Jeudi 16 février 2017

Jeudi 16 février 2017
« Le cinéma de Lumière avait pour fonction de dire qui nous sommes et ce qu’est le monde : c’est la même chose aujourd’hui »
Thierry Fremaux dans l’émission des matins de France Culture du 8 février 2017
Le destin a voulu que lorsque nos activités se concentraient à Paris, Annie, moi et nos enfants ayons vécu plus de 10 ans à Montreuil avant de venir presque par hasard à Lyon. A Lyon, en cherchant un appartement nous sommes tombés aussi par hasard sur notre appartement qui se situe à exactement 350 m de la rue du premier film et de l’Institut Lumière. Nous habitons donc à 350 m de l’endroit où on a tourné le premier film :   « la sortie de l’usine Lumière à Lyon » en 1895.
Alors pourquoi je rapproche cela de Montreuil ? Parce que Montreuil est la ville <Où George Meliés, inspiré par les frères Lumière, a créé le premier studio de cinéma>
Méliès ne parvint pas à s’entendra avec les Lumière et c’est par d’autres moyens qu’il créa les premiers trucages, les premiers effets qui inspirèrent cet art que deviendra le cinéma.
Mais ce mot du jour est consacré  du film : « Lumière ! L’aventure commence » qui est  sorti, le 25 janvier dernier. C’est un  film réalisé par Thierry Frémaux, présenté par Bertrand Tavernier et l’Institut Lumière, bref une affaire lyonnaise. 
Lors de cette émission, Thierry Fremaux a expliqué que « Le cinéma s’est conçu lui-même comme art plus tardivement. Pas plus Lumière que Méliès, qui certes était un homme de spectacle, Charles Pathé ou Léon Gaumont, n’avaient conscience de faire autre chose que de lancer une nouvelle industrie. » Beaucoup d’articles parlent de manière élogieuse de ce film :  <Télérama parle d’un ravissement.>
Bertrand Tavernier a publié ce texte sur le site de
«Chers amis,
Demain, mercredi 25 janvier, pour la première fois dans l’Histoire et hors les projections des années 1895/1905, le cinéma de Lumière retrouve le chemin des salles.
La sortie de Lumière ! L’aventure commence est un événement considérable.
Avec « des » films Lumière, Thierry Frémaux a composé « un » film Lumière. La restauration 4k révèle de somptueux trésors. La beauté de ces films est stupéfiante et, enchantés par la musique de Camille Saint-Saëns, ils offrent des sentiments inoubliables aux spectateurs, entre drôlerie et émotion.
Lumière ! L’aventure commence a été produit par l’Institut Lumière et sa distribution est assurée par la société Ad Vitam, réputée pour son goût et son engagement, avec à sa tête une équipe de jeunes cinéphiles habitués aux meilleurs auteurs mondiaux (Bellocchio, Hou Hsiao-hsien, Jia Zhangke). De nombreuses salles l’accueillent, les salles d’art et essai comme les grands réseaux. Il sortira à Paris, dans de nombreuses villes de France, et à Lyon, au CNP Terreaux (récemment devenu, belle coïncidence, le Lumière Terreaux), à l’UGC Ciné Cité Confluence et au Pathé Bellecour.
À l’étranger, où Wild Bunch assure les ventes, près d’une vingtaine de pays ont déjà acheté le film et le sortiront en 2017.
C’est un grand aboutissement pour tous les amoureux du cinéma de Lumière, pour toute l’équipe de l’Institut, pour moi qui ai le privilège de le présider depuis ses débuts et pour Bernard Chardère qui en assura le lancement et fut le biographe des Lumière.
Après avoir rencontré, lors des avant-premières de Lyon, Cannes, Paris, Orléans, Grenoble, ses premiers spectateurs, Lumière ! a fait vendredi dernier l’ouverture du festival d’Angers. Le miracle s’est opéré à nouveau, comme nous le constatons depuis les premières projections de presse. De nombreux messages nous parviennent. Vous le verrez, vous le lirez, les critiques sont unanimes.
Le 28 décembre 1895, il y avait 33 spectateurs lors de la première séance au Salon Indien du Grand Café. À partir de mercredi, chaque séance sera historique, chaque projection rappellera la beauté d’un cinéma oublié.
Avec toute l’équipe de l’Institut Lumière, avec celle d’Ad Vitam et avec toutes les salles qui nous font l’amitié de nous accueillir, nous espérons que vous serez nombreux à venir retrouver ceux à qui nous devons LE CINEMA !
Merci à tous,
Bertrand TAVERNIER
Président de l’Institut Lumière»
Bertrand Tavernier a aussi cette belle formule : « Ils ont offert le monde au monde »
Il me parait indispensable d’aller voir ce film qui raconte l’Histoire et montre l’Histoire.

