Vendredi 12 décembre 2014

Vendredi 12 décembre 2014
« Il est des moments où une cure de gauchisme est nécessaire.»
Michel Rocard
J’avoue un faible depuis longtemps pour Michel Rocard. Cette phrase extraite d’une tribune qu’il vient de publier dans le Monde a de quoi surprendre.
Mais finalement elle est compréhensible, car dans ce dérèglement de l’économie libérale, l’explosion des inégalités et l’arrogance des hyper riches et des puissants il peut être sain de s’adonner à une cure de gauchisme.
Michel Rocard rappelle cependant qu’il ne suffit pas d’être gauchiste et il fait dire à Karl Marx : « Camarades, c’est bien de vouloir changer le monde. Mais vous n’y arriverez que si vous commencez à travailler comme des forcenés pour comprendre comment il marche… », ce qui ne doit donc pas être le cas des gauchistes d’aujourd’hui selon l’ancien patron du PSU.
Et il finit son propos par cette belle phrase : «   [renforcer la chance] de voir éclore la société des hommes à la place de celle de l’argent.   »
Voici le propos remis dans son contexte, l’article complet se trouve en pièce jointe.
« Cela appelle une dernière réflexion nécessaire, concernant le gauchisme. Qu’est-ce que le gauchisme sinon l’attitude consistant à refuser le discours politiquement correct auquel se sont ralliées les institutions et les chefs en place ? Il est des moments où une cure de gauchisme est nécessaire.
Le gauchisme, je connais, j’en sors, j’en suis, c’est ma famille. J’avais 16 ans, mon pays baignait dans la joie de la liberté retrouvée. Il tomba d’accord, tout entier, socialistes compris,  pour  entreprendre en Indochine la reconquête de son empire colonial. Je dénonçai cette honte, et me découvris gauchiste. Moins de dix ans après, rebelote, à propos de l’Algérie. L’accord était général. De nouveau, je fus gauchiste, et moins seul dès le début. Nous sauvâmes au moins l’honneur de la gauche.
Et puis un bref moment – Mai 68 – je fus un chef gauchiste, estampillé extrémiste par le ministère de l’intérieur, pour avoir osé réclamer le droit à la parole dans la société hiérarchisée.
Franchement, n’y avait-il pas aussi quelque gauchisme à proclamer, dix ans plus tard, que l’accord solennel de toute la gauche autour du programme commun de gouvernement puis des 110 propositions du candidat ne préparait pas la vraie transformation sociale dont la France et le monde avaient besoin ?
Une cure de gauchisme n’est donc ni pour me surprendre ni pour me déplaire. Mais, mais… le fondateur du gauchisme, au fond, est un camarade à nous qui s’appelait Karl Marx. J’ai grand crainte que nos gauchistes d’aujourd’hui ne soient en train d’oublier sa plus forte leçon. Il ne l’a pas écrite comme telle, c’est sa vie qui la donne. Elle est évidente à résumer : « Camarades, c’est bien de vouloir changer le monde. Mais vous n’y arriverez que si vous commencez à travailler comme des forcenés pour comprendre comment il marche… »
En l’absence d’une soudaine explosion générale, aussi peu probable que souhaitable, ce sera lent. Le peuple que nous défendons aura toujours besoin de ses emplois, c’est- à-dire que la machine marche. Or elle ne peut fonctionner que dans ses règles, qui certes ne sont pas les nôtres, mais sont celles dont elle a besoin. Si nous avons ensemble une vraie confiance et une vraie unité autour de notre vision de l’avenir long, nous n’avons pas le droit de dérégler la machine par des brutalisations de court terme qui peuvent l’affaiblir. Il n’y a de gauchisme utile que pertinent et cohérent.
Voilà la raison qui nous fait obligation de renouveler, renforcer, réunir notre Parti socialiste, dans la France d’aujourd’hui, le seul outil de demain. Ce faisant, nous pourrions même contribuer au réveil de quelques partis frères, renforçant par-là la chance de voir éclore la société des hommes à la place de celle de l’argent. »

