Mardi 14 avril 2015

Mardi 14 avril 2015
« S’il y a une chose dont j’ai horreur, c’est qu’on parle d’assistanat.»
Louis Gallois.
Louis Gallois était l’invité du 7/9 de France Inter du 13 avril.
Vers la fin de l’émission, il a dit :
« S’il y a une chose dont j’ai horreur, c’est qu’on parle d’assistanat.
C’est extrêmement blessant pour les gens.
Parce qu’il y a quelques personnes qui profitent d’un système, on fait de la masse des pauvres des profiteurs.
Mais ce ne sont pas eux les profiteurs ! Eux, ils veulent s’en sortir.
Il faut aller à leur contact pour le voir.
Bien sûr qu’on trouve des fraudeurs.
Combien cela coûte au pays ? 1 ou 2 milliards.
La fraude fiscale c’est de 60 à 80 milliards d’euros.
La fraude au marché noir, c’est 20 milliards d’euros.
Alors qu’on s’attaque aux vrais problèmes !»
Louis Gallois, ancien patron d’EADS, producteur du rapport Gallois et un des grands patrons français, il est aussi depuis 2002, Président de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale.

Lundi 13 avril 2015

Lundi 13 avril 2015
« Quasi aucun de nous n’a envie de faire gérer le monde par un système démocratique»
Jean Viard
Je reviens sur la conférence de Jean Viard où il s’interroge sur la démocratie du sommeil, le temps libre et les conséquences de ces évolutions sur la démocratie locale.
Mais il a abordé un autre point qui m’a interpellé et que je voudrais partager avec vous.
Il fait remarquer que les problèmes auxquels sont confrontés les humains aujourd’hui sont de dimension mondiale : contraintes et évolution écologiques, régulation économique et financière, terrorisme, lutte contre les réseaux mafieux et tant d’autres qui ne connaissent pas les frontières.
Cette situation nécessite une réponse politique : un gouvernement capable d’aborder et de maîtriser ces problématiques à la bonne échelle qui est mondiale.
Dans notre monde occidental depuis la démocratie grecque puis l’émergence de la démocratie britannique, américaine et la révolution française le consensus qui s’est dégagé est que pour gouverner et administrer, la meilleure des solutions ou la moins mauvaise est la démocratie.
Donc pour gouverner le monde, c’est à dire l’échelle territoriale d’aujourd’hui, la réponse est naturellement une démocratie mondiale. C’est d’ailleurs la thèse de Jacques Attali.
Mais Jean Viard nous pose la question, il l’a posé à chacun de nous, pas à nos gouvernants : est-ce que moi je souhaite une démocratie mondiale ?
Moi français, avec ma manière de vivre, de penser, ma liberté d’expression  j’accepte de dépendre d’une élection ou d’un gouvernement mondial dans lequel les français comme moi représente moins de 1% du corps électoral ?
Est-ce que les états-uniens accepteraient de se diluer dans un corps électoral mondial ?
Même à une échelle plus locale, celle de l’Union européenne, somme-nous prêts à ce que notre gouvernement soit élu par un corps électoral dans lequel nous serions très minoritaires ?
Je crois que la réponse est dans la question.
Et c’est là que Jean Viard a cette réflexion dérangeante : «Nous sommes tous convaincu que la démocratie est le meilleur modèle, mais quasi aucun de nous n’a envie de faire gérer le monde par un système démocratique. C’est une remise en cause assez fondamentale de la démocratie.
Jamais j’entends rêver d’une démocratie mondiale qui serait centrée sur l’Asie.»
Voici le lien vers la même conférence : <Comment réformer une démocratie du sommeil ? >

Vendredi 10 avril 2015

Vendredi 10 avril 2015
«La démocratie du sommeil»
Jean Viard
Jean Viard est sociologue, spécialiste de l’espace et des « temps sociaux ».
Il a beaucoup réfléchi sur l’évolution de nos sociétés et sur notre relation avec l’espace et le temps.
Il a inventé ce concept de la démocratie du sommeil.
Jusqu’à récemment tous les humains vivaient au lieu où ils travaillaient.
Le temps du travail  constituait l’essentiel de leur temps de vie. D’ailleurs le mot du jour du  4 septembre 2014 était déjà consacré à Jean Viard :   « Nous vivons dans une société du temps libre » où nous apprenions qu’aujourd’hui, nous vivons en moyenne 700 000 heures (80 ans) et nous travaillons environ 63 000 heures. On travaille donc à peu près 10% de notre vie. En 1914, un homme vivait en moyenne 500.000 heures et travaillait 200 000 heures donc 40% de sa vie.
La démocratie du sommeil signifie que les humains votent au lieu où ils dorment et non plus au lieu où ils travaillent. Cette révolution est la conséquence de plusieurs facteurs, le développement de la mobilité et des transports, le prix des logements dans les centres urbains, mais aussi la priorité exprimée par les gens pour la qualité de vie et l’habitat.
C’est un véritable défi de la démocratie locale. Car comme le fait remarquer Jean Viard, dans ce cas les citoyens recherchent des lieux attractifs pour la qualité de la vie, la culture, l’environnement et leur choix dépendent moins du dynamisme économique du territoire. Quelquefois ils font d’ailleurs de longs trajets pour aller vers leur lieu de travail, car ils privilégient d’autres critères pour le lieu où ils vivent. Parallèlement, l’allongement de la vie et la retraite font que les citoyens qui votent peuvent aussi être éloignés de préoccupations économiques.
Ceci a  aussi pour conséquence que les métropoles qui veulent attirer les emplois ou les compétences doivent penser à la qualité de la vie, au plaisir d’habiter tel endroit. Les entreprises l’ont aussi compris : s’ils veulent disposer des meilleures compétences à profusion, ils doivent s’implanter dans les villes où les gens aiment vivre. Ainsi des agglomérations comme Lille et Metz font des efforts considérables pour que leur ville devienne attractive aux talents et aux citoyens.
Vous verrez cette conférence où il pose cette question : <Comment réformer une démocratie du sommeil ? >
Vous apprendrez aussi que désormais nous gagnons 6 heures de vie en moyenne par jour, ce qui signifie que si on ramène l’augmentation de la durée de vie au jour, chaque jour l’âge moyen de décès recule de 6 heures.
Jean Viard vient de publier, en mars 2015, un nouveau livre dont le titre est déjà un programme : «Le triomphe d’une utopie, Vacances, loisirs, voyages : la révolution des temps libres»

