Mercredi 12 novembre 2014

Mercredi 12 novembre 2014
« Pari de civilisation
Abdelwahab Meddeb
Ouvrage paru en 2009 Au Seuil
Non je ne parlerai pas d’un secrétaire de la présidence de la république qui ne sait pas se taire et rester dans l’ombre que veut cette fonction.
Je parlerai encore moins d’une jeune fille prise dans une tourmente personnelle et médiatique qui a été projetée au-devant de la scène pour des motifs incompréhensibles pour un homme simple et raisonnable.
Mais je parlerai d’Abdelwahab Meddeb qui vient de mourir le  mercredi 5 novembre. Le cancer du poumon l’a emporté en quelques mois.
Abdelwahab Meddeb, animait sur France Culture, tous les vendredis, l’émission « Cultures d’Islam ». Entre tradition et modernité, il y décortiquait et interrogeait les enjeux de civilisation de notre temps, en mettant en regard l’Orient et l’Occident, l’Islam et l’Europe. Ci-après le site de cette émission « http://www.franceculture.fr/emission-cultures-d-islam-0
Il avait écrit avec le grand historien Benjamin Stora, un de ses derniers ouvrages :  Histoire des relations entre Juifs et Musulmans (Albin Michel, 2013) <Ici un entretien où il parle de ce livre>
Natacha Polony lui a consacré un magnifique article dans le Figaro publié le 7 novembre :
«Il est des voix qui, lorsqu’elles s’éteignent, emportent bien plus que la chaleur d’un être, son histoire et ses liens innombrables. Il est des voix qui emportent avec elles la lumière qu’elles avaient fait naître, celle de l’espérance. Abdelwahab Meddeb n’est pas seulement la voix qui, sur les ondes de France Culture, dans son  émission «Cultures d’Islam», faisait entendre depuis des années avec la méticulosité précieuse de l’érudit et la fougue émue du passionné la richesse de la civilisation arabo-musulmane. Il était celui qui, à travers ses textes, ses tribunes, ses interventions, ébranlait inlassablement les certitudes de ceux qui veulent confondre, pour le revendiquer ou le dénoncer, l’islam et l’islamisme.
C’est après le 11 septembre 2001 qu’il ouvrit le cycle de ses réflexions sur la «maladie de l’islam», sur cette perversion du religieux qui conduit à la violence et à la barbarie. Avec toute l’exigence de celui qui s’attache à la langue et à ses mots, il explora ce qui, dans la lettre et la tradition du Coran, pouvaient prédisposer à la lecture intégriste. Il dénonça les «semi-lettrés» qui s’autorisaient à toucher à la lettre pour mieux refuser à l’islam sa polyphonie.
Mais il s’interrogea aussi sur les éléments externes qui favorisaient le développement de la maladie. Lui, le Franco-Tunisien que portait sa «double généalogie», il voyait dans le glissement de l’occidentalisation à l’américanisation du monde un des facteurs du déferlement de la violence. »
Elle a donné pour titre à son article «  le poète qui faisait taire les fanatiques »
France Culture lui a consacré une émission hommage très intéressante à écouter : http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-2eme-partie-hommage-a-abdelwahab-meddeb-2014-11-06 dans cette émission, Benjamin Stora a expliqué « Abdelwahab Meddeb était un grand intellectuel, un grand érudit mais surtout un homme très courageux. Courageux par ses prises de position politique, contre l’extrémisme religieux par exemple. Mais il avait aussi un grand courage physique, il a affronté la mort jusqu’à hier soir. C’est un homme qui jusqu’au bout a regardé la vie et la mort en face. »
Le mot du jour est le titre d’un de ses ouvrages dans lequel il montre que  « Toute religion qui ne s’adapte pas aux évolutions de l’histoire est condamnée à la violence ». Je pense modestement que ce titre le définit de la manière la plus juste.
C’était aussi, un grand défenseur du soufisme. Il expliquait notamment :
« Par sa portée esthétique et éthique, le soufisme peut aider le citoyen à trouver des réponses de vie aux problèmes que nous rencontrons aujourd’hui. Il peut par cette voie vivre en poète, ayant le souci de soi, présent à la beauté qui se fait rare dans un monde dévasté. […] Le soufisme est ouvert sur l’autre. Il admet la diversité humaine. Sa conception du religieux est subjective, elle est donc l’alliée de la liberté. Le soufi pense que tous les chemins mènent à Dieu. Il est l’ennemi de la pensée unique et ne croit pas que lui seul accède à la vérité. C’est l’antidote contre le fanatisme et l’exclusivisme. »  <ici>
Restons vigilant pour écouter ceux qui parlent pour nous enrichir l’esprit et fermons notre écoute à celles et ceux qui n’en valent pas la peine.

