Mercredi 10 septembre 2014

Mercredi 10 septembre 2014
« Le vent se lève!… Il faut tenter de vivre ! »
Paul Valéry
Ce vers de Paul Valéry est-il particulièrement approprié à notre temps ?
Mais surtout  « Le vent se lève » est le dernier film et restera le dernier film  de cet immense maître du cinéma d’animation Hayao Miyazaki qui a décidé de se retirer à 72 ans.
Le film est une biographie d’un ingénieur en aéronautique, librement inspirée de la vie de Jirō Horikoshi, le concepteur des chasseurs bombardiers japonais Mitsubishi A6M, appelés « Chasseurs Zéro ».
Il est sorti en France début  2014 et son titre fait référence à un poème de Paul Valéry le « cimetière marin ».
En pratique il s’agit de la fin ce très long poème :
« Le vent se lève!… Il faut tenter de vivre !
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies !
Rompez, vagues! Rompez d’eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs ! »
Pour l’intégralité du poème : http://www.leventseleve.fr/poeme.htm
Des années 1920 à la Seconde Guerre mondiale, Jiro, le jeune héros de ce grand tableau soigneusement peint à la main, ne pense qu’à voler, voler et encore voler. Comme il a la vue basse, le métier de pilote lui est interdit. Il sera ingénieur aéronautique, inventeur des redoutables avions Zéro. Des idéaux d’un garçonnet à la construction d’une célèbre machine de mort — le chasseur-bombardier des kamikazes et de Pearl Harbor —, le réalisateur fouille, encore et toujours, une autre de ses fameuses obsessions : la guerre, qui transforme et pervertit les rêves.
Ce film peut surprendre tous ceux qui étaient habitués au monde fantastique, merveilleux et onirique des précédents films (Le Château dans le ciel, Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro et Le Château ambulant entre autre), mais il faut changer le regard pour cet ultime geste artistique du maître. Je pense qu’il s’agit d’un chef d’œuvre de subtilité et d’humanité.
Dans ce film se trouve aussi une très belle définition de l’ingénieur : « C’est celui qui permet que vos rêves se réalisent »
Que l’Art vous conserve votre joie et votre profondeur.

Mardi 9 septembre 2014

Mardi 9 septembre 2014
« C’est juste pas de chance
d’être une femme
dans la plupart des pays du Monde »
Annick Cojean

Annick Cojean, est l’une des grandes plumes du journal Le Monde. Elle a reçu le Prix Albert Londres en 1996, dirige la collection Duels sur France 5.

Elle a signé récemment « Les proies » un livre sur le système d’enlèvement et de viols systématiques mis en place sous le général Kadhafi. Le sous-titre est : « Les proies dans le harem de Kadhafi » (aux éditions Grasset).

Elle a signé aussi une enquête très forte sur le viol comme arme de guerre en Syrie.

Elle était l’invité de l’émission « Ils changent le monde » de Caroline Fourest : <Ils changent le monde Annick Cojean>

Et c’est dans cette émission qu’elle a eu cette phrase que j’ai choisie comme mot du jour.

Kadhafi avait organisé un véritable harem dans son palais. Quand il allait visiter une école, le geste de caresser la tête d’une jeune élève indiquait à ses sbires qu’il fallait l’enlever pour son harem.

Kadhafi avait une autre pratique : la sodomisation de ses généraux pour les humilier et les soumettre totalement.

Annick Cojean explique que ce n’est tout simplement pas possible de regretter un tel monstre.

Elle raconte dans son livre le sort que Khadafi réservait à des fillettes de quatorze ou quinze ans dans les lupanars personnels qu’il avait organisés jusque dans l’enceinte de l’université de Tripoli, comme dans son QG de Bab el Azizia : il les faisait enlever, par dizaines, par centaines, les violait et les droguait, avec la brutalité d’un soudard fou. Et il les faisait ensuite assister à ses ébats avec des hommes. Puis il se servait du sang de la défloration pour des pratiques de magie noire. Des membres mâles de son gouvernement, avec lesquels il forniquait aussi, en faisaient autant avec les filles mises à leur disposition.

