Jeudi 2 octobre 2014

Jeudi 2 octobre 2014
« Les études à la con »
Rubrique du journal suisse « le matin » « <ICI>
Je pense que comme moi vous avez été souvent surpris, interloqué, effaré d’entendre le résultat de certaines enquêtes scientifiques.
Grâce à un article de Slate : http://www.slate.fr/story/91857/ce-que-disent-de-nous-les-etudes-farfelues, j’ai appris l’existence salutaire d’une rubrique de ce journal Suisse qui essaie de recenser et analyser ces études farfelues.
Pour rire un peu, je vous donne ici quelques exemples :
L’hippocampe, la zone du cerveau responsable de la mémoire spatiale, est significativement plus développée chez les conducteurs de taxis, selon une étude, basée sur la comparaison du cerveau des chauffeurs de taxis et de bus.
Passer sa journée devant un ordinateur, c’est aussi faire un tout petit peu de sport. Des chercheurs ont calculé combien de calories brûle le corps par clic de souris.
Selon une étude australienne, les messieurs qui portent une barbe bien garnie seraient mieux protégés du cancer, des attaques de pollen et du vieillissement de la peau.
Et aussi pour être en bonne santé, il faudrait (entre autres), cuire sa viande à la bière quand on fait un barbecue, ne pas se serrer la main et encore moins tromper sa femme. Pour maigrir, il faudrait manger des frites à heures régulières et utiliser Twitter.
Sans en avoir fait l’étude je pense que rire est bon pour la santé.

Mercredi 1 octobre 2014

Mercredi 1 octobre 2014
« Les assassinats ciblés »
Spécialité du Président Barack Obama
George W Bush était un président belliqueux et ne respectant pas le Droit. Il a commencé une guerre contre l’Irak sans légitimité internationale. Il a créé une zone de non droit à Guantanamo où il a fait enfermer et torturer des dizaines de présumés terroristes, sans leur donner aucun droit à la défense.
Barack Obama est un président pacifiste et humaniste. Il a promis de fermer Guantanamo. Les plus belles et nobles actions nécessitent du temps… Mais il faut lui reconnaître que lui ne fait pas enfermer des gens dans une zone de non droit, sans respecter aucun droit de la défense. La torture est désormais oubliée.
Mais Barack Obama ordonne des assassinats ciblés.
Beaucoup plus que le président belliqueux et détestable qu’était George W Bush.
Certains ont conseillé à Obama une nouvelle formule inspiré de Martin Luther King en transformant « I have a dream » par « I have a drone ».
C’est quoi un assassinat ciblé ? C’est tout simplement faire la confusion entre la police, le juge et le bourreau. C’est exactement le contraire de la justice.
Donc Barack Obama ne respecte pas davantage les droits de la défense que George Bush.
Il ne fait pas torturer, il fait tuer, c’est plus expéditif.
Et bien qu’il s’en défende comme le relate l’article dont je vous donne le lien ci-après : http://www.books.fr/societes-et-politique/obama-le-president-des-drones/#section et qui présente le livre de Marc Mazzeti « the way of the knife » la voie du couteau, le fait de tuer sans juger, permet d’éviter le très grand ennui d’avoir des prisonniers dont on ne sait que faire et qu’on n’a pas envie de juger non plus.
Dans l’article joint à ce message nous apprenons que le rapporteur spécial de l’organisation sur la protection des droits de l’homme dans la lutte antiterroriste de l’ONU, Ben Emmerson, a estimé, dans un rapport rendu public le 18 octobre 2013, M. Emmerson,  à « plus  de 450 » en 10 ans  le nombre de civils tués par des drones dans trois pays au Pakistan, en Afghanistan et au Yémen.
Certains répondront : « Mais enfin, il s’agit de terroristes ».
D’abord nous n’en sommes pas certains, qu’il s’agisse toujours de terroristes. Les américains ont dû reconnaître qu’à Guantanamo des personnes avaient été enfermées et torturées, alors qu’il n’avait aucun lien avec des organisations terroristes. Par quel miracle, les assassinats ciblés se tromperaient moins que les enfermements ?
Et puis surtout c’est la grandeur et la force des démocraties de ne pas agir avec les mêmes méthodes que les terroristes et les criminels et de mettre en face du terrorisme la Justice et en face du Criminel, le Droit.
Si on agit comme eux, on se met à leur niveau, nous ne pouvons plus affirmer que nous nous battons pour des valeurs et pour les droits de l’homme.
Nous revenons au stade de la loi du plus fort qui un jour nous sera opposé quand nous ne serons plus les plus forts.
Quelle déception que celle de Barack Obama, il ne sera pas ce grand homme que nous avons espéré.

