Mercredi 24 septembre 2014

Mercredi 24 septembre 2014
« Le français est la langue dans laquelle j’ai décidé, un jour, de me plonger.
 J’ai adhéré à cette langue et elle m’a adopté…
C’est une question d’amour. Je l’aime et elle m’aime… ».
Akira Mizubayashi
Une langue venue d’ailleurs,
Cette fois ce n’est pas un podcast, un article ou une vidéo qui est à l’origine de ce mot du jour.
C’est Annie, ma compagne aimée, qui a lu « Une langue venue d’ailleurs » de ce japonais qui a choisi la langue française et qui a adoré ce livre.
Dans une correspondance avec Michel Murat, Akira Mizubayashi  écrit : « On ne choisit pas ses parents, ni son pays, ni son milieu social, ni ses origines ethniques et raciales, ni son époque, ni son lieu et sa date de naissance, ni a priori sa langue. Mais parmi ces choses qui nous sont définitivement imposées du dehors et qui nous fixent, nous arrêtent, nous enferment dans une série de déterminations préalables sans issue ou presque, seul l’espace de la langue semble, en fait, nous offrir une ouverture, une échappatoire, aussi infimes soient-elles. Oui, on peut choisir sa langue ou ses langues, si l’on veut, une langue ou des langues dans toute la symphonie communicante des langues.
Et ici, peut-être, une chose mérite d’être notée : c’est que les langues sont des biens communs, des espaces publics, des lieux non délimités et non délimitables qu’on peut traverser ou pénétrer sans être redevable de quoi que ce soit, à qui que ce soit. La langue est une terre généreuse sans propriétaire où se déroule une fabuleuse fête permanente à entrée gratuite.
La langue est la chose — et en disant cela j’éprouve déjà le besoin d’ajouter que ce n’est même pas une chose —, quelque chose qui relève du communisme absolu, c’est-à-dire quelque chose qui est, par-delà la situation babélique du monde, le plus universellement partagé et partageable, plus que le ciel qu’on regarde, plus que l’air qu’on respire. Quelle aubaine de savoir qu’on n’est pas inévitablement prisonnier de sa langue et sa culture propres ! »
Voici une présentation de ce livre étonnant : <http://www.lacauselitteraire.fr/une-langue-venue-d-ailleurs-akira-mizubayashi> dont je tire ces extraits : « Une langue venue d’ailleurs, paru en 2011 dans la collection L’un et l’autre de J. B. Pontalis, est tout à la fois une autobiographie, une méditation comparative (et comparatiste) finement insérée dans le corps du récit et une magnifique description de ce en quoi une langue est le lieu de la vie.
Au sortir de l’adolescence (début des années 70), un jeune Japonais prend conscience de son profond malaise par rapport à sa langue maternelle, à sa classe d’âge et au passé politique récent de son pays. Rien de négatif sur le plan familial qui l’y aurait disposé. Le père – homme admirable ! – aime ses deux fils, consent à des sacrifices pour soutenir l’apprentissage de la musique par l’un et celui de la langue française par l’autre. « Aucune marchandise n’est meilleur marché qu’un livre, à condition qu’on le lise. Tu achèteras autant de livres que tu voudras, si tu en as besoin et si tu les lis ». Des livres importés de France, assez chers donc.
Le contexte familial est celui d’une classe moyenne grâce justement à la volonté et aux efforts du père issu d’un milieu social modeste et devenu ingénieur. […] Mais plus que cet admirable parcours d’une vie où la volonté trace le chemin sans crainte des difficultés et des peines (il s’agit de parler la langue choisie sans accent, d’y « adhérer » entièrement tout en vivant au Japon, d’accéder à « l’univers du français »), cet ouvrage est aussi une réflexion continue sur quelque chose qui finalement transcende son propre sujet. […] « Le jour où je me suis emparé de la langue française, j’ai en effet perdu le japonais pour toujours dans sa pureté originelle. Ma langue d’origine a perdu son statut de langue d’origine. J’ai appris à parler comme un étranger dans ma propre langue.
Mon errance entre deux langues a commencé… ». « 
Que la langue française continue à vous permettre d’exprimer vos émotions, votre joie, parfois vos peines et souvent des mots de paix et d’amour.