Jeudi 11 décembre 2014

Jeudi 11 décembre 2014
« Les dépenses sont publiques, mais les recettes seront… privées ! »
Damien Lempereur
C’est ainsi que l’avocat et homme politique Damien Lempereur analyse une Loi de l’Assemblée Nationale. Plus précisément il écrit : « Euro 2016 : les dépenses sont publiques, mais les recettes seront… privées ! »
En effet, dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 décembre, dans la plus grande discrétion, l’article 24 du projet de loi de finances rectificative pour 2014 a été adopté […] Cet article exempte la société commerciale «Euro 2016 SAS» d’impôts et de taxes pour toute la durée de la Coupe d’Europe des nations qui se déroulera en France en juin et en juillet 2016 !
Damien Lempereur explique : « Vos impôts préparent à coup de milliards la compétition à venir  [la France a déjà dépensé plus de deux milliards d’argent public uniquement pour rénover ou construire les stades qui accueilleront la compétition.], mais lorsqu’il s’agit d’en encaisser les dividendes, l’Etat en fait cadeau à … l’organisateur. Concrètement, la société en charge de l’organisation commerciale de la compétition ne sera redevable ni de l’impôt sur le revenu, ni de l’impôt sur les sociétés, ni de la taxe sur les salaires, ni de la taxe d’apprentissage […] Ce sont ainsi plusieurs centaines de millions d’euros de recettes fiscales auxquels l’Etat renonce par avance. Dans un contexte de crise et d’austérité, alors que l’on demande à chacun de faire toujours plus d’efforts pour économiser quelques dizaines de millions ici et là, il est anormal qu’une société commerciale qui va réaliser d’énormes bénéfices soit autorisée à ne pas payer d’impôt et de taxe en France.
Comme trop souvent en France les dépenses sont publiques, mais les recettes, elles, seront bien privées ! »
« Karine Berger, […] Secrétaire Nationale à l’économie du Parti Socialiste, [a twitté] : «honte sur nous qui venons de déposer les armes et céder au chantage fiscal le plus antirépublicain ».
« Alors bien sûr, l’Etat ne manquera pas de répondre que la candidature de la Fédération Française de Football à l’accueil de la compétition imposait que le gouvernement prenne, à l’égard des entités organisatrices, l’engagement de leur consentir un régime fiscal dérogatoire. Cet engagement a [été pris par la majorité précédente], dès 2010, d’un courrier ministériel joint au dossier de candidature. Doit-on comprendre que le ministre des finances et des comptes publics a un nouveau patron, à savoir la Fédération Française de Football. A moins qu’il ne s’agisse plutôt de l’UEFA, depuis les rives du Lac Léman en Suisse?»
Enfin, pour éviter que cet article 24 ne soit trop facilement reconnu inconstitutionnel – puisqu’une société commerciale va de facto être exemptée d’impôts et de taxes – le gouvernement a jugé bon d’élargir le régime fiscal dérogatoire à «toute compétition sportive internationale attribuée dans le cadre d’une sélection par un comité international, (…) d’un niveau au moins équivalent à un championnat d’Europe et (…) organisée de façon exceptionnelle sur le territoire français». L’Euro 2016 ne sera donc pas le seul à être exempté d’impôts! Le championnat d’Europe de Basket de 2015 organisé par la FIBA devrait pouvoir en bénéficier également.
La France devient donc pour les organisateurs de compétition sportive internationale un paradis fiscal !
Si la France n’avait pas donné cette exemption l’UEFA ne lui aurait pas donné l’organisation du tournoi.
Devant ce choix, la France a-t-elle fait le bon choix ?
Pour ma part, je ne le pense pas.

