croit en le pouvoir d’un homme et qui continue à y croire en profondeur, alors que même tout prouve que cela est devenu absolument contre-productif.
Jean d’Ormesson l’a décrit de la manière suivante : «c’est un homme qui avait un rapport complexe avec la vérité».
Finalement ce qui le caractériserait avant tout, dans son combat politique ce serait ce mot d’ordre : « l’essentiel c’est de durer».
Voilà ce que j’écrirais si je me laissais aller.
Mais tu l’as écrit !
Oui …
Je me suis laissé aller.
Mais depuis nous avons eu d’autres présidents de la République et d’autres discours, et d’autres attitudes…
Et alors, quand on lit les discours de Mitterrand, qu’on lit ses livres ou qu’on écoute ou lit ses interviews, la comparaison est accablante.
C’était un homme de culture, de profondeur, d’esprit.
On dit François Hollande très intelligent. Probablement, mais ce n’est pas l’intelligence de Mitterrand.
Et malgré toutes mes réticences et critiques, si je peux me nourrir intellectuellement dans l’expression de l’intelligence de Mitterrand, je n’y arrive pas avec l’intelligence du président actuel.
Lorsque François Mitterrand annonça à tous son cancer de la prostate en 1992, il eut cette phrase : «Dans la hiérarchie des choses agréables, ça ne vient pas en premier rang, c’est un combat honorable à mener contre soi-même.»
«Un combat honorable» ce fut l’expression que j’ai utilisée, quand j’ai eu à annoncer à mes collègues de travail que j’allais devoir m’absenter, quelques temps, pour cette même raison qui tourmenta François Mitterrand à la fin de son existence.
Dans ce type de circonstance, on devient brusquement moins critique.
Et quand on regarde cette émission, Mitterrand face à la mort, on ne peut être que saisi par la profondeur et la richesse du personnage. Il y aussi ce témoignage de gens simples du Morvan où il avait été si longtemps député et qui l’avait aidé et soutenu pendant ses premières années et à qui il envoyait pendant toute sa présidence et au cours de ses voyages des cartes écrites de sa main avec des pensées amicales, car cet homme rusé et manipulateur était aussi fidèle en amitié et capable de gestes gratuits simplement par reconnaissance et fidélité.
C’était un homme de culture et d’Histoire. Ses discours sont des moments habités où le verbe se fait chair et la technocratie n’a pas sa place.
Son dernier discours des vœux le 31 décembre 1994 :
« L’an prochain, ce sera mon successeur qui vous exprimera ses vœux. Là où je serai, je l’écouterai le cœur plein de reconnaissance pour le peuple français qui m’aura si longtemps confié son destin et plein d’espoir en vous. Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. Je forme ce soir des vœux pour vous tous en m’adressant d’abord à ceux qui souffrent, à ceux qui sont seuls, à ceux qui sont loin de chez eux. Bonne année et longue vie. Vive la République. Vive la France»
Il y a aussi ce dernier discours au Parlement européen où on voit son état de santé fragile et pourtant son message reste plein de force et fascine son auditoire : «Le nationalisme c’est la guerre !»
Et il y aussi cet entretien où il se livre à Jean-Pierre Elkabbach en septembre 1994 et où il parle de son parcours, de l’influence de son milieu et de son éducation et aussi de ses relations avec Vichy.
Récemment j’ai entendu, lors de l’émission de France Inter consacré au livre d’entretiens de François Hollande avec deux journalistes, que le président actuel se sentait parfois bien seul dans le palais de l’Elysée et qu’il passait certaines de ses soirées avec un plateau repas devant les chaines d’info, devant des chaines d’info ! François Mitterrand, dans la même situation se serait réfugié dans la lecture, car les livres le nourrissaient et lui donnaient sa consistance et sa force. C’est Piketty qui dit : les hommes politiques d’aujourd’hui ne lisent plus.
Que dire encore ?
Probablement parler des lettres à Anne, je le ferai demain.​

Mardi 25/10/2016

Mardi 25/10/2016
«Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.»
Jean de la Fontaine (1621-1695)
Nous vivons une époque moderne et formidable, dans laquelle malgré l’obscurantisme de groupes religieux débiles et archaïques, des savants continuent à chercher à comprendre.
Nous connaissons tous  la fable de La Fontaine : »Le lièvre et la tortue » qui aboutit à un résultat contre intuitif : la tortue bat le lièvre à la course.