Mardi 23 septembre 2014

Mardi 23 septembre 2014
«Dislocation à gauche»
Figure de style
Oui c’est une figure de style et non une description se rapportant à la situation politique française.
Il y a deux niveaux : d’abord la dislocation, puis la dislocation à gauche
Voilà la définition qu’en donne le Bescherelle:   «La dislocation détache un élément et le reprend ou l’annonce par un pronom personnel ou démonstratif.»
Exemple:  «Marie, elle commence son stage de voile en août.»
Comme le pronom vient renforcer le sujet, donnant de l’emphase à la phrase, on parle d’une dislocation anaphorique. Une tournure qu’il vaut mieux n’employer qu’à l’oral : le Bescherelle précise que «l’usage soigné évite les dislocations familières. On dit souvent, mais on évite d’écrire des phrases du type Pierre, il vous a déjà transmis les dossiers».
Le fait d’employer cette formulation en début de phrase est plus précisément qualifié de «dislocation à gauche», par opposition à la dislocation à droite, ou le sujet précis est rejeté en fin de phrase «Elle va faire 50 milliards d’économie, la France»
Slate, nous apprend l’actualité de cette figure de style, particulièrement fréquentée par notre président actuel. (Je sens que les mots du jour vont pouvoir à l’avenir se délecter de « président actuel », « ancien président » et aussi « futur président », un véritable régal)
Vous vous souvenez, que lors du débat de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle, nous avions grâce à lui redécouvert l’anaphore « moi président ». Lors de la dernière conférence de presse, il a récidivé avec : « C’est pas facile ».
Mais une autre figure de style récurrente frappe dans le discours présidentiel : la dislocation à gauche. Voici quelques exemples relevés notamment par l’AFP et Libération lors de la conférence de presse organisée ce jeudi 18 septembre:

«La France, elle va faire 50 milliards d’économie et ce n’est pas si facile. […] La France, elle ne fera pas davantage parce que ce serait mettre en cause la croissance.»

«L’Europe, elle a besoin de la France parce que nous sommes la deuxième économie de l’Europe. […] Alors la France, elle compte.»

«Les résultats, ils tardent à venir, je le sais, je le vois.»

«Le scepticisme, bien sûr qu’il est grand»

Je finirai par la conclusion de Slate : Le président, il a une grammaire frondeuse

Lundi 22 septembre 2014

Lundi 22 septembre 2014

L’ancien Président qui voulait faire autre chose, revient, il veut agir.

Pour ce retour, ce mot mystérieux de Paul Valéry :

« Que de choses il faut ignorer pour agir »
Paul Valery
Fabrice Luchini avait répété cette citation à Nicolas Sarkozy qui en réponse a ri énormément
Le propos est à 1:10
Pour le reste il parle aussi beaucoup du président actuel et ma foi, c’est drôle.