Mardi 30 septembre 2014

Mardi 30 septembre 2014

Dimanche on a renouvelé une partie du Sénat :

« [Le Sénat] est réduit à des interventions obscures et accessoires »
Charles De Gaulle
De Gaulle voulait fusionner le Sénat et le Conseil Économique et Social.
Mais les français ont rejeté son souhait par référendum.
Et le Sénat a continué à faire des interventions obscures et accessoires.
Dans cette archives de l’INA vous verrez De Gaulle défendre sont projet et dire le mot du jour : http://www.ina.fr/video/CAF87002504
Vendredi, Thomas Legrand qui réalise un édito politique, le matin, tous les jours de la semaine sur France Inter a lui aussi souhaité la fin du Sénat.
Ce Vendredi 26  septembre France Inter avait posé ses valises dans la Grande Galerie de l’évolution du jardin des plantes, à côté de la gare d’Austerlitz.
Et comme il souhaitait évoquer les élections sénatoriales de dimanche il a osé des rapprochements hardis :
Ce lieu [la galerie de l’évolution qui s’intéresse aux bêtes mortes] a été choisi à dessein pour évoquer le Sénat.
C’est ce dimanche que la moitié du Sénat est renouvelé « dans une indifférence générale méritée », avec un mode de scrutin obscur, indirect et qui ne correspond plus à rien
La chambre haute va certainement basculer à droite. Nous allons donc assister à une alternance politique de l’une des chambres du Parlement et cela ne va rien changer à rien.
Le Sénat ne fera que perdre du temps à certaines lois qui seront en définitive adoptées par l’Assemblée Nationale.
Si une institution qui est l’objet d’une alternance ne présente aucun effet sur le jeu démocratique, sauf pour ces élus et leurs collaborateurs c’est que cette institution est déjà morte.
«  Dans la nature, elle aurait depuis longtemps subi les effets du darwinisme au contact de l’air démocratique ».
Selon Thomas Legrand, » il serait normal que les Sénateurs au lieu de siéger au Palais du Luxembourg, se retrouvent dans la Galerie de l’évolution entre le gorille des montagnes dont il n’existe plus que 400 spécimens, à peu près le nombre des sénateurs et  le quagga (un cheval zébré) qui s’est éteint à la fin du XIXème siècle c’est à dire exactement  à l’avènement de la 3ème République, c’est à dire à peu près au moment où il aurait été naturel que l’espèce des sénateurs s’éteignent. »
Rappelons pour finir que le Sénat américain ne compte que 100 sénateurs pour 348 sénateurs français.