Jeudi 9 avril 2015

Jeudi 9 avril 2015
«Le directeur m’a regardé droit dans les yeux,
il a pris mon dossier, il l’a mis à la poubelle
et il m’a dit : ce qui est compte ce n’est pas votre dossier, c’est le passé. Ce qui compte c’est ce que vous êtes et ce en quoi vous croyez !»
Laetitia Sauvage
Laetitia Sauvage était une jeune parisienne de 16 ans, mal dans sa peau, mal dans l’univers scolaire, rebelle et insolente.
Elle a été exclue de son lycée et prise en charge par l’aide sociale à l’enfance.
Elle est alors encadrée par une assistante sociale rigoureuse mais sachant écouter.
Grâce à elle et un juge pour l’enfance, elle trouvera un établissement à Bordeaux.
Le mot du jour est constitué des premiers mots qu’a tenus le directeur de cet établissement à Laetitia. Il avait sur son bureau le gros, le lourd, le « mauvais » dossier de Laetitia Sauvage.
«Le directeur m’a regardé droit dans les yeux, il a pris mon dossier, il l’a mis à la poubelle et il m’a dit : ce qui est compte ce n’est pas votre dossier, c’est le passé ce qui compte c’est ce que vous êtes et ce en quoi vous croyez !»
A la fin de cet entretien elle a fait cette réflexion : «C’est incroyable, jamais je n’ai été traitée ainsi »
Et elle a eu son bac.
Et elle est allée faire du bénévolat au Burkina Faso à 18 ans, expérience qui l’a incitée à reprendre des études en France.
Elle a cette remarque pleine de reconnaissance : «J’ai alors bénéficié d’une bourse toutes les années jusqu’à mon doctorat, La France rend cela possible, ce n’est pas vrai partout »
Et puis elle a continué son expérience à la Réunion où elle a initié, avec d’autres, un projet pédagogique où elle tente de concilier ses valeurs, son expérience, les besoins des enfants et l’exigence de la société.
Je n’ai rien à ajouter, il faut regarder son témoignage : « https://www.youtube.com/watch?v=9ryWNepzPDk
Notre monde est fait d’horreur absolu comme le génocide arménien,
Et de chimères comme la recherche jusqu’à l’indécence de la fortune, la cupidité,
Mais aussi d’initiatives et d’expériences profondément humaines où le terme «civilisation » et «humanité» prennent tout leur sens.
Depuis la vidéo envoyée en début de semaine sur Bruno Parmentier, l’agronome qui disait que jusqu’à présent l’agriculture c’était facile et que maintenant cela devenait difficile et exaltant, j’ai découvert les conférences TEDx.
TED (Technology Entertainment Design) est une invention américaine qui a pour objet d’organiser des conférences qui rassemblent des esprits brillants pour partager leurs idées avec le monde.
En France TEDx Paris a été créé en 2009 puis d’autres organisations ont vu le jour dans d’autres villes de France.
Les vidéos de Bruno Parmentier et de Laetitia Sauvage font partie de ces conférences organisées, filmées et publiées sur Internet.
Depuis quelques jours, j’ai visionné beaucoup de ces interventions d’un peu plus d’une dizaine de minutes.
Toutes ne sont pas inoubliables.
Certaines montrent des personnes que je qualifierais de naïf ou carrément d’allumées ».
Mais il y a aussi quelques trésors.
Cette intervention de Laetitia Sauvage qui avoue à la fin que ce n’est pas si simple et qu’elle traverse parfois des moments de grand découragement fait partie de ces pépites.

Mercredi 8 avril 2015

Mercredi 8 avril 2015
«Ils sont tombés pour entrer dans la nuit éternelle des temps, au bout de leur courage
La mort les a frappés sans demander leur âge puisqu’ils étaient fautifs d’être enfants d’Arménie.»
Charles Aznavour

Il y a 100 ans commençait un des évènements du XXème siècle qui ont montré que la civilisation n’était qu’un vernis qui pouvait sauter  en quelques instants pour dévoiler les abimes monstrueux que notre humanité cachait.

