Lundi 24 novembre 2014

Lundi 24 novembre 2014
«Le secteur des nouvelles technologies est obsédé par les corps et la mort »
 Molly McHugh
Ce mot du jour est d’abord inspiré par la lecture d’un article trouvé sur le Monde et que joins au message : « Le high tech c’est la santé (20/11/2014) »
Mais le mot du jour proprement dit vient d’un article anglais du daily dot : http://www.dailydot.com/technology/new-technology-quantified-self-death/?tw=dd
Cité par <Slate> :  «Des bracelets connectés qui relèvent votre rythme cardiaque et le nombre de pas réalisés dans la journée; des capteurs qui tracent votre sommeil ou votre stress; des fourchettes qui examinent vos bouchées… Pour The Daily Dot, tous les objets actuellement produits par les nouvelles technologies démontrent une seule et même chose: le secteur est obsédé par la mort. Bien sûr, écrit le site spécialisé américain, ni Apple (qui vient de sortir son kit d’e-santé), ni Fitbit (du nom d’un bracelet connecté) ne font la promotion de leurs produits en ces termes «parce que ce serait inexact et stupide». «Mais c’est ce que nous essayons bien de faire ici, ajoute The Dailydot: essayer de retarder l’inévitable, essayer de « hacker » la mort.» »
Toutes ces études et surtout la philosophie que sous-tend cette quête proviennent du mouvement du «transhumanisme» évoqué par le mot du jour du Jeudi 18 septembre 2014.
Mais revenons à l’article du site du Monde où nous apprenons que   » Un patient qui choisit son praticien en ligne, un diagnostic rendu par une machine… Un avenir pas si lointain pour la « médecine exponentielle ». »
L’article nous informe de l’organisation de la « troisième conférence sur la « médecine exponentielle », organisée à San Diego (Californie) du 9 au 12 novembre. Exponentielle comme l’accélération des progrès de la technologie numérique. […]
Les organisateurs sont des adeptes de la disruption (déstabilisation), le concept en vogue dans la Silicon Valley. Après avoir révolutionné l’industrie musicale (iTunes), les transports (Uber), l’hôtellerie (Airbnb), etc., les « techies » entendent perturber le secteur de la santé, ses conventions et ses rentes de situation. « Aucun domaine ne va être autant réinventé que la médecine dans la décennie qui vient, assure Peter Diamandis, cofondateur de Singularity University. Le patient va devenir le patron de sa propre santé. »
[…] Les visionnaires californiens pensent que le docteur tout-puissant a vécu. « Dans trente ans, on n’aura plus besoin du médecin pour les diagnostics » […]
L’intelligence artificielle permettra de saisir des situations beaucoup plus complexes, de considérer l’entier profil génomique d’un patient avant de faire un diagnostic. « Ce qui ne veut pas dire qu’il faut éliminer les médecins, rassure-t-il. On aura besoin d’eux pour d’autres fonctions : la compassion, l’empathie. On choisira les individus les plus humains, pas les diplômés de Stanford.»
Grâce aux Big Data, la médecine sera personnalisée à l’extrême. « Il n’est pas possible que la même aspirine ait la même efficacité pour les 7 milliards d’habitants de la planète, critique l’homme d’affaires. [Une équipe a déjà (Curely) ] mis au point une plate-forme où médecins et patients entrent en relation. « Nous avons voulu répondre à la frustration des médecins confrontés à la bureaucratie du système de santé », explique le cardiologue Christian Assad. Et frustrés par le cloisonnement de plus en plus grand de leurs disciplines : dans les années 1970, on comptait une vingtaine de spécialités ; aujourd’hui, la profession en recense 170.
Curely doit être lancée en janvier. Le patient-consommateur pourra trouver le spécialiste qui lui convient, où qu’il soit dans le monde, et proposer un prix pour la consultation. Les praticiens seront « évalués par le marché » et récompensés par des points. « On a travaillé avec un expert des jeux vidéo [sic] , explique Paul Lee, le cofondateur de Curely. Les médecins gagneront des points de réputation, ce qui leur donnera plus de visibilité auprès des consommateurs. » « 
Pour le reste je vous invite à lire l’article joint.
Je ne sais pas quoi penser après la lecture de cet article. L’expérience des uns et des autres montre que les médecins peuvent être défaillants, peut être que des outils peuvent pallier ces défauts.
Alors que j’adhérais totalement à l’évolution du patient-expert [mot du jour du 14 novembre 2014], j’ai plus de mal non pas avec ces évolutions qui sont probablement inéluctables et sur certains points sans doute utiles, mais avec la philosophie qu’elle sous-tend. Quand on ajoute à la « transhumanité »,  « le marché » on ne peut avoir que l’intuition que demain plus encore qu’aujourd’hui, la santé sera avant tout une affaire de riches.
Et puis plus fondamentalement notre vie a une fin. Parfois cette fin est trop brutale, pas assez éloignée du début. La médecine doit nous aider à diminuer ces accidents, ces ruptures.
Mais vouloir, sans cesse augmenter la durée de la vie au-delà des 100, 120 ans voire tenter de rendre le fantasme de immortalité accessible, me semble une quête vaine et manquant singulièrement de sagesse.
Ce n’est pas plus le nombre d’années que nous aurons eu à vivre au-delà du raisonnable que l’accumulation des richesses terrestres dans les mêmes proportions qui nous rendront plus heureux, mais notre faculté à dissocier ce qui est important de ce qui est futile, de vivre pleinement l’instant et le présent,  d’essayer de rester le plus possible en harmonie avec les valeurs auxquelles nous croyons et non celles que tentent de nous imposer la société de la consommation, de l’accumulation et du paraître.

