Lundi 27 octobre 2014

Lundi 27 octobre 2014
«Je voudrais également savoir comment la France prévoit de se conformer à ses obligations de politique budgétaire en 2015, conformément au pacte de stabilité et de croissance. »
Jyrki Katainen, commissaire européen aux affaires économiques et monétaires
Lettre à la France et à son Ministre des Finances Michel Sapin
Notre président contrairement au premier Ministre italien pour la lettre à l’Italie, n’a pas souhaité publier la lettre de la commission qui interroge la France sur le non-respect de ses engagements.
Mediapart la publie et je vous l’envoie en pièce jointe.
Vous constaterez que quand Bruxelles parle à la France, elle le fait en anglais…
Ceci ne peut aussi nous rassurer, beaucoup avait peur que Bruxelles parle allemand.
Un peu d’érudition ne saurait nuire.
En droit, il faut revenir au latin : « Pacta sunt servanda » dont la traduction est « Les conventions doivent être respectées ». Cela signifie que les parties sont désormais liées au contrat venant d’être conclu et qu’à ce titre elles ne sauraient déroger aux obligations issues de cet accord. C’est un principe de droit des obligations et de droit international public.
L’article 1134 du Code civil français y fait référence expressément : « Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites. Elles ne peuvent être révoquées que de leur consentement mutuel, ou pour les causes que la loi autorise. Elles doivent être exécutées de bonne foi. »
En matière de droit international, c’est l’article 26 de la Convention de Vienne de 1969 qui l’énonce : « Tout traité en vigueur lie les parties et doit être exécuté par elles de bonne foi. »
C’est ainsi, quand on a pris des engagements, on se doit de les respecter !
En l’espèce, peut-être aurait-il ne pas fallu les prendre ?

Vendredi 24 octobre 2014

Vendredi 24 octobre 2014
«Mon vrai nom est María del Rosario Fuentes Rubio.
Je suis médecin.
Aujourd’hui, ma vie prend fin.»
L’auteur de cette phrase ne mérite pas qu’on cite son nom.
Dans l’Etat mexicain de Tamaulipas, deux cartels de trafiquants de drogue rivaux  ont pris le contrôle du gouvernement, de la police et des médias.
Les journalistes qui osent parler des kidnappings, du racket et d’autres formes de violence exercées par les cartels sont assassinés.
Les journalistes n’évoquent donc plus ces sujets.
C’est dans ce contexte que s’est développée une organisation de journalisme participatif gérée par des anonymes.
A Reynosa, la ville principale de l’Etat, le réseau Valor por Tamaulipas (Courage pour Tamaulipas) a une page Facebook (plus de 500.000 abonnés) et un compte Twitter (plus de 100.000 followers) qui tiennent lieu de médias indépendants.
Une contributrice parmi ce groupe avait pris pour nom Felina.
Felina […] «était connue pour ses posts qui donnaient la localisation exacte d’incidents violents en temps réel, explique le journaliste Jason McGahan dans The Daily Beast. http://www.thedailybeast.com/articles/2014/10/21/she-tweeted-against-the-mexican-cartels-they-tweeted-her-murder.html
Les gens lui envoyaient des informations car c’était une manière pour eux de résister à l’hégémonie des cartels.
Elle écrivait pour supplier les victimes de crimes de ne pas rester silencieuses et d’en parler à la police… Elle postait des numéros de téléphone à utiliser en cas d’urgence.»
Il y a plus d’un an, les cartels avaient offert une récompense de 48.000 dollars à tout individu qui dévoilerait l’identité des administrateurs de ces comptes.
Le jeudi 16 octobre, les trafiquants ont trouvé et enlevé cette femme.
Ils ont utilisé le compte Twitter de Felina pour annoncer sa mort:     «Mon vrai nom est María del Rosario Fuentes Rubio. Je suis médecin. Aujourd’hui, ma vie prend fin.»
Ont suivi deux photos une où elle est vivante aux mains de ces criminels et une autre de son cadavre une balle en pleine tête. Puis ils ont publiés des menaces aux autres contributeurs de Valor por Tamaulipas. Malgré tout, les comptes Facebook et Twitter sont toujours actifs.
Le Mexique est désormais un des pays les plus dangereux pour les journalistes, et pour toute personne qui veut dénoncer ces criminels.
Un journal canadien analyse un peu et décrit cette terrible violence pour semer la terreur pour que personne ne s’oppose aux syndicats du crime> http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/403594/narcotrafic-une-violence-glorifiee-gangrene-le-mexique
Récemment des étudiants mexicains qui manifestaient ont été enlevés et des indices semblent indiquer que des groupes d’assassins les ont massacrés : >   http://www.courrierinternational.com/article/2014/10/21/les-etudiants-disparus-auraient-ete-brules-vifs
Ce que je vous raconte là n’est pas un simple fait divers.
Je vous rappelle que l’Union européenne veut intégrer le business de la drogue dans le PIB des Pays de l’Union.
Que ce qui arrive au Mexique est aussi la conséquence d’un Etat faible qui ne dispose pas d’une administration forte et intègre. Que lorsque l’Etat recule, la nature ayant horreur du vide, les mafias prennent vite la place.
Et tout commence par une corruption endémique et générale.
Sur ce dernier point notre continent européen est sur une très mauvaise pente.
Je vous ai parlé du séminaire organisé par Mediapart sur la corruption au Théâtre de la ville. Vous le trouverez sur Youtube « <Corruption ça suffit>
Maria del Rosario Fuentes Rubio, une femme qui a fait sienne cette parole d’Emiliano Zapata qui fut l’un des principaux acteurs de la révolution mexicaine de 1910 : « Mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux »
Né en 1879, lui aussi fut assassiné le 10 avril 1919.
Maria del Rosario Fuentes Rubio est une femme parmi d’autres femmes et hommes mexicains qui ne se résolvent pas de vivre à genoux.
Ce mot du jour n’est pas poétique, ne décèle pas un gramme d’humour, il n’est qu’un cri de révolte et de colère. > http://www.slate.fr/story/93735/cartel-mexique-felina