Vendredi 7 novembre 2014

Vendredi 7 novembre 2014
«Le mur modifie la représentation de l’autre»
Frédéric Niel,
Il y a 25 ans, dans la nuit du 8 au 9 novembre 1989, le mur de Berlin s’ouvrait.
Mais le schéma que vous trouverez à la fin de ce message vous apprendra que depuis ce jour, les murs se sont multipliés dans le monde, ils ont tout simplement été multipliés par trois.
Vous trouverez joint au message une interview de Frédéric Niel, journaliste et auteur de « Contre les murs » (éd. Bayard),
C’est dans cet entretien qu’il explique que « Le mur modifie la représentation de l’autre » :
La dimension symbolique du mur est presque aussi violente que le fait d’empêcher la circulation des hommes. Elle modifie la représentation de l’autre. Même ceux qui ne se méfiaient pas forcément des migrants vont estimer que, si un mur est construit, c’est qu’un danger existe. D’autant plus que les discours qui entourent généralement la construction d’une telle séparation en rajoutent dans ce sens. Aux Etats-Unis, certains hommes politiques prétendent par exemple que le mur ne protège pas seulement des migrants mais aussi des trafiquants de drogues, d’armes ou contre les terroristes (pour lesquels, d’ailleurs, un mur est un obstacle dérisoire). On en vient à tout mélanger et à faire des amalgames. Des citoyens mal informés peuvent ainsi percevoir l’étranger comme une menace non seulement pour leur travail, mais aussi pour leur sécurité, leur bien-être, etc. Tout cela a pour conséquence de limiter encore un peu plus la circulation des gens et donc de réduire la connaissance de l’étranger. Il est alors beaucoup plus facile de faire naître des fantasmes sur le monde au-delà du mur. Tout cela a pour conséquence de limiter encore un peu plus la circulation des gens et donc de réduire la connaissance de l’étranger. Il est alors beaucoup plus facile de faire naître des fantasmes sur le monde au-delà du mur.
Mais personne n’a dit cela de manière plus forte et poétique que Raymond Devos, mais je l’avais déjà pris comme mot du jour du 2 mai 2013 :
« Je hais les haies
Je hais les haies
qui sont des murs.
Je hais les haies et les mûriers
qui font la haie
le long des murs.
Je hais les haies
qui sont de houx.
Je hais les haies
qu’elles soient de mûres
qu’elles soient de houx !   
Je hais les murs
qu’ils soient en dur
qu’ils soient en mou !
Je hais les haies
qui nous emmurent.
Je hais les murs
qui sont en nous ! »

Jeudi 6 novembre 2014

« Le verrou de Bercy »
Singularité française.

En France, nul ne peut être poursuivi devant un tribunal pénal sans l’autorisation de La Commission des Infractions Fiscales (C.I.F.) qui est une instance du Ministère des Finances à Bercy. C’est ce mécanisme qui est appelé «le verrou de Bercy».

Il s’agit d’une confusion entre l’exécutif et le judiciaire, puisque l’on met, pour ce type d’infraction, le procureur et le juge sous la tutelle préalable d’une émanation du pouvoir exécutif.

En Principe quand une infraction est commise, il faut prévenir un procureur et c’est à ce dernier, magistrat donc fonctionnaire de l’ordre judiciaire, qu’il appartient de décider de poursuivre ou non.

C’est un des principes de base que l’on apprend quand on fait des études de Droit et dont le fondement se trouve dans la déclaration des droits de l’Homme et des citoyens de 1789 dans son article 16.

Article 16. « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution.»

Poursuivre, juger c’est le pouvoir judiciaire, si le pouvoir exécutif s’en mêle, il n’y a pas séparation des pouvoirs.

Les différents spécialistes de la corruption, qui s’expriment beaucoup ces derniers temps : Antoine Peillon, Edwy Plenel plaident pour qu’on fasse sauter le « verrou de Bercy ».