Mercredi 10 décembre 2014

Mercredi 10 décembre 2014
« [La France] repose donc sur 40% de ses habitants.
Les autres vivent de la redistribution […].
C’est ce qui explique les impôts et les charges élevées en France, mais aussi le déficit persistant. »
François Lenglet
C’est le fait «40% des français» et les conséquences selon son avis que François Lenglet a développé lors de sa chronique sur RTL du 8 décembre : <La France travaille t’elle assez ?>
Dans cette émission il a notamment fait les développements suivants :
«Quand Manuel Valls dit que « les 35 heures ce n’est plus le problème », il a raison. C’est vrai qu’il existe désormais de nombreuses possibilités pour assouplir ce cadre, à la hausse comme à la baisse. Mais « pour ou contre les 35 heures ? », c’est une guerre idéologique bien française, souvent passionnée.
Pour les opposants aux 35 heures, c’est la cause de notre faiblesse économique, alors que la réalité du travail français est très différente. On travaille plus de 40 heures par semaine, avec les heures supplémentaires et la prise en compte des artisans, des professions libérales et des commerçants, qui tirent la moyenne vers le haut.
Il est vrai que l’on a plus de RTT et de jours de congés. Quand on calcule le temps de travail sur une année, la France est à 1.489 heures. C’est l’un des chiffres les plus faibles de l’OCDE. Mais c’est davantage que l’Allemagne, les Pays-Bas ou le Danemark. Trois pays sont on ne peut pas vraiment dire qu’ils marchent mal.
Notre problème, ce n’est pas le temps de travail de ceux qui exercent une activité professionnelle. Le problème français, c’est que ceux travaillent sont trop peu nombreux. À peine 40% des habitants de notre pays sont au boulot. Si on prend l’ensemble des heures travaillées en France sur une année et qu’on le divise par le nombre d’habitants, on arrive à 605 heures par an et par habitant.
Voilà la vraie mesure du travail français. Cela fait quatre petits mois seulement en moyenne. En Allemagne, c’est 700 heures. C’est 800 aux États-Unis et au Royaume-Uni, et près de 1.100 en Corée du Sud.
Avec cette mesure qui est la plus fiable, nous sommes le pays qui travaille le moins de toute la zone OCDE. Chez nous, ceux qui travaillent bossent, et ils bossent vraiment, mais ils ne sont pas assez nombreux. 
Cette place s’explique par des carrières plus courtes qu’ailleurs, avec un taux de seniors au travail plus faible qu’en Europe du Nord, un chômage élevé, 400.000 emplois non fournis et peu (ou pas) d’apprentissage. Ce n’est pas irrémédiable.
Il y a des solutions : faciliter les créations d’emploi, réformer le marché du travail, mieux former les jeunes et les moins jeunes.
Le pays repose donc sur 40% de ses habitants. Les autres vivent de la redistribution (retraites pour les seniors, allocations diverses pour certains, sans compter le financement de l’État). C’est ce qui explique les impôts et les charges élevées en France, mais aussi le déficit persistant. »
Pour ceux qui préfèrent les émissions de télévision ci-après le replay de l’émission de 1h20 qu’il a consacré le même jour, au même thème sur France 3 : <http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/l-angle-eco/l-angle-eco-du-lundi-8-decembre-2014_767147.html>
C’est un éclairage intéressant sur notre société française et aussi sur sa comparaison avec les autre sociétés comparables.

Mercredi 3 décembre 2014

Mercredi 3 décembre 2014
«Je suis sorti de la dépression en achetant un club de foot»
Roman Abramovic, président du club de football de Chelsea
Cette confession a été révélée par un philosophe Heinz Wisman dans une émission de France Culture dont je parlerai plus loin.
Heinz Wisman décrivait l’effet de la publicité sur le désir. La publicité donne envie à des gens d’acheter des choses qu’ils ne savaient même pas désirer.
On crée ainsi  un désir et on le satisfait tout de suite.
Et un désir qu’on satisfait trop vite crée la dépression
Et c’est dans cette « maladie » du désir que Wismann a apporté le témoignage de l’oligarque russe Roman Abramovic
Il a connu la dépression parce qu’il était devenu tellement riche qu’il pouvait satisfaire tous ses désirs.
Et ainsi il était arrivé à un stade où cette situation étouffait chez lui la capacité de désirer, ce qui est la définition clinique de la dépression.
Et c’est pourquoi il a acheté le club de football de Chelsea : pour sortir de la dépression.
En effet, il était assez riche pour acheter un club de foot et les meilleurs joueurs mais il ne pouvait pas acheter la victoire.
C’est ainsi que chaque week end il assiste à un match de foot avec l’espoir, c’est à dire le désir de voir son équipe gagner.
Il retrouvait donc se capacité de désirer et ainsi sortir de la dépression.
Voilà un témoignage doublement intéressant :
D’abord il nous explique combien la publicité peut avoir un effet pervers sur notre désir,
Ensuite il montre que finalement être si riche qu’on peut tout se payer rend très malheureux.
De manière collatérale cela permet aussi de comprendre pourquoi des riches milliardaires acceptent d’investir dans le football et de perdre de l’argent : C’est une thérapie.
Ce propos a été tenu dans une émission de France Culture : la Grande table consacrée à l’opposition entre la raison et la croyance : http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-2eme-partie-la-fin-des-grands-clivages-25-2014-09-30
Je vais prendre quelques jours de congé, le mot du jour va donc s’interrompre jusqu’au 9 décembre, prochain mot le 10 décembre.
Je vais ainsi en profiter pour apprécier pleinement <La fête des lumières de Lyon>​.

