Jeudi 12 septembre 2013

Jeudi 12 septembre 2013
« J’ai rencontré le pays du Mal »
Domenico Quirico Journaliste italien otage et libéré en Syrie
Vous lirez le long article de cet otage qui vient d’être libéré. Il était prisonnier des « rebelles » qu’il était censé couvrir pour expliquer aux occidentaux la guerre civile de leur côté.
Il a été trahi, vendu, battu, torturé.
Ce mot du jour est destiné à tous les bisounours dont nous faisons tous, un jour, partie.
Ceux qui croient que les gens sont forcément de bonne volonté et qu’il suffit de les réunir et de leur parler gentiment pour que tout s’arrange.
Ceux qui pensent que lorsque deux camps s’affrontent, il y a forcément d’un côté des gens plutôt méchants et de l’autre des gens plutôt sympathiques.
Bien sûr, il y a certainement de vrais démocrates et humanistes en Syrie qui luttent aujourd’hui. Mais ce n’est pas eux qui gagneront
Cette guerre civile consistera à remplacer les bourreaux d’hier, par des bourreaux de demain.
Les démocrates et les humanistes resteront dans le camp des opprimés.

Mercredi 11 septembre 2013

Mercredi 11 septembre 2013
« La politique ne consiste pas à résoudre des problèmes compliqués mais à vivre avec des problèmes insolubles »
Edgar Faure
Cité par Jean-Louis Bourlanges à l’émission « l’Esprit public » de France Culture du 8 septembre 2013
C’est quand même mieux que cet avis :  » La politique, ce n’est pas de résoudre les problèmes, c’est de faire taire ceux qui les posent. » Henri Queuille
A ce propos, Eric Dupin auteur de « la victoire empoisonnée » a révélé que lors d’un des entretiens qu’il avait eu avec notre président actuel, avant « la victoire empoisonnée », ce dernier lui disait son admiration pour Henri Queuille. Eric Dupin lui répondant qu’il lui semblait que les français attendaient plutôt un Roosevelt et qu’avec Henri Queuille il risquait d’être un peu déçu…
« Quand on connaît les modèles des gouvernants, on comprend mieux leurs actions » ça c’est de moi…