Mercredi 15 février 2017

Mercredi 15 février 2017
«La sieste en entreprise, c’est pour quand ?»
Marina Al Rubaee
Ce n’est pas un journal de la gauche bobo, de cette partie de l’échiquier politique qui perpétuellement en appelle à la fainéantise (35h, maintenant 32h, retraite à 60 ans) s’éloigne de la société du travail (revenu universel) qui pose cette question mais un journal de droite : Le Figaro. Et pour être plus précis, le magazine Figaro madame : <La sieste en-entreprise c’est pour quand ?>
Que raconte cet article ?
«Si tout le monde en rêve, le sujet de la sieste en entreprise reste tabou. Pourtant, les bénéfices sont réels.
Vous n’avez plus une minute à vous : vous courez tout le temps, à devoir tout gérer. Résultat, vous êtes sur les rotules, à bout de souffle en fin de journée. Une petite sieste vous aurait été profitable pour faire une pause et recharger les batteries. Malheureusement, cette pratique n’est culturellement pas admise en France alors qu’elle est pratiquée au Japon, en Espagne et même inscrite dans la constitution chinoise. «En France, on la concède volontiers aux enfants et aux personnes âgées. Mais pour les actifs, la fatigue semble ne pas exister. Pourtant, elles est bien réelle chez de nombreux collaborateurs», observe Guirec Gombert, content manager au sein de RegionsJob. En effet, la sieste aujourd’hui, plus qu’une tendance, est devenue une nécessité.
Selon une étude commandée en juin 2016 à OpinionWay par Eve Sleep, une start-up fabricant des matelas, 80% des Français ressentent de la fatigue en journée de façon occasionnelle au travail. 72% des sondés en perçoivent les effets négatifs : augmentation du stress, perte d’attention et de la productivité. Pour 49% d’entre eux, la sieste resterait le meilleur moyen d’y remédier. Certains, de peur d’être mal perçus, la pratiqueraient en catimini (voiture, toilettes…). Un phénomène de société bien réel sur lequel les entreprises continuent à faire la sourde oreille. «Ce besoin de repos est encore perçu comme de la fainéantise. En termes de bien-être au travail, les entreprises pensent à mettre en place des crèches d’entreprise, des salles de « convivialité » ou favorisent le sport mais oublient la sieste», analyse Guirec Gombert. Selon une autre étude du cabinet Robert Half (2014), 36 % des entreprises françaises trouvent cette idée «farfelue». Cependant, 47% des chefs d’entreprise pensent que c’est «envisageable». Sans forcément passer le cap.
Pourtant, la vertu de la sieste est avérée. Selon la Nasa, 20 minutes de sieste amélioreraient de 35% la productivité au travail. Toujours selon l’étude Opinion Way, seules 12% des entreprises y sont favorables. Certaines ont franchi le pas. C’est le cas de Renault. Depuis plus d’un an, le fabricant d’automobiles teste une salle de repos dans une annexe de son site de Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine). Les 1200 salariés peuvent ainsi accéder aux sept cabines dernier cri dédiées à la sieste (entre dix et vingt minutes). La fréquentation du lieu est passée de 40 à 60 personnes par jour, avec des pics de fréquentation situés entre 11 heures et 15 heures. Danone France s’y est mis aussi. Mais, les deux sociétés s’abstiennent de communiquer sur ce sujet.
Léa Nature, PME de produits bio, propose aussi ce service à ses 450 salariés en mettant à leur disposition une salle «zen» avec transats, matelas, lumière tamisée et musique douce. «Il est généralement plus facile d’instaurer cette pratique dans des PME et des start-up que dans les grands groupes dans lesquels les rapports hiérarchiques sont davantage marqués», poursuit Guirec Gombert. Pour preuve, chez Orange, à Meylan (Isère), il aura fallu l’intervention d’un médecin du travail pour créer un «espace calme».
Des start-up surfent sur la vague comme Nap Concept qui milite pour démocratiser le petit roupillon en entreprise ou Nap&Up qui loue des espaces de micro-sieste «clé en main». Des «bars à sieste» fleurissent également autour des quartiers d’affaires : ZZZen à Paris, My Cup of time à Lyon, Au petit répit d’Isana à Belfort… un petit «dodo» accessible pour un prix allant de 5 à 27 euros. Si tout le monde reconnaît les vertus indéniables de la sieste, l’idée mettra encore un peu de temps à faire son chemin.»
La fin me rassure, le Figaro est bien un journal de droite, car la conclusion permet d’entrevoir la marchandisation de la sieste, donc c’est une idée qui peut avoir vocation à prospérer.
Modestement j’avais proposé cette idée à mon chef alors que je venais de débuter dans l’administration centrale de la DGI dans la fin des années 80. Mon chef ne m’avait pas répondu et avait simplement levé les yeux au ciel, pour celles et ceux qui ont vécu cette époque avec moi, il s’agissait de Michel Gusthiot.
Pourtant je continue à prétendre que cette idée est bonne, d’autant plus que le monde du travail notamment dans l’administration vieillit. (Dans les entreprises a priori aussi, mais dans ce monde là on les vire et on crée des seniors chômeurs)

Mardi 14/02/2017

Mardi 14/02/2017
« Le jour où quelqu’un vous aime, il fait très beau »
Jean Gabin
C’est le jour de la Saint Valentin. Je me souviens avec émotion le jour où j’ai entendu pour la première fois ce texte, j’étais bien jeune alors : 16 ans.
Aujourd’hui plus près de l’âge de Jean Gabin de l’époque, je reste sensible à ce poème particulièrement à la phrase d’exergue et aussi cette belle vérité : «On oublie tant de soirs de tristesse, mais jamais un matin de tendresse !»
Quand j’étais gosse, haut comme trois pommes,
J’parlais bien fort pour être un homme
J’disais, JE SAIS, JE SAIS, JE SAIS, JE SAIS
C’était l’début, c’était l’printemps
Mais quand j’ai eu mes 18 ans
J’ai dit, JE SAIS, ça y est, cette fois JE SAIS
Et aujourd’hui, les jours où je m’retourne
J’regarde la terre où j’ai quand même fait les 100 pas
Et je n’sais toujours pas comment elle tourne !
Vers 25 ans, j’savais tout : l’amour, les roses, la vie, les sous
Tiens oui l’amour ! J’en avais fait tout le tour !
Et heureusement, comme les copains, j’avais pas mangé tout mon pain :
Au milieu de ma vie, j’ai encore appris.
C’que j’ai appris, ça tient en trois, quatre mots :
« Le jour où quelqu’un vous aime, il fait très beau,
j’peux pas mieux dire, il fait très beau !
C’est encore ce qui m’étonne dans la vie,
Moi qui suis à l’automne de ma vie
On oublie tant de soirs de tristesse
Mais jamais un matin de tendresse !
Toute ma jeunesse, j’ai voulu dire JE SAIS
Seulement, plus je cherchais, et puis moins j’ savais
Il y a 60 coups qui ont sonné à l’horloge
Je suis encore à ma fenêtre, je regarde, et j’m’interroge ?
Maintenant JE SAIS, JE SAIS QU’ON NE SAIT JAMAIS !
La vie, l’amour, l’argent, les amis et les roses
On ne sait jamais le bruit ni la couleur des choses
C’est tout c’que j’sais ! Mais ça, j’le SAIS… !