Mardi 2 décembre 2014

Mardi 2 décembre 2014
« Vous ne voulez pas d’une jeunesse religieuse,
  la voulez-vous droguée ? » 
Recep Tayyip Erdogan,
Recep Tayyip Erdogan a été brillamment élu Président de Turquie il y a quelques mois.
Il y a quelques jours il a défrayé la chronique parce qu’il a osé dire lundi 24 novembre, Coran à l’appui, que les femmes ne pouvaient pas être considérées comme les égales des hommes, alors qu’ils intervenaient dans le cadre d’un séminaire sur le thème de la justice et les femmes. Il a ainsi affirmé « Notre religion (l’islam) a défini une place pour les femmes (dans la société): la maternité« .
Mais je préfère mettre l’accent sur un propos précédent qui est cité par plusieurs sites :
Ce propos est très instructif et décrit une des prétentions des religieux simplistes et souvent totalitaires.
La religion qui a pour source étymologique religare signifiant « relier » a certainement des choses à nous dire sur notre finitude sur notre rapport à la mort, plus généralement la transcendance.
Mais le plus souvent et dans beaucoup d’esprit c’est avant tout une morale contrainte, une organisation sociétale et bien sûr un asservissement des femmes.
Mais que dit Erdogan ? soit on est religieux soit on est drogué !
Raymond Devos avait en décrivant mai 68 fait ce sketch « Faites l’amour pas la guerre » il avait analysé : « on vous met devant un choix : faire l’amour pas la guerre ! » et avait ajouté, » il y en pas peut être qui voudrait faire autre chose. »
Soyez religieux ou soyez drogué ! C’est binaire !
Le mot du jour du 25 septembre 2013 donnait ce proverbe juif     « Quand tu n’as que deux solutions, choisis toujours la troisième »
En plus c’est archi-faux, la religion n’a pas empêché la pédophilie, la religion n’a pas empêché la violence, la religion n’ pas empêché l’alcoolisme, et on peut parfaitement être religieux et drogué !
Pour tous ceux qui comme moi sont ​excédés par ceux qui veulent que la religion se mêle de tout et surtout de la vie des autres <Vous pouvez écouter cette émission> où était invité Yvon Quinion qui vient de publier un essai : « Critique de la religion – Une imposture morale, intellectuelle et politique ». Il dit notamment « La religion devrait être un facteur de lien or elle est un facteur de division. »

Lundi 1 décembre 2014

Lundi 1 décembre 2014
«Ils cherchent seulement la lumière.
 Le soir, quand ils rentrent chez eux, je suis sûr qu’ils parlent aux caméras du parking».
Bernard Cazeneuve
Le ministre de l’intérieur a eu cette formule pour décrire des écologistes qui l’ont injustement critiqué, selon lui.
En dehors de ce contexte, je trouve cette formule très descriptive et surtout tellement juste pour beaucoup de politiques, de people,  d’hommes et femmes de média et aussi de gens sans grand talent dont la plus grande ambition est de passer à la télé.

Vendredi 28 novembre 2014

Vendredi 28 novembre 2014
«J’ai oublié le mot que j’allais prononcer»
Ossip Mandelstam
Pour mot du jour, j’ai oublié le mot que j’allais prononcer.
Car Ossip Mandelstam n’a pas été que l’auteur de l’épigramme à Staline
Voici un poème trouvé sur internet :
J’ai oublié le mot que j’allais prononcer.
L’hirondelle aveugle retourne au royaume des ombres,
L’aile rognée jouer avec les transparentes.
Un chant nocturne chante en cette pâmoison. 
Les oiseaux se sont tus. L’immortelle n’a pas fleuri.
Leur crinière est limpide aux nocturnes troupeaux.
La barque flotte vide en un fleuve tari
Et parmi les grillons la parole se pâme.
Pour s’élever, temple ou coupole, lentement,
Et soudain contrefaire Antigone démente,
Ou tomber à nos pieds comme hirondelle morte,
Parée d’un rameau vert et de douceur stygienne.
Ô ! rendre aux doigts voyants seulement la pudeur
Et la saillante joie de la reconnaissance.
Je crains plus que tout le sanglot des Aonides,
La cloche, le brouillard et la faille béante.
Les mortels ont ce don – reconnaître et aimer,
Même le son coule dans leurs doigts comme une onde,
J’ai oublié le mot que j’allais prononcer.
Désincarnée l’idée retourne au royaume des ombres.
Pourtant ce n’est pas ce que dit la transparente –
Antigone, l’amie, l’hirondelle…
Le souvenir de la cloche stygienne
Bible sur les lèvres ainsi que le gel noir.
Novembre 1920. 

