Mercredi 22 avril 2015

« L’âge d’or des séries américaines »
Brett Martin

Avouons que nous avons tous, d’abord un peu honteux, regarder des séries américaines. Et même nous y avons pris goût.

Nous n’osions le dire mais cela nous plaisait.

Maintenant nous pouvons nous rassurer.

De grands esprits, des philosophes, des universitaires et même des critiques de cinéma du Cahier des Cinémas, nous expliquent qu’il s’est passé un « truc » aux Etats Unis où est né un nouvel espace créatif qui est devenu un phénomène artistique de premier plan, un art majeur.

Un philosophe, spécialiste de Michel Foucault, a ainsi écrit un livre sur le seul sujet de Game of Thrones en analysant la lutte pour le pouvoir dans cette série, 

Si nous aimions, c’est parce que ce sont de vrais œuvres d’art dont certaines même sont géniales.

Il y a maintenant sans cesse des classements pour savoir quelle est la série la plus remarquable :

  • « Mad men »,
  • « Breaking Bad »,
  • « Game of Thrones »,
  • « True Detective »,
  • « The Wire », et bien d’autres.

Brett Martin dans son ouvrage <Des hommes tourmentés>  raconte cette histoire et parle de l’âge d’or des séries américaines, pour être plus précis, il parle du 3ème âge d’or.

Il était l’invité de Nicolas Demorand <Hommage aux antihéros des séries américaines avec Brett Martin>

Il raconte cette révolution de la télévision américaine.

Avant les années 2000, la télévision était le cimetière des ambitions artistiques.

C’était un désert de platitude où régnait la publicité où il ne fallait pas froisser les annonceurs, les grandes marques étaient très conservatrices. Il fallait des héros positifs, des intrigues claires, avec des bons et des méchants et où à fin le bon devait toujours gagner.

C’est surtout une chaine de télévision Home Box-Office (ou HBO), chaîne de télévision payante qui va balayer tout cela.

C’était une chaine d’abonné sans publicité.

Cette chaîne a eu des patrons intelligents, intuitifs et téméraires pour croire et avoir foi en des artistes.

« Ce fut la source magique, faire confiance aux auteurs. » dit Brett Martin

Cela commence par « Les Soprano », histoire d’un mafieux violent mais dépressif et qui a des problèmes avec ses enfants adolescents.

Ils vont récupérer des cinéastes maudits, des scénaristes qui trainaient dans le milieu de la télévision sans jamais avoir eu la chance de se faire connaître et c’est avec eux qu’ils vont créer cet âge d’or.

Ces hommes tourmentés (les antis héros des séries) sont des hommes fragiles entre leur désir de faire le bien et leur tendance à faire le mal et un mal absolu.

Ces séries sont ouvertes et l’intrigue est inventée d’un épisode à l’autre.

Les personnages deviennent très complexes, le spectateur va suivre leurs évolutions pendant des dizaines d’heures et pas seulement 2 heures comme au cinéma.

Et pour que cela captive il faut de véritables auteurs comme David Simon (The Wire) ou Matthew Weiner (Mad Men).

On apprend qu’il a fallu sept ans à Matthew Weiner pour trouver un diffuseur à Mad Men.

Télérama décrit cette évolution :

« Une rage d’écrire autre chose, d’envoyer balader les codes et les bienséances, de rendre sa noblesse à un genre qui plante ses racines chez Dickens et Dumas, dans le feuilleton littéraire du XIXe siècle. Une envie, un besoin, qui renversera les logiques économiques classiques pour pousser HBO, FX, AMC et d’autres chaînes câblées américaines à développer des séries d’auteurs, à fouiller sans retenue la psyché humaine et les entrailles de la société contemporaine. »

Même les matins de France Culture s’y sont mis : <De Dallas à True detective la révolution des séries>.

Et les séries ont leur festival dont c’est la 6ème saison du 17 au 26 avril, donc en ce moment : < https://series-mania.fr/  >  au Forum des images qui se trouve Forum des Halles.

Souvent dans l’Histoire, quand tant d’intellectuels émérites commencent à s’intéresser à un phénomène c’est qu’il touche à sa fin …

Mais Brett Martin pense que ce n’est pas encore la fin de l’âge d’or.