Vendredi 19 septembre 2014

Vendredi 19 septembre 2014
« Je ne suis pas sûr que cela marchera
mais je suis sûr que j’irai au bout »
Anais Kerhoas, Agricultrice de 24 ans,
J’aime finir cette semaine où il a été question de la rente capitalistique, d’apple, du transhumanisme, par l’histoire d’Anais, une jeune agricultrice bretonne.
Elle n’a quasi aucun moyen quand elle débute, mais elle se spécialise dans les plantes aromatiques parce qu’elle en aime l’odeur.
Elle dit « je leur donne tout mon amour, mais je ne sais pas si cela suffit. »
C’est un article du Monde qui me l’a découvrir, je le mets en pièce jointe.
«Taillée comme une brindille, toute légère sous les vents bretons, Anaïs tire sa force de la terre. La jeune Bretonne de 24 ans a choisi sa voie : cultiver des plantes aromatiques bio et les vendre sur les marchés. Sauf que rien ne va comme elle voudrait. Anaïs s’en va-t’en guerre (46 min), premier long documentaire de Marion Gervais, raconte son parcours de combattante. D’abord diffusé discrètement sur TV Rennes, le film est ensuite laissé visible en replay sur le site Internet de la chaîne locale… et se répand comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux : plus de 260 000 vues à ce jour et quantité de messages émus de soutien à Anaïs et d’admiration, pour sa ténacité et pour le documentaire qui sera diffusé le 22 septembre à 23 h 30 sur France 4.
Le tournage a duré près de deux ans. La cultivatrice se livre à la caméra sans faux-semblants, fait part de ses doutes et de sa révolte contre les réglementations qui la freinent, les prix exorbitants des terres, l’attitude d’anciens agriculteurs.
[…] « Je préfère bosser 60 heures dans mon champ que 35 heures à l’usine ou pour des cons ! »«
Le documentaire dont je vous donne le lien ci-après et qui ne dure pas plus longtemps qu’un épisode d’une série américaine est très émouvant.
On voit cette jeune fille, se battre, râler et pousse par pousse planter « ces copines » comme elle appelle ses plantes.
La caméra nous montre les résultats : de magnifiques plantes que la vidéo nous permet de voir mais pas de gouter ni de humer.
Elle dit le mot du jour à 31mn du film qui lui est consacré, elle le dit à sa mère.
La toute fin du film est aussi particulièrement révélatrice, quand cette jeune et modeste agricultrice monte à Paris et rencontre des professionnels du marketing, connaisseurs du marché de l’épicerie bio, bref des « bobos pur jus » qui lui explique : « il faut qu’on joue la carte hyper chic».
La réalisatrice de ce beau documentaire explique  « C’est vertigineux, le film touche à l’intime. Anaïs a fait le choix de la liberté et de ne pas se soumettre. Or, le drame de millions d’existences, c’est de subir. J’ai reçu des quantités de témoignages, de jeunes, de vieux auxquels le courage d’Anaïs a redonné la force de se battre. »
Donc ce week end, Je sais bien que c’est la semaine de l’arrivée de Netflix en France, regarder un épisode de série américaine en moins et regarder ce film, vous ne le regretterez pas.
Et le site qu’elle a créé depuis pour vendre ses plantes : http://www.lestisanesdanais.fr/

