Mardi 11/02/2014

Mardi 11/02/2014
« Si vous ne signez pas l’arrêté je me tue et vous aurez ma mort sur la conscience ! »
Un lycéen de Moselle dans une supplique gazouillée au Préfet de son département
A la mi-janvier il a neigé dans mon département natal, la Moselle.
La chose n’est pas inhabituelle sur ces terres qui m’ont vu naître comme mon père, mon grand-père et mon aïeul.
Il avait d’ailleurs neigé en décembre. A cette occasion, le préfet de Moselle avait pris un Arrêté pour interdire la circulation des bus et autocar et notamment ceux qui transportent les élèves, les collégiens et les lycéens vers ces établissements où on s’efforce de les tirer de l’univers fangeux de l’ignorance pour mieux les préparer au chômage.
On s’imagine avec quelle satisfaction, les élèves, les collégiens et les lycéens avaient accueilli la décision du représentant de l’Etat qui leur permettait, de facto, de passer leur journée devant GTA 5, FIFA 14 et autres jeux de console, afin de se mieux préparer encore au chômage.
Aussi, quand la population scolaire vit, mi-janvier, les flocons tombés en abondance, elle espérait pouvoir bénéficier d’un nouveau jour de congé.
L’heureuse rumeur fit place à une légitime inquiétude quand on constata que l’arrêté préfectoral espéré ne paraissait point.
Aussi, certains lycéens entreprirent-ils de rappeler le préfet de la Moselle à ses devoirs via le compte twitter que ce Haut fonctionnaire modèle et moderne avait ouvert dès son arrivée dans le département.
Les gazouillis des lycéens prirent d’abord le ton d’une modeste requête :
« S’il vous plaît, faites un arrêté préfectoral, promis, on créera la fête du Préfet, vous serez heureux, lol »
La décision attendue ne venait pas.
Le ton des gazouillis se fit alors dramatique ou mélo dramatique
« Par pitié, monsieur je ne veux pas mourir sur la route, juste un petit arrêté !»
ou « Si vous ne signez pas l’arrêté je me tue et vous aurez ma mort sur la conscience ! »
Devant l’impassibilité préfectorale, le ton monta :
« Préfet ! Tu as vu comme il neige ! » dit sèchement un tweet sur le ton du rappel à l’ordre.
Vient ensuite l’apostrophe : « Vas-y, il y avait moins de neige quand tu as fait l’arrêté préfectoral, fais pas ton radin »
Après l’apostrophe, l’invective : « Vas y fait un arrêté préfectoral jusqu’à vendredi, fais pas ta lopesa ! »
La menace n’est pas loin. « Oh ! Met un arrêté préfectoral où j’te nique ta mère ! »
« T’as vu comme il neige négro, tu mets un arrêté illico ou j’te crame ta préfecture » (Négro parce que le Préfet de la Moselle est issue de la diversité, comme on dit maintenant.
« Etes-vous sûr d’utiliser le ton adéquat » répondit alors la préposé au compte twitter du Préfet.
La réplique fuse : « Eh ! Tu nous annules les bus pour demain à cause de la neige et du verglas où on te nique avec un ton adéquat ».
La vaillante gazouilleuse de la préfecture ne se laissa pas impressionner et ayant répondu à chaque message en constatant que si l’orthographe était fantaisiste, c’était rarement volontaire, elle conclut par ce tweet général :
« Ceux qui réclament le plus de ne pas aller à l’école, semblent être ceux qui en ont le plus besoin ! »
Cette histoire vraie a été racontée par Philippe Meyer lors de sa chronique du 07/02/2013. Les commentaires sont intégralement de lui, les textes des heureux lycéens et collégiens de la Moselle (j’ai essayé d’éviter les fautes d’orthographe). C’est un grand résumé, mais la chronique est encore plus hilarante. <http://www.franceculture.fr/emission-la-chronique-de-philippe-meyer-chronique-de-philippe-meyer-2014-02-07>
C’est ainsi que l’on voit que si on ouvre les méthodes modernes de communication entre l’Administration et les Jeunes, la parole se libère, probablement de manière désordonnée. Mais si un fonctionnaire de qualité occupe l’autre bout du fil de la discussion, les échanges peuvent devenir pédagogiques et utiles à l’éducation des masses.