Lundi 13/02/2017

Lundi 13/02/2017
« La liberté de penser, la liberté d’opinion, […] n’existent pas seulement pour satisfaire le désir de la connaissance individuelle, le bien-être intellectuel de chaque citoyen. […] Elles [existent]  aussi parce que ces libertés sont consubstantielles à l’existence d’une société démocratique »
François Sureau devant le Conseil Constitutionnel
J’ai déjà cité plusieurs fois, sans jamais en faire l’exergue d’un mot du jour, cette sentence de Benjamin Franklin, l’un des Pères fondateurs des États-Unis (1706-1790) : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux.»
Nous sommes dans les pays occidentaux et particulièrement en France, dans cette dérive, cette faiblesse, cette lâcheté.
Heureusement il existe des contre-pouvoirs comme le conseil constitutionnel et des défenseurs de la liberté comme Maître François Sureau qui est intervenu comme avocat de la Ligue des droits de l’homme
Le texte qui avait été porté devant le Conseil Constitutionnel était l’article 412-2-5-2 du code pénal, créé par la loi du 3 juin 2016 «renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement», et  punissait «de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende» le fait de «consulter habituellement un service de communication au public en ligne mettant à disposition des messages, images ou représentations soit provoquant directement à la commission d’actes de terrorisme, soit faisant l’apologie de ces actes».
Et voici cette remarquable plaidoirie de Maître François Sureau que je vous engage vraiment à lire  :
« Le 20 avril 1794, le comité de salut public institua à Orange, département du Vaucluse, une commission populaire de trois membres, sorte de tribunal révolutionnaire destiné à juger les ennemis du peuple trouvés dans ces régions reculées. A peine installé, son président, Fauvety, entreprit de dénoncer à Robespierre son premier assesseur, un nommé Meilleret. On trouve cette lettre aux archives et l’on peut y lire : « Meilleret ne vaut rien comme juge, il lui faut des preuves ».
Remplacez le mot de preuves par celui d’intention, au moins dans le sens où le droit criminel l’entend depuis cinq siècles, et vous aurez à peu près l’affaire que vous avez à juger aujourd’hui. […]
C’est à ma connaissance la première fois en France qu’une démarche purement cognitive fait naître la présomption d’une intention criminelle. Le délit d’éventuelle intention terroriste dont on parle ici repose sur une double supposition. D’une part, la supposition d’un endoctrinement « radical », comme on le dit aujourd’hui ; d’autre part, la supposition que cet endoctrinement est susceptible par nature de déboucher sur un projet terroriste effectif. La notion d’acte préparatoire devient liquide, nébuleuse, subjective, et recule dans le temps. […]
Je le dis avec gravité : même l’inquisition de Bernardo Gui n’est pas allée aussi loin. Elle se fondait également sur le for interne, mais celui-ci n’était pas supposé, et sûrement pas d’aussi loin. Il fallait qu’il se soit vu traduit par des prises de position hérétiques explicites. Et d’autre part, il fallait que des manifestations tangibles de l’option hérétique aient pu être relevées par les inquisiteurs. En sens inverse, il pouvait suffire d’abjurer l’expression publique de l’opinion émise pour échapper aux poursuites.
[…], le premier ministre parlant de la « première extériorisation d’une participation active à un endoctrinement terroriste » que manifesterait la consultation. Passons sur ce langage étrange, qui cache quelque chose d’assez simple. Aucune opinion n’est demandée pour poursuivre. La simple démarche intellectuelle suffit. La consultation seule. Nous avons à l’évidence passé les bornes du raisonnable. Cette guerre de perpétuelles surprises que fut, selon Marc Bloch dont je reprends ici les termes, celle de 1940, il jugeait, avant même d’entrer en résistance, que les Français l’avaient perdue par incuriosité intellectuelle. […]
En réalité, l’incrimination en question a pour effet direct et nécessaire, et je ne parle même pas ici des chercheurs, ou des journalistes, d’empêcher radicalement, si vous me passez cet adverbe fâcheux, le citoyen d’une démocratie de se former une opinion justifiée sur l’une des menaces les plus graves qui pèsent sur notre société, sur sa nature et sur ses formes. […] C’est un pan entier de la liberté de penser qui passe tout d’un coup dans l’ombre policière et répressive. Et l’on peut penser que ce naufrage est d’autant plus regrettable qu’il s’agit de combattre un fléau politique, culturel et social.
C’est là-dessus que je voudrais en finir avec le droit, par mon troisième point. Je m’en voudrais de vous infliger un cours de philosophie politique, mais je ne détesterais pas que les grands principes pussent, à cette occasion être rappelés au gouvernement.
La liberté de penser, la liberté d’opinion, et je n’aurai pas l’outrecuidance de citer la foule des grands auteurs, n’existent pas seulement pour satisfaire le désir de la connaissance individuelle, le bien-être intellectuel de chaque citoyen. Elles ne sont pas protégées seulement à ce titre par la déclaration que vous avez mandat d’appliquer. Elles le sont aussi parce que ces libertés sont consubstantielles à l’existence d’une société démocratique, dont le premier devoir de l’Etat est de garantir le perfectionnement incessant. C’est l’éducation de l’homme à la raison politique de Kant. Et c’est ce devoir que l’Etat méconnaît ici, ruinant, sous prétexte de sécurité immédiate, ce mouvement même de la connaissance et du choix à la fin, est seul susceptible de protéger notre société du péril qui la menace. Ce n’est pas en ôtant du cerveau du citoyen, selon le mot de Tocqueville, le trouble de penser, qu’on peut espérer triompher de ceux qui précisément veulent qu’on ne pense pas. Cette question est aussi vieille que la démocratie elle-même.
Tous les auteurs l’ont vue, qu’ils se soient intéressés davantage à la liberté d’opinion ou à la qualité de la répression pénale. Tous les auteurs l’ont vue, sauf notre législateur. Comme s’il ne s’agissait pas de questions anciennes, et qu’il fallût à chaque fois réinventer le monde pour la satisfaction politique, électorale, ou d’opinion de la génération présente. Prenez Beccaria par exemple, dans son traité : « La vraie mesure des crimes est le tort qu’ils font à la nation et non l’intention du coupable (…). Celle-ci dépend des impressions causées par les objets présents et de la disposition précédente de l’âme, lesquelles varient chez tous les hommes et dans chacun d’eux selon la succession rapide des idées, des passions et des circonstances. Il serait donc alors nécessaire de rédiger un code particulier pour chaque citoyen et de nouvelles lois pour chaque crime ». Tout est dit. Il suffisait d’ouvrir les vieux livres et de réfléchir un peu.
Et devant tout cela, vous ne pourrez que constater l’indigence de la défense du gouvernement. Je ne vois pas qu’en matière de liberté de pensée, de garanties individuelles ou de formation du citoyen libre, l’on puisse remettre toute notre tradition à la discrétion d’un policier ni même d’un juge, sous prétexte de bonne foi. Et je ne vois pas non plus comment on pourrait sauver ce texte par la notion de « consultation habituelle ». Il y a des esprits lents qui ont besoin et j’en fais partie, d’y revenir longtemps pour comprendre. Tout cela n’est pas le moins du monde sérieux.
J’en viens à présent au contexte, c’est-à-dire aux excuses qu’on se donne. Car je sais bien ce qu’on dira, ce que le gouvernement dira, ce que la police dira : « Voilà bien des grands mots, et les temps sont si difficiles ». C’est une chanson souvent entendue et qui sert depuis quelques années à faire passer toutes les atteintes aux libertés : une réforme pénale par an, l’état d’urgence maintenu jusqu’à on ne sait quand, mettant notre genre de vie, pour employer un euphémisme, à la merci du moindre attentat.
Mais si les temps sont difficiles, ce que personne ne conteste, les principes dont je parle ne sont pas réductibles à […] de grands mots. Il y va de ce que nous sommes, si nous ne voulons pas finir, une loi après l’autre, par ressembler à cette Russie dont parlait Custine en disant : « J’ai senti au fond de cet exercice une volonté de fer employée à faux, et qui opprime les hommes pour se venger de ne pouvoir vaincre les choses ». Et le soupçon peut, en effet, nous traverser l’esprit qu’il est plus facile de plaire à tout le monde en passant des lois excessives qu’en réformant la police pour la rendre mieux adaptée aux nécessités de l’heure.
Les temps sont difficiles bien sûr, mais ceux de nos grands ancêtres ne l’étaient pas moins. L’idée informulée des gouvernements et des législateurs contemporains, c’est que les principes ne valent que par temps calme. C’est à l’évidence le contraire qui est vrai, et là-dessus nos prédécesseurs ne se trompaient pas. Quand Beccaria écrivait son traité célèbre dont j’ai cité tout à l’heure un passage, on ne pouvait pas traverser la forêt de Bondy sans escorte armée. Et quand, à l’inverse, le parlement meurtri par la bombe de Vaillant a fait voter des dispositions analogues dans leur nature à celles dont vous êtes saisis aujourd’hui, il a aussitôt subi l’opprobre d’avoir édicté ce que les historiens appelle encore aujourd’hui des « lois scélérates », qualificatif infamant qui dure. […]
Non, rien n’a changé. Les temps, au fond, sont toujours difficiles pour ceux qui n’aiment pas la liberté. La tristesse de ce temps ne tient pas seulement à ce climat de violence civile […] pour notre génération de citoyens. Il tient aussi à l’évidente fragilité des grands principes dans notre conscience même. Il tient à la fréquence avec laquelle il nous faut désormais rappeler ces évidences qui renferment en elles-mêmes une part de notre honneur collectif.
Les gouvernements ont cédé. Les parlements ont cédé. Personne je crois n’aurait pu, dans notre jeunesse nourrie des grands exemples et des drames du passé, imaginer qu’ils céderaient aussi facilement, par lâcheté, par inconséquence ou par calcul. Il est sûr que cela nous rendra moins sévères à l’égard de nos aînés, mais c’est une bien faible consolation.
Vous êtes, et je voudrais le dire au-delà même de l’émotion, les derniers gardiens de cet honneur et de nos libertés. Permettez-moi d’espérer que vous les défendrez encore, alors qu’elles cèdent un peu partout dans le monde et que personne, ce qui est aussi grave que le reste, ne semble en faire un drame.
Car ce qui est en jeu ici n’est pas seulement cette disposition particulière, mais cette disposition prise comme partie d’un mouvement qui s’étend et s’accélère partout, et qui chez nous a commencé voilà près de vingt ans. C’est ce mouvement lui-même qui est destructeur. « L’esclavage, disait Simone Weil dans l’un de ses derniers écrits, avilit l’homme jusqu’à s’en faire aimer ; la vérité, c’est que la liberté n’est précieuse qu’aux yeux de ceux qui la possèdent effectivement ». Par la médiocrité de son inspiration, par le vague de son contenu, la disposition en cause s’oppose à cette possession effective. Il est déjà infiniment surprenant, et infiniment triste, qu’elle soit arrivée jusqu’à vous. C’est la raison pour laquelle, au nom de la Ligue des droits de l’homme, je vous demande de la déclarer contraire à la Constitution.»
Le Conseil Constitutionnel a suivi Maître Sureau et é écrit notamment : « Il résulte de tout ce qui précède que les dispositions contestées portent une atteinte à l’exercice de la liberté de communication qui n’est pas nécessaire, adaptée et proportionnée. L’article 421-2-5-2 du code pénal doit donc, sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres griefs, être déclaré contraire à la Constitution. »
Vous trouverez sur Youtube cette plaidoirie : https://www.youtube.com/watch?v=i1u16BdE8tQ
Derrière ce lien sur le site du Conseil Constitutionnel vous verrez les différentes interventions pour éclairer la décision du Conseil :  http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/videos/2017/janvier/affaire-n-2016-611-qpc.148570.html
« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux.»
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Vendredi 10/02/2017