Jeudi 23 octobre 2014

Jeudi 23 octobre 2014
« « Nous sommes responsable de notre liberté
[…] Disons non, tous ensemble, à l’ombre
et femmes et hommes de bonne volonté inventons une nouvelle lumière »
Edwy Plenel
Lundi 6 octobre à 18h30 en salle Roger-Planchon, le TNP a accueilli les 10 ans de l’Université Populaire de Lyon.
L’invité principal était Edwy Plenel.
J’y étais avec Annie et d’autres destinataires de ce mot du jour.
Vous trouverez cette conférence sur Youtube : « https://www.youtube.com/watch?v=DYNm8BDEpKA#t=393« 
Le mot du jour est la conclusion de cette magnifique conférence.
Conclusion dans laquelle il avait inclus (ici remplacé par […]) un propos d’Aimé Césaire, que j’avais choisi comme mot du jour du 25 octobre 2013
« Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre. Nous savons que le salut du monde dépend de nous aussi.
Que la terre a besoin de n’importe lesquels d’entre ses fils. Les plus humbles.
L’Ombre gagne.
Ah ! Tout l’espoir n’est pas de trop pour regarder [le siècle] en face !
Les hommes de bonne volonté feront au monde une nouvelle lumière, mais il n’est plus temps de parasiter le monde, c’est de le sauver plutôt qu’il s’agit.
Il est temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme. » »

Mercredi 22 octobre 2014

Mercredi 22 octobre 2014
« l’essentiel est que nous agissions selon notre idéal,
que nous donnions notre force d’un jour à ce que nous croyons la justice,
et que nous fassions œuvre d’hommes en attendant d’être couchés à jamais dans le silence de la nuit »
Jean Jaurès
Toujours, encore, Jaurès, surtout pour un mot rayonnant, un mot d’espoir, un mot de courage.
Dans une émission d’une heure de Mediapart (réservé aux abonnés) sur le sujet « Pourquoi ont-ils tué Jaurès », un texte a été évoqué que Jaurès a prononcé à l’Assemblée Nationale en 1895 où il évoque sa fin et où il prononce cette phrase prémonitoire que je choisis comme mot du jour d’aujourd’hui.
Extrait publié par Mediapart : ce texte prémonitoire de Jaurès en 1895 :
« Un jour viendra peut-être où nous serons abattus précisément par un de ceux que nous voulons affranchir.
C’est du même peuple souffrant que sortent, selon le vent qui souffle, les violences des révolutions ou les violences des réactions, et la même mer, brisant les navires qui se combattent, en a plus d’une fois réconcilié les débris dans ses profondeurs.
Qu’importe après tout !
L’essentiel n’est pas qu’à travers les innombrables accidents de la vie nous soyons épargnés par la faveur des hommes ou par la grâce des choses ; l’essentiel est que nous agissions selon notre idéal, que nous donnions notre force d’un jour à ce que nous croyons la justice, et que nous fassions œuvre d’hommes en attendant d’être couchés à jamais dans le silence de la nuit. »