Lundi 10/02/2014

Lundi 10/02/2014
« L’effondrement de l’URSS a été la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle »
Vladimir Poutine
Les jeux olympiques les plus chers de l’Histoire viennent de commencer à Sotchi.
Le Tsar élu de toutes les Russies n’a pas de limite pour magnifier son Pays dont il fantasme le passé : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/poutine-reve-d-une-union-eurasiatique_1037406.html
Je crois qu’on peut ne pas être d’accord.
Et trouver, pour rester dans son univers, que la plus grande catastrophe a été l’accaparation des richesses de la Russie par une poignée de membres de la nomenklatura soviétique qui était en place au moment de la chute de l’URSS et qui depuis a créé un des systèmes mafieux les plus riches et des plus violents de la planète. On les appelle les oligarques !
Pour l’évènement récent résumons : Les jeux de Sotchi ont couté 36 milliards d’euros. Il est vrai qu’en France nous allons faire 50 milliards d’économie.
En tout cas, ils laissent à bonne distance les deuxièmes : le budget des JO de Pékin de 2008 était de 26 milliards d’euros.
Ce dernier était plus de deux fois supérieur à celui des jeux de Londres de 2012 (11,5 milliards d’euros).
En outre les JO d’Hiver étaient toujours moins onéreux que ceux d’été.
Ainsi les JO d’hiver de Nagano de 1998 avaient coûté 1,26 milliard d’euros, un record à l’époque
En 2010, pour les jeux d’hiver de Vancouver, le Canada avait dépensé 1,4 milliard d’euros, et à Turin, en 2006, le coût de la compétition sportive s’était monté à 1,4 milliard d’euros.
A priori, lors de la revue de presse internationale de France Culture, le journaliste a affirmé que les jeux de Sotchi avaient couté aussi cher que l’ensemble de tous les JO d’Hiver depuis qu’ils existent.
Et la cerise sur gâteau : 6000 athlètes participent protégés par 100 000 soldats.

Vendredi 07/02/2014

Vendredi 07/02/2014
« Le déni en politique, cela ne fonctionne pas. »
François Hollande
Propos tenu par le Président de la république, le 28 janvier 2014 en Turquie, après la reconnaissance de l’échec de l’objectif de l’inversion de la courbe du chômage.
Dont acte.
Il ne reste plus qu’à en tirer toutes les conséquences dans les domaines de la politique, de l’économie, de l’organisation administrative et de la fiscalité de ce principe.
Le déni ne fonctionne pas !
Il est donc nécessaire d’affronter la réalité et de prendre des décisions crédibles qui prennent en compte la réalité de la situation, de fixer des objectifs qui soient en phase avec ce contexte et de décliner des priorités cohérentes dans l’action publique.
« Vaste programme ».
Ce dernier mot fût la réponse de De Gaulle à la réplique qu’il venait d’entendre : « mort aux cons »

Jeudi 06/02/2014

Jeudi 06/02/2014

En réponse au mot du jour d’hier consacré à ces religieux que le doute n’effleure pas.