Mardi 10 septembre 2013

Mardi 10 septembre 2013
«L’Histoire nous appartient et ce sont les peuples qui la font»
Salvador Allende
Demain nous sommes le 11 septembre.
Nous nous nous souvenons tous du 11 septembre 2001.
Mais il y a 40 ans en 1973, un autre évènement a eu lieu le 11 septembre. Lors de cet évènement les Etats Unis n’étaient pas du côté des victimes…
Augusto Pinochet et l’armée chilienne aidée par la CIA ont renversé Salvador Allende élu démocratiquement par le peuple chilien.
J’ai eu le privilège de rencontrer, dans le cadre professionnel à Paris, un exilé chilien. Après un long échange sur ces évènements, il m’avait parlé avec beaucoup d’émotion du dernier discours de Salvador Allende avant de mourir. Il me l’avait décrit comme un des plus extraordinaires discours politique qu’il n’ait jamais entendu alliant une lucidité sans faille à un esprit visionnaire.
Je voudrais partager avec vous cet instant d’Histoire avec un homme remarquable.
Sergio Letellier, qui était le chilien que j’ai rencontré, m’a rapporté que Salvador Allende a prononcé ce discours d’un ton calme et presque détaché.
Quel courage, quelle intelligence !
Le dernier discours de Salvador Allende le 11 septembre 1973 :
« Mes amis,
C’est certainement la dernière fois que j’aurai à m’adresser à vous. La force aérienne a bombardé les tours de Radio Portales et de Radio Corporación. Mes paroles ne sont pas marquées d’amertume mais de déception, et seront le châtiment moral de ceux qui ont trahi leur serment : les soldats du Chili, les commandants en chef titulaires et l’amiral Merino, qui s’est promu lui-même, sans oublier Monsieur Mendoza, général perfide qui, hier encore, manifestait sa fidélité et sa loyauté au gouvernement, et aujourd’hui vient de s’autoproclamer directeur général des carabiniers.
Devant ces faits, il n’y a qu’une seule chose que je puisse dire aux travailleurs : je ne démissionnerai pas ! Placé à un tournant historique, je paierai de ma vie la loyauté du peuple. Et je suis certain que la semence déposée dans la conscience digne de milliers et de milliers de Chiliens ne pourra être arrachée pour toujours. Ils ont la force, ils pourront asservir, mais les processus sociaux ne s’arrêtent ni avec le crime ni avec la force.
L’histoire nous appartient et ce sont les peuples qui la font.
Travailleurs de ma patrie, je tiens à vous remercier de votre loyauté de toujours, de la confiance que vous avez déposée en un homme qui ne fut que l’interprète des grands désirs de justice, qui donna sa parole de respecter la Constitution et la loi, et qui l’a tenue.
Dans cet instant ultime, le dernier où je puisse m’adresser à vous, je vous demande que vous mettiez à profit cette leçon : le capital étranger et l’impérialisme, unis à la réaction, ont créé le climat pour que les forces armées rompent leur tradition, celle que leur enseigna le général Schneider et que réaffirma le commandant Araya, qui tombèrent victimes de la même couche sociale qui, aujourd’hui, attend bien au chaud qu’une main étrangère lui rende le pouvoir pour continuer à défendre ses profits et ses privilèges.
Je m’adresse tout d’abord à la modeste femme de notre terre, à la paysanne qui a cru en nous, à l’ouvrière qui a travaillé davantage, à la mère qui a compris notre préoccupation pour les enfants.
Je m’adresse aux travailleurs des professions libérales qui ont eu une conduite patriotique, à ceux qui ont agi contre la sédition encouragée par les organisations corporatives, ordres de classe qui ne cherchent qu’à défendre les avantages que la société capitaliste n’accorde qu’à une poignée.
Je m’adresse à la jeunesse, à ceux qui chantèrent et communiquèrent leur joie et leur esprit de lutte.
Je m’adresse à l’homme du Chili, à l’ouvrier, au paysan, à l’intellectuel, à tous ceux qui seront persécutés… car dans notre pays le fascisme s’est déjà fait connaître depuis longtemps dans les attentats terroristes, faisant sauter les ponts, coupant les voies ferrées, détruisant les oléoducs et les gazoducs, bénéficiant du silence de ceux qui avaient l’obligation d’assurer la défense… L’histoire les jugera !
Radio Magallanes sera sûrement réduite au silence, et le son tranquille de ma voix n’arrivera plus jusqu’à vous.
Peu importe, vous continuerez à l’entendre, je resterai toujours à vos côtés ; mon souvenir sera au moins celui d’un homme digne qui fut fidèle à la loyauté des travailleurs.
Le peuple doit se défendre, mais ne pas se sacrifier. Le peuple ne doit pas se laisser cribler ni écraser, mais il ne doit pas non plus se laisser humilier.
Travailleurs de ma patrie.
Je crois au Chili et en son destin. D’autres hommes sauront dépasser ce moment gris et amer où la trahison prétend s’imposer. Allez de l’avant et sachez que dans un avenir plus proche que lointain s’ouvriront à nouveau les larges avenues par où s’avancera l’homme libre pour construire une société meilleure.
Vive le Chili ! Vive le peuple ! Vivent les travailleurs !
Celles-ci sont mes dernières paroles.
J’ai la certitude que mon sacrifice ne sera pas inutile ; j’ai la certitude qu’il sera tout au moins une leçon morale pour châtier la félonie, la couardise et la trahison.
Salvador Allende »

