Mercredi 6 avril 2016

Mercredi 6 avril 2016
«Donald Trump est un charlatan, un imposteur»
Mitt Romney
Trump est consternant.
Il veut construire un mur payé par le Mexique pour empêcher les mexicains de venir aux USA,
Il veut interdire aux musulmans non américains d’entrer sur le territoire,
Il insulte tout le monde, en particulier les femmes :
A propos d’Hillary Clinton : «Comment peut-elle satisfaire son pays si elle ne satisfait pas son mari ?»
A propos de Carly Fiorina qui était la seule candidate aux primaires républicains : «Regardez sa figure, quelqu’un pourrait-il voter pour ça ?»
Et maintenant, il décline ses propositions de politique étrangère (cf. article du Point joint). Je cite l’article :
« [Il]  estime que les Américains doivent cesser de s’occuper des affaires qui gênent Vladimir Poutine, Xi Jinping et même Kim Jung-un. Et donc sont sources de conflits avec les uns ou les autres. Ainsi les boys se trouvant sur des théâtres d’opérations extérieures (Europe de l’Est, Asie) ou dans des bases à l’étranger doivent-ils être rapatriés d’urgence dans leurs casernes et les bateaux de l’US Navy dans leurs ports, le fondement même de la pensée du businessman de l’immobilier étant que les États-Unis doivent cesser de payer pour la sécurité des autres. Ainsi, également, les pays européens de l’Otan doivent-ils assurer désormais seuls leur sécurité ; le contingent qui protège les Sud-Coréens du désir de revanche de leur voisin du Nord doit être rapatrié ; et celui qui, depuis la Seconde Guerre mondiale, calme par sa seule présence au Japon les visées expansionnistes de la Chine doit laisser les Nippons se débrouiller tout seuls.
Ce sont là quelques-unes des perles des deux interviews accordées par Donald Trump à quelques jours d’intervalle au Washington Post puis au New York Times.
[…et] en échange du rapatriement des troupes américaines assurant la défense du Japon et de la Corée du Sud le candidat républicain accorderait le droit à ces deux pays de se doter de l’arme nucléaire afin de soulager le contribuable américain de la charge de leur défense. Et si les Chinois s’offusquaient de cette nouvelle situation ou continuaient à construire des bases et à  établir des batteries de missiles dans la partie sud de la mer de Chine, rien de plus simple, on les menacerait de ne plus avoir accès au marché américain.
Sur le terrorisme et la guerre en Syrie ou en Irak, les solutions de Trump sont là aussi radicales. On a raté le coche au moment de la présence américaine en Irak de prendre une fois pour toutes le contrôle des puits de pétrole qui sont, dit-il,  la seule raison de la guerre là-bas. Alors, détruisons les puits et anéantissons Daech, mais sans envoyer de soldats américains sur le terrain. Puisque le pays le plus menacé est l’Arabie saoudite et qu’elle ne fait pas le travail, arrêtons de lui acheter son pétrole jusqu’à ce qu’elle accepte de mettre un véritable corps expéditionnaire sur le terrain pour en finir avec les djihadistes.»
Le précédent candidat des républicains, Mitt Romney le condamne sans réserve : <Donald Trump est un charlatan, un imposteur>
Les élites du parti des républicains espèrent toujours éviter qu’il puisse devenir leur candidat,  ils espèrent même peut être de pouvoir l’écarter au dernier moment s’il n’a pas la majorité au premier tour.
Mais finalement de quoi « Trump » est-il le nom ?
Trump n’est pas un libéral, il veut fermer les frontières américaines aux marchandises venant des pays comme la Chine et relocaliser les emplois aux US.
Il ne veut pas des latinos, il est sexiste et il apprécie peu les noirs.
Il est démagogue et promet des choses intenables et prétend des réussites qu’il n’a pas eu.
Mais qui peut bien voter pour Trump ?
Dans la description précédente, le portrait en creux de l’électeur se dessine : un mâle blanc chrétien qui a peur des autres.
Parce que le mâle blanc chrétien était l’espèce dominante aux Etats Unis et même la figure dominante de l’Occident qui dominait le monde.
Pour l’instant la population blanche reste majoritaire mais <On estime que les blancs deviendront minoritaires en 2040>
Et du point de vue mondial, l’Occident, essentiellement représenté par l’Amérique du Nord et l’Europe ne cesse de décroitre du point de vue de la démographie relative.
C’est cette peur qui explique grandement le succès de Trump.
Normalement pour la présidentielle, vu qu’il s’est mis les femmes à dos, ainsi que les hispaniques, les noirs et les asiatiques, il ne devrait avoir aucune chance.
J’espère que le monde sera préservé d’un tel homme comme président des Etats Unis.
et Je finirai par une note d’humour inspiré par deux journalistes :
Le premier a dit ; jusqu’à Trump je trouvais le prénom Donald sympa parce que c’était le neveu désargenté de l’avare Picsou.
et le second a dit que Donald Trump a des relations coupables avec un Duke, David Duke. En effet, Trump, a refusé de prendre ses distances avec David Duke, l’ancien dirigeant du Ku Klux Klan qui lui a apporté son soutien et qui continue de professer la supériorité de la race blanche.
Donc finissions sur cette image d’un Donald Sympa : Donald Duck.