Jeudi 18 septembre 2014

Jeudi 18 septembre 2014
« Transhumanisme »
mouvement culturel et intellectuel
Les rencontres de Pétrarque de Montpellier de 2014 avaient pour thème cette année le Progrès en le confrontant à la politique, à l’économie et le 23 juillet à la technologie. Le thème de ce jour était : «  La révolution technologique nous promet-elle un monde meilleur ? ».
Un des invités, Jean-Michel Besnier, philosophe, professeur à la Sorbonne et à Sciences Po m’a particulièrement intéressé.
Il a consacré son intervention au mouvement des transhumanistes.
Dans nos contrées européennes, le concept de progrès, notamment depuis Hiroschima a du plomb dans l’aile. Bien sûr, nous utilisons tous avec ravissement et même quelquefois béatitude tous ces magnifiques outils qui nous permettent d’être connectés, de pouvoir obtenir plus d’informations que nous avons besoin en un clin d’œil, d’être magnifiquement guidé vers notre destination sans avoir besoin de lire, de comprendre, de s’encombrer d’une carte. Mais nous sommes méfiants par rapport au progrès, nous nous demandons s’il va bien toujours dans le bon sens.
Les adeptes du transhumanismes n’ont pas de telles pudeurs. Ce qui inquiète beaucoup Jean-Michel Besnier qui est l’auteur d’un livre « l’homme simplifié » (Fayard 2012) et dont le plaidoyer lors de cette émission m’a paru très convaincant :
Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l’usage des sciences et des techniques, ainsi que les croyances spirituelles afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains.
Les transhumanistes veulent s’appuyer sur la convergence de 4 disciplines NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives).
Bien sûr, ce mouvement est particulièrement présent en Californie et inspire singulièrement les grands majors technologiques américains, en premier lieu Google, et bien sûr Apple. Des conseillers proches du gouvernement américain sont très proches de ces thèses et de cette idéologie.
Jean-Michel Besnier cite notamment le rapport de 2003 de Roco et Bainbridge remis au président des Etats-Unis et où ces chercheurs pensent que la convergence technologique de ces disciplines permettra une « Nouvelle Renaissance ».
Jean-Michel Besnier cite aussi ce propos d’un transhumaniste français Jean-Michel Truong « Après la Shoah, on ne peut pas vouloir que l’avenir ait le visage de l’homme ». Ce dernier, dans ses rêves post-humain, a créé le concept du Successeur [à l’homme].
Jean-Michel Besnier se demande ce que nous allons perdre dans ce monde annoncé et rêvé des transhumanistes ? et il répond : la conscience, la réflexion, le désir, ce qui nous fait fondamentalement humain : la vulnérabilité.
Tout ceci pourrait apparaître comme de joyeux délires de quelques illuminés. Le problème c’est que les recherches technologiques actuelles ainsi que les forces de l’argent qui soutiennent ce projet rendent crédibles cette évolution inquiétante.
Car ce qui reste essentiel pour nous humains, c’est la civilisation dans laquelle nous souhaitons vivre et laisser vivre nos enfants ainsi que les valeurs qui sous-tendent cette civilisation et pas le résultat où nous amèneront des technologies sans limite et sans conscience.
Si le cœur vous en dit vous pouvez aller sur le site de l’association française de ces positivistes : http://transhumanistes.com/
Je voudrais finir en rappelant le mot du jour prophétique du Lundi 28 janvier 2013, Cité en préface par Armin Maalouf de son livre « Le dérèglement du monde » : « L’homme a survécu jusqu’ici parce qu’il était trop ignorant pour pouvoir réaliser ses désirs. Maintenant qu’il peut les réaliser, il doit les changer, ou périr. » William Carlos Williams (1883-1963)

