Mercredi 9 mars 2016

Mercredi 9 mars 2016
«J’ai appris qu’il faut être dans l’instant présent.
Que si l’on se concentre sur quelque chose, cela devient beau et on peut en tirer de l’énergie.»
Annette Herfkens
En 1992, Annette Herfkens est une jeune et brillante trader de 31 ans, qui vit à Ho Chi Minh ville, au Viet Nam, avec son compagnon Pasje. Ils sont ensemble depuis 13 ans. Pasje s’est installé au Vietnam six mois plus tôt pour implanter deux filiales de la banque pour laquelle il travaille.
«Nous étions là pour un voyage romantique que Pasje avait organisé », raconte Annette Herfkens. Pour se rendre à Nha Trang, la destination finale de ce séjour en amoureux, ils doivent monter dans un petit avion. C’est à reculons qu’Annette Herfkens y met les pieds.
5 minutes avant l’atterrissage prévu, des turbulences. Une première chute de l’avion. Puis une seconde. «Pasje prend ma main, je prends la sienne, il a un air inquiet. Et tout devient noir », se remémore-t-elle. «Quand j’ouvre les yeux, je peux voir la jungle. J’ai quelque chose de lourd sur moi, je le pousse. Il s’avère que c’était un corps. J’aperçois Pasje, il est mort », poursuit-elle cliniquement.
Son prochain souvenir est celui d’être assise hors de l’avion, dans la jungle. Un homme est vivant à côté d’elle, un « business man ». Mais il meurt dans les heures qui suivent. Annette Herfkens a alors un plan, un seul: essayer de survivre une semaine près de l’avion en attendant les secours. Si personne ne l’a trouvée d’ici là, elle tentera sa chance dans la jungle pour ne pas mourir de faim.
Elle est gravement blessée, a les hanches fracturées, certains de ses os sont visibles, elle ne peut pas se déplacer sans souffrir atrocement. Pendant 8 jours, elle ne se nourrit que d’eau de pluie. Dans un éclair de conscience, elle se sert de morceaux de mousse trouvés dans le cockpit comme d’éponges pour absorber l’eau de pluie. Ainsi, elle a de quoi boire après une averse et pas uniquement pendant.
Elle est gelée mais parvient à enlever le poncho que portait l’une des passagères. Il lui tient suffisamment chaud pour qu’elle ne meure pas de froid. Lorsque les secours arrivent enfin -coïncidence folle, le fameux huitième jour où elle avait prévu de partir- Annette Herfkens pense qu’elle est déjà morte, ou presque.
Comment a-t-elle tenu le coup pendant 8 jours ? 
Au-delà de la soif, Annette Herfkens souffrait de ses blessures, sans parler de la douleur psychologique liée au décès de son compagnon et de l’angoisse d’être seule au milieu de nulle part.
Pour employer le langage de la psychologie, Annette Herfkens a réussi à « compartimenter » les choses. Elle s’est concentrée sur l’essentiel: la survie. Et a fait abstraction du reste. «Ne pense pas à Pasje. Ne pense pas à Pasje », répète-t-elle inlassablement dans son livre. Ne pas penser non plus à ses blessures, ni aux insectes, ni aux tigres qui pourraient roder dans les environs, ni à la mort environnante, ni aux secours qui arriveront peut-être trop tard.
«Je me suis concentrée sur la beauté de l’environnement », nous explique-t-elle, avec le sourire bien sûr. «J’ai écouté mon cœur, mes intuitions, j’ai réalisé à quel point c’était important d’être là, en vie », poursuit-elle.
Après le crash, Annette Herfkens a évidemment dû se reconstruire. Physiquement d’abord, puis psychologiquement. Mais ce n’est pas l’accident, ni la survie dans la jungle qui sont le plus douloureux à ses yeux, c’est la perte de son fiancé Pasje. Ce n’est qu’une fois les secours sur place qu’elle sort de son état de survie et d’émerveillement devant la nature et qu’elle réalise qu’il est bel et bien décédé. «C’était assez sympa de mourir finalement. C’est revenir à la vie sans lui qui a été difficile », avance-t-elle.
Evidemment, les premiers vols en avion dans les mois qui ont suivi l’accident étaient insupportables pour elle. Mais elle n’a pas le choix, en tant que trader, les voyages sont inhérents à sa vie. Et elle adore son métier. Elle joue à la Game Boy pour se distraire. A ceux qui ont peur de prendre l’avion, elle voudrait dire une seule chose: «survivre est bien pire que de s’écraser ». «Cela a l’air spectaculaire mais on n’a pas le temps de réaliser ce qui nous arrive », ajoute-t-elle.
Après quelques années, elle retourne au Vietnam sur les lieux du drame. Une première fois en 2006 sur une invitation de Vietnam Airlines. Une deuxième fois en 2014 à l’occasion de la parution dans le pays de son livre. Elle voulait aussi que sa fille rencontre un homme un peu particulier: celui qui lui a sauvé la vie. Le huitième jour après l’accident, Annette Herfkens a en effet cru être victime d’hallucinations: elle voyait un homme accroupi devant elle. Ce n’est qu’en retournant au Vietnam en 2006 qu’elle rencontre à nouveau cet homme et qu’elle réalise qu’elle lui doit la vie: c’est lui qui est allé chercher les secours.
Aujourd’hui, elle comprend mieux ce qu’elle a vécu pendant cette « expérience » de huit jours dans la jungle qu’elle décrit comme étant « belle », étonnamment. Les lectures qu’elle a faites depuis le crash, sur le bouddhisme notamment, ont mis cet événement en perspective. Nommant régulièrement l’une de ses grandes inspirations, le médecin et penseur d’origine indienne Deepak Chopra, elle nous explique que ces penseurs décrivent ce qu’elle a vécu dans la jungle.
«J’ai appris qu’il faut être dans l’instant présent. Que si l’on se concentre sur quelque chose, cela devient beau et on peut en tirer de l’énergie ».
C’est pour ça qu’elle a écrit ce livre, nous dit-elle: pour faire comprendre qu’il faut se concentrer sur ce que l’on a et pas sur ce que l’on a pas. «C’est comme dans la jungle: au lieu de penser aux insectes, j’ai regardé les fleurs », insiste-t-elle. Elle avance même avec humour qu’elle a suivi « un cours intensif de méditation en huit jours ». […]
Elle sait bien de quoi elle parle, quand elle dit qu’il faut se concentrer sur le positif, l’instant présent. Son fils est en effet atteint d’autisme. Elle a arrêté son activité professionnelle pour s’occuper de lui. « Quand on accepte un enfant pour ce qu’il est, on réalise qu’il est un don », affirme-t-elle avec tendresse. Dans les années à venir, Annette Herfkens veut consacrer du temps à son fils. A l’écriture? Peut-être. Elle voudrait surtout donner des conférences […]
La journaliste ajoute :
«Le récit est tellement incroyable qu’on a du mal à y croire. Pourtant, tout est vrai. Annette Herfkens, la survivante de ce crash de la compagnie Vietnam Airlines, a écrit un livre pour raconter son histoire hors du commun. La version française, Turbulences, le récit d’une survivante, est sorti ce mercredi 17 février.»
Faut-il passer par de telles épreuves pour apprendre à être dans l’instant présent et voir ce qui est beau ?
Il me semblait pertinent de partager cette expérience de vie douloureuse mais aussi résiliente avec vous.