Lors de l’affaire Cahuzac cette question s’était déjà posée de manière très prégnante :

<Faire sauter le verrou de Bercy>

Pour l’instant les gouvernements de droite comme de gauche ont toujours refusé de remettre en cause ce mécanisme.

<387>

Mercredi 5 novembre 2014

Mercredi 5 novembre 2014
« Chaque objet possède sa manière subtile d’imposer sa loi »
Charles Haquet et Bernard Lalanne
« Procès du grille-pain et autres objets qui nous tapent sur les nerfs »
Le premier salon consacré aux objets connectés en France a eu lieu à Paris du 29 octobre au 2 novembre 2014, Porte de Versailles
Il y a ainsi le bonnet connecté et surtout la montre connectée qui accessoirement donne l’heure.
Vous avez désormais des sites exclusivement dédiés aux objets connectés : http://www.les-objets-connectes.fr/ et http://webdesobjets.fr/
Mais le mot du jour qui a un lien  avec ce thème,  est issu d’un livre qui vient de paraître et que j’ai découvert grâce à Clara Dupont-Monod qui en parlant du salon des objets connectés dans l’émission <de France Inter : Si tu écoutes j’annule tout du 31 octobre>  a évoqué « Procès du grille-pain et autres objets qui nous tapent sur les nerfs » de Charles Haquet et Bernard Lalanne.
Ces auteurs posent la question  :  tous ces objets connectés sont-ils vraiment une bonne nouvelle ?
Ils trouvent que beaucoup d’objets pour lesquels on nous promettait qu’ils nous faciliteraient la vie, aujourd’hui nous tourmente.
Des exemples ?

Le rideau de douche qui se colle à vous comme un gros phoque en mal d’affection, en le repoussant du pied il se colle à vous comme un aimant.
Le grille-pain dont les agissements échapperont  toujours à la justice des hommes : gratuitement il fera jaillir les toasts pour les faire voler à travers la pièce, voire à travers la fenêtre ou les laissera coincés en attendant que vous vous bruliez pour les retirer.
Chaque objet possède sa manière subtile d’imposer sa loi disent-ils !
Changer sa housse de couette devient une aventure terrifiante.
Et qui est celui qui ne s’est jamais battu contre un caddie de supermarché qui refusait obstinément d’aller tout droit et avec lequel il fallait user de tout son poids pour espérer l’amener à peu près à l’endroit où on le voulait.
Prenons la chaussette. Rien ne semble plus sournois que cet accessoire moelleux, qui prend son pied à disparaître comme volatilisé dans le tambour de la machine à laver. Quoi de plus désolant, et de plus rageant, qu’une chaussette isolée, sans sa sœur jumelle « dont elle partageait le quotidien » ?
Ils consacrent un chapitre à « la notice Ikea » ! Est-il nécessaire de développer ? Ils s’en prennent au « cri de putois » du téléphone portable, qui se déclenche de préférence en public, pour notre plus grande gêne. On voit mal par ses mauvaises manières en quoi il est « smart ». Lalanne et Haquet règlent aussi son compte au maudit parapluie, « agressif et rancunier », qu’ils enverraient volontiers au « cimetière des baleines ». Les injonctions arbitraires et sans appel du GPS leur mettent les nerfs en pelote. Le ticket de métro démagnétisé aux heures de pointe les rend fous…
« Par leur description de cette forme d’enfer sur terre et leur dénonciation de l’absence de résistance, ces Dupond et Dupont des arts ménagers nous vengent de trop d’humiliations, encaissées en secret » écrit un journaliste de « la Croix » qui lui consacre un article « http://www.la-croix.com/Culture/Actualite/Les-mauvaises-manieres-des-objets-par-Jean-Claude-Raspiengeas-2014-10-31-1257571
Je suis certain que l’un ou l’autre de ces exemples correspond à une expérience vécue chez vous…