Mardi 5 avril 2016

Mardi 5 avril 2016
« Avec le recul, je pense que nous [les anti maastrichtiens de droite] nous sommes trompés, trompés de cible et d’argumentaire : nous combattions le « Super État » [Européen].
La construction européenne n’est qu’un affichage.
En réalité, elle est une déconstruction. Le but n’est pas de faire émerger une nouvelle entité politique, mais d’en finir avec la politique. »
Philippe de Villiers : <Le Moment est venu de dire ce que j’ai vu>
Avant de faire un commentaire, je cite cet extrait du livre de Philippe de Villiers :
« Les hasards de la vie m’ont conduit à croiser la route du sociologue Michel Crozier. Il était l’auteur de la formule « la société bloquée ». Un jour, au café Procope, il me lut un extrait du rapport de 1975 de la trilatérale intitulé : « the crisis of Democracy », qu’il avait coécrit avec l’Américain Samuel Huntington. Il s’alarmait des signes avant-coureurs d’une pression trop forte des gouvernés sur les gouvernants. Pour la première fois il anticipait l’émergence d’un nouvel âge raisonnable, « postnational et post démocratique ». Derrière ce rapport et dans l’esprit des concepteurs de la fusion des nations européennes, il y avait un objectif caché, un but ultime – pour l’heure, dissimulé –, c’était le dépassement des nations pour transformer le monde en un seul marché de consommateurs.
L’Europe unie n’était qu’une étape. C’était la première cuillerée huile de foie de morue. Il y en aurait une autre : le marché planétaire.
Avec le recul, je pense que nous autres, les « conscrits de Maastricht », nous nous sommes trompés, trompés de cible et d’argumentaire : nous combattions le « Super État ». Mais nos auditeurs, nos électeurs pensaient en eux-mêmes, en nous écoutant : « un super état, c’est un état super ! » Les Français y ont cru : on va être enfin gouverné et en aura bientôt un pays démultiplié, une France plus puissante, une industrie décuplée, l’Europe sera une addition, on va changer de dimension. Il ne faut pas rester recroquevillé, frileux. Nous allons prendre le large : « les États-Unis d’Europe seront bientôt les rivaux des États-Unis d’Amérique. » Nous allons devenir – non, la France – le cœur battant de la première puissance du monde. Pourquoi donc vouloir rester tout seul ? Le monde change, les atouts de la puissance aussi. Alors les électeurs ont voté pour Maastricht.
Et c’est là que la manœuvre intervient. Car ce n’est pas du tout ce qu’il y avait dans l’esprit même des penseurs de l’Europe de 1992. Profitant de la crédulité du peuple, et probablement aussi de la candeur des idiots utiles qui avaient des étoiles dans les yeux en voyant celle de la madone sur le drapeau de l’Europe, les stratèges de l’ombre travaillaient secrètement à tout autre chose : il ne voulait pas d’un super état, d’une super frontière, d’une super nation, d’une superpuissance. Ils le prétendaient pour tromper les peuples. Leur intention était toute autre.
Le secret bien gardé, c’est qu’il recherchait une gouvernance mondiale d’experts et de financiers, quand on aurait justement abattu toutes les frontières, abaissé les états, dissout les nations.
La construction européenne n’est qu’un affichage. En réalité, elle est une déconstruction. Le but n’est pas de faire émerger une nouvelle entité politique, mais d’en finir avec la politique.
Ce dessein était soutenu par des penseurs radicaux comme Tony Negri, qui voulait « faire disparaître cette merde d’État-nation ». Allons plus loin : l’utopie Maastrichtienne recelait une tentative inouïe, inédite dans l’histoire des peuples européens, d’anéantissement du politique.
Il s’agissait tout simplement de vivre sans politique, sans gouvernement, sans constitution, sans démocratie et même sans géographie ni limites. On voulait dissoudre la notion de peuple, la notion de communauté nationale, la notion de territoire. C’est à ce moment-là qu’on se mit à parler d’un « espace sans frontières ». Ce magma en fusion de nations millénaires n’avait pas de visée politique, en ce sens qu’il ne cherchait pas à remplacer nos vieux pays par une nouvelle nation européenne en laquelle, ils seraient ainsi appelés à se fondre.
Derrière toute cette construction apolitique, il y avait bien l’idée de faire disparaître les nations. Mais il n’y avait aucunement l’idée d’en faire naître une nouvelle. »
Philippe de Villiers : Le Moment est venu de dire ce que j’ai vu – pages 58 à 60
Bien sûr ces propos ont une tendance à se baser sur des thèses complotistes qu’il m’est difficile de soutenir.
Mais à l’heure d’aujourd’hui cette analyse sonne quand même très juste.
C’est un problème très grave qui se pose à nous : la dimension politique est au niveau national, Mais les décisions économiques sont au niveau européen qui n’est pas atteint par la démocratie. C’est bien sûr une grande erreur de dire que le pouvoir est entre les mains de la commission européenne formés de gens qui ne sont pas élus, parce que le pouvoir de décision est entre les mains de la collectivité des Etats qui composent l’Union. C’est le conseil de l’Union européenne qui décide. Ce conseil est la réunion des ministres des 28 États membres (par portefeuille), représentant les gouvernements.
Et lorsqu’il y a vraiment des questions stratégiques à débattre, c’est le Conseil européen qui est le sommet des chefs d’État et de gouvernement des États membres qui se réunit.
Ce sont donc les exécutifs des Etats, qui en conclave, décident. Et ces décideurs ont une vague notion de l’intérêt général de l’Union, ce qui les préoccupe est le territoire politique et démocratique, c’est à dire l’intérêt unique de leur Etat.
Cela n’a aucune raison de fonctionner.
Ils se mettent donc d’accord sur des règles dont la pertinence n’est pas évidente, charge à la commission de contrôler si les Etats qui ont décidés ces traités contraignants, les respectent sous peine de sanction.
Et à ce stade, on arrive bien à ce qui est décrit par Philippe de Villiers : une gouvernance d’experts et de financiers, un espace qui ne réunit qu’un marché de consommateurs.
C’est un dilemme : J’ai cru François Mitterrand quand il a dit : « La France est notre patrie, l’Europe notre avenir »
Oui la France est trop petite pour peser, c’est une petite province au milieu du monde des puissances, mais l’Europe ne prend pas la place qu’exige cette évolution et nous laisse au bord de la route.
Dans la crise grecque, la crise actuelle des dettes et la crise des réfugiés il n’y a pas de dimension politique, de simples discussions d’égoïsmes économiques et étatiques. Des experts pour qui la notion d’alternance ou d’alternative constituent des concepts archaïques.
Il mes suffit de rappeler quelques mots du jour anciens :
Mercredi 25 mars 2015 : «Ne vous inquiétez pas, en Europe nous avons le système qui permet de ne pas tenir compte des élections.» Propos d’un fonctionnaire européen rapporté par Raphaël Glucksmann
Mardi 05 mars 2013 : «Doit-on déterminer notre politique économique en fonction de considérations électorales ?» Manuel Barroso, précédent Président de la commission européenne. La réponse à cette question, posée comme cela est bien sûr : Non.
Et Philippe de Villiers donne d’autres exemples aux pages 156 et 157 de son livre :
Claude Cheysson, ministre des affaires étrangères de Mitterrand et ancien membre de la commission européenne : «Dès les origines, nous nous sommes placés dans l’adémocratie»
Raymond Barre, un soir de janvier 1988 : «Je n’ai jamais compris pourquoi on voulait faire accepter l’idée européenne par les opinions concernées»
Et plus récemment Jean-Claude Juncker a dit après les élections grecques «Dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités. Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens.»
Évidemment quand on lit ce que pensent ces technocrates on ne peut être que profondément choqué.
J’ai le sentiment que les nations sont comme les baïonnettes, on peut faire beaucoup de choses avec elles sauf s’asseoir dessus.
Aujourd’hui ce sont des populistes qui profitent de cet aveuglement !

Lundi 4 avril 2016

Lundi 4 avril 2016
« [Quelle est pour vous la date historique la plus importante ? ]
Pour moi, c’est 1664… Kronenbourg »
Jacques Chirac
lorsqu’il était premier ministre de cohabitation sous la présidence de François Mitterrand [1986-1988]
Je tire cette formule chiraquienne du livre de Philippe de Villiers : <Le Moment est venu de dire ce que j’ai vu> chez Albin Michel paru en septembre 2015
Voici l’extrait duquel j’ai tiré ce mot du jour :
« Je me souviens d’un grand dîner avec Mitterrand et d’autres dirigeants européens, à l’Élysée. Chacun y allait de sa date favorite en Europe, au nom de son pays.
C’est Margaret Thatcher qui commença :
Pour moi, la date importante, c’est 1215, la Grande charte.
Pour moi, enchaîne Helmut Kohl, c’est 1648 le traité de Westphalie, la nouvelle Europe.
Pour moi, poursuit Mitterrand sur le temps long, c’est 496, le baptême de la France.
Chirac n’a encore rien dit. Il prend un air stratosphérique et inspiré. Il est à ses libations, les yeux dans sa bière. Mitterrand se tourne vers lui :
Et vous, Monsieur Chirac, votre date européenne ?
Pour moi, c’est 1664… Kronenbourg. Alors il lève sa pinte avec fierté. C’était une manière de dire : « je m’en fous. » […]
L’Histoire de France ne lui dit pas grand-chose. Il n’entre pas dans les cathédrales. Il préfère aux arts florissants les arts premiers. Dans son bureau trône un rhinocéros rescapé de l’inondation de Lisbonne. Les murs sont tapissés de masques africains. Il n’aime, dans l’histoire, que celle d’avant et celle d’après. »
Philippe de Villiers : Le Moment est venu de dire ce que j’ai vu – Page 36
Personne ne fera l’injure à Jacques Chirac de le penser ignare et d’avoir répondu par ce trait d’humour, parce que sa culture ne lui permettait pas de trouver une date historique.
Non ! L’explication de Philippe de Villiers est la bonne, il s’en foutait ! Pour lui l’Histoire n’est pas importante.
Certains continuent à trouver Jacques Chirac très sympathique et presque à regretter sa présidence surtout après les deux présidents qui l’ont suivi et qui avec des qualités et surtout des défauts différents ont continué à laisser la France s’enfoncer dans la crise de confiance qui précède sans doute la crise économique et sociale.
Certains d’entre vous trouveront peut-être même cette repartie, très drôle, face à Thatcher, Kohl et Mitterrand.
Ce n’est pas l’avis de Philippe de Villiers qui a la critique très dure à l’égard de la classe politique française en générale et de Jacques Chirac en particulier.
A priori, je n’ai pas beaucoup d’«atomes crochus » avec Philippe de Villiers, très à droite, très souverainiste, pourtant lorsque je l’ai entendu<dans l’émission de Bourdin pour présenter son livre>, je l’ai trouvé intéressant, de sorte que j’ai immédiatement réservé son livre à la bibliothèque de Lyon. Mais étant donné son succès, je n’ai pu l’obtenir que la semaine dernière. Bien que je ne partage pas un grand nombre des idées de cet homme j’ai trouvé son livre passionnant. Je crois qu’il est toujours très fécond d’écouter ou de lire ceux qui ne pensent pas comme nous, il peut arriver qu’ils disent des choses très interpellantes qui nous poussent à réfléchir et approfondir notre réflexion. Tel est le cas de ce livre.
La classe politique qui nous gouverne n’a plus d’intérêt pour l’Histoire et n’a pas non plus une vision pour l’avenir. Tous ces hommes et femmes sortent de l’ENA et Philippe de Villiers faite cette description et analyse saisissantes :
« Je suis un rescapé. J’ai failli sombrer. J’ai fait l’ENA. Ce n’est pas une école, c’est un moule, un laminoir sémantique qui vous broie : vous y entrez avec 3000 mots, vous en sortez avec 30 seulement, le cerveau formaté, hors de vos neurones et le cœur vide. […]
A l’ENA on m’a appris l’informatique, la comptabilité publique, la fiscalité, les statistiques, la psychosociologie. Il n’y avait rien, dans l’enseignement, qui toucha à l’Histoire, aux cultures, au Temps long., Depuis l’arrivée de Richard Descoings, la même déculturation a gagné Sciences-po. Ce qui constitue un désastre pour cette école qui était le creuset des futures élites politiques mais aussi économiques et médiatiques. Un désastre purement français. On enseigne plus les Humanités en France.
A l’ENA, on apprend à extrapoler plutôt qu’à innover.
Cette école est un décalque mimétique et formel. On ne cherche pas à penser, à réfléchir mais à reproduire. […]
Comme on ne croit pas à la profondeur historique, la vie est un divertissement et la pédagogie une posture. L’immaturité préside à toutes les épreuves qui ont un caractère ludique superficiel largement fondé sur l’esprit du  temps, l’esprit sartrien de dérision.
On met le monde en fiche et on récite ces fiches. La culture en 40 000 fiches. C’est un jeu. Les énarques savent tout et rien d’autre.
Au concours d’entrée, il y avait la fameuse épreuve du grand oral. Il ne s’agit pas d’observer les qualités de discernement mais l’esprit de répartie. Alors le jury s’amuse à poser des questions cocasses auquel l’impétrant doit répondre par des saillies loufoques :
Monsieur Dupont vous avez parlé de la ville de Vienne tout à l’heure. Quelle est donc la profondeur du Danube à Vienne ?
Sous quel pont, Monsieur le conseiller d’État ?
Voici la bonne réponse. Elle circule dans tous les couloirs. L’élève a eu 15/20.
Mademoiselle accepteriez d’épouser un noir ?
Oui si c’était un mariage blanc.
La jeune fille a eu 17/20
Mademoiselle pouvez-vous nous parler de l’amour ?
L’amour est un fleuve russe qui prend sa source en Mongolie dans les monts Kentaï et se jette dans le détroit de Tartarie vers l’océan Pacifique. Il est très infidèle car il quitte souvent son lit mais à la fin il y revient.
La jeune fille Sophie a été major de la promo. […]
Cette école nationale de l’arrogance se nourrit de la croyance qu’on va pouvoir changer la société par décret […] je me souviens d’un examen emblématique qui portait cette utopie, « l’épreuve sur dossier » : je crois qu’elle durait six bonnes heures. Nous avions, sous les yeux, un dossier à sangle, rempli de documents d’information. La note introductive décrivait un problème de la société française et il s’agissait pour y répondre, de proposer un texte, un décret qui ferait disparaître le problème. Vous vous imaginez ? Un type tout seul, dans son coin, qui va faire disparaître un problème d’un seul jet d’encre en barbouillant un arrêté !
Il y a là quelque chose de faustien : en six heures, on va réformer la société.
[…] Cette noble institution de la république obéit à une logique froide. C’est une machine à classer : un concours passé à 25 ans oriente toute une vie professionnelle. Ce n’est jamais que le retour à la société de de la fin de l’ancien régime : les fils de la grande noblesse se retrouvaient colonel à 20 ans quand ceux de la noblesse seconde, blanchi sous le harnais, finissaient péniblement lieutenant-colonel. » Pages 21 à 26
Je vais vous faire une confidence, je ne trouve pas la saillie de Chirac : « 1664… Kronenbourg » très drôle, ni très opportune.
Au moins, on apprend qu’avant d’aimer la Corona, fameuse bière mexicaine, il aimait la bière française et alsacienne.
Mais Jacques Chirac, n’est qu’un parmi beaucoup d’autres qui ont accompagné la stagnation française sans agir pour essayer d’emprunter d’autres voies.