Jeudi 27 novembre 2014

« L’Épigramme contre Staline »
Ossip Mandelstam

Ceci est le 400ème mot du jour.

Pour cet instant particulier je vous offre un moment d’Histoire, un poème politique écrit il y a 80 ans (81 pour ceux qui aiment la précision – novembre 1933) par un des grands poètes russes :  Ossip Mandelstam

L’épigramme d’Ossip Mandelstam demeure, en seulement seize vers, l’un des textes les plus engageants jamais écrits. L’intransigeance du poète, face à Staline et à la Tchéka, font de lui un homme exceptionnel, un exemple de désobéissance civile et de courage contre la barbarie.

Voici ces seize vers :

« Nous vivons sans sentir sous nos pieds le pays,
Nos paroles à dix pas ne sont même plus ouïes,
Et là où s’engage un début d’entretien, —
Là on se rappelle le montagnard du Kremlin.

Ses gros doigts sont gras comme des vers,
Ses mots comme des quintaux lourds sont précis.

Ses moustaches narguent comme des cafards,
Et tout le haut de ses bottes luit.

Une bande de chefs au cou grêle tourne autour de lui,
Et des services de ces ombres d’humains, il se réjouit.

L’un siffle, l’autre miaule, un autre gémit,
Il n’y a que lui qui désigne et punit.

Or, de décret en décret, comme des fers, il forge —
À qui au ventre, au front, à qui à l’œil, au sourcil.

Pour lui, ce qui n’est pas une exécution, est une fête.
Ainsi comme elle est large la poitrine de l’Ossète. »

D’abord, ce poème a été composé à la voix, de tête, puis Mandelstam livre cette épigramme à un cercle restreint de connaissances.

En 1934, le poète confie à sa femme Nadejda Mandelstam : « Je suis prêt à mourir. »

Un jour, il croise Boris Pasternak et lui récite son poème.

Effrayé, Pasternak ajoute :

« Je n’ai rien entendu et vous n’avez rien récité. Vous savez, il se passe en ce moment des choses étranges, terribles, les gens disparaissent ; je crains que les murs aient des oreilles, il se pourrait que les pavés aussi puissent entendre et parler. Restons-en là : je n’ai rien entendu. »

Mandelstam, reçoit la visite de trois agents de la Guépéou dans la nuit du 16 au 17 mai 1934. Ils lui présentent un mandat d’arrêt et perquisitionnent jusqu’au matin et l’arrêtent.

Mandelstam quitte sa femme Nadejda et ses amis à 7 heures du matin pour la Loubianka.

Tous les manuscrits sont confisqués, lettres, répertoire de téléphone et d’adresses, ainsi que des feuilles manuscrites. Mais pas d’épigramme…

Ce poème ne fut écrit que devant le juge d’instruction de la Loubianka où « le poète coucha ces seize lignes sur une feuille à carreaux arrachée d’un cahier d’écolier. Il a défendu « sa dignité d’homme, d’artiste et de contemporain, jusqu’au bout. »

Cette épigramme sera plus tard cataloguée comme « document contre-révolutionnaire sans exemple » par le quartier général de la police secrète.

Pour Vitali Chentalinski, c’était « plus qu’un poème : un acte désespéré d’audace et de courage civil dont on n’a pas d’analogie dans l’histoire de la littérature. En réalité, en refusant de renier son œuvre, le poète signait ainsi sa condamnation.

<Un article de Wikipedia sur l’épigramme contre Staline>

<Ici la page Wikipedia sur Ossip Mandelstam>

<Un magnifique texte sur Mandelstam>
Et puis il me semble indispensable aussi de dire quelques mots sur son extraordinaire épouse Nadejda Iakovlevna Khazina née à Saratov le 31 octobre dans une famille juive de la classe moyenne, Elle épouse en 1921 Ossip Mandelstam. Quand Ossip est arrêté en 1934 pour son Épigramme contre Staline elle est exilée avec lui à Tcherdyne, dans la région de Perm, puis à Voronej.

