Mercredi 26 Août 2015

Mercredi 26 Août 2015
« La maison en paille»
Maison de l’avenir ?
Une association a été créée en 2006 pour promouvoir la construction de maisons à l’aide de paille : Le Réseau Français de la Construction Paille (RFCP). Elle a pour objectif d’encourager et de développer ce type d’éco-construction.
L’association a emménagé dans la maison feuillette, une maison historique, située à Montargis dans le Loiret qui est le plus ancien bâtiment au monde construit en ossature bois et en isolation paille. Cette maison a été conçue en 1920 par l’ingénieur Émile Feuillette, et acquise par le RFCP en 2013 pour préserver ce patrimoine, elle est le symbole de la durabilité de la construction paille.
Vous trouverez toute explication sur le site de cette association : <http://cncp-feuillette.fr/>

La Maison Feuillette
Mais j’ai découvert cette association et son projet par une émission de France Inter : http://www.franceinter.fr/emission-planete-environnement-la-construction-en-paille dont voici un extrait :
« [L’ingénieur Emile Feuillette] voulait répondre à la demande de reconstruction – nous étions après la guerre – avec une offre peu chère et surtout rapide. Aujourd’hui on estime que la France compte 3 500 bâtiments en paille. Il s’en construit 500 par an. Il ne s’agit pas seulement de maison individuelle de plein pied. A Saint-Dié dans les Vosges, un logement social grimpe sur 8 étages.
C’est la maison écolo par excellence. Fraiche en été,  chaude en hiver. Pas d’humidité. La paille est un isolant thermique sans comparaison. Un simple poêle à bois suffit à se chauffer.
Les ballots sont compressés pour obtenir une densité compatible avec les normes de sécurité. Et notamment la résistance au feu. On évacue ainsi un maximum d’oxygène. Les tests montrent qu’en y mettant le feu, la paille ne s’enflamme pas,  elle se consume lentement. D’ailleurs la construction en paille vient d’obtenir des Règles professionnelles qui sont reconnues par le secteur du bâtiment et les assureurs. Même si certains se font encore tirer l’oreille. Une liste de professionnels de l’assurance est disponible sur le site internet du réseau français de la construction paille.
Les bâtiments bénéficient comme les autres de la garantie décennale.
C’est  une maison qui se construit rapidement. Une fois montée l’ossature en bois, le squelette de la maison, on glisse les ballots dedans. Les murs sont recouverts d’un enduit à base de chaux ou de terre. Une fois terminée, rien ne distingue cette maison des autres. Au point que certains propriétaires aménagent à l’intérieur une fenêtre de la vérité. Un vitrage qui laisse voir le mur en paille.
Ce type de maison est souvent bâti en auto construction participative. Avec l’aide des  copains, des amis qui mettent la main…  à la paille tandis qu’un professionnel accompagne le chantier.
La paille est une machine à stocker le CO2, elle en consomme pour grandir puis le gaz est conservé pendant toute la durée de vie du bâtiment.»
Vous trouverez toute explication sur le site de cette association : <http://cncp-feuillette.fr/>
Et si les meilleurs solutions étaient les plus simples ?

Mardi 25 Août 2015

Mardi 25 Août 2015
« J’aime ce style de vie, qui touche à quelque chose de très juste.»
Léonard Slatkin, à propos de sa vie en France et à Lyon
Depuis quatre ans, pour les passionnés de musique classique symphonique, les Lyonnais ont beaucoup de chance, car le chef de l’orchestre national de Lyon est un grand chef d’orchestre : Léonard Slatkin.
C’est un américain. Il est né à Los Angeles. Son père et sa mère étaient de brillants musiciens qui avaient créés un quatuor à cordes très célèbre : le quatuor Hollywood. Ils étaient très connus dans le monde du cinéma. Léonard Slatkin raconte, enfant, il se souvient avoir été sur les genoux de Frank Sinatra.
Il se définit lui-même comme un parfait américain.
Dans la présentation de la prochaine saison de l’orchestre de Lyon, Léonard Slatkin a accepté de répondre à une interview. Il parle beaucoup de musique, de ses expériences mais il y a un petit paragraphe sur Lyon et plus précisément sur la vie en France. Je voudrais partager avec vous cet avis éclairé sur la France par quelqu’un qui vient des Etats-Unis et qui a toujours vécu là-bas :
« J’adore Lyon. Ma femme et moi avons un appartement qui donne sur les quais et l’université. Si je me lève tôt, je vois le soleil se lever et je ne parle pas des couchers tout aussi magni6ques.
Cet endroit est exactement ce que j’espérais trouver en France : boulangerie, bouchons, fromagerie… une vie de quartier.
J’aime d’autant plus ça que nous n’avons pas l’équivalent aux États-Unis. À la fin de chacun de mes concerts, de mes répétitions ou de mes rendez-vous, je sais que je vais retrouver une vie formidable, à laquelle je n’avais jamais vraiment pensé auparavant.
J’avais 66 ans lorsque je suis venu à Lyon, pas si jeune, et en plus l’Américain type, tout le monde me voit comme ça ! Si quelqu’un m’avait alors demandé si j’envisageais de quitter les États-Unis et de m’installer en France, j’aurais probablement dit non. Aujourd’hui, je peux dire oui. J’aime ce style de vie, qui touche à quelque chose de très juste. L’idée d’être dans une ville de culture, qui a porté un pan entier de l’histoire du cinéma, une ville de gastronomie, une vieille ville fantastique, et dans le même temps aussi visionnaire dans sa relation à l’avenir… Je pense que personne ne pourrait dire : jamais je ne pourrais m’installer ici…
Sauf moi il y a cinq ans ! »
« wie Gott in Frankreich leben », c’est à dire heureux comme Dieu en France disent les allemands.
Sans que cette thèse ne fasse l’unanimité, certains prétendent que cette expression serait d’origine yiddish, la communauté juive exprimant ainsi sa reconnaissance à l’égard de la révolution française qui avait voté l’émancipation grâce au rôle prépondérant de l’Abbé Grégoire et de Mirabeau.
Il est utile qu’un homme, venu de l’autre côté de l’Océan, nous rappelle les joies simples de notre art de vivre.
Un petit lien vers un extrait de la marche impériale de Star Wars dirigé par Slatkin à la tête de l’orchestre National de Lyon : https://www.youtube.com/watch?v=Ek7HJlXG3DM

