Jeudi 9 octobre 2014

Jeudi 9 octobre 2014
« La Bourgeoisie d’Etat »
Arnaud Montebourg
Le sujet de ce mot du jour est un article du Monde de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin consacré au couple Jouyet : Jean-Pierre Jouyet et son épouse Brigitte Taittinger issue de la famille champenoise célèbre dans le monde entier.
Pour l’introduire j’ai pensé que le propos rapporté d’Arnaud Montebourg était le plus approprié.
J’aurais pu utiliser certaines phrases de cet article plus polémique, par exemple quand Jean-Pierre Jouyet dit : « L’Etat est bon employeur. Il m’a désormais offert tout ce qu’un fils de notaire provincial peut désirer. »
Cet article qui rapporte des faits et des comportements, des amitiés et des connivences, des trahisons et des réconciliations, provoque chez le citoyen de base que je suis comme un malaise.
Le fait que l’élite, quel que soit son bord politique, discute entre elle peut paraître plutôt positif. « Chez les Jouyet, les soirs d’élections, que la gauche ou la droite l’emporte, on trouve toujours une moitié de convives pour fêter la victoire au champagne rosé… Taittinger. »
Mais il y a autre chose qui se dégage, un entre soi, un groupe homogène qui vit comme en autarcie.
Ils n’ont pas l’air méchant, plutôt affable et sympathique.
Mais vivent-ils ou ont-ils le sentiment de vivre un destin commun avec les français que nous sommes ?
Ou vivent-ils ailleurs ?
Le mot du jour du 18 juin 2013 était cette réflexion de Peter Gumbel, un anglais qui a écrit le livre «Elite Academy» Enquête sur la France malade de ses grandes écoles  «Le bassin dans lequel on pêche l’élite française est minuscule»

Mercredi 8 octobre 2014

Mercredi 8 octobre 2014
« Déjà vous n’êtes plus qu’un nom d’or sur nos places »
Louis Aragon extrait du Roman inachevé
en souvenir des soldats de la Grande Guerre
Notre ami Fabien, le gardien des hypothèques de Trévoux, m’a incité par deux fois à présenter ce poème d’Aragon.
Depuis le retour des congés je n’ai plus évoqué la guerre de 14-18.
En septembre 1914, deux grands écrivains sont morts au front :

Charles Peguy est mort le 5 septembre 1914

Alain-Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes, est mort le 22 septembre 1914

Les premières semaines de la guerre fut un massacre, particulièrement pour l’armée française.
Outre les pantalons rouges, la stratégie voulue par Joffre de l’offensive à outrance a envoyé des milliers de soldats à la mort, sans aucun résultat stratégique ou même tactique.
Ainsi le 22 aout 1914 fut le jour le plus sanglant pour l’armée française, 27 000 morts cette seule journée. Que peut dire un tel chiffre ? Que selon le recensement de 2006, cela représente la population d’Aix les Bains ou de Cachan ou de Vanves ou de Biarritz. Voilà ce que veut dire 27 000 morts en une journée.
Avec cela, l’Etat-major français et particulièrement Joffre n’avait pas confiance dans le patriotisme des soldats. C’est pourquoi après la défaite de Charleroi et l’échec de la Bataille des frontières, deux décrets du 2 août et du 6 septembre 1914 furent promulgués qui instituaient des Conseils de guerre spéciaux, avec une procédure simplifiée et expéditive.
Contrairement à ce que l’on pense ce n’est pas en 1917 qu’il y eut le plus de fusillés mais au début de la guerre.
Pendant la Première Guerre mondiale, en France 2 400 « poilus » auront été condamnés à mort et 740 fusillés pour l’exemple. Le pic le plus haut se situe de septembre 1914 à octobre 1915 avec 421 exécutions, soit 63% du total de la guerre.
Un livre a été consacré à ces fusillés pour l’exemple un ouvrage inédit présente la biographie de 740 soldats fusillés durant la Grande Guerre.  «http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20130903.AFP4081/les-fusilles-de-la-grande-guerre-ont-desormais-un-nom.html
L’armée française fusillera beaucoup plus que les armées allemandes ou britanniques.
Mais revenons plutôt à Aragon :
Tu n’en reviendras pas toi qui courais les filles
Jeune homme dont j’ai vu battre le cœur à nu
Quand j’ai déchiré ta chemise et toi non plus
Tu n’en reviendras pas vieux joueur de manille
Qu’un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu’il avait un jeu du tonnerre
Et toi le tatoué l’ancien Légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux
On part Dieu sait pour où Ça tient du mauvais rêve
On glissera le long de la ligne de feu
Quelque part ça commence à n’être plus du jeu
Les bonshommes là-bas attendent la relève
Roule au loin roule le train des dernières lueurs
Les soldats assoupis que ta danse secoue
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
Cela sent le tabac la laine et la sueur
Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées
Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
Déjà vous n’êtes plus qu’un nom d’or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s’efface
Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri.
poème d’Aragon, mis en musique par Léo Ferré, / Chanté par <Barbara> puis <Léo Ferré>