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Mardi 21 avril 2015

Mardi 21 avril 2015
« Métadonnées, mais t’as donné tes informations ! »
Nicole Ferroni
Nicole Ferroni intervient sur France Inter, sur un ton humoristique, le mercredi, juste avant 9 heures.
Elle a fait cette intervention lors de l’émission où Jean-Jacques Urvoas essayait de défendre la loi sur le renseignement. Elle explique que la surveillance aujourd’hui est aussi d’origine privée.
Rappelons que les métadonnées ce ne sont pas les contenus des messages échangés mais les adresses où se connectent les internautes, les numéros téléphones qu’ils appellent, les recherches qu’ils font, la géolocalisation. Toutes ces métadonnées peuvent être analysées par des algorithmes qui permettent alors de dresser votre profil, surtout pour des raisons mercantiles : essayer de mieux deviner ce que vous êtes susceptible d’acheter.
C’est pourquoi Nicole Ferroni fait ce jeu de mots drôle et surtout plein de sens : « mais t’as donné tes informations ! »
Chez Bourdin, Urvoas avouait qu’il utilisait très peu son portable, ben oui lui il sait ce que surveiller veut dire !
Nicole Ferroni : « J’ai tapé sur mon ordinateur : comment écrire une bonne chronique sur le renseignement ?
Il est alors apparu un bandeau pour me proposer un billet de train pour Barcelone.
Cela tombait super bien, je voulais justement aller à Barcelone. J’ai donc acheté mon billet pour Barcelone avant de faire ma chronique.
Et alors je me suis posé la question : mais comment il sait mon ordinateur que je veux aller à Barcelone ?
Et finalement je me suis rappelé que je lui avais demandé ce renseignement, il y a un mois.
Et je croyais que ce renseignement il me l’avait donné il y a un mois.
Mais en fait il ne me l’avait pas donné, il me l’avait pris.
Moi je voulais connaître le prix du train, mais lui avait enregistré que j’en cherchais un.
Et puis j’ai constaté que mon ordinateur savait des tas d’autres choses sur moi, qu’il avait des tas de données me concernant.
En fait Google fait comme Kaa le serpent du livre de la jungle : « Aie confiance, donne-moi ta donnée, mets ta donnée dans mon serveur et moi je m’occupe de la vendre au plus offrant. »
On se croit utilisateur d’Internet alors qu’on est utilisé par Internet.»

