Mardi 8 décembre 2015

Mardi 8 décembre 2015
«Nous avons regardé le Coran, comme nous avons regardé la Bible et les Evangiles, avec un regard de laïc»
Gérard Mordillat et Jérôme Prieur dans leur interview avec Patrick Cohen le vendredi 04/12/2015
Gérard Mordillat et Jérôme Prieur sont de remarquables décrypteurs des textes sacrés. J’ai été passionné par Corpus Christi et par l’Origine du christianisme. Je n’ai pas vu l’Apocalypse.
Et ils viennent de finir un travail sur le Coran. Ils ont écrit un livre : <Jésus selon Mahomet>
Et puis ils ont filmé 7 épisodes qui vont être diffusés à partir de ce soir à 20:55 <sur Arte : Jésus et l’Islam> puis le 9 et le 10 décembre.
C’est pour parler de cette étude qu’ils étaient les invités de Patrick Cohen, vendredi le 4 décembre. <Dès lors qu’on sort du catéchisme les textes sacrés sont passionnants>
Ils ont aussi fait l’objet d’un article du Monde joint. J’en tire ces extraits :
«Pourquoi, après le « Nouveau Testament », vous être tournés vers le Coran ?
Nous sommes partis de l’histoire des judéo-chrétiens, ces laissés-pour-compte qui, chassés de partout, se sont installés aux premières marches de ce qui deviendra le berceau de l’islam. Leur présence est attestée. C’est ainsi que nous en sommes arrivés au Coran et à la place tout à fait singulière qu’il fait à Jésus, prophète et messie dans l’islam, qui se trouve cité beaucoup plus souvent que Mahomet lui-même dans le texte. Puis nous nous sommes mis à travailler. Comme toujours, nous avons défini un petit objet : deux versets de la sourate 4 qui racontent la crucifixion de Jésus. En examinant chaque mot, on a pu tirer tous les fils qui arrivent jusqu’à l’islam.
[…] Le Coran est un livre très compliqué, un texte à la fois clair et obscur. Il n’est pas narratif, pas continu. Depuis le Moyen Age, les savants musulmans se perdent en conjectures pour retrouver l’ordre dans lequel le texte a été révélé, mis par écrit. Aujourd’hui, personne n’est d’accord. Autre difficulté : on trouve bien des inscriptions, des poésies antérieures au Coran, mais elles ont été mises par écrit après. Il y a de nombreux textes parallèles permettant de situer le contexte du Nouveau Testament, mais on n’en trouve pas l’équivalent dans le monde musulman.
En considérant le Coran comme un objet historique et non simplement comme la parole de Dieu, êtes-vous conscients d’avoir abordé des problématiques qui interfèrent avec l’actualité ?
On aborde un terrain sensible car, dogmatiquement, le Coran étant la parole de Dieu, il ne peut être ni traduit ni commenté. Il y a eu cette chose affreuse, la fermeture de la pensée critique islamique à notre XIe siècle, qui à mon avis pèse aujourd’hui de façon directe ou indirecte sur la conscience de bien des musulmans. Mais on s’est rendu compte, avec les chercheurs rencontrés, qu’il y a tout de même un essor de la recherche. […]  Notre approche est résolument non confessionnelle. C’est valable aussi bien pour le Coran que pour le Nouveau Testament. Elle n’est pas polémique non plus. Notre projet est d’envisager le Coran comme un livre que l’on peut lire en tant qu’honnête homme. […]
Il y a un écart considérable entre le texte du Coran et ce que dit la tradition. Dans la lecture par la tradition, dominante au sein du monde musulman, Mahomet se serait détaché d’un humus païen, polythéiste. A l’inverse, d’autres chercheurs tendent à montrer que l’apparition de Mahomet s’est faite dans un environnement beaucoup plus compliqué. Ce ne sont pas des spéculations ; les références affleurent dans le texte. Ça renverse les perspectives, et c’est en cela que Jésus n’est pas un personnage périphérique ou anecdotique, mais le révélateur d’une tension interne.
[…]  Ce que l’on peut déduire du Coran et de la tradition musulmane, c’est tout de même que Mahomet était un chef de guerre, un chef de tribu, que c’était un exégète, car il avait un grand savoir. Mais il y a aussi, dans le Coran, un portrait en creux : Mahomet y est accusé d’être un poète, un fou qui se dit inspiré de Dieu… Ce qui est intéressant, tous les épigraphistes et les numismates nous le disent, c’est que Mahomet disparaît complètement pendant près de soixante-dix ans après sa mort. Il réapparaît sur une monnaie soixante-six ans ou soixante-sept ans après, puis sur le Dôme du Rocher.
[…]  Cette disparition et cette réapparition montrent qu’à un moment donné le calife Abd Al-Malik a besoin d’une figure intermédiaire pour constituer l’islam comme religion et comme religion d’un empire naissant. Il faut un intermédiaire entre Allah et les fidèles, que Jésus aurait pu être. La tradition a historicisé, a inventé un personnage. Et lui a donné un rôle politique, pas seulement théologique et guerrier. Il y a une incarnation dans l’islam qui passe par Mahomet. C’est une religion qui ne cesse de dire : « Nous en revenons à un monothéisme pur, antérieur, que les juifs ont corrompu, que les chrétiens ont travesti. » D’où le fait de se revendiquer d’Abraham, qui permet de « détenir » le premier des ancêtres, avant les juifs, qui ont Moïse, et les chrétiens, qui ont Jésus. Mais en même temps cela permet de donner un corps à cette figure intermédiaire, un corps sans visage, que petit à petit on ne va plus pouvoir représenter. L’interdit de la représentation de la figure de Dieu, qui vient du judaïsme, s’est mis par contagion sur Mahomet et l’ensemble des images. Mais il n’y a aucune raison théologique pour cela. […]
Qu’est-ce qui vous paraît le plus subversif dans votre série ?
Sans doute la mise en lumière de l’importance du christianisme, du judéo-christianisme et du judaïsme sur l’émergence de Mahomet. Nous montrons aussi que les trois monothéismes sont étroitement liés. Allah n’est pas un autre dieu que le dieu des chrétiens ou le Yahvé des juifs. On risque d’être accusés de christocentrisme. Pourtant c’est positif, car quand on s’aperçoit de ce lien intrinsèque entre les trois monothéismes, la question des adversités se pose autrement.
[…]  Ce que nous apportons avec ce travail, c’est que nous mettons en regard de l’islam, non pas la tradition islamique et d’interprétation qu’il y a à l’intérieur du Coran, comme d’habitude, mais des historiens du judaïsme, des historiens du christianisme, des spécialistes des pères de l’Église. Du coup ces regards croisés, qui dépassent les querelles de clocher, révèlent des continents insoupçonnés.»
« Jésus et l’Islam », de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur. Série documentaire en sept épisodes de 52 minutes. Sur Arte le mardi 8 décembre à 20 h 55 (ép. 1 à 3), le mercredi 9 décembre à 22 h 25 (ép. 4 et 5) et le jeudi 10 décembre à 22 h 25 (ép. 6 et 7).
Heureusement qu’il existe des personnes qui apportent de l’intelligence dans ce monde de confusion.