Mercredi 17 septembre 2014

Mercredi 17 septembre 2014
« Le nombre de comptes sur Itunes est de 800 000 000 »
Frédéric Filloux
Itunes, c’est comme le savent la plupart d’entre vous, la plate-forme de Apple permettant d’acheter de la musique, des livres, des appareils.
Un compte sur Itunes correspond à un client. Il y a un certain nombre de doublons, c’est à dire un même client qui a plusieurs comptes.
Mais ce chiffre donne une bonne appréciation du nombre de clients de Apple : 800 millions de clients.
Il y a encore 25 ans, avant Internet, un tel nombre de clients pour une seule entreprise était simplement inimaginable.
Frédéric Filloux et Jean-Louis Gassée sont des spécialistes des médias et des technologies et ont créé un blog où ils dévoilent en anglais leurs analyses sur les développements dans ces domaines. > http://www.mondaynote.com
Ils étaient les invités de l’émission « Un jour dans le Monde » du 09/09/2014 animée par Nicolas Demorand sur France Inter «> http://www.franceinter.fr/emission-un-jour-dans-le-monde-smartphone-un-phenomene-social-global
Cette  émission avait pour objet l’annonce par Apple des nouveautés, notamment  le nouveau modèle d’iPhone, l’Iphone 6, et aussi  sa montre connectée Watch, lors d’une grande conférence (dite « keynote ») au Flint Center à Cupertino (Californie, Etats-Unis).
Frédéric Filloux a donné un certain nombre d’informations :
« La taille de cette entreprise (comme les 3 autres Big Four encore appelé GAFA Google, Apple, Facebook et Amazon) est telle qu’elle est à une taille critique qui par ses seules décisions entraine des conséquences macro-économiques.
Ainsi, les exportations de la Chine vont augmenter de 1% pour la simple raison de la production de l’Iphone 6 et pour Taiwan c’est 2%.
Le fret aérien va être totalement déséquilibré à cause du véritable pont aérien qui va s’établir pour les mêmes raisons entre le Principal lieu de production de Foxconn à Shenzhen  en Chine et l’Europe et les Etats-Unis.
On prévoit une production de 60 000 000 d’Iphone. Il y en a 500 000 000 en circulation aujourd’hui.
Apple fait des marges de 40%, marge qu’on trouve dans l’industrie du luxe.
Apple représente une part faible des smartphone, il ne représente que 17% du marché mais capte 87% des profits. Le grand acteur est Samsung qui capte une bien plus grande part du marché mais avec des marges beaucoup plus faibles.
La richesse intrinsèque d’Apple, les sommes que Apple a en réserve, se monte à 164 milliards de dollars, c’est plus que l’argent en circulation aux Etats Unis. Une grosse part de cet argent est en dehors des Etats-Unis. »
Maintenant si vous voulez des articles critiques sur ces nouveaux outils, notamment la montre connectée vous trouverez cet article de Marianne qui montre la servitude volontaire d’accepter de mettre un bracelet électronique, une invention que big brother aurait adoré :
Et puis un article encore plus de fond sur la médicalisation de notre environnement, puisque cette montre connectée donnera un grand nombre d’informations médicales sur nous puisqu’elle sera capable de les mesurer :
Pour le fun, allez voir sur le site du Monde, cette archive de l’INA montrant qu’en 1947 certains envisageaient déjà le smartphone :
C’était des variations sur une entreprise à la fois fascinante et inquiétante

Mardi 16 septembre 2014

Mardi 16 septembre 2014
« Tout seul on va plus vite.
Ensemble on va plus loin »
Proverbe africain

Je vais encore parler de quelque chose que je ne connais pas et que je n’ai pas vu. Alors, je vais essayer de le faire bien.

J’écoutais, hier, pendant la pause méridienne le journal de 13h de France Inter.

A la fin, il a été question de la biennale de la danse de Lyon.

Dimanche a eu lieu le grand défilé (le 10ème) dans les rues de Lyon, plus grande parade chorégraphiée d’Europe et 300 000 spectateurs.

Une vidéo montre et évènement <Le défilé de la biennale de la danse 2014>

La biennale c’est 45 spectacles et cette année il y a une ouverture sur le monde du cirque incarnée par la compagnie XY.

Et pour décrire le spectacle de cette compagnie, la journaliste de France Inter a eu ces mots :

« Tout commence par un combat de corps au sol,
puis bien vite les artistes prennent de la hauteur,
des tours humaines s’érigent
2,3 ou 4 corps empilés les uns sur les autres,
sans aucun dispositif de sécurité.

Le spectateur retient son souffle,
puis les corps prennent leur envol
et virevoltent à 2, 4, 8 mètres de hauteur.
Les jeunes filles se transforment en anges,
Propulsées par des hommes puissants.
Leur bras font office de tremplin.
Le tout avec une facilité déconcertante [..]

Dans les différents tableaux se mêlent rire et poésie.
L’objectif est bien de transmettre des émotions au public.»

Puis Peggy, membre de la Compagnie, s’exprime :

« Les gens étaient beaucoup plus émus par ce que ça impliquait de faire des portés, de la solidarité entre les gens sur le plateau que des prouesses techniques elles-mêmes »

Et c’est alors qu’elle a énoncé ce proverbe africain :

«Tout seul on va plus vite. Ensemble on va plus loin.»

Je l’ai trouvé beau dans le contexte dans lequel il était révélé et profond dans la sagesse qu’il dévoile.