Lundi 20 avril 2015

Lundi 20 avril 2015
« Comme tu as de grandes oreilles, grand-mère !
C’est pour mieux t’entendre. »
Charles Perrault
Le petit chaperon rouge, dialogue avec le loup
Que dire sur la loi sur le renseignement actuellement en débat à l’assemblée nationale ?
Une chose est positive, cette loi est largement débattue sur l’espace médiatique.
Une chose est sûre, nous sommes menacés par des groupes hostiles dont un des moyens utilisés pour porter leur message, est de tuer des français comme vous et moi. Et si nous appartenons à la communauté juive la menace est encore augmentée.
Il faut donc que nous nous protégions.
Vous avez la parole de la défense de la loi Jean-Jacques Urvoas, député PS du Finistère, Président de la commission des lois de l’Assemblée nationale et rapporteur du projet de loi sur le renseignement > http://www.franceinter.fr/emission-le-79-jean-jacques-urvoas-la-menace-ne-vient-pas-des-services. Je crois qu’on peut résumer son propos par l’affirmation que  la loi va encadrer des pratiques qui existent déjà et donc apporter plus de transparence dans ce domaine délicat des écoutes des gens.
Je vais vous donner mon éclairage en 3 points :
D’abord par un propos venu du XVIIIème siècle où en Occident le combat pour la liberté n’était pas acquis : Benjamin Franklin, l’un des Pères fondateurs des États-Unis (1706-1790), l’a dit en une phrase : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. ». (Edgar Morin a cité ce mot dans cette traduction, j’ai lu des contestations qui rapportent que le propos exact en anglais serait  : « Those who would give up essential Liberty, to purchase a little temporary Safety, deserve neither Liberty nor Safety » et dont la traduction serait plutôt «Ceux qui donnerait une liberté essentielle, pour acheter un peu de sécurité temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité ». )
Quand on se replonge dans les faits historiques, qu’observe-t-on ? Les plus grands crimes, les plus atroces, les plus massifs, les plus grandes oppressions, menaces contre la liberté et la sécurité ont été commis par des Etats et les tyrans qui s’étaient emparés du pouvoir politique au sein de ces Etats. La médaille d’or ne peut être obtenu par des individus même Jack l’éventreur, ni par des groupes mafieux même Al Capone, ni par des groupes terroristes que ce soit la bande à Baader, les Brigades Rouges, Action Directe ou même les FARCs de Colombie pour des références qui nous parlent, mais aussi <La secte des assassins qui avait fait du meurtre un moyen normal pour défendre ses thèses>_pour un exemple plus ancien, plus durable dans son existence et dont les victimes furent plus nombreuses.
Est-il nécessaire de vous rappeler certains crimes d’Etat : l’Allemagne nazie, l’URSS Stalinienne, la Chine maoïste et encore actuelle, l’empire ottoman des jeunes turcs, le Cambodge de Pol pot, le Rwanda des extrémistes hutus, l’Ouganda d’Idi Amin Dada et aussi la France de Pétain etc…
Quand on a cette expérience, il n’y a qu’une réponse possible : le contrôle indépendant des agissements de l’Etat, les contres pouvoirs et les sanctions dissuasives contre ceux qui peuvent décider de telles mesures de surveillance.
A ce niveau, le compte n’y est pas. Ainsi le juge spécialiste du terrorisme Marc Trévidic déclare : « Ces pouvoirs exorbitants se feront sans contrôle judiciaire […]. Ne mentons pas aux Français en présentant ce projet comme une loi antiterroriste. Il ouvre la voie à la généralisation de méthodes intrusives, hors du contrôle des juges judiciaires, pourtant garants des libertés individuelles dans notre pays. »  >http://www.lexpress.fr/actualite/projet-de-loi-sur-le-renseignement-les-reserves-du-juge-antiterroriste-marc-trevidic_1662838.html
Jean-Jacques Urvoas répond : oui mais il y a contrôle par des juges administratifs. Mes études de Droits m’ont appris que le juge administratif, encore une particularité française, a su sanctionner avec fermeté et indépendance des actes des autorités administratives. Mais nous parlons ici d’autre chose : de décisions restreignant les libertés prises ou couvertes par le Ministre de l’Intérieur, le Premier Ministre ou le Président de la République et cela change tout.
Par ailleurs, dans un avis adopté à l’unanimité en Assemblée plénière jeudi 16 avril, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) s’alarme de la « surveillance de masse » permise par le projet de loi relatif au renseignement dont le vote final est prévu en urgence le 5 mai. Elle juge qu’en l’état, le projet est « susceptible de porter une atteinte grave à l’article 8 » de la Convention européenne des droits de l’homme qui affirme « le droit au respect de la vie privée et familiale ». Mediapart publie l’intégralité de cet avis  qui appelle le gouvernement et les parlementaires à « renforcer la garantie des libertés publiques et des droits fondamentaux ».
Parce qu’en effet cette loi prévoit des écoutes de manière beaucoup plus large que les seuls faits de terrorisme.
Les pratiques en France
D’abord un propos privé rapporté par Olivier Duhamel dans cette excellente émission d’Europe 1 <Mediapolis du 18 avril 2015> Bruno Lemaire a dit « J’ai été directeur du Cabinet d’un Premier Ministre. Je sais comment c’est. Je peux vous dire qu’avec cette loi, on écoute qui on veut, quand on veut, comme on veut ». Vous trouverez cette phrase aux alentours de la 8ème minute de l’enregistrement
Ensuite, je voudrais vous rappeler un exemple et un extrait vidéo qui dit tout de la France, du comportement politique et de la quasi absence de contre-pouvoirs en France.
François Mitterrand avait une vie privée compliquée, comme a priori tous nos Chefs d’Etat. Il avait une fille dont la mère n’était pas son épouse. Il pensait que ce fait ne devait pas être révélé aux français. Les journalistes de l’époque ont d’ailleurs respecté ce secret. Mais cela ne suffisait pas, le monarque républicain a ordonné qu’on mette sur écoute un assez grand nombre de personnes.
Il a donc utilisé les pouvoirs exorbitants de la République pour des motifs strictement personnels et privés.
Je suis fonctionnaire des Impôts, si je vais consulter le dossier fiscal d’un contribuable que je n’ai pas vocation à contrôler, je suis sanctionné. Si j’utilise les moyens exorbitants que me donne la Loi pour réaliser mon travail de contrôle pour des motifs privés, pour obtenir des avantages privés, dans le cadre par exemple d’un divorce ou d’un conflit privé, je suis révoqué. Et c’est normal.
François Mitterrand aurait dû faire l’objet d’une procédure de révocation. Il n’est pas possible d’accepter que le Président utilise les outils destinés à défendre la sécurité nationale ou de prévenir des crimes pour des motifs de convenance personnelle.
Il n’existait pas de procédure pour ce faire à l’époque, puisqu’à l’époque il ne pouvait être mis en cause qu’en cas de Haute Trahison.
Depuis la réforme constitutionnelle du 23 février 2007, la rédaction de l’article 68 de la Constitution dispose désormais : « Le Président de la République ne peut être destitué qu’en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat. »
Enfin, malgré cet article pensez-vous vraiment qu’un Président français  qui agirait comme Mitterrand serait mis en cause ?
La vidéo que je vous annonçais est une archive de L’INA où des journalistes belges, parce qu’il n’y a pas de journaliste français qui ont osé !, posaient des questions sur les écoutes dont on sait aujourd’hui qu’ils ont bien eu lieu.
D’abord il nie « Il n’y a pas de système d’écoute, on n’écoute rien ici. »
Puis, il essaye de dénigrer les questions, en essayant de faire passer l’idée que ce sont des questions futiles et relevant du journalisme de basse intelligence.
Au bout d’une quatrième question, il perd patience et finit « notre conversation est terminé » <https://www.youtube.com/watch?v=8KRLlkNNWvs>
A tout prendre, je préfère encore les Etats-Unis où le président Clinton a dû répondre de manière humble et modeste à un Procureur qui l’accusait d’avoir menti sur une affaire sexuelle, parce que là-bas il y a des contre-pouvoirs et que là-bas, Clinton risquait vraiment d’être démis par la procédure d’impeachment.
Malgré ses excès, je défends Jean-Marc-Bourdin qui est un vrai journaliste qui pousse ses invités dans les vrais retranchements et notamment Jean-Jacques Urvoas. Il rappelle aussi que les écoutes prévues ne sont pas limitées aux seuls soupçons de terrorisme. Plusieurs échanges très savoureux mettent le député en grande difficulté : Bourdin : « Donc quand une manifestation s’annoncera, vous allez mettre tous les organisateurs sous écoute ? » Urvoas « Bien sûr que non ! » Bourdin « Ah bon ? ».
Et pour le barrage de Sivens « Vous allez bien mettre les participants sur écoute ? » « Urvoas « mais non ». Bourdin « Ah bon ? » « http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/jean-jacques-urvoas-face-a-jean-jacques-bourdin-en-direct-498119.html
Il faut donc tout un autre cadre juridique et un vrai contrôle avec des sanctions, non seulement des autorités administratives mais aussi des plus hautes autorités politiques de l’Etat pour que ces restrictions à la Liberté puissent être acceptables et maîtrisées.