«Je vois planer un doute»
Raymond Devos
Un ange passe
On dit parfois que j’extravague…
que je délire…
Pourtant, il n’y a pas plus raisonnable que moi !
Il n’y a pas d’esprit plus cartésien que le mien !
Je ne fais que rapporter les faits tels que je les observe.
Il est évident qu’il y a observer et observer !
Cela dépend du sens que l’on donne au mot « observer ».
Exemple:
Quand on demande aux gens d’observer le silence…
au lieu de l’observer, comme on observe une éclipse de lune, ils l’écoutent…
et tête baissée, encore !
Ils ne risquent pas de le voir le silence.
Ils le redoutent !
Alors, dès que le silence se fait, les gens le meublent.
Quelqu’un dit :
– Tiens ? Un ange passe !
alors que l’ange, il ne l’a pas vu passer !
S’il avait le courage, comme moi, d’observer le silence en face, l’ange il le verrait !
Parce que, mesdames et messieurs, lorsqu’un ange passe, je le vois !
Je suis le seul, mais je le vois !
Évidemment que je ne dis pas que je vois passer un ange,
parce qu’aussitôt, dans la salle, il y a un doute qui plane !
Je le vois planer, le doute !…
Évidemment que je ne dis pas que je vois planer un doute parce qu’aussitôt, les questions:
– Comment ça plane un doute ?
– Comme ça ! (geste de la main qui oscille)
– Comment pouvez-vous identifiez un doute avec certitude ?
A son ombre !
L’ombre d’un doute, c’est bien connu…!
Si le doute fait de l’ombre, c’est que le doute existe…!
Il n’y a pas l’ombre d’un doute !
Et l’on sait le nombre de doutes au nombre d’ombres !
S’il y a cent ombres, il y a cent doutes.
Je ne sais pas comment vous convaincre ?!
Je vous donnerais bien ma parole, mais vous allez la mettre en doute !
Le doute… je vais le voir planer…
Je vais dire:
– Je vois planer un doute.
Aussitôt, le silence va se faire…
Quelqu’un va dire :
– Tiens, un ange passe !
Et il faudra tout recommencer !
A propos de l’ange, aussi, on m’en pose des questions insidieuses:
– Dites-moi, votre ange là, de quel sexe est-il ?
Alors là… (geste de la main qui oscille)
je suis obligé de laisser planer un doute, parce que je n’en sais rien !
– D’où vient-il ?
Il va vers sa chute !
Parce que l’ange, attiré par la lumière des projecteurs s’y précipite…
Ébloui, l’ange s’y brule les ailes et l’ange choit !
Et un ange qui a chu est déchu !
Mesdames et Messieurs… à la mémoire de tous les anges qui sont tombés dans cette salle, nous allons observer une minute de silence…
(L’artiste voyant « passer » un ange, les gens rient)
(L’artiste avec un geste de la main qui oscille)
Il n’y a que les doutes qui planent.
Raymond Devos.

Mercredi 05/02/2014

Mercredi 05/02/2014
« La soumission au religieux est un désastre »
Élisabeth Badinter
Les religions monothéistes ont généré 4 types d’humains :

Les mystiques

Les saints

Les fascistes

Les soumis

Dans nos pays sécularisés il y a une 5ème catégorie : celle des indifférents.
Mais dans les pays pour lesquels, dans le passé comme aujourd’hui, la religion dominait ou domine la société, voire que l’Etat était ou est théocratique, il y avait ces 4 catégories énumérées.
Les deux premières, les mystiques et les saints, dans lesquels je mets également les rebelles constituent une infime minorité.
On trouve beaucoup plus de fascistes ou de totalitaires si on préfère cette appellation. Ce sont eux qui dirigent, qui sont aux manettes.
Et puis il y a l’immense majorité des soumis.
Ceux-là, Brel aurait dit : « ils ne pensent pas, ils prient ».
Les 3 religions du Livre sont équivalentes à l’aune de ces considérations.
L’ère chrétienne est remplie de ces crimes, de cette oppression on se souvient, par exemple, du film sur les Couvents de la Madeleine qui étaient des foyers pour femmes « perdues » en Grande-Bretagne et en Irlande.
On trouve ce film sur Youtube : <http://www.youtube.com/watch?v=2FNDjoiaETM>.
Dans un autre domaine, un sondage CBS de novembre 2004 estime que 55% des américains croient que « Dieu a créé les humains dans leur forme actuelle »
Actuellement, des manifestations en France montrent la dérive de certains catholiques intégristes
Et puis il y a d’autres actualités : Des ultra-orthodoxe juifs exigent que Netanyahou ordonne à son fils de quitter sa copine norvégienne qui est coupable de ne pas être juive : http://www.lesoir.be/414340/article/actualite/monde/2014-01-29/scandale-en-israel-copine-du-fils-netanyahou-n-est-pas-juive
Et pour l’Islam, La France a installé un lycée à Doha, chez nos amis du Qatar. Et « nos amis » sont arrivés à nous convaincre de laisser dans ce lycée, s’ouvrir des cours de « Charia »
La soumission au religieux…
Et vous savez comment s’appelle ce lycée ?
Philippe Meyer s’étonnait d’ailleurs lors de sa chronique du 31/01/2014 que l’Emir du Qatar ait accepté qu’on donne le nom de Voltaire à un établissement sur son territoire. Il a émis une hypothèse : peut-être lui a t’on fait croire que Voltaire était un ancien footballeur.
Le totalitarisme et la bêtise doivent être combattus, la religion n’excuse rien.