Peggy a ajouté :

Je crois qu’il y a quelque chose comme ça chez nous»

Le spectacle s’appelle il n’est pas encore minuit….

Le site de cette compagnie <La compagnie XY>

Il n’y a pas encore de vidéo sur ce spectacle, mais voici un petit extrait d’un spectacle précédent <Le grand C>

Que l’art vous garde votre joie.

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Lundi 15 septembre 2014

Lundi 15 septembre 2014
« Aujourd’hui quand on parle de rente, on parle de rente de monopole.
Moi aussi j’aimerai payer les taxis moins chers.
[Mais la vraie rente, c’est la rente du capital] »
Thomas Piketty
Je reviens souvent à ce mot de Camus « Mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde. » (mot du jour du 22 août 2013).
C’est ce que rappelle Thomas Piketty lors de sa leçon inaugurale aux rencontres de Pétrarque de Montpellier coproduit par France Culture et Le Monde (vous trouverez en fin de message le lien).
Je suis certain que peu d’entre vous ont eu le courage de lire les mille pages du « Capital du XXIème siècle » de Piketty.
Mais nous avons la chance que Piketty expose régulièrement des synthèses de ses travaux dans différents interviews et colloques.
Ce qu’il fait aussi lors de cette leçon inaugurale.
Lors de cette intervention il a ajouté un éclairage sur un élément de langage pour montrer combien aujourd’hui la parole est détournée pour que nous regardions ailleurs qu’à l’endroit où se situe le problème.
Cela fera encore penser à un autre mot du jour : c’était le 5ème celui du 18 octobre 2012 : « Il est nécessaire de mettre fin aux petits privilèges d’un grand nombre pour pouvoir préserver les grands privilèges d’un tout petit nombre ! » Emmanuel Todd
Qu’est-ce que Piketty a démontré par son étude ? C’est tout simplement que de tout temps le rendement du Capital a toujours été supérieur à la croissance.
Autrement dit les revenus du capital sont toujours supérieurs aux revenus du travail.
Il y a eu une parenthèse qui nous a fait penser que les choses allaient évoluer.
En effet, dans la première partie du 20ème siècle, les destructions de capital des deux guerres et la crise de 1930, ainsi que la croissance exceptionnelle des trente glorieuses ont donné un sérieux coup de pouce aux revenus du travail.
Piketty évoque également la peur que le communisme, implanté dans une partie du monde, a déclenchée auprès des capitalistes, les conduisant à faire des concessions aux salariés.
La rente : c’est la rente du capital. C’est ce phénomène qui entraîne la continuité et l’augmentation des inégalités. Lorsqu’en outre la dévolution successorale se fait vers peu d’héritiers, parce que les parents ont peu d’enfants, l’inégalité va encore augmenter d’une génération à l’autre. Aujourd’hui, selon les études de Piketty nous sommes revenus aux mêmes tendances que celles qui existaient avant la première guerre mondiale.
Et dans le cadre de sa leçon inaugurale il rappelle notamment que le banquier de Goldman Sachs qui est aujourd’hui le patron de la BCE, Mario Draghi a fait aussi cet abus de langage quand on lui a demandé ce qu’il convenait de faire pour améliorer la situation en Europe.  Et le banquier de répondre  » il faut s’attaquer à la rente », en parlant de la rente des monopoles ou des professions réglementées.
Encore tout récemment, Jean Marc Daniel, professeur d’économie à l’ESCP-Europe-Paris et chargé de cours à l’Ecole des Mines de Paris vient de publier un livre  » L’Etat de connivence : en finir avec les rentes » ou dans lequel il célèbre la concurrence économique en temps de crise. Il veut donc en finir avec certains monopoles et de professions réglementés. (Il était l’invité des matins de France Culture du 11/09/2014)
Piketty ne dit pas qu’il ne faut pas ouvrir les professions réglementées ou optimiser la concurrence. Ce qu’il dit c’est que la première raison des inégalités est la rente capitalistique.
Parler de rente dans ces situations de monopoles industrielles ou de professions protégées est un abus de langage qui détourne l’attention des vrais rentiers, notamment ceux qui détiennent la dette des Etats qu’on demande aux contribuables de rembourser ou qui alimentent la spéculation pour augmenter encore leur rendement.
Cela dure 59 minutes, c’est moins long que mille pages : <Les rencontres de Pétrarque Leçon inaugurale de Thomas Piketty>