Vendredi 17 avril 2015

Vendredi 17 avril 2015
« Que les idiots disent des idioties, c’est comme les pommiers qui produisent des pommes, c’est dans la nature.
Le problème, c’est qu’il y ait des lecteurs pour les prendre au sérieux. »
Simon Leys

Simon Leys, nom de plume de Pierre Ryckmans, est un écrivain belge, né en 1935 et mort le 11 août 2014 en Australie.

Sa grande œuvre fut de dénoncer la Chine maoïste, son grand combat fut celui contre les intellectuels maoïstes qui étaient très nombreux à l’époque et qui ont tenté par tous les moyens de le dénigrer.

Il a eu cette phrase, mot du jour d’aujourd’hui, dans une émission Apostrophes de Bernard Pivot de 1983 où il dit que le plus grave ce n’est pas que des gens qui ont le pouvoir médiatique ou littéraire,  énonce des contre-vérités mais le plus grave c’est qu’il existe de nombreuses personnes qui les croient et considèrent que c’est la vérité.

En 1971, sous le pseudonyme de Simon Leys, il publia un essai, «Les Habits neufs du président Mao», dénonciation de la Révolution culturelle chinoise. Il sera immédiatement la cible d’une grande partie des intellectuels parisiens dont beaucoup étaient maoïstes.Il sera attaqué  par la revue «Tel Quel» dont Philippe Sollers est un des principaux animateurs et également le journal «Le Monde».

A l’époque, il était assez isolé, soutenu cependant par des intellectuels comme Jean-François Revel et René Étiemble.

Ils étaient peu nombreux à avoir raison devant la cohorte de ceux qui considéraient la Chine de Mao comme un eldorado de la pensée et de l’accomplissement humain.Sartre, Foucault, Barthes, Kristeva étaient dans le camp des idiots.

J’ai choisi cette phrase comme mot du jour, parce que nous sommes le 17 avril 2015 et qu’il y a 40 ans : le 17 avril 1975, alliés de la Chine, les Khmers rouges entraient dans Phnom Penh.<Et vous lirez dans cet article de 2012 de l’Express le même aveuglement d’intellectuels, souvent les mêmes maoïstes, face aux -crimes des khmers rouges>

Les estimations des victimes varient entre 740 000 et 2 200 000 morts sur une population d’un peu moins de 8 000 000 habitants.Vous lirez les noms de ces intellectuels qui ont dit des idioties : Noam Chomsky, Jean Lacouture, Vergés, Serge July et bien d’autres.