Lundi 24 Août 2015

Lundi 24 Août 2015
« One Day On Earth »
Un jour sur Terre
Delphine Simard
Dans l’art difficile de ne presque rien faire, on peut regarder longuement et avec lenteur la nature.
Un article m’a fait découvrir des vidéos montrant une compilation de scènes de la vie animale, de paysages et de plantes réalisés par une québécoise Delphine Simard.
Je n’ai pas trouvé d’informations sur cette poète et technicienne de l’image sur le Web.
Elle utilise au mieux les techniques vidéo (pour filmer de tous petits détails ou montrer en accéléré le déploiement de la nature) avec une infinie patience pour montrer des scènes où la beauté et la poésie tutoient la perfection.
On y voit des fleurs éclore, des champignons pousser, des renards courir, des cerfs manger, une goutte d’eau qui tombe sur une fourmi et bien d’autres choses encore…
Voici ces 4 vidéos qui durent chacune entre 10 et 12 minutes
Certains destinataires reçoivent le mot du jour sur leur adresse professionnel et ne peuvent, ni ne doivent d’ailleurs, regarder ces vidéos pendant leurs heures de travail, je joins ci-dessous quelques photos en attendant et pour aiguiser le désir de voir.

Vendredi 21 Août 2015

Vendredi 21 Août 2015
«Comment paraître intelligent ? »
Pierre Ménard
Hier, je parlais de l’injonction d’être productif, actif, tout le temps même pendant les périodes de loisirs et de vacances.
Il existe une autre injonction qui nous est faite de manière constante, celle d’être intelligent.
En juillet, j’ai eu le privilège d’accueillir un jeune homme brillant et destinataire des mots du jour.
Me laissant aller à mon penchant naturel de la dérision et de l’humour simple, accoutré en outre d’habits offensant l’élégance avec pour couronnement une casquette dont je reconnais moi-même le ridicule, ce garçon observateur a émis cette observation perspicace et malicieuse : «Quand on te voit, on se demande vraiment si c’est toi qui écris les mots du jour.»
Tout en étant ridicule, j’ai de la réparti et de la mémoire et j’ai donc pu objecter le tout premier mot du jour de la série [du 9 octobre 2012] : « Il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des conneries, que mobiliser sa connerie sur des choses intelligentes » (Devise Shadok)
Mais cette interpellation judicieuse et avisée m’a fait comprendre l’importance de paraître intelligent (le fait d’être réellement intelligent est davantage question subjective et polémique que démonstration scientifique.)
Chance, un homme, Pierre Ménard, a étudié ce problème et a écrit un article sur le Huffington Post dont je partage avec vous les extraits qui me semblent les plus éclairants sur cette problématique qui nous concerne tous :
«On se plaint avec raison des discriminations qui touchent les femmes, les noirs, les homosexuels, les petits, les roux, les gros… et ceux qui ont le malheur d’être tout cela à la fois. Pourtant, il existe une discrimination bien plus odieuse, et d’autant plus scandaleuse qu’elle est socialement acceptée: celle qui frappe les imbéciles.
Peut-être passe-t-elle inaperçue en raison de son importance même. Depuis deux siècles, l’esprit a en effet supplanté la naissance pour l’accès aux situations les plus enviables. Si Saint-Simon pouvait s’offusquer au XVIIe siècle de voir des « gens sans naissance » accéder au pouvoir et se boucher le nez au passage des roturiers, personne ne se vante aujourd’hui d’atteindre une quelconque position en raison du carnet d’adresses de ses parents. La méritocratie a triomphé, et rares sont ceux qui songeraient à la remettre en cause.
Parallèlement, l’enseignement s’est étendu jusqu’aux couches les plus humbles de la population et le monde de l’entreprise a supplanté l’organisation traditionnelle des sociétés ; l’artisan, le paysan ou le soldat (dont l’activité intellectuelle était loin d’être débordante) disparaissant au profit du cadre. Mêlant méritocratie et libéralisme, la société est devenue une gigantesque machine à classer, soumettant ses sujets à un tri permanent de la crèche à la maison de retraite.
La conséquence est que l’intelligence est passée de luxe à nécessité. Pendant longtemps, on ne demandait pas à un homme (encore moins à une femme), à quelques exceptions près, d’être doué d’un esprit particulièrement profond, mais, selon les classes et les époques, d’être bien né, riche, pieux, courageux, travailleur ou docile.
Plus encore qu’un luxe, l’intelligence pouvait même être un vice. L’être intelligent, par sa promptitude à tout remettre en question, constitue indéniablement une menace pour toute société dont le fondement est la tradition plutôt que le changement. […]
Or, il est triste de l’admettre, mais cette faculté ne concerne fatalement qu’un petit nombre d’élus. Stultorum numerus est infinitus, « le nombre des sots est infini », lit-on déjà dans la Bible (Ecclésiaste, I, 15).
[…] Le langage lui-même vient confirmer la prégnance de la bêtise, puisque si l’on ne trouve que quelques équivalents du mot intelligence (esprit, entendement, génie), ceux concernant l’imbécillité sont innombrables: ignorant, inculte, incompétent, incapable, primitif, arriéré, bête, abruti, brute, ahuri, balourd, benêt, borné, bouché, idiot, imbécile, gourde, lourdaud, fruste, gauche, stupide, obtus, butor, sot, grossier… pour ne citer que les plus polis.
[…] Soyons clair, il sera difficile de devenir intelligent. Aucun traitement ne pourra vous permettre d’y remédier en profondeur […] Vous ne serez pas le premier à le faire. Napoléon, pour ne citer que lui, faisait retoucher ses portraits pour y grossir la taille de sa tête, légèrement plus petite que la moyenne, afin de faire ressortir son génie à une époque où l’on pensait que l’intellect était fonction de la forme et de la taille du crâne.
[premier conseil]  faites l’acquisition d’une paire de lunettes. Conseil basique, certes, mais efficace.
Montesquieu affirme ainsi dans les Lettres persanes (1721) qu’un homme qui porte des lunettes ne peut pas être un fat. […] L’idée avancée par Montesquieu est loin d’être une boutade. Mme d’Aulnoy remarque au milieu du XVIIIe siècle que les riches espagnols ont coutume, pour avoir l’air intelligent, de porter des lunettes, bien que cela leur soit inutile. Jacques Chirac se serait lui-même prêté au jeu pour renforcer sa crédibilité au début de sa carrière, poussant paraît-il le vice jusqu’à poser pour des photos de campagne électorale avec une monture dépourvue de verres afin d’éviter les reflets. Les grands avocats américains recommandent eux aussi fortement à leurs clients de venir aux procès affublés de besicles selon le New York Daily News. Un homme ayant besoin de correction est en effet jugé plus fiable, plus intelligent et surtout plus intègre que les autres.»
Comme Pierre Ménard n’est pas totalement stupide, il arrête sur ce point son article gratuit et renvoie vers son livre payant pour distiller d’autres conseils. Ce livre a le même titre « Comment paraître intelligent ? » mais avec cette précision «Ou Petit bréviaire destiné à ceux qui ne le sont pas, écrit par quelqu’un qui aurait besoin de le lire »
Toutefois, il était aussi l’invité, avec d’autres de l’émission de France Culture : Comment revenir plus intelligent à la rentrée : http://www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre-comment-revenir-plus-intelligent-a-la-rentree-2015-07-02
Dans cette émission, Elena Pasquinelli, philosophe, chargée de recherches au sein du département de sciences cognitives de l’École Normale Supérieure a définitivement mis fin à cette légende : « Nous utilisons bien 100% de notre cerveau et non pas 10% comme le prétendent des sots qui n’ont aucune compétence en science cognitive »
Elle a également totalement écarté ces conseils qui sont prodigués dans nombre de magazines par exemple manger des fruits secs…
A priori pour améliorer son intelligence, il faut surtout l’utiliser en lisant, en restant curieux, en méditant…
Mais notre conseiller en « paraître » a ajouté un autre conseil pour paraître intelligent : « apprendre par cœur des citations et les prodiguer à bon escient dans les conversations.»
Dans ce cas, je vous conseille d’apprendre quelques-uns des mots du jour et de les replacer habilement.
Il n’en reste pas moins que c’est un exercice quotidien d’« essayer de paraître intelligent.»