Vendredi 1er avril 2016

Vendredi 1er avril 2016
«Il faut bien entendre que la notion de nationalité n’existait pas au cœur de la Révolution française.»
Sophie Wahnich
La déchéance de nationalité a constitué un débat qui a été lancé par le président de la République après le 13 novembre, et qui vient d’être clôturé le 30 mars par ce même président.
Etait-ce vraiment le sujet sur lequel, la France devait mobiliser son énergie en ce moment ?
Poser la question est déjà y répondre.
La question de la nationalité est complexe au regard de l’Histoire.
Avant de parler de nationalité, je me suis demandé pourquoi on appelait «naturalisation» la procédure qui permettait d’acquérir une nationalité que l’on ne possédait pas à sa naissance. Logiquement on devrait appeler cela une «nationalisation».
Le site du CNRS consacré à l’étymologie nous apprend que la naturalisation est une  «opération par laquelle on donne à un animal mort l’apparence de la nature vivante» (1893)
Mais il nous apprend aussi qu’il y avait une définition antérieure : «acclimatation des plantes, des animaux sur un sol qui leur est étranger» (1845)
Nous sommes un peu plus proche de la « nationalisation ».
Mais la première définition que le CNRS donne daterait de 1566 et serait un «acte par lequel un étranger obtient la nationalité du pays où il réside»
Cela est très surprenant parce qu’en 1566, il n’était pas question de «nationalité» mais de «sujet», les gens du commun étaient les sujets d’un roi, d’un prince, d’un duc, enfin d’un homme qui était le maître des lieux.
Et c’est en s’intéressant aux lettres de naturalité que l’on comprend mieux : « Une lettre de naturalité est, en droit sous l’Ancien Régime, une lettre patente par laquelle le roi admet un étranger au nombre de ses sujets. La succession des biens des étrangers ou aubains (d’un autre ban) situés sur le territoire du royaume, étaient considérés comme des épaves et revenaient à la couronne en vertu du droit d’aubaine. Le fait de ne plus être étranger, mais régnicole, et donc de pouvoir se prévaloir des dispositions successorales d’une coutume, permettait aux héritiers d’entrer en possessions des biens.
L’étranger se distingue sous l’Ancien Régime, du « naturel français », par sa naissance hors royaume. […]
Le statut d’étranger impose un certain nombre de contraintes et fait de l’étranger un aubain. Laurent Bouchel, juriste du début du XVIIe siècle, dit à ce propos : « le droit d’aubaine a été introduit en France […] pour avoir connaissance de celui qui est né au Royaume ; et de celui qui n’en est pas né, toutefois y est venu demeurer, et pour mettre différence entre l’un et l’autre ». L’aubain est marqué au niveau juridique par l’impossibilité de transmettre ses biens à ses héritiers.
Le seul moyen pour lui de pouvoir échapper à ces contraintes est d’accéder à la naturalité française.»
Mais revenons à la nationalité. Sophie Wahnich est historienne, directrice de recherche au CNRS  (laboratoire d’anthropologie des institutions et des organisations sociales) et a publié  <L’impossible citoyen. L’étranger dans le discours de la Révolution française> chez Albin Michel.
Dans cet article : <L’étranger et la révolution française, entretien avec Sophie Wahnich> elle explique la lente naissance de la nationalité française.
« Il faut bien entendre que la notion de nationalité n’existait pas au cœur de la Révolution française. Ni le mot nationalité, ni le mot citoyenneté n’étaient employés à l’époque. Les hommes et les femmes utilisaient une série d’expressions telles que « le droit du citoyen », parfois « les droits de citoyen français », la « qualité » ou encore le « titre » de français », le « titre de citoyen », etc. Or ce  mot de « citoyen » effaça de fait les distinctions entre l’appartenance légale à la nation, l’engagement patriotique et l’exercice des droits politiques, et ce, dès 1789, avant même qu’il n’y ait une véritable constitution.
Il s’agissait alors avant tout de passer de l’état de sujet à l’état de citoyen et cette transmutation formidable concernait l’ensemble des personnes participant à l’événement révolutionnaire. Devenir citoyen français ce n’était pas devenir « naturel » mais être inclus de fait dans le peuple souverain français qui se définissait lui-même comme tel. Était alors citoyen celui qui voulait vivre sous les lois élaborées par l’Assemblée nationale constituante et qui adhérait aux principes qui doivent régir ces lois, la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. Cette définition très pragmatique était nouée à la position adoptée dans l’événement : devenir révolutionnaire et ainsi être inclus comme patriote et de fait citoyen français, ou devenir contre-révolutionnaire et se déclarer « hors le souverain peuple » de fait, comme les nobles émigrés. 
Cette association inextricable des notions de citoyen, patriote et national signe en tant que tel un moment révolutionnaire car ce qui est alors affirmé, c’est une conception de la nation qui est sans référence à l’idée de race ou d’ethnie, « de souche » pour prendre un vocabulaire actuel. Une telle nation est fondée sur le seul contrat de souveraineté libérale : obéir à des lois qu’on s’est soi-même données et qui répondent des principes de la déclaration des droits. L’adhésion à ces droits est celle de la raison sensible, un lien rationnel et affectif indissociable. C’est ce lien qui fait le patriote capable de défendre constamment sur la place publique ces principes. On comprend que la seule contrainte à cette définition de l’identité politique est une contrainte de lieu et d’opinion, d’adhésion, pas une contrainte de sang ou de nationalité même juridique, pas une contrainte d’acculturation longue non plus, car cette adhésion peut être immédiate quelle que soit son histoire personnelle, ou refusée durablement même si on passait beaucoup de temps sur le territoire.»
[…] en 1793, la Constitution est très ouverte aux étrangers puisqu’elle déclare dans son article 4 « Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis; Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année – Y vit de son travail – Ou acquiert une propriété – Ou épouse une Française – Ou adopte un enfant – Ou nourrit un vieillard ; – Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l’humanité – Est admis à l’exercice des Droits de citoyen français. »
[…]
Cependant dans le contexte de guerre les étrangers vont devenirs suspects et devront faire la preuve de leur patriotisme sinon ils seront soit exilés soit emprisonnés. On renonce également à choisir des représentants et des fonctionnaires dans l’universalité du genre humain et se met en place la nécessité d’être un « national » pour prétendre à ces fonctions.
[…]
De ce fait c’est en faisant de la politique qu’on devient citoyen, en formulant et en élaborant les lois que l’on pense souhaitables, justes, nécessaires. On est loin d’une réduction de la citoyenneté au droit de vote et de la confiscation de la sphère d’élaboration des lois par des professionnels de la politique. Enfin savoir que les étrangers ont spontanément joué un rôle dans la Révolution de 1789-1790, qu’ils  ont été conviés à la fabrique de la loi, à la fédération de 1790, permet de penser la Révolution française non comme événement particulier noué à un lieu, mais comme événement de la raison qui donne naissance à un peuple politique et qui à ce titre est un événement singulier à valeur d’universel. De ce fait la conception de la citoyenneté révolutionnaire n’est pas culturaliste du tout. C’est l’usage de la raison qui fait le citoyen et la culture n’est pas un obstacle. La liberté de conscience, liberté d’opinion même religieuse, la culture comme règne des opinions libres, conduit au respect des religions différentes pourvu qu’elles acceptent de reconnaître les principes de la déclaration des droits et donc la liberté religieuse et la possible articulation de croyances religieuses et de pratiques politiques révolutionnaires. Des religieux qui refusent cette articulation se comportent comme des étrangers politiques et sont rejetés hors de la cité. Ainsi le 30 mai 1790 les électeurs du Morbihan désignent–ils à la vindicte populaire les nobles et les prêtres qui divisent la communauté : « Malheur à ces perturbateurs, à ces lâches transfuges de la cause commune, qui ne voyant que l’erreur au-delà de leurs opinions individuelles attisant partout le feu de la discorde avilissent la religion qu’ils professent et déshonorent le caractère auguste dont ils furent revêtus. »Ainsi la Révolution française permet de renouer avec l’imaginaire d’une égalisation des citoyens qu’ils soient d’origine française ou étrangère même en dehors de l’espace européen, l’imaginaire d’une citoyenneté sans nationalité, un imaginaire où les écarts culturels sont des caractéristiques des individus libres, libres même à l’égard de leur chefs spirituels si ces derniers ne respectent pas les principes de cette liberté. Cela permettrait de cesser de culpabiliser des individus au nom de leur inadéquation identitaire ou subjective. Le combat pour cette liberté pourrait redevenir celui d’une politisation, non celui d’une inculcation de valeurs dites nationales. Ces dernières sont mobilisées aujourd’hui non pour inventer les modes d’inclusion citoyens mais des frontières qui auraient dû rester labiles. Car c’est dans la porosité des situations que la liberté démocratique ou républicaine peut devenir un objet d’adhésion de la raison sensible de chacun,  et non dans l’épreuve de passage. Adhérer par force à une langue, à des manières d’agir, à des discours, c’est fabriquer des citoyens tartuffe et finalement redoubler la xénophobie qui s’installe comme effet de ce faux semblant institué. »
Évidemment, les choses sont beaucoup plus compliquées que semble indiquer les discours des médias et des politiques.
Mais depuis très longtemps il y avait une grande différence entre ceux qui étaient du «ban» et ceux qui étaient «aubain».
Et quand on considérait qu’un homme du «ban» avait mal agi on le «bannissait», c’est à dire on le mettait hors du ban.
Et c’est probablement dans ce thème antique du « bannissement » que s’inscrivait ce débat sur « la déchéance de nationalité ». 
Mais nous sommes dans une autre période de l’Histoire où les traités nous contraignent et où chaque Etat a accepté de ne pas créer d’apatride.
Alors bien sûr on pouvait se lancer dans cette course, à l’égard des binationaux, pour déterminer qu’elle était le premier Etat qui agissait laissant l’autre dans l’impasse de la «non apatrie».
Débat stérile et totalement inutile face au défi de lutter contre le terrorisme et la dérive folle de certaines sectes musulmanes pour qui la nation est un concept sans valeur.