Sans l’audace et l’obstination d’Annick Cojean, ces faits n’auraient sans doute jamais été portés à la connaissance du public. En effet, « le sujet est tabou, » Les femmes violées ne peuvent pas le revendiquer. C’est un crime parfait, les victimes sont enfermées dans leurs silences. Elles risquent de mourir par un crime d’honneur dans ces sociétés et si elles ne sont pas tuées elles seront ostracisées par leur famille.

Une loi a été réalisée en Libye pour reconnaître les femmes violées comme des victimes. On en a peu parlé en France. Il y a quand même des choses positives en Libye.

Une autre émission de « Ils changent le monde » raconte cette évolution en Libye par la suite d’un combat d’une autre femme : Céline Bardet, qui enquête sur le terrain sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, après avoir été juriste au Tribunal Pénal international de la Haye : <Ils changent le monde : Céline Bardet>

Annick Cojean a raconté aussi ce qu’elle avait vu en Syrie et a eu cette réflexion plus générale sur la condition des femmes dans un trop grand nombre de pays où elles sont opprimées, brutalisées, humiliées, reléguées, exploitées. Elles n’ont même pas le droit de se plaindre quand on commet un crime comme le viol à leur égard, le résultat de leur plainte rendrait leur vie encore plus insoutenable.

La violence, sous toutes ses formes, faite aux femmes dans le monde, à travers les siècles et jusqu’à aujourd’hui est immense, ignoble et encore largement inavouée ou refoulée.

<Dans un rapport tout récent, L’UNICEF estime qu’une petite fille sur dix est victime d’abus sexuels dans le monde>

Le mot du jour d’Annick Cojean est terrible, parce qu’il se lit au présent.

Que le Ciel vous tienne en éveil et que le féminin qui est en vous, femme ou homme, vous permette de voir, de comprendre et de faire votre part, comme le colibri, dans l’évolution nécessaire de notre humanité.

<345>

Lundi 8 septembre 2014

Lundi 8 septembre 2014
« L’architecture ne construit pas des bâtiments, elle construit des situations
L’architecture ne met pas en place des formes, elle met en place des scénarios »
Teddy Cruz
Je me hasarde dans des terrains inconnus, mais cette définition de l’architecture par un architecte américain né au Guatemala m’a interpellé.
Cette phrase a été rapportée par Marie-Hélène Contal, architecte, directrice adjointe de l’Institut Français d’Architecture et Commissaire de l’exposition « Réenchanter le monde », présentée actuellement (jusqu’au 6 octobre) à la Cité de l’Architecture & du patrimoine, dans l’émission de France Culture :La grande table : « Habiter demain « 
Dans cette émission qui incitait vivement à aller voir l’exposition « Réenchanter le monde », présentée jusqu’au 6 octobre  à la Cité de l’Architecture & du patrimoine, au Palais de Chaillot, les intervenants ont beaucoup parlé d’expériences du SUD.
Parce que dans le Sud le problème est avant tout démographique. Dans un mouvement inexorable d’urbanisation et de pression démographique, les mégapoles explosent dans les pays du Sud. Dans ces mégapoles 70% de la ville sont des bidonvilles ou du moins de l’habitat qui n’a pas été créé par un architecte traditionnel.
Dans ces conditions il n’est pas question de détruire et de reconstruire tout dans un geste architecturale de démiurge.  Dans cette émission les intervenants ont dit que les villes fordistes étaient obsolètes.
L’architecte devient curateur, médiateur, ce n’est plus un auteur.
Si vous êtes parisien ou vous passez à Paris vous pouvez aller voir cette exposition : Réenchanter le monde, Architecture, ville, transitions, mercredi 21 mai 2014 – lundi 06 octobre 2014
http://www.citechaillot.fr/fr/expositions/expositions_temporaires/25473-reenchanter_le_monde.html
Et j’ai trouvé aussi une présentation de Teddy Cruz : http://www.lecourrierdelarchitecte.com/article_1903
J’ai le sentiment que ces architectes font partie de ces gens qui changent le monde ou le font évoluer vers du mieux.