Vendredi 21 novembre 2014

Vendredi 21 novembre 2014
«tax ruling» ou «déclaration fiscale anticipée»
Spécialité luxembourgeoise et de quelques autres Etats
Quand les journaux ou des ONG accusent le Luxembourg d’optimisation fiscale voire de comportement déloyal par rapport aux autres Etats, le Luxembourg défend sa position en disant « mais nous pratiquons simplement le principe de la déclaration fiscale anticipée ! »
Sur le site du Ministère des Finances du Luxembourg, une page défend la position du Luxembourg contre une procédure menée contre lui par la commission européenne : « Le Luxembourg constate que la Commission ne met pas en question les principes juridiques permettant à l’administration fiscale luxembourgeoise d’accorder des décisions anticipées à la demande de contribuables souhaitant obtenir la sécurité juridique quant au traitement fiscal de certaines transactions. »
Bref, on se met d’accord au préalable sur un prix, on négocie. L’impôt devient une transaction comme une autre.
Ce qui est exact c’est que le Luxembourg n’est pas le seul Etat à agir ainsi, les Pays Bas et l’Irlande le concurrencent. Mais la France n’est pas innocente, souvenons-nous comment Fabius avait fait venir Disney à Marne La Vallée.
Et c’est ainsi qu’APPLE paie environ 3% d’impôt sur ses immenses bénéfices dans le Monde.
<Dans un article de Libération Juncker explique : > «Les décisions fiscales anticipées sont une pratique bien établie dans 22 pays de l’UE. La Commission elle-même les a déclarées conformes au droit communautaire dès lors qu’il n’y a pas de discrimination entre les entreprises [qui en bénéficient]», Il a néanmoins admis que «l’interaction entre les règles nationales des uns et celles des autres peut conduire à des taux d’imposition très faibles. [Mais] c’est le résultat auquel conduit la logique de non-harmonisation fiscale au sein de l’UE»
Rappelons que lorsque Juncker était à la tête du Luxembourg il ne voulait pas de l’harmonisation fiscale, comme le premier ministre actuel du Luxembourg qui n’en veut pas non plus.
A tout cela, je répondrai par le mot du jour du  21 mars 2013 qui rappelait un propos tenu il y a plus de 75 ans, aux Etats Unis. par Henry Morgenthau qui avait écrit dans un rapport que lui avait commandé le président Roosevelt en 1937 sur la fraude fiscale : «Les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée, trop de citoyens veulent la civilisation au rabais», (Citation originale «Taxes are what we pay for civilized society. Too many citizens want the civilization at a discount»).