Lundi 09 septembre 2013

Lundi 09 septembre 2013
«Surtout, surtout… sois indulgent,
Hésite sur le seuil du blâme.
On ne sait jamais les raisons
Ni l’enveloppe intérieure de l’âme,
Ni ce qu’il y a dans les maisons,
Sous les toits, entre les gens. »
Jean Cocteau
Il y a 35 ans, j’avais 20 ans et j’étais en math. Sup/Spe (pendant 3 ans) au Lycée Kléber de Strasbourg.
Et entre minuit et 1heure du matin au lieu de travailler, comme il se doit pour le taupin que j’étais, ou de dormir pour être en forme le lendemain, j’écoutais une émission d’Europe 1 : « La ligne est ouverte », d’un personnage « baroque » : Gonzague Saint Bris
A l’époque il avait une capacité extraordinaire de faire parler les gens qui l’appelaient au téléphone dans le calme de la nuit.
Il possédait une qualité d’écoute hors du commun.
Il a fait paraître un livre dans lequel il a reproduit les échanges les plus étonnants qu’il a eu à connaître lors de cette émission.
Dans l’introduction de ce livre, il a donné la clé qui donne l’ouverture à l’autre et permet d’accéder à une qualité d’écoute supérieure, la clé étant décrite par ce petit poème de Cocteau.
Et en exergue de ce livre il a donné cette pensée de Tolstoï qui aurait aussi pu être un mot du jour : « Tout ce que je comprends, je ne le comprends que parce que je t’aime ».
Voici comment est décrit ce livre sur un site d’achat en ligne. Cette description est fidèle à mes yeux :
« La Ligne est ouverte, [a été] plusieurs années, sur Europe 1, le rendez-vous de la libre parole en France.
A minuit, dans cette émission-phénomène, les témoignages affluent vers Gonzague Saint Bris, faits de sincérité et de scandale, de douceur et d’amour.
Ce livre rassemble les conversations les plus frappantes et les confidences Ies plus émouvantes de ce journal de l’âme.
Voici la confession du siècle qui vient du cœur de la nuit.
Du cambrioleur appelant de l’appartement qu’il est en train de dévaliser, au thanatopracteur, en passant par le maniaque des nœuds papillon, le déserteur, le pilote de Concorde, le fouilleur de poubelles; l’épouse blanche d’un Cheyenne, le jeune agriculteur, le responsable d’un restaurant autogéré, toutes ces conversations, dont chacune a sa charge de rêve et d’histoire, forment un document sociologique unique où des voix anonymes sont à la fois le portrait de la France profonde et- de la France paradoxale.
[..] Gonzague Saint Bris raconte l’aventure de cette émission qui est, sans aucun doute, l’événement radiophonique de l’époque. Et il tire les leçons de l’écoute attentive et fraternelle de ces voix inconnues. »

Vendredi 06 septembre 2013

Vendredi 06 septembre 2013
«Je suis une femme […] qui vit dans un monde qui n’est plus seulement en noir ou blanc.
Parfois, le gris a du bon, c’est une planche de salut, un abri contre quelque chose qui aurait pu être bien pire. »
Suzanne Perryman
Suzanne Perryman est une bloggeuse sur le Huffingtonpost.
Elle a une fille handicapée et elle a mis sa voiture sur une place d’handicapé, comme il se doit
A son retour, un post ist d’insulte était collé sur son pare brise.
Alors elle a écrit un beau message à l’auteur anonyme, dont voici un extrait :
«Je pense que je vous connais… Vraiment. Avant de devenir maman, je vivais dans votre monde où tout est blanc ou noir, où chaque chose est à sa place.
J’avais un programme, un emploi du temps, des « to-do lists », etc.
Ce doit être merveilleux d’avoir une vie si structurée, si fiable, si prévisible que vous vous accrochez à cette ligne séparant le bien du mal, le blanc du noir et que vous vous sentez obligé de faire un commentaire lorsque vous pensez que quelqu’un franchi la ligne.
Mais cette fois, dans votre empressement à garder les choses bien nettes et ordonnées, vous n’avez pas tout vu. J’imagine que vous n’avez pas vu le permis « handicapé » pendant à mon rétroviseur, me donnant la permission de me garer près de l’entrée. Vous n’avez pas vu le système d’accès pour fauteuil roulant installé à l’arrière de ma voiture, et vous ne m’avez pas vue sortir le fauteuil manuel rose de ma petite fille que nous utilisons pour les déplacements « rapides ».
Peut-être que vous n’avez vu que ma fille aînée et moi, et pas le petit fauteuil rose bonbon de Zoé.
[…]
Je sais d’où vous venez. J’ai vécu là-bas aussi. […] Et puis je suis devenue maman.
Et contre toute attente, maman d’un enfant handicapé. Un enfant dont la durée de vie ne peut pas être garantie, dont le pronostic est non définitif, et qui n’a pas de programmes de traitements précis.
Heureusement, ma famille est entourée de bons médecins, a une attitude positive et une belle vie.
Ma vie est belle, mais elle ne peut plus être structurée aussi facilement. Ma peau n’est pas si saine, mes cheveux jouent souvent aux rebelles, les yeux sont souvent fatigués. Je me réveille plusieurs fois par nuit, je me lève à 5 heures et je marche à plein régime jusqu’à 21 heures, pourtant toujours déterminée à en faire plus, jour après jour. Mes amis me manquent, les réussites professionnelles autrefois si faciles à accomplir, mais votre monde, lui, ne me manque pas.
Je suis une femme plus généreuse qui vit dans un monde qui n’est plus seulement en noir ou blanc. Parfois, le gris a du bon, c’est une planche de salut, un abri contre quelque chose qui aurait pu être bien pire. Mes priorités ont été réorganisées et désormais, je ne penserai plus jamais à juger qui que ce soit.»
Pour l’intégralité du message c’est derrière ce lien :
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Jeudi 05 septembre 2013