La science dit que la fable a raison. Vous trouverez ces éléments sur ce site : 
En effet, les Thaïlandais ont reproduit la course entre un lièvre (en fait, ici, un lapin…) et une tortue, lors d’un salon sur les animaux de compagnie nommé Pet Variety qui s’est déroulé à Bangkok le 8 octobre 2016. Plusieurs courses ont eu lieu, faisant s’affronter les animaux de différents propriétaires et à chaque fois la tortue a gagné. Vous verrez une vidéo où on voit clairement le lapin avancer mais se détourner de son objectif, contrairement à la tortue qui, elle, avance lentement, mais sûrement.
Comment expliquer ce résultat ? Les savants expliquent qu’en raison des différences de sensibilité des sens de ces animaux. Le lapin possède une ouïe très fine mais également un odorat très développé. Le bruit et les différentes odeurs provoqués par la foule ont sans doute distrait le petit animal qui n’a pas cessé de s’arrêter pour « analyser » ceux-ci. La tortue, quant à elle, n’utilise que peu son ouïe et n’est donc pas perturbée par les sons extérieurs.
Je vous rappelle la fable :
Le Lièvre et la Tortue
Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n’atteindrez point
Sitôt que moi ce but. – Sitôt ? Etes-vous sage ?
Repartit l’animal léger.
Ma commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d’ellébore.
– Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux :
Savoir quoi, ce n’est pas l’affaire,
Ni de quel juge l’on convint.
Notre Lièvre n’avait que quatre pas à faire ;
J’entends de ceux qu’il fait lorsque prêt d’être atteint
Il s’éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D’où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur.
Elle part, elle s’évertue ;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu’il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s’amuse à toute autre chose
Qu’à la gageure. A la fin quand il vit
Que l’autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu’il fit
Furent vains : la Tortue arriva la première.
Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l’emporter ! Et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?

Lundi 24/10/2016

Lundi 24/10/2016
«Quelqu’un est en train d’apprendre comment détruire Internet»
Bruce Schneier
Vendredi 21 octobre 2016, une panne géante a touché de nombreux sites (Twitter, Netflix, Reddit, LinkedIn, PayPal, New York Times, Pinterest et d’autres) pendant près de 12 heures.
Cette panne n’est pas accidentel, elle est le fait de personnes, des hackers, qui ont attaqué ces sites comme l’explique le site Atlantico : http://www.atlantico.fr/decryptage/mega-panne-mondiale-internet-pourquoi-cyberattaque-actuelle-debut-daily-beast-kevin-beaumont-2859283.html
Ces évènements montrent au grand jour ce que le grand spécialiste de la cybersécurité Bruce Schneier a déjà révélé sur son blog en septembre : https://www.schneier.com/blog/archives/2016/09/someone_is_lear.html
Pour ma part, c’est encore une chronique de Xavier de La Porte pour l’émission « La Vie numérique de France Culture » qui m’a informé à la fois de l’existence de Bruce Schreier et de son avertissement.
Cette émission a été transcrite sur le site d’agora vox:
« Quelqu’un est-il en train de vouloir détruire Internet à un moment donné ?
Le spécialiste de la cybersécurité Bruce Schneier a posté un article alarmiste sur son blog : des menaces pèseraient sur les structures de l’Internet.
L’article de Bruce Schneier :
Au cours des deux dernières années, quelqu’un a été sondé les défenses des entreprises qui exécutent des tâches critiques d’Internet. Ces sondes prennent la forme d’attaques précisément calibrées destinées à déterminer exactement comment ces entreprises spécifiques peuvent se défendre, et ce qui serait nécessaire pour les faire tomber. Nous ne savons pas qui fait cela, mais il cela semble être un grand État-nation. La Chine ou la Russie seraient mes premières suppositions.
Tout d’abord, un peu de technique. Si vous voulez faire tomber un réseau sur l’Internet, la meilleure façon de le faire est avec une attaque distribuée par déni de service (DDoS). Comme son nom l’indique, ceci est une attaque destinée à empêcher les utilisateurs légitimes d’entrer dans le site. Il y a des subtilités, mais, fondamentalement, cela signifie un tel dynamitage de données sur le site qu’il est débordé. Ces attaques ne sont pas nouvelles : les pirates le font à des sites qu’ils n’aiment pas, et les criminels en ont fait une méthode d’extorsion. Il y a toute une industrie, avec un arsenal de technologies, consacré à la défense DDoS. Mais surtout, il est une question de bande passante. Si l’attaquant a un plus gros tuyau d’incendie d’envoi de données que le défenseur, l’attaquant gagne.