Vendredi 10/02/2017
«700.000 euros, c’est ce que la moitié d’une génération va gagner en une vie de travail»
Thomas Piketty
Un article de Slate reprend certains de ses propos et les rapproche de l’affaire Fillon : http://www.slate.fr/story/136709/700-000-euros-gagner-vie
«700.000 euros: c’est un montant autour duquel tourne l’affaire dans laquelle le couple Fillon est empêtré depuis les révélations du Canard enchaîné. Après s’être expliqué devant la presse lundi 6 février, le candidat de la droite à l’élection présidentielle a publié les montants que son épouse aurait touchés lorsqu’elle travaillait comme assistante parlementaire à son service. À raison de 3.700 euros net mensuels, Penelope Fillon aura donc touché, selon cette version, 680.000 euros pour le cumul des quinze ans de travail qu’elle aurait effectués au service de son mari député. Mais 700.000 euros, c’est aussi un montant proche de la propriété sarthoise de François Fillon, évaluée à 750.000 euros selon les documents publiés par le candidat.
Et 700.000 euros, c’est également le montant que touchera la moitié d’une génération pour une vie entière de travail. C’est l’économiste Thomas Piketty, spécialiste des inégalités et auteur d’un livre devenu célèbre sur le retour du patrimoine dans les sociétés occidentales, qui cite ce montant comme point de référence. Interviewé sur France Culture à l’occasion de la Nuit des idées le 26 janvier dernier, il a précisé pourquoi ce montant était important pour comprendre les inégalités sociales en France:
    «Il y a un indicateur que je calcule dans mes recherches et qui est assez parlant, c’est: quelle est la part d’une génération qui va recevoir en succession ou donation l’équivalent d’une vie au salaire minimum, ou si on prend un peu plus que le salaire minium, le revenu moyen gagné par leur travail par les 50% d’une génération qui gagnent le moins, donc c’est pas beaucoup au-dessus que le salaire minimum, c’est mettons 15.000 euros par an sur cinquante ans.»
On aboutit donc à un montant de 750.000 euros. «C’est un peu ce qu’a gagné Pénélope Fillon comme assistante parlementaire si j’ai bien compris», s’amusait l’économiste sur l’antenne de France Culture. Pourquoi cet indicateur est-il important? Parce qu’alors que le poids de l’héritage avait quasiment disparu dans l’après-Seconde guerre mondiale, avec environ 1% d’une génération qui touchait un tel montant, pour les générations des années 1970-1980, environ 15% va recevoir ce montant en succession, en faisant une classe de quasi-rentiers de fait:
    «Évidemment c’est un montant qui n’est pas suffisamment important pour s’arrêter complètement de travailler, et de fait les personnes en question vont sans doute faire de très belles études et gagner des salaires importants, mais en même temps c’est quand même autant que ce que 50% de cette même génération va gagner sur toute sa vie par son travail en étant serveur, caissière de supermarché, en faisant des boulots pas très rigolos.»
Une forme d’inégalité dérangeante, car ces moyens ou petits rentiers ne sont pas comparable au fameux –et unanimement décrié– 1% accusé de concentrer les richesses.
    «Aujourd’hui, il y a plus de moyen rentiers, et moins de très gros rentiers, analysait encore Piketty au micro de France Culture, et cette société des petits rentiers ou des moyens rentiers c’est une société qui est peut-être plus difficile encore à réguler politiquement que celle du XIXe siècle.» »