Mardi 21 octobre 2014

Mardi 21 octobre 2014
«My government is pro-business»
Manuel Vals
C’est devenu son idée fixe. Manuel Valls veut déclarer sa flamme à l’entreprise dans toutes les langues. Après son «Moi, j’aime l’entreprise» ovationné par les dirigeants d’entreprise français à l’université d’Été du Medef en août et son «Ich liebe die Unternehmen» en allemand devant la Fédération de l’industrie fin septembre, le premier ministre français a cru bon de réitérer l’exercice en anglais, cette fois-ci à la City.
Pro business oui, bien sûr, si le business crée des emplois et va dans le sens du progrès.
Mais de quel business parle-t-on ?
Pour en savoir plus j’ai écouté » L’économie en question du 11 octobre 2014″, une émission de France Culture qui invite des économistes qui ne sont pas de « Gauche » Comme Nicolas Baverez ou Olivier Pastré.
On y apprend que :
Si on regarde en France la distribution des dividendes dans les entreprises sur plusieurs années, on constate que 50 à 60 % des bénéfices ont été donnés aux actionnaires avec un pic en 2009.
Si on regarde les entreprises financières c’est encore beaucoup plus, près de 90%.
Selon Jézabel Couppey-Soubeyran cela implique trois choses :
« 1/ Cela traduit un manque de confiance en l’avenir.
2/ C’est la conséquence d’une pression très forte des actionnaires ;
3/ Cela constitue un frein énorme à l’investissement. »
« En matière de gouvernance les boites sont repartis comme en 14 » a ajouté Olivier Pastré, il veut dire comme avant la crise de 2008.
« La raison en est » a ajouté Benjamin Coriat que « Les rentabilités financières que peuvent produire l’argent investit par les hedges funds et les fonds de pension n’ont aucune commune mesure avec le rendement que produirait l’argent investit dans les entreprises. On court vers la catastrophe, nous avons une masse de profit qui est redevenu importante et qui tourne sur elle-même au lieu d’aller vers l’investissement. »
Ces interventions commencent un peu  après 30 mn de l’émission que vous trouverez ci-après « http://www.franceculture.fr/emission-l-economie-en-questions-ebola-impact-de-l-epidemie-sur-les-economies-de-l-afrique-de-l-oues
Le gouvernement de Manuel Valls est-il pour ce business-là ?
Bien évidemment non ! Qu’allez-vous penser ?
Toutefois le fait que ce propos ait été tenu à la City, centre de toute cette dérégulation financière, est plus que troublant.
Pendant ce temps on apprend  que la commission européenne a décidé de changer les règles de la comptabilité publique des États membres. À partir de 2015, Eurostat, l’institut européen de statistiques, demande aux États d’inclure dans leurs calculs de PIB l’argent tiré de la vente de la drogue, de la prostitution, du trafic de cigarettes ou d’alcool.
Et Mediapart d’ajouter : « On se demande pourquoi les experts se sont arrêtés en si bon chemin : pourquoi ne pas y inclure aussi l’argent des enlèvements, des trafics d’armes ou d’organes et toutes les activités sur lesquelles prospèrent les mafias ? Ce sera pour une prochaine fois, peut-être… »
En tout cas, la commission européenne se prononce aussi de manière résolue « pro-business »
« Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark. » écrivait Shakespeare dans « Hamlet ». S’il devait le dire aujourd’hui, il ne s’arrêterait pas au Danemark.