Jeudi 20 Août 2015

Jeudi 20 Août 2015
« L’art difficile de ne presque rien faire »
Denis Grozdanovitch
Qu’as-tu fait de tes vacances ? Question rituelle.
Car il faut faire ! Être actif.
Qu’est-ce que tu as fait de tes vacances cela signifie qu’on a fait quelque chose qu’on les a fait fructifier dans le sens où on s’est bien activé, qu’on a vu plein de choses
L’oisiveté est la mère de tous les vices, prétendent le pasteur, le moraliste et l’économiste.
Normalement les vacances ont été créées pour se reposer. Mais la morale du travail, de l’efficacité, a rattrapé les loisirs qui doivent être productifs, efficaces, racontables.
 Plusieurs invités participaient à cette émission, dont Denis Grozdanovitch, écrivain, qui a écrit un livre : « L’art difficile de ne presque rien faire », que j’ai choisi pour ce mot du jour d’après le silence d’un mois.
Une autre invité Mona Chollet, journaliste et essayiste, a introduit l’émission par ces propos :
« L’oisiveté demande un luxe de temps phénoménal. C’est un temps qu’on cesse de mesurer, de compter, c’est un temps de plus en plus rare, tant est grand l’injonction d’être productif et rentable. On ne sait plus que travailler, tout devient travail. On est pris dans cette malédiction de l’efficacité, de la rentabilité de la productivité. Faire quelque chose de concret, de palpable. Pour ne pas avoir l’impression de perdre son temps. Cela nous marque profondément et on a beaucoup de mal à s’en extraire. »
Cyril Morana, professeur de philosophie, invité aussi, vient de rédiger la postface de la réédition d’un ouvrage du philosophe latin Sénèque :« éloge de l’oisiveté »
« Pour Sénèque oisiveté n’est pas la paresse c’est plutôt une retraite méditative. Sénèque est un stoïcien C’est un moment de mise à l’écart devant l’agitation de la cité, pour prendre le temps de réfléchir. Réfléchir à la beauté du monde. Faire le bilan du temps qui vient de s’écouler de notre existence et peut-être se dire qu’on a perdu beaucoup de temps
On voit donc que l’oisiveté pour Sénèque n’est pas une paresse mais bien un temps très fécond. C’est un temps qui précède une action qui deviendra enfin pertinente, une action mûrie dans la réflexion. »
Pour revenir à l’auteur du mot du jour : » Denis Grozdanovitch », il était un ancien champion de France junior de tennis destiné à une brillante carrière mais qui n’a pas persévéré.
Il explique que ce qu’il aimait dans le tennis, c’était de jouer, de s’amuser.
Il s’est vite rendu compte que ce n’était pas ce qui était demandé : « On nous demandait d’être comme disent les américains des killers ».
A Roland Garros, aucun tennisman ne s’amuse plus, ce sont des robots qui en plus souffrent.
Les loisirs sont insidieusement influencés par la morale du travail.
Mais il a élargi son propos à la sphère économique.
Il faut dire qu’il est un adepte de la décroissance qui se réfère à Jacques Ellul et plus récemment Serge Latouche et son livre  » décoloniser l’imaginaire »
Mais il a surtout cité un extrait d’un livre de Bertrand Russell «éloge de l’oisiveté »
Bertrand Russell (1872 -1970) est un mathématicien, logicien, philosophe, homme politique et moraliste britannique. Russell est considéré comme l’un des plus importants philosophes et mathématiciens du XXe siècle. Son œuvre, qui comprend également des romans et des nouvelles, fut couronnée par le prix Nobel de littérature en 1950. Il était à l’origine communiste mais il avait rencontré Lénine et a dit « j’ai immédiatement vu que cet homme était un fanatique et je pense que les choses vont tourner très mal.»
Voilà cet extrait :
« Supposons qu’à un moment donné, un certain nombre de gens fabriquent des épingles
Ils fabriquent autant d’épingles qu’il en faut pour le monde entier, en travaillant huit heures par jour
Quelqu’un met au point une invention qui permet au même nombre de personnes de faire deux fois plus d’épingles qu’auparavant.
Mais le monde n’a pas besoin de plus d’épingles. Les épingles sont déjà si bon marché qu’on n’en achètera guère davantage même si elles coûtent moins cher.
Dans un monde raisonnable tous les travailleurs de cette usine commenceraient à travailler quatre heures par jour au lieu de huit heures. Et tout irait comme avant.
Mais dans le monde réel on craindrait que cela ne démoralise les travailleurs. Les gens continue donc à travailler huit heures par jour.
On fabrique donc trop d’épingles. Des entreprises font faillite. La moitié des ouvriers se trouve au chômage. Au bout du compte, la somme du temps de loisirs global est le même dans les deux cas
Mais dans le second cas la moitié des individus est condamnée à l’oisiveté totale. Quant à l’autre moitié, elle continue à trop travailler.
Finalement le loisir inévitable devient cause de misère pour tout le monde, plutôt que d’être une source de bonheur universel.
Peut-on imaginer plus absurde ? ».
Voici à nouveau  le lien vers cette émission instructive qui fait réfléchir : http://www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre-d-ete-peut-on-encore-ne-rien-faire-2015-07-31.