Le Monde et la plupart des organes de presse, y compris Le Nouvel Observateur seront du mauvais côté.

La Une de Libération, le 17 avril 1975 s’intitule «Le drapeau de la résistance flotte sur Phnom Penh»
et quelques jours après «7 jours de fête pour une libération

Simon Leys, avait raison à l’époque contre beaucoup.

La question qu’il est légitime de se poser : quelles sont les idioties d’aujourd’hui ? et qui sont les Simon Leys ?

Les idiots devraient être plus faciles à reconnaître : on les voit souvent et ils parlent avec l’assurance de la vérité révélée.

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Jeudi 16 avril 2015

Jeudi 16 avril 2015
« La culture du bien-être nous rend insensibles aux cris d’autrui [et] aboutit à une globalisation de l’indifférence. »
Pape François
Le Monde du 15 avril 2015 annonce que « 400 migrants auraient disparu dans le naufrage d’une embarcation de fortune, dimanche 12 avril, aux dires des 150 survivants, débarqués mardi matin en Italie et interrogés par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et l’ONG Save the Children. Sur l’échelle de l’horreur, cet accident se situerait donc au-dessus des 366 noyés de Lampedusa, [d’octobre 2013] qui était à ce jour la plus grande tragédie de la Méditerranée en ce début de XXIe siècle.
Depuis ce week-end, et l’amélioration des conditions météorologiques, les passages entre la Libye ou la Tunisie et les côtes italiennes se multiplient. Le week-end a été très chargé, puisque les garde-côtes italiens auraient porté secours à 42 bateaux chargés au total de plus de 6 500 migrants dimanche et lundi. Lundi, ils annonçaient avoir sauvé 144 personnes et récupéré neuf corps après le naufrage de l’une des embarcations. Les informations sont encore insuffisantes pour comprendre si ces neuf corps sont une partie des 400 noyés ou sont issus d’un autre accident. […] Si le naufrage de ce week-end se confirme, ce sont 900 personnes qui auront péri sur cette route la plus meurtrière du monde en deux mois et demi, selon les comptages de l’OIM. A la même époque en 2014, 47 migrants y avaient perdu la vie. La fin de l’opération « Mare Nostrum » – un vaste programme de sauvetage pris en charge par les Italiens – et son remplacement par une patrouille de surveillance européenne des frontières, qui n’a pas mission première de sauver mais de surveiller, expliquent en partie cette hécatombe.»
Depuis l’an 2000, plus de 22.000 migrants ont perdu leur vie en Méditerranée.
La Méditerranée est devenue «la route la plus mortelle du monde» en 2014, avec au moins 3.419 migrants qui ont perdu la vie en tentant de la traverser en quête d’un avenir meilleur, a annoncé mercredi l’agence des Nations Unies en charge des réfugiés. En 2014, ce sont plus de 207 000 migrants qui ont tenté de traverser la Méditerranée, un chiffre presque trois fois plus élevé que le précédent record de 2011 lorsque 70 000 migrants avaient fui leur pays lors du printemps arabe.
Le pape François qui a du mal avec <la liberté sexuelle> et aussi avec <la liberté d’expression>, trouve les mots qui touchent quand il s’agit de parler de la misère et de l’attitude de nos pays riches devant la pression des opprimés et des pauvres qui sont prêts à mourir pour débarquer sur nos côtes européennes.
Il était allé en juillet 2013 à Lampedusa et avait tenu ce discours : «  La culture du bien-être nous rend insensibles aux cris d’autrui [et] aboutit à une globalisation de l’indifférence. […] Nos frères et sœurs cherchaient à sortir de situations difficiles pour trouver un endroit meilleur pour eux et leur famille mais ils ont trouvé la mort […] Qui est responsable du sang de ces frères et sœurs ? […] nous avons perdu le sens de la responsabilité fraternelle. »
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Mercredi 15 avril 2015