Jeudi 20 novembre 2014

Jeudi 20 novembre 2014
« Les braconniers font les meilleurs gardes chasse »
Proverbe populaire
La nouvelle commission européenne est entrée en fonction le 1er novembre.
Le mot du jour a été prononcé dans l’émission l’esprit public du 16/11/2014 pour décrire de manière humoristique les qualités des commissaires désignés.
Jean-Louis Bourlanges a ainsi expliqué :
« La composition de la commission est totalement paradoxale
A la tête de la commission il y a Juncker qui était premier ministre et ministre des finances. Il était donc en première ligne sur l’affaire de l’optimisation fiscale luxembourgeoise qui était soupçonnée et qui est désormais révélée à tous et qu’on a appelé l’affaire LuxLeaks : http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20141106.OBS4358/luxleaks-jean-claude-juncker-l-incendiaire-a-la-tete-des-pompiers.html
Donc alors qu’on prône au niveau européen la lutte contre l’évasion fiscale, on met à la tête de la commission un champion d’Europe de l’optimisation fiscale. La Droite européenne a préféré Juncker à Michel Barnier qui lui en tant que commissaire européen a vraiment lutté pour la régulation bancaire et se trouvait beaucoup plus dans la ligne qu’on prétend poursuivre.
Michel Barnier était chargé du marché intérieur et des services. Il a été remplacé par Jonathan Hill  en charge des services financiers, un britannique qui fait partie du pays spécialiste de la dérégulation financière.
Pierre Moscovici a la place du commissaire qui doit contrôler les déficits budgétaires. Moscovici a de grandes qualités intellectuelles, mais il n’a pas prouvé en tant que ministre son grand talent pour réduire les déficits.
On met à la Culture et aux libertés, un hongrois proche de Viktor Orban dont l’action en Hongrie est de plus en plus contraire aux droits fondamentaux et aux Traités européens.
Le commissaire européen désigné à l’énergie et à l’action climatique, l’Espagnol Miguel Arias Cañete est en plein conflit d’intérêt car il avait des intérêts dans des entreprises pétrolières. Il a affirmé avoir vendu ses participations. Mais on a appris qu’en réalité qu’il les avait cédées  à sa femme et à ses enfants. »
De qui se moque-t-on ? a ajouté Bourlanges « Comment le Parlement a t-il pu accepter cela ? »
La réponse a été donnée : Parce qu’il y avait collusion entre les différents partis du Parlement (Droite, Centre et Gauche) qui se sont protégés mutuellement et qui ont chacun accepté les candidats « litigieux » des autres partis pour qu’on accepte les leurs. 
Et la conclusion à laquelle sont arrivés les chroniqueurs a été résumé par ce proverbe  « Les braconniers font les meilleurs gardes chasse »
Espérons que le proverbe est juste et que ces commissaires « ambigües » surprendront par leurs audaces.

Mercredi 19 novembre 2014

Mercredi 19 novembre 2014
« L’Europe, c’est
7% de la population mondiale
25% de la production mondiale,
et 50% des transferts sociaux mondiaux »
Angela Merkel
Dans le numéro du 13 novembre 2014 « du Point », Nicolas Baverez rappelle ce propos de Merkel et il ajoute que, selon elle, cela résume le problème fondamental de l’Europe.
Et Nicolas Baverez applique le même calcul à la France :
la France compte 66 millions d’habitants, soit environ 1% de la population mondiale.
Son PIB est de 2 750 milliards de dollars, soit 3,7% du PIB de la planète.
Son Etat providence redistribue 670 milliards d’euros soit 15% des 4 500 milliards de dépenses sociales mondiales.
Remarquons que si pour l’Europe le coefficient multiplicateur entre le PIB et les transferts est de 2 (25% à 50%) en France il est de plus de 4 ( de 3,7 à 15%).
Baverez considère cette situation insoutenable.
A mon analyse, il me semble en effet que dans une économie ouverte cela doit certainement poser de grandes difficultés et la soutenabilité de ce déséquilibre pose question.
Maintenant ce sont ces transferts sociaux massifs qui caractérisent le modèle européen et le différencie du reste du monde.  C’est un système  moins dur que les autres.
Le drame est comme l’avait souligné le regretté Olivier Ferrand de terra nova, c’est que le système social est ce qui caractérise l’Europe par rapport aux autres ensembles économiques mais ne fait pas partie de la compétence de l’Union Européenne. Ce qui a été mis en commun c’est le marché unique et la libre concurrence qui ne constitue pas une singularité des Etats européens.
Autrement dit : le point commun des européens n’est pas mis en commun.
Vous trouverez derrière ce lien :  l’article du Point écrit par Nicholas Baverez qui cite ces chiffres et fait l’analyse de cette situation.
<394>

Mardi 18 novembre 2014

Mardi 18 novembre 2014
«La fabrique des garçons »
Sylvie AYRAL et Yves RAIBAUD
Ce mot du jour ne parle pas de politique ou d’économie, il parle de l’intime de ce qui se passe dans les familles, dans les premières années de la vie.
Les chiffres qui cette fois sont massifs et peu contestables montrent qu’au collège, les garçons  représentent 80% des élèves sanctionnés tous motifs confondus, 92% des élèves sanctionnés pour des actes relevant d’atteinte aux biens et aux personnes, ou encore 86% des élèves des dispositifs Relais qui accueillent les jeunes entrés dans un processus de rejet de l’institution scolaire.
Tous ces garçons ont-ils des problèmes, des troubles du comportement et/ou de l’apprentissage ? Eh bien non, loin s’en faut.
Des travaux récents <Sur la fabrique des garçons> montrent que leurs transgressions et leurs difficultés scolaires sont, le plus souvent et quel que soit leur milieu social d’origine, des conduites liées à la construction même de leur identité masculine.
Je joins à ce message un article de libération parlant de cette étude pilotée par Sylvie AYRAL Professeure agrégée, docteure en sciences de l’éducation et Yves RAIBAUD Géographe.
J’ai laissé à dessein les commentaires des internautes. Certains prétendent que ce n’est pas l’éducation mais les hormones qui rendent les garçons transgressifs !
Les hormones vraiment ?
Qui n’a pas vu, subi ou participé à cet épisode où un garçon ou un adulte mâle pris par une émotion sur le point de pleurer se voit adresser cette injonction dans sa version bourgeoise «Sois un homme !» ou dans sa version plus argotique : « Tu ne vas pas chialer comme une gonzesse ! »
Les hormones qu’ils disent !!!
L’article que je joins au message et que je vous invite à lire parle plutôt « d’injonction sociale à la virilité ! ».
Mais vous savez que ce sont toujours les artistes qui expriment le mieux la profondeur des choses humaines.
Renaud avait écrit une chanson « Miss Maggie » dont on se souvient comme d’une attaque frontale contre Margaret Thatcher.
Mais si on relit bien le texte, on constatera que le sujet central n’est pas l’insulte à Maggie, mais bien « la fabrique du mâle ».
L’autre sujet n’est qu’une incise où il décrit une femme de pouvoir en mal de « mâlitude » qui veut être plus « mâle » que les mâles :