Lundi 29 septembre 2014

Lundi 29 septembre 2014
« La marche est un authentique exercice spirituel. »
Frédéric Gros
Après le sommeil qui fût le sujet du dernier mot du jour, voici un autre exercice qui permet de nous sortir de notre posture de consommateur compulsif : la marche.
Professeur de philosophie politique à l’université Paris-XII  Frédéric Gros a écrit un livre intitulé « Marcher, une philosophie » (Carnet Nord, 2009). Dans ce livre on apprendra que Nietzsche a eu cette formule « les orteils se dressent pour écouter» .
Un article du Monde que je joins à ce message donne quelques clés de ce livre :
Question […] marcher semble, aux yeux de beaucoup, une expérience plus banale, plus pauvre…
[…]  La lenteur de la marche, sa régularité, cela allonge considérablement la journée. Et en ne faisant que mettre un pied devant l’autre, vous verrez que vous aurez étiré démesurément les heures. De sorte qu’on vit plus longtemps en marchant, pas au sens où cela rallongerait votre durée de vie, mais au sens où, dans la marche, le temps ralentit, il prend une respiration plus ample.
Par ailleurs, le rapport du corps à l’espace est aussi très impressionnant : par exemple la beauté des paysages est plus intense quand on a fait des heures de marche pour franchir un col.
[…] Ce n’est pas tant que marcher nous rend intelligents, mais que cela nous rend, et c’est bien plus fécond, disponibles. On n’est plus dans le recopiage, le commentaire, la réfutation mesquine, on n’est plus prisonnier de la culture ni des livres, mais rendu simplement disponible à la pensée.
[…] rappeler quand même que la marche, par sa lenteur, par la fatigue qu’elle entraîne, n’a pas cessé de représenter pour l’homme une contrainte dont il fallait se débarrasser par la richesse ou le progrès technique.
Si on redécouvre aujourd’hui les bienfaits de la marche, c’est que l’on commence à ressentir que la vitesse, l’immédiateté, la réactivité peuvent devenir des aliénations. On finit, dans nos vies ultramodernes, par n’être plus présent à rien, par n’avoir plus qu’un écran comme interlocuteur. Nous sommes des connectés permanents. Ce qui fait l’actualité critique de la marche, c’est qu’elle nous fait ressentir la déconnexion comme une délivrance.
[on marche pour se retrouver ] au sens où, en marchant, vous laissez au bord des chemins les masques sociaux, les rôles imposés, parce qu’ils n’ont plus leur utilité. La marche permet aussi de redécouvrir un certain nombre de joies simples. On retrouve un plaisir de manger, boire, se reposer, dormir. Plaisirs au ras de l’existence : la jouissance de l’élémentaire. Tout cela, je crois, permet à chacun de reconquérir un certain niveau d’authenticité.
Mais on peut aller encore plus loin : la marche permet aussi de se réinventer. Je veux dire qu’à la fois, en marchant, on se débarrasse d’anciennes fatigues, on se déleste de rôles factices, et on se donne du champ.
En marchant, tout redevient possible, on redécouvre le sens de l’horizon. Ce qui manque aujourd’hui, c’est le sens de l’horizon : tout est à plat. Labyrinthique, infini, mais à plat. On surfe, on glisse, mais on reste à la surface, une surface sans profondeur, désespérément. Le réseau n’a pas d’horizon.
[marcher, une philosophie » ?] Peut-être davantage : un exercice spirituel.
Voici ci-après deux autres liens :
« Marche ou crève ! », criait-on…Désormais c’est « Marche et revis ! » Petite sélection de livres sur les bonheurs de la marche. La page de la librairie Mollat sur un grand nombre de livre sur la Marche > http://www.mollat.com/dossier/la_marche_une_philosophie_abordable-12075.html
Et ici vous trouverez Frédéric Gros présenter son livre : http://www.dailymotion.com/video/xcnl0m_frederic-gros-marcher-une-philosoph_news
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Vendredi 26 septembre 2014