Les arméniens commémorent le génocide arménien le 24 avril. Parce que le 24 avril 2015 correspond à l’arrestation de 300 intellectuels et notables arméniens à Constantinople et a été suivi par tout le mécanisme génocidaire.

Mais le 8 avril 1915, il y a 100 ans, jour pour jour, à Zeitoun, ville de Cilicie au Nord l’Alep, les exactions commençaient : <Massacres à Zeïtoun>

Quelques semaines auparavant les russes venaient de battre les troupes turques.Le gouvernement « jeune turc » a alors accusé les arméniens chrétiens d’avoir trahi l’empire ottoman. D’autres raisons plus obscures existaient aussi.Le génocide fut d’abord une déportation des arméniens vers des régions hostiles.

Mais ces déportations qui déjà, en eux-mêmes, entrainaient ce peuple désarmé vers la mort, se sont accompagnés d’horreurs sans nom.

Comme dans tout génocide, les acteurs de ce crime ont d’abord regardé le peuple victime comme des sous hommes à qui on pouvait tout infliger.Les turcs ont beaucoup délégué d’atrocités à des supplétifs issus d’un autre peuple de l’empire : les Kurdes.

Si vous ne savez pas, regardez ce <Film documentaire d’Eric Friedler : Aghet le génocide arménien>

«Aghet» est un mot arménien qui signifie catastrophe.Mais pour mettre des mots sur cette faille de l’humanité, il faut comme souvent en appeler au poète et à l’artiste.Ici Charles Aznavour, enfant de ce peuple :

Ils sont tombés…

«Ils sont tombés, sans trop savoir pourquoi
Hommes, femmes, et enfants qui ne voulaient que vivre
Avec des gestes lourds comme des hommes ivres
Mutilés, massacrés, les yeux ouverts d’effroi.

Ils sont tombés en invoquant leur Dieu
Au seuil de leur église ou au pas de leur porte
En troupeau de désert, titubant, en cohorte
Terrassés par la soif, la faim, le fer, le feu.

Nul n’éleva la voix dans un monde euphorique
Tandis que croupissait un peuple dans son sang
L’Europe découvrait le jazz et sa musique
Les plaintes des trompettes couvraient les cris d’enfants.

Ils sont tombés pudiquement, sans bruit,
Par milliers, par millions, sans que le monde bouge,
Devenant un instant, minuscules fleurs rouges
Recouverts par un vent de sable et puis d’oubli.

Ils sont tombés, les yeux pleins de soleil,
Comme un oiseau qu’en vol une balle fracasse
Pour mourir n’importe où et sans laisser de traces,
Ignorés, oubliés dans leur dernier sommeil.

Ils sont tombés en croyant, ingénus,
Que leurs enfants pourraient continuer leur enfance,
Qu’un jour ils fouleraient des terres d’espérance
Dans des pays ouverts d’hommes aux mains tendues.

Moi je suis de ce peuple qui dort sans sépulture
Qui choisit de mourir sans abdiquer sa foi,
Qui n’a jamais baissé la tête sous l’injure,
Qui survit malgré tout et qui ne se plaint pas.

Ils sont tombés pour entrer dans la nuit
Eternelle des temps, au bout de leur courage
La mort les a frappés sans demander leur âge
Puisqu’ils étaient fautifs d’être enfants d’Arménie.»