Mardi 8 mars 2016

Mardi 8 mars 2016
«Mon éditeur est furieux et me prend pour un parasite»
Umberto Eco
Umberto Eco est décédé le 19 février 2016 d’un cancer à 84 ans.
Il est connu notamment pour ses deux romans initiaux  « Le Nom de la rose » (1980) puis le Pendule de Foucault (1988).
En hommage, je partage avec vous l’Histoire qui a donné son nom à ce livre :
Comment voyager avec un saumon
A en croire les journaux, notre époque est troublée par deux grands problèmes : l’invasion des ordinateurs et l’inquiétante expansion du Tiers-Monde. C’est vrai, et moi je le sais. Dernièrement, j’ai fait un voyage bref, un jour à Stockholm et trois à Londres.
À Stockholm, j’ai eu le temps d’acheter un saumon fumé énorme, à un prix dérisoire. Il était soigneusement emballé dans du plastique, mais on m’a conseillé, puisque j’étais en voyage, de le garder au frais. Facile à dire.
Heureusement, à Londres mon éditeur m’avait réservé une chambre de luxe, équipée d’un frigo-bar. Arrivé à l’hôtel, j’ai eu l’impression d’être dans une légation de Pékin pendant la révolte des Boxers. Des familles campant dans le hall, des voyageurs enfouis sous des couvertures dormant sur leurs bagages… Je m’informe auprès des employés, tous Indiens, plus quelques Malais. Ils me répondent que la veille, le grand hôtel s’était doté d’un système informatique qui, par manque de rodage, venait de tomber en panne deux heures auparavant. Impossible désormais de savoir si les chambres étaient libres ou occupées. Il fallait attendre. En fin d’après-midi, l’ordinateur était réparé et j’ai pu prendre possession de ma chambre. Préoccupé par mon saumon, je le sors de ma valise et me mets en quête du frigo-bar. D’habitude, les frigo-bars des hôtels normaux contiennent deux bières, deux eaux minérales, quelques mignonnettes, un petit assortiment de jus de fruits et deux sachets de cacahuètes.
Celui de mon hôtel, gigantesque, contenait cinquante mignonnettes de whisky, gin, Drambuie, Courvoisier, Grand Marnier et autres calvados, huit quarts Perrier, deux de Badoit, deux d’Évian, trois bouteilles de Champagne, plusieurs canettes de stout, de pale-ale, de bières hollandaises et allemandes, du vin blanc italien et français, des cacahuètes, des biscuits salés, des amandes, des chocolats et de l’Alka-Seltzer. Aucune place pour mon saumon. Deux grands tiroirs s’offraient à moi : j’y ai déversé tout le contenu du frigo-bar, j’ai installé mon saumon au frais, et je ne m’en suis plus occupé.
Le lendemain à quatre heures, mon bestiau trônait sur la table et le frigo-bar était de nouveau rempli jusqu’à la gueule de produits de qualité. J’ouvre les tiroirs et constate que tout ce que j’y ai déposé la veille est encore là. Je téléphone à la réception et demande d’avertir le personnel d’étage que s’ils trouvent le frigo vide ce n’est pas que je consomme tout mais c’est à cause d’un saumon. On me répond que cette information doit être donnée à l’ordinateur central, car le personnel n’étant pas anglophone, il ne peut recevoir des ordres parlés, mais seulement des instructions en Basic.
J’ai ouvert deux autres tiroirs pour y transférer le nouveau contenu du frigo-bar, dans lequel j’ai ensuite logé mon saumon. Le lendemain à quatre heures l’animal gisait sur la table et commençait à dégager une odeur suspecte. Le frigo regorgeait de bouteilles et mignonnettes, quant aux quatre tiroirs, ils rappelaient le coffre-fort d’un speak-easy au temps de la prohibition. Je téléphone à la réception et apprends qu’ils ont eu une nouvelle panne d’ordinateur. Je sonne et tente d’expliquer mon cas à un type portant les cheveux attachés en catogan : hélas, il parlait un dialecte qui, d’après ce que m’a expliqué par la suite un collègue anthropologue, n’était pratiqué qu’au Khéfiristan à l’époque où Alexandre le Grand fêtait ses épousailles avec Roxane.
Le matin suivant, je suis allé régler ma note. Elle était astronomique. Il apparaissait qu’en deux jours et demi, j’avais consommé plusieurs hectolitres de Veuve Clicquot, dix litres de whiskys divers et variés, y compris quelques malts très rares, huit litres de gin, vingt-cinq litres de Perrier et d’Évian, plus quelques bouteilles de San Pellegrino, davantage de jus de fruits qu’il n’en faudrait pour maintenir en vie tous les enfants de l’UNICEF, une quantité d’amandes, de noix et de cacahuètes à faire vomir le légiste chargé de l’autopsie des personnages de La Grande Bouffe.
J’ai essayé de m’expliquer, mais l’employé, en souriant de toutes ses dents noircies par le bétel, m’a certifié que l’ordinateur avait enregistré tout ça. J’ai demandé un avocat, on m’a apporté une mangue.
Mon éditeur est furieux et me prend pour un parasite. Le saumon est immangeable. Mes enfants m’ont dit que je devrais boire un peu moins. (1986)
Umberto Eco avait beaucoup d’humour. C’est un extrait du « Nom de la Rose » consacré au rire que j’avais utilisé pour le premier mot du jour d’après la tuerie de Charlie Hebdo le 7 janvier :
C’était la réponse que le moine aveugle qui avait tué les jeunes moines qui avait lu un livre sur le rire, avait fait à cette question de l’enquêteur joué par Sean Connery : « Mais qu’estce qui t’a fait peur dans ce discours sur le rire ? »
« Le rire libère de la peur du diable, […] Le rire distrait, quelques instants de la peur.
Mais la loi s’impose à travers la peur, dont le vrai nom est crainte de Dieu. […]
Et que serions nous, nous créatures pécheresses, sans la peur, peut être le plus sage et le plus affectueux des dons divins ? »
« Jorge de Burgos »
Le nom de la Rose, Septième jour : Nuit
Umberto Ecco
.
Le rire est essentiel à notre vie, mais le rire ne plait pas aux idéologies totalitaires dont les religions monothéistes sont de dignes représentantes.
Car le rire est critique, le rire est contestation