Vendredi 17 Juillet 2015

Vendredi 17 Juillet 2015
«Il y a un moment pour tout et un temps pour toute activité sous le ciel : un temps  pour parler et un temps pour se taire»
L’Ecclésiaste
J’ai toujours aimé ce texte de l’Ancien testament qui commence par ces mots «Vanité des Vanités, vanité des vanités, tout est vanité »
C’est le chapitre 3 qui porte ces oppositions dont je tire le mot du jour d’aujourd’hui.
Parce qu’en effet il faut savoir accepter le temps de se taire.
Je vais prendre des congés dans quelques jours, mais je souhaite commencer le temps du silence dès aujourd’hui.
Ecrire un mot du jour quotidien constitue une discipline exigeante.
Elle m’est bénéfique car je suis le premier à m’enrichir des multiples butinages que je peux réaliser.
Ce butinage, je le ferai sans mot du jour, mais cet exercice quotidien m’aide et me soutient pour aller plus loin dans ma démarche.
C’est bien sûr une joie de pouvoir partager avec vous une sélection de pollen et de nectar recueillie lors de mes voyages intellectuels.
Mais il faut savoir se ressourcer et c’est le silence qui le permet.
Le mot du jour reviendra, si le silence a été suffisant, le 20 août, ce sera lors le 537ème mot du jour.
Voici le début du chapitre 3 de ce livre :
«Il y a un moment pour tout et un temps pour toute activité sous le ciel:
un temps pour naître et un temps pour mourir,
un temps pour planter et un temps pour arracher ce qui a été planté,
un temps pour tuer et un temps pour guérir,
un temps pour démolir et un temps pour construire,
un temps pour pleurer et un temps pour rire,
un temps pour se lamenter et un temps pour danser,
un temps pour lancer des pierres et un temps pour en ramasser,
un temps pour embrasser et un temps pour s’éloigner des embrassades,
un temps pour chercher et un temps pour perdre,
un temps pour garder et un temps pour jeter,
un temps pour déchirer et un temps pour coudre,
un temps pour se taire et un temps pour parler, »

