En commentaire du mot du jour du 9 mars consacré au Liban et aux propos de Wajdi Mouawad, Marc a écrit :
« J’ai forcément envie de parler de Frédéric Paulin et de sa trilogie sur la guerre du Liban et l’époque évoquée dans le mot de ce jour. Le titre du premier tome, extrait d’un poème, colle bien au propos me semble t il. « Nul ennemi comme un frère »… »
J’ai une grande confiance dans les conseils littéraires de Marc, je suis donc allé à la Bibliothèque emprunter ce livre « Nul ennemi comme un frère ».
Ce premier tome commence par la journée du 13 avril 1975 pendant laquelle le massacre du bus à Ain El Remmaneh répond à l’attaque d’une église maronite par les fedayin palestiniens, jusqu’à l’attentat du Drakkar, le 23 octobre 1983. Et tout le roman raconte la succession des évènements qui se sont passés entre ces deux dates au Liban. Les communautés, dans une violence inouïe s’affronte les unes aux autres, alliées un jour devenant ennemi un autre jour, jusqu’à des déchirements à l’intérieur de chacune des communautés.
Ce livre commence par ce poème magnifique, raison du partage de ce mot du jour :
« Ô mon frère chrétien, ô mon ami druze, ô mon voisin sunnite ou chiite, ô mon hôte palestinien, vois ce pays qui est le tien.
Vois ces enfants qui jouent dans la poussière de ce champ derrière les maisons de leurs parents. Autour d’eux s’étend cette vaste plaine de la Bekaa, cette longue bande de terre fertile où l’on récolte les figues, les abricots, les tomates, tous les fruits et légumes et le vin du Liban. Ce lieu où l’on vivait heureux.
Ces enfants qui courent, qui frappent dans un ballon dégonflé, et qui rient, ne savent pas qu’avant eux Égyptiens, Phéniciens, Assyriens, Grecs ou Romains ont vécu ici, entre le mont Liban et le mont Hermon, sur les rives du Litani et de l’Oronte. Ils ne savent pas que cette terre prospère a accueilli, depuis l’Antiquité, les peuples persécutés. Qui le sait encore ?
Car la plaine de la Bekaa est à l’image du pays : un mélange communautaire et confessionnel de gens nés au Liban ou venus de l’étranger. Les chrétiens au centre et au nord, les Druzes au sud-est, les chiites non loin de Baalbek, les sunnites plus au sud. Et puis les Arméniens à Anjar et les Palestiniens à Baalbek et à Barr Elias. Des gens qui espéraient vivre en bonne intelligence, en fraternité.
Soudain, les enfants arrêtent leurs jeux et observent les véhicules qui remontent la route. Planté sur la carrosserie d’un pick-up, un drapeau noir, blanc, vert et rouge flotte au vent. Sont-ce des fedayin du Fatah ou du FDLP ? Sont-ce des combattants en partance pour une autre bataille ? Les enfants ne le savent pas, leurs parents non plus.
Qui comprend ce qui agite depuis quelques années la Bekaa et le pays entier ? Pourtant tout le monde pressent le pire.
Ô mon frère, ô mon ami, ô mon voisin, ô mon hôte, emprunte les routes chaotiques, remonte un peu plus vers le nord, pénètre dans les faubourgs de Beyrouth, cette ville que l’on surnomme le Paris du Moyen-Orient, qui est encore cet incontournable centre du commerce et du tourisme, où l’on croise de riches Arabes et des visiteurs occidentaux.
Continue ensuite jusqu’au sud-est de la capitale privilégiée du Liban et, pour quelques heures encore, assurée d’un avenir prospère. Là, à Ain el- Remmaneh, observe ce que deviendront ces enfants qui jouaient dans la poussière de ce champ et tous les autres enfants dans ton si beau pays, sur le point d’imploser. »
Dans son article du 24 août 2024, consacré à ce livre, le journal « Le Monde » décrit le travail de Frédéric Paulin :
« Pour coller au plus près des faits, Paulin effectue un énorme travail documentaire et cite l’auteur : « Un Libanais m’a dit : “Si tu as compris la guerre du Liban, c’est qu’on t’a mal expliqué.” La guerre se nourrit d’elle-même : il y a de la vengeance, puis la défense de son territoire… » Le lecteur est plongé dans un chaos permanent où la barbarie appelle la barbarie, où il n’y a ni bons ni méchants. Et où la raison d’Etat a toujours tort. »
Paulin déroule les événements historiques (l’assassinat de Louis Delamare, l’ambassadeur français au Liban, ou les terribles massacres de Sabra et Chatila), en y insérant « la petite histoire » de personnages de fiction : Michel Nada, un avocat libanais qui fuit son pays pour la France. A Paris, il rencontre Sandra Gagliago, fille d’un député proche de Charles Pasqua. Philippe Kellerman travaille quant à lui à l’ambassade de France à Beyrouth. Il y rencontre Zia al-Faqîh, une jeune et belle interprète de la communauté chiite pour laquelle il éprouve des sentiments qui les mettent tous les deux en danger. Autour de ces personnages en gravitent bien d’autres.
L’auteur nous apprend ou nous rappelle aussi des faits liés à la France.
Ainsi c’est le Shah d’Iran qui a sollicité la France pour réaliser la bombe atomique pour l’Iran. Pour ce faire, l’Iran a prêté un milliard de dollars à Eurodif, un consortium international fondé en 1973 par la France, la Belgique, l’Espagne et la Suède. Mais après la révolution islamique iranienne, Khomeiny a d’abord renoncé à la bombe atomique car il considérait cette arme non conforme aux préceptes de sa religion. Il a demandé la restitution du prêt à Eurodif et à la France qui a refusé.
En 1986, Georges Besse, le manager d’Eurodif, fut assassiné sur ordre du gouvernement iranien. L’attentat de la rue de Rennes du 17 septembre 1986, était aussi liés au chantage iranien comme d’autres attentats en France en 1985-1986. Les attentats cessèrent après un accord secret entre la France et l’Iran qui conduisit probablement à un remboursement du prêt du Shah d’Iran.
Les attentats suicides de Beyrouth du 23 octobre 1983, c’est-à-dire celui du contingent français appelé « attentat du Drakkar », et celui du QG américain à l’aéroport de Beyrouth furent également commandités par la république islamique d’Iran. Ces attentats firent 305 morts dont 241 militaires américains, 58 militaires français, 6 civils libanais et 2 kamikazes.
Nous vivons actuellement un nouvel épisode de violence inouïe en Iran et au Liban. Pour donner un peu de lumière et d’espoir je citerai à nouveau Wajdi Mouawad dans l’émission la Grande Librairie évoquée dans le mot du jour précédent. Il a raconté un conte. Un jour, il se trouvait dans un pays nordique. Il a alors assisté à une fête : la célébration de la disparition du soleil. Car dans ce pays, situé tout à fait au nord de notre planète, le soleil n’apparaît pas pendant six mois. Et donc lors de cette fête, les humains célèbrent le coucher du soleil qui ne réapparaîtra pas pendant six longs mois.
Wajdi Mouawad pose alors cette question : Mais les petits enfants qui ne verront pas le soleil pendant six mois s’en souviendront-ils ? Le reconnaîtront-ils ?
Alors les sages de cette communauté lui répondent : Ce qu’il faut c’est que nous les adultes nous racontions le soleil aux enfants en son absence…
Et cette expérience inspire cette réflexion au poète :
« Nous, les adultes, nous sommes les garants de la lumière. Nous sommes ceux qui devons la faire vivre pour les plus jeunes malgré l’obscurité. Nous ne devons pas faiblir, pas désespérer car nous avons une mission, parler de la lumière qui reviendra, qui reviendra certainement, qui ne peut que revenir pour que le monde puisse revenir à une meilleure harmonie.»