Vendredi 12 septembre 2014

« Pour que les hommes se reconnaissent et se garantissent mutuellement des droits, ils faut qu’ils s’aiment et que pour une raison quelconque ils tiennent les uns aux autres et à une même société dont ils fassent partie. »
Emile Durkheim, de la division du travail social (écrit en 1893)

Émile Durkheim (1858-1917) est un des fondateurs et des plus brillants maître de la sociologie.

Je crois qu’il dit quelque chose de fondamental : pour que l’Etat providence puisse pleinement se déployer il faut qu’il existe ce que Durkheim dit.

Cette constatation a été rappelée dans la conclusion du livre publié en 2014 aux éditions de la Découverte sous la direction de François Dubet : « Inégalités et justice sociale »

François Dubet, sociologue moderne, directeur d’études à l’EHESS était l’invité de l’émission de France Culture La Grande Table du 30/06/2014 qui avait pour thème : « Est ce que toutes les inégalités se valent. »

François Dubet insiste beaucoup sur le fait que la seule dénonciation globale des inégalités sociales ne suffit pas, car toutes les inégalités ne se « valent » pas : certaines sont visibles, d’autres moins, certaines sont perçues comme injustes, d’autres non. Il faut donc pouvoir décrire et mesurer les inégalités sociales, mais aussi savoir ce que nous en faisons et comment elles affectent plus ou moins profondément la vie et l’action des individus.

Et il pose les questions suivantes :

« Que nous font les inégalités dans notre expérience de vie ? Comment se crée une économie morale autour des inégalités ? Comment les inégalités produisent de l’action ? »

Et il finit par un constat :

« Pour vouloir l’égalité des autres, il faut s’en sentir responsable car la seule dénonciation des inégalités ne suffit pas à vouloir leur égalité. »

La conclusion de l’ouvrage qu’il a dirigé a pour titre, « le chainon manquant : la solidarité ».

L’état providence et la formidable redistribution qu’elle sous-tend oblige la solidarité entre l’ensemble des humains qui y participe.

Et Dubet rappelle alors cette réflexion, constatation du grand sociologue Durkheim.

Force est de constater que les grandes avancées sociales et de redistribution se sont déployées dans les Etats européens au sortie des deux guerres mondiales où l’appartenance à une même société faisait très largement consensus.

L’esprit de solidarité s’est largement émoussé et Durkheim nous donne la clé.

Les ultras riches mais aussi les élites mondialisées ainsi que les fragments de la population qui se sont réfugiés, pour de multiples raisons, dans l’identité communautaire ne tiennent plus à la même société qui trace les frontières de la redistribution. Et bien sûr nous qui n’appartenons à aucun de ces groupes, avons aussi de plus en plus de mal à aimer les populations de ces groupes et de considérer que nous faisons partie d’une même société.

Et si nous ne faisons plus partie de la même société, comment se reconnaître mutuellement des droits et une solidarité du niveau auquel est parvenu notre système social ?