Jeudi 31 mars 2016

Jeudi 31 mars 2016
«Le ghetto de Venise»
Idée formulée par le sénateur vénitien Zaccaria Dolfin, qui sera annoncée le 1er avril 1516 et qui aura une grande et mortifère postérité
Mediapart, dans un article que vous trouverez en pièce jointe, rappelle opportunément que le ghetto juif de Venise a été créé il y a 500 ans.
On ne finit pas dans les médias d’utiliser jusqu’à l’obsession le terme de ghetto.
Mais vous savez tous que le <ghetto> désigne originellement un quartier réservé ou imposé aux Juifs où ils peuvent vivre selon leurs lois et coutumes particulières au milieu de peuples étrangers.
C’est dans la République de Venise que ce terme a été créé en 1516.
Le Conseil des Dix de Venise avait décidé de regrouper les membres de la communauté juive à Cannaregio, site occupé par une ancienne fonderie (en vénitien getto ou gheto signifie « fonderie »). Ghetto vient donc de « Fonderie ».
Wikipedia nous apprend qu’au XVIème siècle le mot « ghetto » a été rapproché de la racine hébraïque « guet » signifiant « séparation », « divorce », mais ce n’est pas l’origine de ce mot qui provient donc de la désignation de l’endroit où Venise avait décidé de regrouper la communauté juive en 1516.
L’article de Mediapart est très didactique sur ce sujet : 
« Zaccaria Dolfin, cet aristocrate de la Sérénissime appartenait au […] Sénat, dont les membres portaient robe rouge. Le 20 mars 1516, le sénateur Zaccaria Dolfin réclame à ses pairs de rassembler les juifs de Venise (environ 500 personnes : 0,5 % de la population) au nord de la ville, dans le sestiere (quartier) de Cannareggio – le Ghetto Nuovo.
Le projet de Zaccaria Dolfin est adopté le 29 mars 1516, voilà exactement 500 ans, par un décret du Sénat ainsi rédigé : « Les Juifs habiteront tous regroupés dans l’ensemble de la maison sis en ghetto près de San Girolamo ; et, afin qu’ils ne circulent pas toute la nuit, nous décrétons que du côté du vieux ghetto où se trouve un petit pont, et pareillement de l’autre côté du pont, seront mises en place deux portes, lesquelles seront ouvertes à l’aube et fermées à minuit par quatre gardiens engagés à cet effet et appointés par les Juifs eux-mêmes au prix que notre collège estimera convenable. » La mesure est annoncée en place publique le 1er avril 1516.
L’idée était dans l’air du temps. Des prédicateurs franciscains stigmatisaient la « perfidie hébraïque » devant les foules assemblées sur les campi. Et en mars 1515, un an avant Zaccaria Dolfin, son collègue Emo Zorzi avait déjà proposé au Sénat d’exiler les juifs sur la Giudecca – contrairement à une idée répandue, cette île ne doit pas son nom aux juifs mais à la déformation du vénitien Zudegà (jugé), qui en faisait un lieu de bannissement depuis le IXe siècle.
En 1516, à Venise, prend ainsi fin une certaine ambivalence européenne. On allait passer d’un isolement consenti des populations juives – qui se rassemblaient pour des raisons religieuses et pratiques (les « juiveries » des grandes villes) –, à une ségrégation sans merci. […]
Les juifs concentraient sur eux les fureurs : théologiques (peuple déicide prompt à corrompre les chrétiens), comme géopolitiques (engeance errante soupçonnée d’agir tel un cheval de Troie au service de la puissance menaçante du moment). En cette époque de mutations qui voyaient mourir le Moyen-Âge et naître les Temps modernes, Venise, en pleine « mondialisation », se méfiait comme de la peste de certains « flux migratoires » qu’incarnaient alors, au premier chef, les juifs.
Ceux-ci avaient été, en 1496, officiellement astreints à porter un couvre-chef jaune [déjà un symbole jaune] qui les rendît visible au premier regard. Ils n’étaient pas à l’abri d’homicides légaux, aux allures de petits pogroms officiels et encadrés : trois furent brûlés vifs en 1480 et un autre lapidé en 1506, accusés – un classique – de meurtre rituel.
Certes, l’hostilité de Venise et de son patriarcat s’exerçait à l’encontre du monde orthodoxe ou des idées luthériennes naissantes, mais les juifs demeuraient les premiers visés, pour se livrer à « tant de manquements aussi détestables et aussi abominables », selon les termes du décret sénatorial du 29 mars 1516.
Voilà donc les juifs installés dans le Ghetto Nuovo, où toutes les habitations sont évacuées. Les nouveaux occupants de cet îlot insalubre doivent s’acquitter d’un loyer majoré d’un tiers par rapport aux prix que payaient les chrétiens (une façon de dédommager les propriétaires ainsi priés de changer presto de locataires). Un couvre-feu est imposé. Deux grands murs allaient clore une telle enceinte dévolue aux juifs. Toutes les sorties allaient être obstruées, les portes et les fenêtres murées. Quatre gardiens allaient veiller sur les deux seules portes. Des barques allaient patrouiller dans les canaux. Toute cette surveillance serait aux frais des surveillés…
Dans son Histoire du ghetto de Venise (rééditée chez Tallandier), Riccardo Calimani écrit : « Un sombre pessimisme l’emportait, les prédicateurs franciscains répétaient depuis des mois aux Vénitiens qu’il leur fallait racheter leurs péchés et mériter à nouveau la grâce divine s’ils voulaient que la République puisse survivre. Et, de tous les péchés, le plus grave était bien sûr celui d’avoir fait venir les Juifs à Venise et de leur avoir accordé une totale liberté. Le Ghetto remplissait ainsi pour les Vénitiens une fonction expiatoire ; on pourrait en quelque sorte affirmer qu’il s’agissait là d’une requête d’indulgence… »
Vous pourrez lire le reste dans l’article joint qui renvoie notamment vers deux livres sur le ghetto de Venise.
Cette histoire constitue donc l’origine du mot ghetto qui est utilisé désormais par extension à tout quartier dans lequel se concentre une minorité ethnique, culturelle, ou religieuse, en général défavorisée.
Je voudrais ajouter quelque chose : 
Il en est beaucoup qui compare très rapidement les minorités défavorisées d’aujourd’hui aux juifs d’hier.
C’est mal connaître l’Histoire de la communauté juive et de son oppression au cours des siècles dans l’Europe occidentale et la Russie chrétienne pour oser une telle comparaison.
C’est simplement incomparable. La brutalité, l’injustice, la persécution, l’insécurité permanente que les chrétiens imposaient aux juifs n’a rien de comparable au regard ni de sa violence, ni de sa durée.
La shoah n’est alors que l’horreur final d’une Histoire dont les oppresseurs appartenaient à la religion chrétienne et s’en enorgueillissait.