Lundi 20 octobre 2014

Lundi 20 octobre 2014
« Aujourd’hui nous sommes dignes.
Plus jamais nous ne serons mendiants, ni humiliés »,
Evo Morales, Président bolivien.
Il existe des présidents de gauche… en Amérique du Sud.
Il existe même un président de gauche, qui mène une politique de gauche et qui  a été réélu triomphalement (61 %) au premier tour d’une élection sans fraude le 12 octobre en Bolivie.
Et alors, vous allez être épaté !  même « Le Figaro » n’a que des louanges à lui adresser :
« Evo Morales est aussi un pragmatique. S’il a nationalisé à tour de bras depuis son arrivée au pouvoir en 2006 (hydrocarbures, électricité, télécoms, aéroports, mines), il est parvenu à se réconcilier avec le patronat de la riche région de Santa Cruz. Il sera même reçu à la Foire commerciale de la ville, Expocruz, en 2011. Les entrepreneurs ont alors compris qu’il est de leur intérêt de collaborer avec un président qui, malgré un programme économique peu orthodoxe et un discours proche de celui d’Hugo Chavez, parvient à assurer une croissance annuelle moyenne de 5% et un recul de la pauvreté (la population en dessous du seuil de pauvreté est passée de 33 à 20%). Le PIB a été multiplié par trois entre 2005 et 2013, passant de 9,5 à 30,3 milliards de dollars. »
« Le Monde écrit : « 
« La majorité des six millions d’électeurs se sont montrés reconnaissants envers cet ancien berger de lamas qui a su amener la Bolivie à une stabilité politique et économique sans précédent.
« Aujourd’hui nous sommes dignes. Plus jamais nous ne serons mendiants, ni humiliés », aime-t-il à répéter après neuf ans à la tête de ce pays enclavé, aux finances dopées par la nationalisation des hydrocarbures.
[…] Il est le plus ancien président en exercice du continent. Le premier chef de l’Etat amérindien de Bolivie a affronté les électeurs fort d’une stabilité politique inédite dans un pays qui a connu 160 coups d’Etat depuis l’indépendance, en 1825.»
C’est aussi ce président, Evo Morales qui a vu son avion contraint d’atterrir à Vienne après une demande d’atterrissage en urgence car le Portugal, puis l’Espagne, la France (juste avant le passage de la frontière) et l’Italie lui interdirent le survol de leur territoire. Il fut retenu à l’aéroport de Vienne durant plus de 13 heures au motif qu’il pouvait peut-être transporter Edward Snowden. De retour en Bolivie dans la nuit du 3 juillet 2013, le président Morales est chaleureusement accueilli par son peuple lors de son arrivée à l’aéroport de La Paz où il exprime au nom de toute l’Amérique Latine son indignation et sa colère sur la façon dont il a été traité en mépris du droit international.
Non seulement nos politiques ne sont pas très appréciés des citoyens de leur pays, mais en plus ils traitent de manière indigne ceux qui sont aimés, à juste titre, par leur peuple.
Et pour celles et ceux qui souhaiteraient voir une photo de Evo Morales et se rappeler la situation géographique de la Bolivie

Vendredi 17 octobre 2014

Vendredi 17 octobre 2014
« 7ème continent »
Alexandra Ter Halle
Cela fait longtemps que je n’ai plus fait appel à la série d’émission « Ils changent le monde ».
Qu’est-ce que le 7ème continent ?
C’est le continent des déchets, des déchets humains, des déchets de notre civilisation qui se sont accumulés dans le Pacifique ou dans l’Atlantique Nord.
Alexandra Ter Halle, est une exploratrice, à l’origine elle est chimiste et cherche en eaux troubles. Plus exactement dans les gyres. D’immenses tourbillons de courants marins qui drainent nos déchets plastiques.
Ces déchets vont Jusqu’à former des plaques pouvant atteindre 6 fois la taille de la France et 30 mètres de profondeur. Loin des yeux et donc de l’opinion publique. Sauf depuis que des chercheurs et des navigateurs organisent des explorations médiatisées et filmées pour alerter sur ce qu’ils appellent le 7e continent
Un continent de la honte qu’il faudra des siècles pour dissoudre.
Si vous tapez 7ème continent sur un moteur de recherche vous allez avoir des liens vers des centaines de pages.
Un site est entièrement consacré à ce sujet : http://www.septiemecontinent.com/
et beaucoup d’autres.
Qu’avons-nous fait de notre terre et de notre mer ?