Jeudi 16 Juillet 2015

Jeudi 16 Juillet 2015
«L’étain meurtrier»
Un des écocides
Bangka est une petite île d’1,2 million d’habitants au large de l’Indonésie.
Le tiers de la production mondiale d’étain provient de Bangka.
Sans ce minerai la fabrication d’un téléphone portable Apple ou Samsung, d’un microprocesseur Intel et de milliers d’autres produits électroniques ne serait pas possible.
Un article du Monde joint à ce message explique dans quelles conditions se passe l’extraction de ce minerai et quelles sont les filières d’approvisionnement.
L’article utilise le terme d’Ecocide, par analogie au génocide, ici c’est la nature qui fait l’objet d’une destruction de masse : (quelques extraits)
«A quelques centaines de mètres des côtes, dès qu’un gisement d’étain offshore est découvert, les mineurs rassemblent leurs pontons, souvent illégaux et aspirent le sable dans le vacarme des moteurs et la fumée des moteurs. Le sable est ensuite nettoyé et tamisé à bord des embarcations de fortune pour en extraire la cassitérite. […]
Des hommes protégés par des foulards ou des capuches agitent frénétiquement une poutrelle pour piquer le fond de la mer. Dans un nuage de fumée noire, une pompe motorisée recrache à bord le sable aspiré. Les premiers granulats noirs apparaissent sur les tamis et les regards des quatre membres de l’équipage se mettent à briller. Le sable contient de la cassitérite, qui sera ensuite, lors d’un long processus industriel, transformée en étain. Il en faudra entre 1 et 10 grammes pour souder les composants électroniques à l’intérieur d’un téléphone portable, et jusqu’à 30 grammes par ordinateur, soit des milliers de tonnes de terre arrachées, chaque année, à la petite île.
[…] Les géants du secteur s’approvisionnent ici, discrètement, souvent de façon indirecte, via une longue chaîne d’intermédiaires, faisant prospérer mafia minière et extractions illégales, avec de graves répercussions sociales et environnementales. Le chemin qui mène de la petite mine artisanale au géant de l’électronique est long, tortueux et réserve de nombreuses surprises.[…]
Ce mineur illégal risque la mort. Certains ne peuvent plus remonter à la surface lorsqu’un bras ou une jambe reste aspirée par le tuyau. D’autres meurent ensevelis dans des glissements de terrain sous-marins, provoquées par l’extraction minière qui creuse des cavités dans le sous-sol. […]
Dans le téléphone ou le microprocesseur, personne ne fera la différence entre l’étain légal ou illégal, et les géants de l’électronique pourront tranquillement promouvoir leur engagement dans le développement durable. […]
« L’eau des municipalités a été contaminée et, dans certains cas, les services fermés. Les pêcheurs locaux ne peuvent plus attraper de poissons dans les eaux affectées, et l’industrie du tourisme se plaint des plages et de l’eau sales », écrivent les auteurs du rapport. Les autorités forestières ont admis, en 2007, que 65 % des forêts, soit près de 430 000 hectares, étaient dans une situation « critique ». A l’ouest de l’île, la rivière Selan peut bien mourir, c’est désormais la cassitérite qui fait vivre les habitants.
L’extraction minière a aussi des conséquences sur la santé des habitants. Outre les conditions de travail des ouvriers exposés à la poussière, souvent sans protection, « la présence de bassins d’eau stagnante favorise l’émergence de maladies transmises par les moustiques comme le paludisme », reconnaît Fery Afryanto, membre du département local de la protection de l’environnement. Abdullah, qui partageait son temps entre la pêche et l’agriculture, a tout abandonné. Il vit dans une maison en ciment entourée d’arbres fruitiers. « Venez, lance-t-il en se faufilant sur un petit chemin qui mène à la rivière, regardez comme l’eau a perdu de sa clarté. Même les gros bateaux ne peuvent plus remonter la rivière. Pour pêcher, on était obligé d’aller toujours plus loin à cause de la sédimentation qui faisait fuir les poissons. Et à force d’aller toujours plus loin, on a préféré tout abandonner et travailler dans les mines. »[…]
Penang, une petite île située au large de la Malaisie, où se situe l’une des plus grandes fonderies d’étain au monde. Aller de Bangka à Penang, c’est changer de monde. C’est passer des bas-fonds de la mondialisation à sa vitrine. […] Penang abrite la fonderie du deuxième producteur mondial d’étain et tous les géants mondiaux de l’électronique. Dans la zone industrielle, le campus d’Intel est l’un des plus imposants. Des centaines d’ingénieurs y travaillent. « Bientôt 8 milliards d’objets connectés dans le monde, rendez-vous compte de ce que cela représente pour Intel ? », lance Chris Kelly, responsable du Centre de développement d’Intel en Malaisie. Ici, on préfère parler de la matière grise qui invente les nouveaux microprocesseurs, plutôt que de l’étain à partir desquels ils sont fabriqués. La chaîne de production ultrasécurisée ne peut être visitée. « L’origine de nos matières premières ? s’étonne M. Kelly, en répondant à côté de la question. Nos minerais extraits en Afrique ne financent pas les groupes armés. » Comment Intel s’assure-t-il que l’étain provient de concessions légales ? Quels sont ses critères de sélection pour choisir les fonderies ? a demandé Le Monde. La réponse viendra quelques semaines plus tard, sous forme d’un communiqué du groupe : « Tout notre travail s’est concentré jusqu’à présent sur les minerais achetés en République démocratique du Congo. » Intel prétend n’avoir jamais visité aucune mine de Bangka, où le groupe s’approvisionne. En décembre 2012, la responsable de la chaîne d’approvisionnement d’Intel, Carolyn Duran, s’est pourtant rendue à l’Hôtel Novotel de Bangka pour tenir une conférence sur l’« achat responsable de minerais ». Mais elle n’aurait vu ni les adolescents travaillant pieds nus chez son fournisseur, à 1 km de son hôtel, ni les cratères défigurant l’île. Carolyn Duran a refusé de répondre aux questions du Monde.
Comme Intel, de nombreuses autres entreprises électroniques préfèrent ignorer le coût environnemental de l’extraction des minerais qu’elles consomment.»
En conclusion, le rappel du mot du jour du mardi 14 mai 2013 : « Sommes-nous capables de regarder en face (la vie de) ceux qui nous permettent de consommer comme nous le faisons ? » Michel Wieviorka & Anthony Mahé