Récemment, quelques-unes des grandes entreprises qui fournissent l’infrastructure de base qui font le travail de l’Internet ont vu une augmentation des attaques DDoS contre eux. De plus, ils ont vu un certain profil d’attaques. Ces attaques sont nettement plus importantes que celles auxquelles ils sont habitués. Elles durent plus longtemps. Elles sont plus sophistiquées. Et elles ressemblent à des sondes. Une semaine, l’attaque commence à un niveau particulier d’attaque, puis croit lentement avant d’arrêter. La semaine suivante, elle commencer à ce point supérieur et continue de monter. Et ainsi de suite, le long de ces lignes, comme si l’attaquant était à la recherche du point exact de l’échec.
Les attaques sont également configurées de manière à découvrir ce que sont les défenses totales d’une société. Il existe de nombreuses façons de lancer une attaque DDoS. Plus des vecteurs d’attaque sont employés simultanément, plus le défenseur doit contrer ces différentes menaces. Ces entreprises voient désormais plus d’attaques utilisant trois ou quatre vecteurs différents. Cela signifie que les entreprises doivent utiliser tout ce qu’elles ont pour se défendre. Elles ne peuvent pas se permettre de ne rien retenir. Elles sont obligées de démontrer leurs capacités de défense à l’attaquant.
Je suis incapable de donner des détails, parce que ces entreprises ont parlé avec moi sous couvert d’anonymat. Mais tout cela est conforme à ce que Verisign rapporte. Verisign est le registraire pour de nombreux domaines d’Internet très populaires, comme .com et .net. Si elle tombe, il y a une panne mondiale de tous les sites et des adresses e-mail dans les domaines de niveau supérieur les plus courants. Chaque trimestre, Verisign publie un rapport de tendance des attaques DDoS. Bien que sa publication n’est pas le niveau de détail que j’ai pu recueillir des entreprises avec lesquelles j’ai parlées, les tendances sont les mêmes : « Au deuxième trimestre 2016, les attaques ont continué à devenir plus fréquentes, persistantes, et complexes. »
Et il y a plus. Une compagnie m’a parlé d’une variété d’attaques par sondes en plus des attaques DDoS : il s’agit de tester la capacité de manipuler des adresses et des routages Internet, de voir combien de temps prend la défense pour y répondre, et ainsi de suite. Quelqu’un a largement testé les capacités défensives de base des sociétés qui fournissent des services Internet critiques.
Qui ferait cela ? Cela ne ressemble pas à quelque chose fait par un activiste, un criminel, ou à ce que ferait un chercheur. Le profilage d’une infrastructure de base est une pratique courante dans l’espionnage et la collecte de renseignements. Il n’est pas normal pour les entreprises de le faire. En outre, la taille et l’échelle de ces sondes – et surtout leur persistance – pointe vers les acteurs étatiques. Cela ressemble au CyberCommand militaire d’une nation qui essaye de calibrer ses armes dans le cadre d’une cyberguerre. Cela me rappelle le programme de la guerre froide des États-Unis qui consistait à faire voler des avions à haute altitude au-dessus de l’Union soviétique pour forcer leurs systèmes de défense aérienne à s’activer, et à cartographier leurs capacités de réaction.
Que pouvons-nous faire à ce sujet ? Rien, vraiment. Nous ne savons pas d’où les attaques proviennent. Les données que j’ai suggère la Chine, et c’est une évaluation partagée par les gens avec qui j’ai discuté. D’autre part, il est possible de dissimuler le pays à l’origine de ces sortes d’attaques. La NSA, qui a plus de capacité de surveillance de la dorsale Internet que tout le monde combiné, a probablement une meilleure idée, mais à moins que les États-Unis décide d’en faire un incident international nous ne saurons pas qui est à l’origine de ces attaques.
Mais cela se passe actuellement. Et les gens doivent le savoir.
Bruce Schneier.
Cette information est un peu inquiétante, mais pas si surprenante que cela. Il est évident que si une guerre se déclenchait (par exemple entre les États-Unis et la Chine ou les États-Unis avec la Russie), Internet serait l’une des cibles prioritaires. Alors certains se prépare à frapper en détectant certaines faiblesses du réseau et des infrastructures informatiques de l’ennemi.
Si une guerre importante éclate, il faut se préparer à vivre sans Internet, ou tout du moins, avec un accès et une bande passante très limités. À voir ! »
Je ne comprends pas tout, mais je crois que nous pouvons nous attendre à de grosses pagailles dans l’avenir