Mercredi 14/05/2014

Mercredi 14/05/2014
«La grande braderie européenne.»
Thomas Cluzel (journaliste de France Culture qui réalise la chronique la revue de presse internationale
Bien entendu, il y a eu de la part des gouvernants et des peuples européens des erreurs de gestion, d’anticipation et de réflexion sur les conséquences de la globalisation sur nos systèmes sociaux et publics.
Mais il faut quand même en deux mots rappeler ce que la dette des Etats signifie. L’Etat s’est endetté parce que pour faire face à ses dépenses plutôt que d’augmenter ses ressources par de l’impôt, il a fait appel à l’emprunt. Et il a donc demandé de l’argent à des gens qui en avaient et qui ne savaient pas quoi en faire ou du moins quoi de faire de mieux que de la prêter aux Etats.
Sur ce, est arrivé la crise des subprimes dans lesquelles nos banques avides s’étaient imprudemment aventurées et qui ont eu besoin de renflouement des Etats qui ont ainsi encore augmenté leurs dettes.
Et maintenant il faut rembourser ces dettes.
Une partie de ce remboursement vient de l’argent des contribuables. Grosso modo on demande aux classes moyennes et populaires de payer pour rembourser les riches prêteurs. C’est du Robin des Bois à l’envers.
Mais il y a une second scandale, c’est ce que Thomas Cluzel a appelé la grande braderie européenne et dont vous trouverez ci-après Trois exemples qu’il a donné lors de sa chronique du 05/05 plus un quatrième que j’ai trouvé ailleurs.
La Grèce a vendu 915 millions d’euros à un riche armateur domicilié en Suisse l’ancien aéroport d’Athènes et ses 3.5 km de front de mer, alors que sa valeur approche les 20 milliards d’euros.
Et de citer un journal grec :  » Une fois de plus, sous la pression de la troïka, l’Etat grec a donc décidé d’accélérer le processus de vente de ses actifs publics, destiné à rembourser ses dettes colossales. Sauf que la précipitation avec laquelle ces biens sont vendus, sans la moindre stratégie commune entre l’Etat et les investisseurs quant à leur mise à prix, soulève aujourd’hui de sérieuses questions, à commencer par celle-ci : comment ce joyau public a-t-il pu être bazardé par l’État ? 915 millions d’euros, alors même, précise le responsable politique d’une commune avoisinante que sa valeur réelle est estimée entre 18 et 20 milliards d’euros !
Un véritable scandale financier. Sans compter que les contribuables grecs vont devoir payer les frais de mise à niveau des infrastructures du site, en eau, en électricité, en voirie, d’une valeur de plusieurs milliards d’euros et sans cela sans pouvoir en bénéficier puisque la destinée du terrain est déjà connue : ce sera un lieu touristique haut de gamme, avec marinas, hôtels, golfs, casinos, ou dit autrement un territoire de luxe, réservé à quelques nantis. »
L’Espagne : L’Etat a mis sur le marché 27% de son patrimoine : palaces, immeubles, propriétés terriennes et autres parcs naturels et… un aéroport, le gigantesque aéroport de Ciudad Real. Inauguré en grandes pompes il y a cinq ans, l’infrastructure dotée de la plus grande piste d’atterrissage d’Europe, avait coûté près d’un milliard d’euros, peut-on lire sur le site de la RTBF. A présent, symbole tout à la fois de l’éclatement de la bulle immobilière mais aussi de tous les excès dans un pays qui compte aujourd’hui 52 aéroports, soit deux fois plus qu’en Allemagne, le site est bradé à 100 millions d’euros. Et puis autre projet, la vente au privé pour 85 millions d’euros d’un joyau de la nature, un domaine forestier andalou qui s’étend sur 14 000 hectares et où l’on exploite entre autres la plus grande forêt espagnole de chênes-lièges. Les acheteurs, précise EL MUNDO, envisagent d’y créer un hôtel de luxe 5 étoiles, avec deux terrains de golf et un aérodrome. L’opposition du coup crie au scandale et dénonce la dilapidation des richesses du pays, sur l’autel de l’austérité, car jamais, dit-elle, l’Etat n’aura ensuite les moyens économiques de récupérer ces biens, dont certains sont historiques ou de grande valeur écologique.
L’Italie, où l’île de Poveglia, interdite d’accès, abandonnée depuis la fermeture de son hôpital psychiatrique, réputée pour être l’un des lieux les plus hantés au monde, pourrait bientôt devenir un havre de paix réservé aux touristes les plus fortunés. Un horizon pour le moins inattendu, précise le site BIG BROWSER, pour ce bout de terre situé dans la lagune vénitienne à quelques encablures de la place Saint Marc de Venise, mais qui servit surtout de lieu de quarantaine dès le XVIIIe siècle, puis de cimetière pour les pestiférés lors des épidémies. Alors le projet procède directement du gouvernement italien, lequel vient donc de mettre en vente l’île, précise le quotidien britannique THE TELEGRAPH. Car en quête de liquidités pour faire face à une dette abyssale, l’Etat italien s’est lui aussi engagé dans une politique de cession d’une partie de son patrimoine. Et c’est ainsi que l’Etat propose désormais sur une soixantaine de bâtiments historiques, châteaux, palais, casernes, prisons, des baux allant de 50 à 99 ans, destinés à une exploitation touristique des lieux.
Et enfin un autre exemple que j’ai trouvé ailleurs
Le Portugal qui met en vente chez Christie’s 85 toiles de Miro estimé à la valeur globale de 36, 4 millions d’euros par l’institution britannique. Cette décision du gouvernement de vendre les 85 œuvres de Miro pour renflouer les caisses de l’Etat a mis en émoi les milieux culturels et l’opposition socialiste portugaise.
Vous trouverez des compléments d’information sur ces deux sites
Je ne peux que vous conseiller d’aller rapidement visiter certains joyaux de notre patrimoine comme le château de Versailles avant qu’il ne soit vendu par exemple au Quatar et qu’il sera alors réservé à des personnes qui ont des revenus mensuels auxquels aucun de nous ne pourra prétendre pendant toute sa vie.
Demain pas de mot du jour, je vais encore rendre visite à un représentant de mes interlocuteurs favoris : les disciples d’Esculape