Jeudi 05 septembre 2013
«Si vous voulez un ami prenez un chien»
Carl Icahn
Pour essayer de comprendre le monde, il n’est pas possible de se contenter de voir le côté lumineux de la force, pour entrer dans la rhétorique « star wars », mais aussi connaître le côté obscur.
Carl Icahn est un de ses représentants.
Né en 1936, il est diplômé de Princeton en philosophie [sic], il décide pourtant de commencer sa carrière à Wall Street en 1961, en bas de l’échelle, chez un courtier, Dreyfus Corp.
Grâce à un coup de pouce financier de son oncle, il achète un siège à Wall Street, c’est-à-dire une licence pour faire du courtage. Entre-temps, il apprend toutes les ficelles du métier, qui lui permettront d’accumuler une fortune évaluée à 20 milliards de dollars par le magazine américain Forbes.
Il gagne sa réputation d' »homme le plus avide de la terre » en s’attaquant à TWA, en 1985. La compagnie aérienne est alors à la dérive. Il prend d’assaut la présidence du conseil d’administration, organise les charrettes de salariés, taille à la hache dans les destinations desservies et siphonne le fonds de pension de la société. « Il nous a violés et laissés pour morts », accuse une représentante syndicale, citée par Businessweek.
Sans lui, rétorque-t-il, TWA n’aurait pas tenu six mois de plus.
C’est de ces situations compliquées qu’il fait son miel. « Il achète la plupart du temps au plus mauvais moment du point de vue du marché, lorsque la situation n’a aucune raison de s’améliorer, raconte un banquier, sous le couvert de l’anonymat. Plus la société est délaissée, mieux c’est pour Carl Icahn. »
Un article du Monde pour en connaître un peu plus sur ce curieux personnage qui préfère un chien à un homme et dont le dernier os à ronger est Apple, d’où cet article.

Mercredi 04 septembre 2013

Mercredi 04 septembre 2013
«Les résistants c’est comme les trotskystes
Avec un, tu fais un Parti
avec deux, tu fais un congrès
avec 3, tu fais une scission»
Georges Bidault
Lyon a été libérée le 3 septembre 1944
Lyon était aussi la capitale de la résistance.
J’ai écouté une émission «la Marche de l’Histoire» où Daniel Cordier (le secrétaire de jean Moulin à Lyon) était invité. Il a insisté sur le fait qu’au début le nombre de résistants, notamment à Lyon, était très faible.
Et il a rapporté ce propos très drôle de Georges Bidault qui constitue le mot du jour.
Georges Bidault était professeur d’Histoire au Lycée du Parc de Lyon pendant la guerre
Il a appartenu au réseau «Combat» à Lyon et succède à Jean Moulin en juin 1943 comme président du Conseil national de la résistance
Il devient député de la Loire en 1945 et il est deux fois président du Conseil avant la Vème république.
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Mardi 03 septembre 2013