Après la deuxième arrestation et la mort de son mari dans le camp de transit de Vtoraïa Rechka (près de Vladivostok) en 1938, Nadejda Mandelstam mène un mode de vie quasi-nomade, fuyant parfois à une journée près le NKVD, changeant de résidence à tous vents et vivant d’emplois temporaires.

Elle s’est fixé comme mission la conservation de l’héritage poétique de son mari. Elle a appris par cœur la majeure partie de son œuvre clandestine, parce qu’elle ne faisait pas confiance au papier.

Après la mort de Staline, elle achève son doctorat en 1956 et est autorisée à revenir à Moscou en 1958.

En 1979, elle fait don de toutes ses archives à l’Université de Princeton.

Nadejda Mandelstam meurt à Moscou le 29 décembre 1980 à l’âge de 81 ans.

<400>

Mercredi 26 novembre 2014

Mercredi 26 novembre 2014
« le salaire est inversement proportionnel au temps de station debout »
Armand Patrick Gbaka-Prédé ou « Gauz »
Dans son livre Debout-Payé
Un vigile s’ennuie, beaucoup. Surtout lorsqu’il sait qu’il ne sert à rien sinon à faire peur – raison pour laquelle on l’a choisi noir et costaud. Un vigile, aussi, observe et s’interroge. Par exemple, […] Sur les réactions, lorsque sonne le portique de sécurité, de l’Allemand (il « fait un pas en arrière pour tester le système »), de l’Africain (il « pointe son doigt sur sa poitrine comme pour demander confirmation ») et du Français (il « regarde dans tous les sens comme pour signifier que quelqu’un d’autre que lui est à l’origine du bruit et qu’il le cherche aussi, histoire de collaborer »). Ou sur le fait que les pantalons qu’il surveille, fabriqués par des Chinoises « naturellement très plates » pour des Blanches « naturellement plates », s’accommodent mal de l’anatomie callipyge des Africaines.
Le vigile ici s’appelle Armand Patrick Gbaka-Prédé ou « Gauz », le surnom qu’il s’est choisi. Il est né à Abidjan en 1971, est arrivé à Paris à 28 ans comme étudiant et partage aujourd’hui sa vie entre les deux capitales. Comme une multitude d’Africains de toutes origines, il a été vigile, à plusieurs reprises, et a su d’emblée qu’il ne devait rien oublier de ce que cette position lui permettait d’observer. Le résultat est Debout-Payé, un roman de la rentrée 2014 qui raconte l’épopée d’Ossiri, étudiant ivoirien devenu vigile après avoir atterri sans papiers en France en 1990. Son histoire est ponctuée par des interludes ubuesques : les choses vues et entendues par l’auteur lorsqu’il travaillait comme vigile dans des magasins des Champs-Elysées et de la Bastille.
Le point donne quelques extraits de Debout-Payé de Gauz :
« Théorie du désir capillaire. Les désirs capillaires contaminent de proche en proche en direction du nord : la Beurette, au sud de la Viking, désire les cheveux raides et blonds de la Viking ; la Tropiquette, au sud de la Beurette, veut les cheveux bouclés de la Beurette. »
« Théorie de l’altitude relative au coccyx. (…) Dans un travail, plus le coccyx est éloigné de l’assise d’une chaise, moins le salaire est important. Autrement dit : le salaire est inversement proportionnel au temps de station debout. Les fiches de salaires du vigile illustrent cette théorie. »
« Théorie du PSG. À Paris, dans tous les magasins ou presque, tous les vigiles ou presque sont des hommes noirs. Cela met en lumière une liaison quasi mathématique entre trois paramètres : pigmentation de la peau, situation sociale et géographie. (…) En Occident, plus la concentration en mélanine dans la peau est élevée, plus la probabilité d’occuper une position sociale proche du néant est grande. Exception faite des Manouches (…), les seuls blancs plus déconsidérés encore que les nègres. »
« Colibri, Langouste, Tapir, respectivement à 92 %, 95 % et 98 % de viscose… Plus la concentration en viscose est élevée, plus les nommeurs choisissent des animaux étranges pour baptiser les habits. »
« Avec la quantité énorme d’habits fabriqués au pays de Mao, on peut dire qu’un Chinois dans un magasin de fringues, c’est un retour à l’envoyeur. »
« Quitter Dubaï, la ville-centre-commercial, et venir en vacances à Paris pour faire des emplettes aux Champs-Élysées, l’avenue-centre-commercial. Le pétrole fait voyager loin, mais rétrécit l’horizon. »
« Debout-Payé », c’est aussi l’histoire politique d’un immigré et du regard qu’il porte sur la France, à travers l’évolution du métier de vigile depuis les années 1960 à l’après 11-Septembre. Le narrateur est fils et petit-fils de vigile. Une lignée de Debout-Payés, de surveillants presque invisibles aux yeux des clients. Le vigile? Un homme payé – au Smic quand il a des papiers – pour rester debout. Un métier qui consiste à donner une impression de sécurité. C’est un job « qui semble exclusivement réservé aux noirs à Paris parce qu’ils ont le physique pour ça. Parce qu’ils font peur », dit-il.
De son vrai nom Armand Patrick Gbaka-Brédé, Gauz, diplômé en biochimie et un temps sans-papiers, a exercé nombre de petits boulots. L’auteur est aussi photographe, documentariste et directeur d’un journal économique satirique en Côte d’Ivoire. Il a également écrit le scénario d’un film sur l’immigration des jeunes Ivoiriens, « Après l’océan ». Il était l’invité des matins de France Culture du 5 septembre et Brice Couturier lui a consacré une excellente chronique.
La plus grande part de ce message est tirée de cet article du Point : http://www.lepoint.fr/culture/noirs-donc-vigiles-les-theoremes-de-gauz-06-10-2014-1869705_3.php
Enfin Libération a également consacré un article à ce livre : http://www.liberation.fr/livres/2014/09/17/gauz-veni-vidi-vigile_1102604