Vendredi 26 septembre 2014
« Le capitalisme [monte] à l’assaut du sommeil »
Jonathan Carry
Jonathan Crary est un universitaire américain qui a publié aux éditions Zones, « 24/7 – Le capitalisme à l’assaut du sommeil ».
Il explique que nous sommes entrés dans un système économique, social et politique promouvant l’idéal d’une vie sans pause, active à toute heure du jour et de la nuit, dans un état d’insomnie généralisée. Selon lui, aucun individu ne peut certes « consommer, jouer, travailler, bloguer, télécharger ou envoyer des SMS 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Mais comme il n’existe désormais plus aucun moment, aucun endroit ni aucune situation où l’on ne puisse pas acheter, consommer ou exploiter des ressources en ligne, le non-temps 24/7 fait une incursion acharnée dans tous les aspects de la vie sociale et personnelle ».
À l’instar de ses propres machines, l’humanité serait passée en « mode veille » : constamment disponible, toujours connectée, jamais vraiment à l’arrêt.
Nous apprenons qu’aux États-Unis, depuis le début des années 2010, le département de la défense a alloué de considérables sommes pour l’étude du bruant à gorge blanche, cet oiseau migrateur possédant la capacité très inhabituelle de pouvoir rester éveillé jusqu’à sept jours d’affilée en période de migration, dans l’idée de pouvoir créer « un soldat qui ne dorme pas ».
Cette volonté de disposer d’humains « capables de se passer de sommeil et de rester productifs et efficaces » est partagée par le capitalisme contemporain soucieux de vaincre ce dernier continent dont « on ne peut extraire de valeur ».
Bien que la privation de sommeil constitue une torture référencée utilisée en droite ligne du NKVD à la CIA et que « dans les expérimentations conduites en laboratoire, les rats meurent après deux ou trois semaines passées sans dormir », une partie de la recherche scientifique s’active donc à « réduire le besoin corporel de sommeil».
Si nous nous sentons crevés, c’est bien que nous ne dormons pas assez – ce que les études spécialisées sur la question du sommeil ne cessent de rappeler.
Les Français dorment en moyenne 7 heures et 13 minutes par nuit, mais la plupart d’entre eux jugent ce temps insuffisant par rapport au temps “nécessaire” à leur bien-être. Plus agités encore que nous, les Américains dorment 6 heures et demie par nuit, contre 8 heures pour la génération précédente et 10 heures au début du XXe siècle.
Confronté à cette compression, l’auteur cherche à comprendre pourquoi le sommeil, de plus en plus saccagé, reste le “dernier rempart à la pleine réalisation du capitalisme”. Car dans le paradigme néolibéral mondialisé, “le sommeil est fondamentalement un truc de losers”.
Si ce sujet vous intéresse je vous donne des liens ci-après parlant de ce livre :
Allez les amis, engageons la lutte contre le capitalisme, Soyons losers et dormons !

Jeudi 25 septembre 2014

Jeudi 25 septembre 2014

Un français ayant l’intention de faire de l’alpinisme en Kabylie, a été enlevé par un groupe de djihadiste puis a été décapité par ce groupe.