Mercredi 30 mars 2016

Mercredi 30 mars 2016
«Le peuple et les élites n’ont plus les mêmes valeurs ni les mêmes priorités»
Jacques Julliard
Jacques Julliard, historien et journaliste bien connu, a rédigé un article fin 2015 dans Marianne : Le peuple et les élites : pourquoi ce divorce ?
J’en tire le mot du jour et je partage avec vous ces extraits :
«La grande nouveauté du scrutin régional [en décembre 2015] n’est pas la montée du Front national, qui n’est en vérité qu’une conséquence d’un phénomène primaire : le clivage devenu fossé, le fossé devenu abîme entre le peuple et ses classes dirigeantes. D’abord un constat à l’état brut : le peuple et les élites n’ont plus les mêmes valeurs ni les mêmes priorités.
1. Pour le peuple, le danger principal est le terrorisme islamiste. Pour les élites, c’est le fascisme d’extrême droite. La preuve, c’est qu’avec un programme à peu près semblable les scores lilliputiens de la gauche radicale contrastent avec la poussée qui paraît irrésistible de la droite extrême… Un programme à peu près semblable, sauf un point de divergence essentiel : la question de l’immigration. C’est là que se fait la différence. Tandis que Claude Bartolone racialise le scrutin et stigmatise Neuilly avant d’aller s’y faire soigner, que Clémentine Autain invite Tarek Ramadan à l’un de ses meetings préélectoraux et que toute la gauche crie au fascisme, au nazisme, au totalitarisme, et même à Daech à propos du FN, celui-ci capitalise sur les massacres du 13 novembre.
2. Pour le peuple, l’objectif principal est la sécurité : Sécurité sociale, sécurité de l’emploi, sécurité individuelle. Pour les élites, l’objectif principal est le progrès, grâce à la mondialisation, le commerce, les droits de l’homme. Le peuple se reconnaît dans la nation, comme en témoigne la floraison tricolore du mois dernier, tandis que les élites continuent d’espérer en l’Europe. La rupture entre le peuple et l’idée de progrès, dont la liaison fut constitutive de la gauche au XIXe siècle, est, hélas, le grand événement en fait de culture politique au XXIe.
3. Le peuple rêve d’un gouvernement de l’intérêt général. Il a la nostalgie de l’unité, comme sous la Révolution française. Il vomit les partis dans lesquels il voit des mafias au service d’intérêts particuliers. Les élites à l’inverse restent attachées à ces partis qui symbolisent et garantissent la sauvegarde de leurs privilèges. Au lendemain du scrutin des régionales, beaucoup de leaders politiques préconisaient, pour favoriser le « renouvellement» des élites, le retour à la représentation proportionnelle qui signifie, nul n’en peut douter, le renforcement de l’emprise des partis sur la vie politique ! On croit rêver.
Le discrédit des partis n’est pas propre à notre époque ; le décalage entre les électeurs et les élus est en quelque sorte constitutive de la démocratie. Le fait nouveau, c’est qu’il n’est plus toléré.
Il n’est pas non plus propre à la France. En Grèce et en Espagne, il s’est traduit d’abord par des percées d’extrême gauche (Syriza) ; dans une grande partie de l’Europe, il prend la forme de partis d’extrême droite populistes nationalistes et xénophobes comme le FPO fondé par Jorg Haider en Autriche, le Jobbik en Hongrie, voire l’Ukip de Nigel Farage au Royaume-Uni, et bien entendu le Front national en France ; il peut même se donner des allures centristes, comme le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo en Italie. La forme, la dimension, les orientations de ces partis contestataires varient d’un pays à l’autre, en fonction du contexte local. Mais trois griefs reviennent un peu partout.
1. Les partis traditionnels confondent leurs intérêts particuliers avec l’intérêt général ; ils estiment que tout va bien quand ils gagnent en puissance et confondent leur prospérité avec celle du pays. Or, en bonne démocratie, le critère de réussite d’un parti ne saurait être sa puissance, mais sa contribution à l’intérêt général, fût-ce au détriment de sa popularité. Les partis sont censés contribuer, selon les termes de notre Constitution, à l’expression du suffrage. Dans les faits, ils ont pour unique souci de le confisquer.
2. Les partis traditionnels sont fermés comme les castes de l’Ancien Régime, verrouillés sur eux-mêmes ; imperméables aux influences extérieures. Lors de leur formation à la fin du XIXe siècle, les grands partis de la social-démocratie européenne reflétaient la diversité de la société civile, exprimée par les syndicats, les coopératives, les mouvements de pensée, les associations particulières. Aujourd’hui, ils se contentent d’être le milieu nourricier des ambitions et le lieu exclusif de recrutement du personnel politique. En stigmatisant l’UMPS, rebaptisée Erpès (Républicains + PS), le Front national tape dans le mille. Il oublie seulement de s’inclure dans ce système quasi mafieux, lui qui fonctionne selon le principe dynastique autour de la famille Le Pen.
3. Les partis traditionnels, expression de la démocratie représentative, sont structurellement inadaptés à la démocratie d’opinion actuelle. La première ne soumettait les élus au contrôle des électeurs qu’une fois tous les cinq ans. La seconde implique un contrôle permanent par les canaux d’Internet et des sondages d’opinion. L’ère de la toute-puissance des partis quasi dépositaires de la souveraineté nationale dans l’intervalle de deux élections est terminée.
[…] C’est la structure de la démocratie partisane qui est à réviser en profondeur. Chacun en appelle à un renouvellement. Cela suppose des sacrifices dans la classe politique régnante. En 1791, sur proposition de Du Pont de Nemours, la Constituante décida que la totalité de ses membres seraient inéligibles dans la prochaine Assemblée. Chiche !»
On pourrait ajouter aussi que l’élite profite personnellement et individuellement de la mondialisation. Le peuple ne profite plus de la mondialisation.