Mercredi 15 Juillet 2015

Mercredi 15 Juillet 2015
« le mot « environnement » est un mot qui, philosophiquement, […] dit le contraire de ce qu’il veut dire.
Il implique que l’homme est au centre et que le reste est dans l’environ. »
Michel Serres.
On en parle beaucoup, la  France va accueillir et présider la COP 21 du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris.
La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, dite « CCNUCC » (« UNFCCC » en anglais), a été adoptée au cours du sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992. Elle est entrée en vigueur le 21 mars 1994 et a été ratifiée par 196 « parties » prenantes à la Convention.
La Conférence des Parties (COP), composée de tous les États « parties », constitue l’organe suprême de la Convention. Cette conférence est la 21ème depuis sa création d’où le nom COP21.
Il existe bien sûr un site dédié à cette manifestation et qui est très pédagogique : <Site COP 21>.
C’est l’occasion pour revenir sur une réflexion de Michel Serres qu’il avait développé dans son livre le <Le Contrat naturel>
Le contrat naturel est pour la nature l’équivalent du contrat social de Rousseau qui s’intéressait aux relations sociales et politiques des humains et pose le principe de la souveraineté du peuple.
Le mot que Serres interroge dans sa réflexion est celui d’«environnement». En effet si pour parler de la nature nous utilisons le terme d’environnement, nous posons l’homme comme extérieur à la nature. Alors que l’homme est bien sûr composant de la nature.
Soucieux de discuter les concepts liés aux débats actuels,  Michel Serres souligne que « le mot « environnement » est un mot qui, philosophiquement, peut être aussi juridiquement, dit le contraire de ce qu’il veut dire. Il implique que l’homme est au centre et que le reste est dans l’environ. Donc l’homme est déjà maître et possesseur ; par conséquent il n’y a plus de contrat possible.
Michel Serres dit :  L’« environnement » est un très mauvais concept. Il est anthropocentriste. Tout mon effort dans Le Contrat naturel consistait à dire qu’il ne faut pas mettre l’homme au centre. »
Je tire les réflexions suivantes d’un article de la revue Pouvoir :
Peu convaincu par les mesures fiscales du type « pollueur payeur », Michel Serres affirme que « l’économie et la politique ne suffisent pas. Le droit suppose une norme et une sanction. En l’espèce, la sanction ne viendra pas de l’homme mais du monde. Ainsi le rythme de pollution des industries chinoises conduira à la punition de la population. Face à la situation actuelle, il y a un retour au réel. »
« On est en train de revenir au monde. Jusqu’à présent, la politique et la philosophie ignoraient le monde. Cela change, on le découvre. Le philosophe engagé ne se contente plus de penser les rapports humains. J’ai une seconde utopie. L’opinion publique devient mondiale. Le connectif remplacera le collectif » précise Michel Serres.
« Cette opinion mondiale qui est en train de se former va devenir aussi puissante que le monde. Il y a une démocratie en formation. Une vague qui va dans le bon sens. Souvent la population d’un pays est plus sage que ses gouvernants. Il est possible que, pour l’environnement, il se passe quelque chose de ce genre. Voilà une seconde sanction comprise dans cette seconde utopie. Après la sanction par le monde, la sanction par l’opinion publique. Maintenant au juriste de prendre le relais des utopies du philosophe », ajoute Michel Serres.
Voici d’autres articles sur cette réflexion de Michel Serres :

Vendredi 10 Juillet 2015

Vendredi 10 Juillet 2015
«Nous sommes pour la religion contre les religions.»
Victor Hugo
La religion !
Mais qu’as-tu donc contre les religions ? me demandait mon ami Bertrand avec qui j’ai vécu de profondes et étonnantes expériences spirituelles autour de mes 20 ans.
Car oui, je le dis, je ne suis pas athée. Je suis plutôt un croyant qui doute ou encore un incrédule incertain.
Je n’ai rien contre la religion, ni contre le croyant sincère qui vit humblement sa foi que je respecte et que je peux comprendre.
Mais j’exprime la plus grande méfiance contre les religions et surtout les institutions et toutes les structures qui les représentent.
Pour introduire cette réflexion, je reprends un texte de Victor Hugo extrait de son chef d’œuvre : « Les Misérables. »
Brusquement, l’immense écrivain interrompt sa narration, abandonne Cosette, Jean Valjean et les autres protagonistes de son roman et introduit une réflexion sur Dieu, la Religion et la prière.
Mais de quoi parle-t-on quand on parle de religion ?

On parle de rites, autour desquels les croyants se réunissent et manifestent publiquement leur Foi. Ces rites qui facilitent beaucoup la vie quotidienne et permettent souvent d’éviter de se poser trop de questions. Prenons par exemple le moment ultime, lorsque la vie s’arrête. Les humains finalisent alors ce moment de la séparation à travers une cérémonie de l’Adieu. Qu’il est simple, commode, rassurant de remettre les clés de cette célébration à un prêtre, un imam, un rabbin ou un moine. Ils savent faire, organiser, donner la solennité, les paroles et les gestes qui rendent ce moment apaisant et digne.

Quand, ce qui est mon cas, on ne souhaite pas prendre cette facilité et pourtant organiser une cérémonie de l’Adieu digne, respectable  et apaisante, cela devient éminemment compliqué.

On parle aussi de la petite voix consolante quand les hommes sont dans la souffrance qu’évoquait Jaurès et dont j’ai parlé lors du mot du jour consacré à la cérémonie de Charleston «Amazing grace» du 29 juin.

On parle encore de spiritualité et de transcendance. Car bien sûr, la poursuite des biens matériels, de la richesse, du pouvoir, de l’occupation du temps par le travail, les jeux, les loisirs ne suffisent pas pour construire son humanité et se préparer sereinement à notre finitude.

Cette recherche spirituelle peut se réaliser par d’autres voies que la religion, mais cette dernière la facilite, la rend plus immédiatement accessible. Jean-Claude Carrière, dans une émission sur laquelle je reviendrais, met en garde cependant sur la captation du concept de spiritualité par les religions. Car spiritualité signifie «esprit», «pensée» alors que les religions, le plus souvent, conduisent à éviter de penser pour remplacer la recherche spirituelle par le «dogme».
C’est pourquoi les propos de l’ancien président qui aspire à le redevenir : «L’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal.» constituent un acte militant de prosélytisme chrétien et en aucune façon une analyse rationnelle. <En décembre 2007, dans son discours dit de Latran>
Dans le texte joint ci-dessous Victor Hugo a encore cette réflexion : «Pour nous, toute la question est dans la quantité de pensée qui se mêle à la prière.»

Et j’aborde l’autre aspect des religions, celle dont je me méfie ou même que je combats tant je trouve la réflexion dominante molle, lâche et incapable de voir la vérité en face.