«Miss Maggie»

Femme du monde ou bien putain

qui bien souvent êtes les mêmes

femme normale, star ou boudin,

femelles en tout genre je vous aime

même à la dernière des connes,

je veux dédier ces quelques vers

issus de mon dégoût des hommes

et de leur morale guerrière

car aucune femme sur la planète

n’ s’ra jamais plus con que son frère

ni plus fière, ni plus malhonnête

à part peut-être madame Thatcher

 

Femme je t’aime parce que

lorsque le sport devient la guerre

y a pas de gonzesse ou si peu

dans les hordes de supporters

Ces fanatiques, fous-furieux

abreuvés de haine et de bière

déifiant les crétins en bleu,

insultant les salauds en vert

Y a pas de gonzesse hooligan,

imbécile et meurtrière

y’en a pas même en Grande-Bretagne

à part bien sûr madame Thatcher

 

Femme je t’aime parce que

une bagnole entre les pognes

tu n’ deviens pas aussi con que

ces pauvres tarés qui se cognent

pour un phare un peu amoché

ou pour un doigt tendu bien haut

Y’en a qui vont jusqu’à flinguer

pour sauver leur autoradio

Le bras d’honneur de ces cons-là

aucune femme n’est assez vulgaire

pour l’employer à tour de bras

à part peut-être madame Thatcher

Femme je t’aime parce que

tu vas pas mourir à la guerre

parc’ que la vue d’une arme à feu

fait pas frissonner tes ovaires

parc’ que dans les rangs des chasseurs

qui dégomment la tourterelle

et occasionnellement les beurs,

j’ai jamais vu une femelle

pas une femme n’est assez minable

pour astiquer un revolver

et se sentir invulnérable

à part bien sûr madame Thatcher

 

C’est pas d’un cerveau féminin

qu’est sortie la bombe atomique

et pas une femme n’a sur les mains

le sang des indiens d’Amérique

Palestiniens et Arméniens

témoignent du fond de leurs tombeaux

qu’un génocide c’est masculin

comme un SS, un torero

dans cette putain d’humanité

les assassins sont tous des frères

pas une femme pour rivaliser

à part peut être madame Thatcher

 

Femme je t’aime surtout enfin

pour ta faiblesse et pour tes yeux

quand la force de l’homme ne tient

que dans son flingue ou dans sa queue

Et quand viendra l’heure dernière,

l’enfer s’ra peuplé de crétins

jouant au foot ou à la guerre,

à celui qui pisse le plus loin

moi je me changerai en chien si je peux rester sur la terre

et comme réverbère quotidien

je m’offrirai madame Thatcher. »