Lundi 7 mars 2016

Lundi 7 mars 2016
« La bienveillance est une partie de la solution et non une preuve de naïveté »
Christophe André
Ce sont 3 amis : Christophe André, Matthieu Ricard et Alexandre Jollien et ils ont écrit un livre.
Mais avant de parler de ce livre, avez-vous vu le documentaire d’ARTE : Vers un monde altruiste ?
Il n’est plus disponible gratuitement sur le site d’Arte.
Mais pour résumer, dans ce documentaire vous vous rappellerez que le cyclone Katrina avait dévasté la Nouvelle Orléans et que toutes les télévisions européennes n’ont montré que des images de pillages et de forces de l’ordre obligés d’intervenir pour y mettre bon ordre. C’étaient les seules images que l’on montrait. La conclusion était : les hommes sont des loups pour les hommes ! Mais des chercheurs américains ont enquêté sur ce qui vraiment passé à la nouvelle Orléans. Il y a bien eu des pillages, mais cela s’est révélé ultra minoritaire, ce qui a très largement prédominé c’est l’entraide entre les voisins entre les gens.
Et ce documentaire vous montrera des scientifiques qui  font des expériences avec de très jeunes enfants ou des adultes et qui concluent ce qui est très largement majoritaire, c’est l’entraide pas l’indifférence.
Voilà c’est cela que les scientifiques constatent.
Maintenant nous pouvons revenir à ces trois hommes qui mettent en avant la bienveillance.
Christophe André est médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne de Paris, il a été l’un des premiers à introduire la méditation dans le traitement de ses patients. Il a écrit plusieurs livres  parmi lesquels Méditer jour après jour-25 leçons pour vivre en pleine conscience qui a eu un grand succès.
Matthieu Ricard est moine bouddhiste, il est aussi le fils du philosophe Jean François Revel, auteur  aussi de nombreux ouvrages, proche du dalai lama.
Alexandre Jollien est philosophe. Il a vécu dix-sept ans dans une institution spécialisée pour personnes handicapées physiques. Il a écrit Éloge de la faiblesse (1999, prix de l’Académie française).
Ils ont écrit un livre à 3 voix, publié en janvier 2016 :  <3 amis en quête de sagesse>
Pour parler de ce livre ils ont été invités à France Inter le dimanche 17 janvier  et Christophe André a été invité seul au Club de la Presse d’Europe 1
Et ils ont été interviewés dans le magazine Psychologies de février 2016, entretien que vous trouverez en pièce jointe et dont je tire les extraits suivants :
Alexandre Jollien :
«Nous voulions nous garder de faire un livre bourré de théories. Une idée de Christophe nous a particulièrement inspiré : « si nous n’avions plus beaucoup de temps à vivre, qu’aimerions-nous laisser d’essentiel ? »
[…]
La journaliste leur pose la question : « vous développez le chemin pour aller vers les autres, sortir de la souffrance, écouter…Mais au regard de l’actualité, des attentats, n’est-ce pas un idéal inatteignable, presque décalé ?
Alexandre Jollien : Qu’est-ce qu’on entend par « actualité » ? À mes yeux, véhiculer la générosité, l’altruisme, c’est au contraire d’une actualité très vibrante. Ce n’est pas du tout idéaliste. Pourquoi croit-on qu’un peu plus de sagesse procède de l’utopie ? C’est un mode de vie concret.
Privilégier l’écoute de l’autre c’est le minimum. J’aime bien les mots de Spinoza : « ne pas mépriser, ne pas pleurer, mais comprendre.».
Christophe André : cette question du rapport avec l’actualité me surprend toujours. C’est un peu comme si on ne pouvait parler de bonheur, de fraternité, d’altruisme que lorsque tout va bien. Mais c’est encore plus nécessaire quand tout va mal !
L’actualité, c’est quoi ? Les attentats une épouvantable violence, la montée du Front National… c’est justement dans ces instants qu’il faut rappeler inlassablement que l’instinct des humains n’est ni la violence, ni le rejet, mais la fraternité et l’entraide, que la bienveillance est une partie de la solution et non une preuve de naïveté. Même et surtout lorsque nous sommes confrontés à des personnes qui nient l’humanité, il faut qu’une parole de bienveillance, de fraternité soit présente. Il va falloir reconstruire tous les liens brisés dans notre pays, entre les musulmans et les non-musulmans, les gens qui ont voté Front National et les autres.
Si on cesse de parler de fraternité, on est foutu !
La seule force de ce discours n’est peut-être pas suffisante, mais elle est indispensable. Je ne crois pas que nous soyons décalés nous sommes complémentaires à l’action politique.
 
Matthieu Ricard : Ceux qui essaient d’asséner, avec une sorte d’indignation que « la fraternité face au terrorisme, c’est le monde des Bisounours » sont ceux qui fragmentent la réalité. Excusez-moi  II y a des drames, des massacres partout dans le monde, un milliard de personnes sous le seuil de pauvreté, et pourtant, le plus souvent la plupart des sept milliards d’êtres humains se comportent de manière décente les uns vis-à-vis des autres.
La banalité du bien, c’est d’actualité, vous savez
Aujourd’hui, nous vivons malgré tout la période la moins violente de toute l’histoire de l’humanité. En Europe, par rapport au XIVe siècle, les homicides sont passés de cent pour cent mille habitants par an à un pour cent mille. Le nombre de victimes par conflit – en prenant en considération l’ensemble des conflits chaque année dans le monde – a été divisé par  cinquante par rapport à 1950.
Cette dictature de l’actualité nous fait regarder les étincelles et jamais parler de la prévention des feux […]
La haine et la violence peuvent être contagieuses, mais la bonté et la bienveillance aussi !
Une étude scientifique montre qu’une personne bienveillante avec quelqu’un augmente la probabilité que cette personne le soit à son tour […]
Si c’est la haine que l’on propage, cela ne cessera jamais Est-ce cela que l’on veut, ou préfère-ton une société bienveillante. C’est naïf de vouloir cela ?
 
Et c’est aussi Matthieu Ricard qui insiste sur l’importance de l’acceptation.
Il écrit : « Accepter le présent avec lucidité et fortitude » 
Et Christophe André précise :
« C’est drôle comme ce mot «acceptation» peut, en Occident, hérisser certains. L’acceptation est ce temps durant lequel on se met en contact avec le réel !
« Que se passe-t-il et que puis-je faire ? »
L’acceptation précède l’action juste, réfléchie et adaptée. Elle ne consiste pas à dire « c’est bien », mais « c’est la »  
Certains les traitent de bisounours et par réaction ils se sont nommés eux-mêmes le commando des bisounours.
Mais ils ont profondément raison : le mal existe mais la bonté aussi. La bienveillance est partie de la solution. Bienveillance qui n’est pas faiblesse et bienveillance qui ne se soumet pas au mal, mais le combat fermement, avec dignité et sans jamais se mettre au niveau de bassesse et de destruction du mal.

Vendredi 4 mars 2016

Vendredi 4 mars 2016
«dégooglisons Internet»
Framasoft
Comme vous êtes lecteur d’Astérix et que vous voyez cette carte sur le site de Framasoft vous comprenez deux choses : la première c’est qu’il est question de résistance et la seconde c’est que l’âme de cette résistance (il y en a d’autres) est française : Framasoft est un réseau d’éducation populaire créé en novembre 2001 par Alexis Kauffmann, et soutenu depuis 2004 par l’association homonyme. Consacré principalement au logiciel libre, il s’organise en trois axes sur un mode collaboratif : promotion, diffusion et développement de logiciels libres, enrichissement de la culture libre et offre de services libres en ligne. Espace d’orientation, d’informations, d’actualités, d’échanges et de projets, Framasoft est une porte d’entrée francophone du logiciel libre. Sa communauté d’utilisateurs est créatrice de ressources et apporte assistance et conseil à ceux qui découvrent et font leurs premiers pas avec les logiciels libres.
Elle accompagne ceux qui désirent remplacer leurs logiciels propriétaires par des logiciels libres.
L’intégralité de la production de Framasoft est placée sous licence libre afin de favoriser la participation et de garantir que chacun puisse en bénéficier, sans appropriation. Framasoft ajoute le M de Microsoft à GAFA pour donner GAFAM.
Ils ont un moteur de recherche qui est un méta-moteur qui ne trace pas vos requêtes : https://framabee.org/
Ce moteur de recherche s’appuie sur un autre qui lui non plus ne trace pas : https://searx.me/
Pour ma part j’ai installé comme moteur par défaut un autre moteur de recherche français : https://www.qwant.com/
Et je n’utilise Google que dans les rares cas où je souhaite trouver davantage.
Il n’est probablement pas possible, pour l’instant, de se priver totalement de Google qui reste le moteur de recherche utilisé par neuf Français sur dix. Mais des alternatives plus respectueuses des données privées des internautes se développent et il ne faut pas se priver de les utiliser, voire prioritairement.
La dégooglisation d’Internet devrait être plus généralement une déGAFAMisation d’Internet. 
Et la je voudrais ajouter quelque chose…
Acheter un livre sur Amazon …, alors là non ! Vous ne pouvez pas défendre des conditions de travail digne pour vous et vos enfants et vous abaisser à passer par les services de cette entreprise rapace et indigne à l’égard de ses salariés.
Même pour les autres achats que les livres, vous pouvez trouver d’autres services que ceux d’Amazon.
Mais pour les livres non !
Pour tous ceux qui habitent Rhône-Alpes, vous disposez désormais d’un site : http://www.libraires-rhonealpes.fr/
Vous commandez sur le site et vous allez chercher le livre dans la librairie de votre choix.
Et puis vous disposez d’autres sites de libraires autant que vous voulez, aucune raison de passer par les fourches caudines de cette entreprise. 
Il y aurait encore tant de choses à dire et à décrypter sur les Google Apple Facebook Amazon Microsoft, mais je m’arrêterai là après une semaine consacrée à ces sujets où nous sommes souvent si naïfs, si innocents comme l’agneau qui va se faire dévorer par le loup.