<Ici Aznavour dans une de ses interprétations de sa chanson>

<471>

Mardi 7 avril 2015

Mardi 7 avril 2015
«Nourrir l’Humanité »
Bruno Parmentier
Bruno Parmentier est Ingénieur des Mines de Paris, ancien directeur général de l’ESA (Ecole supérieure d’agriculture d’Angers) et grand spécialiste de l’agriculture.
Nourrir l’humanité qui constitue un exaltant mais difficile projet est aussi le titre d’un de ses ouvrages. Plus récemment en 2014 il a publié « faim zéro » en finir avec la faim dans le monde.
Je l’ai découvert grâce à cette émission de France Inter <http://www.franceinter.fr/emission-un-jour-dans-le-monde-nourrir-lhumanite>
Mais je vous conseille plutôt de le découvrir à travers cette vidéo <Nourrir l’humanité, conférence à Angers>
Regarder cette conférence où cet homme truculent, maîtrisant souverainement son sujet explique simplement les défis, l’Histoire et les solutions de l’agriculture mondiale.
On démarre le XXème siècle avec 1,8 milliards d’humains aujourd’hui nous sommes à 7,2 milliards mais il y a le même nombre de gens qui ont faim : 800 millions. L’agriculture est donc parvenue à nourrir un beaucoup plus grand nombre d’humains avec les mêmes terres cultivables.
Les démographes attendent encore l’arrivée de 2 milliards et demi d’humains au-delà de 2050, puis la population mondiale devrait stagner à 9,5 milliards.
Mais au XXème siècle « c’était facile », on a prélevé énormément de ressources non renouvelables pour produire de plus en plus : on a utilisé de plus en plus de terres, d’eau, d’engrais, de pesticides, d’énergie et de tracteurs.
Au XXIème siècle il faudra produire plus avec moins : moins de terre, moins d’eau et moins d’énergie : il faudra promouvoir une agriculture écologiquement intensive et non plus chimiquement intensive.
Il remet en cause le labour qui lui semble une aberration et qui ne prend pas en compte le cycle naturel et écologique de la terre, ainsi les vers de terre, les bactéries et les champignons remplacent avantageusement cette activité peu utile et très consommatrice d’énergie et d’engrais. Les agriculteurs au lieu d’être laboureur doivent devenir éleveur de ver de terre ce qui est vraiment un autre métier.
Il explique bien d’autres choses absolument passionnantes notamment le rapport étroit entre les révolutions et les difficultés agricoles : en 1789 l’élément déclencheur fut une mauvaise récolte de blé et les révolutions arabes ont aussi fait suite à des crises alimentaires.
Il raconte notamment la crise des céréales de 2007 et ce qui s’en suivit.
Et puis il révèle tout le gâchis à la production, comme à la consommation qui est encore aujourd’hui à l’œuvre dans le monde de l’alimentation (on jette chaque année 1/3 de la récolte mondiale, dans le Sud parce qu’on ne dispose pas des moyens de conservation moderne, dans le Nord parce qu’on jette des produits non consommés).
Et puis, il parle de la viande et du laitage : Si tous les pays du monde font comme nous : saucisson, côte de veau plus camembert c’est ruinant :
Un français dans sa vie mange 7 bœufs, 33 cochons, 1300 poulets, 20 000 œufs 32 000 litres de lait. Manger autant n’est ni bon pour notre santé et n’est pas soutenable pour la planète.
Un français consomme ainsi annuellement par personne 85 kg de viande, un américain 125 kg, un chinois 60 kg (contre 14 en 1980 !), un indien 6 kg, un africain 11 kg.
Le problème est mathématique, il s’exprime très simplement et se fonde sur la problématique suivante : pour que nous puissions manger de la viande il faut que les animaux qui nous nourrissent consomment des céréales.
et…un végétarien qui se nourrit bien consomme 200 kg de céréales par an.
Un carnivore pour le même résultat consomme 800 kg de céréales, celles qu’ils mangent directement plus celles qu’ont mangé les animaux consommés. Donc quatre fois plus
Dans le premier type de consommation on peut parvenir à nourrir l’humanité, dans le second non. C’est aussi simple que cela.
La conclusion est rassurante : la situation est grave mais pas désespérée.
et il préconise notamment :

Ne plus rien gâcher ! tout est matière première

Modifier nos habitudes alimentaires

Inventer une agriculture écologiquement intensive qui fasse plus et mieux avec moins

Chercher « nos OGM » à notre manière

Promouvoir l’agriculture vivrière dans le monde

Et pour finir une intervention très intéressante et émouvante d’une jeune agricultrice très volontaire et confrontée aux problèmes d’aujourd’hui : <J’ai beaucoup de chance>