Mardi 03 septembre 2013
<Le passé dévore l’avenir»
Thomas Picketty
Thomas Picketty explique par ce mot, qu’aujourd’hui, il est plus rentable d’hériter que de travailler !
Il constate ainsi que «Le taux de rendement du capital devient plus élevé que la croissance. «
Or, depuis longtemps, les économistes savent que la « règle d’or de la croissance » est que le taux d’intérêt doit être égal au taux de croissance.
Dans une situation de taux d’intérêt supérieur au taux de croissance, apparaît un déséquilibre favorisant les détenteurs de capital.
Thomas Picketty vient de commettre un livre : Le Capital au XXIème siècle de 976 pages au Seuil.
Vous pouvez être tenté de le lire. Remarquez qu’à 25€, cela fait la page à 2, 5 centimes, c’est une affaire ! A l’heure des prix bas, constatant que le dernier Goncourt « Le sermon sur la chute de Rome » 19 euros pour 208 pages, coûte 9, 1 centimes par page, beaucoup plus onéreux….
Vous pouvez aussi faire comme moi : écouter l’émission l’invité d’Inter où il était invité Lundi le 2 septembre : http://www.franceinter.fr/emission-le-79-thomas-piketty-0
Il commence par une analyse de la croissance de long terme. Ce que montre l’Histoire est qu’elle ne peut atteindre longtemps les niveaux spectaculaires de 5% des « trente glorieuses ».
La croissance mondiale par habitant a été de 1 % au XIX siècle et de 1, 6 % au XX , et il est probable que le XXI reviendra au niveau du XIX.
Dans un tel contexte de croissance réelle mais modérée, le ratio entre le patrimoine détenu – ou autrement dit le capital accumulé – et le niveau de production a tendance à s’accroître.
Cette situation de croissance modérée de la production creuse les inégalités patrimoniales, creusement qui favorise les gens en place et leurs héritiers.
Cette dynamique de concentration est liée à la différence entre le taux de rendement du capital et le taux de croissance de la production.
La solution qu’il propose est un impôt mondial progressif sur le capital.
Pour les plus courageux, joint à ce message un article du Monde qui conteste la solution mais pas le diagnostic.

Lundi 2 septembre 2013

«Le silence des chagos»
Shenaz Patel

Le mot du jour fait référence à un livre qui montre le manque de crédibilité des occidentaux à vouloir se poser en défenseur et gardien des droits de l’homme.

L’archipel des Chagos fait partie géographiquement de l’Ile Maurice et de ses dépendances.

Ces îles étaient colonisées par la Grande Bretagne.

Les Etats Unis ont trouvé pertinent d’installer sur l’archipel des Chagos une grande base militaire.

Ils se sont mis d’accord avec le colonisateur et ont signé un bail avec la Grande Bretagne mais avec une condition : que ces iles soient vides d’habitants. La Grande Bretagne a scrupuleusement respecté la condition dans un premier temps en limitant le commerce avec les iles pour finalement en 1973 embarquer de force les habitants qui étaient restés, dans un bateau pour les déporter dans ce paradis du tourisme occidental : l‘ile Maurice, à plus de 2000 km, où ils vivent misérablement leur vie de déportés.


L’armée des Etats-Uniens a donc pu, en toute discrétion, installer une base et des équipements militaires sur l’île de « Diego Garcia »

Dans un premier temps aucune compensation financière n’avait été proposée.

Dans un second temps parce que des bonnes âmes occidentales ont dénoncé ce scandale, quelques compensations furent distribuées.

C’est l’émission « Interception » de France Inter » de hier qui m’a rappelé opportunément cette histoire au moment où les États-Unis veulent punir la Syrie : <Chagos : les déracinés de l’Océan Indien>

La page de l’émission présente le sujet ainsi :

« C ‘est l’histoire des Chagos, un archipel de carte postale, un point sur la carte du monde quelque part dans l’Océan indien juste au sud des Maldives. C’est l’histoire d’îles tropicales aux lagons poissonneux, aux plages de sable blanc parsemées de cocoteraies. C’est l’histoire de descendants d’esclaves originaires du Mozambique et de Madagascar, esclaves débarqués sur ces îles par des navigateurs français pour y récolter le coprah qui fait l’huile de coco.

L ‘histoire de ces Chagossiens que l’on appelait aussi « îlois » aurait pu s’arrêter là jusqu’à ce que l’Empire britannique -qui avait annexé les Chagos à l’issue des guerres napoléoniennes- décide dans les années 60 d’y construire la base militaire de Diego Garcia et de la louer aux Etats-Unis d’Amérique. Les avions de l’US Air Force ont utilisé cette plateforme pour aller bombarder l’Afghanistan et l’Irak… L’Iran est à moins de 4000 kms de là.