Jeudi 16 octobre 2014

Jeudi 16 octobre 2014
« Les Français préfèrent un mensonge bien dit à une vérité mal formulée. »
Emile Cioran
« De la France », de Cioran, L’Herne, 96 pages
Après le mot du jour d’hier sur la corruption, il reste quand même cette question comment se fait-il que les Français soient si tolérants et notamment réélisent des politiques qui ont été condamnés à cause de leur action, de leur fraude, de leur abus ou de leur corruption.
Emile Cioran a écrit, dans les heures, en 1941, un portrait de la France. « De la France »
Et dans ce livre il livre cette clé : « Les Français préfèrent un mensonge bien dit à une vérité mal formulée. »

Mercredi 15 octobre 2014

Mercredi 15 octobre 2014
« Jamais depuis la libération notre République n’a été à ce point corrompu. »
Antoine Peillon
Antoine Peillon est journaliste à La Croix, il est le frère de Vincent Peillon, ancien Ministre de l’Education Nationale.
Il publie un essai : Corruption, (le Seuil), un bandeau rouge barre le livre « Nous sommes tous responsables ».
Il était l’invité de l’émission de France Culture la Grande Table :  http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-2eme-partie-comment-penser-la-corruption-2014-10-08
Il dit « Nous sommes tous responsables. A partir du moment où la citoyenneté se résume à se lever, travailler, toucher son salaire et dormir la nuit; sans engagement associatif, syndical ou politique, la République se fait sans nous. Elle n’est dès lors plus une République démocratique. »
Il juge que notre République arrive au dernier degré de la corruption. Dernier degré qu’il définit comme celui qui se trouve avant l’explosion politique social et économique.
Cette corruption dont une grande partie selon lui est l’évasion fiscale est en train de mettre notre pays à genoux. Il a été l’auteur en 2012 d’une enquête explosive sur l’exil fiscal organisé par la banque suisse UBS avec la complicité de l’État français (il avait évoqué ces 600 milliards qui manquent à la France, le Seuil),
« Peillon s’astreint aussi à la rigueur intellectuelle en cherchant, non le simple sensationnalisme des révélations, mais les racines profondes du mal. L’extension dangereuse de l’emprise de la finance sur l’économie fut bien sûr un facteur essentiel. Quand on promeut, au nom du libéralisme, la cupidité au rang des vertus cardinales, on ne doit pas ensuite d’étonner de voir la vie bancaire ou boursière constellée de tactiques illégales, d’escroqueries en costume Lanvin, de festins obscènes où sont conviés tous les loups de Wall Street. La classe dirigeante a oublié la leçon de Montesquieu : le principe des régimes tyranniques, c’est la peur, le principe des régimes aristocratiques, c’est l’honneur et celui des régimes démocratiques, celui qui les fait tenir debout, c’est la vertu. Non pas celle des jeunes filles, mais celle des citoyens dignes de ce nom.
Peillon va plus loin en lisant les sociologues et les anthropologues. La corruption qui mine nos sociétés, dit-il, est aussi une culture. Celle de l’arrangement, du conflit d’intérêt, de la combine bénigne, du mépris quotidien des lois, du contournement des règles. La corruption, c’est aussi une emprise invisible, celle du crime organisé qui accroît sans cesse son cercle d’influence, qu’on croit confinée dans les pays du Sud, Italie par exemple, et qui s’étend depuis longtemps sous nos climats plus austères. «Nous sommes tous responsables», dit-il lucidement. Pour cet avertissement dérangeant, il mérite le détour, qui fera du bien à la morale civique. »
Mediapart qui est en première ligne dans cette lutte contre la corruption (au fait êtes-vous abonné ?) < Crée un évènement : corruption ça suffit au Théâtre de la ville le 19 octobre à 19h>
Outre le livre d’Antoine Peillon, deux autres livres viennent de paraître qui traitent du même sujet  Fabrice Arfi de Mediapart –Le Sens des affaires (Calmann-Lévy)–, Benoît Collombat de France Inter –Histoire secrète du patronat (La Découverte).
Ils seront tous les trois invités et aussi Roberto Scarpinato, procureur général auprès du parquet de Palerme (Sicile), qui vit sous protection policière depuis plus de vingt ans pour son combat sans relâche contre toutes les mafias, criminelles ou financières.