Mardi 13 mai 2014

« Anthropocène »
Paul Crutzen

Enfin un mot du jour qui est un «mot».

Peut-être savez-vous ce qu’il signifie, comme ça vous n’aurez pas à lire la suite.

Mal nommer les choses est ajouté du malheur au monde disait Camus (mot du jour du 22/08/2013). Donc nommons bien les choses : Anthropocène est le nom de l’ère dans laquelle vous et moi vivons.

«Anthropocène» est un terme proposé par Paul Crutzen, chimiste et météorologue néerlandais nobélisé pour ses travaux sur la couche d’ozone.

Il signifie que l’espèce humaine est devenue la principale force géophysique de la Terre, capable de modifier définitivement son environnement.

L’impact de ses activités l’emporte en effet, pour la première fois dans l’histoire de notre planète, sur toutes les autres, c’est-à-dire l’ensemble des facteurs naturels.

Dans cet anthropocène –du grec anthropos, être humain–, l’homme modifie le climat planétaire ainsi que les grands équilibres de la biosphère, essentiellement par la masse de gaz polluants qu’il produit.

Nous voilà donc passés de l’ère de l’holocène, période géologique d’environ 10.000 ans, stable et relativement chaude, qui suit la dernière ère glaciaire et permet notamment l’agriculture et l’expansion des civilisations, à l’ère de l’anthropocène, qui débute à la fin du XVIIIe siècle avec les prémices de la révolution industrielle.