Mardi 7 octobre 2014

Mardi 7 octobre 2014
« Les films sont plus harmonieux que la vie, […]
Il n’y a pas d’embouteillages dans les films, il n’y a pas de temps morts. »
François Truffaut, La nuit américaine.

François Truffaut est mort il y a 30 ans, le 21 octobre 1984 à 52 ans, d’une tumeur au cerveau.

C’était une encyclopédie vivante du cinéma et aussi un très grand réalisateur.

Dans la « nuit américaine » le sujet du film est un film en train d’être réalisé.

C’est dans ce film que Truffaut jouant le rôle du réalisateur dit à l’acteur principal de son film « Jean-Pierre Léaud », cette ode au cinéma :

« Je sais, il y a la vie privée, mais la vie privée, elle est boiteuse pour tout le monde. Les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse. Il n’y a pas d’embouteillages dans les films, il n’y a pas de temps morts. Les films avancent comme des trains, tu comprends ? Comme des trains dans la nuit. Les gens comme toi, comme moi, tu le sais bien, on est fait pour être heureux dans le travail de cinéma ».

La « nuit américaine » est le nom d’une technique qui consiste à tourner des scènes nocturnes en plein jour.

Patrick Cohen dans la matinale sur France Inter du vendredi 3 octobre, à l’occasion du trentième anniversaire de la disparition de François Truffaut, a reçu Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque française qui consacre actuellement une exposition au cinéma de Truffaut, et l’actrice Nathalie Baye.

La nuit américaine fut le premier film important de Nathalie Baye qui a dit dans cette émission, combien Truffaut arrivait à mettre ses acteurs en confiance et créer une ambiance unique sur le plateau.

Elle a avoué qu’elle a dû répéter de nombreuses fois cette réplique qu’elle a dans le film

« Moi je quitterai un homme pour un film, jamais un film pour un homme » parce qu’elle la disait toujours à l’envers.

Voici le lien vers cette émission : <http://www.franceinter.fr/emission-linvite-le-cinema-de-francois-truffaut>