Lundi 7 décembre 2015

Lundi 7 décembre 2015
«La sécession de populations entières avec le système politique de gouvernement du pays.»
Axel Kahn
Introduction que doivent ignorer les nombreux destinataires pressés
Aujourd’hui je suis en congé d’abord parce qu’il était prévu que nous nous trouvions en pleine fête des Lumières à Lyon, ensuite parce que j’avais un de ces rendez-vous désormais habituel pour moi avec un disciple d’Esculape. Je n’avais pas prévu de suspendre le mot du jour car je disposais de quelques réserves que je pouvais partager avec vous. Mais à la réflexion, il m’a paru ce matin qu’il n’y en avait aucun qui correspondait au temps du jour. Et rien de ce que j’avais entendu hier soir, ni ce matin ne me paraissait de nature à éclairer ce qui doit être la préoccupation du plus grand nombre. Je me suis donc abstenu. Mais je suis désormais à la mi-journée en mesure de vous proposer deux réflexions.
Le résultat d’hier ne saurait constituer une surprise. Toute personne rationnelle s’attendait à une consolidation des résultats de ce Parti qui n’a pas de solutions pour la France mais dont les dénonciations du système politique largement inefficace pour agir sur les choses qui comptent pour les gens, de la corruption de quelques-uns, de la connivence et de l’entre soi du plus grand nombre, rencontre la peur, les angoisses et les exaspérations d’une grande partie de la population française.
50% de la population ne se sent pas concerné par les élections et ne viennent même plus voter. Et parmi les 50% qui viennent il y a maintenant 3 pôles : le pôle le plus important celui de l’exaspération et de la dénonciation, les pôles de la droite et de la gauche qui ont l’habitude de gouverner. L’extrême gauche et les écologistes sont marginalisés alors que les problèmes sociaux et environnementaux n’ont jamais été plus prégnants.
Il utilise le terme de sécession. Car oui la France est divisée en deux plutôt qu’en 3 comme dit précédemment.
Il ne s’agit plus d’une division entre la gauche et la droite, entre les partisans de l’Etat et ceux du libéralisme.
Non. La France est divisée entre ceux qui sont inclus dans le système qui habitent les métropoles, disposent de diplômes et des clefs leur permettant de s’en sortir, d’avoir des espoirs raisonnables pour leurs enfants, et la disponibilité ainsi que l’éloignement suffisant avec les problèmes pour développer une pensée ouverte et positive au monde et ceux qui sont exclus ou craignent à courte échéance d’être exclus.
Et sur ce point j’ai trouvé une autre tribune dont je partage la plus grande part : <Contre le FN construire plutôt que dénoncer> :
« L’édito « anti-FN » du directeur du Monde, publié à la veille des élections régionales, est affligeant. Au bout de 30 ans, ils arrivent encore à croire que les éditoriaux critiquant le FN vont faire reculer ce parti. Juste à pleurer de voir tant d’aveuglement, à moins que ça ne soit du cynisme, pour obliger par la peur, à faire voter pour les partis dits « de gouvernement ».
Si le FN monte aux élections, c’est pour des raisons bien connues de qui veut bien regarder. Il est le symptôme d’un malaise profond de la France, d’une certaine France qui se sent exclue et méprisée, pour qui l’action publique, depuis 30 ans, n’a été qu’une série de déceptions. On leur a tout promis, droite comme gauche, et ils n’ont vu qu’une dégradation de leur situation. En prime, ils se font traiter de cons par des gens qui vivent dans une tour d’ivoire, bien à l’abri dans une forteresse dont les autres sont exclus.
Le FN monte parce que la France est un pays barricadé, qui précarise une partie de sa population (qui en finit par voter FN), pour sécuriser une petite minorité (celle qui lit Le Monde). Il suffit de voir la difficulté qu’il peut y avoir pour certains à avoir un travail, un logement, même simplement accès à internet ou aux services publics. Quand vous habitez au fin fond de la Picardie, que vous êtes au chômage (et sans espoir de sortir des petits boulots), que le bureau de poste de la commune d’à côté vient de fermer, que votre débit internet est encore de 512K, quel effet peut avoir l’édito du monde, qui vous explique que le programme du FN est une imposture ? Déjà pour commencer, vous ne lisez pas le Monde. Vous ne lisez pas plus les programmes de partis politiques, quels qu’ils soient. Pour ce qu’ils valent, ce n’est pas plus mal, car si le programme du FN est mauvais, il a le mérite d’exister. J’aimerais bien lire le programme du PS, enfin, le vrai, celui qu’ils appliquent, pas celui qui était sur leur tract au moment des élections (rappelez-vous : « le changement, c’est maintenant »).
La question du FN n’est donc pas une histoire de programme politique qu’il faudrait démonter de manière systématique et rationnelle. C’est d’abord l’histoire d’une fracture sociale (encore un vieux slogan non suivi d’effets) et d’un immobilisme des élites, qui s’est doublé, ces derniers temps, de la révélation de leur incompétence totale. Il a suffi d’une crise liée à des attentats pour que le décor s’écroule et qu’on s’aperçoive que ces élus pontifiants ne maitrisent plus rien. La seule ressource de François Hollande pour répondre à la menace terroriste est de donner les pleins pouvoirs à la Police, au mépris total des Libertés publiques.
Depuis le 13 novembre, et la manière dont se comportent nos élus, j’en viens à comprendre le vote FN. Je n’en suis pas encore là (et il en faudra vraiment beaucoup pour que j’y arrive) mais je partage désormais la colère que les électeurs cherchent à exprimer en votant pour le FN. Je comprends que pour certains, le vote FN est un crève-cœur, mais cela leur apparait comme la seule porte de sortie, faute d’alternative.
Cette alternative, il faut la bâtir et la colère peut être un moteur. Il y a beaucoup de boulot en perspective. Certains vont se précipiter sur la première solution qui vient à l’esprit : monter un parti politique et présenter des candidats aux élections. C’est la dernière étape du processus, si rien n’a marché avant.
Il faut commencer par bâtir un programme. C’est un boulot énorme de se poser, de dire ce que l’on veut, de le formaliser. Cela peut être des mesures très précises, mais aussi des lignes directrices ou de grandes aspirations. Il faut aussi le diffuser et le faire partager. Il est donc nécessaire de « rencontrer un public » et cela n’est possible que si le programme répond aux aspirations et attentes d’une génération. Ce n’est pas possible de le faire dans les éditoriaux de grands journaux parisiens ou depuis les plateaux de télévision. Non seulement ils sont squattés par la vieille génération, mais surtout, ils ne sont que des moyens de diffusion. Quand on n’a rien à dire, comme une bonne partie de notre classe politique l’illustre, passer en boucle à la télévision ne sert pas à grand-chose. Les outils, notamment numériques, existent, mais cela demande aussi une structuration, qui pour le moment, fait défaut. Si des structures existent, aucune ne s’est vraiment donné comme objectif de porter un projet politique. »
Un projet politique comme aurait dit Mendés France, une stratégie non pas électorale mais pour le monde demain crédible et compatible avec les intérêts du plus grand nombre et encore plus compliqué, compatible avec les contraintes de notre terre.