Jeudi 09/02/2017

«Le népotisme»
Mot utilisé dans l’actualité
Le terme a été emprunté en 1653 à l’italien nepotismo, lui-même dérivé de nepote qui signifie « neveu », par référence au favoritisme accordé par un pape à l’un de ses neveux par la cession indue de titres ecclésiastiques ou de donations réservés au Vatican.
Au Moyen Âge, le mot désigne normalement dans ce contexte, les enfants des frères et sœurs des ecclésiastiques. Mais souvent, par euphémisme, les mots « neveux » et « népotisme » désignaient aussi les propres enfants des ecclésiastiques. »
En politique, le népotisme est caractérisé par les faveurs qu’un homme ou une femme au pouvoir montre envers sa famille ou ses amis, sans considération du mérite ou de l’équité, de leurs aptitudes ou capacités.
Un mot du jour court aujourd’hui.
Il me semblait pertinent de rappeler la signification et l’origine de ce mot.
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Mercredi 8 février 2017

« La cinquième République »
(1958 – ?) Régime politique actuel de la France

Le régime politique de la France, voulu par le Général de Gaulle et mis en place par lui, est un régime singulier.

En effet, les constitutionnalistes distinguent deux types de démocraties libérales :

  • Le régime présidentiel ;
  • Le régime parlementaire ;

Le régime présidentiel par excellence est le système existant aux Etats-Unis. Les spécialistes parlent d’une séparation rigide des pouvoirs.

Le Président est élu et désigne son gouvernement avec lequel il forme l’exécutif. Les membres du gouvernement doivent cependant se soumettre à une procédure constitutionnelle d’approbation de leur nomination par le Sénat américain.

Evidemment les représentants et les sénateurs sont élus au suffrage direct et sont totalement indépendants du président.

Je veux dire que la notion « de majorité présidentielle » bien connue sous notre 5ème république constituerait une incongruité aux Etats-Unis.

La séparation est rigide parce que l’exécutif n’a aucun moyen de contraindre le législatif et réciproquement.

Ce qui signifie que pour faire des lois et des réformes fondamentales il faut que le Président et le législateur se mettent d’accord et fassent des compromis.

Cela fonctionne assez mal, Obama a dû faire énormément de concessions pour faire passer sa réforme de l’obamacare.

Le régime parlementaire qui est dominant en Europe et qui est aussi le régime du Japon procède essentiellement du parlement c’est-à-dire de l’élection de la chambre basse du Parlement.

Des partis ayant à leur tête un chef parfaitement identifié se présentent avec un programme devant les électeurs. Des députés des différents partis sont élus à la chambre. Si un seul parti a la majorité absolue, le chef de l’Etat qui est souvent un monarque mais qui peut être un Président sans réel pouvoir nomme, premier ministre, le chef du parti majoritaire et le tour est joué.

Si aucun parti n’obtient la majorité absolue, il nomme le chef du parti arrivé en tête avec pour mission de discuter avec les autres partis pour constituer une majorité parlementaire. Pratiquement, systématiquement les partis se mettent d’accord sur un programme gouvernemental. Le gouvernement est alors constitué et doit obtenir la confiance du Parlement.

On parle de séparation souple parce que le parlement peut renverser le gouvernement, le gouvernement pouvant aussi dissoudre le parlement pour de nouvelles élections.

Ce type de régime permet aussi de créer de grandes coalitions capables de réformer leur pays.

Rien de tel en France.

La 3ème République était parlementaire comme la 4ème. De Gaulle reprochait à ces régimes parlementaires en France d’être trop instables, il fallait changer tout le temps de gouvernement.

D’où ce régime hybride de la 5ème république qui est avant tout un régime parlementaire dans la mesure où le Parlement doit accorder sa confiance au gouvernement et peut le renverser et réciproquement le Parlement peut être dissous, mais dissous par le Président qui lui ne peut pas être renversé, ce qui crée une inégalité forte entre l’exécutif et le législatif.

Et puis d’autres incongruités existent.

Nous avons récemment beaucoup débattu du 49-3 avec lequel l’exécutif contraint, sous peine de dissolution, le parlement de se soumettre à la volonté du gouvernement. Il y a aussi l’article 16, mais passons…

Du temps du Général de Gaulle, il y avait deux choses fondamentales : Il était intègre et s’il fixait les grandes lignes politiques il laissait son premier ministre gouverner.

Et même une troisième : Régulièrement il proposait un référendum pour lequel il annonçait que si le peuple français montrait son désaccord avec la proposition qu’il lui soumettait, il démissionnerait.

Mes bons professeurs de Droit répétaient que cela transformait le référendum en plébiscite et que le plébiscite c’était le mal !

Dans le concept on devait certainement les suivre.