<365>

Lundi 6 octobre 2014

Lundi 6 octobre 2014
« Juste pour qu’il soit présent,
Juste pour qu’il ne soit pas oublié.
Juste pour répondre à votre sollicitation. »
François Morel
François Morel, l’humoriste du vendredi dans la matinale de France Inter,  habitué à des billets d’humour et parfois d’humeur, a ce vendredi 3 octobre réalisé un billet d’émotion.
Michelle, une des destinataires de ce mot du jour, a été très touchée par cette chronique, comme vous le serez si vous l’écoutez.
François Morel  a expliqué avoir reçu le courriel le plus étonnant depuis qu’il travaille sur France Inter » et il s’est mis à le lire.
C’était un message de Françoise, la compagne d’Hervé Gourdel, le guide de montagne  décapité la semaine dernière par le groupe Jund al-Khilafa, lié au groupe Etat islamique.
« Bonsoir, je suis la compagne d’Hervé Gourdel. J’ai une requête à vous soumettre.
Je souhaiterais qu’Hervé soit présent dans votre prochaine chronique. Normalement, ça ne se demande pas.
Mais Hervé appréciait beaucoup vos chroniques, et je souhaiterais que ce soit une sensibilité qui s’exprime ainsi qu’une hauteur de vue », a-t-il lu en direct
François Morel a répondu à cette inhabituelle requête, en s’accompagnant d’un morceau du musicien Ibrahim Maalouf.
Voici des extraits de ce moment :
« Françoise, j’écoute Ibrahim Maalouf et je pense à vous.
 “J’imagine que votre requête est importante à vos yeux car vous me l’adressez comme après un naufrage, on lance une bouteille à la mer.
J’ai peur de ne pas en être capable.
Qui je serais, moi, pour parler de quelqu’un que je ne connaissais pas et qui a rencontré l’horreur absolue en Kabylie ?
Je reprends vos mots : « une sensibilité » soit, mais « une hauteur de vue ! « 
J’écris des chroniques sur France Inter mais entre nous, je suis un imposteur, je devrais déchiffrer l’actualité mais l’actualité m’effraie (…)
Je devrais saisir la réalité, mais la réalité m’échappe.
Je devrais décrypter le monde mais le monde est de plus en plus incompréhensible à mes yeux, à mes oreilles (…)
Je n’ose pas le dire à Patrick Cohen, il m’arrive de ne plus écouter la radio le matin, de peur d’apprendre de trop mauvaises nouvelles.
Les extrémismes qui montent, le sens de la solidarité qui disparaît, la violence comme seule réponse”.
Je pense à vous Françoise et j’écoute Ibrahim Maalouf
J’ai peur de ne pas trouver les mots
Je devrais peut être juste répéter le nom de votre mari,
Juste pour qu’il soit présent, juste pour qu’il ne soit pas oublié.
Juste pour répondre à votre sollicitation.
Hervé Gourdel, Hervé Gourdel, Hervé Gourdel.
[Hervé] aimait la vie qui s’est arrêtée pour lui dans l’horreur, la violence absolue, les pages « International » de tous les journaux du monde.
Depuis qu’Hervé est mort, il y a eu des manifestations, des marches silencieuses dont certaines ont tourné à la querelle de chiffonniers, comme si la mort d’un homme ne pouvait pas au moins susciter la retenue, le respect, le silence. »
« Le silence comme seule réponse possible un peu digne », a-t-il conclu en lançant un morceau d’Ibrahim Maalouf, musicien qui a été récompensé par l’UNESCO pour « être un artiste qui ouvre le dialogue entre le monde arabe et l’occident ».

Vendredi 3 octobre 2014

Vendredi 3 octobre 2014
« Les banksters »
Marc Roche
Marc Roche qui était un libéral convaincu est devenu de plus en plus méfiant à l’égard du monde de la Fiance et des banquiers.
Il parle évidemment des hautes sphères des banques et non de notre interlocuteur dans l’agence bancaire près de chez nous.
Bankster est évidemment la concaténation de Bank et gangster
Marc Roche après avoir écrit

Le capitalisme hors la loi, Albin Michel, septembre 2011. ISBN 9782226230553.

La Banque – Comment Goldman Sachs dirige le monde, Albin Michel, septembre 2010. I

Vient d’écrire le livre qui a ce titre « Les Banksters’ voyage chez mes amis capitalistes
Il explique comme d’autres déjà cité de la collusion entre la banque et le pouvoir. S’étonne que seuls « des lampistes » sont inquiétés et non les grands décideurs des principales banques.

Jeudi 2 octobre 2014

Jeudi 2 octobre 2014
« Les études à la con »
Rubrique du journal suisse « le matin » « <ICI>
Je pense que comme moi vous avez été souvent surpris, interloqué, effaré d’entendre le résultat de certaines enquêtes scientifiques.
Grâce à un article de Slate : http://www.slate.fr/story/91857/ce-que-disent-de-nous-les-etudes-farfelues, j’ai appris l’existence salutaire d’une rubrique de ce journal Suisse qui essaie de recenser et analyser ces études farfelues.
Pour rire un peu, je vous donne ici quelques exemples :
L’hippocampe, la zone du cerveau responsable de la mémoire spatiale, est significativement plus développée chez les conducteurs de taxis, selon une étude, basée sur la comparaison du cerveau des chauffeurs de taxis et de bus.
Passer sa journée devant un ordinateur, c’est aussi faire un tout petit peu de sport. Des chercheurs ont calculé combien de calories brûle le corps par clic de souris.
Selon une étude australienne, les messieurs qui portent une barbe bien garnie seraient mieux protégés du cancer, des attaques de pollen et du vieillissement de la peau.
Et aussi pour être en bonne santé, il faudrait (entre autres), cuire sa viande à la bière quand on fait un barbecue, ne pas se serrer la main et encore moins tromper sa femme. Pour maigrir, il faudrait manger des frites à heures régulières et utiliser Twitter.
Sans en avoir fait l’étude je pense que rire est bon pour la santé.