Mardi 04/02/2014

Mardi 04/02/2014
« Il y a moins d’humanité dans notre société,
tout est fait pour que plus personne ne voit l’autre. »
Mohamed Zghonda
Mohamed Zghonda est chauffeur livreur. Il est un de ces ouvriers qui a été interrogé et suivi par Eve Charrin qui a écrit le livre « La course ou la ville » au Seuil, dans la collection « Raconter la vie » dirigée par Pierre Rosanvallon
J’ai entendu le témoignage de Mohamed Zghonda, lors de l’émission « l’invité d’Inter du 9 janvier 2014 » où l’invité était Pierre Rosanvallon, le célèbre Historien.
Mohamed Zghonda expliquait :
« Avant je faisais mes livraisons avec une feuille et un stylo
Maintenant j’ai un scan connecté à Internet
Au moment où je livre un colis, le centre « de livraison », le client savent l’heure exacte où j’ai livré le colis.
Si je reviens avec des colis que je n’ai pas pu livrer ou que j’ai livrés avec retard, on me demande de m’expliquer !
On est calibré pour livrer de 50 à 60 clients. Le temps de travail sur un secteur est de 5 heures. Cela signifie que je dois mettre moins de huit minutes pour livrer un client.
En réalité, on cavale du matin jusqu’au soir avec cette boule au ventre : est-ce que je vais pouvoir tout livrer ?
A l’heure actuelle on n’est que sur un mot : Productivité, réduction des coûts.
Nous sommes devenus des machines, nos clients sont devenus des inconnus.
Cela devient dur, mais comme tout dans la vie, il n’y a pas que notre métier.
Il y a moins d’humanité dans notre société, tout est fait pour que plus personne ne voit l’autre.
C’est cela qui est un peu triste. »
Pierre Rosanvallon a précisé les consignes qu’on donne aux chauffeurs livreurs : « Surtout quand vous livrez, ne regardez jamais les gens dans les yeux, baisser la tête ».
De cette manière, il y a moins de risque d’établir une communication avec l’autre sortant du cadre et ayant pour conséquence d’allonger « inutilement » le temps de livraison.
Pierre Rosanvallon a créé une collection « Raconter la vie » qu’il explique ainsi :
«  De nombreux Français se trouvent aujourd’hui oubliés, incompris, pas écoutés. Ils se sentent exclus du monde des gouvernants, des institutions et des médias. Le pays, en un mot, ne se sent pas représenté, comme si ce qu’il vivait ne comptait pas.
Raconter la vie veut rompre avec cette situation, qui mine la démocratie et décourage les individus. Ce projet a l’ambition de répondre au besoin de voir les vies ordinaires racontées, les voix de faible ampleur écoutées, la réalité quotidienne mieux prise en compte.
Donner la parole, rendre visible, c’est aider les personnes à retrouver leur dignité, à résister. C’est leur permettre de rassembler leur vie dans un récit qui fait sens, de l’insérer dans une histoire collective.
 Donner la parole contribue aussi à encourager l’intérêt pour autrui, nécessaire pour mieux faire société, combattre les préjugés et les stéréotypes, construire un monde vraiment commun.
Pour cela, Raconter la vie se propose d’écrire le roman vrai de la société et invite tous ceux qui le souhaitent à en être les personnages et les auteurs. »
Pour décrire cette initiative Rosanvallon a écrit un livre « Le parlement des invisibles »
Et puis il y a un site qui présente la démarche et les livres qui sont écrits dans cette collection http://raconterlavie.fr/