Vendredi 5 septembre 2014

Vendredi 5 septembre 2014
« Je veux te voir à fond. »
Une jeune fille anonyme du métro de Lyon
Il faut d’abord faire un peu de sociologie du métro lyonnais, notamment pour ceux qui sont habitués au métro parisien.
Dans le métro lyonnais, on se regarde et même on se sourit. Dans le métro lyonnais on se parle et même on écoute les gens parler.
Donc Annie et moi étions dans le métro lyonnais et nous avons vu et entendu une jeune fille parler avec une amie qui visiblement venait d’arriver à Lyon.
Elle a expliqué notamment qu’elle ne pouvait pas répondre à telle autre sollicitation d’une autre copine parce qu’elle devait voir son amie à fond et qu’elle n’avait donc que peu de temps pour les autres.
Cette expression m’a beaucoup interpellé.
D’abord par le nouveau langage des jeunes : « Je te vois ou je veux te voir à fond » constitue probablement une nouvelle expression, en tout cas je ne l’avais jamais entendue.
Ensuite par ce qu’elle signifie et cela je le comprends.
La rencontre réussie avec un ami nécessite une parfaite disponibilité, c’est ainsi que je la conçois.
Elle peut être rare, probablement doit-elle être rare, mais quand elle se réalise il faut la vivre à fond, comme le disait cette jeune fille si sympathique.
Les sollicitations multiples et la dispersion sont le lot commun de beaucoup.
Cette jeune fille anonyme du métro lyonnais a ainsi exprimé par des mots d’aujourd’hui ce que l’expérience m’a appris.

Jeudi 4 septembre 2014

Jeudi 4 septembre 2014
« Nous vivons dans une société du temps libre »
Jean Viard
Nous sortons, la plupart d’entre nous, de la période de congé. Pour nous,  avoir du temps libre constitue une évidence. Grâce à Jean Viard nous pouvons mettre ce temps libre en perspective.
Jean Viard est un sociologue spécialiste des « temps sociaux » (les vacances, les 35 heures), la mobilité et le politique. Il était l’invité de France Inter le 15 août 2014 où il a abordé ces sujets : http://www.franceinter.fr/emission-le-79-jean-viard-on-travaille-10-de-la-vie
Nous apprenons ainsi qu’en 1914, il y a 100 ans, un homme vivait en moyenne 500.000 heures, il dormait 200 000 heures, il travaillait 200 000 heures et il lui restait 100 000 heures pour faire autre chose.  En 1914 il disposait donc de 20% de temps libre à occuper.
A cette époque, les activités religieuses occupaient encore une grande place dans ce temps disponible.
D’abord on a travaillé 12h par jour, le Décret du 9 septembre 1848 avait fixé la durée journalière maximum à douze heures.
La Loi du 30 septembre 1900, dite « loi Millerand », a limité la journée de travail à onze heures.
Puis une loi de 1919 a fixé la journée de travail à 8 heures et la semaine à 48h.
Il y a eu une même évolution pour le nombre de jours de travail dans la semaine. Le dimanche n’était pas férié jusqu’en 1906. Et c’est le Front Populaire qui a institué la semaine de 40 heures, donc 5 jours de 8 heures.
Et puis il y a eu les congés payés…
Aujourd’hui, nous vivons en moyenne 700 000 heures (80 ans) et nous travaillons (si nous avons un emploi) 63 000 heures.
On travaille donc à peu près 10% de notre vie. Les européens travaillent de 10 à 12%, les américains travaillent plutôt 16%.
Comme nous dormons, en outre, beaucoup moins, nous avons donc un énorme temps libre hors sommeil. Avec une moyenne de 8 heures de sommeil par jour, cela représente 240 000 heures.
Bref, en 100 ans nous sommes passés de 100 000 heures de temps libre hors sommeil à 400 000 heures, quatre fois plus. Et c’est donc l’essentiel du temps que nous passons sur terre, plus de 55% !
Toute la question qui va nous occuper alors, c’est comment occuper ce temps libre ?
Il y a la télé, internet, les jeux, les voyages, la lecture, la culture, le sport et peut être un peu de mobilisation de notre temps de cerveau disponible pour réfléchir à d’autres sujets que ceux du travail…
Jean Viard avait publié en 2002 un ouvrage : « La France des temps libres et des vacances » aux éditions de l’Aube.
Que le ciel vous tienne en joie et imaginez qu’en 1914, je n’aurai pas eu le temps d’écrire un mot du jour sauf si j’avais été rentier…
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Mercredi 3 septembre 2014