Évidemment, une installation aussi stratégique est vouée au secret total. C’est pour cette raison que, de 1966 à 1973, les navires britanniques ont déporté les habitants des Chagos vers l’Ile Maurice, à plus d’un millier de kilomètres de chez eux. Les Chagossiens ont été débarqués sur les quais de Port-Louis sans une explication et sans espoir de retour. »

Mais c’est une autre émission, toujours très instructive, « Rendez-vous avec X » qui me l’avait fait découvrir. C’était l’émission du 22 juin 2013 :

< Les Chagos ou les oubliés de la guerre froide >

« Ce sont des oubliés de la Guerre froide … Des oubliés et des victimes. Un petit peuple purement et simplement expulsé de son habitat traditionnel pour faire place à une gigantesque base militaire. Et comme si cela ne suffisait pas, ces malheureux qui ont dû quitter leurs îles en toute hâte, sans même avoir le temps de rassembler leurs maigres biens, ont ensuite été relogés très loin dans des considérations misérables, sans réelles indemnités. Et avec interdiction de revenir chez eux !  »

Depuis j’ai lu un article de libération de Jean-Michel LE CLEZIO, le prix Nobel de littérature, d’origine Mauricienne qui parle de cette triste et honteuse histoire occidentale à l’occasion d’une décision qui ne fait pas honneur à la Cour européenne des droits de l’homme.

<Les îlois des Chagos contre le Royaume-Uni, suite et fin ?>

J’en tire l’entame et la conclusion dans lesquelles, le Prix Nobel exprime son indignation :

« La décision rendue en décembre 2012, par la Cour européenne des droits de l’homme, de ne pas recevoir la plainte des Chagossiens contre le gouvernement du Royaume-Uni restera comme une des grandes hontes et un déni de justice de l’époque contemporaine. Cette décision est loin d’être courageuse. Elle n’est sans doute pas non plus définitive, car le peuple chagossien a pris conscience depuis de nombreuses années de la solitude dans laquelle il doit livrer combat afin que soient reconnus ses droits au retour dans sa patrie d’origine. […]

Rappelons que la position du gouvernement britannique n’a pas changé depuis la création des Territoires de l’océan Indien, et que Colin Roberts, qui fut Commissionner desdits Territoires ne cacha pas son dédain pour la population chagossienne, (WikiLeaks publia en décembre 2010 son commentaire sur les îlois : «On ne verra plus les traces des pieds des Man Fridays – des sauvages – sur les plages de Diego Garcia.»).
Il affirmait aussi que la création éventuelle d’un parc marin aux Chagos pourrait servir à empêcher définitivement le retour des habitants sur les lieux.
Quant aux Etats-Unis, partenaire du Royaume-Uni dans la création de la base militaire de Diego Garcia, ils n’ont cessé de masquer l’iniquité du traitement infligé aux Chagossiens par les mesures prises en faveur des déportés – mesures qui ne servent qu’à farder la triste vérité. La réalité de la politique menée par les États puissants du monde s’affirme avec un certain cynisme dans la réponse que le gouvernement présent des États-Unis a donnée aux plaignants chagossiens (réponse de la Maison Blanche à la pétition We The People sur les torts infligés aux Chagossiens, 21 décembre 2012) : cette réponse qui reprend les arguments de la Cour européenne, conclut par la promesse du gouvernement américain de continuer à soutenir, comme par le passé, la compensation britannique pour les torts subis par les habitants des Chagos.
Il n’est pas indifférent que la réponse provienne, entre autres signataires, de M. Andrew Shapiro, adjoint au ministre des Affaires politiques et militaires. Ainsi la boucle est bouclée, et l’archipel des Chagos continuera sans doute, sauf élément imprévisible actuellement, à être le porte-avions de l’armée américaine au Proche et Moyen-Orient.

La Cour européenne des droits de l’homme a rendu sa décision, dans l’indifférence des puissants de ce monde. Qu’importe une poignée d’îlois, petits agriculteurs, pêcheurs à la ligne dans leur lagon, quand les intérêts stratégiques et militaires sont en jeu, et que ces îles lointaines, perdues au milieu de l’océan Indien, peuvent être transformées à vil prix en une des bases les plus opérationnelles du monde – comme elle le fut pour les bombardiers de la guerre du Golfe ? Et que dire du soupçon de tortures infligées aux détenus de Diego Garcia, comme à Guantánamo ?

