«Pourquoi la France est-elle si corrompue ?»
Lundi 06/02/2017
«Pourquoi la France est-elle si corrompue ?»
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Et comme souvent un dessin ou une photo disent plus qu’un long discours.
Cette photo montre Donald Trump, le 23 janvier 2017, entouré uniquement de mâles signant le décret sur la limitation du financement par des fonds fédéraux d’ONG internationales qui soutiennent l’avortement.
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Mais montrant d’abord le schéma :
«Première indication : la proportion de bas salaires parmi l’ensemble des salariés de l’Union européenne atteint 17,2 %, la zone euro en compte un peu moins, 15,9 %, ce qui est logique compte tenu de sa plus grande homogénéité économique. Est considéré comme un bas salaire celui qui touchait en 2014 deux tiers ou moins du salaire horaire national brut médian. Il s’agit donc d’un niveau relatif et non en valeur absolue.
S’il n’est pas étonnant de trouver le plus grand nombre de ces bas salaires en Lettonie (25,5 %), en Roumanie (24,4 %) ou en Pologne (23,6 %), leur forte proportion est plus inattendue en Allemagne (22,5 %), au Royaume-Uni (21,3 %), en Irlande (21,6 %), et même aux Pays-Bas (18,5 %). A noter que, pour des raisons liées à la réorganisation du système de collecte, les données de la Grèce n’apparaissent pas.
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Voici une courbe qui retrace l’évolution du nombre de chômeurs depuis le début du quinquennat de Hollande (entre mai 2012 et novembre 2016)
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Catégorie A Demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi
Catégorie B Demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite courte (i.e. de 78 heures ou moins au cours du mois)
Catégorie C Demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite longue (i.e. de plus de 78 heures au cours du mois)
Catégorie D Demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi (en raison d’un stage, d’une formation, d’une maladie…), sans emploi
Catégorie E Demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, en emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés).
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Mes incises répétées sur les crétins quantophrènes ont conduit certains lecteurs attentifs du mot du jour à craindre que je ne sois devenu « chiffrophobe », ayant peur ou n’aimant pas les chiffres.
Mon neveu avisé Grégory a exprimé cette idée pertinente qu’il peut être très dangereux de laisser prospérer des discours ou organisations qui n’expriment que des idées, des concepts sans jamais les confronter à la réalité d’un chiffrage méthodique et rigoureux.
Il a bien entendu totalement raison.
Je veux donc préciser ce que j’ai compris sur le danger de la « vérité des chiffres » de ce qu’Alain Supiot a désigné par « la gouvernance par les nombres » et qui a fait l’objet du mot du jour du 3 juillet 2015.
J’esquisserai cette réflexion selon 4 axes :
1/ Les chiffres durs et les chiffres mous
C’est Emmanuel Todd qui a développé cette distinction.
Les chiffres durs sont par exemple ceux de la démographie : l’espérance de vie dans un pays, la mortalité infantile, le nombre d’enfants par femme.
Ce sont des chiffres qui sauf manipulation sont incontestables et sur lesquels on peut appuyer des raisonnements sérieux. Ainsi quand Emmanuel Todd constate qu’en Iran, depuis la révolution islamique, le nombre d’enfants par femme a chuté et se rapproche des standards occidentaux, il en conclut que les dogmes des ayatollahs iraniens ne sont pas acceptés et respectés en profondeur par la société civile iranienne.
Le chiffre mou est par excellence celui issu des sondages. Dans un sondage on vous demande de répondre à des questions auxquelles vous étiez à mille lieux de penser 5 minutes auparavant. En outre la formulation des questions n’est jamais neutre.
Il y a évidemment tout un panel de nuances entre les chiffres durs et les chiffres mous.
2/ Le chiffre s’inscrit dans un système de valeurs idéologiques.
Un chiffre ne vient pas de nulle part, il est le fruit de raisonnements et de choix idéologiques, il s’inscrit dans un système de valeurs.
L’exemple le plus simple pour exprimer cette réalité est le PIB. Mettre en avant ce chiffre, c’est considérer que ce qui est essentiel pour décrire un pays ce sont les échanges marchands plutôt que les échanges bénévoles, c’est privilégier la production à l’éthique.
Ce n’est pas le PIB, en tant que tel, qui est problématique, c’est le fait de le mettre en avant qui est idéologique.
3/ Le chiffre est souvent une moyenne et une moyenne ne décrit pas la réalité, elle peut masquer des disparités énormes à l’intérieur de la population observée.
4/ Un chiffre indicateur n’est jamais neutre, l’organisation et le comportement des acteurs de l’organisation va se modifier pour que l’indicateur évolue dans le sens souhaité.
Exprimé autrement, au départ un dénombrement essaie de décrire l’état d’un système sur un point particulier. Quand il devient un indicateur, il n’est plus en mesure de faire cette description de manière neutre, car les agents concernés vont tout faire pour que le chiffre soit bon, non la réalité, le chiffre. A cela s’ajoute ce fantasme de la simplification : décrire la situation par un chiffre ou très peu de chiffres ! Ce type de simplification amène à toutes les dérives.
Beaucoup croient qu’en annonçant un chiffre ils concluent leur propos.
C’est le contraire qu’il faut faire, les chiffres sont au début du discours, il faut les interroger, les expliquer.
Quand on reçoit un chiffre, il faut comprendre d’où il vient, est-il plutôt un chiffre dur ou un chiffre mou, quel est le système idéologique qui le produit et le considère important, comment il est calculé, quel est sa fiabilité et enfin que signifie t’il vraiment ?
Je suis conscient qu’un simple mot du jour ne peut approfondir la perversité qui se cache derrière la dictature des chiffres pas plus qu’il ne peut développer l’intérêt du chiffrage et la bonne utilisation des chiffres.
Dans la conclusion au mot du jour concernant la gouvernance par les nombres j’écrivais : «Nous subissons tous plus ou moins ce fantasme de la gouvernance par les nombres de ceux qui croient que la vie d’une entreprise, d’une administration voire d’un être humain peut parfaitement se synthétiser par un tableau Excel. C’est une œuvre de déshumanisation à laquelle nous devons résister tout en utilisant de manière intelligente les dénombrements ou les statistiques dont nous pouvons disposer. »
Dans la Préface de La Dame aux Camélias (1848), Alexandre Dumas fils écrit:
« N’estime l’argent ni plus ni moins qu’il ne vaut : c’est un bon serviteur et un mauvais maître ».
Je crois qu’on peut remplacer le mot « l’argent » par « le chiffre », la formule reste juste.
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« Notre mission en tant qu’humains n’est pas de trouver des réponses, mais de chercher. Les musulmans sont appelés à être d’humbles chercheurs, et pas des ânes qui ânonneraient sans cesse des histoires abracadabrantes. Tu le sais bien, ma petite Nour : Le contraire de la connaissance, ce n’est pas l’ignorance mais les certitudes. Ces certitudes qui vous mènent aujourd’hui tout droit en enfer. »
(1) Pour ma part je ne répéterai jamais assez que le monde est complexité et que le propos que je tiens ici sur l’économie ne rejette pas l’intégralité de cette discipline mais critique certains développements qui sont présentés comme une démonstration scientifique alors qu’ils sont au mieux une croyance, au pire un mensonge visant à défendre des intérêts privés. J’en développerai un demain.
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