Mercredi 3 septembre 2014
« Elles changent le monde »
Caroline Fourest
Pendant la suspension du mot du jour, au mois d’août, les nouvelles du Monde n’ont pas évolué vers une tonalité plus paisible, plus réjouissante :

L’Ukraine a été envahie par la Russie ;

Le sinistre « Etat islamique » a augmenté son emprise en Irak et en Syrie et continue ses massacres odieux ;

Boko Aram continue à déstabiliser le Nigéria et les pays alentours ;

Gaza a continué son lot d’affrontements et de massacres ;

La propagation du virus Ebola s’étend ;

La situation économique française et européenne continue à se dégrader et contrairement à ce qu’affirme Montebourg l’économie du reste du monde ne va pas bien (Le Japon va plus mal : http://abonnes.lemonde.fr/japon/article/2014/08/29/les-japonais-consomment-toujours-moins_4478693_1492975.html, Le Brésil entre récession http://www.liberation.fr/economie/2014/08/29/le-bresil-en-recession-a-presque-un-mois-des-elections_1089657 etc…)

Robin Williams, le professeur génial et illuminé du cercle des poètes disparus, s’est suicidé, le regard hypnotisant de Lauren Bacall s’est définitivement éteint ;

et « last but not least », l’Unità, le journal fondé en 1924 par Antonio Gramsci, organe du parti communiste le plus intelligent de l’Europe occidentale est mort le 31 Juillet 2014.

Ca plombe, n’est-il pas ?
J’ai trouvé un antidote.
Pendant ces congés j’ai écouté une émission créée par Caroline Fourest sur France Inter « Ils changent le monde » : http://www.franceinter.fr/emission-ils-changent-le-monde , d’où ce mot du jour.
Et cela fait du bien d’entendre ces femmes et ces hommes qui chacune et chacun apportent leur contribution à un mieux pour la communauté des humains.
Ainsi de Faouzia Charfi, scientifique tunisienne qui n’a qu’un moteur : la rationalité.
Physicienne de formation, elle a notamment publié « La Science voilée ». Un livre qui retrace les relations contrastées entre l’Islam et la Science. Ses travaux prolongent les écrits majeurs d’un autre intellectuel, aujourd’hui décédé, Mohamed Charfi. Son époux et sans doute l’un des plus grands ministres de l’éducation qu’ait connu la Tunisie. Elle-même, Faouzia Charfi, a occupé le poste de secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur dans le tout premier gouvernement de transition de l’après printemps démocratique, avant d’en démissionner. : http://www.franceinter.fr/emission-ils-changent-le-monde-faouzia-charfi-auteure-de-la-science-voilee
Et puis, Segenet Kelemu, née dans un village d’agriculteur d’Ethiopie qui était trop rebelle, trop « garçonne » pour suivre le destin des autres filles de son village : être mariée très jeune.
Alors elle a poursuivi des études, poussé un peu par son père tout de même. Elle est la première femme de sa région à avoir intégré l’Université d’Ethiopie. Pour y devenir une brillante chercheuse en biologie et phytopathologie. Une vocation née parmi les agriculteurs de son village, où elle a observé la nature avant de trouver, en laboratoire, de quoi améliorer la résistance des plantes fourragères. Celles qui servent à nourrir les animaux d’élevage. Ses travaux lui ont permis d’étudier et d’être récompensée aux États-Unis, en Colombie et même en Chine. Après avoir beaucoup voyagé, elle est de retour en Afrique, à Nairobi, au Kenya, où elle travaille désormais comme Directrice Générale du Centre International de Physiologie et d’Écologie des Insectes (ICIPE).
Sa devise est très belle :  « Fixez-vous des objectifs et n’y renoncez jamais. La science n’est pas réservée à quelques privilégiés, ni à des génies, ni à des fous ! Si j’ai réussi, vous réussirez !  »
Et aussi, plus connue, Esther Duflo. Economiste, née en France, elle enseigne à Cambridge, au MIT, où elle occupe une chaire d’économie et de développement.
Elle travaille surtout en réseau avec d’autres chercheurs. En 2010, elle a reçu la médaille John Bats Clark, que l’on dit être un préambule au Prix Nobel d’économie. L’année suivante, le magazine américain Time l’a classée parmi les personnalités les plus influentes au monde. Depuis, elle a intégré le comité pour le développement mondial chargé de conseiller le président des États-Unis, Barak Obama. http://www.franceinter.fr/emission-ils-changent-le-monde-esther-duflo-des-idees-simples-a-l-oreille-des-puissants
Et pour finir aujourd’hui, Delphine Horvilleur, l’une des deux seules femmes rabbins de France.
Elle fait partie du Mouvement Juif libéral de France et a écrit un livre : « En tenue d’Eve » aux éditions Grasset. Elle arriverait presque à me rendre la religion sympathique : http://www.franceinter.fr/emission-ils-changent-le-monde-delphine-horvilleur-la-nouvelle-generation-n-est-plus-surprise-de-voi
Faouzia Charfi
Segenet Kelemu
Esther Duflo
Delphine Horvilleur
Je reviendrai dans les prochains mots du jour vers quelques-unes de ces rencontres lumineuses qui m’ont particulièrement éblouies et me redonnent foi dans le présent et l’avenir.