Renaud

<Ici une des versions chantées par Renaud> 

Lundi 17 novembre 2014

Lundi 17 novembre 2014
« La conjuration des imbéciles »
John Kennedy Toole
L’hebdomadaire « Marianne » a, pour décrire certaines « faiblesses récentes » d’hommes de pouvoir en France, utilisé pour titre « La conjuration des crétins »
Le serviteur de l’Etat que je suis ne saurait approuver l’outrance des propos de ce magazine habitué aux provocations.
Mais ce titre fait référence à un livre que m’avait fait découvrir, dans les années 90, mon ami Albert et je l’en remercie encore aujourd’hui, car je n’ai jamais autant ri en lisant un livre.
Et pourtant ce livre est un livre maudit pour son auteur.
En effet, la Conjuration des imbéciles (titre original : A Confederacy of Dunces) est un roman humoristique de John Kennedy Toole, non publié de son vivant. Le titre est une référence à une citation de Jonathan Swift, mise en épigraphe : « Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui. »
C’est précisément la déprime et l’épuisement provoqués par l’impossibilité de faire publier son livre, rejeté par plusieurs éditeurs américains, qui poussent Toole à se suicider en 1969, à l’âge de 31 ans.
Mais grâce aux efforts inlassables de la mère de Toole et de l’écrivain Walker Percy, à qui elle l’avait fait lire, le livre a été finalement publié en 1980 par la Louisiana State University Press.
« …Le plus drôle dans cette histoire, pour peu qu’on goûte l’humour noir, c’est qu’aussitôt publié, le roman a connu un immense succès aux États-Unis et s’est vu couronné en 1981 par le prestigieux prix Pulitzer. Une façon pour les Américains de démentir à retardement le pied de nez posthume que leur adressait l’écrivain… ».
Le roman est aujourd’hui salué comme un des plus grands classiques de la littérature humoristique américaine, et comme un des romans importants de ce qu’on appelle la « littérature du Sud », c’est-à-dire la littérature portant sur les États du Sud des États-Unis ou écrits par des auteurs originaires de ceux-ci.
La Conjuration des imbéciles a été vendue à plus de 1,5 million d’exemplaires et traduite en dix-huit langues. De nombreuses tentatives d’adaptation au théâtre ou au cinéma, frappées de la même malédiction que les tentatives malheureuses de Toole pour publier son ouvrage, ont avorté ou connu un succès limité.
L’histoire se situe aux États-Unis, à La Nouvelle-Orléans (Louisiane), au début des années 1963. Le personnage principal est Ignatius J. Reilly, un étudiant en littérature médiévale, remarquablement érudit et d’une intelligence qui confine au génie paranoïaque, mais vivant en vrai pacha chez sa mère arthritique et alcoolique. Ignatius, qui s’exprime pour son créateur, abhorre son époque. Il semble obstinément mais passionnément en décalage constant avec ses contemporains qu’il méprise férocement.
Et tous les archétypes de l’Amérique contemporaine y passent : les marlous, les beatniks, les rockers, le flic, les vieux chrétiens fondamentalistes, la voisine acariâtre, l’activiste anarcho-névrosée, les vendeurs de hot-dogs, etc.
Hypocondriaque et sans cesse tourmenté par son anneau pylorique qui se ferme à la moindre contrariété, Ignatius J. Reilly est un personnage littéralement odieux et égocentré dont les convictions réactionnaires s’expriment de différentes manières.
Marchant, ou plutôt tanguant dans les pas des auteurs anciens (Platon, Diogène, Boèce) et des grands théologiens du XIIIe siècle (la philosophie scolastique), Ignatius rêve d’un monde libéré des « dégénérés et semi-mongoliens » qui le peuplent. En auteur martyr de la décadence d’une humanité « privée de géométrie et de théologie », Ignatius se consacre, en autobiographe, à couvrir des cahiers « Big Chief (en) » de sa vision du monde.
Alors que sa mère est contrainte de rembourser les dégâts qu’elle a infligés au volant de sa voiture, Ignatius se trouve forcé de chercher un emploi pour la première fois de sa vie. Il tâchera lors de cette inévitable confrontation avec la réalité de rendre la société conforme à sa conception du monde
(J’ai tiré ces précisions de Wikipedia qui pour la part dont je me souviens est parfaitement conforme)
Et si on essayait la conjuration de l’intelligence ?