Mais en pratique, à cause du pouvoir exorbitant du Président de la République en France, cette respiration démocratique permettait au moins au peuple de révoquer le monarque présidentiel. Ce qu’il a fait en 1969 en disant « Non » à la réforme du Sénat et la création des Régions proposés par le Général de Gaulle.

Aujourd’hui, le référendum est tombé en désuétude, les trois derniers présidents n’ont jamais utilisé cette possibilité constitutionnelle.

Et depuis, le Général de Gaulle, aucun président qui a utilisé l’outil du référendum, n’a promis sa démission en cas de rejet !

Et puis, la 5ème république a été victime d’abord d’un putsch constitutionnel puis d’une trahison.

Le putsch constitutionnel a été réalisé par le général lui-même qui a révisé la constitution en ne respectant pas les règles permettant cette révision et il a imposé l’élection du Président au suffrage universel en passant directement par le référendum ce qui n’était pas prévu.

En tout cas ce changement a rapidement, après Pompidou en tout cas, rendu les hommes politiques français fous, ils voulaient tous devenir président.

Et puis, Jospin a trahi. Il a trahi la Gauche et Mendés-France parce que la Gauche est viscéralement attachée au régime parlementaire et n’aime pas l’homme providentiel.

Or Jospin a par deux réformes encore davantage éloigné la 5ème république de la logique d’un régime parlementaire.

La première réforme a été d’aligner la durée du mandat présidentiel sur celui des parlementaires : 5 ans.

Mais la vraie trahison est la deuxième mesure : contrairement à ce qui se serait passé s’il avait laissé faire les institutions, il a imposé que les élections présidentielles se fassent avant les élections législatives.

Et ainsi les élections législatives sont devenues l’accessoire de l’élection présidentielle.

C’est une immense bêtise.

Et maintenant on y a ajouté des primaires.

Alors prenons l’exemple de l’Allemagne ou de l’Angleterre ou de l’Italie…

Dans chacun de ces pays, les électeurs votent 1 fois et le parlement est élu puis par le processus normal un chancelier ou premier ministre est désigné et un gouvernement se met en place avec une coalition parlementaire. En un vote les électeurs créent les conditions suffisantes pour que la démocratie représentative fonctionne.

En France, pour un électeur de gauche ou de droite il faut 6 votes, parce qu’en plus la France a cette particularité du vote uninominal à deux tours, pour arriver à ce qu’il existe un pouvoir exécutif et un pouvoir législatif en état de marche, en passant par les primaires.

Pour celles et ceux qui sautent la primaire il faut quand même 4 votes pour un seul en Allemagne, en Angleterre etc…

Aux Etats Unis, il y a des primaires, mais à un tour pour chaque état et puis le même jour les américains élisent le Président et la moitié du Congrès. 2 ans plus tard l’autre moitié est renouvelée.

Ainsi François Fillon a été désigné par une primaire sur un programme très particulier qui lui est propre. Il l’a fait dans son coin avec quelques collaborateurs et probablement sa femme puisqu’elle participait sans cesse à son activité politique.

Mais voilà, s’il existe un problème qui conduirait à le remplacer, comment fait-on ?

On prend le second évidemment, mais le second n’a pas du tout le même programme. Cela ne va pas du tout.

Supposons qu’il arrive la même chose en Allemagne : Madame Merkel est empêchée. Pas de problème, la CDU désigne un autre, avec le même programme de la CDU, peut-être quelques nuances mais fondamentalement le même programme.

Et puis, si la CDU n’a pas la majorité elle discute avec d’autres même avec le SPD et ils font un panachage des deux programmes et le mettent en œuvre.

Avec le système d’élection débile à deux tours que nous avons, nous pensons que les thèses du président élus sont majoritaires : c’est totalement faux : en 2002 Chirac c’était moins de 20 % du corps électoral. On se souvient du second tour … Mais les français comme des moutons et avec le système électoral ont élu une assemblée conforme aux vœux du Président qui a gouverné avec les gens qui était d’accord avec lui au premier tour : 1/5ème de la France !

5 ans plus tard Sarkozy a fait beaucoup mieux 31,18% des voix. Mais il n’en reste pas moins qu’il s’agit de moins d’un tiers des électeurs. Valéry Giscard d’Estaing avait cette formule qu’il fallait que 2 français sur 3 soient d’accord avec la ligne politique du gouvernement.

Avec un tel système et une si petite portion de soutien, on ne peut pas réformer la France.

Et puis cela rend les candidats incroyablement égocentriques.

Vous avez lu cette exigence du candidat Macron ? :

«  tous les candidats investis s’engageront à défendre le plan de transformation proposé en signant le contrat avec la Nation évoqué par Emmanuel Macron. »

Bref, il n’y a qu’une tête pensante, les députés ne sont là que pour la suivre.

Et avec ce candidat il n’y a même pas de programme précis, celui qui veut devenir parlementaire doit signer un chèque en blanc.

Il y aurait encore tant de dérives à dénoncer qui proviennent directement de cette organisation bancale, n’existant nulle part ailleurs.

Mais les français sont des veaux, comme disait De Gaulle, ils ne veulent surtout pas changer l’élection du Président de la République au suffrage universel.

Au moins pourrait-on faire coïncider les élections présidentielles et législatives et restreindre la possibilité de dissoudre l’Assemblée.

En tout cas le Président de la République joue un rôle trop important, du point de vue organisationnel, dans notre pays et nous ne trouverons plus des femmes ou des hommes capables de faire de cette fonction, telle qu’elle existe actuellement, quelque chose de positif pour la France.

C’est ma conviction !

<833>

Mardi 7 février 2017

« Il y a une chose plus terrible que la calomnie, c’est la vérité. »
Talleyrand  [1754-1838]

Donc François Fillon continue à se défendre en plaçant son affaire sur le seul plan de la légalité. Il sait qu’il sera très compliqué de prouver, au niveau pénal, que l’emploi de son épouse était fictif.

Il a une explication étonnante pour justifier le montant des rémunérations : les diplômes de sa femme. Les surdiplômés qui peinent à trouver un emploi bien rémunéré seront ravis d’apprendre que ce n’est pas normal.

Les étudiants stagiaires seront ravis d’apprendre le montant des rémunérations versés par Papa Fillon à ses enfants sur des deniers publics.

C’est la loi ? mais ce sont les députés qui font la Loi, et les députés se doivent donc d’être exemplaires.