Vendredi 3 avril 2015

Vendredi 3 avril 2015
« Celui qui s’attache à l’obscurité a peur de la vague.
Le tourbillon de l’eau l’effraie.
Et s’il veut partager notre voyage,
Il doit s’aventurer bien au-delà du sable rassurant du rivage.»
Hafez
Hafez de son vrai nom Khouajeh Chams ad-Din Mohammad Hafez-e Chirazi  est un poète, philosophe et un mystique persan né autour des années 1310-1337 à Chiraz (Iran).
Ces vers ont été mis en exergue par Delphine Minoui dans son livre «Je vous écris de Téhéran».
L’Iran se trouve au premier plan de l’actualité en raison des négociations sur le nucléaire et parce qu’il détient une grande part de la solution des conflits au moyen orient.
Hier, il semble qu’un accord cadre sur le nucléaire ait été trouvé à Lausanne.
L’Iran est un immense pays qui plonge ses racines dans l’antique Perse, l’adversaire des cités grecques, d’Alexandre le Grand puis de l’Empire romain et enfin de l’empire byzantin.
Delphine Minoui nous parle des iraniens qui étouffent sous la dictature des mollahs mais aussi d’un peuple fier d’avoir retrouvé son indépendance après la vassalisation aux Etats-Unis que caractérisait le régime du Shah.
Elle était l’invitée de l’émission « Un jour dans le monde »  du 16 mars 2015 pour présenter son livre : http://www.franceinter.fr/emission-un-jour-dans-le-monde-je-vous-ecris-de-teheran. Je l’ai trouvée passionnante.
Née en 1974 à Paris, de mère française et de père iranien, Delphine Minoui est une journaliste franco-iranienne correspondante du Figaro et d’autres médias français d’abord à Téhéran, puis à Beyrouth et aujourd’hui au Caire. Elle a été lauréate du prix Albert Londres 2006 pour ses reportages en Iran et en Irak.
Elle explique qu’elle n’est née à son passé persan que lorsque son grand-père iranien, grand diplomate sous le Shah d’Iran est venu se faire soigner et mourir à Paris en 1997. Son livre est une lettre posthume à son grand père.
Elle raconte : qu’après avoir dû quitter précipitamment l’Iran lors des manifestations qui avaient fait suite à l’élection controversée d’Ahmadinejad en 2009 qu’elle suivait en tant que journaliste elle a d’abord posé sa plume longtemps :
«Avant de me remémorer ces vers de Hafez qu’un jour tu m’offris en cadeau.
Celui qui s’attache à l’obscurité a peur de la vague.
Le tourbillon de l’eau l’effraie.
Et s’il veut partager notre voyage,
Il doit s’aventurer bien au-delà du sable rassurant du rivage.
C’était à Paris, un matin de novembre 1997. Je ne le savais pas encore mais, de ce poème, j’allais faire ma profession de foi. Ce jour-là, tu venais d’arriver d’Iran pour une opération du cœur. Une intervention bénigne, avaient dit les médecins. J’avais 23 ans. Tu en avais au moins trois fois plus et je te croyais immortel. A cause de la distance, sans doute, qui nous avait toujours séparés. Lors de tes rares passages en France, tu avais cette manie de t’exprimer en poèmes que tu omettais de traduire. Toi qui avais représenté l’Iran à l’Unesco à la fin des années 1950, tu connaissais Hafez sur le bout du doigt. Tu disais que l’illustre poète du XIVe siècle avait réponse à tout, que ses écrits valaient mieux que n’importe quelle boule de cristal. Qu’il suffisait d’en piocher un au hasard pour entrevoir son avenir proche. Il y avait quelque chose de magique à t’écouter réciter ce que je percevais comme du charabia. Ce jour-là, sur ton lit d’hôpital, tu avais pris la peine de t’expliquer. Tu avais manifesté ce désir inattendu de m’initier à ta langue natale. Un étonnant caprice. Comme un besoin vital. Personne, à la maison, ne s’était jamais soucié de m’enseigner mes origines. De droite à gauche, ton stylo s’était mis à danser, en habillant les consonnes de minuscules accents colorés. A chaque ligne, une petite traduction française talonnait ta calligraphie. Ce poème, mon premier cours de persan. Un de tes derniers soupirs.
[…]
Ta disparition soudaine me prit de court. De toi, je connaissais si peu. Et de ton pays, encore moins. Enfant, je t’envoyais des lettres comme on toise l’inconnu. Je les agrémentais toujours de dessins colorés aux personnages invariables. Papa. Maman. Ma sœur, Nasrine, et moi-même. Un petit échantillon de ta famille dispersée à travers la planète sous forme de chroniques miniatures rédigées en français. Mes premiers reportages… On dit que l’écriture libère. A l’époque, j’y voyais un jeu de cache-cache avec ton ombre. Ou plutôt un intriguant puzzle, dont je cherchais obstinément les pièces manquantes.
Tant d’années sont passées depuis ta mort. Quelle troublante sensation que de reprendre aujourd’hui la plume en sachant tout de toi. De te dédier cette longue lettre alors que tu n’es plus là. Petite, quand je t’écrivais depuis Paris de mes mains potelées, je t’imaginais en train de feuilleter mes missives, assis sur ta jolie terrasse téhéranaise où j’avais passé l’été de mes 4 ans. Car l’Iran de ma mémoire de gamine, c’était ça et rien d’autre: une terrasse ornée de forsythias, des glaces à l’eau de rose, une piscine gonflable pour patauger, et les mélopées du persan en fond sonore. Papa nous y avait envoyées toutes les trois pour les vacances. C’était en août 1978. En plein milieu du jardin, maman se dorait sa peau de Française, le visage encadré de feuilles d’aluminium pour capter le reflet des UV, au grand désespoir de grand-mère qui la traitait de grille-pain. En Orient, la blancheur est sacrée.»
Extrait de la quatrième de couverture : « Delphine Minoui raconte ses années iraniennes, de 1997 à 2009. Au fil de cette missive où passé et présent s’entrechoquent, la journaliste franco-iranienne porte un regard neuf et subtil sur son pays d’origine, à la fois rêvé et redouté, tiraillé entre ouverture et repli sur lui-même. Avec elle, on s’infiltre dans les soirées interdites de Téhéran, on pénètre dans l’intimité des mollahs et des miliciens bassidjis, on plonge dans le labyrinthe des services de sécurité, on suit les espoirs et les déceptions du peuple, aux côtés de sa grand-mère Mamani, son amie Niloufar ou la jeune étudiante Sepideh.
La société iranienne dans laquelle se fond l’histoire personnelle de la reporter n’a jamais été décrite avec tant de beauté et d’émotion.».
Une interview de France24 où elle parle de son livre et de son expérience iranienne vous montrera cette femme qui irradie l’intelligence et le courage :
Elle tenait aussi un blog qu’elle a appelé Chroniques orientales : http://blog.lefigaro.fr/iran/ mais la dernière publication date de juillet 2014