Mardi 2 septembre 2014

Mardi 2 septembre 2014
« Je veux devenir institutrice,
pour faire chier les mômes »
Raymond Queneau – Zazie dans « Zazie dans le métro »
film de Louis Malle
En ce jour de rentrée, m’est revenu ce mot de Zazie dans le métro.
Zazie le dit à son oncle (joué par Philippe Noiret) qui lui demande ce qu’elle veut faire plus tard.
Ce mot du jour nous incite certainement à de la nostalgie, nostalgie d’instituteurs ou de professeurs dont nous nous souvenons parce qu’ils ont ouvert, formé et enrichi notre esprit.
Il y en avait finalement peu qui ont embrassé ce métier « pour faire chier les mômes ». Pour quelques-uns ou unes j’ai cependant des doutes … C’était peut-être une de leur motivation.
Aujourd’hui, il semble que sur ce plan c’est plus souvent dans l’autre sens que « l’embêtement maximum » se réalise.
Et d’ailleurs le métier d’enseignant n’attire plus, preuve en est que le gouvernement n’arrive pas à recruter les 60 000 postes supplémentaires qu’il entend créer.
Un remarquable article du Monde donne l’avis du Directeur de l’Education de l’OCDE (un allemand). Je joins l’article à ce message et j’en tire l’extrait suivant :
« L’enseignement n’est pas pertinent en France. On y est en décalage. Le monde moderne se moque bien de ce que vous savez. Il s’intéresse à ce que vous savez en faire. Il a besoin de gens créatifs, capables de croiser les sujets quand l’école française fait encore trop réciter des leçons. En France plus qu’ailleurs, on n’enseigne pas suffisamment ce qui sera pertinent pour réussir sa vie ! »
L’inoubliable interprète de Zazie fut Catherine Demongeot. Elle ne fit pas de film, arrivé à l’âge adulte, mais devint enseignante après une agrégation en sciences sociales.
Elle déclara en 2011 avoir de la nostalgie pour Zazie, mais pas pour le cinéma. Le 16 mai 2014 elle a eu 64 ans.
Dans le film elle était Zazie :

Que le Ciel vous tienne en joie et n’hésitez pas à voir ou à revoir « Zazie dans le métro »

Lundi 1er septembre 2014

« Les mots sont les passants mystérieux de l’âme »
Victor Hugo Les Contemplations Livre I. Poème VIII « Suite » (1854)

Eh bien essayons de continuer cette discipline quotidienne du mot du jour. Pour m’en convaincre j’ai reçu les protestations de certains à l’idée de finir ce défi et ce 8ème poème du livre Un des contemplations de Victor Hugo :

« Car le mot qu’on le sache est un être vivant ».