Mardi 4 novembre 2014

Mardi 4 novembre 2014
« J’espère que vous trouverez plus de bonheur dans l’altruisme que dans l’individualisme »
Jacques Attali
Conclusion de sa conférence à l’Ecole Polytechnique du 18/02/2014
Peut-on penser le monde en 2030 ?
Le lien que je vous donne en fin de message montre à la fois l’extraordinaire apport d’Internet, mais aussi le côté noir de la toile.
D’abord le positif, début 2014 l’Ecole Polytechnique invite pour éclairer la future élite française, Jacques Attali pour qu’il leur parle de sa vision à 20 ans du monde et des défis qu’il aura à affronter.
Vous et moi pouvons entrer dans la salle de conférence de l’X et écouter aussi cette conférence.
Le côté obscur : des commentaires des internautes d’une médiocrité et d’une haine sans pareil.
Attali est critiquable et a toute vocation à être critiqué, mais sur des arguments sur des contre-propositions non des attaques personnelles et de la simple méchanceté.
Pour ma part j’ai trouvé cette conférence tout à fait remarquable. Il s’agit d’un esprit hyper brillant qui s’exprime sans note et qui décrit le monde en quelques mots justes, précis, qui analyse et concentre l’évolution de la société mondiale avec une acuité extraordinaire. Quand il cherche à donner sa vision pour 2030, c’est bien entendu plus problématique (la prévision est très compliquée surtout quand il s’agit de l’avenir) mais ce qu’il raconte est vraisemblable et argumentée.
En tout cas on aimerait que nos hommes politiques nous présentent des visions de cette hauteur et de cette qualité.
En résumé que dit-il ?
Au bout d’une bataille indécise, une valeur dominante s’est imposée en Occident la recherche de la liberté individuelle (la valeur dominante aurait pu être différente : la recherche religieuse de l’éternité, l’égalité comme beaucoup de théories utopistes l’avaient développée)
C’est aujourd’hui une banalité, mais cette victoire n’était pas évidente. La liberté individuelle s’est imposée comme l’utopie majeure : je veux être libre de faire ce que j’ai envie.
C’est de cette valeur que découle la plus grande partie de ce qui nous arrive aujourd’hui de façon positive comme de façon négative.
L’humanité s’est ainsi développée dans cette recherche de la liberté individuelle dans un contexte de rareté. Pour les biens, le mécanisme qui s’est imposé c’est le marché et du point de vue politique c’est la démocratie. Ce sont des mécanismes sommaires, mais c’est le meilleur bricolage pour tenter de réaliser la quête de la valeur préconisée.
Le marché est par nature mondiale et la démocratie par nature est locale, nationale. Il y a donc là une confrontation.
Mais ce qu’il y a de plus prégnant c’est que la liberté individuelle repose sur la faculté de changer d’avis, elle entraîne la précarité des liens et des relations.
Je peux décider que je ne suis plus d’accord avec celui que j’emploie, je le licencie. Je ne suis plus d’accord avec celui qui m’emploie je m’en vais. Je ne suis plus d’accord avec l’homme politique que j’ai élu, j’en change. Je change de produit, de fournisseur, de lieu d’habitation, de partenaire sentimental et même de sexe.
Je veux être libre tout le temps et en permanence.
Quelque part l’apologie de la liberté individuelle, c’est l’apologie de la déloyauté
Tout, tout de suite, pour mon seul intérêt.
Une société qui repose essentiellement sur cette seule valeur, cette seule pulsion va au-devant de grandes difficultés. Pour Attali, elle est clairement condamnée.
Je résume cette conférence très riche, en quelques mots.
Il donne une solution qui est celle de l’altruisme qu’il développe sous cette idée simple qui moi me parle : j’ai intérêt que l’autre, que mon voisin aille bien : parce qu’alors il peut être mon ami, mon client, mon partenaire et tout simplement parce que je peux trouver du plaisir à ce que mon voisin soit heureux. C’est un altruisme rationnel.
D’où le mot du jour qui est la conclusion de cette conférence : « J’espère que vous trouverez plus de bonheur dans l’altruisme que dans l’individualisme. »
Ces quelques mots simplement pour vous inciter à écouter une petite heure de conférence ​: https://www.youtube.com/watch?v=baWfd-vRIqM