Mercredi 1 octobre 2014

Mercredi 1 octobre 2014
« Les assassinats ciblés »
Spécialité du Président Barack Obama
George W Bush était un président belliqueux et ne respectant pas le Droit. Il a commencé une guerre contre l’Irak sans légitimité internationale. Il a créé une zone de non droit à Guantanamo où il a fait enfermer et torturer des dizaines de présumés terroristes, sans leur donner aucun droit à la défense.
Barack Obama est un président pacifiste et humaniste. Il a promis de fermer Guantanamo. Les plus belles et nobles actions nécessitent du temps… Mais il faut lui reconnaître que lui ne fait pas enfermer des gens dans une zone de non droit, sans respecter aucun droit de la défense. La torture est désormais oubliée.
Mais Barack Obama ordonne des assassinats ciblés.
Beaucoup plus que le président belliqueux et détestable qu’était George W Bush.
Certains ont conseillé à Obama une nouvelle formule inspiré de Martin Luther King en transformant « I have a dream » par « I have a drone ».
C’est quoi un assassinat ciblé ? C’est tout simplement faire la confusion entre la police, le juge et le bourreau. C’est exactement le contraire de la justice.
Donc Barack Obama ne respecte pas davantage les droits de la défense que George Bush.
Il ne fait pas torturer, il fait tuer, c’est plus expéditif.
Et bien qu’il s’en défende comme le relate l’article dont je vous donne le lien ci-après : http://www.books.fr/societes-et-politique/obama-le-president-des-drones/#section et qui présente le livre de Marc Mazzeti « the way of the knife » la voie du couteau, le fait de tuer sans juger, permet d’éviter le très grand ennui d’avoir des prisonniers dont on ne sait que faire et qu’on n’a pas envie de juger non plus.
Dans l’article joint à ce message nous apprenons que le rapporteur spécial de l’organisation sur la protection des droits de l’homme dans la lutte antiterroriste de l’ONU, Ben Emmerson, a estimé, dans un rapport rendu public le 18 octobre 2013, M. Emmerson,  à « plus  de 450 » en 10 ans  le nombre de civils tués par des drones dans trois pays au Pakistan, en Afghanistan et au Yémen.
Certains répondront : « Mais enfin, il s’agit de terroristes ».
D’abord nous n’en sommes pas certains, qu’il s’agisse toujours de terroristes. Les américains ont dû reconnaître qu’à Guantanamo des personnes avaient été enfermées et torturées, alors qu’il n’avait aucun lien avec des organisations terroristes. Par quel miracle, les assassinats ciblés se tromperaient moins que les enfermements ?
Et puis surtout c’est la grandeur et la force des démocraties de ne pas agir avec les mêmes méthodes que les terroristes et les criminels et de mettre en face du terrorisme la Justice et en face du Criminel, le Droit.
Si on agit comme eux, on se met à leur niveau, nous ne pouvons plus affirmer que nous nous battons pour des valeurs et pour les droits de l’homme.
Nous revenons au stade de la loi du plus fort qui un jour nous sera opposé quand nous ne serons plus les plus forts.
Quelle déception que celle de Barack Obama, il ne sera pas ce grand homme que nous avons espéré.

Mardi 30 septembre 2014

Mardi 30 septembre 2014

Dimanche on a renouvelé une partie du Sénat :