Jeudi 3 mars 2016

Jeudi 3 mars 2016
« S’enfermer dans […] une zone de confort, où le seul bruit qu’on entend est l’écho de sa propre voix, où la seule chose qu’on voit est le reflet de son propre visage.»
Zygmunt Bauman

Zygmunt Bauman est un sociologue remarquable auquel je n’ai pas encore consacré de mot du jour, alors que j’y pense depuis longtemps notamment en raison du concept fécond de « société liquide » qu’il a inventé.

Il est né à Poznań en Pologne le 19 novembre 1925 et possède la double nationalité britannique et polonaise.

Il a écrit récemment un article dans « El Pais », le grand journal espagnol, qui a pour titre : «les réseaux sociaux sont un piège»

Il écrit notamment :

« La question de l’identité a été transformée, d’un élément donné c’est devenu une tâche : vous devez créer votre propre communauté.

Mais une communauté est créée de fait, vous l’avez ou pas ; ce que les réseaux sociaux peuvent créer est un substitut. La différence entre la communauté et le réseau est que vous appartenez à la communauté, mais le réseau vous appartient à vous.

Vous pouvez ajouter des amis et vous pouvez les supprimer, vous contrôlez les personnes avec qui vous êtes en lien. […] Mais sur les réseaux c’est si facile d’ajouter ou de supprimer des amis que vous n’avez pas besoin de compétences sociales, celles que vous développez lorsque vous êtes dans la rue, ou allez au boulot etc., et rencontrez des gens avec qui vous devez avoir une interaction raisonnable. Là, vous avez à faire face aux difficultés liées à un dialogue.

Le Pape François a choisi de donner sa première interview à Eugenio Scalfari, un journaliste italien qui se revendique publiquement athée. C’était un signal : le dialogue réel ce n’est pas de parler avec des gens qui pensent comme vous. Les réseaux sociaux n’apprennent pas à dialoguer, car il est si facile d’éviter la controverse…

Beaucoup de gens utilisent les réseaux sociaux non pas pour unir, non pas pour élargir leurs horizons, mais au contraire pour s’enfermer dans ce que j’appelle une zone de confort, où le seul bruit qu’on entend est l’écho de sa propre voix, où la seule chose qu’on voit est le reflet de son propre visage.

Les réseaux sont très utiles, rendent des services très agréables, mais sont un piège. »

Ce que Bauman décrit se comprend parfaitement pour le F des GAFA : Facebook. Au départ Facebook c’est la communauté de mes amis. A priori, il n’est que prévu de dire qu’on aime, les fameux « like ». Il n’est pas prévu de dire qu’on n’est pas d’accord. Tout ceci illustre parfaitement le propos de Bauman, mais Facebook va encore plus loin, car il trie aussi les informations que publient « mes amis ».

Dans un mot du jour précédent, je vous ai parlé de Yann Le Cun, le génie de l’intelligence artificielle qui travaille chez facebook.  Et Le Cun explique que facebook a besoin de l’intelligence artificielle pour trier les informations pertinentes pour chaque utilisateur, sinon il serait noyé sous les informations. Bref, Facebook apporte à chaque utilisateur les informations qu’il pense intéressant pour lui et avec lesquelles il sera en phase. Non seulement on y rencontre que des amis, mais en plus on évite la controverse.

Et ceci m’amène à évoquer les moteurs de recherche et particulièrement Google. Mais comment faisait-on  avant Google pour trouver une information sur Internet ?

Au départ les informaticiens étaient influencés par leur culture papier et la logique du classement des bibliothèques

Pour trouver un livre on devait aller dans la bonne salle, dans la bonne rangée d’armoire pour finalement arriver au bon endroit.

Alors sur Internet ils avaient inventé des portails ou annuaires où il fallait désigner le domaine dans lequel on cherchait et puis de proche en proche on arrivait à trouver quelque chose.

Avant Google, il y avait Multimania, Geocities, AOL, LYCOS et Alta Vista (littéralement « vue haute » en espagnol). Alta Vista fut mis en ligne à l’adresse web altavista.digital.com en décembre 1995 et développé par des chercheurs de Digital Equipment Corporation. Il fut le plus important moteur de recherche textuelle utilisé avant l’arrivée de Google qui le détrôna.

Google arriva en 1998. Et ce fut une innovation disruptive : On pose une question à Google et Google va trouver les réponses à cette question et les restitue.

On n’est plus dans la culture papier on bascule dans la culture numérique.

En outre Google trouva le graal économique : faire de gigantesques profits avec un service gratuit.

Avouons-le ! Google est génial.

Derrière tout cela il y a de l’intelligence artificielle et évidemment des immenses bases de données où des milliards de pages internet sont indexées, ainsi qu’une puissance de traitement phénoménale.

Si vous voulez en savoir plus et améliorez vos recherches, vous pouvez aller voir cette page : https://support.google.com/websearch/answer/134479?hl=fr

Tout cela est particulièrement utile et positif. Mais, ce serait une erreur que de croire que Google vous montre l’internet tel qu’il est, de manière neutre.

Grâce à Wikipedia on en sait un peu plus sur le moteur de recherche Google.  Ainsi, on apprend que Les requêtes sont limitées à 32 mots. Seuls les 1 000 premiers résultats pertinents pour une requête sont accessibles, et ce même si les correspondances sont plus nombreuses. D’après Google, obtenir plus de 1 000 résultats entraînerait une lourde charge supplémentaire pour une demande finalement assez rare.

1000 résultats sauf si Google considère qu’il y a moins de résultats à la requête. Mille c’est énorme ! totalement disproportionné par rapport à nos capacités humaines.

Ce qui est essentiel c’est les premiers. En règle générale, l’internaute reste sur la première page de réponse, il semble même qu’il ne s’intéresse qu’aux toutes premières réponses.

Ce qui est essentiel, c’est le tri qu’opère Google.

En théorie, le tri assure que les références les plus utiles sont en premier. L’auteur de l’article de Wikipedia ajoute : «difficile à valider.»

Mis à part les ingénieurs de Google et encore je suppose qu’il ne s’agit que d’un petit nombre d’entre eux, personne ne sait comment fonctionne précisément l’algorithme de recherche et de tri.

On pourrait craindre que comme big brother, Google veut nous montrer le monde à sa façon. Comme le dit le poème d’Aragon :

« Et j’ai vu désormais le monde à ta façon.
J’ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines. »

Eh bien, il semblerait que ce n’est pas comme cela que cela se passe.

Ce serait plutôt : « et je vois le monde à ma façon »

Et je me retrouve avec mes semblables, avec celles et ceux qui pensent comme moi !

J’ai lu sous la plume d’un journaliste : L’algorithme, selon de nombreux facteurs pas tous connus, choisit les meilleurs sites, puis, dans une proportion de 20 % environ, les personnalise selon le profil de la personne qui a fait la recherche.

Tout ceci est merveilleux, mais manque singulièrement d’altérité et de contradiction.

Car c’est la contradiction qui nous rend intelligent, soit parce qu’elle permet de nous affermir dans nos convictions, soit parce qu’elle nous permet de changer d’avis.

Un monde où, le djihadiste ne discute qu’avec les djihadistes, le catholique avec les catholiques, le gauchiste avec les gauchistes est un monde stérile, je veux dire un monde qui ne progresse pas.