« Les termes de califat et de djihad sont utilisés pour ne pas en utiliser d’autres.
Ainsi le mot de république est banni parce qu’il vient de la révolution française que les djihadistes détestent et le djihad remplace le mot révolution dans nos banlieues comme dans celles de Bagdad. »
Gabriel Martinez-Gros
Un homme paisible qui aimait la nature et les cimes des montagnes voulait simplement faire un voyage et du sport.
Sur son chemin, il a rencontré des criminels, des monstres assoiffés de sang et qui ont besoin d’une théorie, d’un dogme pour tenter de justifier leurs pulsions de mort.
J’ai entendu, Gabriel Martinez-Gros tenir les propos que j’ai choisis comme mot du jour dans une émission de France Culture : La Grande Table.
J’ai été tellement fasciné par ce qu’il racontait que pour une fois, j’ai acheté le livre qu’il a écrit et qui sous-tend son analyse : « Brève histoire des empires, comment ils surgissent, comment ils s’effondrent » un livre publié aux éditions du Seuil
Parmi ces gens qui massacrent, décapitent, crucifient, veulent faire table rase de tout ce qui n’est pas musulman et plus encore musulman sunnite d’une obédience salafiste radicale, il y a des criminels au cerveau vide et à la libido actionnée par la vue du sang.
Mais il y a aussi un petit groupe qui dirige et qui mène un combat idéologique. Ces gens détestent tout ce que l’occident représente même dans ses combats les plus nobles de la liberté, des droits de l’homme, du doute, du progrès scientifique.
Gabriel Martinez-Gros explique « Pour ces gens les mots République et Révolution sont des mots impies
Ces gens ont l’ambition, peut-être folle, de renverser tout ce qui a été fait dans le monde depuis deux siècles. »
D’ailleurs ils voient comme un signe que les chiites détestés ont quant à eux cédé à l’ennemi occidental en qualifiant leur prise de pouvoir de révolution iranienne et ont institué une république islamique.
Gabriel Martinez, est professeur d’Histoire médiévale, spécialiste de l’œuvre d’Ibn Khaldûn, immense penseur Musulman du XIVème siècle.
Son livre se base sur une interprétation de l’Histoire réalisée par  Ibn Khaldhun à travers l’Histoire des empires, Rome, La Chine, l’Islam, Les Mongols, l’Inde.
L’explication centrale est l’existence d’un Empire qui constitue un centre pacifique, productif, commerçant, désarmé idéologiquement et aussi détestant faire la guerre et qui trouve à ses marges, à sa périphérie des « tribus violentes » qui veulent faire chuter l’Empire.
Pour Gabriel Martinez-Gros l’Empire d’aujourd’hui c’est, l’empire du capitalisme :  les Etats Unis, la Chine, la Russie et l’Europe qui sont le centre pacifique et productif du monde
Et l’Empire voit se lever contre lui des marges violentes.
Ce centre pacifique ne sait plus, ne veut plus faire la guerre même lorsqu’il est attaqué de manière aussi délibérée. Ce ne sont bien sûr pas des frappes aériennes qui pourront en finir avec ces tribus sanguinaires.
Voici l’émission passionnante dont je tire le mot du jour qui se trouve environ à 5mn30 : http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-2eme-partie-irak-retour-vers-le-grand-califat-2014-06-17

Mercredi 24 septembre 2014

Mercredi 24 septembre 2014
« Le français est la langue dans laquelle j’ai décidé, un jour, de me plonger.
 J’ai adhéré à cette langue et elle m’a adopté…
C’est une question d’amour. Je l’aime et elle m’aime… ».
Akira Mizubayashi
Une langue venue d’ailleurs,
Cette fois ce n’est pas un podcast, un article ou une vidéo qui est à l’origine de ce mot du jour.
C’est Annie, ma compagne aimée, qui a lu « Une langue venue d’ailleurs » de ce japonais qui a choisi la langue française et qui a adoré ce livre.
Dans une correspondance avec Michel Murat, Akira Mizubayashi  écrit : « On ne choisit pas ses parents, ni son pays, ni son milieu social, ni ses origines ethniques et raciales, ni son époque, ni son lieu et sa date de naissance, ni a priori sa langue. Mais parmi ces choses qui nous sont définitivement imposées du dehors et qui nous fixent, nous arrêtent, nous enferment dans une série de déterminations préalables sans issue ou presque, seul l’espace de la langue semble, en fait, nous offrir une ouverture, une échappatoire, aussi infimes soient-elles. Oui, on peut choisir sa langue ou ses langues, si l’on veut, une langue ou des langues dans toute la symphonie communicante des langues.
Et ici, peut-être, une chose mérite d’être notée : c’est que les langues sont des biens communs, des espaces publics, des lieux non délimités et non délimitables qu’on peut traverser ou pénétrer sans être redevable de quoi que ce soit, à qui que ce soit. La langue est une terre généreuse sans propriétaire où se déroule une fabuleuse fête permanente à entrée gratuite.
La langue est la chose — et en disant cela j’éprouve déjà le besoin d’ajouter que ce n’est même pas une chose —, quelque chose qui relève du communisme absolu, c’est-à-dire quelque chose qui est, par-delà la situation babélique du monde, le plus universellement partagé et partageable, plus que le ciel qu’on regarde, plus que l’air qu’on respire. Quelle aubaine de savoir qu’on n’est pas inévitablement prisonnier de sa langue et sa culture propres ! »
Voici une présentation de ce livre étonnant : <http://www.lacauselitteraire.fr/une-langue-venue-d-ailleurs-akira-mizubayashi> dont je tire ces extraits : « Une langue venue d’ailleurs, paru en 2011 dans la collection L’un et l’autre de J. B. Pontalis, est tout à la fois une autobiographie, une méditation comparative (et comparatiste) finement insérée dans le corps du récit et une magnifique description de ce en quoi une langue est le lieu de la vie.
Au sortir de l’adolescence (début des années 70), un jeune Japonais prend conscience de son profond malaise par rapport à sa langue maternelle, à sa classe d’âge et au passé politique récent de son pays. Rien de négatif sur le plan familial qui l’y aurait disposé. Le père – homme admirable ! – aime ses deux fils, consent à des sacrifices pour soutenir l’apprentissage de la musique par l’un et celui de la langue française par l’autre. « Aucune marchandise n’est meilleur marché qu’un livre, à condition qu’on le lise. Tu achèteras autant de livres que tu voudras, si tu en as besoin et si tu les lis ». Des livres importés de France, assez chers donc.
Le contexte familial est celui d’une classe moyenne grâce justement à la volonté et aux efforts du père issu d’un milieu social modeste et devenu ingénieur. […] Mais plus que cet admirable parcours d’une vie où la volonté trace le chemin sans crainte des difficultés et des peines (il s’agit de parler la langue choisie sans accent, d’y « adhérer » entièrement tout en vivant au Japon, d’accéder à « l’univers du français »), cet ouvrage est aussi une réflexion continue sur quelque chose qui finalement transcende son propre sujet. […] « Le jour où je me suis emparé de la langue française, j’ai en effet perdu le japonais pour toujours dans sa pureté originelle. Ma langue d’origine a perdu son statut de langue d’origine. J’ai appris à parler comme un étranger dans ma propre langue.
Mon errance entre deux langues a commencé… ». « 
Que la langue française continue à vous permettre d’exprimer vos émotions, votre joie, parfois vos peines et souvent des mots de paix et d’amour.