L’usine remplace alors le travail agricole et artisanal. Le volume de la production industrielle et fumante s’en trouve considérablement augmenté tandis que la révolution des transports tend à raccourcir les distances du marché mondial, bien avant Internet. Suit alors, dans les années 1950, ce que bon nombre de scientifiques appellent la «grande accélération» avec l’avènement de l’actuelle société de consommation au menu désormais bien connu: mondialisation, industrie, pub et tourisme.

Nos colocataires? On s’en fiche!

Bon. A supposer que nous prenions conscience de l’impact de nos faits et gestes industriels sur la nature qui, semble-t-il, n’a rien demandé, cette nouvelle ère à l’équilibre fragile nous expose à un défi majeur. Les premiers effets économiques de notre espèce sur la planète Terre sont loin d’être globalement positifs. Le bilan commence même à s’alourdir sérieusement.

Appauvrissement de la biodiversité, flux d’azote, pollution chimique, charge des aérosols dans l’atmosphère, surconsommation d’eau douce, diminution de la couche d’ozone, flux de phosphore, exploitation de sols, acidification des océans, changement climatique. Autant d’écueils causés par des activités humaines et reconnus par nombre de responsables scientifiques qui n’ont aucun intérêt à jouer les Cassandre (voir à ce sujet le dernier rapport du Giec…).

Si voulez en savoir plus sur ce sujet voici un <Article de Slate sur l’anthropocene>

Pour les plus curieux un matin de France Culture consacré au même thème <Les matins avec comme invité Christophe Bonneuil et Herve Le Treut 2013-11-14>

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Lundi 12/05/2014

Lundi 12/05/2014
« Le corps marché,
la marchandisation de la vie humaine
à l’ère de la bioéconomie.»
Céline Lafontaine
Cécile Lafontaine, professeure agrégée de sociologie à l’université de Montréal, explique que la bioéconomie a pris une place centrale dans l’économie, parce qu’elle attire des investisseurs et des chercheurs qui pensent que c’est dans ce domaine que les plus grands gains sont à espérer.
Elle a écrit un livre « Le Corps-marché» avec pour sous-titre : la marchandisation de la vie humaine à l’ère de la bioéconomie. Ce livre paraît au Seuil.
Pour présenter ce livre elle a été invitée à <L’émission du 09/05/2014 des matins de France Culture>
Un long article de Mediapart est aussi consacré à ce livre, je le joins à ce message.
ADN, cellules souches, ovules, sang : le corps humain se vend aujourd’hui en pièces détachées. Sous l’impulsion des biotechnologies et de la médecine reproductive, un nouveau marché se développe, fondé sur l’utilisation du vivant comme matière première.
Elle explique par exemple comme le don d’organe ou de tissus a été perverti pour, sous couvert de recherche et d’amélioration de la santé publique, déposer des brevets du vivant et privatiser de plus en plus la santé.
Ainsi elle explique qu’ «En 1976 en Californie, John Moore subit une ablation de la rate, sur recommandation du docteur et chercheur David Golde. John Moore demande à ce que sa rate soit détruite. Et 5 ans plus tard, il découvre que le docteur Golde a obtenu grâce à ses recherches sur sa rate un brevet d’une valeur de 15 millions de dollars. «
Dans l’émission des matins elle rapporte que dans certains villages du Bangladesh, presque tous les habitants ont vendu un de leur rein, le plus souvent pour payer des dettes.
Voici ci-après quelques extraits que je tire de l’article de Mediapart :
[…] depuis la Seconde Guerre mondiale, la santé est devenue l’un des fondements de la citoyenneté. Les systèmes de santé publique ont porté les États providence. Mais l’idée d’une santé améliorée et de plus en plus individualisée est liée aux politiques néolibérales. Il ne s’agit plus de santé publique mais d’une santé individuelle que l’on prolonge à l’infini. L’individu est appelé à devenir l’entrepreneur qui gère sa propre santé. D’un côté, le corps est objectivé, parcellisé en produits – cellules, gènes, ovules, etc.
[…] L’idée de la santé parfaite est mise en avant, mais lorsqu’on y regarde de près, ce qui est en jeu, ce sont des corps qui nourrissent d’autres corps. Les jeunes femmes qui vendent leurs ovules, celles d’Europe de l’Est, les mères porteuses en Inde, ce sont des corps au service d’autres corps. […] les populations sont encouragées à faire le don de certains éléments corporels, notamment l’ADN, mais elles risquent de ne pas voir le début des traitements qui en résulteront, parce que ces recherches seront privatisées et reviendront à la société avec des prix qui mettront en péril les systèmes de santé publique. […]
Concrètement, cette financiarisation du corps humain va mener à l’effritement des systèmes de santé publique. Les nouveaux traitements seront limités à ceux qui pourront se les payer. Sans compter qu’il y a une forte spéculation dans ce domaine, parce qu’on reste dans une économie de la promesse qui n’a pas fait les preuves de son efficacité.
[…] Les Anglo-Saxons ont montré que le consentement éclairé est un mécanisme qui permet l’appropriation du don et la privatisation par le brevetage. On n’a pas le droit de vendre son sang, ni les parties de son corps, mais, à l’inverse, le chercheur qui modifie les cellules ou qui isole un gène peut breveter cette “invention” et en tirer profit. C’est une logique du tout don vers le tout privé.
[…] Je ne remets pas en question la recherche en tant que telle. Les chercheurs ne sont pas là pour exploiter les patients, ils veulent développer de nouveaux traitements. Ce que je dénonce, c’est une industrialisation et une néolibéralisation extrême de la recherche médicale, fondée sur une économie de la promesse qui paraît sans limite. La recherche biomédicale est devenue un immense commerce international et participe à l’effritement des systèmes de santé publique. […]
Je suis pessimiste. Nous allons dans le sens d’une exploitation généralisée et très inégalitaire des corps humains. La bioéthique fonctionne comme un paravent hypocrite qui masque l’exploitation et la marchandisation derrière un discours rassurant. Cette logique est difficile à attaquer, parce qu’elle est présentée comme la promesse de soulager les souffrances et d’améliorer la vie.
Que le ciel vous tienne en joie dans ce monde où la médecine ne sert pas seulement à soigner mais aussi à générer beaucoup de gains