Certains des habitants se souviennent encore du jour tragique où ils durent embarquer de force sur le navire qui les déportait, sans pouvoir emmener avec eux leur bétail, ni même leurs chiens restés à aboyer sur la rive.

Les grands de ce monde qui ont rendu cette décision inique, le président David Björgvinsson et ses six assesseurs, devraient pourtant se soucier des gens qu’ils condamnent ainsi au non-retour et à l’exil éternel.
Peut-être devraient-ils – mais cette proposition sans doute amènera un sourire ironique sur leurs lèvres – visiter un jour la modeste maison à Gros-Caillou, un quartier déshérité de Maurice, qui sert en quelque sorte de refuge et de mémoire au peuple des îlois, où sur les murs, les enfants des Chagossiens nés en exil peuvent regarder les images de leur petite patrie qu’ils ne pourront jamais connaître, fût-ce pour fleurir les tombes de leurs ancêtres. »
J.M.G. Le Clezio

L’émission de France Inter donne un certain nombre de liens pour approfondir cette triste histoire dans laquelle l’Occident joue un rôle indigne :

Les Chagos, l’archipel convoité
Article d’Emmanuel Grégoire, géographe, directeur de recherche à l’IRD, membre du Centre d’études africaines (CEAf) de l’EHESS, paru dans la revue Politique africaine en 2005 (n°97). En ligne sur le portail Cairn.info.

Diego garcia : enjeux de la présence américaine dans l’océan indien
Article d’André Oraison, professeur de droit à l’université de la Réunion, paru dans la revue Afrique contemporaine, n° 207, automne 2003. En ligne sur le portail Cairn.info.

Des îles britanniques de l’océan Indien disputées : Diego Garcia et l’archipel des Chagos
Article d’Emmanuel Grégoire, géographe, directeur de recherche à l’IRD, paru dans la revue Hérodote, 2ème trimestre 2010. En ligne sur le portail Cairn.info.

The UK Chagos Support Association
Supporting the Chagos islanders in their struggle against British injustice

Chagos conservation trust
Organisation non gouvernementale britannique œuvrant pour la préservation de l’écosystème de l’archipel.

Cour européenne des droits de l’Homme
Décision d’irrecevabilité de la Cour européenne des droits de l’Homme dans l’affaire Habitants des îles Chagos contre le Royaume-Uni (décembre 2012).

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Vendredi 30 août 2013

Vendredi 30 août 2013
« Si tu ne cherches pas l’inespéré, tu ne le trouveras pas. »
Héraclite
Comme je suis persuadé qu’un grand nombre d’entre vous n’a pas eu la disponibilité de lire l’article d’Edgar Morin jusqu’au bout (mot du jour du 27/08/2013), je m’inspire de la conclusion de l’article pour le mot du jour d’aujourd’hui.
Héraclite est un philosophe présocratique, wikipedia donne, entre autres, les informations suivantes : « Héraclite naquit à Éphèse dans la seconde moitié du VIe siècle av. J.-C., vers 544-541 av. J.-C. D’après Aristote, il serait mort à l’âge de 60 ans, donc vers 480 av. J.-C.
Des lettres apocryphes le désignent comme un contemporain de Darius Ier ; ce dernier aurait invité Héraclite à sa cour, mais le philosophe refusa l’invitation.
D’autres sources situent sa floraison dans la 80e ou la 81e olympiade ; en effet, selon Strabon, Hermodore, un Éphésien qui avait aidé les décemvirs romains pour la confection des Douze Tables, était un ami d’Héraclite.
Héraclite serait donc né après 510 av. J.-C., et mort autour de 450 av. J.-C. Mais cette dernière datation n’est généralement pas retenue, car la différence d’âge suffirait à résoudre cette contradiction.
Lui-même semble avoir été persécuté pour athéisme (mais cette assertion est tardive et on la trouve chez des auteurs chrétiens, Justin de Naplouse et Athénagoras d’Athènes).
Il y a unanimité des Anciens sur son lieu de naissance, Éphèse
Bien avant Socrate, il aurait appliqué à la lettre le Connais-toi toi-même Γνῶθι σαυτόν, car, disait-il, « il faut s’étudier soi-même et tout apprendre par soi-même »
Nous ne savons d’ailleurs rien de ses maîtres ; les anciens ne savaient pas où le situer dans la série des philosophes. Il semble donc avoir été un autodidacte. »