Lundi 3 novembre 2014

Lundi 3 novembre 2014
« Elle est à toi, cette chanson,
Toi, l’Auvergnat qui, sans façon,
M’as donné quatre bouts de bois
Quand, dans ma vie, il faisait froid »
Georges Brassens
Ce mot du jour est dédié à Betty qui  vendredi 05/10/2012 à la fin d’une journée de formation qu’elle animait et dans laquelle j’étais stagiaire a émis cette idée farfelue que je propose quotidiennement un mot du jour.
Betty vient de quitter quelques temps Lyon pour poser ses bagages  en Auvergne, la Région qui devrait épouser bientôt Rhône-Alpes.
Tout début est toujours compliqué, même si affronter de nouveaux défis est enthousiasmant. 
Brassens a créé cette chanson qui célèbre à la fois l’auvergnat mais surtout l’empathie sans préjugé pour celui qui a faim, qui a froid ou qui traverse des épreuves.
Car dans ce monde de la compétitivité, de la pression quotidienne nous ne pourrons résister et surtout nous épanouir que si nous savons pouvoir compter sur d’autres, sur la solidarité, sur la bienveillance.
Bien entendu, chacun doit assumer sa part de responsabilité, sa part d’efforts et de persévérance pour rester debout. Mais sans les autres nous ne sommes pas grand-chose, cette chanson nous le rappelle opportunément.
J’ai trouvé sur Youtube un groupe qui chante cette chanson avec talent >  https://www.youtube.com/watch?v=dw6wUfHRmeQ
Bien sûr rien ne saurait dépasser le créateur > https://www.youtube.com/watch?v=wk4NPukvnIM
Elle est à toi, cette chanson,
Toi, l’Auvergnat qui, sans façon,
M’as donné quatre bouts de bois
Quand, dans ma vie, il faisait froid,
Toi qui m’as donné du feu quand
Les croquantes et les croquants,
Tous les gens bien intentionnés,
M’avaient fermé la porte au nez…
Ce n’était rien qu’un feu de bois,
Mais il m’avait chauffé le corps,
Et dans mon âme il brûle encor’
A la manièr’ d’un feu de joi’.
Toi, l’Auvergnat quand tu mourras,
Quand le croqu’-mort t’emportera,
Qu’il te conduise, à travers ciel,
Au Père éternel.
Elle est à toi, cette chanson,
Toi, l’hôtesse qui, sans façon,
M’as donné quatre bouts de pain
Quand dans ma vie il faisait faim,
Toi qui m’ouvris ta huche quand
Les croquantes et les croquants,
Tous les gens bien intentionnés,
S’amusaient à me voir jeûner…
Ce n’était rien qu’un peu de pain,
Mais il m’avait chauffé le corps,
Et dans mon âme il brûle encor’
A la manièr’ d’un grand festin.
Elle est à toi, cette chanson,
Toi, l’Auvergnat qui, sans façon,
M’as donné quatre bouts de bois
Quand, dans ma vie, il faisait froid,
Toi qui m’as donné du feu quand
Les croquantes et les croquants,
Tous les gens bien intentionnés,
M’avaient fermé la porte au nez…
Ce n’était rien qu’un feu de bois,
Mais il m’avait chauffé le corps,
Et dans mon âme il brûle encor’
A la manièr’ d’un feu de joi’.
Toi, l’Auvergnat quand tu mourras,
Quand le croqu’-mort t’emportera,
Qu’il te conduise, à travers ciel,
Au Père éternel.
Elle est à toi, cette chanson,
Toi, l’hôtesse qui, sans façon,
M’as donné quatre bouts de pain
Quand dans ma vie il faisait faim,
Toi qui m’ouvris ta huche quand
Les croquantes et les croquants,
Tous les gens bien intentionnés,
S’amusaient à me voir jeûner…
Ce n’était rien qu’un peu de pain,
Mais il m’avait chauffé le corps,
Et dans mon âme il brûle encor’
A la manièr’ d’un grand festin.
Toi l’hôtesse quand tu mourras,
Quand le croqu’-mort t’emportera,
Qu’il te conduise à travers ciel,
Au Père éternel.
Elle est à toi cette chanson,
Toi, l’Etranger qui, sans façon,
D’un air malheureux m’as souri
Lorsque les gendarmes m’ont pris,
Toi qui n’as pas applaudi quand
Les croquantes et les croquants,
Tous les gens bien intentionnés,
Riaient de me voir emmené…
Ce n’était rien qu’un peu de miel,
Mais il m’avait chauffé le corps,
Et dans mon âme il brûle encore
A la manièr’ d’un grand soleil.
Toi l’Etranger quand tu mourras,
Quand le croqu’-mort t’emportera,
Qu’il te conduise, à travers ciel,
Au Père éternel.
Brassens