Cette période de congé m’a permis de faire le point, depuis le 9 octobre 2012, le présent mot est le 339ème de cette série.

Que le ciel et les mots de Hugo vous tiennent en joie. Ce poème étant fort long je me permets d’en citer des extraits :

Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant.
La main du songeur vibre et tremble en l’écrivant;
La plume, qui d’une aile allongeait l’envergure,
Frémit sur le papier quand sort cette figure,
Le mot, le terme, type on ne sait d’où venu,
Face de l’invisible, aspect de l’inconnu;
Créé, par qui? forgé, par qui? jailli de l’ombre;
Montant et descendant dans notre tête sombre,
[…]

Oui, vous tous, comprenez que les mots sont des choses.
Ils roulent pêle-mêle au gouffre obscur des proses,
Ou font gronder le vers, orageuse forêt.
Du sphinx Esprit Humain le mot sait le secret.
[…]

Tel mot est un sourire, et tel autre un regard;
De quelque mot profond tout homme est le disciple;
Toute force ici-bas a le mot pour multiple;
[…]

Ce qu’un mot ne sait pas, un autre le révèle;
Les mots heurtent le front comme l’eau le récif;
Ils fourmillent, ouvrant dans notre esprit pensif
Des griffes ou des mains, et quelques-uns des ailes;
Comme en un âtre noir errent des étincelles,
Rêveurs, tristes, joyeux, amers, sinistres, doux,
Sombre peuple, les mots vont et viennent en nous;
Les mots sont les passants mystérieux de l’âme
Chacun d’eux porte une ombre ou secoue une flamme;
[…]

Le mot dévore, et rien ne résiste à sa dent.
A son haleine, l’âme et la lumière aidant,
L’obscure énormité lentement s’exfolie.
Il met sa force sombre en ceux que rien ne plie;
[…]

Oui, tout-puissant! tel est le mot. Fou qui s’en joue!
Quand l’erreur fait un nœud dans l’homme, il le dénoue.
Il est foudre dans l’ombre et ver dans le fruit mûr.
Il sort d’une trompette, il tremble sur un mur,
Et Balthazar chancelle, et Jéricho s’écroule.
Il s’incorpore au peuple, étant lui-même foule.
Il est vie, esprit, germe, ouragan, vertu, feu;
Car le mot, c’est le Verbe, et le Verbe, c’est Dieu.