Lundi 3 février 2014

« La culture c’est la vie et la vie est belle »
Claudio Abbado

Claudio Abbado est mort Lundi 20 janvier 2014

Très jeune Claudio Abbado a été un chef d’orchestre remarquable et brillant.

Il a dirigé les plus grandes institutions musicales.

A 35 ans, il devint Directeur de la Scala de Milan, il le restera pendant 18 ans.

Après, il dirigera l’Opéra de Vienne et lorsqu’il fallut trouver un successeur à Herbert von Karajan, les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Berlin le désignèrent à l’unanimité en 1989.

Et puis…

En 2000, un terrible cancer l’assaillit, un cancer de l’estomac.

Il revint au bout de quelques mois, émacié et transfiguré.

Il dit alors : « J’ai souffert et j’ai lutté de toutes mes forces. Mais comme toujours, du mal peut naître quelque chose de bon ».

Il devint alors un chef génial et unique.

Il quitta l’institution de la Philharmonie de Berlin et recréa avec des musiciens venant de tous les horizons et notamment beaucoup de jeunes, l’Orchestre du Festival de Lucerne, qu’il dirigea tous les étés jusqu’en 2013.

Celui qui n’a pas vu des vidéos de ces concerts, ne connait pas l’émotion que la musique peut déclencher.

Claudio Abbado a alors construit une relation unique avec ces musiciens.

Arte a diffusé le Requiem de Mozart par Abbado et Lucerne interprété en août 2012 et que vous trouvez sur Youtube :

Requiem de Mozart par Abbado Festival de Lucerne 2012

A la fin de cette interprétation bouleversante, le public est resté silencieux pendant presque une minute avant d’applaudir.

Le silence était si intense qu’il était encore musique.

Nos mots sont trop pauvres pour décrire l’indicible et le sublime.

<Ce journal suisse lui rend hommage> et présente sa carrière. L’article se termine par cette conclusion :

[Claudio Abbado] disait que « la culture est un bien commun et primaire comme l’eau » et que « La culture c’est la vie et la vie est belle ». Place au silence.

<230>

Vendredi 31/01/2014

Vendredi 31/01/2014
« Celui qui touche le miel, lèche son doigt »
Proverbe turc
Cité lors de la revue de Presse Internationale de France Culture du 27/12/2013.
La citation provenait d’un journaliste turc qui parlait de la corruption endémique dans son pays et de ce proverbe qui l’illustre…
Rappelons que le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan avait annoncé, Mercredi 25 décembre, un vaste remaniement ministériel après la démission, le même jour, de trois ministres, mis en cause dans un retentissant scandale politico-financier.
Dix des vingt ministres de l’ancien gouvernement ont été remplacés
Je trouve que c’est une image suggestive de la corruption qui n’existe pas qu’en Turquie…