Car les religions s’incarnent dans des institutions, des organisations.
Ces institutions religieuses, leurs histoires documentées, les affirmations contenues dans ce qu’ils prétendent être leurs textes sacrés peuvent et doivent être confrontées à l’analyse rationnelle. Analyse qui sur beaucoup de points les mettent en grandes difficultés, pour rester modéré.
Vous savez que les institutions religieuses allemandes et françaises, il y a 100 ans pendant la guerre 14-18, « bénissaient » les troupes et les armes de leur nation qui « allaient tuer l’ennemi », des prières étaient formulées pour la victoire de l’armée nationale, sur le ceinturon des soldats allemands était inscrit cette phrase « Gott mit uns », c’est à dire « Dieu avec nous ».
Car ces institutions sont des associations, au même titre que des partis politiques, ou pour reprendre un exemple emblématique récent la FIFA ou le CIO. Ils sont à traiter de la même manière, à être interrogé selon les mêmes critères et la même rationalité.
C’est une vaste blague de prétendre que le Pape, l’Ayatollah Khomeini ou tel  autre responsable d’une institution religieuse sont des hommes de Dieu. Ce sont des hommes de pouvoir !
Car exactement de la même manière que dans n’importe quelle association, l’essentiel de la vie de ces structures est une lutte d’ego pour arriver à se faufiler à la première place, à la place du pouvoir ou le plus près possible et d’y rester.
Les vrais hommes de Dieu, ceux qui consacrent leur vie et leur énergie à la recherche spirituelle ne disposent pas du temps disponible pour arriver à la tête des institutions. Je pense même que c’est contraire à leurs valeurs.
Je ne sais pas si vous connaissez l’histoire du Pape Celestin V, probablement l’unique cas où l’Église Catholique a tenté de mettre à sa tête un « homme de Dieu ». Le 5 juillet 1294, Pietro del Morrone, un bénédictin de 80 ans à la tête d’une congrégation d’ermites, est élu pape contre son gré mais à l’unanimité, par un conclave réuni à Pérouse. Cinq mois plus tard, del Morrone, qui a pris le nom de Célestin V, jette l’éponge, épuisé par les pressions des grandes familles italiennes et des souverains voisins. Devant les cardinaux, le vieillard pourfendeur de l’«Eglise politique», dépose sa tiare à terre et retourne dans les montagnes. <Ici un article de Libération>  et si vous voulez vraiment en savoir plus <Ici>
Le problème de ces hommes de pouvoir ou d’influence ce n’est pas la Foi et la recherche spirituelle, mais bien de diriger une organisation, souvent une population, d’arriver à faire taire les contestataires et à conserver le pouvoir. Voilà leur défi.
C’est pourquoi il s’agit de considérer avec le même respect, mais aussi la même méfiance et interrogation le président de la FIFA, le Pape, ou tel président d’une confédération d’église protestante ou musulmane ou juive ou toute autre obédience religieuse.
L’actualité à travers les scandales financiers, pédophiles ou encore les propos homophobes ou autres dérives inexcusables de ces responsables montre à l’évidence cette réalité. (Simplement pour donner un exemple récent : lorsque pendant les débats sur le mariage pour tous, l’archevêque de Lyon a eu cette expression  «Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera». Ce responsable catholique n’a pas noté que les pédophiles se recrutaient probablement davantage dans les membres actifs de son administration cléricale que parmi les homosexuels.)
Voilà qui est dit ! Une association comme une autre et des hommes de pouvoir ! Nous pouvons écouter leur représentant peut être avec intérêt, mais toujours avec méfiance et sans faiblesse.
Et puis il y a les cas dans le passé ou dans le présent où ces organisations religieuses ont le pouvoir sur la société civile, soit parce qu’ils détiennent le pouvoir politique et temporel, soit parce que le pouvoir temporel est inféodé et dépend de l’institution religieuse.
Dans ces cas-là, il ne fait pas bon vivre dans ces sociétés.
Car si le croyant qui vit selon les préceptes de sa Foi est respectable, il en va tout autrement lorsque le croyant oblige les autres : d’abord ses enfants, sa famille puis ses voisins et toute la société sur laquelle il étend son pouvoir. Nous sommes dans une autre dimension qui est celle du pouvoir totalitaire, intrusif, répressif,  et violent.
Je prétends que toutes les religions quand elles arrivent à ce niveau : « le pouvoir dans la société », sont entraînées dans la même dérive oppressive.
C’est pour cela que je n’aime pas les religions et pas trop leurs représentants, alors que je respecte les croyants qui acceptent la Loi civile.
C’est une grande nuance.
Dans l’occident chrétien, les religions chrétiennes ont été « matées », après des luttes engagées par les philosophes, par des scientifiques dont certains ont perdu la vie pour parvenir à obliger la religion à reprendre sa vraie mission qui n’est pas de contraindre, mais de soigner les âmes qui librement ont choisi d’y adhérer.
Force est de constater que pour une partie des institutions et des pays musulmans, ce processus reste à faire à l’heure d’aujourd’hui, car la contrainte est omniprésente, et souvent la violence des institutions, à l’égard de ceux qui remettent en cause le dogme, extrême.
Je déplore et je dénonce ces hommes de gauche aveugles qui prétendent expliquer les dérives sectaires, inhérentes aux institutions religieuses qui veulent organiser la société, par le combat social d’une minorité opprimée.
Comme Victor Hugo j’accepte la religion qui signifie « être relié » mais je suis contre les religions et le laxisme souvent coupable dont ils font l’objet de la part de ceux qui devraient défendre la Loi et les Principes de la République.
Si une règle est inacceptable pour nos valeurs, elle l’est même pour ceux qui prétendent qu’un dogme de leur association religieuse (N’oublions jamais que les religions sont toutes des sectes qui ont réussi) la promeut.
Voici l’extrait de Victor Hugo promis :
Les Misérables, Victor Hugo, éd. J. Hetzel et A. Quantin, 1882, partie II, chap. 8, p. 392 (texte intégral sur Wikisource)
«Encore quelques mots.
Nous blâmons l’Église quand elle est saturée d’intrigues, nous méprisons le spirituel âpre au temporel ; mais nous honorons partout l’homme pensif.
Nous saluons qui s’agenouille.
Une foi ; c’est là pour l’homme le nécessaire. Malheur à qui ne croit rien !
On n’est pas inoccupé parce qu’on est absorbé. Il y a le labeur visible et le labeur invisible.
Contempler, c’est labourer ; penser, c’est agir. Les bras croisés travaillent, les mains jointes font. Le regard au ciel est une œuvre.
Thalès resta quatre ans immobiles. Il fonda la philosophie.
Pour nous les cénobites ne sont pas des oisifs, et les solitaires ne sont pas des fainéants.
Songer à l’Ombre est une chose sérieuse.
Sans rien infirmer de ce que nous venons de dire, nous croyons qu’un perpétuel souvenir du tombeau convient aux vivants. Sur ce point le prêtre et le philosophe sont d’accord. Il faut mourir. L’abbé de La Trappe donne la réplique à Horace.
Mêler à sa vie une certaine présence du sépulcre, c’est la loi du sage ; et c’est la loi de l’ascète. Sous ce rapport l’ascète et le sage convergent.
Il y a la croissance matérielle ; nous la voulons. Il y a aussi la grandeur morale ; nous y tenons.
Les esprits irréfléchis et rapides disent :
À quoi bon ces figures immobiles du côté du mystère ? À quoi servent-elles ? Qu’est-ce qu’elles font ?
Hélas ! En présence de l’obscurité qui nous environne et qui nous attend, ne sachant pas ce que la dispersion immense fera de nous, nous répondons : Il n’y a pas d’œuvre plus sublime peut-être que celle que font ces âmes. Et nous ajoutons : Il n’y a peut-être pas de travail plus utile.
Il faut bien ceux qui prient toujours pour ceux qui ne prient jamais.
Pour nous, toute la question est dans la quantité de pensée qui se mêle à la prière.
Leibniz priant, cela est grand ; Voltaire adorant, cela est beau. Deo erexit Voltaire.
Nous sommes pour la religion contre les religions.
Nous sommes de ceux qui croient à la misère des oraisons et à la sublimité de la prière.
Du reste, dans cette minute que nous traversons, minute qui heureusement ne laissera pas au dix-neuvième siècle sa figure, à cette heure où tant d’hommes ont le front bas et l’âme peu haute, parmi tant de vivants ayant pour morale de jouir, et occupés des choses courtes et difformes de la matière, quiconque s’exile nous semble vénérable. Le monastère est un renoncement. Le sacrifice qui porte à faux est encore le sacrifice. Prendre pour devoir une erreur sévère, cela a sa grandeur.
Pris en soi, et idéalement, et pour tourner autour de la vérité jusqu’à épuisement impartial de tous les aspects, le monastère, le couvent de femmes surtout, car dans notre société c’est la femme qui souffre le plus, et dans cet exil du cloître il y a de la protestation, le couvent de femmes a incontestablement une certaine majesté.
Cette existence claustrale si austère et si morne, dont nous venons d’indiquer quelques linéaments, ce n’est pas la vie, car ce n’est pas la liberté ; ce n’est pas la tombe, car ce n’est pas la plénitude ; c’est le lieu étrange d’où l’on aperçoit, comme de la crête d’une haute montagne, d’un côté l’abîme où nous sommes, de l’autre l’abîme où nous serons ; c’est une frontière étroite et brumeuse séparant deux mondes, éclairée et obscurcie par les deux à la fois, où le rayon affaibli de la vie se mêle au rayon vague de la mort ; c’est la pénombre du tombeau.
Quant à nous, qui ne croyons pas ce que ces femmes croient, mais qui vivons comme elles par la foi, nous n’avons jamais pu considérer sans une espèce de terreur religieuse et tendre, sans une sorte de pitié pleine d’envie, ces créatures dévouées, tremblantes et confiantes, ces âmes humbles et augustes qui osent vivre au bord même du mystère, attendant, entre le monde qui est fermé et le ciel qui n’est pas ouvert, tournées vers la clarté qu’on ne voit pas, ayant seulement le bonheur de penser qu’elles savent où elle est, aspirant au gouffre et à l’inconnu, l’œil fixé sur l’obscurité immobile, agenouillées, éperdues, stupéfaites, frissonnantes, à demi soulevées à de certaines heures par les souffles profonds de l’éternité.»
Il n’y a rien à ajouter aux paroles de Victor Hugo