Vendredi 09/05/2014

Vendredi 09/05/2014
«Une société où […] je ne peux plus mentir, ce serait un cauchemar»
Umberto Ecco
Cette affirmation Umberto Ecco, la raconte dans une interview à Marianne.
A priori, je dirais plutôt que je trouverai bien une société où le mensonge est banni.
Mais Umberto Ecco montre et nous incite à penser que parfois le mensonge peut être politesse ou bienveillance pour ne pas blesser.
Toutefois mentir à l’administration fiscale, cela c’est très mal.https://mail.google.com/mail/e/360
Voici la partie de l’interview où Umberto Ecco s’élève contre la transparence totale :
«Vous affirmez que WikiLeaks a «inauguré une nouvelle époque historique»…
U.E. : WikiLeaks empêche le pouvoir de continuer à jouer avec des informations secrètes, qui ne sont d’ailleurs pas secrètes puisque l’on peut les trouver dans la presse. Tout ce que nous a révélé WikiLeaks, on le savait en fait déjà, mais cela nous conduit à constater que, puisque tout devient public, il n’est plus utile de mentir. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a plus de possibilité de mensonge, mais simplement que l’on ne peut plus rien cacher.
Et cette transparence totale ne vous inquiète-t-elle pas ?
U.E. : Si cela change toute notre vie. Il faut s’adapter à cette situation. Moi, par exemple, je ne réponds plus au téléphone aux questions personnelles. Et dans mes mails je n’écris que des choses que je pourrais afficher au mur. Si j’ai quelque chose de privé à dire, je le dis de bouche à oreille. En réalité, nous sommes face à un changement anthropologique. Imaginez une société totalement transparente où les gens ne peuvent plus mentir. Une société où, si vous m’invitez à dîner, je vous dis : «Non, parce que ta femme fait très mal la cuisine», car je ne peux plus mentir, ce serait un cauchemar. Ce qui apparaît théoriquement comme une situation idéale, un monde où tous disent la vérité, serait un enfer. »