Mercredi 23 mars 2016

Mercredi 23 mars 2016
«La guerre […] c’est vivre dans une peur quotidienne de la mort, avoir sans cesse l’impression d’être en sursis, n’être en sécurité nulle part. C’est voir chaque jour des gens tomber autour de soi, sous les balles et les obus qui pleuvent sur des villes entières, et les cadavres joncher les trottoirs sans que personne n’ose les ramasser. »
Dominique Faget, photographe AFP
L’Europe a de nouveau été endeuillée par des fous qui sont aussi des fous de Dieu.
Il faut lutter contre ces extrémistes avec toute la force de la loi et à l’aide de nos services de sécurité et de renseignement.
Mais il n’est pas juste et pas pertinent d’appeler cela une guerre, comme l’a à nouveau déclaré notre premier Ministre.
Ce sont des terroristes, nous risquons des attentats, il existe un peu de risque, mais ce n’est pas la guerre.
Après les attentats du 13 novembre 2015, le photographe de l’AFP Dominique Faget avait posté ce billet :  
«Ces derniers jours, j’entends beaucoup parler de « scènes de guerre », de « situation de guerre », de « médecine de guerre ». Mais il faut tout de même relativiser. Ce vendredi 13 novembre, nous assistons à Paris à une série d’attentats terroristes, à des massacres aveugles, aux plus graves événements que la capitale française ait connus depuis la Libération. Mais ce n’est pas la guerre.
La guerre, comme celle que j’ai couverte au Liban, au Tchad, ou beaucoup plus récemment dans l’est de l’Ukraine, c’est vivre dans une peur quotidienne de la mort, avoir sans cesse l’impression d’être en sursis, n’être en sécurité nulle part. C’est voir chaque jour des gens tomber autour de soi, sous les balles et les obus qui pleuvent sur des villes entières, et les cadavres joncher les trottoirs sans que personne n’ose les ramasser. La guerre, c’est quand on risque à chaque instant de se retrouver à la merci d’un tireur isolé, d’un fou, ou d’un de ces innombrables voyous armés qui sillonnent sans contrôle la plupart des zones de conflit du monde. C’est quand on ne peut pas compter sur la police pour assurer sa sécurité, quand des milliers de réfugiés se lancent sur les routes. La médecine de guerre, c’est quand on doit amputer à la hâte un membre qu’on aurait pu sauver dans des circonstances normales.
Alors oui, dans un sens, c’est la guerre. La France est en guerre contre le terrorisme. Le groupe Etat islamique nous a déclaré la guerre. C’est une guerre au sens politique du terme, et sous le coup de l’émotion beaucoup de gens peuvent être tentés d’utiliser ce mot pour parler de la situation dans Paris ce 13 novembre.
Mais contrairement à ce qui se produit dans une vraie guerre, la police et les services de secours peuvent ici faire leur travail, établir des périmètres de sécurité, protéger les passants, soigner les blessés, évacuer les morts sans qu’ils restent à l’abandon des jours durant dans la rue. Même au cœur de cette nuit du 13 novembre, la plupart des bistrots et restaurants restent ouverts et, partout ailleurs dans la ville, la situation est normale. Deux jours après le drame, la vie a repris son cours. On assiste parfois à des scènes très dures, émouvantes, mais une fois que les attentats sont passés la situation ne présente plus aucun danger. Alors qu’une guerre, c’est tout autre chose. Pour ne parler que de nous, journalistes, ce sont les gilets pare-balles qui pèsent une tonne et les casques que nous devons porter dès que nous mettons le nez dehors, et la crainte permanente d’être pris pour cible.
Alors non, aussi tragiques que soient les attentats de Paris, je n’aime pas parler de guerre. La guerre, ce serait par exemple si de tels attentats se produisaient tous les jours pendant des semaines. C’est sans doute ce que souhaitent ceux qui ont causé cette tragédie. Mais ce n’est heureusement pas le cas. »
Mal nommer les choses, ajoute du malheur au monde disait Camus
Ce n’est pas la guerre, mais la Belgique et donc toute l’Europe est en deuil.
La Belgique qui est la patrie de la BD à laquelle elle a apporté ses plus grandes lettres de noblesse.