Mardi 14 octobre 2014

Mardi 14 octobre 2014
«Une religion tyrannique, dogmatique, littéraliste, formaliste, machiste, conservatrice, régressive – est trop souvent l’islam ordinaire»
Abdennour Bidar
Lettre ouverte au monde musulman

Abdennour Bidar est philosophe de culture musulmane, il vient de publier chez Armand Colin « Histoire de l’humanisme en Occident ».

C’est pour cette raison qu’il était l’invité de la Grande Table du 10 octobre 2014. <Peut-on aller vers un-nouvel humanisme ?>.

Il définit l’humanisme occidental par 3 piliers :

  • La fraternité : je peux me sentir proche, être sensible au destin de tout homme, même s’il n’est pas de ma culture, pas de mon pays.
  • La grandeur de l’homme car c’est l’homme qui a créé les Dieux et non le contraire.
  • L’éducation qui libère.

Mais Abdennour Bidar vient aussi de commettre une Lettre ouverte au monde musulman publiée par Marianne.

Dont je cite quelques extraits :

« Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin […]

Je te vois toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d’enfanter un monstre qui prétend se nommer Etat islamique […]. Mais le pire est que je te vois te perdre, perdre ton temps et ton honneur dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place

[…]

La grande question : pourquoi ce monstre t’a t’il volé ton visage ? Pourquoi ce monstre ignoble a-t-il choisi ton visage et pas un autre ?

C’est qu’en réalité derrière ce monstre se cache un immense problème, que tu ne sembles pas prêt à regarder en face.[…]

Même les intellectuels occidentaux ont de la difficulté à le voir : pour la plupart ils ont tellement oublié ce qu’est la puissance de la religion – en bien et en mal, sur la vie et sur la mort – qu’ils me disent « Non le problème du monde musulman n’est pas l’islam, pas la religion, mais la politique, l’histoire, l’économie, etc. ».

[…]

Malgré la gravité de ta maladie, il y a en toi une multitude extraordinaire de femmes et d’hommes qui sont prêts à réformer l’islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l’humanité entretenait jusque-là avec ses dieux !

[Le monde musulman est] un immense corps malade, dont les maladies chroniques sont les suivantes : impuissance à instituer des démocraties durables dans lesquelles est reconnue comme droit moral et politique la liberté de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion ; difficultés chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de l’égalité, de la responsabilité et de la liberté; impuissance à séparer suffisamment le pouvoir politique de son contrôle par l’autorité de la religion; incapacité à instituer un respect, une tolérance et une véritable reconnaissance du pluralisme religieux et des minorités religieuses.

[…] tu as été incapable de répondre au défi de l’Occident. Soit tu t’es réfugié de façon infantile et mortifère dans le passé, avec la régression obscurantiste du wahhabisme qui continue de faire des ravages presque partout à l’intérieur de tes frontières – un wahhabisme que tu répands à partir de tes lieux saints de l’Arabie Saoudite comme un cancer qui partirait de ton cœur lui-même ! «

Et enfin il donne son explication

« […] Tu as choisi de considérer que Mohammed était prophète et roi. Tu as choisi de définir l’islam comme religion politique, sociale, morale, devant régner comme un tyran aussi bien sur l’Etat que sur la vie civile, aussi bien dans la rue et dans la maison qu’à l’intérieur même de chaque conscience. Tu as choisi de croire et d’imposer que l’islam veut dire soumission alors que le Coran lui – même proclame qu’« Il n’y a pas de contrainte en religion ». Tu as fait de son Appel à la liberté l’empire de la contrainte !

[…] Et il y a tant de familles où cette confusion entre spiritualité et servitude est incrustée dans les esprits dès le plus jeune âge, et où l’éducation spirituelle est d’une telle pauvreté que tout ce qui concerne la religion reste quelque chose qui ne se discute pas ! […] tout ce que je viens d’évoquer – une religion tyrannique, dogmatique, littéraliste, formaliste, machiste, conservatrice, régressive – est trop souvent l’islam ordinaire […] Je n’aurais pas été si sévère dans cette lettre si je ne croyais pas en toi. […] Je crois en toi, je crois en ta contribution à faire demain de notre planète un univers à la fois plus humain et plus spirituel ! Salâm , que la paix soit sur toi »

<La lettre intégrale sur Marianne>

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