Mercredi 7 mai 2014

« Je me suis concentré sur la vie,
sur continuer à croitre, à grandir,
intellectuellement, émotionnellement, spirituellement,
j’ai essayé de continuer à aller de l’avant, là où je pouvais. »
Damien Echols

Damien Echols a été accusé par erreur du meurtre de trois enfants aux Etats-Unis, alors qu’il avait 18 ans.

Il a été condamné à mort et a passé 18 ans dans le couloir de la mort.

Aujourd’hui, il raconte son cauchemar dans un livre, « La vie après la mort » (éditions Ring).

Damien Echols était l’invité de Clara Dupont-Monod, sur France Inter le 27/03/2014 dans son émission de 7h50.

Le mot du jour est la réponse de cet homme à la question de Clara Dupont-Monod :

« Quand on est condamné à mort, est ce qu’on vit chaque jour comme le dernier ? »

Les faits remontent à 1993. Trois enfants de huit ans sont retrouvés sauvagement assassinés à West Memphis, dans l’Etat de l’Arkansas. Très vite, trois jeunes marginaux sont soupçonnés : Jessie Misskelley Jr, Jason Baldwin et Damien Echols.

Au terme d’un procès arbitraire qui accumule faux témoignages et preuves falsifiées, les « Trois de West Memphis », comme on les surnomme alors, sont lourdement condamnés : Misskelley et Baldwin à la prison à perpétuité, Echols à la peine capitale.

Finalement, en 2011, à la faveur d’une longue campagne de soutien (des personnalités comme Johnny Depp y ont participé), la justice accepte de rouvrir le dossier et examine de nouvelles preuves scientifiques. Les trois hommes obtiennent leur libération mais ne sont pas totalement innocentés. Ils restent coupables aux yeux de la justice.

Pour être libéré, il fallait qu’ils ne puissent attaquer l’Etat qui les avait condamné parce que sinon il pouvait réclamer 60 000 000 de dollars de dommages-intérêts. Alors ils ont dû conclure un accord avec la justice qui acceptait de les libérer mais sans reconnaître leur innocence. S’ils avaient voulu faire reconnaître leur innocence ils auraient dû se lancer dans une longue procédure contre l’Etat et continuer à rester en prison pendant ce temps.

 <La page de l’émission de France Inter où Damien Echols est interviewé en outre il y a un documentaire sur le destin de cet homme>

Rester concentré sur la vie, continuer à grandir et aller de l’avant partout où c’est possible, quel beau programme !