Il y a une solution dans Google, ne restez pas sur la première page, allez voir les suivantes. Ou encore, utilisez aussi d’autres moteurs de recherche …

En tout cas, ces remarquables outils ne nous montrent pas un internet neutre ou tel qu’il peut se développer dans sa complexité des contenus, c’est cela que je voulais partager avec vous : un monde où le seul bruit qu’on entend est l’écho de sa propre voix, où la seule chose qu’on voit est le reflet de son propre visage.

A propos : le nom Google vient du mot Gogol, nom donné au nombre . Ce nombre a été choisi pour évoquer la capacité de Google à traiter une très grande quantité de données.

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Mercredi 2 mars 2016

Mercredi 2 mars 2016
« Le pouvoir des GAFA c’est d’être la porte d’entrée du monde vers vous, « individu » et la porte d’entrée de l’individu sur le monde »
Olivier Babeau
Olivier Babeau est enseignant-chercheur et consultant en stratégie. Il dispose d’un site qui présente ses études : http://olivierbabeau.fr/
Il était l’invité de l’émission du Grain à moudre, l’été dernier. Lors de cette émission, il a déclaré :
«Il n’y a pas eu d’exemple dans l’histoire de l’humanité où des entreprises privées ont eu un tel pouvoir.
Dans le passé il y a eu des banques qui arrivaient à prêter aux empereurs et aux rois ou aux papes.
Mais il n’y a jamais eu d’entreprises qui étaient aussi puissantes que les GAFA.
Si vous prenez le chiffre d’affaire des GAFA vous avez l’équivalent du PIB du Danemark soit la quinzième puissance mondiale.
Si vous prenez les réserves financières des GAFA, vous avez 123 milliards de dollars, c’est-à-dire de quoi acheter les 50 start up les prometteuses et les plus innovantes.
C’est une puissance considérable et cela pose des problèmes d’éthique.
Le pouvoir des GAFA c’est d’être la porte d’entrée du monde vers vous, l’individu et la porte d’entrée de l’individu sur le monde.
Leur pouvoir c’est le contrôle de ces deux côtés et ce contrôle les GAFA le monétise, en tire leur puissance financière et leur capacité d’influence.»
Tout est dit dans ce paragraphe : Notre smartphone, nos requêtes Google, nos amis Facebook, si nous sommes sur ce réseau, vos achats Amazon sont ce que Olivier Babeau explique : une double porte vers le monde et du monde vers nous.
Ces services sont très largement gratuits, parce que la marchandise c’est nous.
Les GAFA prennent nos données que nous donnons et notre vie privée et ils revendent ces données, grâce à quoi ils sont très riches.
Apple et Amazon, en plus de faire cela vendent aussi des produits.
Une autre invitée, la journaliste Andréa Fradin a ajouté :
«Le vrai souci que l’on voit surtout depuis les révélations de Snowden sur la surveillance de masse via les réseaux sociaux c’est les gens qui ne s’intéressent pas aux sujets numériques, s’en fichent de ces problèmes. Ils répondent : « on le savait déjà, on s’en fiche, nous n’avons rien à cacher ! »
Je me souviens d’une anecdote, un collègue qui avait amené sa mère, une ancienne prof à une conférence de hacker, des gens qui savent comment ça marche et qui expliquaient l’importance de la vie privée et de l’utilisation des bons logiciels. La collègue attendait de la part de sa mère une épiphanie qui lui aurait ouvert l’esprit. Mais elle ne l’a pas eu. Elle a déclaré qu’elle continuerait à utiliser Google. Il semble qu’il n’y a pas de demande du grand public sur la protection des données. »
On peut parler « de servitude volontaire »  comme l’écrivait Etienne de la Boétie.
Nos données sont données librement au GAFA en pleine indifférence, en pleine ignorance.
Ces sites suivent votre comportement en ligne, ils sont capable de déterminer vos habitudes de consommation bien sûr mais aussi vos opinions politiques, vos obsessions, vos fantasmes peut être, tout est enregistré.
Les hommes et les femmes naïfs, devant leur ordinateur croient qu’ils sont seuls, que personnes ne voient ce qu’ils font, la requête qu’ils sont en train de demander à Google. Ils n’oseraient peut être pas en parler à leur conjoint ou à leurs amis, mais poser la question à Google, c’est anonyme, personne ne saura.
Rien n’est plus faux !
Non seulement les big data de google savent que vous avez demandé telle chose, mais en plus ils le tracent et le rapprochent d’autres requêtes que vous avez faites et sont ainsi en mesure de construire un profil de vous, dévoilant tous les jardins secrets que vous pensiez cachés.
«Votre historique de recherche est la chose la plus personnelle sur Internet, car vous y partagez vos problèmes de santé, vos soucis financiers, le tout sans même y réfléchir», explique Gabriel Weinberg, le créateur de DuckDuckGo qui est un moteur de recherche concurrent de Google. La philosophie de ce moteur de recherche est de préserver la vie privée et de ne stocker aucune information personnelle concernant les utilisateurs
Une tribune de la présidente de la CNIL précise : « La transition numérique de la société concerne tous les secteurs et se traduit par une multiplication des flux de données. Le problème n’est pas leur circulation, mais leur utilisation à l’insu des citoyens.
Lorsque l’on visite quatre sites grand public, des sociétés que nous ne connaissons pas installent une cinquantaine de cookies sur notre ordinateur. On ne voit pas non plus que des tas d’annonceurs traquent notre activité en ligne pour nous proposer des publicités ciblées. Google, Facebook, Amazon et les autres géants du Net collectent, regroupent et monétisent les données personnelles de façon non transparente.
À ce problème s’ajoute celui de la surveillance sur Internet. Plus ou moins poussée selon les États, elle alimente un sentiment de perte de contrôle sur nos données personnelles. »
Je me souviens du jour où mon fils pourtant connaisseur en matière d’informatique, m’a appelé en disant : « Ça fait peur ». Il constatait que Google était capable de retracer, chaque jour, tous les déplacements qu’il avait effectués en France comme au Canada. Cela dépend de votre portable et des paramétrages que vous avez acceptés. Vous trouverez quelques informations derrière ce lien : http://www.phonandroid.com/google-peut-vous-montrer-une-carte-de-votre-vie-minute-par-minute.html
Et  puis j’ai lu cet avis désabusé d’un ancien dirigeant de la BBC, Alan Yentob : «Amazon en connaît probablement plus sur la vie de mes enfants que moi »
Nous devons être lucide et prudent avec nos portes vers le monde et inversement.

Mardi 1er mars 2016

Mardi 1er mars 2016
« Le dilemme de l’innovateur »
Clayton Christensen
Clayton Christensen, né en 1952 est professeur à Harvard et a théorisé  sur l’innovation. Dans son livre « le dilemme de l’innovateur » publié en 1997, il a expliqué comment d’immenses entreprises qui disposaient d’une avance technologique considérable n’ont pas su, alors qu’ils en avaient les moyens, innover à temps et ont ainsi été dépassés par d’autres entreprises voire ont été détruites en raison de leur timidité d’innovation.
L’exemple emblématique toujours cité est celui de Kodak qui régnait sans partage dans le domaine de la photo dans la deuxième partie du XXème siècle.
Il en va de même avec l’industrie du disque ou à un degré moindre de Microsoft qui n’est plus dominant dans le domaine de l’informatique.
Christensen distingue deux types d’innovation :