Vendredi 31 Octobre 2014

Vendredi 31 Octobre 2014
« Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres.
Je ne vois pas en quoi c’est une crise. Depuis que je suis petit, c’est comme ça.  »
Coluche
Oxfam est une ONG qui agit contre les injustices et la pauvreté. Elle vient de publier un rapport sur les inégalités.
Voici quelques informations, quelques liens et deux images :
Entre mars 2013 et mars 2014, le patrimoine cumulé des 85 personnes les plus riches du monde a augmenté de 668 millions de dollars par jour, ou de près d’un demi-million par minute.
Par ailleurs, ces mêmes 85 personnes possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale.
Avec un dessin on comprend mieux :
Le nombre de milliardaires dans le monde a plus que doublé depuis la crise financière: ils étaient 793 en mars 2009, ils sont 1.645 aujourd’hui, selon Forbes. Parallèlement, le fossé entre ces riches et les plus pauvres s’est toutefois creusé dans la plupart des États du monde, atteignant un niveau sans précédent, estime Oxfam.
« Sept personnes sur dix vivent dans un pays où le fossé entre riches et pauvres s’est creusé au cours des trente dernières années », indique l’organisation.
Le taux d’homicides est près de quatre fois plus élevé dans les pays dans lesquels sévissent des inégalités économiques extrêmes que dans les nations plus égalitaires rapporte Oxfam.
Pour illustrer l’importance de certaines fortunes et le rapport entre celles-ci et les besoins de base de la population, Le taux d’homicides est près de quatre fois plus élevé dans les pays dans lesquels sévissent des inégalités économiques extrêmes que dans les nations plus égalitaires rapporte Oxfam.
Pour illustrer l’importance de certaines fortunes et le rapport entre celles-ci et les besoins de base de la population,
Oxfam a calculé les dépenses possibles d’un des hommes les plus riches de la planète. « Si Bill Gates décidait de retirer la totalité de ses avoirs et dépensait 1 million de dollars par jour, il lui faudrait 218 ans pour venir à bout de sa fortune », indique le rapport.
En réalité, il ne se retrouverait jamais à court d’argent: même un modeste retour d’à peine moins de 2% lui permettrait de percevoir 4,2 millions de dollars par jour uniquement en intérêts ».
Un petit tableau pour mieux comprendre ce que dit Oxfam :
« Oxfam propose quelques pistes : un impôt de 1,5% sur la fortune des milliardaires du monde permettrait, en 2014, de « combler les déficits annuels de financements nécessaires pour scolariser tous les enfants et fournir une couverture santé universelle dans les 49 pays les plus pauvres » de la planète, calcule l’ONG.
Un article intéressant <ICI> , un autre <ICI>

Jeudi 30 Octobre 2014

Jeudi 30 Octobre 2014
«Notre humanité commune nous invite à prendre soin les uns des autres.»
Denis Mukwege,
le médecin congolais qui vient de recevoir le Prix Sakharov décerné par le Parlement européen.
Denis Mukwege, 59 ans, «l’homme qui répare les femmes» selon le titre de la biographie que lui a consacré Colette Braeckman.
[Il dit] : «Depuis quinze ans, je suis témoin d’atrocités de masse commises sur le corps des femmes et contre les femmes et je ne peux pas rester les bras croisés, car notre humanité commune nous invite à prendre soin les uns des autres.»
Son combat vient en écho avec le mot du jour du Mardi 9 septembre 2014 où je reprenais cette phrase de la journaliste Annick Cojean : « C’est juste pas de chance d’être une femme dans la plupart des pays du Monde ». La violence faite aux femmes est et reste immense dans le monde.
Né en 1955 à Bukavu, dans l’Est du Congo belge, Denis Mukwege étudie la médecine au Burundi voisin. A la faveur d’une bourse il part étudier en France, à Angers pour se spécialiser en gynécologie-obstétrique. Le Dr Mukwege aurait pu alors rester vivre et travailler en France. Il a fait le choix de retourner dans son pays, la République démocratique du Congo (RDC), à l’hôpital de Lemera en 1989. En 1996, la guerre éclate: l’hôpital est dévasté. Il vit alors comme un déplacé de cette guerre qui déclencha des millions de réfugiés, des massacres et des viols de masse.
Denis Mukwege «répare les femmes» de son pays au péril de sa vie. Il a échappé de justesse à une tentative d’assassinat  en 2012, vraisemblablement parce que son engagement dérange, parce qu’il est un «témoin gênant» de ce qui se passe dans l’Est de la RDC, pour reprendre les termes de la journaliste belge Colette Braeckman, auteure d’un ouvrage sur le médecin et  sur l’hôpital de Panzi qu’il a ouvert au Congo.