Jeudi 30/01/2014

Jeudi 30/01/2014
« Le libre-échange vaut-il qu’on lui sacrifie la démocratie ? »
Jean-Paul Vignal
19 janvier 2014 sur le blog de Paul Jorion
Loin de la pensée unique, Paul Jorion interpelle, crée le débat, pose des questions et esquisse même des réponses.
Il a créé un blog sur lequel des gens qui sortent de la pensée « mouton » tentent d’approfondir de vraies questions de fond.
Voici l’exemple d’une de ces contributions dont le titre constitue le mot du jour :
« La dégradation constante de la confiance des Français dans les partis politiques de gouvernement et dans leurs élus […] est le résultat logique de la domination croissante de l’économie sur le politique.
Elle intervient en effet dans un contexte où l’argent devient la mesure de toute chose. Cette évolution n’a pu avoir lieu que par un affaiblissement systématique des institutions traditionnellement garantes des valeurs et de l’intérêt communs, au profit des entreprises qui sont, elles, uniquement et légitimement centrées sur la promotion et la défense des intérêts particuliers de leurs actionnaires. Ce n’est pas le glissement vers l’attribution de plus de pouvoir aux organisations centrées sur la réalisation de projets qui est un mal en soi, car il permet quand il est réalisé avec discernement d’obtenir des résultats plus facilement mesurables et de compartimenter la complexité des systèmes politiques, sociaux et économiques en unités plus faciles à gérer. Mais, dans un contexte très tendu de concurrence de tous contre tous où l’optimum collectif ne peut pas être la somme des optima individuels, il devient extrêmement dangereux quand le « chacun pour soi » est la seule valeur véritablement commune, à défaut d’être partagée, comme c’est de plus en plus le cas.
Pour reprendre une analogie biologique, nous ne survivrions pas plus de quelques minutes si chacun des organes qui composent le corps humain cherchait à optimiser sa performance individuelle sans se soucier de ses voisins. Heureusement, le cerveau est doté de mécanismes de régulation, automatiques et inconscients pour l’essentiel, – conscients dans les cas exceptionnels -, qui permettent une survie harmonieuse. Il n’y a regrettablement plus de cerveau garant de l’intérêt collectif dans nos sociétés modernes : chassé par les grands prêtres du néolibéralisme, il a cédé la place à la main magique du marché.
La difficulté principale à court terme tient à l’inégalité croissante entre des citoyens ancrés dans leur territoire et des entreprises multinationales qui se posent là où les conditions commerciales, fiscales et sociales sont les plus favorables, et ne doivent des comptes qu’à leurs actionnaires, le dépôt de bilan bien préparé étant le fusible ultime en cas de confrontation locale sévère.
Longtemps vantées, parfois à juste titre, comme l’avant-garde du progrès, de la démocratie et du bonheur pour tous, elles négligent de plus en plus le citoyen/salarié relégué au rang de variable d’ajustement locale, pour ne plus s’intéresser qu’à l’électeur/consommateur que l’on abandonne sans remord à son triste sort, – au nom de la rentabilité des capitaux investis, rebaptisée « compétitivité » pour être plus digeste – […]
Ces organisations apatrides […] qui opèrent sur les « marchés financiers ». […] ont réussi le tour de force d’éliminer à leur seul profit, en les ringardisant, tous les contrôles qui permettaient aux États de garder un droit de regard sur la création de crédit, et aux autres organisations de ne pas leur être totalement asservies. Le résultat est étonnant : au terme d’une crise dont elles sont les principaux responsables, elles ont réussi un holdup parfaitement légal, – les banques centrales ayant le plus légalement du monde avalé au prix fort leurs créances pourries -, mais complètement immoral, que les autorités les plus prudentes chiffrent à au moins 10 % du PNB mondial ; Forts de leur statut de « too powerful to fail » elles nagent à nouveau dans l’opulence et se permettent sans vergogne ni pudeur de distribuer bons et mauvais points aux gouvernements qui les ont tirées d’affaire. Tout ceci aux dépens des citoyens/contribuables/épargnants qui doivent maintenant régler l’addition, car, comme toujours dans un jeu à somme nulle entre joueurs de force inégale. Quand l’arbitre tourne le dos ou se fait acheter par le plus fort, c’est le plus faible qui paye.