  L’innovation de rupture

  L’innovation de soutien

Une grande entreprise dispose de beaucoup de clients, souvent de hauts de gamme et va se contenter de faire de l’innovation de soutien : toujours améliorer les produits qu’elle vend déjà.
Elle évitera l’innovation de rupture qui peut rendre obsolète le produit qu’elle vend et peut déstabiliser ses clients.
Vous trouverez ci-après une vidéo qui explique tout cela fort bien : http://www.xerfi-precepta-strategiques-tv.com/emission/Comprendre-le-dilemme-de-l-innovateur-_2566.html
Le livre l’innovation de rupture avait beaucoup marqué Steve Jobs. L’article cité ci-avant prétend même que c’était son livre de chevet.
Et il est vrai que consciemment Steve Jobs et Apple ont fait avec l’Iphone une innovation de rupture qui a conduit à rendre l’iPod obsolète.
Et selon l’émission du grain à moudre, il s’agit là de l’obsession des GAFA, toujours innover, trouver l’innovation de rupture. Elles sont nées de l’innovation et elles savent que l’innovation leur est indispensable.
C’est pourquoi les GAFA rachètent de façon obsessionnelle des start-ups innovantes et qu’elles multiplient la recherche dans divers domaines notamment de l’intelligence artificielle et aussi dans le monde médical.
Google veut être dans nos vies aujourd’hui, de demain en ayant toujours un coup d’avance.
Daniel Cohen avait eu un cri du cœur en présentant son livre « le monde est clos et le désir infini » à France Culture : « Nous avons trop d’innovation »
Ce n’est pas l’avis de Clayton Christensen qui prétend : « La vision de Schumpeter de l’innovation comme processus de « destruction créatrice » était avant tout descriptive. La causalité n’est pas celle proposée par Schumpeter. Si la destruction l’emporte sur la création, c’est parce que nous n’investissons pas assez de capital dans les innovations disruptives. Lorsque celles-ci se seront installées, le potentiel de nouveaux emplois dépassera largement le nombre de ceux qui auront été détruits dans les modèles établis. Contrairement à l’idée reçue aujourd’hui, on ne va pas trop vite dans l’innovation, mais trop lentement, au regard du potentiel. »
C’est ce qui s’appelle un dissensus !

Lundi 29 février 2016

Lundi 29 février 2016
« Tout le monde trouve Google cool »
Andréa Fradin, journaliste indépendante
Je vais tenter cette semaine de proposer des mots du jour sur les GAFA en général (GAFA = Google, Apple, Facebook, Amazon) et plus particulièrement sur Google qui semble toujours avoir une longueur d’avance.
Google Inc. s’est restructuré pendant l’été 2015 et a annoncé lundi 10 août 2015 la naissance d’ « Alphabet » qui est désormais la holding qui chapeaute toutes les activités de ce géant.
Wikipédia nous apprend qu’un alphabet (de alpha et bêta, les deux premières lettres de l’alphabet grec, dérivé de l’alphabet phénicien) est un ensemble de symboles destiné à représenter plus ou moins précisément les phonèmes d’une langue.
Cela signifierait-il que  l’ambition de cette entreprise est de devenir  l’alphabet de notre vie ?
Cette restructuration nous rappelle que Google n’est pas qu’un moteur de recherche, une messagerie, ou un réseau social. C’est une entreprise de plus de 53 000 salariés qui travaillent aussi à la création et au développement de voiture sans chauffeur, ou de remèdes contre des maladies graves. Tout comme Facebook ou Amazon. Et pour rassurer les investisseurs, il était nécessaire de distinguer le moteur de recherche qui avec la publicité génère les grands profits de Google et les autres branches qui sont dans des domaines médicaux, de robotiques ou d’intelligence artificielle plus risqués.
Le mot du jour est le propos tenu par la journaliste Andréa Fradin lors de l’émission du grain à moudre en parlant de la présentation de cette restructuration et de la création d’ « Alphabet ».
Plus précisément, elle a dit : «tout le monde trouve Google cool, je trouve ça horrible».
Parce que pour faire « fun » Google s’est référé à une boite virtuelle qui existe dans une série américaine « Silicon Valley » créé par HBO. Cette boite « Hooli » a, dans la série, un comportement parfaitement répréhensible et prédateur. Mais quand Google se compare à cette boite horrible, tout le monde trouve ça cool ! Vous trouverez ici des explications d’André Fradin plus fournies sur cette référence étonnante.
Il est vrai que lorsque je saisis dans le moteur de recherche « Google est »

La première réponse qui est suggérée : c’est que Google est ton ami.
La seconde est google est nul. Sens de l’autodérision probablement…
Comme l’explique déjà cet article déjà de 2010 :
«Google n’est pas seulement devenu en un temps record un mastodonte de l’économie mondiale. Il incarne la troisième révolution industrielle, celle du numérique. Entreprise postmédias, postidéologique et postcapitaliste, Google est le nouveau monde qui remplace l’ancien […].
Quand avez-vous pour la première fois « googlelisé » le nom de la nouvelle copine de votre ami d’enfance avant de les inviter à dîner tous les deux ? Ou celui de votre nouveau patron pour vous informer de ses antécédents ? Ou encore d’Isabelle Adjani pour vérifier son âge ? Quand avez-vous pour la première fois utilisé Google Earth ? Ouvert un compte Gmail ? Souvenez-vous : c’était il n’y a pas si longtemps. Et pourtant une éternité.
En à peine douze ans, Google s’est imposé dans nos vies, notre vocabulaire, nos yeux, nos cerveaux, notre façon de voir le monde. « Le terme “googleliser” est le premier néologisme de l’Histoire à figurer une action et non plus un simple objet », fait remarquer Stéphane Distinguin, qui a présenté La Méthode Google, du journaliste américain Jeff Jarvis. Le Times a parlé, à propos de Google, de « l’entreprise au développement le plus rapide de l’histoire du monde
97 % des recettes de Google proviennent en effet de la publicité. Une « Contre-enquête » du journal Le Monde, en avril 2010, résume assez bien le procédé : « Le groupe vend des mots-clés aux annonceurs, via un système d’enchères. Si ces mots-clés font l’objet d’une recherche (de la part de l’internaute), leur lien publicitaire apparaît au-dessus ou à droite des résultats “naturels” de la recherche. » Ainsi, Google rassemble des sommes microscopiques multipliées à l’infini, puisque tout mot au monde, et ce dans toutes les langues, est à vendre. Son système de relevé des compteurs est simplissime : l’annonceur en question n’a qu’à se connecter sur AdWords, la régie pub de Google, et s’y enregistrer. ».
Mais la description la plus « juste » est celle de Michael Malone, du Wall Street Journal qui  décrit en ces termes « ton ami »  dans l’excellent documentaire de Gilles Cayatte, « Google, la machine à penser » :
«Il y a un paradoxe dans Google. Le service est gratuit, le nom est sympa, c’est plein de jeunes, c’est branché.
C’est synonyme d’« ’éclate », de contre-culture
Mais en fait quand vous lisez les journaux, le Google que vous découvrez n’est pas le Google de votre imagination. Ce Google-là est énorme.
Il domine tous les secteurs qu’il a pénétrés. Il est en train d’avaler l’ensemble du monde de la publicité, morceau par morceau.
En Chine il a cédé au gouvernement sur la censure.
Il ressemble à un énorme prédateur mais dans votre esprit c’est Google ! »
Et voilà l’organigramme simplifié d’Alphabet :

C’est bien d’avoir un ami aussi riche et innovant !
Toutefois ne sommes nous pas la proie et ne sommes-nous pas en train d’aimer le prédateur ?
Et ce qui serait vraiment cool, c’est que Google paie ses impôts dus à la France : La DGFiP vient de réclamer 1,6 milliards à Google.