Vendredi 4 décembre 2015

Vendredi 4 décembre 2015
« La diversité, […] ce n’est pas seulement le tigre, l’éléphant et la baleine. C’est l’homme aussi. […]
Une autre histoire était possible. Un autre monde reste à construire. »
Fabrice Nicolino
Je pense que pendant la COP21, il est intéressant de partager avec vous les idées de Fabrice Nicolino. Fabrice Nicolino était l’invité de Patrick Cohen à France Inter le 18 septembre 2015 http://www.franceinter.fr/emission-linvite-fabrice-nicolino et l’invité de Jean-Jacques Bourdin le 21 septembre http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/fabrice-nicolino-face-a-jean-jacques-bourdin-en-direct-637791.html.
Il était invité pour parler de son livre « Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture ».  Ce livre devait être publié le 9 janvier 2015, mais il ne l’a pas été car 2 jours avant, avait eu lieu l’attentat de Charlie Hebdo. Fabrice Nicolino était dans la salle de rédaction de Charlie Hebdo, assis à côté de Bernard Maris et en train de plaisanter avec lui. « Je me marrais avec Bernard et tout s’est arrêté. »  Les terroristes sont entrés et il a été touché de 3 balles. Il fut transporté à l’hôpital entre la vie et la mort.
Il est resté plusieurs mois à l’hôpital, il est toujours sous morphine. Et il n’arrive plus à courir avec son fils.
Mais il a d’abord une pensée pour les absents et une autre pour ses deux collègues le journaliste Philippe Lançon et le webmaster Simon Fieschi qui sont toujours à l’hôpital, au moment de l’entretien avec Bourdin. Fabrice Nicollino avait déjà subi un premier attentat, en 1985, au cinéma Rivoli Beaubourg, à Paris. Avec humour, cette politesse du désespoir, il espère qu’il n’y aura pas de troisième fois. Il y a eu les morts, il reste les vivants qui seront marqués à vie et qui pour certains sont toujours blessés dans leurs chairs.
Mais Fabrice Nicolino a écrit un livre sur l’agriculture.
Il remet en cause l’agriculture industrielle, il prétend qu’une agriculture biologique et non chimique peut être assez productive pour nourrir la planète.
Il évoque pour le monde paysan, un immense gâchis, où les paysans se suicident ou vivent dans la pauvreté
« Les deux guerres mondiales ont été un accélérateur. Pas tellement la première : malgré l’arrivée de quelques tracteurs Renault, cela n’a pas dépassé le stade préindustriel. En revanche, les États-Unis étaient déjà très en pointe sur la mécanisation, on ne s’en rendait alors pas bien compte en France. Le vrai changement c’est la Deuxième Guerre mondiale, dont le pays sort exsangue. C’est alors qu’une nouvelle génération d’agronomes et de zootechniciens rencontre de jeunes agriculteurs, tous ayant en commun la volonté de dynamiter la vieille agriculture. Et ce en accord avec les autorités politiques, dont Jean Monnet, commissaire au Plan de 1945 à 1952, épaulé par Jean Fourastié, inventeur du terme « Trente glorieuses » et qui a introduit celui de « productivité ».
Cette coalition informelle reçoit en cadeau le Plan Marshall, dont l’un des objectifs pour les États-Unis était de reconvertir l’industrie de guerre à des fins civiles : en échange de prêts très importants, les pays bénéficiaires devaient s’équiper de produits américains. Un véritable cheval de Troie, qui a permis l’arrivée en masse des tracteurs et des pesticides. De plus, de nombreux zootechniciens, agronomes et technocrates ont fait le voyage des États-Unis entre 1945 et 1955, où ils ont vu, en matière de nouvelles techniques, des choses qui leur paraissaient merveilleuses. Pourtant, ce processus d’industrialisation ne va pas encore jusqu’au bout. Pour cela, il faut attendre l’arrivée de De Gaulle, en 1958, et son envie de grandeur française et de centralisation, portée par des technocrates très actifs. »
[…] Outre la dégradation généralisée de l’environnement, cette agriculture va remplacer le monde « arriéré » des campagnes par des machines. Le tout au nom de l’idéologie du progrès : la disparition des paysans était perçue comme positive, c’était l’arriération qui disparaissait. Avec l’arrivée de De Gaulle, on a donc vidé les campagnes de leurs paysans pour remplir les banlieues, engendrant par la suite un chômage de masse qui n’a jamais disparu. Alors que le nombre d’agriculteurs est passé de 10 millions en 1945 à 450.000 de nos jours, on a rempli les banlieues d’ouvriers qui n’ont plus de boulot. C’est un mouvement qui a complètement changé la face de la France.
[…]
Il ne s’agit pas de recréer la campagne d’antan. C’était un monde difficile, pas idyllique. Mais les gens des campagnes n’ont aucune raison de se priver d’internet, ils pourraient être mieux reliés à la ville. On peut tout à fait imaginer que les villages et les petites villes revivent, plutôt que de voir des villages sinistrés, vidés de leurs habitants. Pour cela, il faudrait signer un pacte avec les paysans, susceptible d’entraîner les gens, de les accompagner. Des millions de Français souhaitent manger mieux : ce pacte devrait assurer aux paysans, en échange de produits de qualité, des débouchés, de la considération. Selon moi, il faut un plan de sortie de l’agriculture industrielle, au même titre qu’un plan de sortie du nucléaire, sur 20, 30 ou 40 ans. Il n’y a pas d’obstacles techniques à cela, et plein de gens feraient le saut. Il y a une urgence écologique et démocratique à se bouger.
[…] Dans cette Lettre ouverte à un paysan sur le merdier qu’est devenue l’agriculture, Fabrice Nicolino revient sur la violence engendrée par la transformation à marche forcée des campagnes. Comme lors de ce remembrement à Geffosses, dans la Manche, où Georges Lebreuilly, un petit paysan, se jettera « sous les chenilles d’un bulldozer pour sauver un chemin creux ». Et, devenu maire, érigera un monument en hommage aux victimes du remembrement.
La « bidonvillisation du monde » le prend à la gorge. À 60 ans cette année, Fabrice Nicolino n’a pourtant renoncé à rien. 2015, c’est l’année de toutes les tempêtes mais aussi celle de l’espérance.
Dans les décombres de sa vie, il rêve d’un ailleurs. Où l’esprit de Charlie s’incarnerait dans une écologie fraternelle pour contrer la dislocation d’un monde « soudé aux écrans ouvrant sur le vide ».
« La diversité, glisse-t-il à Raymond, son paysan imaginaire, ce n’est pas seulement le tigre, l’éléphant et la baleine. C’est l’homme aussi. Ne me dis surtout pas que tu ne regrettes rien. Moi, si. Une autre histoire était possible. Un autre monde reste à construire. »
Il  semble convaincu qu’on peut nourrir la planète avec une agriculture moins chimique et plus respectueuse de la nature et de l’homme. Et s’il avait raison.

Jeudi 3 décembre 2015

Jeudi 3 décembre 2015
« Nous avons affaire à un projet politique et religieux  fondamentaliste venant de l’Islam »
Marcel Gauchet dans l’émission d’Anne Sinclair du 22/11/2015
Nous avons besoin de comprendre ce qui nous arrive.
Pour cela, il faut faire appel à des intellectuels qui pensent les phénomènes dans leur globalité. Les différents éclairages peuvent être complémentaires, quelquefois même se frictionner un peu, sans toutefois se contredire.
 