Mardi 22 mars 2016

Mardi 22 mars 2016
«The Code is Law»
Lawrence Lessig
Dans mon butinage sur l’influence et les incidences des GAFA sur nos vies et notre quotidien je suis tombé à de nombreuses reprises sur un renvoi vers un article de 2000 écrit par Lawrence Lessig : «The code is Law», «le code est Loi».
Tous ces renvois parlaient d’un article fondamental.
Framasoft dont l’objectif est une dégoogilisation de l’internet a publié sur son site une traduction française de cet article.
Lawrence Lessig est un état-unien, né en 1961. Il est  juriste, professeur de droit à Harvard. Spécialiste de droit constitutionnel et du droit de la propriété intellectuelle, il se veut un défenseur de la liberté. Wikipedia prétend qu’ «Il est l’une des voix les plus écoutées dans les débats sur les limites du droit d’auteur et sur le développement mondial de l’Internet.»
Dans cet article, il décrit comment le code informatique, ce qui constitue le matériel créatif du monde numérique, influe sur les règles et au sens le plus formel sur la Loi qui s’impose à nous.
Il écrit notamment :
« À chaque époque son institution de contrôle, sa menace pour les libertés. Nos Pères Fondateurs craignaient la puissance émergente du gouvernement fédéral ; la constitution américaine fut écrite pour répondre à cette crainte. John Stuart Mill s’inquiétait du contrôle par les normes sociales dans l’Angleterre du 19e siècle ; il écrivit son livre « De la Liberté » en réaction à ce contrôle. Au 20e siècle, de nombreux progressistes se sont émus des injustices du marché. En réponse furent élaborés réformes du marché, et filets de sécurité. Nous sommes à l’âge du cyberespace. Il possède lui aussi son propre régulateur, qui lui aussi menace les libertés. Mais, qu’il s’agisse d’une autorisation qu’il nous concède ou d’une conquête qu’on lui arrache, nous sommes tellement obnubilés par l’idée que la liberté est intimement liée à celle de gouvernement que nous ne voyons pas la régulation qui s’opère dans ce nouvel espace, ni la menace qu’elle fait peser sur les libertés.
Ce régulateur, c’est le code : le logiciel et le matériel qui font du cyberespace ce qu’il est. Ce code, ou cette architecture, définit la manière dont nous vivons le cyberespace. Il détermine s’il est facile ou non de protéger sa vie privée, ou de censurer la parole. Il détermine si l’accès à l’information est global ou sectorisé. Il a un impact sur qui peut voir quoi, ou sur ce qui est surveillé. Lorsqu’on commence à comprendre la nature de ce code, on se rend compte que, d’une myriade de manières, le code du cyberespace régule.
Cette régulation est en train de changer. Le code du cyberespace aussi. Et à mesure que ce code change, il en va de même pour la nature du cyberespace. Le cyberespace est un lieu qui protège l’anonymat, la liberté d’expression et l’autonomie des individus, il est en train de devenir un lieu qui rend l’anonymat plus difficile, l’expression moins libre et fait de l’autonomie individuelle l’apanage des seuls experts.
Mon objectif, dans ce court article, est de faire comprendre cette régulation, et de montrer en quoi elle est en train de changer. Car si nous ne comprenons pas en quoi le cyberespace peut intégrer, ou supplanter, certaines valeurs de nos traditions constitutionnelles, nous perdrons le contrôle de ces valeurs. La loi du cyberespace – le code – les supplantera. […]
Mais rien n’est plus dangereux pour l’avenir de la liberté dans le cyberespace que de croire la liberté garantie par le code. Car le code n’est pas figé. L’architecture du cyberespace n’est pas définitive. L’irrégulabilité est une conséquence du code, mais le code peut changer. D’autres architectures peuvent […] rendre l’usage du Net fondamentalement contrôlable. […]Ce qui rend le Net incontrôlable, c’est qu’il est difficile d’y savoir qui est qui, et difficile de connaître la nature des informations qui y sont échangées. Ces deux caractéristiques sont en train de changer : premièrement, on voit émerger des architectures destinées à faciliter l’identification de l’utilisateur, ou permettant, plus généralement, de garantir la véracité de certaines informations le concernant (qu’il est majeur, que c’est un homme, qu’il est américain, qu’il est avocat). Deuxièmement, des architectures permettant de qualifier les contenus (pornographie, discours violent, discours raciste, discours politique) ont été conçues, et sont déployées en ce moment-même. Ces deux évolutions sont développées sans mandat du gouvernement ; et utilisées conjointement elles mèneraient à un degré de contrôle extraordinaire sur toute activité en ligne. Conjointement, elles pourraient renverser l’irrégulabilité du Net.
Tout dépendrait de la manière dont elles seraient conçues. Les architectures ne sont pas binaires. Il ne s’agit pas juste de choisir entre développer une architecture permettant l’identification ou l’évaluation, ou non. Ce que permet une architecture, et la manière dont elle limite les contrôles, sont des choix. Et en fonction de ces choix, c’est bien plus que la régulabilité qui est en jeu.
[…] Ainsi, le fait que l’architecture de certification qui se construit respecte ou non la vie privée dépend des choix de ceux qui codent. Leurs choix dépendent des incitations qu’ils reçoivent. S’il n’existe aucune incitation à protéger la vie privée – si la demande n’existe pas sur le marché, et que la loi est muette – alors le code ne le fera pas. […] Si c’est le code qui détermine nos valeurs, ne devons-nous pas intervenir dans le choix de ce code ? Devons-nous nous préoccuper de la manière dont les valeurs émergent ici ?
[…] Ce n’est pas entre régulation et absence de régulation que nous avons à choisir. Le code régule. Il implémente – ou non – un certain nombre de valeurs. Il garantit certaines libertés, ou les empêche. Il protège la vie privée, ou promeut la surveillance. Des gens décident comment le code va se comporter. Des gens l’écrivent. La question n’est donc pas de savoir qui décidera de la manière dont le cyberespace est régulé : ce seront les codeurs. La seule question est de savoir si nous aurons collectivement un rôle dans leur choix – et donc dans la manière dont ces valeurs sont garanties – ou si nous laisserons aux codeurs le soin de choisir nos valeurs à notre place.
Car c’est une évidence : quand l’État se retire, la place ne reste pas vide. Les intérêts privés ont des objectifs qu’ils vont poursuivre. En appuyant sur le bouton anti-Étatique, on ne se téléporte pas au Paradis. Quand les intérêts gouvernementaux sont écartés, d’autres intérêts les remplacent. Les connaissons-nous ? Sommes-nous sûrs qu’ils sont meilleurs ?
Notre première réaction devrait être l’hésitation. Il est opportun de commencer par laisser le marché se développer. Mais, tout comme la Constitution contrôle et limite l’action du Congrès, les valeurs constitutionnelles devraient contrôler et limiter l’action du marché. Nous devrions examiner l’architecture du cyberespace de la même manière que nous examinons le fonctionnement de nos institutions.
Si nous ne le faisons pas, ou si nous n’apprenons pas à le faire, la pertinence de notre tradition constitutionnelle va décliner. Tout comme notre engagement autour de valeurs fondamentales, par le biais d’une constitution promulguée en pleine conscience. Nous resterons aveugles à la menace que notre époque fait peser sur les libertés et les valeurs dont nous avons héritées. La loi du cyberespace dépendra de la manière dont il est codé, mais nous aurons perdu tout rôle dans le choix de cette loi.»
Lawrence Lessig – janvier 2000 – Harvard Magazine
(Traduction Framalang  : Barbidule, Siltaar, Goofy, Don Rico)
Rappelons que ce texte date d’il y a 16 ans. Il est largement prémonitoire parce que le monde numérique a énormément changé depuis.
La démocratie et donc nous le peuple ne pouvons-nous désintéresser du code, de ce que l’on fait avec, des valeurs qui sont induites par ce qui est codé.
Notre futur et nos libertés en dépendent.
Cela rejoint largement les réflexions menées autour des GAFA.
Un exemple que j’ai entendu récemment peut essayer d’éclairer cette réflexion que certains trouvent peut être très (trop)  conceptuel.
La Google car se comporte exactement selon la manière dont elle a été codée. Tous les gens compétents disent qu’elle va conduire beaucoup mieux que n’importe quel humain. Toutefois, elle sera confrontée à des problèmes très difficiles.
Voici une Google car qui roule à 50 km/h en ville, brusquement un enfant jaillit devant la voiture en courant après un ballon. C’est un cas de force majeure.
Je suppose que tous les humains qui calculent lentement et sont très intuitifs vont instinctivement freiner à fond sans réfléchir.
La machine n’est pas intuitive mais calcule très vite et connait parfaitement les conséquences normales de son action.
Elle aura une première injonction : ne pas freiner trop vite sinon la voiture peut faire une embardée et blesser le conducteur et une seconde injonction freiner suffisamment pour ne pas entrer en collision avec l’obstacle qui vient d’apparaître.
Donc le code devra dire : est-ce que la priorité est d’éviter de blesser l’enfant ou de blesser le conducteur et si selon son calcul il est prévisible que l’un ou l’autre sera blessé. Il faut coder ​ce choix.
Cas un peu particulier mais qui montre qu’avec un robot on doit répondre aux questions et répondre aux questions ce ne sont pas que des problèmes techniques, ce sont aussi des valeurs.
Ce texte de Lessing appartient désormais à la culture générale de l’honnête homme du XXIème siècle.
Je vous redonne le lien vers le texte dans son intégralité : La traduction française de cet article.
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Lundi 21 mars 2016

Lundi 21 mars 2016
« L’art créé à Terezin nous laisse interdit d’admiration. »
Milan Kundera
Ce dimanche, nous sommes allés au spectacle, au TNP de Villeurbanne voir et écouter, une œuvre bouleversante : «L’empereur d’Atlantis» de Viktor Ullmann.
Viktor Ullmann est né en 1898 à Teschen, en Autriche-Hongrie qui se trouve  aujourd’hui en Tchéquie. Il a composé «L’empereur d’Atlantis» en 1943, alors qu’il était interné comme des milliers d’autres juifs, notamment des artistes, dans le camp de Thérésienstadt qui se trouve aussi en république tchèque et que l’on appelle en français Térézin. Il avait été créé  en 1941, ce ghetto juif avait été aménagé dans une ville fortifiée près de Prague et fit fonction de camp de transit vers Auschwitz.
Wikipedia nous apprend que la fonction de Theresienstadt évolue après que Joseph Goebbels et Reinhard Heydrich prennent conscience que la disparition de certains Juifs renommés (artistes, savants, décorés ou mutilés de la Première Guerre mondiale) ne manquerait pas de susciter des questions quant au sort réservé au peuple juif tout entier. Ainsi des artistes de premier ordre sont passés par Theresienstadt où beaucoup trouvèrent la mort : écrivains, peintres, scientifiques, juristes, diplomates, musiciens et universitaires. Les conditions de vie à Theresienstadt sont extrêmement difficiles. Sur une superficie qui accueillait jusque-là 7 000 Tchèques, environ 50 000 Juifs sont rassemblés. La nourriture est rare : en 1942, environ 16 000 personnes meurent de faim.
Et les nazis autoriseront la visite de la Croix-Rouge pour faire pièce aux rumeurs à propos des camps d’extermination. Pour minimiser l’apparence de surpopulation, un grand nombre de Juifs sont déportés à Auschwitz. De faux magasins et cafés sont construits pour donner l’impression d’un confort relatif. Les Danois à qui la Croix-Rouge rend visite sont installés dans des pièces fraîchement repeintes. Jamais plus de trois personnes y vivent. Les invités assistent à la représentation d’un opéra pour enfants, Brundibar.
Maurice Rossel, l’envoyé du CICR en juin 1944, est complètement mystifié. Claude Lanzmann a réalisé en 1997 un documentaire, titré «Un vivant qui passe», qui utilise une interview accordée en 1979 par Maurice Rossel : il y décrit le camp de son point de vue, tel qu’il lui sera présenté par la mise en scène des nazis. La supercherie des nazis est un tel succès qu’un film de propagande est tourné (Le Führer donne une ville aux Juifs).
C’est dans ces conditions que le compositeur Viktor Ullmann et le poète dramaturge Peter Kien (né en 1919)  ont écrit «L’empereur d’Atlantis» puis avec des musiciens du camp l’ont répété jusqu’à la répétition générale. Mais il leur a été interdit de faire une représentation.
L’histoire est une fable qu’il faut replacer dans le contexte de la folie hitlérienne.
Dans une contrée appelée Atlantis, l’empereur d’Atlantis qui est un tyran s’appelle « Overall » qui fait penser au « uber alles » chanté par les nazis : « Deutschland über alles », (l’Allemagne au dessus de tout).
L’empereur décide d’instaurer la guerre de tous contre tous, c’est à dire l’extermination.
Mais c’est une fable dont un des personnages est la Mort. Et la Mort se révolte et refuse de faire son office, plus personne ne meurt.
Cela crée des souffrances et des problèmes terribles dans l’empire.
Alors la dernière scène met face à face l’empereur et la Mort. L’empereur supplie la mort de refaire son travail et cette dernière accepte à condition que l’Empereur soit le premier à mourir.
Ce que finalement il accepte, et le monde retrouve la sérénité et la paix.
Viktor Ullmann et Peter Kien furent déportés le 16 octobre 1944 à Auschwitz et assassinés par le gaz le 18.
J’ai choisi comme exergue de ce mot du jour un extrait de la préface que Milan Kundera a écrit pour l’ouvrage : Le masque de la barbarie : le ghetto de Theresienstadt, 1941-1945 (Auteur : Sabine Zeitoun; Dominique Foucher, Éditeur : Lyon : Centre d’histoire de la Résistance et de la Déportation, ©1998.) :
«Ce n’est pas seulement l’art créé à Terezin qui nous laisse interdit d’admiration mais peut-être plus encore cette soif de vie culturelle, cette soif d’art que manifestait la communauté térézinienne qui, dans des conditions effroyables, fréquentait des théâtres, des concerts, des expositions. Que fut l’art pour eux tous ?
Une façon de tenir pleinement déployé l’éventail des sentiments, des idées, des sensations pour que la vie ne fut pas réduit à la seule dimension de l’horreur […]
Les juifs de Terezin ne se faisaient pas d’illusion : Il vivait dans l’antichambre de la mort ; leur vie culturelle était étalée par la propagande nazie comme alibi. Aurait-il pu pour autant renoncer à cette liberté précaire et abusée ?
Leur réponse fut d’une totale clarté. Leur vie, leurs créations, leurs expositions, leurs quatuors, leurs amours, tout l’éventail de leur vie avait, incomparablement, une plus grande importance que la comédie macabre des geôliers. Tel fut leur pari.»
Cet opéra est un chef d’œuvre.
Il a été joué pour la première fois 30 ans après la guerre en 1975, à Amsterdam. Il a fallu encore 20 ans avant qu’il soit joué en France.
France musique introduit les représentations du théâtre de l’Athénée par ce propos :
«Comme les plus belles fleurs peuvent surgir de la boue, c’est dans le camp de concentration de Terezin qu’a vu le jour, en 1943, ce sidérant Kaiser von Atlantis.
Sidérante, cette œuvre l’est à plus d’un titre : par les circonstances de son écriture tout d’abord (dans un camp dont les nazis, cynisme suprême, entendaient faire une “vitrine des arts”), par sa modernité, par son orchestration excentrique, née du hasard des instruments disponibles dans le camp, mais aussi par le mélange d’une attaque sardonique – et à peine voilée – du totalitarisme et d’une poésie indomptée et urgente, qui vaudra à cet opéra de chambre d’être interdit avant même sa création»
Xavier Rockenstrocly présente de manière très pédagogique cette œuvre sur le site de l’Opéra de Lyon : <L’Empereur d’Atlantis – L’École du spectateur>
<ICI vous verrez un extrait de l’opéra de Lyon> et ici la page de l’opéra de Lyon consacré à cette œuvre.
Cette œuvre et les conditions de son écriture nous disent beaucoup de la barbarie nazi, mais aussi sur l’Art, cette extraordinaire faculté d’expression des humains, même soumis aux pires tourments.