Vendredi 19 février 2016

Vendredi 19 février 2016
«Ils semblaient, par la Voie Sacrée, monter, pour un offertoire sans exemple,
à l’autel le plus redoutable que jamais l’homme eût élevé.»
Paul Valéry
Dimanche nous serons le 21 février 2016.
Il y a 100 ans, le 21 février 1916, commença la bataille de VERDUN, une ville de ma Lorraine natale, à 130 km de mon lieu de naissance.
Chaque fois que je m’y suis rendu, j’ai été écrasé par un sentiment de désarroi, de vide et de compassion.
Anna de Noailles visitant  le champ de bataille exprima ces sentiments dans un poème :
«Jaillis de tous les points du sol français : le sang
Est si nombreux ici que nulle voix humaine
N’a le droit de mêler sa plainte faible et vaine
Aux effluves sans fin de ce terrestre encens. »
Selon les historiens, il y eut 2 batailles plus meurtrières encore que la bataille de Verdun : La plus meurtrière Stalingrad où l’Armée Rouge résista puis vainquit l’armée hitlérienne (1942-1943) et la seconde qui fût une autre bataille de la guerre 14-18, la bataille de la Somme qui eut lieu de juillet à novembre 1916.
Mais Verdun fût une première dans la fureur destructrice industrialisée dont est capable l’espèce humaine.
J’ai lu le livre glaçant « L’enfer de Verdun évoqué par les témoins» et commenté par J.H Lefebvre édité en 1976 chez G. Durassié et Cie
Voici la description qui est faite par ce livre du début de la bataille
« Il avait neigé la veille, puis le gel était venu. On dut le matin du 21 février, évacuer des hommes pour pieds gelés.
A 7h15, un bombardement furieux se déchaîna [sur 60 km de front]
Le sol tremblait comme au passage ininterrompu de trains souterrains.
Des volcans par milliers projetaient leurs cônes de terre, de pierraille et d’acier où volaient des troncs d’arbre fracassés, des rondins d’abris, des fragments de canons, des débris d’équipements, d’armes et de corps humains.
Le nuage des éclatements était si dense que les Hauts-de-Meuse et la plaine de la Woëvre semblaient une fabuleuse région industrielle vomissant la fumée.
Nos rares aviateurs ne voyaient, d’un bout à l’autre du front, qu’une seule flamme continue, tant les batteries allemandes tiraient côte à côte…
9 heures durant, ce bombardement de fin du monde continua. Une cadence aussi précipitée, l’intervention de si gros calibres, un tel pullulement de batteries, une pareille durée de canonnade créaient le sentiment de « jamais vu »»
A cette horreur va s’ajouter la suite, décrite par les témoins comme un acte de désespoir, de rage et de vengeance. Les allemands croient qu’après ce déluge de feu, leurs sections d’assaut  vont pouvoir progresser sans résistance jusqu’à Verdun.
«À 16 heures, tandis que la neige a recommencé de tomber, le tir des canons allemands s’allonge brusquement au centre du front.
Cet étroit secteur n’a pas plus que 12 km de large à vol d’oiseaux. Dans ce mince espace, les débris de deux divisions françaises, derrière lesquelles il ne reste plus en état de tirer qu’un nombre dérisoire de canon, vont, après neuf heures d’écrasement, subir le choc de huit divisions d’élite allemandes, appuyée par une colossale artillerie.
Le tir s’est allongé derrière ce barrage roulant ; s’avancent à présent à découvert dans la fumée, l’obscurité naissante et le brouillard de neige, des colonnes d’infanterie précédées de lance-flammes.
Elles vont d’un pas rapide mais sans courir. Leurs chefs n’escomptent aucune réaction, considérant que tout a été détruit devant eux. La marche, de 50 à 900 m, s’effectue l’arme à la bretelle. Certaines de ces colonnes franchissent sans s’en apercevoir l’emplacement fumant de ce qui a été notre première ligne, tant il a été pioché et retourné.
Les sections d’assaut progressent, en différents points, de 3 km sans se heurter à la moindre résistance.
D’autres sections voient avec stupeur des fantômes titubants se dresser au bord des trous d’obus. Hébétés, épuisés, sourds, à demi-fous, les survivants obéissent à un réflexe de désespoir, de rage et de vengeance. Nos hommes balancent des grenades, s’ils en ont ; tirent, si leur fusil s’y prête malgré la terre qui le couvre ; ils ont mis baïonnette au canon. Les fantassins allemands s’aplatissent au sol, dégoupillent des grenades, placent en batterie des mortiers de tranchées, lancent des fusées, téléphonent à l’artillerie ; ils ont beau être à 10 contre un, ils sont stoppés !»
C’est dans ce même livre que j’ai trouvé ce poème, car avec la musique c’est la poésie mieux que l’historien qui sait décrire les sentiments et la détresse humaine :
«Nous vous sentons trop hauts pour gémir sur vos tombes.
Le vent qui tour à tour se soulève ou retombe
Passera seul immensément par les grands bois
Pour tirer de chaque arbre une plainte profonde
Et vous jeter ainsi tous les regrets du monde,
Sans que s’y mêle notre voix.»
Émile Verhaeren, Les ailes rouges de la guerre. Mercure de France, Paris 1916
Et c’est toujours de ce livre que j’ai tiré l’exergue de ce mot du jour consacré à Verdun.
«Tous vinrent à Verdun,
comme pour y recevoir je ne sais quelle suprême consécration ;
comme s’il eût fallu que toutes les provinces de la patrie eussent participé à un sacrifice d’entre les sacrifices de la guerre,
particulièrement sanglant et solennel,
exposé aux regards universels.
Ils semblaient, par la Voie Sacrée, monter, pour un offertoire sans exemple,
à l’autel le plus redoutable que jamais l’homme eût élevé.
Il a consumé, Français et Allemands, 500 000 victimes en quelques mois.»
Paul Valéry – 31 janvier 1931
Ce n’est que lors de la préparation de ce mot que j’ai constaté que ce très beau texte de Valéry avait été prononcé lors de l’accueil du Maréchal Pétain à l’académie française où il succéda à Ferdinand Foch le 20 juin 1929 (à 73 ans) et fut reçu par Paul Valéry le 31 janvier 1931.
J’ai hésité un instant à l’utiliser, car il est reste tabou de mettre en valeur Pétain après ce qu’il fit lors de la seconde guerre et à la tête du régime de Vichy.
Mais je pense qu’il n’est pas possible d’écarter Pétain de l’Histoire de France notamment pour son action lors de cette bataille.
Et à la fin de tout cela Wikipedia donne le résultat de ce carnage :
« Les pertes ont été considérables, pour un territoire conquis nul. Après 10 mois d’atroces souffrances pour les deux camps, la bataille aura coûté aux Français 378 000 hommes (62 000 tués, plus de 101 000 disparus et plus de 215 000 blessés, souvent invalides) et aux Allemands 337 000. 60 millions d’obus (une estimation parmi d’autres, aucun chiffre officiel n’existe) y ont été tirés, dont un quart au moins n’ont pas explosé (obus défectueux, tombés à plat, etc.) ; 2 millions par les allemands pour le seul 21 février 1916. Si l’on ramène ce chiffre à la superficie du champ de bataille, on obtient 6 obus par mètre carré.
Du fait du résultat militaire nul, cette bataille, ramenée à l’échelle du conflit, n’a pas de conséquences fondamentales
La bataille s’acheva le 16 décembre 1916.
Je vais prendre quelques jours de congé.
Le mot du jour reviendra le 29 février.
Ce n’est que tous les 4 ans que je peux écrire un mot du 29 février, je ne veux pas rater cela !