Mardi 23 septembre 2014

Mardi 23 septembre 2014
«Dislocation à gauche»
Figure de style
Oui c’est une figure de style et non une description se rapportant à la situation politique française.
Il y a deux niveaux : d’abord la dislocation, puis la dislocation à gauche
Voilà la définition qu’en donne le Bescherelle:   «La dislocation détache un élément et le reprend ou l’annonce par un pronom personnel ou démonstratif.»
Exemple:  «Marie, elle commence son stage de voile en août.»
Comme le pronom vient renforcer le sujet, donnant de l’emphase à la phrase, on parle d’une dislocation anaphorique. Une tournure qu’il vaut mieux n’employer qu’à l’oral : le Bescherelle précise que «l’usage soigné évite les dislocations familières. On dit souvent, mais on évite d’écrire des phrases du type Pierre, il vous a déjà transmis les dossiers».
Le fait d’employer cette formulation en début de phrase est plus précisément qualifié de «dislocation à gauche», par opposition à la dislocation à droite, ou le sujet précis est rejeté en fin de phrase «Elle va faire 50 milliards d’économie, la France»
Slate, nous apprend l’actualité de cette figure de style, particulièrement fréquentée par notre président actuel. (Je sens que les mots du jour vont pouvoir à l’avenir se délecter de « président actuel », « ancien président » et aussi « futur président », un véritable régal)
Vous vous souvenez, que lors du débat de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle, nous avions grâce à lui redécouvert l’anaphore « moi président ». Lors de la dernière conférence de presse, il a récidivé avec : « C’est pas facile ».
Mais une autre figure de style récurrente frappe dans le discours présidentiel : la dislocation à gauche. Voici quelques exemples relevés notamment par l’AFP et Libération lors de la conférence de presse organisée ce jeudi 18 septembre:

«La France, elle va faire 50 milliards d’économie et ce n’est pas si facile. […] La France, elle ne fera pas davantage parce que ce serait mettre en cause la croissance.»

«L’Europe, elle a besoin de la France parce que nous sommes la deuxième économie de l’Europe. […] Alors la France, elle compte.»