Vendredi 14 novembre 2014

Vendredi 14 novembre 2014
«Le patient expert»
Nouveau concept révolutionnaire
Le téléphone sonne de France Inter du 5 novembre a été consacrée à cette révolution.
C’est un concept qui est né notamment suite à l’épidémie du sida et de l’émergence d’internet.
Avant, le médecin était le savant tout puissant, capable dans le pire des cas de vous convaincre que vous étiez malade, et dans le meilleur de vous soigner.
Mais sans jamais se déposséder de sa science. Car sa science, c’était son pouvoir.
De fait, un patient, c’était aussi un être crédule, un malade réduit à sa maladie, vulnérable et dépendant du diagnostic, des soins et du savoir du sachant.
Mais depuis quelques années, depuis que les progrès médicaux ont transformé nombre de maladies mortelles en maladies chroniques, une révolution est en cours.
Certains malades ont dû apprendre à vivre longtemps avec leur maladie, et ils se sont pris en main… en échangeant entre eux, en retrouvant la maitrise de leurs traitements toujours en liaison bien sûr avec les soignants, ils sont redevenus les acteurs, les auteurs même disent certains, de leur vie.
On les appelle les « patients  experts »
Le médecin invité à l’émission a répondu à la question est ce que vous vivez bien l’émergence de ces patients-experts ? :  «Non c’est terrible. Nos études, notre organisation ne nous préparent  pas du tout à cela ! »
Toutefois si vous tapez sur un moteur de recherche « patient expert » vous trouverez de nombreux articles très favorables, même de certains CHU. Il existe aussi des formations pour perfectionner et mutualiser la connaissance des patients experts.
Il s’agit bien sûr de maladies chroniques ou dont la guérison est lente ou incertaine.
Je peux même porter témoignage car à travers Internet j’ai rencontré des patients-experts et ils ont été pour moi d’un immense secours.
Il y a exactement 3 ans, le 14 novembre 2011, je rentrais à l’hôpital pour subir une opération certes lourde mais qui d’une manière radicale devait éradiquer le cancer qu’on venait de diagnostiquer dans mon corps.
Je resterai pudique sur les conséquences immédiates et à moyen terme de cette opération qui est, en effet, très lourde.
Mais en outre, contrairement aux espoirs de « l’opération absolue », le cancer n’a pas été éradiqué. Il a fallu d’autres thérapies. Mon combat honorable contre cette maladie n’est d’ailleurs pas encore gagné selon de toutes récentes analyses.
Conséquence de ces thérapies, je suis entré mi-janvier 2014 dans un cycle de souffrances de plus en plus dures : Il m’était de plus en plus pénible de marcher, au bout de 100 m les douleurs au niveau du bassin étaient si intenses que chaque pas ne pouvait être réalisé qu’au prix d’une douleur intense.
Les médecins me prescrivaient des anti-inflammatoires qui n’avaient aucun effet. Mon chirurgien avait décelé un problème périphérique à ces difficultés et décidé d’une nouvelle intervention qui n’a eu aucun effet sur mes douleurs.
Ceci a duré 4 mois : Ma vie a été, pendant cette période, confinée entre mon fauteuil de bureau professionnel et mon lit privé avec le moins de déplacement possible autour de ces deux lieux.
Et lors d’une ultime visite chez mon médecin traitant ce dernier a lâché une expression « névralgie pudendale ». Il m’a donné de nouveaux médicaments qui se sont toujours révélés inefficaces et un examen particulier à faire, pour lequel j’ai obtenu un rendez-vous pour fin août (donc 3 mois après).
C’est alors que j’ai tapé sur un moteur de recherche « névralgie pudendale » (c’est une affection d’un nerf qui se trouve au niveau du bassin) et je suis tombé sur un site remarquable, réalisé par des patients experts.
Des gens qui souffraient de cette maladie chronique, ont réalisé ce site pour informer les autres patients. Car certains d’entre eux avaient soufferts plusieurs années avant qu’on diagnostique cette maladie, on leur disait qu’ils souffraient de maladies psychosomatiques !
Sur ce site, outre des informations utiles et très riches sur cette maladie,  j’ai découvert les noms et adresses de plusieurs médecins à Lyon qui traitaient cette maladie. Je suis allé les voir et assez rapidement ma situation s’est améliorée. Ma vie est de nouveau supportable.
J’ai pu informer mes médecins habituels et leur donner des précisions sur un  certain nombre de points qu’ils ignoraient.
Oui c’est une révolution que celle du patient expert et les médecins seraient bien inspirés d’en tenir compte et d’en faire une ressource. Certains l’ont d’ailleurs compris.

Jeudi 13 novembre 2014

Jeudi 13 novembre 2014
« Les crises [internationales] sur lesquels on agit ne sont pas les plus graves.
La crise la plus importante depuis la fin de la seconde guerre mondiale c’est la crise du Congo : 2,5 millions de morts. Ce n’est pas celle là qui nous a mobilisé »
 Pierre Conesa,
ancien haut fonctionnaire du Ministère de la Défense, spécialiste des questions stratégiques internationales, auteur de « Surtout ne rien décider » chez Robert Laffont. 
Une émission de France Culture « Dimanche et après » était consacrée à la guerre que prétendait poursuivre les occidentaux contre le terrorisme.
Cette émission développe deux thèses :

les objectifs de guerre ne sont pas définis et nous n’avons donc aucune chance d’atteindre un résultat positif.

l’action des américains et de leurs alliés, dont nous sommes, n’a pas pour priorité première la défense des faibles et des droits de l’homme comme ils voudraient le faire croire. D’autres terrains de conflits, notamment en Afrique, révèlent des victimes et des désastres humanitaires encore beaucoup plus terrifiants où ils n’interviennent pas du tout.