Jeudi 18 février 2016

Jeudi 18 février 2016
« Quand les oligarques rachètent les médias : quels risques pour la démocratie ? »
Guillaume Erner
C’est dans l’émission <les matins de France Culture​ du 17 septembre dernier> que Guillaume Erner a posé cette question dont j’ai fait l’exergue du mot du jour pour parler de la propriété des médias en France.
Je voudrais commencer par 5 Unes de journaux français le lendemain du remaniement gouvernemental qui vient d’avoir lieu. D’abord le Parisien, Libération et le Figaro qui manifestent de l’ironie et des critiques acerbes.
La plupart des journaux français ont fait la même chose, sauf deux : La dépêche du Midi et Midi Libre.
Il est bien normal que dans la diversité des médias français on trouve deux journaux bienveillants…
Pour cette occasion ce sont les seuls.
Et c’est pourquoi la personne avisée va demander à qui appartiennent ces deux journaux ?
L’actionnaire principal de ces deux journaux est M Jean-Michel Baylet qui vient d’être nommé au gouvernement.
Il est donc cohérent que ces deux journaux ne critiquent pas un gouvernement dont fait partie leur patron.
C’est pourquoi il est toujours important de savoir à qui appartient le journal qu’on lit et qui a vocation à nous informer et cela même quand il s’agit d’un journal gratuit. Jean-Michel Baylet reste cependant un oligarque local et modeste en comparaison des autres qui sont cités dans l’émission des matins.
J’en cite quelques extraits :  «Guillaume Erner a reçu  Julia Cagé professeur d’économie à Sciences Po Paris, Daniel Schneidermann, journaliste à Libération, directeur du site Arrêt sur images, Agnès Verdier-Molinié, directrice de la fondation IFRAP dans son émission « L’Invité des Matins » sur France Culture sur le thème : « Quand les oligarques rachètent les médias : quels risques pour la démocratie ? »
Julia Cagé, professeur d’économie à Sciences Po Paris, auteur de « Sauver les médias : capitalisme, financement participatif et démocratie » aux Éditions du Seuil, ouvre le débat et prend la parole en parlant de la loi de régulation des médias de 1986 qui garantit l’indépendance et le pluralisme des médias. Dans un contexte de crise économique, les médias perdent de l’argent, la presse papier est déficitaire (Libération, l’Express) et connaît une crise transitoire : certains titres n’ont pas encore trouvé de modèle numérique et souffrent de la baisse des recettes publicitaires. […]
De nombreux titres de presse écrite sont rachetés par de grands groupes industriels qui ne viennent pas du secteur des médias. Daniel Schneidermann, journaliste à Libération, directeur du site arretsurimage.net depuis 2008 aborde le cas Vincent Bolloré (Canal+, Vivendi, Universal Music Group, i-Télé) qui a pris les manettes de Canal+ et qui est dans une logique de censure et de déprogrammation de documentaires aux sujets sensibles. Il a notamment fait déprogrammer le reportage sur le Crédit Mutuel, partenaire du groupe Bolloré.
Daniel Schneidermann fait une distinction selon les oligarques. Il cite Xavier Niel (Le Monde, Le Nouvel Observateur, Télérama) qui investit dans les journaux (Le Nouvel Observateur) et recrute des journalistes tandis que Patrick Drahi (Libération, L’Express, BFM TV, RMC) est dans une logique de réduction du nombre des journalistes à Libération, de plan social drastique, de clause de cession agressive à l’Express.
« Lorsqu’on a comme patron un Drahi ou un Xavier Niel ou un Bernard Arnault évidemment, lorsqu’il s’agit d’écrire sur des sujets qui touchent directement ou indirectement votre patron, vous ne pouvez pas écrire sans avoir une plume qui tremble ou en tout cas sans savoir que celui qui vous rémunère chaque mois est aussi au bout de votre plume. »
Guillaume Erner Brice Couturier, co-producteur et éditorialiste explique le processus dramatique de rachat de la presse et des télévisions par les industriels des télécommunications (Bouygues, Free, Orange, SFR) qui rachètent des médias pour avoir du contenu sur les mobiles et les tablettes : « Les tuyaux formidablement enrichis rachètent les pourvoyeurs de contenus ruinés par la révolution numérique » selon la logique de Jean-Marie Messier (groupe Vivendi) du contenu et du contenant et du contrôle des canalisations (les câbles de communications) et ce qu’elles véhiculent (les flux d’informations). […]
Selon Julia Cagé, […] l’information est un bien public qui devrait rester libre, dégagée de toute pression et influence politiques, indépendante et plurielle.
La question des aides ciblées, directes et indirectes publiques de l’État à la presse est également posée. Ces aides ne sont pas toutes tournées vers des médias d’information mais dans la presse en général. Afin de garantir le pluralisme de la presse, il faudrait, selon Julia Cagé, redistribuer les aides publiques vers des médias de presse indépendants. Certains médias ont fait le choix de ne pas accepter les aides publiques de l’État comme Mediapart et Arrêt sur Images qui fonctionnent en partie sur le modèle du financement participatif de ses lecteurs.
Les industriels sous contrat avec l’État ne devraient pas posséder de médias afin d’éviter les effets de connivence entre politique et médias. Le journaliste Guillaume Erner cite Julia Cagé dans l’hebdomadaire La Tribune : « Posséder des titres de presse ouvre des portes auprès des parlementaires, des membres du gouvernement et de leurs cabinets donc des contacts directs pour aborder les questions de régulation. »
La solution pour garantir l’indépendance des rédactions serait d’avoir une presse sans aide de l’État, sans publicité, financée par les lecteurs, les journalistes, les actionnaires minoritaires. Daniel Schneidermann, dans son mot de la fin, préconise l’abonnement des citoyens à la presse en ligne indépendante, seule vraie garante de la démocratie.»
Et Brice Couturier dans son billet du 29.10.2015 revient sur le cas de Vincent Bolloré : «Dans son cas, on peut véritablement parler d’empire. Voilà un businessman qui a affiché d’emblée ses ambitions – créer « un groupe industriel intégrés dans les contenus » ; avec l’idée qu’en les faisant fonctionner tous ensemble, les uns emboîtés dans les autres, on peut gagner beaucoup d’argent. Pardon, qu’en « combinant toutes ces activités, il est possible de dégager beaucoup plus de valeur. »
Bolloré pris à la hussarde le contrôle de Havas dont il a revendu récemment une partie du capital. Il a eu le culot de vendre SFR à Altice Numericable (Patrick Drahi) à la barbe d’Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, qui soutenait l’offre de Bouygues. Bénéfice : autour de 17 milliards. Ça permet de voir venir. Lui réinvestit immédiatement : 80 % de Dailymotion, le seul vrai concurrent de l’Américain Youtube. Il vient de « monter », comme on dit au capital de deux des fleurons français des jeux vidéo, Ubisoft et Gameloft. Mais Bolloré est surtout, avec Vivendi, le patron de Canal + et d’Universal Music Group (40 % du marché mondial de la musique…). Ne croyez pas que Bolloré, en vendant SFR, ait renoncé à être présent dans les télécoms. Il a réinvesti 3 milliards dans Telecom Italia et possède un certain nombre d’autres opérateurs téléphoniques à travers le monde.
La stratégie consistant à créer des synergies entre propriétaires de tuyaux et créateurs ou propriétaires de contenus n’est pas une marotte française. On la voit partout à l’œuvre. AT&T, numéro 1 du mobile aux Etats-Unis a ainsi fusionné avec le bouquet Direct TV. En réalité, tout le monde parie sur le fait que la télévision va basculer sur le Net, en passant du hertzien à la fibre optique. Les nouvelles générations veulent contrôler à tout moment ce qu’elles ont envie de regarder, au lieu de subir un programme conçu en fonction d’une grille. Si les opérateurs veulent garder le contrôle des contenus et surtout les faire payer, quoi de plus simple que de les produire eux-mêmes.»
Les médias sont essentiels pour notre information. Croire qu’Internet et les réseaux sociaux suffiront pour donner une information libre, intelligible et vérifiée est singulièrement naïf. Internet est un formidable support de rumeurs et de désinformation.
Il est nécessaire ici comme dans d’autres cas d’accepter de payer des abonnements, prix de notre liberté.
Et pour finir un schéma qui fait la synthèse des grands groupes média de France :
Vous trouverez ce schéma derrière ce lien : http://www.filpac.cgt.fr/spip.php?article10311
Oui parce qu’avant d’être la compagne de Fabius, elle fut l’épouse de Jean-Michel Baylet.
C’est rassurant que des ex époux conservent de bonnes relations !