Et puis il y a les rémunérations à la revue des deux Mondes. Je vous invite à écouter l’assemblée de centristes réunis par Philippe Meyer commenter cette affaire et particulièrement La revue des deux Mondes : https://www.franceculture.fr/emissions/lesprit-public/laffaire-fillon-le-candidat-benoit-hamon

Philippe Meyer nous apprend que les auteurs prestigieux qui écrivent dans la Revue des deux Mondes, le font gratuitement et a des mots très durs sur le rôle trouble du propriétaire de ce journal.

Et puis nous savons que brusquement François Fillon a arrêté de rémunérer son épouse. Coïncidence ? Il l’a fait juste au moment de la mise en place de la Loi sur la transparence publique qui a suivi l’affaire Cahuzac.

Est-ce que quelqu’un peut croire qu’il l’a fait parce qu’il venait de se rendre compte que c’était choquant ?

On a du mal à le croire puisque le Canard enchaîné a rappelé qu’« A la suite de l’affaire Cahuzac, François Hollande annonce le 10 avril 2013, un projet  de loi sur la transparence de la vie publique. Qui se précipite dans les studios de télé pour le critiquer avec véhémence ? François Fillon. Le député de Paris explique au 20 heures de France 2 qu’ »il n’y a pas besoin de projet de loi (…). Je récuse l’idée que les hommes politiques soient tous corrompus » Sur iTélé, il ajoute : « Je suis scandalisé que le gouvernement parle de loi de moralisation. Comme si la vie politique était immorale. Moi, je n’ai rien à cacher. Je ne voterai pas ce texte parce qu’il n’a aucun intérêt ». »

Sur ce point il a tenu parole, il n’a pas voté le texte.

Et évidemment il accuse tout le monde, les officines, les médias, le gouvernement…

Pour finir je vous montre une collection de tweets que cet homme a réalisé depuis quelques années :

De la calomnie ?

Non la vérité : Faites ce que je vous dis, pas ce que je fais….

S’il parvient à se maintenir et à se retrouver au second tour contre Marine Le Pen, je pense qu’il sera battu.

Et s’il était quand même élu, il n’aura aucune légitimité de faire les réformes qu’il annonce, il sera rapidement plus impopulaire que François Hollande.

<832>

Lundi 06/02/2017

Lundi 06/02/2017
« Why Is France So Corrupt ? »
«Pourquoi la France est-elle si corrompue ?»
Robert Zaretsky journaliste du Foreign Policy
Foreign Policy est un bimestriel américain qui s’exprime sur les questions essentielles de la politique étrangère américaine. Le titre appartient à la Graham Holdings Company, ancien groupe du Washington Post, qui possède aussi le site Slate.
Impossible de ne pas parler de l’affaire qui touche le candidat favori jusque là de l’élection présidentielle de mai. Personne ne saurait se réjouir de cette affaire qui affaiblit la France et affaiblit de débat politique.
C’est extrêmement préoccupant.
Ce qui me semble le plus pertinent c’est de sortir du bain hexagonal et de lire ou d’écouter ce que disent des journaux étrangers.
Ainsi, le magazine américain Foreign Policy estime que la corruption est ancrée dans la Ve République. Il reprend la phrase : “Qui imagine le Général de Gaulle mis en examen ?” lancée par François Fillon au mois d’août 2016 en référence à son rival Nicolas Sarkozy et ajoute : Maintenant que les enquêteurs financiers ont entamé leurs recherches sur l’affaire Fillon, le Général semble plus seul que jamais.”
“La France n’est pas un pays particulièrement corrompu au sens large, écrit-il, mais c’est un cas atypique en Occident.” En effet, d’après le classement 2016 de Transparency International sur la corruption, la France est classée 23e sur 170, juste derrière l’Estonie. Ce qui aggrave ce constat, c’est que la corruption française concerne avant tout ses élites : elle ne vient pas de ses policiers demandant des petits pots-de-vin ou d’entreprises achetant des bureaucrates. Au lieu de ça, grâce au système très français de monarchie républicaine, la corruption en France implique des sommes considérables et se déroule au plus haut sommet du pouvoir.”
Pour le magazine américain, la raison de cette corruption des élites est due à l’exemple donné par le sommet de cette pyramide et aux fondements de la Ve République. “Le président, par principe, n’a pas à répondre de ses actes face au Parlement : il règne et ses ministres gouvernent à peine.” Et si de Gaulle avait montré l’exemple par “son autorité personnelle et son incorruptibilité”, ses successeurs ont conservé le principe de règne mais “ont saccagé l’incorruptibilité”, constate Foreign Policy. Et la revue de citer une série de scandales présidentiels français, des diamants de Bokassa au “kaléidoscope d’affaires judiciaires entourant Sarkozy”.
Un remède bien timide
Foreign Policy reconnaît tout de même un début d’effort en France pour “remédier à ce problème” grâce à la loi Sapin 2, adoptée en 2014 et relative à la transparence et la lutte contre la corruption. Si elle va dans le bon sens, admet la revue américaine, “la majeure partie de cette loi vise des cibles bien en dessous de l’Élysée”.
Et le magazine de conclure que, si la campagne pour la présidentielle est plus indécise que jamais en France, “une chose apparaît clairement : grâce au Penelopegate, une vieille tradition française semble destinée à se perpétuer.”
Vous trouverez ces extraits de l’article sur le site du Courrier international : http://www.courrierinternational.com/article/vu-des-etats-unis-pourquoi-la-france-est-si-corrompue