<L’intégralité du poème se trouve ici avec l’intégralité des Contemplations>

<339>

Vendredi 01/08/2014

Vendredi 01/08/2014
«L’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie.
Après-midi, piscine.»
Franz Kafka
Journal, 2 août 1914
Le grand écrivain tchèque n’a écrit que ces deux phrases dans son Journal, à la date du 2 août 1914
Cette expression correspond-elle à une figure de style répertorié ?
Pour moi elle est simplement l’ancêtre du zapping.
Nous sommes le 1er Aout 2014
Le 1er Aout 1914 l’Allemagne et la France lancent la mobilisation générale.
Et ce même jour à 19 heures l’Allemagne déclare la guerre à la Russie, ce qui permet ce mot de Kafka le lendemain.
Le carnage peut commencer : en moyenne près de 900 français sont morts à la guerre, chaque jour, entre 1914 et 1918.
Aujourd’hui quand 1 soldat meurt on fait des funérailles nationales
Et quand 51 français meurent dans un accident d’avion, tous les drapeaux sont mis en berne.
Je vous le dit je préfère aujourd’hui, mais ces chiffres comparées à notre sensibilité de maintenant, montrent l’horreur qu’ont vécu nos grand pères ou arrières grand pères.
Pour moi c’était mon grand-père Félix et…il était soldat allemand. Ma famille Klam a bougé sur 4 générations de quelques 20 km entre des villages près de Sarreguemines ou de Forbach, en Moselle, en Lorraine. Mon arrière-grand-père était soldat français en 1870, mon grand-père soldat allemand en 1914 et mon père, soldat français en 1940. Ce fût le destin de beaucoup d’alsaciens et de mosellan : changer de camp selon les générations.
Le mot du jour va se mettre en vacances avec son auteur.
Si le Ciel, les podcasts, mes lectures d’aujourd’hui et d’autrefois continuent à me donner l’inspiration et si parmi vous il en reste suffisamment qui ne se seront pas lassés il reviendra peut être le 1er septembre.
Depuis que j’ai adopté le nouveau format j’ai arrêté de compter, mais un décompte rapide montre que nous sommes à environ 350 mots du jour, depuis qu’un jour d’octobre 2012 ou plutôt une fin de journée, Betty m’a proposé ce beau défi : trouver un mot du jour, chaque jour de la semaine où je travaillais.
Jusqu’ici ça va, disait cet homme qui tombait du 300ème étage et se trouvait au 180ème…
Sur cette chute, je vous souhaite de bonnes vacances, bon courage ou bonne rentrée…
<338>

 