Jeudi 2 avril 2015

Jeudi 2 avril 2015
« Bienvenue à Gattaca »
Andrew Niccol
Bienvenue à Gattaca est un film d’Andrew Niccol. Ce film décrit une société futuriste eugéniste, une sorte de Meilleur des mondes inégalitaire où la belle vie, les beaux postes et les beaux salaires sont réservés à une élite génétiquement triée sur le volet, issue d’embryons sélectionnés pour présenter un génotype le plus « parfait » possible.
Les humains dont la conception a été laissée au hasard sont des hommes de seconde zone.
Ce film date de 1997.
Un article du Monde (pièce jointe) nous explique que l’état de la science rend un Gattaca possible :
«Le quotidien britannique The Independent a en effet révélé, vendredi 13 mars, que des chercheurs de la Harvard Medical School, aux Etats-Unis, avaient essayé d’éditer le génome de tissus ovariens de manière à corriger un gène, le BRCA, qui, lorsqu’il a muté, prédispose au cancer du sein. Une tentative hautement symbolique car, jusqu’à présent, personne n’avait osé toucher au matériel génétique de cellules reproductrices humaines, à l’ADN d’un futur ovule ou à celui d’un spermatozoïde.
Les résultats de ces travaux n’ont pas encore été publiés… et peut-être ne le seront-ils pas. En effet, dans une tribune parue dans la prestigieuse revue Nature la veille de la révélation de The Independent, cinq chercheurs américains, conscients – ou sachant pertinemment… – que des expériences d’ingénierie génétique de ce genre avaient lieu, enjoignent leurs collègues du monde entier à faire une pause et à réfléchir ensemble aux conséquences de ces recherches. Pour résumer l’intention de cette tribune, disons qu’on est dans la crainte de l’apprenti-sorcier. Les auteurs écrivent que la modification du génome des gamètes ou des embryons humains peut avoir « des effets imprévisibles sur les futures générations. Cela la rend dangereuse et éthiquement inacceptable».
Les scientifiques sont parvenues à créer un outil que l’article compare à un traitement de texte permettant de réécrire des séquences du génome. Cet outil intervient sur « quatre bases azotées de l’ADN, adénine, thymine, guanine, cytosine, plus connues sous leurs initiales A, T, G et C – à partir desquelles s’écrit le nom Gattaca…»
Et la nouveauté que révèle l’article, c’est que cet outil est utilisé pour la première fois pour les cellules de reproduction et qu’ainsi on ne transforme plus le matériel génétique d’un être humain mais qu’on agit sur les générations futures car cette transformation va affecter les descendants de l’individu « modifié » :
«Depuis 2013, l’utilisation de cet outil explose chez les biologistes. Mais jusqu’à présent, ils ne s’en servaient que pour modifier l’ADN des cellules somatiques, c’est-à-dire toutes les cellules du corps à l’exception des cellules germinales. On a ainsi vu de nouvelles voies de recherche s’ouvrir pour le traitement du sida ou de la bêta-thalassémie, une maladie génétique de l’hémoglobine. En travaillant uniquement sur les cellules somatiques, on ne prend pas le risque, à terme, de transmettre une modification intempestive aux générations suivantes, ce qui serait en revanche le cas avec les cellules de la reproduction.»
Toutes ces études sont motivées par la volonté de trouver des solutions thérapeutiques à des maladies.
Mais l’utilisation possible de ces outils à d’autres fins ne peut que nous interpeller.
Il y a tant de choses qui préparent le monde de demain mais le débat politique et public n’en parle pas ou si peu.