« [Le Sénat] est réduit à des interventions obscures et accessoires »
Charles De Gaulle
De Gaulle voulait fusionner le Sénat et le Conseil Économique et Social.
Mais les français ont rejeté son souhait par référendum.
Et le Sénat a continué à faire des interventions obscures et accessoires.
Dans cette archives de l’INA vous verrez De Gaulle défendre sont projet et dire le mot du jour : http://www.ina.fr/video/CAF87002504
Vendredi, Thomas Legrand qui réalise un édito politique, le matin, tous les jours de la semaine sur France Inter a lui aussi souhaité la fin du Sénat.
Ce Vendredi 26  septembre France Inter avait posé ses valises dans la Grande Galerie de l’évolution du jardin des plantes, à côté de la gare d’Austerlitz.
Et comme il souhaitait évoquer les élections sénatoriales de dimanche il a osé des rapprochements hardis :
Ce lieu [la galerie de l’évolution qui s’intéresse aux bêtes mortes] a été choisi à dessein pour évoquer le Sénat.
C’est ce dimanche que la moitié du Sénat est renouvelé « dans une indifférence générale méritée », avec un mode de scrutin obscur, indirect et qui ne correspond plus à rien
La chambre haute va certainement basculer à droite. Nous allons donc assister à une alternance politique de l’une des chambres du Parlement et cela ne va rien changer à rien.
Le Sénat ne fera que perdre du temps à certaines lois qui seront en définitive adoptées par l’Assemblée Nationale.
Si une institution qui est l’objet d’une alternance ne présente aucun effet sur le jeu démocratique, sauf pour ces élus et leurs collaborateurs c’est que cette institution est déjà morte.
«  Dans la nature, elle aurait depuis longtemps subi les effets du darwinisme au contact de l’air démocratique ».
Selon Thomas Legrand, » il serait normal que les Sénateurs au lieu de siéger au Palais du Luxembourg, se retrouvent dans la Galerie de l’évolution entre le gorille des montagnes dont il n’existe plus que 400 spécimens, à peu près le nombre des sénateurs et  le quagga (un cheval zébré) qui s’est éteint à la fin du XIXème siècle c’est à dire exactement  à l’avènement de la 3ème République, c’est à dire à peu près au moment où il aurait été naturel que l’espèce des sénateurs s’éteignent. »
Rappelons pour finir que le Sénat américain ne compte que 100 sénateurs pour 348 sénateurs français.

Lundi 29 septembre 2014

Lundi 29 septembre 2014
« La marche est un authentique exercice spirituel. »
Frédéric Gros
Après le sommeil qui fût le sujet du dernier mot du jour, voici un autre exercice qui permet de nous sortir de notre posture de consommateur compulsif : la marche.
Professeur de philosophie politique à l’université Paris-XII  Frédéric Gros a écrit un livre intitulé « Marcher, une philosophie » (Carnet Nord, 2009). Dans ce livre on apprendra que Nietzsche a eu cette formule « les orteils se dressent pour écouter» .
Un article du Monde que je joins à ce message donne quelques clés de ce livre :
Question […] marcher semble, aux yeux de beaucoup, une expérience plus banale, plus pauvre…
[…]  La lenteur de la marche, sa régularité, cela allonge considérablement la journée. Et en ne faisant que mettre un pied devant l’autre, vous verrez que vous aurez étiré démesurément les heures. De sorte qu’on vit plus longtemps en marchant, pas au sens où cela rallongerait votre durée de vie, mais au sens où, dans la marche, le temps ralentit, il prend une respiration plus ample.
Par ailleurs, le rapport du corps à l’espace est aussi très impressionnant : par exemple la beauté des paysages est plus intense quand on a fait des heures de marche pour franchir un col.
[…] Ce n’est pas tant que marcher nous rend intelligents, mais que cela nous rend, et c’est bien plus fécond, disponibles. On n’est plus dans le recopiage, le commentaire, la réfutation mesquine, on n’est plus prisonnier de la culture ni des livres, mais rendu simplement disponible à la pensée.
[…] rappeler quand même que la marche, par sa lenteur, par la fatigue qu’elle entraîne, n’a pas cessé de représenter pour l’homme une contrainte dont il fallait se débarrasser par la richesse ou le progrès technique.
Si on redécouvre aujourd’hui les bienfaits de la marche, c’est que l’on commence à ressentir que la vitesse, l’immédiateté, la réactivité peuvent devenir des aliénations. On finit, dans nos vies ultramodernes, par n’être plus présent à rien, par n’avoir plus qu’un écran comme interlocuteur. Nous sommes des connectés permanents. Ce qui fait l’actualité critique de la marche, c’est qu’elle nous fait ressentir la déconnexion comme une délivrance.
[on marche pour se retrouver ] au sens où, en marchant, vous laissez au bord des chemins les masques sociaux, les rôles imposés, parce qu’ils n’ont plus leur utilité. La marche permet aussi de redécouvrir un certain nombre de joies simples. On retrouve un plaisir de manger, boire, se reposer, dormir. Plaisirs au ras de l’existence : la jouissance de l’élémentaire. Tout cela, je crois, permet à chacun de reconquérir un certain niveau d’authenticité.
Mais on peut aller encore plus loin : la marche permet aussi de se réinventer. Je veux dire qu’à la fois, en marchant, on se débarrasse d’anciennes fatigues, on se déleste de rôles factices, et on se donne du champ.
En marchant, tout redevient possible, on redécouvre le sens de l’horizon. Ce qui manque aujourd’hui, c’est le sens de l’horizon : tout est à plat. Labyrinthique, infini, mais à plat. On surfe, on glisse, mais on reste à la surface, une surface sans profondeur, désespérément. Le réseau n’a pas d’horizon.
[marcher, une philosophie » ?] Peut-être davantage : un exercice spirituel.
Voici ci-après deux autres liens :
« Marche ou crève ! », criait-on…Désormais c’est « Marche et revis ! » Petite sélection de livres sur les bonheurs de la marche. La page de la librairie Mollat sur un grand nombre de livre sur la Marche > http://www.mollat.com/dossier/la_marche_une_philosophie_abordable-12075.html
Et ici vous trouverez Frédéric Gros présenter son livre : http://www.dailymotion.com/video/xcnl0m_frederic-gros-marcher-une-philosoph_news
<359>