Ils passent ainsi sous silence tous les actes et gestes des humains qui par milliards, tous les jours, aident, soignent, protègent, nourrissent d’autres humains qui sont des enfants, des êtres en faiblesse, des malades ou tout simplement des personnes ayant besoin d’être soutenu, sans compter tous ces échanges qui constituent simplement des manifestations d’intelligence et d’humanité. 

On attribue à Leon Tolstoï cette phrase « Si vous ressentez de la douleur, vous êtes vivant, si vous ressentez la douleur des autres, vous êtes un être humain.
Le film se situe d’abord dans une fête totalement déjantée au sein d’une élite économique et militaire de Tel Aviv. Un couple d’artistes désargentés est employé pour divertir et pousser cette élite jusqu’à la limite de la folie, des orgies sexuelles et des paradis artificiels. Ce couple a un bébé avec lequel ils se comporte à peu près comme des parents normaux. Mais c’est la seule normalité qu’on perçoit chez eux, pour le reste pour reprendre la description du « Monde » : « ils se vautrent, sans état d’âme, dans le stupre et la turpitude. Ils veulent réussir, à n’importe quel prix. »
Pour trouver l’inspiration Y quitte le foyer familial et convoque un amour de jeunesse, rencontré au conservatoire de musique, Leah.
Pour ma part, je ne sais pas à quoi sert ce type de film. Je pense que beaucoup d’israéliens ne se reconnaîtront par dans l’image d’une élite hors sol et dépravée. Les palestiniens et leurs défenseurs seront fortifiés dans leurs certitudes négatives contre la société israélienne. Les modérés, comme moi, ne peuvent sortir qu’anéantis devant un film sans espérance. 
Il a envoyé au journal « Daily Express » de Londres un article publié le 5 septembre 1945, sous le titre «
Certains auteurs racontèrent de manière empathique et vraie ce que fut le drame des hibakusha. 

Avant de continuer à plonger dans toute cette complexité et l’article de l’Opinion, il faut se rappeler que l’imaginaire des peuples se forge à travers des récits auxquels ils adhérent. 