Mercredi 15 avril 2015
L’élection présidentielle au suffrage universel est un poison qui petit à petit peu dévitalise notre démocratie »
Ghislaine Ottenheimer
Les français se mobilisent en masse pour élire leur président au suffrage universel, alors que dans les autres élections l’abstention se trouve dans une tendance d’augmentation. Depuis sa mise en place en 1962 par le Général de Gaulle, les français semblent convaincus que cette élection et la place du président dans nos institutions constituent un atout pour la France.
Tel n’est pas l’avis de Ghislaine Ottenheimer, rédactrice en chef à Challenges qui publie un livre « Poison présidentiel » où elle dénonce la place du président république dans notre système politique qui est devenu une monarchie républicaine. De Mitterrand à Chirac, de Sarkozy à Hollande, elle dévoile l’improvisation des décisions, l’esprit de soumission des entourages et la volonté obsessionnelle de l’Elysée d’avoir raison sur tout.
Je dois dire que je suis absolument d’accord avec elle.
Les institutions « bonapartistes » qui mettent en avant un homme chargé de tout régler, de tout régenter de tout décider ne sont plus adaptées à notre temps.
D’abord parce qu’il n’existe plus d’homme de la stature de Bonaparte ou de De Gaulle. Donner ce type de pouvoir à un gestionnaire, un homme politique commun est totalement déraisonnable.
Ensuite de manière plus pragmatique, cette élection présidentielle et le rôle du président posent 3 problèmes majeurs à la France :
1° Elle divise la France en 2 camps. Au premier tour il faut rassembler son camp pour être au second. Or ces deux camps, la Droite et la Gauche sont très désunis à l’intérieur de leur rassemblement et ne parviennent jamais à préparer un programme cohérent de gouvernement. La division en deux camps est aussi un frein terrible au rassemblement des idées, comme l’a montrée le positionnement d’une grande partie de la Droite sur la Loi Macron : ils étaient plutôt pour, mais ils voulaient voter contre parce que la Loi émanait de l’autre camp. Or, on ne peut réformer un pays si on ne dispose pas d’une majorité large et cohérente. Sur les grandes réformes, il faut un large consensus, ce consensus ne se trouvera pas à l’intérieur de la gauche ni à l’intérieur de la Droite.
2° Elle constitue une formidable invitation à la démagogie. Quand on entend convoquer 80% du corps électoral de la France pour désigner « un chef », il faut que ça vaille la peine. Donc il faut promettre et annoncer de grand changement. Ainsi depuis l’élection de François Mitterrand, les candidats élus avaient promis, essentiellement sur le plan économique et social, des mesures qu’ils n’ont pas pu appliquer ou qu’ils ont dû retirer bien vite. Lors des deux dernières élections présidentielles, Nicolas Sarkozy avait promis un ministère de l’identité nationale, il l’a mis en place mais devant la réalité il a été obligé d’y renoncer. François Hollande a promis une super taxation des riches, il l’a mis en place très difficilement, pour un gain mineur et sans que cette réforme ne puisse s’inscrire dans la durée. Démagogie, programme incohérent, promesses non tenues voilà les conséquences de ce système. En Allemagne, on fait des coalitions, on discute d’un programme de gouvernement, on le valide et on s’y tient.
3° Une fois élu, le président vampirise totalement la vie politique. Seul l’aval de l’Elysée permet d’être certain qu’une décision a de réelles chances d’aboutir. Un ministre qui a subi un arbitrage défavorable du premier ministre, va immédiatement en appeler à l’Elysée. Et puis il s’occupe de tout comme l’a montré l’affaire Leonarda et beaucoup d’autres. Tout le monde comprendra et même constate qu’un tel système est voué à l’immobilisme.
Mais comment mieux exprimer ce système que François Mitterrand : « Il y a en France des ministres. On murmure même qu’il y a encore un Premier Ministre. Mais il n’y a plus de gouvernement. Seul le président de la République ordonne et décide. Certes les ministres sont appelés rituellement à lui fournir assistance et conseils. Mais comme les chérubins de l’Ancien Testament, ils n’occupent qu’un rang modeste dans la hiérarchie des serviteurs élus et ne remplissent leur auguste office qu’après avoir attendu qu’on les sonne. »
Le Coup d’État permanent, François Mitterrand, éd. 10/18, 1993, partie 2, chap. II, p. 113
Ce système n’est plus adapté au monde d’aujourd’hui.

Mardi 14 avril 2015

Mardi 14 avril 2015
« S’il y a une chose dont j’ai horreur, c’est qu’on parle d’assistanat.»
Louis Gallois.
Louis Gallois était l’invité du 7/9 de France Inter du 13 avril.
Vers la fin de l’émission, il a dit :
« S’il y a une chose dont j’ai horreur, c’est qu’on parle d’assistanat.
C’est extrêmement blessant pour les gens.
Parce qu’il y a quelques personnes qui profitent d’un système, on fait de la masse des pauvres des profiteurs.
Mais ce ne sont pas eux les profiteurs ! Eux, ils veulent s’en sortir.
Il faut aller à leur contact pour le voir.
Bien sûr qu’on trouve des fraudeurs.
Combien cela coûte au pays ? 1 ou 2 milliards.
La fraude fiscale c’est de 60 à 80 milliards d’euros.
La fraude au marché noir, c’est 20 milliards d’euros.
Alors qu’on s’attaque aux vrais problèmes !»
Louis Gallois, ancien patron d’EADS, producteur du rapport Gallois et un des grands patrons français, il est aussi depuis 2002, Président de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale.