Vendredi 26 septembre 2014

Vendredi 26 septembre 2014
« Le capitalisme [monte] à l’assaut du sommeil »
Jonathan Carry
Jonathan Crary est un universitaire américain qui a publié aux éditions Zones, « 24/7 – Le capitalisme à l’assaut du sommeil ».
Il explique que nous sommes entrés dans un système économique, social et politique promouvant l’idéal d’une vie sans pause, active à toute heure du jour et de la nuit, dans un état d’insomnie généralisée. Selon lui, aucun individu ne peut certes « consommer, jouer, travailler, bloguer, télécharger ou envoyer des SMS 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Mais comme il n’existe désormais plus aucun moment, aucun endroit ni aucune situation où l’on ne puisse pas acheter, consommer ou exploiter des ressources en ligne, le non-temps 24/7 fait une incursion acharnée dans tous les aspects de la vie sociale et personnelle ».
À l’instar de ses propres machines, l’humanité serait passée en « mode veille » : constamment disponible, toujours connectée, jamais vraiment à l’arrêt.
Nous apprenons qu’aux États-Unis, depuis le début des années 2010, le département de la défense a alloué de considérables sommes pour l’étude du bruant à gorge blanche, cet oiseau migrateur possédant la capacité très inhabituelle de pouvoir rester éveillé jusqu’à sept jours d’affilée en période de migration, dans l’idée de pouvoir créer « un soldat qui ne dorme pas ».
Cette volonté de disposer d’humains « capables de se passer de sommeil et de rester productifs et efficaces » est partagée par le capitalisme contemporain soucieux de vaincre ce dernier continent dont « on ne peut extraire de valeur ».
Bien que la privation de sommeil constitue une torture référencée utilisée en droite ligne du NKVD à la CIA et que « dans les expérimentations conduites en laboratoire, les rats meurent après deux ou trois semaines passées sans dormir », une partie de la recherche scientifique s’active donc à « réduire le besoin corporel de sommeil».
Si nous nous sentons crevés, c’est bien que nous ne dormons pas assez – ce que les études spécialisées sur la question du sommeil ne cessent de rappeler.
Les Français dorment en moyenne 7 heures et 13 minutes par nuit, mais la plupart d’entre eux jugent ce temps insuffisant par rapport au temps “nécessaire” à leur bien-être. Plus agités encore que nous, les Américains dorment 6 heures et demie par nuit, contre 8 heures pour la génération précédente et 10 heures au début du XXe siècle.
Confronté à cette compression, l’auteur cherche à comprendre pourquoi le sommeil, de plus en plus saccagé, reste le “dernier rempart à la pleine réalisation du capitalisme”. Car dans le paradigme néolibéral mondialisé, “le sommeil est fondamentalement un truc de losers”.
Si ce sujet vous intéresse je vous donne des liens ci-après parlant de ce livre :
Allez les amis, engageons la lutte contre le capitalisme, Soyons losers et dormons !