Mardi 25 novembre 2014

Mardi 25 novembre 2014
« UBS »
Banque Suisse pas rancunière
UBS est une société de services financiers dont les sièges sont à Bâle et à Zurich, en Suisse. C’est la plus grande banque de gestion de fortune dans le monde
L’UBS résulte de la fusion de l’Union de banques suisses et de la Société de banque suisse le 1er juillet 1998, fusion annoncée le 8 décembre 1997. Depuis lors, le terme « UBS » est utilisé comme nom courant de l’entreprise.
En juillet 2009, UBS fait l’objet d’une poursuite judiciaire de la part du gouvernement des États-Unis, car UBS refuse de révéler le nom de 52 000 clients américains fraudeurs du fisc américain.
À la fin de juillet 2009, UBS et le fisc américain sont parvenus à une entente sur le litige qui les opposaient er UBS a dû donner de nombreux noms de clients américains.
Mais si je dis qu’UBS n’est pas rancunier, c’est que j’ai appris qu’elle est a été le premier sponsor des politiciens américains lors des dernières élections au Congrès et au Sénat. Elle a versé la bagatelle de 22 millions de dollars, essentiellement à des républicains. Sympa non ?
Bon ce n’est pas la seule entreprise Suisse qui a participé à cet immense gabegie de dépenses que sont les élections américaines et ce sont les suisses qui le disent : http://www.rts.ch/info/suisse/6273562-les-firmes-suisses-ont-depense-50-millions-pour-les-elections-americaines.html
Vous trouverez aussi en pièce jointe un article de Mediapart « Les élections américaines un show ruineux et bas de gamme » sur la manière dont les politiciens américains dépensent ces sommes colossales pendant les campagnes électorales, c’est presque à désespérer de la démocratie.
Mais une telle attitude de philanthropie ne peut que vous pousser à vous intéresser de plus près à cette belle institution.
Grâce à Stéphanie Gibaud vous en saurez plus. Elle a été embauchée par la branche française d’UBS en 1999, et a été jusqu’en 2012 directrice de la communication, chargée en particulier d’organiser les événements de la banque en France.
Apprenant le caractère illégal de l’activité d’UBS en France, elle révèle le scandale de l’évasion et de la fraude fiscale. En 2014, elle publie « La Femme qui en savait vraiment trop » (éd. Cherche midi).
Vous pouvez lire cet excellent article : <Se taire c’est être complice> (article aussi envoyé en pièce jointe)
La Suisse a de belles montagnes et de riches banques !