«Au cas où il aurait archivé les témoignages de toutes les femmes violées, mutilées qui se sont présentés à lui, il aurait là un volumineux dossier dans lequel la justice internationale pourrait certainement puiser des indications et des témoignages. Rien que pour cela, tous les chefs de guerre de la région auraient intérêt à le voir disparaître ou se taire ou partir en exil», nous expliquait Colette Braeckman en 2013.
Et c’est ce qui avait fini par se produire: il a été un temps contraint à l’exil en Belgique depuis cette tentative d’assassinat. Pourtant, malgré ces menaces, malgré la distance, l’hôpital de Panzi, près de Bukavu, continue de vivre et Denis Mukwege veut poursuivre son combat et mobiliser davantage de soutiens pour aider les femmes de son pays. Un plaidoyer que l’on retrouve dans Panzi, un livre de témoignages paru en début de cette année, dans lequel il relate l’histoire qui a vu près de 40.000 femmes, victimes de viol de guerre, êtres «réparées» en RDC.

Mercredi 29 octobre 2014

« Dans 20 ans, la demande de main-d’œuvre pour beaucoup de compétences sera substantiellement plus faible.
Je ne pense pas que ce soit intégré dans le modèle mental des gens ».
Bill Gates
Fondateur de Microsoft

Bill Gates n’est pas le seul à le dire, mais lui le dit de manière très abrupte :

« Vous ne réalisez pas à quel point les robots prendront votre travail. »

Il dit en toute simplicité

« De grands changements auxquels les gens et les gouvernements ne sont pas préparés arrivent sur le marché du travail. »

Lors d’un discours à Washington D.C. auprès d’un groupe de réflexion économique The American Enterprise Institute on Thursday, Bill Gates a déclaré :

« La substitution logicielle, qu’elle concerne les chauffeurs, les serveurs ou les infirmières, progresse. Sur la durée, la technologie va réduire la demande en emplois, particulièrement au bas de l’échelle des compétences. Dans 20 ans, la demande de main-d’œuvre pour beaucoup de compétences sera substantiellement plus faible. Je ne pense pas que ce soit intégré dans le modèle mental des gens »

< Ici le journal du net qui parle de ce discours>

<Le JDD vient de publier un article : Les robots vont-ils tuer la classe moyenne ?>

<BFM TV sur le même sujet>

Les libéraux optimistes reviennent toujours à ce concept de l’économiste autrichien de la « destruction créatrice » qui désigne le processus continuellement à l’œuvre dans les économies et qui voit se produire de façon simultanée la disparition de secteurs d’activité économique conjointement à la création de nouvelles activités économiques.

Dans la vision de Joseph Schumpeter du capitalisme, l’innovation portée par les entrepreneurs est la force motrice de la croissance économique sur le long terme. Schumpeter emploie l’image d’un « ouragan perpétuel » : dans l’immédiat, il peut impliquer pour certaines entreprises présentes sur le marché une destruction de valeur spectaculaire. Le phénomène affecte tout type d’organisations mêmes les plus importantes ou celles censées jouir jusque-là d’une position apparemment forte ou dominante (y compris sous la forme d’une rente de situation ou d’un monopole).

Il est possible, c’est une hypothèse raisonnable, que nous ne soyons plus à ce stade de l’évolution libérale.

<Bernard Stiegler défend aussi ce point de vue de la fin de l’emploi>

Si cette hypothèse crédible se réalise, c’est peu dire que nous ne sommes pas sur le chemin pour nous y préparer.

Dans ce que dit Bill Gates, ce n’est pas la première partie qui me parait la plus importante : la destruction massive de l’emploi, au sens actuel de l’économie,  pour les humains.

C’est la seconde partie Je ne pense pas que ce soit intégré dans le modèle mental des gens.

Aujourd’hui quand ceux qui ont le pouvoir économique ou politique parle, il parle d’un modèle qu’il ne conçoive pas de dépasser. Ce modèle où le travail donne du travail.

Où les capitalistes  investissent, où l’investissement donne de l’emploi rémunéré et de la croissance qui dans un cercle vertueux permet plus ou moins à chacun de trouver sa place dans un monde essentiellement mû par la cupidité et l’appât du gain.