Jeudi 9 Juillet 2015

Jeudi 9 Juillet 2015
«Le Schindler britannique»
Nicolas Winton
Nicholas Winton est mort à 106 ans le 1er Juillet 2015. Il fait partie de ces hommes qui par leur action ont su sauver les valeurs de l’humanisme dans les temps où l’Europe avait perdu son âme.
Et en plus c’était un homme d’une grande modestie.
Jeune employé de la Bourse de Londres, il avait répondu à la sollicitation d’un ami travaillant à l’ambassade britannique de Prague. Il avait alors ouvert un « bureau » dans un hôtel de Prague, recevant des parents juifs pressés de mettre leurs enfants en lieu sûr. Une tâche ardue : pour obtenir un visa pour la Grande-Bretagne, il fallait trouver pour chaque enfant une famille d’adoption et verser une caution. Winton devait également rassembler les fonds pour le transport par train.
Le Britannique a ainsi contribué à évacuer huit trains vers son pays natal. Un neuvième convoi, prévu le 3 septembre 1939 pour 250 enfants, fut bloqué par l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne et tous ces enfants ont disparu. L’acte de bravoure de Nicholas Winton rappelle celui de l’industriel allemand Oskar Schindler, qui a sauvé 1200 juifs durant la guerre.
Cet acte héroïque, Nicholas Winton l’a longtemps gardé pour lui. Sa propre femme, Greta, n’en savait rien avant de tomber par hasard sur un livre rassemblant des photos et des informations sur les survivants. Le grand public, de son côté, ne l’a découvert qu’en 1988 lorsqu’une émission de la BBC a eu l’idée de l’inviter et de truffer le public de personnes secourues par lui.
Et lorsque la présentatrice demande aux personnes qui sont dans la salle et qui doivent leur vie à Nicolas Winton de se lever, nous vivons un grand moment d’émotion.
Il a sauvé 669 enfants tchèques et slovaques, juifs pour la plupart.
Cet acte me fait penser à ce vers du poète allemand souvent cité par Edgar Morin : Friedrich Hölderlin : «Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve.» (Mot du jour du Mardi 27 août 2013)
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