Jeudi 31/07/2014

Jeudi 31/07/2014
«Vert»
Michel Pastoureau
Histoire d’une couleur
Dans notre perception contemporaine le Vert est associé à un mouvement politique l’Ecologie, aux produits Bio plus généralement à la nature.
Pour les habitants de Rhône-Alpes, les « Verts » c’est le club rival de Lyon : l’AS Saint Etienne.
Les historiens dans leur volonté d’explorer jusqu’au plus petit recoin les fondements de nos civilisations s’intéressent à la couleur.
Plus précisément Michel Pastoureau qui a écrit plusieurs ouvrages sur les couleurs, il a commencé par le Noir, puis le Bleu et maintenant le vert.
Et on apprend des choses étonnantes :
Ainsi, en 1789, le vert aurait pu figurer sur les emblèmes de la Révolution et donc l’intégrer notre drapeau. Sauf que les hommes de 89 se sont aperçus que le vert était aussi associé à la maison du comte d’Artois, fieffé réactionnaire et futur Charles X !
Longtemps le vert est une couleur qui se révèle spécialement instable. Les teinturiers, d’ailleurs, ont longtemps eu toutes les peines du monde à le fixer.
Son ascension, longtemps incertaine et contrariée, est manifeste aujourd’hui. Il est bien porté de l’afficher mais comme une idéologie, à la façon du rouge d’autrefois dont on attendait aussi qu’il sauve le monde. Si l’historien laisse de côté le messianisme et qu’il en reste au strict registre des couleurs, il constate cependant que le vert n’est le préféré que d’une personne sur cinq ou six, bien loin derrière le bleu !
Depuis qu’on fait des enquêtes sur les couleurs préférées en Europe occidentale (la fin du XIXème siècle), le classement et la répartition restent très stables :
1/ Le bleu partout en tête dans l’Europe occidentale 45 à 50%
2/ Le vert autour de 15 à 18%
3/ Le rouge
4/ Le noir
5/ Le blanc
6/ Le jaune
Voilà, celles et ceux qui aiment le jaune constituent une élite, je veux dire une toute petite minorité…
Le livre de Michel Pastoureau retrace la longue histoire sociale, artistique et symbolique du vert dans les sociétés européennes, de la Grèce antique jusqu’à nos jours. Il souligne combien cette couleur qui a longtemps été difficile à fabriquer, et plus encore à fixer, n’est pas seulement celle de la végétation, mais aussi et surtout celle du Destin. Chimiquement instable, le vert a symboliquement été associé à tout ce qui était instable: l’enfance, l’amour, la chance, le jeu, le hasard, l’argent. Ce n’est qu’à l’époque romantique qu’il est définitivement devenu la couleur de la nature, puis celle de la santé, de l’hygiène.
Aujourd’hui, c’est plutôt une couleur positive : Ainsi donner le feu vert c’est accepter qu’une action continue. On lui a même confié une mission de taille : sauver la planète ! C’est devenu une idéologie : l’écologie – après le rouge, symbole du communisme.
Mais, pour certains le vert est censé porter malheur. Les comédiens refusent toujours de la porter sur scène. Une vieille superstition : au Moyen Age, le vert-de-gris, pigment utilisé par les peintres, était aussi un poison…
Le vert, c’est la couleur de Satan, du diable, des ennemis de la chrétienté, des êtres étranges : fées, sorcières, lutins, génies des bois et des eaux. Les super-héros et les Martiens, grands et petits hommes verts de la science-fiction, s’inscrivent dans cet héritage culturel, où le vert joue le rôle de l’ailleurs, de l’étrangeté, du fantastique.
Vert = bleu + jaune : Cette combinaison, apprise dès l’école maternelle, s’est révélée très tard. A longtemps persisté un tabou, venu de la Bible, sur les mélanges : on ne fusionne pas deux matières pour en faire une troisième. Il existait surtout un règlement professionnel très strict chez les teinturiers, qui n’avaient l’autorisation de fabriquer que certaines couleurs : les cuves de bleu et de jaune ne se situaient pas au même endroit dans la ville, et personne n’aurait donc eu l’idée de les mélanger.
Il faut attendre la découverte du cercle chromatique par Newton, au XVIIe siècle, pour qu’on situe le vert à mi-chemin entre bleu et jaune. C’est très récent à l’échelle de l’histoire. Le vert n’est donc en rien le mélange des symboles du bleu et du jaune, à la différence du roux, qui a longtemps associé les mauvais aspects du rouge et du jaune : colère, péché, luxure, d’un côté, mensonge, trahison, robe de Judas, de l’autre.
Du point de vue philosophique et anthropologique, la chance et la malchance vont ensemble, la roue de la fortune tourne. Par excellence, le vert est la couleur de l’indécision, le visage du destin ; sa symbolique la plus forte, c’est une partie en train de se jouer : pelouses des terrains de sport, tapis des joueurs de cartes, tables de ping-pong, tapis verts des conseils d’administration où se décide l’avenir d’une entreprise. Le vert incarnait la chance, donc la fortune et l’argent, bien avant l’apparition du dollar : le billet vert…
 Au XIXe siècle, avec les deux révolutions industrielles, on sent qu’on manque de verdure : la nature fait son entrée dans la ville. Le mouvement commence en Angleterre à l’époque victorienne : on construit des parcs et des jardins, espaces verts, allées vertes, coulées vertes, etc.
D’anglais, le phénomène devient européen, puis américain. On envoie les gens se mettre au vert à la campagne – voyez encore aujourd’hui, les classes vertes. Il y a un besoin de couleur verte pour les yeux et de chlorophylle pour les poumons.
C’est aussi une couleur associé à l’Islam. C’est d’abord la couleur du prophète et de ses descendants : Mahomet aimait cette couleur, portait au combat un turban et un étendard verts. On évitait de mettre du vert dans les beaux tapis pour ne pas fouler cette couleur sacrée. En terre d’Islam, le vert est très valorisé, toujours positif, jamais pris en mauvaise part ; c’est la couleur fédératrice sur le plan politique et religieux.
Et aussi Néron adorait le vert ; des témoignages vantent sa collection d’émeraudes ; il aime les modes orientales, barbares, donc s’habille de vert, ce qui est extravagant pour un empereur romain. Dans les jeux du cirque, courses de chars, il soutient les curies vertes, alors que les empereurs en général soutiennent les bleues. Ses biographes disent qu’il était un grand amateur de poireaux, la nourriture des plus pauvres…
Maintenant vous pouvez trouver encore plus dans le livre : « Vert. Histoire d’une couleur, de Michel Pastoureau, éd. Seuil, 240 p., 39 €. »
On dit aussi souvent que c’est la couleur de l’espérance. Espérance nécessaire, en ce jour où il y a 100 ans, un Villain assassina Jaurès.