Pierre Conesa, dans cette émission a dit :
« On est dans une mécanique folle
On décide d’envoyer du militaire absolument partout
C’est une machine qui s’est déclenché quand l’URSS a disparu
C’était dans la mouvance américaine.
On a dit la superpuissance doit faire la police de la planète.
Il y a eu deux problèmes dans cette affirmation :
S’il n’y a qu’une superpuissance qui décide d’agir, elle choisit les endroits !
Les crises [internationales] sur lesquels on agit ne sont pas les plus graves.
La crise la plus importante depuis la fin de la seconde guerre mondiale c’est la crise du Congo : 2,5 millions de morts.
Ce n’est pas celle-là qui nous a mobilisé
il y a bien un choix idéologique.
Le choix idéologique c’est la formulation américaine
Dans le cas de « l’Etat Islamique » on va aller combattre un groupe qui décapite, coupe les mains qui opprime les femmes et qui interdit les autres religions pour aller défendre l’Arabie Saoudite qui décapite, coupe les mains, opprime les femmes et qui interdit les autres religions sur son territoire.
Je ne sais pas l’objectif politique que nous poursuivons. »
J’ai voulu en savoir plus sur le Congo, c’est dans ce pays qu’œuvre Denis Mukwege le médecin évoqué par le mot du jour du 30 octobre.
D’abord concernant le traitement médiatique. J’ai vérifié (en tant qu’abonnés du Monde j’ai accès à toutes les archives du journal depuis 1946), j’ai fait la recherche des articles comportant ‘Congo » dans le titre depuis le 1er janvier 1992, il y en a eu 758. Pour l’Irak c’est 6 fois plus (4398) pour la Syrie 3 fois plus (2195).
Vous trouverez ci-après un article très détaillé et avec un très grand nombre de liens, très à charge des multinationales et contenant  des explications sur les raisons du conflit au Congo, vous apprendrez aussi l’existence du coltan, indispensable pour nos portables et dont le minerai se trouve essentiellement au Congo et dont l’exploitation est aussi au cœur du conflit.
C’est un article très accusatoire, publié par Agora vox.
Pour ceux qui pourraient penser que ce site est un site d’extrémistes, de gauchistes ou d’anarchistes irresponsables, je dois hélas les détromper. AgoraVox a été fondé en mars 2005 par Carlo Revelli en collaboration avec Joël de Rosnay. C’est un média participatif qui est contrôlé par une Fondation d’utilité publique : la Fondation AgoraVox qui  a été déclarée d’utilité publique par le Ministre belge de la justice le 26 mars 2009. La Fondation AgoraVox a son siège à Bruxelles.
Ses informations ont donc une présomption de crédibilité très forte : http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/rdc-des-millions-de-morts-un-138851
Et ce qui est décrit dans cet article est terrible.

Mercredi 12 novembre 2014

Mercredi 12 novembre 2014
« Pari de civilisation
Abdelwahab Meddeb
Ouvrage paru en 2009 Au Seuil
Non je ne parlerai pas d’un secrétaire de la présidence de la république qui ne sait pas se taire et rester dans l’ombre que veut cette fonction.
Je parlerai encore moins d’une jeune fille prise dans une tourmente personnelle et médiatique qui a été projetée au-devant de la scène pour des motifs incompréhensibles pour un homme simple et raisonnable.
Mais je parlerai d’Abdelwahab Meddeb qui vient de mourir le  mercredi 5 novembre. Le cancer du poumon l’a emporté en quelques mois.
Abdelwahab Meddeb, animait sur France Culture, tous les vendredis, l’émission « Cultures d’Islam ». Entre tradition et modernité, il y décortiquait et interrogeait les enjeux de civilisation de notre temps, en mettant en regard l’Orient et l’Occident, l’Islam et l’Europe. Ci-après le site de cette émission « http://www.franceculture.fr/emission-cultures-d-islam-0
Il avait écrit avec le grand historien Benjamin Stora, un de ses derniers ouvrages :  Histoire des relations entre Juifs et Musulmans (Albin Michel, 2013) <Ici un entretien où il parle de ce livre>
Natacha Polony lui a consacré un magnifique article dans le Figaro publié le 7 novembre :
«Il est des voix qui, lorsqu’elles s’éteignent, emportent bien plus que la chaleur d’un être, son histoire et ses liens innombrables. Il est des voix qui emportent avec elles la lumière qu’elles avaient fait naître, celle de l’espérance. Abdelwahab Meddeb n’est pas seulement la voix qui, sur les ondes de France Culture, dans son  émission «Cultures d’Islam», faisait entendre depuis des années avec la méticulosité précieuse de l’érudit et la fougue émue du passionné la richesse de la civilisation arabo-musulmane. Il était celui qui, à travers ses textes, ses tribunes, ses interventions, ébranlait inlassablement les certitudes de ceux qui veulent confondre, pour le revendiquer ou le dénoncer, l’islam et l’islamisme.
C’est après le 11 septembre 2001 qu’il ouvrit le cycle de ses réflexions sur la «maladie de l’islam», sur cette perversion du religieux qui conduit à la violence et à la barbarie. Avec toute l’exigence de celui qui s’attache à la langue et à ses mots, il explora ce qui, dans la lettre et la tradition du Coran, pouvaient prédisposer à la lecture intégriste. Il dénonça les «semi-lettrés» qui s’autorisaient à toucher à la lettre pour mieux refuser à l’islam sa polyphonie.
Mais il s’interrogea aussi sur les éléments externes qui favorisaient le développement de la maladie. Lui, le Franco-Tunisien que portait sa «double généalogie», il voyait dans le glissement de l’occidentalisation à l’américanisation du monde un des facteurs du déferlement de la violence. »
Elle a donné pour titre à son article «  le poète qui faisait taire les fanatiques »
France Culture lui a consacré une émission hommage très intéressante à écouter : http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-2eme-partie-hommage-a-abdelwahab-meddeb-2014-11-06 dans cette émission, Benjamin Stora a expliqué « Abdelwahab Meddeb était un grand intellectuel, un grand érudit mais surtout un homme très courageux. Courageux par ses prises de position politique, contre l’extrémisme religieux par exemple. Mais il avait aussi un grand courage physique, il a affronté la mort jusqu’à hier soir. C’est un homme qui jusqu’au bout a regardé la vie et la mort en face. »
Le mot du jour est le titre d’un de ses ouvrages dans lequel il montre que  « Toute religion qui ne s’adapte pas aux évolutions de l’histoire est condamnée à la violence ». Je pense modestement que ce titre le définit de la manière la plus juste.
C’était aussi, un grand défenseur du soufisme. Il expliquait notamment :
« Par sa portée esthétique et éthique, le soufisme peut aider le citoyen à trouver des réponses de vie aux problèmes que nous rencontrons aujourd’hui. Il peut par cette voie vivre en poète, ayant le souci de soi, présent à la beauté qui se fait rare dans un monde dévasté. […] Le soufisme est ouvert sur l’autre. Il admet la diversité humaine. Sa conception du religieux est subjective, elle est donc l’alliée de la liberté. Le soufi pense que tous les chemins mènent à Dieu. Il est l’ennemi de la pensée unique et ne croit pas que lui seul accède à la vérité. C’est l’antidote contre le fanatisme et l’exclusivisme. »  <ici>
Restons vigilant pour écouter ceux qui parlent pour nous enrichir l’esprit et fermons notre écoute à celles et ceux qui n’en valent pas la peine.