Lundi 13 avril 2015

Lundi 13 avril 2015
« Quasi aucun de nous n’a envie de faire gérer le monde par un système démocratique»
Jean Viard
Je reviens sur la conférence de Jean Viard où il s’interroge sur la démocratie du sommeil, le temps libre et les conséquences de ces évolutions sur la démocratie locale.
Mais il a abordé un autre point qui m’a interpellé et que je voudrais partager avec vous.
Il fait remarquer que les problèmes auxquels sont confrontés les humains aujourd’hui sont de dimension mondiale : contraintes et évolution écologiques, régulation économique et financière, terrorisme, lutte contre les réseaux mafieux et tant d’autres qui ne connaissent pas les frontières.
Cette situation nécessite une réponse politique : un gouvernement capable d’aborder et de maîtriser ces problématiques à la bonne échelle qui est mondiale.
Dans notre monde occidental depuis la démocratie grecque puis l’émergence de la démocratie britannique, américaine et la révolution française le consensus qui s’est dégagé est que pour gouverner et administrer, la meilleure des solutions ou la moins mauvaise est la démocratie.
Donc pour gouverner le monde, c’est à dire l’échelle territoriale d’aujourd’hui, la réponse est naturellement une démocratie mondiale. C’est d’ailleurs la thèse de Jacques Attali.
Mais Jean Viard nous pose la question, il l’a posé à chacun de nous, pas à nos gouvernants : est-ce que moi je souhaite une démocratie mondiale ?
Moi français, avec ma manière de vivre, de penser, ma liberté d’expression  j’accepte de dépendre d’une élection ou d’un gouvernement mondial dans lequel les français comme moi représente moins de 1% du corps électoral ?
Est-ce que les états-uniens accepteraient de se diluer dans un corps électoral mondial ?
Même à une échelle plus locale, celle de l’Union européenne, somme-nous prêts à ce que notre gouvernement soit élu par un corps électoral dans lequel nous serions très minoritaires ?
Je crois que la réponse est dans la question.
Et c’est là que Jean Viard a cette réflexion dérangeante : «Nous sommes tous convaincu que la démocratie est le meilleur modèle, mais quasi aucun de nous n’a envie de faire gérer le monde par un système démocratique. C’est une remise en cause assez fondamentale de la démocratie.
Jamais j’entends rêver d’une démocratie mondiale qui serait centrée sur l’Asie.»
Voici le lien vers la même conférence : <Comment réformer une démocratie du sommeil ? >

Vendredi 10 avril 2015

Vendredi 10 avril 2015
«La démocratie du sommeil»
Jean Viard
Jean Viard est sociologue, spécialiste de l’espace et des « temps sociaux ».
Il a beaucoup réfléchi sur l’évolution de nos sociétés et sur notre relation avec l’espace et le temps.
Il a inventé ce concept de la démocratie du sommeil.
Jusqu’à récemment tous les humains vivaient au lieu où ils travaillaient.
Le temps du travail  constituait l’essentiel de leur temps de vie. D’ailleurs le mot du jour du  4 septembre 2014 était déjà consacré à Jean Viard :   « Nous vivons dans une société du temps libre » où nous apprenions qu’aujourd’hui, nous vivons en moyenne 700 000 heures (80 ans) et nous travaillons environ 63 000 heures. On travaille donc à peu près 10% de notre vie. En 1914, un homme vivait en moyenne 500.000 heures et travaillait 200 000 heures donc 40% de sa vie.
La démocratie du sommeil signifie que les humains votent au lieu où ils dorment et non plus au lieu où ils travaillent. Cette révolution est la conséquence de plusieurs facteurs, le développement de la mobilité et des transports, le prix des logements dans les centres urbains, mais aussi la priorité exprimée par les gens pour la qualité de vie et l’habitat.
C’est un véritable défi de la démocratie locale. Car comme le fait remarquer Jean Viard, dans ce cas les citoyens recherchent des lieux attractifs pour la qualité de la vie, la culture, l’environnement et leur choix dépendent moins du dynamisme économique du territoire. Quelquefois ils font d’ailleurs de longs trajets pour aller vers leur lieu de travail, car ils privilégient d’autres critères pour le lieu où ils vivent. Parallèlement, l’allongement de la vie et la retraite font que les citoyens qui votent peuvent aussi être éloignés de préoccupations économiques.
Ceci a  aussi pour conséquence que les métropoles qui veulent attirer les emplois ou les compétences doivent penser à la qualité de la vie, au plaisir d’habiter tel endroit. Les entreprises l’ont aussi compris : s’ils veulent disposer des meilleures compétences à profusion, ils doivent s’implanter dans les villes où les gens aiment vivre. Ainsi des agglomérations comme Lille et Metz font des efforts considérables pour que leur ville devienne attractive aux talents et aux citoyens.
Vous verrez cette conférence où il pose cette question : <Comment réformer une démocratie du sommeil ? >
Vous apprendrez aussi que désormais nous gagnons 6 heures de vie en moyenne par jour, ce qui signifie que si on ramène l’augmentation de la durée de vie au jour, chaque jour l’âge moyen de décès recule de 6 heures.
Jean Viard vient de publier, en mars 2015, un nouveau livre dont le titre est déjà un programme : «Le triomphe d’une utopie, Vacances, loisirs, voyages : la révolution des temps libres»