[…]
Que des élus mandatés pour représenter les peuples souverains des vieilles démocraties occidentales se résignent à un tel abandon de souveraineté dans le plus grand secret, relève au mieux de la déception, au pire de la trahison, même si l’on commence à prendre l’habitude de voir bafouer la souveraineté du peuple quand il n’est par exemple tenu aucun compte du résultat d’un vote qui n’est pas conforme aux attentes des oligarchies dirigeantes, comme cela a été le cas dans plusieurs pays européens, dont la France, pour la ratification du traité de Lisbonne.
[…] La croissance dont le néolibéralisme a tant besoin pour acheter l’oubli de son mépris pour l’humain vaut-elle vraiment qu’on lui sacrifie la démocratie et un système de protection sociale qui a fait ses preuves, sans même se poser la question de savoir si les promesses de croissance d’un libre-échange débridé sont crédibles ? Espérons que non ! »
Pour ceux qui l’ignorent, Paul Jorion est un chercheur en sciences sociales, de nationalité belge, ayant fait usage des mathématiques dans de nombreux champs disciplinaires : anthropologie, sciences cognitives, et économie.
Il s’installe aux États-Unis en 1997 et y travaille dans le secteur du crédit à la consommation en tant qu’expert dans le calcul du prix et la validation des modèles financiers de 1990 à 2007 jusqu’à la faillite de son employeur, la banque Countrywide Financial. Il publie en 2003, Investing in a Post-Enron World, un ouvrage en anglais relatif aux répercussions pour les marchés boursiers de la faillite de la compagnie Enron. Il publie ensuite une série d’articles consacrés aux implications sociales et politiques du système financier américain. De 2005 à 2009, il est chercheur associé du programme interdépartemental « Human Complex Systems » de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA). En 2004, il rédige La Crise du capitalisme américain qu’aucun éditeur français ne veut alors publier. En 2005, la revue Mauss publie l’introduction de l’ouvrage. Finalement, c’est en 2007, qu’Alain Caillé, informé de l’intérêt que porte Jacques Attali au manuscrit, édite le livre aux éditions de La Découverte en le réintitulant euphémiquement « Vers la crise du capitalisme américain ? ». Paul Jorion y annonce la crise des subprimes qui se révèlera au grand public effectivement quelques semaines plus tard. Il publie ensuite en mai 2008, L’Implosion. La finance contre l’économie : ce qu’annonce et révèle la crise des subprimes où il décrit et explique le déroulement de la crise des subprimes, puis en novembre 2008, La Crise. Des subprimes au séisme financier planétaire, en octobre 2009, L’argent mode d’emploi, en septembre 2010, Le prix, en mars 2011, Le capitalisme à l’agonie, enfin en octobre 2012, Misère de la pensée économique. Il participe au groupe de réflexion pour une économie positive présidé par Jacques Attali.

Mercredi 29/01/2014

Mercredi 29/01/2014
« Il faut être jeune pour être pauvre.
Quand on vieillit, il faut de l’argent. »
Tennessee Williams
La chatte sur un toit brulant
Acte 1
Je n’étais pas le seul de cette liste de diffusion à assister à ce magnifique spectacle, mise en scène par Claudia Stavisky au Théâtre des Célestins de Lyon en octobre et dans lequel Laure Marsac jouait le rôle époustouflant de Margaret.
Elle avait à déclamer cette réplique, dont on trouvera la suite ci-après.
Cette réplique a immédiatement résonné en moi et je me suis dit qu’elle est largement exacte en France, bien qu’il existe des vieux pauvres et des jeunes riches, mais globalement nous savons que les vieux improductifs et rentiers sont en général plus riches que les jeunes productifs en France.
Margaret nous explique qu’être vieux et pauvre est épouvantable.
Donc notre société semble bien évoluer ?
Voici la réplique dans son intégralité :
« Il faut être jeune pour être pauvre.
Quand on vieillit, il faut de l’argent.
Etre vieux et pauvre, c’est un supplice épouvantable.
C’est l’un ou l’autre , Brick
Jeune ou riche, pas de milieu. »