Mercredi 1er avril 2015

Mercredi 1er avril 2015
« il me paraît si aisé de vous percer, tant vous ressemblez aux Princes que j’ai côtoyés tout au long de ma vie dans ce pays ;
donc, oui, Monseigneur, vous avez raison, mais par vos esquives, ne seriez-vous point le premier et le plus grand responsable de l’immobilisme ? »
Le Fantôme de Necker à François Hollande
dans le roman « Le fantôme de l’Elysée » de Philippe Dessertine, .
Visite impromptue du baron Necker  à François Hollande
Michel Slatkine est un éditeur suisse qui adore la France et l’Histoire de France et qui en plus regarde la télévision française.
Un soir il regarde une émission où il entend l’économiste français Philippe Dessertine parler de la dette française et des réformes qui ne sont pas réalisées.
Cet homme de culture pense immédiatement à un ouvrage historique <Le compte rendu au roi du baron Necker>. Ouvrage de 1781 où Necker explique au roi comment faire des économies sur les dépenses ordinaires du Royaume.
Michel Slatkine via les éditions Albin Michel convainc alors Philippe Dessertine d’écrire un ouvrage moderne qui serait le compte rendu au président.
Philippe Dessertine va répondre à cette commande par une fiction : une visite du fantôme de Necker à François Hollande la veille d’une conférence de presse.
Il va décrire un dialogue entre ce fantôme de Necker et le président actuel, en cherchant à lui montrer toutes les analogies qui existent entre son époque et l’époque actuelle.
Il explique que des réformes auraient pu et dû être faites  mais ne l’ont pas été et qu’en conséquence les choses ont mal fini.
Et il donne cette réplique : «vous ressemblez aux Princes que j’ai côtoyés tout au long de ma vie dans ce pays »
« Monseigneur, il faut se résoudre à agir ainsi que je n’ai point su le faire : aller vite, avec la plus grande énergie. Réformer la dépense revient à réformer ce qui touche le souverain au plus près, dans son quotidien, dans l’exercice même de son ministère. »
Le Président hoche la tête en signe d’assentiment.
« Je partage votre diagnostic. En totalité, cher Monsieur, et je crois me trouver dans une difficulté aussi grande que celle à laquelle vous avez dû faire face. Avec le recul, quel serait selon vous l’axe majeur du changement ?
– Il est simple, il fut celui d’ailleurs qui me donna tant de cette popularité immense et dangereuse que m’accorda le peuple quand il cherchait d’abord des coupables et moins des solutions. » Ses yeux pétillent : « Si vous saviez combien je déçus mes zélateurs en 1790, quand je m’empressai de leur exposer les moyens de rétablir la situation du pays…
– Dites vite, je vous prie.
Je suis suspendu à vos lèvres…
– Supprimer les exceptions, les dérogations de toutes sortes. Le service de l’État ne se monnaye pas, il ne doit pas procurer d’avantages indus. Il vaut mieux concentrer l’essentiel de la force d’un pays dans la production de richesse. Le conseil est celui d’un financier : plus la dette est élevée, plus la préoccupation première du débiteur est de dégager de la capacité à rembourser.
– Dans les avantages, vous pensez aussi à des régimes de retraites ou à un temps de travail réduit, par exemple ?
– Retraites, c’est-à-dire pensions ? Croyez-en ma recette : réductions, coupes uniformes ne laissant aucun statut à l’écart des bouleversements. L’uniformité des régimes est la seule vraie grande idée, ce sera celle que combattent tous ceux bénéficiant d’une exception.
– Au-dedans de la fonction publique et à l’extérieur, nous sommes d’accord ?
– Certes. Il faut porter le fer partout à la fois. Monsieur Turgot n’hésita point à s’attaquer aux corporations, protégées par des textes et surtout par leur farouche volonté de ne point s’ouvrir
– Les corporations… Oui, nous avons changé la dénomination, “les professions réglementées”, mais nous avons conservé le problème. Dans cette direction aussi, vous me conseilleriez de passer à l’offensive ?
– En ayant bien consolidé vos arrières. Monsieur Turgot dut reculer en rase campagne pour avoir mésestimé les pouvoirs établis. Mais vous voyez que lui et moi n’étions point si éloignés. Je me suis attelé à mon tour au principe d’égalité de traitement, d’égalité de prélèvement.
– Savez-vous, cher Monsieur Necker, que votre langage devient soudain très moderne ?
– Malheureusement ce sont nos faiblesses qui me semblent vous concerner davantage encore. J’ai l’idée que je suis ici pour les expier. Monseigneur, pardon de vous parler crûment, il m’apparaît avec plus de clarté que vous êtes victime du même travers, celui de feu mon Roi.
– Vous voyez, vous aussi finissez par me dire mollasson !
– Plaît-il ?
– Une expression d’aujourd’hui… manque de courage, indécision.
– Peu importe, Monseigneur, ce que je pense ou ce que l’on dit derrière votre dos. Ces défauts sont-ils les vôtres ?
– Le climat général du pays peut favoriser mes mauvais penchants. Comment les réformes visant à réduire la dépense ont-elles échoué, à votre époque ?
– Par tous les moyens possibles : l’obstruction dans les parlements et les débats interminables.
– Oui, les amendements, nous connaissons encore, nous avons quelques spécialistes en la matière.
– Les influences de toutes parts, exercées par les Princes, les hommes de Dieu, la Reine, les grands capitaines…
– D’accord, oui, les lobbies, en effet, nous avons modernisé ces jolies pratiques, mais elles sont toujours présentes.
– Et les actions à l’opposé des directives données par le Roi, la désobéissance, vous les connaissez aussi ?
– Le jour où la France saura dégager autant d’énergie pour se changer en profondeur qu’elle en mobilise pour ne pas bouger, elle redeviendra l’une des plus grandes puissances du monde. »
Le vieil homme hoche la tête de nouveau. Il lève la main lentement et pointe son doigt vers le Président.
« Ce que vous dites est vrai, Monseigneur. Mais il me paraît si aisé de vous percer, tant vous ressemblez aux Princes que j’ai côtoyés tout au long de ma vie dans ce pays ; donc, oui, Monseigneur, vous avez raison, mais par vos esquives, ne seriez-vous point le premier et le plus grand responsable de l’immobilisme ? »
« l’intérêt de l’ouvrage est ailleurs… il est de nous montrer que les interrogations sur le niveau des prélèvements obligatoires, sur le choix de l’endettement, la propension court-termiste pour la dépense, sont autant d’obstacles à une réforme structurelle et en profondeur de la sphère publique. La libéralisation de la croissance, la lutte contre les corporatismes et le capitalisme de connivence, les rentes de situations sont également des éléments puissants du livre, que l’auteur rapproche utilement des guildes, manufactures et autres fabriques placées opportunément dans la bouche de son ministre des finances visiteur du soir. »
En ce jour du premier avril, plutôt qu’un poisson d’avril, cette fiction me parait bienvenue puisqu’elle nous entraîne vers des interrogations salutaires.