Jeudi 9 avril 2015

Jeudi 9 avril 2015
«Le directeur m’a regardé droit dans les yeux,
il a pris mon dossier, il l’a mis à la poubelle
et il m’a dit : ce qui est compte ce n’est pas votre dossier, c’est le passé. Ce qui compte c’est ce que vous êtes et ce en quoi vous croyez !»
Laetitia Sauvage
Laetitia Sauvage était une jeune parisienne de 16 ans, mal dans sa peau, mal dans l’univers scolaire, rebelle et insolente.
Elle a été exclue de son lycée et prise en charge par l’aide sociale à l’enfance.
Elle est alors encadrée par une assistante sociale rigoureuse mais sachant écouter.
Grâce à elle et un juge pour l’enfance, elle trouvera un établissement à Bordeaux.
Le mot du jour est constitué des premiers mots qu’a tenus le directeur de cet établissement à Laetitia. Il avait sur son bureau le gros, le lourd, le « mauvais » dossier de Laetitia Sauvage.
«Le directeur m’a regardé droit dans les yeux, il a pris mon dossier, il l’a mis à la poubelle et il m’a dit : ce qui est compte ce n’est pas votre dossier, c’est le passé ce qui compte c’est ce que vous êtes et ce en quoi vous croyez !»
A la fin de cet entretien elle a fait cette réflexion : «C’est incroyable, jamais je n’ai été traitée ainsi »
Et elle a eu son bac.
Et elle est allée faire du bénévolat au Burkina Faso à 18 ans, expérience qui l’a incitée à reprendre des études en France.
Elle a cette remarque pleine de reconnaissance : «J’ai alors bénéficié d’une bourse toutes les années jusqu’à mon doctorat, La France rend cela possible, ce n’est pas vrai partout »
Et puis elle a continué son expérience à la Réunion où elle a initié, avec d’autres, un projet pédagogique où elle tente de concilier ses valeurs, son expérience, les besoins des enfants et l’exigence de la société.
Je n’ai rien à ajouter, il faut regarder son témoignage : « https://www.youtube.com/watch?v=9ryWNepzPDk
Notre monde est fait d’horreur absolu comme le génocide arménien,
Et de chimères comme la recherche jusqu’à l’indécence de la fortune, la cupidité,
Mais aussi d’initiatives et d’expériences profondément humaines où le terme «civilisation » et «humanité» prennent tout leur sens.
Depuis la vidéo envoyée en début de semaine sur Bruno Parmentier, l’agronome qui disait que jusqu’à présent l’agriculture c’était facile et que maintenant cela devenait difficile et exaltant, j’ai découvert les conférences TEDx.
TED (Technology Entertainment Design) est une invention américaine qui a pour objet d’organiser des conférences qui rassemblent des esprits brillants pour partager leurs idées avec le monde.
En France TEDx Paris a été créé en 2009 puis d’autres organisations ont vu le jour dans d’autres villes de France.
Les vidéos de Bruno Parmentier et de Laetitia Sauvage font partie de ces conférences organisées, filmées et publiées sur Internet.
Depuis quelques jours, j’ai visionné beaucoup de ces interventions d’un peu plus d’une dizaine de minutes.
Toutes ne sont pas inoubliables.
Certaines montrent des personnes que je qualifierais de naïf ou carrément d’allumées ».
Mais il y a aussi quelques trésors.
Cette intervention de Laetitia Sauvage qui avoue à la fin que ce n’est pas si simple et qu’elle traverse parfois des moments de grand découragement fait partie de ces pépites.