«Les résultats, ils tardent à venir, je le sais, je le vois.»

«Le scepticisme, bien sûr qu’il est grand»

Je finirai par la conclusion de Slate : Le président, il a une grammaire frondeuse

Lundi 22 septembre 2014

Lundi 22 septembre 2014

L’ancien Président qui voulait faire autre chose, revient, il veut agir.

Pour ce retour, ce mot mystérieux de Paul Valéry :

« Que de choses il faut ignorer pour agir »
Paul Valery
Fabrice Luchini avait répété cette citation à Nicolas Sarkozy qui en réponse a ri énormément
Le propos est à 1:10
Pour le reste il parle aussi beaucoup du président actuel et ma foi, c’est drôle.

Vendredi 19 septembre 2014

Vendredi 19 septembre 2014
« Je ne suis pas sûr que cela marchera
mais je suis sûr que j’irai au bout »
Anais Kerhoas, Agricultrice de 24 ans,
J’aime finir cette semaine où il a été question de la rente capitalistique, d’apple, du transhumanisme, par l’histoire d’Anais, une jeune agricultrice bretonne.
Elle n’a quasi aucun moyen quand elle débute, mais elle se spécialise dans les plantes aromatiques parce qu’elle en aime l’odeur.
Elle dit « je leur donne tout mon amour, mais je ne sais pas si cela suffit. »
C’est un article du Monde qui me l’a découvrir, je le mets en pièce jointe.
«Taillée comme une brindille, toute légère sous les vents bretons, Anaïs tire sa force de la terre. La jeune Bretonne de 24 ans a choisi sa voie : cultiver des plantes aromatiques bio et les vendre sur les marchés. Sauf que rien ne va comme elle voudrait. Anaïs s’en va-t’en guerre (46 min), premier long documentaire de Marion Gervais, raconte son parcours de combattante. D’abord diffusé discrètement sur TV Rennes, le film est ensuite laissé visible en replay sur le site Internet de la chaîne locale… et se répand comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux : plus de 260 000 vues à ce jour et quantité de messages émus de soutien à Anaïs et d’admiration, pour sa ténacité et pour le documentaire qui sera diffusé le 22 septembre à 23 h 30 sur France 4.
Le tournage a duré près de deux ans. La cultivatrice se livre à la caméra sans faux-semblants, fait part de ses doutes et de sa révolte contre les réglementations qui la freinent, les prix exorbitants des terres, l’attitude d’anciens agriculteurs.
[…] « Je préfère bosser 60 heures dans mon champ que 35 heures à l’usine ou pour des cons ! »«
Le documentaire dont je vous donne le lien ci-après et qui ne dure pas plus longtemps qu’un épisode d’une série américaine est très émouvant.
On voit cette jeune fille, se battre, râler et pousse par pousse planter « ces copines » comme elle appelle ses plantes.
La caméra nous montre les résultats : de magnifiques plantes que la vidéo nous permet de voir mais pas de gouter ni de humer.
Elle dit le mot du jour à 31mn du film qui lui est consacré, elle le dit à sa mère.
La toute fin du film est aussi particulièrement révélatrice, quand cette jeune et modeste agricultrice monte à Paris et rencontre des professionnels du marketing, connaisseurs du marché de l’épicerie bio, bref des « bobos pur jus » qui lui explique : « il faut qu’on joue la carte hyper chic».
La réalisatrice de ce beau documentaire explique  « C’est vertigineux, le film touche à l’intime. Anaïs a fait le choix de la liberté et de ne pas se soumettre. Or, le drame de millions d’existences, c’est de subir. J’ai reçu des quantités de témoignages, de jeunes, de vieux auxquels le courage d’Anaïs a redonné la force de se battre. »
Donc ce week end, Je sais bien que c’est la semaine de l’arrivée de Netflix en France, regarder un épisode de série américaine en moins et regarder ce film, vous ne le regretterez pas.
Et le site qu’elle a créé depuis pour vendre ses plantes : http://www.lestisanesdanais.fr/