Vendredi 18 mars 2016

Vendredi 18 mars 2016
«la glace flotte [contrairement à] la plupart des corps [qui] sont plus denses à l’état solide ; [sans ça,] nous ne serions pas là ! »
Hubert Reeves – « Là où croît le péril… croît aussi ce qui sauve »
« La belle histoire » Page 38 & 39

Hubert Reeves écrit :

« Parfois les phénomènes les plus familiers s’avèrent être les plus étonnants.

Comme chacun le sait, la glace flotte à la surface de l’eau. Ce fait, qui a causé la catastrophe du Titanic en 1912, sa collision avec un iceberg, s’avère être d’une importance primordiale pour l’existence de la vie sur Terre.

La glace, à la surface des lacs, isole du froid les couches aquatiques profondes. Elle permet à l’eau d’y rester liquide à très basse température ambiante si la glace s’enfonçait, les lacs gèleraient entièrement et les organismes qui y vivent périraient sûrement.

En quoi cette propriété est-elle étonnante sur le plan de la physique ?

Il est bien connu que la chaleur dilate les corps et que le froid décontracte et augmente l’intensité. Ainsi, la plupart des corps sont plus denses à l’état solide qu’à l’état liquide. Quand l’huile se fige à cause du froid, elle coule au fond de la bouteille et le plomb fondu surnage sur le solide. Si la glace, plus froide que l’eau liquide était aussi plus dense, elle coulerait à basse température. Alors ? Pourquoi flotte telle ?

Effectivement, comme la presque totalité des substances, l’eau se densifie quand on la refroidit. Mais quand on approche du point de congélation, aux environs de 4 °C, cette tendance s’inverse et l’eau devient progressivement moins dense : la glace flotte.

Cette propriété s’explique en termes de physico-chimie, de façon complexe d’ailleurs. Rien de mystérieux jusque-là. Pourtant, en rapprochant la clarté de cette propriété exceptionnelle dans le monde des substances chimiques avec l’importance de l’eau pour l’élaboration de la vie, il est peut-être justifié de s’étonner.

Peut-on inclure ce phénomène dans la liste de nos « sans ça » ?

Encore une fois, j’observe le phénomène et je réserve mon jugement…»

Il y a encore bien d’autres coïncidences dans cette belle Histoire :

Ainsi l’orbite quasi circulaire de la terre autour du soleil alors que la grande majorité des orbites observées dans l’univers sont beaucoup plus elliptiques et dans ce cas les différences de température, selon la position par rapport à l’astre, sont beaucoup plus grandes rendant la vie beaucoup plus difficile ou impossible.

Il y a encore les neutrinos, la croissance de l’oxygène et la formation de la couche d’ozone …

Et puis après, au bout du bout, tout ce qui a permis à la complexité d’émerger et à homo sapiens de coloniser la terre.

Bref tout ce qui a permis la belle histoire de l’humanité, notre histoire.

Hubert Reeves va aussi développer, dans son livre, la moins belle histoire, celle où homo sapiens va énormément créer, inventer et imaginer.

Nous profitons de tout cela, la vie humaine est devenue moins dure, la santé s’est améliorée et des maladies peuvent être guéries et nous sommes souvent envahis d’émotion devant toutes les manifestations créatrices de l’homme dans les divers arts dans lesquels elles se sont épanouies.

Mais il a réalisé ces choses, en partant du postulat que la terre et la nature pouvaient être utilisées sans limite et qu’il était possible de prélever tous les éléments nécessaires à son confort, sans tenir compte des équilibres naturels et sans appréhender la disproportion entre le temps extraordinairement court dans lequel il consommait l’énergie fossile, au regard des millions d’années qui ont été nécessaire pour la fabriquer.

Arrivé à ce stade, nous sommes confrontés à deux positions très tranchées :

Celles de tous ceux qui expliquent que l’homme est en train, par son comportement, son industrie et sa technique de perturber si fortement l’équilibre naturel que les conditions qui ont permis l’apparition de l’humanité vont disparaître.

Celles de ceux qui dans les traditions religieuses

« Soyez féconds, emplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux de la terre »
(Genèse 1, 28)

ou scientifique comme René Descartes qui espère que le développement des sciences permettra aux êtres humains de devenir « comme maître et possesseur de la nature » ont mis l’homme au centre, les premiers considérant que toute la création a été faite pour l’homme sous la soumission de Dieu et les autres que l’intelligence et les « droits de l’homme » sont à un tel niveau que la nature et les ressources terrestres sont à sa seule disposition. Pour les seconds, en outre, la critique de la sauvagerie et du côté impitoyable de la nature, interdit de lui reconnaître une préséance à l’histoire de l’homme qui outre les guerres a quand même développé la compassion, la médecine, la science, l’art qui ont su embellir et corriger les rudesses de la nature.

Il existe des extrémistes dans ces deux thèses.

Les premiers pourraient déboucher sur un régime totalitaire où la religion de l’écologie justifierait des actes de contraintes et de restriction des libertés fondamentales.

Les seconds arcs boutés sur leur confort et leur égoïsme, ne croient pas aux avertissements des scientifiques ou pensent que le génie humain trouvera toujours de nouvelles solutions leur permettant ainsi de continuer à ne rien changer dans leur comportement de vie et de consommation.

Les premiers sont dangereux et liberticides et les seconds sont aveugles et tout aussi dangereux.

Car si les scientifiques poursuivent la quête de l’existence d’autres formes de vie dans l’univers, il est clair que si elles existaient elles ne seraient pas dans une proximité atteignable par nos moyens de transport.

Notre terre constitue donc une oasis entourée d’un immense désert stérile dans l’univers.

Et nous serions donc bien inspiré de nous en préoccuper vraiment, sans ça, nos descendants ne seront plus là pour en parler.

Je vous redonne le lien vers la conférence donné dans le mot du jour de lundi (il faut se positionner à 30 mn sur la vidéo) : <ici>

Et un lien vers le livre  <La où croit le péril…>

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