Mercredi 30 avril 2014

« Le thérémine »
Lev Thérémine
Commençons par une photo :
Au tout début de la révolution bolchevique, il y a eu quelques mois où ont régné en Russie une créativité et une inventivité absolument extraordinaire.
Bien vite le régime totalitaire a détruit tout cela.
C’est dans ce contexte que Lev Sergueïevitch Termen (connu sous le nom de «Léon Theremine») a inventé cet instrument étrange qu’on joue sans toucher. C’est en fait le premier instrument de musique électronique, composé d’un boîtier électronique équipé de deux antennes, l’instrument a la particularité de produire de la musique sans être touché par l’instrumentiste. Dans sa version la plus répandue, la main droite commande la hauteur de la note, en faisant varier sa distance par rapport à l’antenne verticale. L’antenne horizontale, en forme de boucle, est utilisée pour faire varier le volume selon sa distance par rapport à la main gauche.
Le résultat est étonnant souvent utilisé dans la musique de film pour créer une ambiance étrange, proche de la voie humaine. Notamment Tim Burton l’a utilisé dans son film Ed Wood.
Bien sûr l’Union soviétique a par la suite eu un comportement lamentable avec l’inventeur qui a été forcé de travailler dans un laboratoire secret du goulag.
Voir un exemple sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=V4p2HfmoNNA
Et l’émission qui m’a fait découvrir cet instrument étrange : <La fascinante histoire de l’instrument de Lev Thérémine>
C’était un mot du jour de découverte avant un long week end
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Mardi 15 avril 2014

Mardi 15/04/2014
«[Je suis] Intrigué par le contraste entre le bilan de Napoléon, désastreux,
et la gloire qui s’attache à son nom avec cette récurrence de la tentation bonapartiste en France.»
Lionel Jospin

Lionel Jospin a considéré important de publier un livre sur Napoléon ou plutôt « Le mal napoléonien » titre de son livre publié au Seuil.

Important, parce que les français croient toujours à l’homme providentiel qui va régler leurs problèmes.

Probablement que dans un coin de vos réflexions et des miennes, il existe aussi cette tentation du « grand homme ».

Et les français sont restés fascinés par ce « grand homme » par excellence qu’était Napoléon.

Et c’est là que l’œil analytique et froid de Lionel Jospin démasque la réalité :

La France après Napoléon est moins puissante qu’avant lui, les élites intellectuelles européennes qui admiraient la France de la révolution, détestaient après lui ce peuple guerrier, arrogant et une France qui voulaient gouverner l’Europe.

Et enfin, pendant que la France faisait la guerre et envoyaient des milliers de ses enfants à la mort, l’Angleterre commençaient la révolution industrielle.

Le retard de la France est rapidement devenu énorme.

Laurent Joffrin interroge Lionel Jospin dans le Nouvel Obs.

Voici un extrait de cet entretien

« Le Nouvel Observateur
Un livre sur Napoléon. Etrange pour un socialiste… Vous avez été fasciné ?

Lionel Jospin
Non, intrigué. Intrigué par le contraste entre le bilan de Napoléon, désastreux, et la gloire qui s’attache à son nom avec cette récurrence de la tentation bonapartiste en France.

Napoléon a effectivement porté au plus haut la gloire française et il a répandu dans toute l’Europe les idées de la Révolution.

Napoléon n’a pas porté les idées de la Révolution, il les a détournées. Je ne sous-estime en rien le personnage. Mais je montre en quoi les quinze années du Consulat et de l’Empire ont été néfastes pour la France et pour l’Europe. Quant à son héritage, il reste quelques grandes institutions mais aussi une certaine nostalgie française de la grandeur factice, associée paradoxalement à un manque de confiance, qui conduit parfois nos compatriotes à soupirer après un pouvoir fort.

Vous avez donc écrit un réquisitoire…

Plutôt une démystification fondée sur les faits.

Quand vous observez la carrière météorique de Napoléon, vous vous apercevez qu’au bout de quinze ans le bilan de l’Empire est catastrophique ; la France sort de l’aventure avec une population stagnante, une puissance abaissée et un territoire amputé. Elle est détestée en Europe. Ses ennemis triomphent. Elle a entre-temps été dirigée par un pouvoir de plus en plus policier, emporté par la logique de la guerre et qui a cherché à dominer les autres peuples comme il a soumis le sien

[…]

Le bonapartisme est-il encore un danger aujourd’hui ?

Disons qu’on retrouve l’écho déformé de ses thèmes dans les partis populistes, en France et en Europe: la critique des «élites», l’appel au chef charismatique comme seul interprète des besoins du peuple. S’y ajoute la peur de l’étranger. Contre ces formes bâtardes du «mal napoléonien», l’antidote doit être une république exemplaire. »

<Article du nouvel Obs> et aussi <Ici l’émission du 03/06 des Matins de France Culture consacrée à ce livre>

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Le mot du jour va de nouveau s’interrompre, au moins jusqu’au Mardi suivant le week end pascal.
Demain je vais à nouveau confier mon corps aux soins des médecins pour qu’ils puissent réparer les dommages qu’il a subis du fait de thérapies précédentes, visant à combattre un mal plus important.
Et si tout va bien je serai en mesure de reprendre rapidement mes activités.
Que les cloches de Pâques, en route vers Rome, illuminent votre weekend.

Vendredi 28 mars 2014

Vendredi 28/03/2014
« il se dit dans leur sein [ des gouvernés]
que tout ce qui se trouve au-dessus d’elles
est incapable et indigne de les gouverner »
Alexandre de Tocqueville
Discours à la Chambre des députés : 27 janvier 1848

Alexis Tocqueville fut un grand penseur libéral et un des meilleurs observateurs de son temps ainsi qu’un visionnaire.

Il a produit en janvier 1848, il y a 166 ans un discours dont certaines expressions sonnent si actuelles :

« […] Messieurs, je ne sais si je me trompe, mais il me semble que l’état actuel des choses, l’état actuel de l’opinion, l’état des esprits en France, est de nature à alarmer et à affliger. Pour mon compte, je déclare sincèrement à la Chambre que, pour la première fois depuis quinze ans, j’éprouve une certaine crainte pour l’avenir ; et ce qui me prouve que j’ai raison, c’est que cette impression ne m’est pas particulière : je crois que je puis en appeler à tous ceux qui m’écoutent, et que tous me répondront que, dans les pays qu’ils représentent, une impression analogue subsiste ; qu’un certain malaise, une certaine crainte a envahi les esprits ; que, pour la première fois peut-être depuis seize ans, le sentiment, l’instinct de l’instabilité, ce sentiment précurseur des révolutions, qui souvent les annonce, qui quelquefois les fait naître, que ce sentiment existe à un degré très grave dans le pays. […]

Si je jette, messieurs, un regard attentif sur la classe qui gouverne, sur la classe qui a des droits et sur celle qui est gouvernée, ce qui s’y passe m’effraie et m’inquiète. Et pour parler d’abord de ce que j’ai appelé la classe qui gouverne, et remarquez bien que je ne compose pas cette classe de ce qu’on a appelé improprement de nos jours la classe moyenne mais de tous ceux qui, dans quelque position qu’ils soient, qui usent des droits et s’en servent, prenant ces mots dans l’acception la plus générale, je dis que ce qui existe dans cette classe m’inquiète et m’effraye. Ce que j’y vois, messieurs, je puis l’exprimer par un mot : les mœurs publiques s’y altèrent, elles y sont déjà profondément altérées ; elles s’y altèrent de plus en plus tous les jours ; de plus en plus aux opinions, aux sentiments aux idées communes, succèdent des intérêts particuliers, des visées particulières, des points de vue empruntés à la vie et à l’intérêt privés. […]

Or, qu’est-ce que tout cela, sinon une dégradation successive et profonde, une dépravation de plus en plus complète des mœurs publiques ? Et si, passant de la vie publique à la vie privée, je considère ce qui se passe, si je fais attention à tout ce dont vous avez été témoins, particulièrement depuis un an, à tous ces scandales éclatants, à tous ces crimes, à toutes ces fautes, à tous ces délits, à tous ces vices extraordinaires que chaque circonstance a semblé faire apparaître de toutes parts, que chaque instance judiciaire révèle ; si je fais attention à tout cela, n’ai-je pas lieu d’être effrayé ? N’ai-je pas raison de dire que ce ne sont pas seulement chez nous les mœurs publiques qui s’altèrent, mais que ce sont les mœurs privées qui se dépravent ?

Et remarquez, je ne dis pas ceci à un point de vue de moraliste, je le dis à un point de vue politique ; savez-vous quelle est la cause générale, efficiente, profonde, qui fait que les mœurs privées se dépravent ? C’est que les mœurs publiques s’altèrent. C’est parce que la morale ne règne pas dans les actes principaux de la société, qu’elle ne descend pas dans les moindres. C’est parce que l’intérêt a remplacé dans la vie publique les sentiments désintéressés, que l’intérêt fait la loi dans la vie privée. […]

Messieurs, si le spectacle que nous donnons produit un tel effet vu de loin des confins de l’Europe, que pensez-vous qu’il produit en France même sur ces classes qui n’ont point de droits, et qui, du sein de l’oisiveté à laquelle nos lois les condamnent, nous regardent seuls agir sur le grand théâtre où nous sommes ? Que pensez-vous que soit l’effet que produise sur elles un tel spectacle ? Pour moi, je m’en effraye. On dit qu’il n’y a point de péril, parce qu’il n’y a pas d’émeute ; on dit que, comme il n’y a pas de désordre matériel à la surface de la société, les révolutions sont loin de nous. Messieurs, permettez-moi de vous dire, avec une sincérité complète, que je crois que vous vous trompez. Sans doute, le désordre n’est pas dans les faits, mais il est entré bien profondément dans les esprits. Regardez ce qui se passe au sein de ces classes ouvrières, qui aujourd’hui, je le reconnais, sont tranquilles. Il est vrai qu’elles ne sont pas tourmentées par les passions politiques proprement dites, au même degré où elles ont été tourmentées jadis ; mais ne voyez-vous pas que leurs passions, de politiques, sont devenues sociales ? Ne voyez-vous pas qu’il se répand peu à peu dans leur sein des opinions, des idées, qui ne vont point seulement à renverser telles lois, tel ministère, tel gouvernement, mais la société même, à l’ébranler sur les bases sur lesquelles elles reposent aujourd’hui ? Ne voyez-vous pas que, peu à peu, il se dit dans leur sein que tout ce qui se trouve au-dessus d’elles est incapable et indigne de les gouverner ; que la division des biens faite jusqu’à présent dans le monde est injuste ; que la propriété y repose sur des bases qui ne sont pas des bases équitables ? Et ne croyez-vous pas que, quand de telles opinions prennent racine, quand elles se répandent d’une manière presque générale, quand elles descendent profondément dans les masses, elles amènent tôt ou tard, je ne sais pas quand, je ne sais comment, mais elles amènent tôt ou tard les révolutions les plus redoutables ? Telle est, messieurs, ma conviction profonde ; je crois que nous nous endormons à l’heure qu’il est sur un volcan, j’en suis profondément convaincu. »

Rappelons que la révolution de 1848 a eu lieu du 22 au 25 février.

Ce discours fait partie des grands discours parlementaires que l’Assemblée nationale a mis sur son site.

Vous trouverez l’intégralité de ce discours à cette adresse : http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-discours-parlementaires/alexis-de-tocqueville-27-janvier-1848

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Mercredi 08/01/2014

« Que gagnons-nous, quand nous perdons ? »
Michel Serres

Pour continuer cette belle semaine de la pensée positive, je vous propose cette question posée par le texte de Michel Serres lors d’une conférence qu’il a tenu en 2007, lors d’une conférence sur les nouvelles technologies : révolution culturelle et cognitive.

Lors de cette conférence il analyse la révolution numérique et montre que nous perdons peu à peu notre mémoire qui est externalisée dans la mémoire informatique.

Pour analyser ce phénomène il montre les grandes évolutions de l’humanité :

1° Le passage du stade oral au stade de l’écriture

2° Le passage de l’écriture à l’imprimerie

3° et aujourd’hui le passage du livre au monde numérique

Chaque fois des humains et parmi les plus grands (Socrate pensait que passer de l’oral à l’écrit était une catastrophe) ont pensé qu’ils perdaient quelque chose d’essentiel.

Mais Michel Serres renverse cette question et se demande si nous avons perdu quelque chose, n’avons-nous pas gagné quelque chose?

Penser à ce qu’on gagne lorsqu’on perd, n’est-ce pas le summum de la pensée positive ?

Je vous en propose un extrait ci-dessous, pour vous permettre de percevoir la profondeur de cette question :

«Cette perte de la mémoire n’a rien à voir avec la catastrophe de la Renaissance où l’invention de l’imprimerie a totalement fait perdre la mémoire à ses contemporains. Nous en avons des preuves manifestes dans le texte de Montaigne où il affirme qu’il préfère « une tête bien faite à une tête bien pleine ». Il veut simplement dire qu’un historien de cette époque qui veut travailler sur sa discipline est contraint de savoir par cœur la totalité de la bibliothèque puisque celle-ci n’est pas accessible ailleurs que dans quelques bibliothèques dans le monde. Avec l’arrivée de l’imprimerie, il suffit de connaître l’endroit où se trouve le livre. C’est une catastrophe pour la mémoire. Par conséquence, avec la mise à disposition aujourd’hui de la totalité de l’information sur la toile, nous n’avons plus besoin de mémoire et nous n’en avons d’ailleurs plus. Comment se fait-il qu’une faculté, dont on nous a dit qu’elle était essentielle au cerveau humain, a une histoire telle que nous pouvons en mesurer la disparition ?

Nous devons analyser le mot « perdre » pour essayer de comprendre ce que signifie cette perte de mémoire et pour réaliser ce que nous avons gagné.

Pour expliquer la différence entre perdre et gagner du point de vue cognitif, j’en appellerais volontiers à ce qu’un de mes vieux professeurs de préhistoire racontait sur ce que veut dire « perdre ». Il disait que nous étions des quadrupèdes avant qu’un événement, qui a duré des millénaires, ne fasse perdre la fonction de portage à nos membres antérieurs. Nous avons alors inventé la main et avons gagné un outil universel.

Dans le même temps, la bouche a complètement perdu sa fonction de préhension au profit de la main. La bouche est donc à son tour devenue un outil universel par le biais de la parole. Les fonctions données que nous avons perdues nous ont donc permis de gagner des outils universels […] Si nous avons perdu la mémoire, voyons ce que nous avons gagné.

En revenant sur l’histoire, nous pouvons nous apercevoir que c’est précisément parce que nous avons perdu la mémoire que nous avons pu inventer à la Renaissance les sciences physiques. La perte de mémoire nous a libérés de l’écrasante obligation de « se souvenir » et a permis aux neurones de se consacrer à des activités nouvelles.

Voilà la différence qui peut exister entre perdre et gagner : perdre dans le domaine du reconnaissable pour gagner dans l’ordre inventif, indéfini, c’est-à-dire dans l’ordre humain. Si j’ai défini « perdre » par rapport à « gagner », le verbe « perdre » prend un tout autre sens dans la langue française. […]

Chaque fois que nous inventons un outil, l’organisme perd les fonctions qu’il externalise dans l’outil. Pour inventer la roue par exemple, il suffit d’externaliser la rotation de nos articulations. […]

L’écriture et l’imprimerie étaient des mémoires et aujourd’hui vous disposez de mémoires supérieures à celles de vos prédécesseurs. En effet, nous avons perdu la mémoire subjectivement, mais elle s’est externalisée objectivement. […]

Le support écrit a transformé la civilisation de telle sorte que nous avons complètement oublié le stade oral. Le support imprimé a complètement changé la civilisation telle qu’elle était avant. Je crains fort que nous soyons à un changement de culture tel que notre manière de connaître et de savoir tout entière, donc le cognitif en général, est sur le point de changer. […] »

 

Et puis, il finit par une histoire qu’il cite souvent, celle de Saint Denis :

« Pour finir, je souhaiterais parler de toutes les facultés en général. Il était une fois une ville appelée Lutèce, au IIème siècle après Jésus-Christ. L’empereur romain d’alors décréta que les premiers chrétiens seraient persécutés, et exécutés, sur toute la surface de l’Empire. Or le christianisme apparaît à Lutèce dès le Ier siècle et, un soir, les premiers chrétiens, qui venaient d’élire un évêque du nom de Denis, se rassemblent dans une salle. Ils s’y barricadent dans le cas terrifiant où la légion romaine les interpellerait et les jetterait en prison. Alors qu’ils écoutent pieusement les entretiens de leur évêque Denis, le drame se produit. Les portes et les fenêtres volent en éclat, la légion romaine pénètre la salle et le centurion, qui est monté sur l’estrade, coupe le cou à l’évêque Denis dont la tête roule par terre. Stupéfaction, épouvante et angoisse, mais miracle. L’évêque Denis se penche, prend sa tête à deux mains et la présente à ses ouailles pendant que les légionnaires épouvantés s’enfuient devant ce que nous appelons depuis le miracle de Saint-Denis.

Voilà l’histoire par laquelle je voulais terminer. Lorsque, le matin, vous vous asseyez devant votre ordinateur, vous avez en face de vous votre tête, comme celle de Saint Denis. En effet, les facultés dont je viens de vous parler se trouvent dans votre tête : la mémoire, l’imagination, la raison, des milliers de logiciels pour accomplir des opérations que vous ne feriez pas sans votre tête. Or votre tête est objectivée ; vous avez perdu la tête.

Pour parodier le titre du roman de Musil, j’appellerais volontiers l’homme moderne « l’homme sans faculté ». Vous avez perdu ces facultés, mais elles se trouvent toutes devant vous. »

Pour en savoir davantage sur cette légende vous pouvez consulter <ce blog>

Et tenter d’être heureux comme le souhaitait John Lennon

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Mardi 31/12/2013

Mardi 31/12/2013
«Son apport a été décisif pour briser le code Enigma, contribuer à mettre fin à la guerre et sauver des milliers des vies
Sa vie a plus tard été assombrie par sa condamnation pour homosexualité,
condamnation que nous considérerions aujourd’hui comme injuste et discriminatoire, et qui est désormais annulée.»
Chris Grayling Ministre de la Justice britannique à propos du mathématicien de génie Alan Turing

La reine d’Angleterre a accordé, enfin, le 24 décembre, une grâce posthume à Alan Turing, 59 ans après sa mort.

Alan Turing est resté dans l’histoire comme l’homme qui a mis au point la machine électromécanique ayant servi à « casser » le code « Enigma » utilisé par les sous-marins allemands pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cette invention avait donné un avantage considérable aux Alliés face à l’Allemagne nazie.

Certains considèrent même que Turing est le père de l’informatique moderne parce qu’il est parvenu à définir les critères de l’intelligence artificielle <Voir sur ce point l’article de l’express>

Malgré son apport immense à la victoire des alliés, il a été condamné pour homosexualité. Il a été contraint à subir une castration chimique en 1952.

2 Ans plus tard, il se suicida en mangeant une pomme trempée dans le cyanure. Il semble que c’était par référence à l’Histoire de Blanche Neige qu’il aimait beaucoup.

Il avait 41 ans.

Un long moment de silence et d’ignorance du grand public sur le rôle de cet homme dans la guerre et dans la science s’en suivit.

Mais des scientifiques britanniques dont Stephan Hawking se sont mobilisés pour le faire connaître et obtenir une réhabilitation de la part du gouvernement britannique.

En 2009, celui qui était alors Premier ministre du Royaume-Uni, Gordon Brown, avait présenté publiquement les excuses du gouvernement pour le « traitement écœurant » qui avait été réservé à Alan Turing.

Cette Histoire doit nous rappeler qu’aujourd’hui encore dans le monde beaucoup de pays traitent de manière ignoble les personnes qui vivent des amours homosexuels.

La répression est le fait de pays théocratiques, d’Etats totalitaires ou même d’exactions privées non condamnées par la Justice.

Ainsi, les actes homosexuels sont passibles de peine de mort dans sept pays de nos jours :

  • Afghanistan,
  • Arabie saoudite,
  • Iran,
  • Nigeria,
  • Mauritanie,
  • Soudan
  • Yémen.

Ces législations sont effectivement appliquées. Ils sont aussi condamnés par des châtiments physiques, ainsi que des peines d’emprisonnements dans plus de 27 pays par le monde. L’homosexualité est illégale dans plus de 100 pays dans le monde, et les homosexuels s’exposent à des procès systématiques (source Wikipedia)

Lors du débat sur le mariage pour tous, des relents d’homophobie sont réapparus en France.

Rappelons quand même que ce n’est que Le 4 août 1982 que la France dépénalisait l’homosexualité lors d’un vote de l’Assemblée Nationale obtenue par Robert Badinter sous la présidence de François Mitterrand.

Et ce n’est qu’en 1990 que l’Organisation mondiale de la santé a supprimé l’homosexualité de la liste des maladies mentales, mettant fin à plus d’un siècle d’homophobie médicale.

<Voici un article du Figaro qui évoque aussi la grâce au mathématicien Alan Turing>

A bientôt en 2014

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Vendredi 6 décembre 2013

« Tous les imbéciles et ceux qui ne se servent pas de leur discernement, ont toutes les audaces. »
Thomas d’Aquin Somme Théologique, dans la Prima Secundae, Question 40, Article 6

Un des derniers mots du jour reprenait une fameuse réplique des tontons flingueurs : «les cons ça osent tout…»

Grâce à Denis Moreau, professeur de philosophie à l’université de Nantes, nous savons maintenant que Michel Audiard a copié Saint Thomas d’Aquin, l’un des Pères de l’église catholique qui avait écrit :

« Tous les imbéciles, et ceux qui ne se servent pas de leur discernement, ont toutes les audaces. »

Le texte est en latin :

« Omnes stulti, et deliberatione non utentes, omnia tentant »

Nous passons ainsi du comique de cinéma à la culture la plus profonde de notre civilisation chrétienne.
Cette découverte a été publiée par le sérieux journal économique des Echos. <Lien>

L’auteur de l’article, le philosophe Roger-Pol Droit ajoute :

«Faire preuve d’audace, c’est toujours se tenir entre confiance et prise de risque. Une décision assurée de réussir à 100 % n’a rien d’audacieux. En revanche, agir dans des circonstances où l’échec est pratiquement certain n’est plus de l’audace mais de la témérité imbécile, voire de la connerie pure et simple. C’est pourquoi le vocabulaire des Grecs possédait deux termes pour parler de l’audace. L’un (« tolmos ») désignait la bonne audace, celle qui fournit un tremplin à l’action, sans verser dans l’excès de témérité, l’absence de calcul ni l’obstination néfaste. Au contraire, « tharsos » parlait surtout de l’audace effrénée, excessive, proche de ce que les Anciens nommaient « hubris », la démesure aveugle.

Oser revient ainsi à prendre, sur le cours des événements à venir, un risque calculé. Ce calcul s’avère indispensable, sinon la décision est absurde, l’action fait preuve d’inconscience, d’imprudence ou de folie. Toutefois, on ne saurait tout calculer ni tout prévoir, le pari est lui aussi indispensable, et la part de risque irréductible. C’est en ce sens que Kierkegaard parle d’une « folie de la décision » : elle crée, au moins en partie, un avenir qui n’existe pas. La « délibération » dont parle Thomas d’Aquin, c’est bien le discernement, la recherche prudente des chances de réussir, l’examen du rapport de force, des aléas, des conséquences. Cette audace réfléchie, les imbéciles en sont dépourvus. Voilà pourquoi ils osent tout.»

Que le ciel vous tienne en joie comme dirait Philippe Meyer
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Mercredi 04 septembre 2013

Mercredi 04 septembre 2013
«Les résistants c’est comme les trotskystes
Avec un, tu fais un Parti
avec deux, tu fais un congrès
avec 3, tu fais une scission»
Georges Bidault
Lyon a été libérée le 3 septembre 1944
Lyon était aussi la capitale de la résistance.
J’ai écouté une émission «la Marche de l’Histoire» où Daniel Cordier (le secrétaire de jean Moulin à Lyon) était invité. Il a insisté sur le fait qu’au début le nombre de résistants, notamment à Lyon, était très faible.
Et il a rapporté ce propos très drôle de Georges Bidault qui constitue le mot du jour.
Georges Bidault était professeur d’Histoire au Lycée du Parc de Lyon pendant la guerre
Il a appartenu au réseau «Combat» à Lyon et succède à Jean Moulin en juin 1943 comme président du Conseil national de la résistance
Il devient député de la Loire en 1945 et il est deux fois président du Conseil avant la Vème république.
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Mercredi 17 avril 2013