Vendredi 7 novembre 2014

Vendredi 7 novembre 2014
«Le mur modifie la représentation de l’autre»
Frédéric Niel,
Il y a 25 ans, dans la nuit du 8 au 9 novembre 1989, le mur de Berlin s’ouvrait.
Mais le schéma que vous trouverez à la fin de ce message vous apprendra que depuis ce jour, les murs se sont multipliés dans le monde, ils ont tout simplement été multipliés par trois.
Vous trouverez joint au message une interview de Frédéric Niel, journaliste et auteur de « Contre les murs » (éd. Bayard),
C’est dans cet entretien qu’il explique que « Le mur modifie la représentation de l’autre » :
La dimension symbolique du mur est presque aussi violente que le fait d’empêcher la circulation des hommes. Elle modifie la représentation de l’autre. Même ceux qui ne se méfiaient pas forcément des migrants vont estimer que, si un mur est construit, c’est qu’un danger existe. D’autant plus que les discours qui entourent généralement la construction d’une telle séparation en rajoutent dans ce sens. Aux Etats-Unis, certains hommes politiques prétendent par exemple que le mur ne protège pas seulement des migrants mais aussi des trafiquants de drogues, d’armes ou contre les terroristes (pour lesquels, d’ailleurs, un mur est un obstacle dérisoire). On en vient à tout mélanger et à faire des amalgames. Des citoyens mal informés peuvent ainsi percevoir l’étranger comme une menace non seulement pour leur travail, mais aussi pour leur sécurité, leur bien-être, etc. Tout cela a pour conséquence de limiter encore un peu plus la circulation des gens et donc de réduire la connaissance de l’étranger. Il est alors beaucoup plus facile de faire naître des fantasmes sur le monde au-delà du mur. Tout cela a pour conséquence de limiter encore un peu plus la circulation des gens et donc de réduire la connaissance de l’étranger. Il est alors beaucoup plus facile de faire naître des fantasmes sur le monde au-delà du mur.
Mais personne n’a dit cela de manière plus forte et poétique que Raymond Devos, mais je l’avais déjà pris comme mot du jour du 2 mai 2013 :
« Je hais les haies
Je hais les haies
qui sont des murs.
Je hais les haies et les mûriers
qui font la haie
le long des murs.
Je hais les haies
qui sont de houx.
Je hais les haies
qu’elles soient de mûres
qu’elles soient de houx !   
Je hais les murs
qu’ils soient en dur
qu’ils soient en mou !
Je hais les haies
qui nous emmurent.
Je hais les murs
qui sont en nous ! »