Mais que devient ce modèle si le ressort se casse : la croissance ne donne plus suffisamment d’emploi rémunéré pour que le plus grand nombre trouve une place dans la société économique ?

Si vous êtes courageux voici une conférence très intéressante, plus longue mais assez mal enregistrée où Bernard Stiegler développe un concept en réponse à Schumpeter  : <La destruction destructrice>

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Mardi 28 octobre 2014

Mardi 28 octobre 2014
« Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant ! »
Devise des canuts
Si en venant de la méditerranée, vous remontez le Rhône, vous arriverez au confluent où la Saône venant de l’Ouest va se dissoudre dans le Rhône qui vient de l’Est.
Dans ce lieu, émerge de l’eau un bout de terre : la presqu’ile de Lyon, le cœur de cette ville.
A peine engagé sur la Presqu’ile vous tombez sur le tout nouveau quartier « Confluence » qui permet à des architectes venant de tout horizon d’exprimer leur créativité mais aussi leur fantasme et leur délire.
Puis vous arrivez à la gare historique de Lyon : Perrache. Là où le tunnel de Fourvière vomit chaque jour des milliers de voiture s’engageant sur l’autoroute A7 qui commence par une plaie traversant la presqu’ile pour défigurer son versant est, avant de retraverser la Saône finissante pour s’élancer vers le sud.
En continuant au-delà de la place Carnot vous arrivez à l’abbaye d’Ainay, merveilleuse basilique romane achevée en 1107. A cette époque le confluent se situait en ce lieu.
Puis vous arriverez successivement à la place Bellecour, au théâtre des Célestins, à la Place des Jacobins pour enfin arriver à la Place des Terreaux où se trouve la façade ouest de l’Hôtel de Ville qui voit sa façade est faire face à l’Opéra.
C’est à la Place des Terreaux que Richelieu fit décapiter Cinq-Mars qui avait conspiré contre lui, le 12 septembre 1642
Et c’est là au nord de la Presqu’ile que se dresse la colline de la Croix Rousse.
Colline de la Croix Rousse
Initialement commune indépendante sur le plateau, à l’extérieur des fortifications lyonnaises du XVIème siècle, la Croix-Rousse n’a été rattachée à Lyon qu’en 1852. Les pentes en revanche faisaient partie de Lyon.
Aujourd’hui encore les Croix Roussiens ne se sentent que modérément lyonnais et en toute hypothèse quand il décide de descendre de leur colline vers la Presqu’ile ils disent « je vais en ville » ou « je vais à Lyon ».
C’est à la Croix Rousse, principalement, qu’œuvraient au XIXe siècle, les canuts qui étaient les ouvriers tisserands de la soie sur les machines à tisser.
Les canuts, surtout par leurs révoltes, vont influencer les grands mouvements de pensée sociale du XIXe siècle, des saint-simoniens à Karl Marx, en passant par Fourier ou Proudhon
Les canuts étaient soumis à de rudes conditions de travail (ils travaillaient dix-huit heures par jour), et ils sont révoltés à de nombreuses reprises. Leur première révolte, en novembre 1831, est considérée comme l’une des premières révoltes ouvrières. Ils occupent Lyon aux cris de : « Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant ! ». Le roi Louis-Philippe envoie 20 000 hommes de troupe et 150 canons pour réprimer l’émeute.
Le 14 février 1834, les canuts se révoltent de nouveau, en occupant les hauteurs de Lyon, et ils font face pendant six jours à 12 000 soldats, en mettant à profit les traboules, passages obscurs qui permettent d’aller d’une rue à l’autre à travers les immeubles.
Une troisième insurrection a lieu en 1848, au moment de la proclamation de la Seconde République. Elle est menée par la société ouvrière des « Voraces ». La république permettra aux sociétés ouvrières de sortir de la clandestinité en autorisant les associations de type mutualiste ou coopératif.
Les mêmes Voraces mènent une quatrième insurrection en 1849, en écho au soulèvement des républicains parisiens. Circonscrite sur le faubourg de la Croix-Rousse, elle est violemment réprimée.
C’est en pensant au destin de la médecin mexicaine évoquée lors du mot du jour du 24 octobre, elle qui a préféré mourir debout que vivre à genou que m’est revenu à l’esprit cette devise des canuts de la Croix Rousse.