Mercredi 17 avril 2013
« Les amis de la vérité sont ceux qui la cherchent
et non ceux qui se vantent de l’avoir trouvée. »
Condorcet – Discours sur les conventions nationales – Avril 1791
Né le 17 septembre 1743 à Ribemont, en Picardie, le marquis de Condorcet était à la veille de la Révolution, un homme comblé, occupant une situation sociale privilégiée.
Génie précoce en Mathématiques, il publie à 19 ans, un essai sur le calcul intégral.
A 26 ans, il entre à l’Académie des Sciences dont il deviendra le secrétaire perpétuel.
Marquant le plus vif intérêt pour les problèmes de société, c’est dans le domaine de l’économie politique que son œuvre sera la plus importante.
Ami de d’Alembert et de Voltaire, il collabore à l’Encyclopédie. Il est lié aux plus brillants esprits de l’Europe des Lumières. Sa femme, Sophie de Grouchy, crée un salon où se côtoient savants, philosophes et écrivains. Humaniste, philanthrope, Condorcet pense que le développement des sciences et des techniques apportera plus de bonheur au genre humain.
Il est convaincu que l’instruction fera reculer les préjugés et les inégalités.
Il travaille auprès de Turgot pour faire évoluer la société d’ancien régime mais celui-ci sera désavoué…
Dès l’annonce de la réunion des Etats Généraux, Condorcet multiplie les écrits pour sensibiliser les esprits aux élections.
Trop proche du Tiers Etat, il est écarté par la noblesse, d’origine aristocratique, il est rejeté par ce même Tiers Etat ! Il est néanmoins élu à l’Assemblée Législative puis à la Convention.
Engagé aux côtés des Girondins, il se heurte à Robespierre qui deviendra son principal ennemi.
Le 8 juillet 1793, menacé d’arrestation, Condorcet doit fuir. Il trouve refuge au 21 rue des fossoyeurs à Paris, chez Madame Vernet.
Il rédige alors son œuvre majeure : «Esquisse de l’esprit humain ». Craignant de compromettre sa logeuse, Condorcet se réfugie chez des amis à Fontenay aux Roses, les Suard.
Rejeté, il échoue à Clamart où il est arrêté. Il est emprisonné à Bourg Egalité (Bourg-la-Reine), district du directoire de l’Egalité. Il meurt le lendemain, le 29 mars 1794. Sa dépouille sera jetée dans la fosse commune du cimetière communal, aujourd’hui disparu.
Transférées en grandes pompes au Panthéon en 1989, ses « cendres » se résumaient à une urne vide !

Jeudi 14 mars 2013

Jeudi 14 mars 2013
« Habemus Papam »
Eglise Catholique

C’est une formule qui lorsqu’on la prononce, soi-même, possède un caractère jubilatoire. Plus encore si on y accole la phrase d’introduction :

« Annuntio vobis gaudium magnum : habemus papam, »
Je vous annonce une grande joie : nous avons un pape.

C’est une phrase séculaire et rare.

La dernière fois qu’elle avait été prononcée, Chirac était encore notre président.

Et la fois d’avant j’avais 20 ans, preuve que c’était il y a longtemps.

Ainsi le comité central du parti catholique qui revendique plus d’un milliard d’adhérents a désigné son secrétaire général, le même jour où la république communiste chinoise de plus d’un milliard d’individus a confirmé son nouveau président.

Pardon mais c’est très faux d’écrire les choses ainsi, puisque le parti communiste s’est inspiré de l’organisation de L’Eglise catholique et de son centralisme démocratique, non le contraire.

Donc ce qui est juste d’écrire : le conclave des cardinaux a désigné l’Evêque de Rome.

On ne rappellera jamais assez que si le christianisme est né en Judée, en Orient, il s’est développé dans l’Empire Romain dont il a repris l’organisation territoriale, la capitale et le vocabulaire comme « souverain Pontife » par exemple.

L’Église Catholique est donc la continuation de cet Empire disparu au Vème siècle.

« Habemus Papam » est aussi un très beau film de Nanni Moretti où Michel Piccoli joue le rôle du Pape nouvellement désigné et qui au moment d’aller sur le balcon saluer les fidèles est pris d’une violente crise d’angoisse et s’enfuit.

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