Mardi 31 mars 2015

Mardi 31 mars 2015
«La mafia des tutelles»
Valérie Labrousse
Valérie Labrousse est une journaliste qui après huit années d’enquête a publié un livre sur les personnes placées sous tutelle judiciaire.
Le mot du jour est un extrait du titre de ce livre «les Dépossédés, enquête sur la mafia des tutelles»
Un article du Nouvel Obs : <Spoliation, violence, déshumanisation: le cauchemar des tutelles> présente ce livre.
Je vous en livre quelques extraits, si vous ne voulez pas lire l’article dans son entier :
«Un tuteur malhonnête ou négligent, qu’il travaille dans un hôpital, une association, ou qu’il exerce en libéral, agit toujours avec la complicité active ou passive des «charognards de la tutelle» écrit l’auteur, notaire, marchand immobilier ou commissaire priseur, juge et autre directeur de pompes funèbres.
Tout un petit monde susceptible de prendre sa part de marché tutélaire, cet «or gris» si facile à ramasser, et encore plus si un médecin vient poser un diagnostic de paranoïa, coupant court à toute protestation. Siphonage d’une assurance-vie, maison de famille revendue à des prix sans rapport avec ceux du marché, vol de meubles : aucune statistique à ce jour sur cette pagaille lucrative.
Dans ce mal contemporain, qui s’abat sur l’handicapé psychique à qui on «oublie» de verser son pécule de survie comme sur le vieillard maltraité en maison de retraite, que son protecteur officiel ne défendra pas dans un réflexe de soutien à l’institution, Valérie Labrousse, en lectrice attentive d’Hannah Arendt, entrevoie les symptômes de la banalité du mal – servilité, relativisme de l’horreur, refus du jugement moral et rationalisme bureaucratique sur fond d’indifférence à la souffrance de l’autre.
[…L’article donne un extrait concernant ] une vieille dame de quatre-vingt-huit ans qui vient d’appeler au secours un collectif luttant contre les abus tutélaires.
Un certain Gilles B serait venu frapper à sa porte, se prétendant envoyé par la SPA. L’association est propriétaire du studio qu’elle occupe, rue Jean Goujon, dans le 8e arrondissement de Paris. Il aurait tenté de l’intimider, affirmant qu’il voulait absolument «récupérer le bien», qu’elle devait déguerpir. La voilà menacée d’expulsion, elle déjà si seule face à de grandes difficultés financières depuis la mort de son mari, Georges, qui était expert agronome, notamment pour le compte de l’Unesco.
Quelques jours plus tôt, elle s’est rendue au service social de la mairie afin qu’on l’aide à obtenir la pension de réversion de Georges et depuis, plus encore que la précarité, elle craint d’être mise sous tutelle. Cela semble en prendre le chemin. Deux femmes, sans doute des assistantes sociales, se sont déjà présentées à son domicile…
C’est, en général, ainsi que tout commence. Solitude, vieillesse, incurie aboutissent à un signalement sous la forme d’un rapport d’enquête des services sociaux. Il est adressé au parquet puis au juge des tutelles qui siège au Tribunal d’instance.
Sur la base de ce rapport et d’un certificat médical établissant que l’individu concerné n’a plus la faculté suffisante pour pourvoir seul à ses intérêts, le juge des tutelles peut prononcer une décision de protection juridique: une mesure d’urgence appelée mandat spécial, une tutelle, ou bien encore une curatelle. Puis il désigne un mandataire pour assister la personne ou la représenter. […]
Je m’aperçois vite que le système se défend avec rage. Que les abus sont relégués de «regrettables exceptions», imputés à la saturation des tribunaux. Comme si cela pouvait justifier l’étendue des spoliations, des maltraitances, ou expliquer leur récurrence systémique. Je me heurte au silence des pouvoirs publics, ministère de la Justice en tête. Je découvre un monde secret où soit on ne me répond pas, soit on me refuse des documents a priori anodins.
D’un côté l’omerta. De l’autre la souffrance. Depuis huit ans que je plonge dans les abysses des tutelles, j’entends la même histoire, pour chacun si singulière: «Je ne sais pas où sont mes meubles, le tuteur a épuisé mes économies, le juge m’a dit que c’était quelqu’un de très bien. Je ne l’ai vu que quelques minutes. Il m’a grondé. Je suis logé dans un foyer. Le médecin ne m’a pas cru. C’est moi qui suis fou. L’assistante sociale m’avait dit qu’elle allait m’aider… Du jour au lendemain, je n’avais plus de quoi m’acheter à manger, le tuteur ne me donnant aucun argent pour vivre… L’avocat m’a dit qu’il ne voulait pas attaquer le tuteur. C’est trop compliqué. Et puis ça ne sert à rien… On ne peut pas attaquer la justice…»
Autant de drames, et toujours le même scénario: une dépossession progressive et totale, depuis la volatilisation du mobilier, la vente du bien immobilier et l’expulsion du domicile, les humiliantes demandes d’un pécule de survie, et l’«incarcération» en maison de retraite… Avec aussi, la neutralisation de celui qui entend soutenir sa mère ou son ami contre la violence du système.
C’est toujours la même histoire perverse et sophistiquée où la victime, coupable d’être trop vulnérable, se retrouve maltraitée au lieu d’être protégée, déniée dans la reconnaissance de sa souffrance et dans ses droits par ceux-là même qui devraient les lui garantir et qui sont: le médecin pressé au diagnostic péremptoire et la justice méprisante.»
ou mieux le livre :