<L’article original est ici>

Libération a publié <ICI> un article où sont cités d’autres journaux étrangers qui parle de cette affaire :
L’Orient le Jour (Liban). Pour le quotidien, l’affaire pourrait «finir façon Dominique Strauss-Kahn en 2012 ou façon Lionel Jospin en 2002». Peu confiant sur l’avenir politique de l’ancien Premier ministre, l’Orient le Jour souligne le climat de défiance dans lequel survient cette affaire. François Fillon s’est distingué de ses adversaires en faisant valoir sa probité. «Son « qui imagine le général de Gaulle mis en examen ? »» avait marqué les esprits et «est resté dans toutes les têtes», écrit le journal, qui ajoute que «sur le plan moral, le PenelopeGate semble difficilement défendable».
The Independent (Royaume-Uni). La corruption «is busines as usual» («la routine habituelle») dans la vie politique française. C’est la conclusion que tire The Independent. Le quotidien en ligne britannique rappelle l’affaire des emplois fictifs de Jacques Chirac et s’étonne qu’«Alain Juppé était un candidat extrêmement populaire malgré le fait qu’il ait été condamné». Et de dérouler une liste non exhaustive des politiciens français et d’affaires. «Le fait est que l’enrichissement personnel s’est institutionnalisé», analyse le média. Sans concession.
Le Temps (Suisse). Selon le quotidien genevois, l’affaire révèle le rapport difficile qu’entretient «la droite française avec la justice». L’affaire Bygmalion ou l’utilisation des fonds secrets par Claude Guéant alors ministre de l’Intérieur en sont des exemples. Le Temps souligne aussi la solitude dans laquelle se retrouve François Fillon. D’autant que «la plupart des ténors du camp conservateur n’ont pas digéré sa victoire». La tempête médiatique dans laquelle Fillon a «rouvert la foire aux ambitions» à droite.
La Libre Belgique. Pour le quotidien, François Bayrou pourrait remplacer François Fillon, «mais pas encore», titre-t-il. La Libre Belgique s’appuie sur l’interview télévisée du président du Modem, où il déclarait vouloir «faire ce qu’il faut pour que la France s’en sorte». Pour le journal belge, «la porte Fillon est fermée», mais il reste «l’hypothèse Emmanuel Macron».
Die Zeit (Allemagne). L’hebdomadaire allemand relate les déboires du «M. Propre» français. Die Zeit continue en assénant entre autres que «pour beaucoup, Penelope Fillon était déjà vue comme la future première dame : elle apparaissait non pas comme une collaboratrice politique mais comme une épouse sage et traditionnelle, qui s’occupe des enfants et des chevaux, sans rapport avec la politique». Pour ce média, c’est une affaire qui ne tombe pas au très bon moment : «Cette semaine, il voulait briller sur la scène internationale, en rendant visite à la chancelière allemande Angela Merkel à Berlin et en demandant la fin des sanctions contre la Russie. Mais soudainement, on ne lui pose plus que cette unique question : qu’a fabriqué son épouse pendant toutes ces années ?»
The New York Times (Etats-Unis). Le journal annonce d’entrée la couleur avec son titre : «Le scandale Fillon incrimine avant tout l’ensemble de l’élite politique française». Avant d’attaquer : «Le président de l’Assemblée nationale le fait, le président du Sénat le revendique, des douzaines de parlementaires le font également. Embaucher son épouse, sa sœur ou son enfant au Parlement français est parfaitement légal.» Et de poursuivre en constatant que «beaucoup de politiciens français se demandent donc où est le problème». Selon lui, la réponse qui serait revenue dans un «rugissement populo-médiatique» est tout simplement qu’«ils [les hommes politiques français, ndlr] ne peuvent pas comprendre». De plus, le journaliste considère la volonté de François Fillon de rester en course comme une preuve que «la classe politique française a progressivement été gangrenée et que qu’aucun de ses remplaçants potentiels n’est blanc comme neige».
Je tenterai quand même une réponse à cette question «Pourquoi la France est-elle si corrompue ?». Parce que nous, les français, le tolérons. Jacques Mellick ou Patrick Balkany ont été condamnés par la Justice pourtant un corps électoral les a réélus. Chose inimaginable dans un pays nordique ou même l’Allemagne.

Vendredi 03/02/2017

Vendredi 03/02/2017
«Manterrupting»
Tendance masculine à interrompre la parole féminine
Dans la continuité du mot du jour d’hier où certains milieux religieux défendaient cette idée, étonnante dans le monde tel qu’il est, qu’il y aurait un manque de testostérone dans les relations sociales, je partage avec vous ce nouveau concept qui nous vient des Etats-Unis.
Dans <cet article de France Info> vous trouverez une video qui montre ce que signifie concrètement ce terme.
Pour faire court, il s’agit de cette tendance qu’auraient plusieurs hommes à couper systématiquement la parole aux femmes lors de réunions publiques ou débats. Les féministes américaines se sont penchées sur le phénomène et lui ont donné un nom : le «manterrupting», une contraction des mots «man» et «interrupting».
Dans le milieu du cinéma, en entreprise comme en politique, nombreuses sont les femmes restant silencieuses, agacées de se voir couper la parole. Parfois, certains hommes vont jusqu’à se réapproprier les propos de leur interlocutrice, ou essayer de leur expliquer ce qu’elle pense. Un phénomène nommé « mansplaining », ou « mecsplication » en français.
Mais à la Maison Blanche, sous Obama bien sûr,  une ancienne employée a expliqué au Washington Post que les femmes se sont alliées pacifiquement et ont commencé à utiliser une technique rhétorique simple pour stopper les interruptions incessantes et renforcer les idées formulées par d’autres femmes lors de la réunion quotidienne de 7h30 dans le bureau ovale.
Celle-ci se présente sous la forme suivante : lorsqu’une femme propose une idée ou un argument, une autre femme doit la répéter, et donner du crédit à la personne (une femme en l’occurrence) qui l’a prononcé. Cela rend l’idée plus difficile à ignorer, ou même à voler. Elles ont appelé cette technique « l’amplification », qui se rapproche étroitement de l’anaphore (répéter le même mot au commencement de plusieurs phrases).
« Nous avons commencé à l’appliquer et en avons fait un objectif à tenir » a raconté au Post l’une des anciennes conseillères du président Barack Obama. « C’était devenu une habitude journalière. » Et les résultats ne se sont pas fait attendre : elle a ajouté qu’Obama a davantage prêté attention et a commencé à solliciter les femmes plus souvent.
Les femmes, peut-être inconsciemment, avaient remarqué deux choses. Tout d’abord, que la répétition est l’une des façons les plus simples de renforcer tout point de vue, ce qui peut être vérifié dans l’histoire à travers l’art oratoire et la poésie. Mais d’autre part, que marteler simplement une même idée en la répétant soi-même a ses limites, surtout dans un environnement concurrentiel où tout le monde réclame d’être entendu. Certains chercheurs ont émis l’hypothèse que les femmes sont plus interrompues parce que leur style de conversation a tendance à être collaboratif, là où les hommes ont tendance à être plus compétitifs.
Ce qu’il y a d’utile avec un concept c’est qu’une fois qu’on le connaît on comprend plus facilement et on sait plus facilement analysé un phénomène que l’on perçoit, qui nous met mal à l’aise et surlequel jusque là on n’a pas su mettre des mots.
Observez votre milieu professionnel ou familial à travers ce concept de «manterrupting» et vous verrez son degré de prégnance.