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Mardi 06/05/2014

Mardi 06/05/2014
« Comment Dieu a-t-il pu créer 10 commandements pour le monde entier et l’Union européenne 253 pages rien que pour traiter du calibre des Cucurbitacées ? »
Walter chroniqueur à France Inter, Jeudi 1er mai 2014 à 8h55
Un peu d’humour dans le mot du jour ne saurait nuire.
Walter de son vrai nom Bertrand Wautlet est un humoriste belge né le 8 juin 1973 à Charleroi.
Après des études d’ingénieur commercial en Belgique, il s’installe à Paris et s’inscrit au Cours Florent.
Depuis Septembre 2013, il assure, un jour par semaine, le billet d’humour dans la matinale de France Inter. Le 1er mai, il a fait un billet très drôle sur l’Union européenne dont j’ai tiré le mot du jour.
La commission a produit en effet une superbe réglementation sur la courbure des concombres, tout cela étant susceptible d’améliorer notre quotidien.
Toute la chronique est hyper drôle, j’en tire quelques autres perles :
« Peut-être que nous sommes trop nombreux, Union à 28, union à 28 ça sonne comme une partouze… »
« Je ne suis pas euro-sceptique, je suis euro-prudent, euro-dubitatif, j’eurodubite… »
« N’oublions pas que nous sommes en paix et qu’il y a 60 ans, l’Allemagne avait pris le contrôle de l’Europe à part l’Angleterre,
et qu’aujourd’hui, c’est bien différent, l’Europe est unifiée, sauf l’Angleterre, sous le contrôle de l’Allemagne… »
et cette chute : « Et n’est-il pas ironique que depuis que l’Europe a arrêté de faire couler le sang, elle produit toujours davantage de règles ? »
Écouter, vous rirez beaucoup et ça fait du bien :<Le billet de Walter j’eurodubite_fun>
Walter, le belge, avait aussi eu cette remarquable description de l’organisation politique française le lendemain des élections municipales, lors de son billet du 3 avril :
« Si je comprends bien, Vous autres français, quand vous êtes mécontents de votre président de la république, vous votez contre votre maire et résultat on vous change le premier ministre ! »
Que le ciel et l’humour vous tiennent en joie.

Lundi 05/05/2014

Lundi 05/05/2014
« Je ne suis pas en cohabitation,
Je ne peux pas le faire »
Jean-Marc Ayrault.
C’était la réponse de Jean-Marc Ayrault, il y a deux ans à l’injonction de Philippe Aghion : « Tu as le rapport de la Cour des Comptes, tu dois mettre en œuvre des réformes structurelles »
Pour ceux qui sont très pressés voici une version courte de l’explication :
Philippe Aghion et Elie Cohen étaient parmi les principaux conseillers économiques du candidat François Hollande pour l’aider à élaborer son programme économique.
Deux ans après l’élection ils estiment que les réformes qui auraient dû être faites ne l’ont pas été et c’est pourquoi ils ont écrit un livre « Changer de modèle », avec un troisième économiste Gilbert Cette.
France Inter a invité Philippe Aghion pour parler de ce livre.
A la fin de l’interview, Philippe Aghion révèle cet échange avec Jean-Marc Ayrault, premier ministre depuis peu de temps alors : « Je ne peux pas le faire, je ne suis pas en cohabitation »
A priori, selon cet échange, ce n’est pas le premier ministre qui refusait de prendre la mesure des évolutions nécessaires en France.
Une version un peu plus développée :
La situation de la France est relativement simple à décrire :
La France n’est plus en capacité de financer son modèle social et ses services publics. Elle ne crée plus la croissance économique et ne développe plus le dynamisme permettant de dégager du grain à moudre pour alimenter la machine.
A partir de là plusieurs solutions sont envisageables.
Mais si, comme le veut le président et son gouvernement la France doit rembourser ses dettes, rester dans l’Euro et ouvert à la mondialisation, il faut prendre la mesure de ce que cela signifie qu’on ne peut plus financer le système. En sachant que nous n’aurons plus en France, à dimension d’homme, les taux de croissance que nous avons connus après la dernière guerre.
Le président l’avait dit lui-même lors d’une conférence de presse, nous n’assistons pas à une crise mais à un changement de monde.
Quand on est dans un changement de monde, on doit proposer une politique de changement de monde.
On ne peut se contenter de faire des économies au rabot.
D’ailleurs, ironie de l’Histoire, comme le rapporteur du budget est entré au gouvernement, le PS a nommé rapporteure du budget : Valérie Rabault ! C’est surréaliste, n’est-il pas ?
Pendant deux ans, il n’y a eu aucune réforme ou même réflexion d’évolution de l’organisation des services et des missions de l’Etat. Aujourd’hui on parle de réformer les collectivités territoriales mais…. plus tard.
La politique du rabot est délétère.
Si on doit et on veut vraiment faire des économies il faut organiser autrement et penser autrement.
Par exemple, dans l’Administration il faut arrêter de raisonner en terme de respect de procédures mais réfléchir et décider par rapport aux enjeux.
Se poser des questions aussi déroutantes que : est-ce que tel contrôle que font chaque jour ou chaque semaine 500 fonctionnaires en France est-il indispensable ? Que se passerait-il si on ne faisait pas ? Quel est le risque ?
Quelle est le véritable impact de telle politique, d’aide au logement par exemple ? Est-ce que cette politique n’a pas pour effet principal de faire augmenter les prix ?
On attend cela d’hommes politiques qui prétendent qu’on assiste à un changement de monde.
Bref, il faut sortir du paramétrage et de l’action sur quelques curseurs pour s’intéresser au moteur, aux structures et à l’organisation.

Mercredi 30 avril 2014

« Le thérémine »
Lev Thérémine
Commençons par une photo :
Au tout début de la révolution bolchevique, il y a eu quelques mois où ont régné en Russie une créativité et une inventivité absolument extraordinaire.
Bien vite le régime totalitaire a détruit tout cela.
C’est dans ce contexte que Lev Sergueïevitch Termen (connu sous le nom de «Léon Theremine») a inventé cet instrument étrange qu’on joue sans toucher. C’est en fait le premier instrument de musique électronique, composé d’un boîtier électronique équipé de deux antennes, l’instrument a la particularité de produire de la musique sans être touché par l’instrumentiste. Dans sa version la plus répandue, la main droite commande la hauteur de la note, en faisant varier sa distance par rapport à l’antenne verticale. L’antenne horizontale, en forme de boucle, est utilisée pour faire varier le volume selon sa distance par rapport à la main gauche.
Le résultat est étonnant souvent utilisé dans la musique de film pour créer une ambiance étrange, proche de la voie humaine. Notamment Tim Burton l’a utilisé dans son film Ed Wood.
Bien sûr l’Union soviétique a par la suite eu un comportement lamentable avec l’inventeur qui a été forcé de travailler dans un laboratoire secret du goulag.
Voir un exemple sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=V4p2HfmoNNA
Et l’émission qui m’a fait découvrir cet instrument étrange : <La fascinante histoire de l’instrument de Lev Thérémine>
C’était un mot du jour de découverte avant un long week end
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Mardi 29/04/2014

Mardi 29/04/2014
« La calomnie est un petit vent
Une petite brise très gentille
Qui, imperceptible, subtile,
Légèrement, doucement,
Commence, commence à murmurer.
[…]
Et le pauvre calomnié,
Humilié, piétiné
Sous le fléau public,
Par grand malheur s’en va crever. »
Rossini/Beaumarchais le barbier de Séville
Dominique Baudis vient de mourir.
C’était un homme de qualité, il était maire de Toulouse quand j’ai passé 18 mois dans la ville rose à partir de 1985, élève de l’Ecole Nationale du Cadastre.
Il vécut un épisode terrifiant où la calomnie <en 2003 lui attribua des crimes sordides>.
Il ne fut totalement blanchi qu’en 2005. Personne ne peut dire ce que cette terrible épreuve a eu pour conséquence physique dans son corps et a pu entraîner une mort prématurée à 66 ans.
La calomnie est une abomination.
Je crois que jamais elle n’a été mieux décrite que dans le Barbier de Séville par Beaumarchais et Rossini :
« La calomnie est un petit vent
Une petite brise très gentille
Qui, imperceptible, subtile,
Légèrement, doucement,
Commence, commence à murmurer.
Piano, piano, terre à terre,
À voix basse, en sifflant,
Elle glisse, elle glisse
Elle rôde, elle rôde
Dans l’oreille des gens
Elle s’introduit, s’introduit adroitement
Et les têtes et les cervelles
Étourdit et fait gonfler.
En sortant de la bouche
Le tapage va croissant,
Il prend force peu à peu,
Vole déjà de lieu en lieu,
Il ressemble au tonnerre, à la tempête
Qui au cœur de la forêt
Va sifflant, grondant,
Et vous glace d’horreur.
À la fin elle déborde et éclate, se propage, redouble,
Et produit une explosion
Comme un coup de canon,
Comme un coup de canon,
Un séisme, un orage,
Un tumulte général
Qui fait retentir l’air.
Et le pauvre calomnié,
Humilié, piétiné
Sous le fléau public,
Par grand malheur s’en va crever. »

Lundi 28/04/2014

Lundi 28/04/2014
«Il faut sauver les arméniens.»
Jean Jaurès
La guerre de 1914-1918 va être de plus en plus présente dans les prochains mois et années, dans les médias, les livres et probablement le mot du jour.
Je me suis intéressé à deux événements récents qui m’ont fait découvrir la publication d’un livre intitulé « Il faut sauver les arméniens » et qui rassemble plusieurs discours à l’Assemblée nationale de Jaurès à partir de 1896.
Le premier évènement est le fait que le premier ministre turc Erdogan a adressé ses condoléances aux petits enfants des morts arméniens, pour ce qu’il n’arrive pas encore à appeler le génocide arménien, mais pour lesquels il parle de souffrance. Il l’a fait le 24 avril, jour où les arméniens commémorent le génocide qui a commencé il y a 99 ans en 1915.
Le second est la visite « compliquée » du président de la république dans la « ville de Jaurès » Carmaux le 23 avril, officiellement en hommage à Jaurès à l’occasion du centenaire de sa mort.
Rappelons que Jean Jaurès a été assassiné le 31 juillet 1914, au Café du Croissant, rue Montmartre, vers 21 h 40 par un étudiant nationaliste, Raoul Villain qui tire deux coups de feu par la fenêtre ouverte du café et abat Jaurès à bout portant. Rappelons que le lendemain, le 1er août il y a mobilisation générale en France et l’Allemagne déclare la guerre à la Russie, puis le 3 août l’Allemagne déclare la guerre à la Serbie et à la France.
Ces deux faits m’ont conduit à découvrir le combat précoce de Jaurès en faveur des arméniens.
Ce livre rassemble plusieurs discours de Jean Jaurès à la tribune de la Chambre des députés entre 1896 et 1897 concernant les massacres des Arméniens de 1894-1896 ordonnés par le sultan de l’Empire ottoman, Abdul Hamid, dit le « sultan rouge », et qui ont fait plus de 200 000 victimes.
Dans le premier discours du 3 novembre 1896. il stigmatise la responsabilité du sultan mais aussi celle des puissances européennes, dont la Russie, et met en accusation le gouvernement de la République française pour sa politique à l’égard de l’Empire ottoman. Jean Jaurès initie alors de fait, le mouvement arménophile en France.
Dans son intervention du 22 février 1897. Il critique l’attentisme du ministère des Affaires étrangères qui stimule les violences et démontre que la démocratie implique de combattre la tyrannie même hors de ses frontières.
Dans sa 3e interpellation du 15 mars 1897, il s’élève contre l’impunité accordée au sultan qui fait massacrer à nouveau les Arméniens, contre le choix de collaborer avec lui pour réprimer les populations de la Crète et contre la puissance financière des porteurs de bons ottomans qui confondent la politique avec leur intérêt personnel. Il faut néanmoins noter dans la post-face de V. Duclert que c’est la défaite turque de Sarikamish face à la Russie en janvier 1915 qui engendra un  » vaste procès collectif  » de trahison arménienne déclenchant le Génocide. L’auteur ne dit pas que cette accusation de trahison était factice et que l’intention génocidaire existait avant Sarikamish. Il cite aussi 1.2 million d’Arméniens exterminés lors de ce Génocide, alors qu’il y en a eu 1.5 million.
Jean Jaurès avait déjà compris que le processus génocidaire était enclenché.
Ce mot du jour nous rappelle que la France a connu des grands hommes politiques humanistes et visionnaires.