Il décrit la situation de ces jeunes dont certains ne sont pas nés musulmans, mais ce sont convertis et qui entrent dans cet univers effrayant de l’appel à la mort. Il  pense que la jeunesse a de tout temps eu besoin d’absolu, de rallier une cause supérieure pour laquelle cela valait la peine de mourir et aussi de donner la mort.
Historiquement il y eut à la fin du XIXème siècle les anarchistes qui multipliaient les attentats, puis il y eut les fascistes, puis les mouvements révolutionnaires. Aujourd’hui, Olivier Roy explique que la seule cause qui se trouve sur le marché est l’islamisme. Les jeunes qui éprouvent ce besoin de radicalité se tournent alors vers l’islam et ses franges les plus rigoristes, les plus absolues. C’est pour cette raison qu’il parle de l’islamisation de la radicalisation.
J’émets pour ma part l’hypothèse que demain peut-être l’écologie pourrait aussi être une cause de radicalisation. Peut-être qu’alors des attentats ou des crimes horribles seront commis au nom de cette extraordinaire cause  « sauver la planète » qui serait plus justement décrite par l’expression «  sauver l’espèce humaine ». C’est une hypothèse qui me paraît crédible.
La vision de Marcel Gauchet est complémentaire et il parle moins des jeunes tueurs d’ici que des idéologues de DAECH, mais aussi des fondamentalistes salafistes d’ici et des pays du moyen orient et de la péninsule arabique.
C’est ainsi qu’il commence son intervention dans l’émission d’Anne Sinclair : « Nous avons affaire à un projet politique et religieux  fondamentaliste venant de l’Islam. [..]. Ce fondamentalisme relève d’une réaction à la  pénétration dans des sociétés encore largement traditionnelles  des valeurs occidentales modernes qui déstabilisent ce terreau social et qui suscite une réaction mi identitaire mi religieuse qui peut prendre l’aspect d’un projet de restauration en bonne et due forme d’une société intégralement organisée par le religieux. »
Marcel Gauchet insiste beaucoup sur notre incapacité de concevoir la religion comme projet de société comme organisation de la société. Dans notre conception la religion est individuelle.
« Pour nous, le religieux c’est le personnel par excellence, mais le religieux historiquement jusqu’à une date tout à fait récente jusqu’à il y a deux siècle et demi dans le monde européen, c’était tout autre chose, c’était une manière pour les sociétés de s’organiser sous tous leurs aspects ». Et Marcel Gauchet constate que dans les pays musulmans, l’Islam organise encore grandement ces sociétés.
Des tensions surviennent parce que dans ces sociétés la mondialisation, l’individualisme, bref les normes occidentales sont en train de séduire la population et le fondamentalisme est alors une réaction rigoriste contre cette séduction, cette corruption des masses musulmanes décrites comme diabolique.
Il y a un autre point sur lequel il insiste concernant l’imaginaire musulman. Pour les pieux musulmans le troisième monothéisme est le plus accompli, celui qui domine les autres par ses valeurs et son intelligence. Or cette supériorité spirituelle se heurte à la réalité culturelle et économique du monde. Gauchet explique que pour ces musulmans « les dominants religieux sont les dominés culturels et économiques ». C’est une situation qui va susciter un antagonisme très fort qui prend la forme d’une haine terrible et une détestation absolue comme l’exprime par exemple le communiqué de DAECH revendiquant les attentats.
Vers la fin de l’émission il révèle une autre incapacité conceptuelle de nos esprits contemporains qui vivons en démocratie, dans des pays de liberté où on peut tout critiquer même la démocratie : Nous ne pouvons pas comprendre qu’on ne nous aime pas, qu’on peut ne pas aimer notre manière de vivre, notre démocratie, notre liberté, notre individualisme.
Or tel est le cas, il y a des sociétés, des groupes, des organisations, des structures étatiques qui ne nous aiment pas du tout, qui sont opposés à nos valeurs qu’ils considèrent comme erronés selon leur conception du monde.
Vous trouverez en pièce jointe, un article du Monde où Marcel Gauchet développe aussi sa réflexion sur ce qui nous arrive.
Il écrit notamment : « Nous allons tout de suite chercher des causes économiques et sociales. Or celles-ci jouent tout au plus un rôle de déclencheur. C’est bien à un phénomène religieux que nous avons affaire. Tant que nous ne regarderons pas ce fait en face, nous ne comprendrons pas ce qui nous arrive. »
Après un développement où il approfondit encore les causes du fondamentalisme il arrive à une conclusion assez optimiste pour l’avenir car il pense que  le fondamentalisme est en dépit de tout et malgré lui une voie d’entrée à reculons dans la modernité : « Il ne constitue pas pour moi une menace capable de remettre en question la manière d’être de nos sociétés. Bien sûr, il peut tuer beaucoup de gens, faire des dégâts épouvantables et créer des situations atroces, mais il ne représente pas une alternative en mesure de nous submerger. Affrontons-le pour ce qu’il est, sans lui prêter une puissance qu’il n’a pas. »

Mercredi 2 décembre 2015

Mercredi 2 décembre 2015
« De cette guerre de tout homme contre tout homme résulte aussi que rien ne peut être injuste.
Les notions de bien et de mal, justice et injustice, n’ont pas leur place ici. Là où n’existe aucun pouvoir commun, il n’y a pas de loi.
Là où n’existe pas de loi, il n’y a aucune injustice.
La force et la ruse sont en temps de guerre les deux vertus cardinales. »
Thomas Hobbes, « le Léviathan » Chapitre 13
Thomas Hobbes (1588 – 1679) est un philosophe anglais que l’on connaît par son livre de philosophie politique « le Léviathan ».
Il est un de ceux qui sont en général reconnus comme un des concepteurs du libéralisme dans un temps où la religion était omniprésente et l’organisation des sociétés était dominé par le gouvernement de droit divin d’un souverain.
Nous sommes en état de guerre disent nos gouvernants.
Plusieurs fois j’ai entendu des intervenants citer Hobbes pour parler de nos temps présents de la guerre. Brice Couturier a même opposé une France avec une politique Hobbesienne en face d’une Allemagne adepte d’une politique Kantienne en référence probablement à son ouvrage « Zum ewigen Frieden. Ein philosophischer Entwurf» –  Vers la paix perpétuelle, un essai philosophique.
C’est dans son chapitre 13 du « Leviathan », qu’Hobbes parle de la guerre. Vous en trouverez un extrait dans une pièce jointe.
Et si j’essaie de résumer son propos dans un langage plus moderne : il dit que pour mettre fin à la guerre, il faut des Lois et les Lois sont le fait de la Politique, c’est à dire l’organisation des hommes et des sociétés.
S’il n’y a pas de Loi, pas de politique, les notions de bien et de mal n’ont pas leur place.
Toute cette réflexion est développée dans l’émission les chemins de la connaissance : <http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-qu-est-ce-qu-une-guerre-14-hobbes-et-clausewitz-l-e>
Dans cette émission Hobbes est opposé à Clausewitz, celui à qui on attribue la phrase : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », phrase qu’il n’a pas écrite ainsi. Dans l’émission la phrase est citée dans sa version originale.
Il s’agit donc bien deux pensées différentes, l’une qui oppose la politique et la guerre et l’autre qui considère que la guerre fait partie intégrante de la politique.
Il reste cependant que l’utilisation du terme guerre est très problématique dans notre situation actuelle.
Parce que d’une part si nous sommes en guerre et en cela je rejoins Hobbes « rien ne peut être injuste », il semble quand même difficile de ne pas reconnaître que si nous bombardons nos ennemis de DAECH dans le cadre d’une guerre, ces derniers ne soient pas légitimes à venir nous frapper chez nous. Alors oui, ils utilisent des armes asymétriques, la France utilise des avions sophistiqués, le Rafale coûte 94 Millions d’euros environ. Faire un lavage de cerveau d’un jeune braqueur occidental, l’armer d’une kalachnikov et d’une ceinture d’explosif pour finir le travail est beaucoup moins onéreux. Mais le résultat est suffisant pour le but de guerre de l’ennemi : créer la peur, diviser les français en espérant que d’autres jeunes écervelés rejoignent les rangs des tueurs.
Qu’ensuite le but de guerre semble assez peu établi. Éradiquer le terrorisme ! Ce n’est pas sérieux, ils n’y arriveront pas uniquement avec une action militaire, encore moins des frappes aériennes. Si une coalition parvient à s’unir suffisamment, ils pourront éliminer les chefs de DAECH et chasser ses combattants des villes qu’ils occupent actuellement. Mais ils n’auront toujours pas éradiqué le terrorisme, il est passé d’Al Qaida à DAECH, si DAECH est suffisamment amoindri, un autre groupe se lèvera.
Car le but de guerre, c’est surtout répondre à deux questions de manière claire au moment où on passe à l’action :
1° Quand considère-t-on l’objectif atteint ?
2° Qu’est qu’on fait après ?
Lors de la seconde guerre mondiale, l’objectif était la capitulation de l’Allemagne. On s’en est donné les moyens, on a cherché tous les alliés qui pouvaient aider, on les a armés et on a gagné. Le général Patton voulait continuer après avoir battu les nazis, il voulait se retourner contre l’URSS et continuer la guerre. Les stratèges américains et alliés ont heureusement freiné cette dérive : le but de guerre sur le front européen était atteint, il fallait arrêter
Et puis après, la suite a été organisée et on en connaît les fruits, une Allemagne pacifique qui est sortie de la noire période nazie.
Lors de la guerre du Viet Nam les Etats-Unis n’avaient pas un tel but de guerre. Ils se sont enlisés et ont dû se retirer piteusement, exactement comme l’URSS en Afghanistan.
Et puis il y a la politique que l’on fait après …
Quand GW Bush a engagé la seconde guerre contre l’Irak, il avait peut-être un but de guerre, battre l’armée régulière irakienne puis destituer Saddam Hussein. Mais c’est tout ! Pour après, il n’y avait pas de plan. Ou alors un plan pour les contes pour enfant : et après avoir vaincu l’horrible dictateur les gentils américains ont aidé l’Irak à entrer dans l’ère progressiste et pacifique de la démocratie ! 
Parce que s’il existe des fous d’Allah qui participent à ce chaos et à ce naufrage de la civilisation, il y a aussi des problèmes fondamentalement politiques qui ont conduit à la création de ce monstre.
Vous trouverez en pièce jointe un article montrant le rôle qu’a joué un ancien colonel des services secrets de l’armée de Saddam Hussein dans l’émergence et l’organisation de DAECH.
Il faut toujours rappeler que c’est GW Bush qui a le premier depuis bien longtemps utilisé le terme de croisade. Quand DAECH dans sa revendication des attentats du 13 novembre parle de « croisés », il ne fait que répondre au camp occidental.
Il semble donc que l’utilisation du terme de guerre est à la fois inappropriée et laisse le problème de fond dans un flou tel qu’il n’existe aujourd’hui aucun espoir que l’engagement de nos forces armées règle le moindre problème en Irak et en Syrie et nous évitent des attaques terroristes qui seront mieux combattues par des services de sécurités et de renseignements efficaces et communicants à l’échelle du continent européen.
Mais pour le reste, je crois qu’on peut revenir à la pensée de Hobbes, il faut faire de la politique.
C’est-à-dire réfléchir sur les frontières artificielles de cette région, et puis traiter la question kurde, israélo-palestinienne, la cohabitation entre les communautés religieuses.
Je ne dis pas que cela est facile. Bien sûr que non.
Mais la guerre ne permettra pas d’améliorer la situation bien au contraire.
Je pense qu’il peut aussi être intéressant de lire cette Tribune dans Libération écrit le 24 novembre 2015 par un groupe d’intellectuels : <Les Rafale tuent des civils aussi innocents que ceux du Bataclan. Comme en Irak, certains de ces civils finiront par se solidariser avec les djihadistes : ces bombardements sont des bombes à retardement.>

Mardi 1er décembre 2015

Mardi 1er décembre 2015
«  C’est formidable d’être un con. »
Gérard Depardieu
Je voudrais à nouveau partager avec vous un billet de François Morel, celui du vendredi 27 novembre :
Depuis vendredi, il y a eu de belles manifestations en ouverture de la COP 21 et aussi des comportements de cons violents.
« Et si on parlait d’autre chose.
Je feuillette les journaux, Je regarde les infos, j’écoute la radio et je me dis : «  tiens si on parlait d’autre chose ! »
Oui mais de quoi ?
De Gérard Depardieu !
Il vient de sortir un livre dans lequel il écrit : « c’est formidable d’être un con. »
Il a raison.
Je suis un con disait Wolinski mais quand je vois ce que les gens intelligents ont fait du monde.
Un anonyme a dit : « Il vaut mieux être bourré qu’être con, ça dure moins longtemps. » Ce n’est pas forcément vrai pour Gérard Depardieu…
Oui Gérard, c’est formidable d’être un con comme nous le dit Brassens : « Quand les cons sont braves comme moi, comme toi, comme nous, comme vous, ce n’est pas très grave. Qu’ils commettent, se permettent des bêtises, des sottises, qu’ils déraisonnent, ils n’emmerdent personne. Par malheur sur terre, la plupart des tocards sont des gens très méchants, des crétins sectaires. Ils s’agitent, ils s’excitent, ils s’emploient, ils déploient Leur zèle à la ronde, ils emmerdent tout le monde. »
« A propos de tocards, de crétins sectaires… Le père Hervé Benoit, chapelain à la basilique de Fourvière, juge que les victimes du bataclan étaient les frères siamois de leurs bourreaux.
On peut penser que c’est très exagéré.
On est plus dans la vérité si on juge que le père Hervé Benoit est le frère siamois de l’imam de Brest qui prétend que ceux qui chantent seront engloutis sous la terre par Allah et transformés en porc ou en singe.
Iman et Curé, Partez en vacances ensemble s’il vous plaît, le plus loin possible de la terre, vers les paradis où vous pensez trouver la félicité et surtout ne revenez jamais !
Ah Oui ! Je voulais parler d’autre chose, mais de quoi ?
De cons ! Oui ! Çà c’est un bon sujet.
En Belgique, une mère de famille a été jugée pour avoir obligé son fils à copier 100 fois : « je suis un con ! » parce qu’il renâclait devant ses devoirs de vacances. Avant, elle l’avait frappé, lui avait administré une douche froide, jeté son MP3 dans l’aquarium puis l’avait contraint à manger du papier. Après on va reprocher aux mamans de ne pas être assez exigeante avec leurs rejetons. On va condamner une trop grande permissivité dans l’éducation des enfants.
Abdelhamid Abaoud était un petit con, selon un ex camarade de classe, qui harcelait ses condisciples et ses professeurs. S’il avait écrit 100 fois : « je suis un petit  con ! » et mâcher du papier, serait-il devenu moins con ? Rien n’est moins sûr.
Oui je sais, je voulais parler d’autre chose, des cons, surtout que les cons occupent l’actualité. […]
Henry Miller a écrit un livre en français : « je ne suis pas plus con qu’un autre. On trouve dedans, cette phrase certainement pas plus conne qu’une autre : « N’essayez pas de changer le monde, changer le ! »
Décidément on ne peut pas parler d’autre chose ! »
François Morel
Si vous voulez l’écouter, <c’est ici>

Lundi 30 novembre 2015

« Enterrer les morts et réparer les vivants. »
Anton Tchekov – Platonov

Le président de la république, lors de son discours, aux invalides en hommage aux victimes du 13 novembre, a eu cette phrase :

« Nous rassemblerons nos forces pour apaiser les douleurs et après avoir enterré les morts, il nous reviendra de réparer les vivants ».

Cette formule « réparer les vivants » a, dans un premier temps, évoqué un ouvrage récent de Maylis de Kerangal qui retrace le parcours du cœur d’un jeune homme décédé le matin dans un accident de voiture, cœur qui sera transplanté dans la journée.

Le sujet principal du livre étant « le cœur » qui va du mort au vivant.

Mais l’origine de cette phrase se trouve dans une pièce de théâtre d’Anton Tchekhov « Platonov » qu’il a écrit à l’âge de 18 ans et qui n’a jamais été joué de son vivant. Wikipedia nous apprend que cette pièce a été retrouvée en 1921, alors qu’il était mort depuis 17 ans.

C’est une réponse à une question :

« Que faire Nicolas ? »

Et la réplique :

« Enterrer les morts et réparer les vivants. ».

C’est le chemin que doit emprunter toute personne qui est dans le deuil, qu’il s’agisse d’un deuil personnel intime de sa mère, de son père, de l’être aimé ou pire d’un enfant.

C’est bien sûr aussi ce qu’il faut faire quand une collectivité, comme la nôtre, est frappée par le deuil. François Hollande a su le dire.

Et il a fini son hommage par une autre phrase qui fait écho à l’Histoire. Lors de son fabuleux discours pour l’entrée au Panthéon de Jean Moulin, André Malraux avait lancé :

« Jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France…».

Aux Invalides, la conclusion de François Hollande

« Malgré les larmes, cette génération est aujourd’hui devenue le visage de la France. »

Ce fut, en effet un discours de qualité, j’ai été ému.

Mais, il n’en reste pas moins que François Hollande, n’est pas un orateur du niveau d’André Malraux ni même plus récemment de François Mitterrand. Il y a la voix, le ton, les hésitations qui ont été cependant moins fréquentes lors de ce discours.

Mais j’ai compris quelque chose, grâce à ce discours, qui fut son meilleur. Il abuse souvent de la répétition.

Il commence par une belle introduction :

« C’est parce qu’ils étaient la vie qu’ils ont été tués. C’est parce qu’ils étaient la France qu’ils ont été abattus. C’est parce qu’ils étaient la liberté qu’ils ont été massacrés. »

Dans cette accumulation, il ne se répète pas, chaque phrase dit autre chose de la même réalité. En cela, il y a un crescendo qui révèle de la force dans le discours.

Mais quand il dit :

« C’est cette harmonie qu’ils voulaient casser, briser ». Briser n’apporte rien à casser et réciproquement.

Plus loin il dit :

« Que veulent les terroristes ? Nous diviser, nous opposer, nous jeter les uns contre les autres. »

Dans ces deux cas il aurait été beaucoup plus fort de dire simplement « C’est cette harmonie qu’ils voulaient briser » et « Les terroristes veulent nous jeter les uns contre les autres. »

C’est parce que ce discours était très bon et émouvant que j’ai pu comprendre cela.

Il s’agit de sa marque de fabrique, l’utilisation de plusieurs termes pour dire la même chose. J’interprète cela comme la révélation que cet homme ne sait pas choisir. Il ne sait pas décider, aller à l’essentiel, sélectionner le meilleur mot entre « casser » et « briser », alors il prend les deux.

Vous allez me répondre, mais comme chef de guerre, il sait décider !

Peut-être.

Mais sommes-nous vraiment en guerre ?

<606>

Vendredi 27 novembre 2015

Vendredi 27 novembre 2015
«Un modèle pour nous»
Wiaz
Pour être un peu plus concis que ces derniers jours : un dessin pour rappeler que la COP 21, c’est à dire la 21e conférence des parties, rassemblement annuel de tous les pays désireux d’agir pour le climat débute ce dimanche et va durer jusqu’au 11 décembre.
C’est un dessin que Wiaz a réalisé pour le grenelle de l’environnement et qui me semble adapté à cette grande conférence.
Il pourrait aussi représenter de façon symbolique les pays riches qui parlent au pays pauvre.
Dans le fond ce qu’il nous faut, c’est un modèle de développement pour l’avenir

Jeudi 26 novembre 2015

Jeudi 26 novembre 2015
«L’Islam n’a rien à voir avec DAESH»
Propos très souvent entendu sur les ondes par des musulmans horrifiés par la violence de Daech ou par des non musulmans voulant être rationnel et bienveillant.
Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation : « l’Islam n’a rien à voir avec DAESH ».
Je peux entendre et être en accord avec des affirmations du type : L’Islam peut être interprété autrement que la vision de DAECH ou même une affirmation plus radicale et bienveillante : « L’Islam n’est pas DAECH »
Mais dire que l’Islam n’a rien à voir avec DAECH est faux. Absolument, fondamentalement et rigoureusement faux.
Les religions monothéistes sont par construction intolérantes et totalitaires.
Quant à la base des fondamentaux de son existence, un humain croit à un Dieu unique, bien sûr son Dieu. Qu’il pense que la vraie vie est dans l’au-delà et pas sur terre et qu’il existe des textes « sacrés » qui disent la vérité et des « hommes de Dieu » qui parlent au nom de ce Dieu il y a forcément des conséquences qui sont très éloignées des valeurs de démocratie, de tolérance, de liberté.
Il est logique que lorsqu’on fonde sa vie sur la croyance en un Dieu unique qui est le sien, celui qui ne partage pas cette croyance n’est pas quelqu’un qui a une autre opinion, mais quelqu’un qui est dans l’erreur. C’est un point fondamental et premier. «Le ver est dans le fruit» répète Abdennour Bidar.
Après il y a une deuxième étape, comment agit on avec celui qui est dans l’erreur ?
Les croyants monothéistes postulent un second axiome à celui du Dieu unique : l’important n’est pas la vie sur cette terre que certains désignent comme un pèlerinage dans une vallée d’épreuves et de larmes, mais la vie après la mort, en enfer ou au paradis. Bref, la vie humaine n’a pas de valeur absolue, comme chez les « mécréants ».
Je reviens à la question : comment agit-on avec celui qui est dans l’erreur ?
Le christianisme a pendant longtemps répondu : il faut le brûler. On acceptait que celui qui était dans l’erreur, le reconnaisse et s’amende mais s’il persévérait, il fallait le brûler.
Je ne veux pas opposer deux religions en les comparants de manière scientifique et rationnelle.
Toutefois il est quand même possible de constater que les figures centrales du christianisme et de l’Islam sont assez différentes.
Le Christ a vécu au début de notre ère et a été crucifié par les autorités impériales romaines. Cela je crois ne se discute plus. Pour tout le reste c’est beaucoup plus hasardeux pour tous ceux qui ne croient pas ou qui ne s’arrêtent pas à la seule croyance.
Pour revenir à ce qui est certain, le personnage central de cette religion a été exécuté par la peine infamante des esclaves.
Dans le texte qui décrit cela et sur lequel se fonde les croyants chrétiens et qui est « sacré à leurs yeux », il semble bien que cet homme « Jésus de Nazareth » ait accepté de se faire arrêter sans combattre et appelé ses fidèles à la non-violence puisqu’il aurait dit à un de ses disciples de ne pas sortir l’épée.
Il y a un épisode dans l’évangile qui parle de violence, c’est celui où Jésus chasse les marchands du temple de Jérusalem. Il ne les tue pas mais il les oblige par des actes de violence de sortir du temple. Mis à part cet épisode, il apparait plutôt comme un non violent.
Et…
Et malgré cet exemple, à la fois la crucifixion et un message fondamentalement non violent, le christianisme quand il a pu prendre le pouvoir dans l’Empire et plus tard dans les principautés et royaumes chrétiens a usé de violence extrême pour convertir, combattre les erreurs appelés hérésies, ou pourchasser les non croyants, en tuant et en emprisonnant tous ceux qui ne se soumettaient pas au dogme imposé par la puissance religieuse.
Malgré l’exemple et le texte accompagnant le personnage central initial et initiatique, la religion chrétienne s’est abimée dans la violence et le totalitarisme intellectuel et sociétal. C’est en effet un totalitarisme puisque la science naissante ne pouvait pas dire autre chose ce que le dogme imposait et la vie sociétale était étroitement surveillée par les gardiens du dogme. Il me semble que le terme « pensée totalitaire » est parfaitement approprié.
Il me semble que cette histoire illustre parfaitement les dérives inhérentes à la croyance monothéiste.
Force est de constater que l’Islam a été construit sur un personnage central et historique très différent. Jésus est un vaincu de la vie terrestre, il a été exécuté et semble-t-il sans combattre. Mohammed est certainement un homme plein de bienveillance, jugé à l’aune de son époque, et les musulmans sont capables de citer beaucoup de ses propos ou de ses faits qui montrent son humanité.
Toutefois, il s’agissait bien d’un chef de guerre. C’est un vainqueur de la vie terrestre : il a soumis ses opposants par la force. Certes il avait probablement un grand charisme et un discours très entraînant mais il avait une armée et un des moyens pour convertir a été de vaincre militairement.
Cette manière de faire a été approuvée et pratiqué par lui.
D’autres épisodes de sa vie montre que de son vivant il a décidé ou approuvé des massacres de ces « fameux humains dans l’erreur par rapport à la croyance monothéiste que j’ai évoqué avant »
Dès lors a fortiori par rapport au christianisme, l’intolérance monothéiste trouve encore plus matière à s’épanouir dans cette religion.
Il s’est passé quelque chose dans le christianisme : la renaissance et les lumières. Ce ne fut pas à l’intérieur de la religion que ce mouvement a émergé et s’est éclos. Et c’est ce mouvement qui a obligé peu à peu la religion chrétienne à accepter le relativisme, concept éminemment compliqué pour la pensée monothéiste. Des hommes sont morts pour cela. Le local PS de Villeurbanne se trouve rue Michel Servet. J’ai été surpris, un jour où je m’y trouvais que personne ne connaissait Michel Servet. C’était un scientifique et il voulait aussi faire évoluer la pensée théologique. Et il a été brûlé vif pour hérésie le 27 octobre 1553 à Genève sur l’ordre de Jean Calvin. Car les pères réformateurs n’étaient pas plus tolérants que les prélats catholiques.
Des scientifiques d’abord, des philosophes ensuite ont entraîné un mouvement qui a amené à la fois au développement extraordinaire des sciences et de la liberté.
L’Islam n’a pas connu un tel mouvement. Pourtant, il y eut une époque où la médecine, la science et les arts de la civilisation musulmane avaient beaucoup plus d’atouts que les pays chrétiens pour entrer dans l’ère de la lumière. Mais ce ne fut pas le cas.
Et il est lassant et répétitif de raconter toutes ces horreurs, tous ces crimes commis au nom de l’Islam dans les pays symboles comme l’Arabie saoudite, l’Iran, le Pakistan.
<Le 17 novembre, 4 ajours après les attentats de Paris, un poète a été condamné à mort en Arabie Saoudite pour apostasie> Donc en Arabie, on tue un poète parce qu’il veut quitter la religion musulmane. Mes amis nous sommes contemporains de cela et ce crime est commis au nom de l’Islam, aujourd’hui.
L’Arabie Saoudite qui a financé le développement des communautés fondamentalistes et salafistes jusque dans notre pays. Beaucoup d’entre vous ont entendu ce que l’imam salafiste de Brest raconte de la musique : « Qui écoute de la musique ? », demande l’imam. De nombreux doigts se lèvent spontanément. L’imam poursuit : « Écouter de la musique, c’est un grave péché. C’est écouter Scheitan, le diable ». Les enfants boivent ses paroles. « Allah n’aime pas la musique parce que c’est ce que le diable aime ». Un enfant lève le doigt. « Moi je fais de la batterie ». « Et bien tu vas arrêter d’en faire », poursuit l’imam en faisant référence à l’apocalypse pour mieux marquer les esprits. « Ceux qui chantent, le prophète a dit qu’ils seront engloutis sous la terre. Ils seront transformés en singes ou en porcs. Qui aime encore la musique ? », demande-t-il à son assistance médusée.
Alors quand on dit que les crimes de ces petits délinquants guidés par des idéologues de DAESH n’ont rien à voir avec l’Islam, je ne peux pas accepter cette affirmation qui se voudrait rassurante.
Mais enfin ! Si les tribunaux des gens respectables de Ryad peuvent condamner à mort un homme dont le seul crime est de ne pas croire, quand un religieux de Brest prétend qu’écouter la musique c’est pactiser avec le diable, être tout prêt d’être transformé en porc, cela ne peut-il pas justifié des jeunes écervelés de croire qu’on peut tuer ceux qui ne croient pas comme eux ou massacrer des jeunes écoutant une musique diabolique ?
Parce qu’il faut quand même quelques convictions solidement charpentés pour rentrer dans une salle de concert et tuer froidement des dizaines de personnes. Il faut ne pas voir, en ces futures victimes, des êtres humains comme soi-même mais des personnes diaboliques qu’il faut éliminer.
Et puis il faut accepter de mourir, de se sacrifier ! De considérer cela comme une consécration comme l’a révélé David Thomson, le journaliste de RFI qui en a interviewé un certain nombre.
La folie ne suffit pas, il faut aussi la croyance.
L’Islam n’est pas DAESH
Mais DAESH  n’est pas étranger à l’Islam.
«Comme je l’ai écrit dans ma Lettre ouverte au monde musulman, les musulmans du monde entier doivent passer du réflexe de l’autodéfense à la responsabilité de l’autocritique. Car comme le dit le proverbe français, «le ver est dans le fruit»: ce n’est pas seulement le terrorisme djihadiste qui nous envoie de mauvais signaux en provenance de cette civilisation et culture musulmane, mais l’état général de celle-ci. Voilà en effet une culture tout entière qui est menacée par la régression vers l’obscurantisme, le dogmatisme, le néo-conservatisme, le rigorisme incapable de s’adapter au présent et aux différents contextes de société… et qui, c’est le comble, parle parfois de liberté de conscience pour réclamer le droit de donner libre cours à sa radicalité, ou pour faire valoir publiquement ses «principes éternels», sa «loi divine intangible et indiscutable», comme si quelque chhttps://mail.google.com/mail/u/0/#drafts?compose=15140b87851d720fose pouvait et devait échapper aussi bien à la marche de l’histoire et à la volonté des hommes!
De plus en plus de musulmans prennent conscience qu’il y a là un cancer interne de civilisation gravissime, un cancer qui se généralise à grande vitesse et face auquel les courants progressistes reculent. Un cancer face auquel les musulmans lucides souffrent de voir leur religion ainsi dégénérer, et se sentent terriblement impuissants. Qu’ils ne se laissent pas paralyser par ce sentiment d’impuissance! L’optimisme est une responsabilité. Quand on agit, il n’y a plus de place pour la peur et le désespoir. La tâche est qu’il faut de tout faire, chacun à son niveau, chacun avec ses moyens, pour régénérer, réinventer, métamorphoser cette culture spirituelle en perdition. Et pour cela la première chose à comprendre est qu’il faut arrêter de dire seulement «le vrai islam ce n’est pas cela», «cet obscurantisme ce n’est pas l’islam de mes grands-parents, de mon village, ou des âges d’or de l’islam, comme l’Espagne andalouse». Ce type de nostalgie ne vaut guère mieux face à la gravité du présent que la solution des salafistes qui veulent revenir à un «islam originel», à un «islam pur», à un «noyau» ou à une «essence» de l’islam. Rien de plus stérile que de vouloir fabriquer du futur avec le passé! Rien de plus dangereux que de vouloir faire triompher la «pureté» de quoi que ce soit: ce fantasme de «pureté» passe toujours, l’histoire nous l’a enseigné, par la «purification totalitaire» de tout ce qui n’est pas conforme au modèle!»

Mercredi 25 novembre 2015

Mercredi 25 novembre 2015
«La condescendance française n’a pas de limites.»
Francis Van de Woestyne, rédacteur en chef du journal La Libre Belgique.
Les Belges reçoivent très mal les critiques sans nuances des journaux et des politiques français.
Ces critiques sont d’autant plus irrecevables parce qu’elles viennent d’un Etat et d’un peuple qui est loin d’être irréprochable.
«La presse française, plus précisément parisienne, se déchaîne ces derniers jours, sur la Belgique. À lire les reportages et éditoriaux, à entendre les émissions matinales, notre pays serait devenu “le berceau du terrorisme européen”, “une fabrique djihadiste”, une “Nation sans État”, “un Belgikistan”…
“Le Monde”, une référence, d’ordinaire nuancée dans ses analyses, fige la Belgique dans un portrait au vitriol. “ Au cœur de l’Europe, la sympathique Belgique est devenue une plaque tournante du djihadisme. Le pays”, écrit l’éditorialiste “doit se ressaisir”. Pour mieux enfoncer ces voisins insouciants, l’auteur rappelle : “ Il aura fallu qu’il connaisse la terrible affaire Dutroux, dans les années 90, pour qu’il réforme enfin sa police et sa justice”. 
Nous n’avons évidemment pas attendu qu’une partie de la rédaction du “Monde” débarque à Bruxelles pour dénoncer les failles des services belges dans la lutte contre le terrorisme (voir ici), le laxisme coupable dont avait fait preuve l’ancien bourgmestre de Molenbeek, Philippe Moureaux, le manque de coordination entre les pays européens dans la traque aux djihadistes. 
On ne peut évidemment nier que les attentats de Paris aient été décidés en Syrie, organisés en Belgique et perpétrés en France. Mais l’information a ses droits. Oui, il y avait des Belgo-Marocains, parmi les terroristes. Mais il y avait aussi des ressortissants français, vivant en Belgique. S’il est exact que plusieurs auteurs d’attentats sont passés par Bruxelles ou par Molenbeek, d’autres n’ont jamais quitté l’Hexagone sauf pour aller “se former” en Syrie. Des djihadistes, dont Nemmouche, ont été radicalisés dans les prisons françaises. Et Dutroux ? Que vient-il faire là-dedans ? Faut-il que l’on reparle de l’affaire d’Outreau ?
La condescendance française n’a pas de limites. “ Loin d’isoler la Belgique, il faut l’aider à se protéger et c’est ce que font les services français”, écrit Le Monde. C’est sans doute oublier un peu vite que ce sont les renseignements des services belges et marocains qui ont permis de localiser la planque d’Abaaoud à Saint-Denis. Tiens mais comment est-il parvenu à quitter la Syrie pour revenir à Paris, celui-là ? Il y a une explication : la France s’oppose toujours fermement à toute idée de PNR européen – le fichier des données des voyageurs aériens – lui préférant un PNR national. Et elle continue à refuser tout échange automatique d’informations entre les PNR nationaux. Avec de telles réticences, la traque aux terroristes n’est pas gagnée.
Reconnaissons-le : cet exercice – c’est pas moi, c’est lui…– a quelque chose d’un peu minable. On en est bien conscient. Il y a eu des failles partout. Et il est un peu vain de vouloir sans cesse rejeter la responsabilité des attentats de Paris sur d’autres pays amis. Ce petit jeu est d’ailleurs bien ce que cherche Daech : diviser, diviser diviser. En accablant les Belges de tous les maux, certains commentateurs sont tombés dans le piège tendu.
On le répète. Il n’est pas question ici de gommer certaines responsabilités et réalités belges, les lourdeurs institutionnelles qui peuvent gêner des enquêtes. Mais les critiques seraient plus faciles à accepter si elles venaient d’un État infaillible, un État qui serait un modèle du vivre ensemble et de l’intégration. Si c’était le cas, le FN, parti raciste, xénophobe, anti-européen, ne serait pas le premier parti de France. Mais sans doute les responsables du FN ont-ils été formés en Belgique !»
Si la discorde s’installe entre nous, entre les pays européens, les djihadistes auront grandement progressé dans leurs objectifs.
Nous avons besoin d’humilité. C’est un très grand challenge pour nous autres français…