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Jeudi 11 septembre 2014

Jeudi 11 septembre 2014
« Le placement d’idées »
Idée de publicitaire
Vous connaissiez le placement de produits ou de marque, vous allez adorer le placement d’idées.
Qu’est-ce que c’est ce truc ?
C’est le Magazine M du Monde qui nous l’apprend. Je joins l’article en pièce jointe et ci-dessous je vous en donne des extraits.
L’expression n’apparaît nulle part. A peine est-elle mentionnée dans les statuts de quelques agences de communication spécialisées. Jamais elle ne figure officiellement sur leurs sites. Et pourtant, depuis quelques années, la pratique s’est immiscée sur nos écrans, petits et grands[…]
Ce n’est pas une bouteille d’alcool, ni une montre qu’une entreprise veut vendre au téléspectateur. Mais une idée, une cause ou un concept, qu’une corporation, une institution, une association ou une région veut faire passer dans un film ou une fiction télévisée. […]
Lorsque James Bond prend le volant d’une Aston Martin, on sait que la marque a payé cette apparition au prix fort. Depuis 2010, le placement de produits, qui n’était autorisé qu’au cinéma, est devenu légal dans les fictions télé et les clips musicaux. A condition d’en informer le téléspectateur avec un pictogramme (la lettre P dans un cercle blanc) en début de programme.
En revanche, lorsque l’AFPA (Association nationale pour la formation professionnelle des adultes) est mise à l’honneur dans le dernier film d’Anne Le Ny « On a failli être amies », sorti en juin, on ne sait pas que l’organisme a déboursé autour de 25 000 euros pour que Marithé (interprétée par Karin Viard) soit une formatrice de l’AFPA. […]
Dans l’épisode intitulé « Les Braves » de la série  « Joséphine ange gardien », sur TF1, consacré à un joueur de rugby, le grand public a pu croire que le choix de ce sport était celui de la production. En réalité, la Fédération française de rugby (FFR) a répondu la première à une sorte d’appel d’offres lancé auprès de multiples fédérations sportives. « C’était une occasion inespérée d’occuper le devant de la scène dans une fiction qui jouit de taux d’audience record », se félicite encore Alain Doucet, le secrétaire général de la FFR. Lorsque la production l’a appelé, il n’avait jamais entendu parler de placement d’idées. Il a vite été convaincu. […]
Les notaires de France, souhaitant dépoussiérer leur image provinciale d’exécuteurs testamentaires, se sont offerts, quant à eux, un lifting à moindres frais dans le film Arrête de pleurer Pénélope, de Corinne Puget et Juliette Arnaud, en 2012. Loin du petit bonhomme grisâtre et voûté, le notaire – une jeune femme – y officie dans des bureaux rutilants, sous le jour plus flatteur d’un conseiller en gestion de patrimoine et en placements, à mi-chemin entre l’avocat et le banquier.
Faire passer un message – tarifé – à l’insu du téléspectateur… Le procédé est interdit par une directive européenne et une loi en vigueur depuis 2010. Qui n’en définit toutefois pas les contours exacts. « C’est plus grave que le placement de produits, car c’est plus subtil et rien n’avertit le public », souligne Christine Kelly, du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Pourtant, le CSA n’a jamais été saisi.
[…]
L’armée de terre elle aussi se serait bien vue dans un épisode de « Plus belle la vie ». « Elle voulait qu’on intègre un discours très pro-armée en faisant dire à un personnage que s’enrôler offrait une occasion unique de voyager, de rencontrer des gens… », se souvient cet ancien de la production de la série. L’armée, premier voyagiste de France ? La production a refusé. Elle pouvait se le permettre…
Voilà voilà
Tant qu’il vous restera du temps de cerveau disponible (*), les publicitaires continuerons à essayer de l’occuper à leur profit ou au profit de leurs clients.
(*) Tout le monde ne comprend peut-être pas cette allusion fréquente que je fais « au temps de cerveau disponible »
C’est une expression qui avait été utilisée par l’ancien PDG de la chaîne privée TF1 :  Patrick Le Lay. Il avait  livré sa conception de la télévision dans un ouvrage intitulé « Les dirigeants face au changement » (Editions du Huitième jour). Interrogé parmi d’autres patrons, il a déclaré :
« Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider, Coca-Cola par exemple, à vendre son produit ». Avant de poursuivre son explication : « Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ».