Vendredi 19 juin 2015

«Croissance zéro ?»
Patrick Artus & Marie-Paule Virard

Patrick Artus est chef économiste de Natixis, professeur à l’Université Paris I Panthéon- Sorbonne, membre du Conseil d’analyse économique auprès du Premier Ministre.

Il a écrit un livre avec Marie-Paule Virard, paru chez Fayard : «Croissance zéro, Comment éviter le chaos ?».

Si nous restons simples, il y a deux grands types d’économistes :

Ceux qui pensent que nous ne pourrons nous en sortir que par la croissance, que seule la croissance permettra l’emploi et que sans emploi nos économies et nos sociétés vont imploser.

Ils attendent donc la croissance ou veulent la provoquer par tous les moyens.

Les moyens ce sont essentiellement l’initiative privée, la diminution du poids économique de l’Etat et « l’adaptation » de l’Etat providence ou social aux exigences d’aujourd’hui. Bref son rétrécissement. Certains ont foi dans la «croissance verte».

Le plus souvent ils sont Schlumpeterien, adepte du concept de « la destruction créatrice ». C’est à dire qu’étant donné le progrès technique, des emplois sont détruits par millions dans des branches obsolètes mais, dans d’autres branches qui émergent, des emplois au moins aussi nombreux sont créés et sont mieux rémunérés.

Ces économistes sont souvent appelés les orthodoxes.

Ce sont eux qui ont aujourd’hui, de très loin, le plus d’influence dans le monde du pouvoir politique et économique.

François Hollande, par exemple, est totalement dans cette ligne même s’il hésite beaucoup pour diminuer de manière drastique l’Etat social et y va donc par petit pas. Les prétendants de Droite (Sarkozy, Juppé et Fillon) sont exactement dans la même ligne mais veulent avancer plus vite.

Il y a une autre grande catégorie d’économiste qui s’oppose à cette vision. Il est plus difficile de résumer leurs pensées. Mais ils font essentiellement un constat : la croissance de la production sur toute la terre, pour que tous les humains puissent consommer comme les américains ou les européens se heurte inexorablement aux limites de ce que la Terre peut absorber. Beaucoup d’entre eux parlent de décroissance ou de limitation de la croissance. En tout cas, ils cherchent des alternatives à la croissance. Bernard Maris faisait partie de ces économistes.

Patrick Artus fait indiscutablement partie de la première catégorie.

Mais en faisant des analyses et des études sur plusieurs décennies et sur plusieurs régions économiques, il a compris quelque chose qui l’a beaucoup perturbé. Il a publié ses conclusions avec une collègue Marie-Paule Virard dans le livre cité plus haut.

Ce livre débute ainsi :

« Et si la croissance ne revenait pas ? La seule évocation d’une telle éventualité nous remplit d’effroi. N’avons-nous pas été nourris au lait de la croissance depuis notre plus tendre enfance ? En particulier cette génération gâtée qui est entrée dans la vie adulte pendant les Trente Glorieuses et qui tient, pour l’essentiel, aujourd’hui les rênes du pouvoir ? Une génération qui n’est manifestement pas « équipée » pour penser l’impensable : imaginer, accepter et gérer la rareté du produit intérieur brut. Une génération qui a organisé la société autour d’un mouvement continu d’expansion économique, mouvement devenu un facteur essentiel de la concorde sociale et de la vitalité démocratique. Et cette « divine croissance » se déroberait tout à coup sous ses pieds ? Depuis 1945, nous avions oublié que cela pouvait arriver. »

Et il avait été l’invité des matins de France Culture, où il a expliqué ses découvertes : http://www.franceculture.fr/emission-les-matins-chomage-un-mal-francais-2015-02-02

Je vous invite à l’écouter c’est très intéressant et aussi inquiétant.

Je résume ces propos ci-après :

Il distingue d’abord la croissance à long terme (sur plus de 10 ans) et la croissance conjoncturelle.

Actuellement, en Europe, il y a une conjoncture extrêmement favorable pour un économiste orthodoxe : le prix du pétrole est très bas, l’Euro est plus faible par rapport aux dollars, les politiques budgétaires sont plus souples et enfin les taux d’intérêt sont quasi nuls. On peut espérer un peu de croissance à court terme.

Mais ce n’est que la croissance à long terme qui peut créer des emplois de façon stable. Croissance à long terme qui est la conséquence de l’augmentation de la productivité et des innovations technologiques. Nous sommes dans la ligne la plus orthodoxe des économistes orthodoxes.

Mais Patrick Artus a constaté, dans ses études, que la croissance à long terme diminue et tend vers zéro dans tous les pays, pas seulement en Europe.

Les croissances qui existent sont soit la conséquence d’économies émergentes qui sont dans une logique de rattrapage qui va cesser, soit des croissances conjoncturelles reposant le plus souvent sur des bulles spéculatives ou sur des leurres.

Il existe un problème global pour créer de la croissance et du progrès technique.

Cela relativise grandement ce que l’on peut faire dans un seul pays, en améliorant les politiques du pays.

Il y a bien sur un problème de formation en France. L’étude PISA mesure les performances des jeunes, il y a l’équivalent pour les adultes, c’est à dire la formation professionnelle, la France est avant dernier de l’OCDE, l’Italie est dernière.

Mais le problème essentiel du progrès technique et de la croissance à long terme n’est pas un problème spécifique à la France.

Même si on faisait des grands progrès dans nos politiques de formation et d’Économie, nous ne serions pas en mesure de régler ce problème de croissance à long terme.

Patrick Artus parle d’un « problème angoissant » :

« Quand il y a eu l’invention du moteur à explosion on a fait une croissance à long terme extraordinaire.

Il y a une tendance lourde. Le numérique constitue une question énorme qui n’est pas assez étudié.

On pense que nous sommes dans une période d’innovation énorme.

On voit toutes ces start-up qui produisent tous ces produits incroyables.

On se dit, avec toutes ces innovations forcément il y a des gains de productivité incroyable.

Forcément non ! Quand on regarde les chiffres il n’y a pas de gain de productivité ! »

Trois explications :

  • 1/Il faut attendre, le numérique va bientôt créer de la croissance et des emplois dans 10 ans ou 20 ans quand les outils seront plus matures.
  • 2/ Ou bien ce ne sont pas de vraies innovations,
  • 3/ Ou bien on ne mesure pas bien la nouvelle économie que cela produit, économie du gratuit, du non marchand, de l’échange (par exemple échange de maison de vacances par Internet) qui ne se trouve pas dans les chiffres que l’on mesure

Il faut que j’abrège et vous renvoie vers d’autres sources qui peuvent vous permettre d’approfondir cette question.

Mais Patrick Artus dit deux choses importantes :

« A l’exception de l’Allemagne le niveau moyen des emplois baissent dans tous les pays développés. Il donne cet exemple parlant, désormais un ouvrier de Général Motors qui est licencié trouve un boulot chez Mac Do. C’est la réalité de l’économie d’aujourd’hui. Il y a quelques créatifs pour qui les revenus et les patrimoines explosent et le plus grand nombre qui en moyenne subissent une régression de la qualité de leur emploi qui s’accompagne d’une baisse de leurs revenus. »

L’autre chose c’est que

« L’économie du gratuit et de l’échange et du troc ne permet pas le prélèvement d’impôts et de cotisations qu’autorisent les revenus marchands. Nous avons donc un grave problème de modèle économique pour conserver un Etat social, redistributeur capable notamment de prendre en charge les problèmes de retraite et de santé.»

Comme Patrick Artus reste un économiste traditionnel qui possède au fond de ses gènes l’optimisme de la volonté, il donne avec sa collègue des conseils aux gouvernants permettant d’éviter le chaos : «Ils préconisent un meilleur partage des ressources :

  • entre les revenus du capital et ceux du travail,
  • entre travailleurs précaires et travailleurs qualifiés,
  • entre actifs et retraités,
  • entre prêteurs et emprunteurs. »

Voilà le seul moyen, selon eux, de ne pas basculer dans un affrontement dévastateur. Pour obtenir ce nouvel équilibre, Artus et Virard prônent une thérapie d’urgence en 10 mesures-chocs, parmi lesquelles le recul immédiat de l’âge de la retraite, la baisse du smic ou encore la création d’un contrat de travail unique. Un manuel de survie à usage des gouvernants. »

Donc je vous redonne le lien vers les matins de France Culture : http://www.franceculture.fr/emission-les-matins-chomage-un-mal-francais-2015-02-02

<Ici un article sur le livre de l’Expansion> qui explique :

« [Les auteurs] portent un regard décapant sur les maux qui rongent les économies occidentales, celle de la France en tête. « Et si la croissance ne revenait pas? » interrogent-ils d’emblée. Une hypothèse sérieuse, qui fait écho à la thèse de la « grande stagnation », développée dès l’été 2012 par l’économiste américain Robert J. Gordon, soutenue par d’éminents confrères tels que Larry Summers ou encore James K. Galbraith, dont l’ouvrage The End of Normal est publié ce mois-ci en français, sous le titre La Grande Crise. »

< Ici un article d’Alternatives économiques qui compare ce livre Croissance zéro avec un autre : stop au mirage de la croissance>

<Laurent Joffrin parle de remède cheval à propos de ce livre>

Ce mot du jour est très long et très lourd.

J’ai la faiblesse de croire qu’il aborde un sujet essentiel.

J’exprime ma plus vive perplexité devant le paradoxe d’un économiste qui me parait intègre qui constate que le modèle qu’il défend ne fonctionne plus, que les chiffres auxquels il croie lui montre que cela ne marche plus mais qui persiste à raisonner dans son modèle et de croire (car il s’agit là de foi pas de rationalité) qu’il peut encore être sauvé ​par des mesures adéquates.

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Jeudi 18 juin 2015

Jeudi 18 juin 2015
«alacrité »
mot de la langue française
Alacrité est un nom féminin qui vient du latin alacritas « vivacité ». Il signifie Gaieté vive, entraînante. Il a pour contraire indolence, langueur, mollesse.
Et bien c’est parce qu’un lointain successeur de Napoléon a trouvé pertinent d’utiliser ce mot tout récemment.
En effet, notre président de la République est allé rendre visite au Président algérien : Abdelaziz Bouteflika qui a 78 ans, ne marche plus, parle avec une élocution que quasi plus personne n’est en mesure de comprendre. Il a subi un AVC en 2013 et doit fréquemment faire des séjours à l’hôpital.
L’Algérie a 38,7 millions d’habitants dont 94,9% a moins de 65 ans. Mais c’est un malade grabataire de 78 ans qui est Président.
Alors, quand le 15 juin 2015, le Président Hollande a dû s’exprimer sur l’état du vieil homme, il a eu cette phrase étonnante : «c’est rare de rencontrer un chef d’État qui a cette alacrité».
Ce n’est pas très flatteur pour les autres chefs d’État, mais c’est déroutant et érudit de s’exprimer ainsi. Vous trouverez cette formule dans cet article du Point : http://www.lepoint.fr/monde/hollande-loue-la-grande-maitrise-intellectuelle-de-bouteflika-15-06-2015-1936753_24.php
C’est ce qu’on appelle un élément de langage. Soit Fabius est le nègre de Hollande, soit ils ont le même nègre.
 <Il semblerait que certains voudraient nous prendre pour des nodocéphales>  Ce qui signifierait «des têtes de nœud »  autre manière de dire « imbéciles ».
C’est navrant.
Mais un facétieux de la Direction des programmes de l’Éducation Nationale nous dirait « Grâce à cet épisode vous avez élargi votre univers lexical.»

Mercredi 17 juin 2015

Mercredi 17 juin 2015
«On a cru que les valeurs de type occidental, celles qui viennent de la révolution française, des vertus chrétiennes et des lumières avaient une valeur mondiale.
On disait les droits de l’homme c’est [universel]
Je ne le crois pas.
Je crois que le monde asiatique, en particulier, a des valeurs confucéennes qui sont des valeurs complétement différentes.»
Jean-Louis Beffa
Dans l’émission un jour dans le monde du 8 avril vers 3:30
Jean-Louis Beffa est un grand patron français, il a surtout été le PDG de Saint Gobain de 1986  jusqu’en 2007.
Il a publié en avril 2015 un livre : «Les clés de la puissance». Dans cet ouvrage il s’attache à montrer sur quoi se fonde la co-domination mondiale de la Chine et des États-Unis, et pour quelles raisons elle n’est pas prête de finir. Tandis que la Chine continue sa progression sans relâche, que les États-Unis se recentrent sur leurs forces, les autres grands émergents ne tiennent pas leurs promesses : la Russie s’isole, le Moyen-Orient s’enferre et le continent africain ne voit aucun futur géant éclore. Seule l’Europe pourrait s’imposer comme troisième puissance, mais elle ne cesse de reculer.
Dans un article joint, Le Monde écrit :  «Beffa passe la planète en revue et évalue les quatre « facteurs de puissance » des grands pays à l’aube d’une nouvelle phase de la mondialisation : « l’industrie exportatrice, les nouvelles technologies couplées au système d’innovation, l’énergie, et les capacités militaires ». Résultat ? Un monde étrange : l’hégémonie américaine a certes disparu, mais sans faire émerger un monde multipolaire. En fait, seuls deux grands ont vraiment soif de pouvoir et dominent tous les débats : Les Etats-Unis et la Chine.
Les Etats-Unis et la Chine s’enferment dans un face-à-face, ou plutôt une rivalité exclusive, un « G2 », faute de combattants pour élargir le cercle. A leur plus grand regret, surtout pour le second, dont la dépendance à l’égard des Etats-Unis inquiète les élites dirigeantes. Derrière ? Personne ou presque. Les puissances moyennes semblent toutes habitées par un grand renoncement. « Une troisième puissance n’est pas prêt d’émerger », regrette l’auteur.
La Russie s’est enfermée avec ses démons et rumine ses vieux rêves de puissance. Le Japon a baissé les bras, il s’abandonne à sa richesse, plus encore à sa vieillesse. L’Inde est « une puissance qui ne s’éveille jamais » : trop repliée sur son marché, trop bureaucratique, trop décentralisée pour décoller comme la Chine. Le Brésil n’est qu’un géant régional aux pieds d’argile, incapable de fédérer autour de lui le sous-continent sud-américain ; quant à l’Afrique, la croissance y est désormais plus forte qu’en Asie, mais le continent souffre de trop de maux pour qu’une puissance globale sorte du lot.
Reste l’Europe, le cas le plus anachronique. « Elle recule depuis plus de dix ans et génère elle-même les moyens de son déclin », juge Beffa. Déjà les Britanniques sont ailleurs, et la tentation mortifère du repli sur soi gagne les esprits partout dans l’Union. Le couple franco-allemand n’a plus d’inspiration, ni de direction.»
Pour parler de son livre il a été l’invité d’Anne Sinclair : <http://www.europe1.fr/emissions/l-interview/jean-louis-beffa-linterview-integrale-939922>
«[Il y a désormais ] des valeurs différentes.
On a cru que les valeurs de type occidental, celles qui viennent de la révolution française, des vertus chrétiennes et des lumières avaient une valeur mondiale.
On disait les droits de l’homme, c’est mondial !
Je ne le crois pas.
Je crois que le monde asiatique en particulier a des valeurs confucéennes qui sont des valeurs complétement différentes.
Dans les valeurs confucéennes, ce n’est pas la démocratie, ce n’est pas la liberté de l’individu qui est primordiale.
C’est une autre méthode : le chef doit diriger ceux qui sont sous ses ordres, ces derniers doivent lui obéir d’une manière disciplinée.
Le chef a la charge cependant de protéger les autres et de veiller à leurs bien être.
Il s’agit d’un équilibre tout à fait différent.»
Je crois que nous autres occidentaux et particulièrement nous français n’arrivons pas à comprendre ou à accepter cette réalité : L’Occident n’a plus le monopole de dire ce qui est le Bien et ce qui est le Mal. Nos valeurs qui sont les droits de l’individu, de la liberté quasi absolu, de la démocratie libérale, de l’égalité ne sont pas partagées.
C’est une grande surprise car la mondialisation économique s’est réalisée sur le modèle occidental : production et consommation de masse, mobilisation de plus en plus importante de capitaux, innovation technologique, explosion de la publicité qui vous pousse à acheter  des choses ou gadgets dont vous n’imaginiez même pas avoir besoin quelques instants avant, généralisation du tourisme de masse.
La pensée d’un monde linéaire en constante croissance avec l’ambition ou l’illusion d’un progrès sans fin est une création de l’Occident.
La plupart des autres civilisations pensait plutôt un monde en stabilité et évoluant selon une logique de cycle.
C’est le modèle occidental qui s’est imposé, la mondialisation est une occidentalisation du Monde : toujours plus haut, toujours plus grand comme le montre par exemple cette inflation de tours de plus en plus hautes à Dubaï, Shanghai, La Mecque, Canton, Taipei, Hong Kong, Kuala Lumpur.
Mais parallèlement, au niveau sociétal et politique les valeurs occidentales ne se sont pas imposées et même sont de plus en plus contestées.
Il faut assimiler cela si l’on veut essayer de comprendre un peu mieux le Monde.

Mardi 16 juin 2015

«Que votre aliment, soit votre médicament»
Hippocrate

Hippocrate né vers 460 av. J.-C. et mort vers 370 av. J.-C., est un médecin grec du siècle de Périclès, mais aussi philosophe, considéré traditionnellement comme le « père de la médecine » car il est le plus ancien médecin grec sur lequel les historiens disposent de sources, même si celles-ci sont en grande partie légendaires et apocryphes.

Il a fondé l’école de médecine hippocratique qui a révolutionné intellectuellement la médecine en Grèce antique, en instituant cet art comme une discipline distincte des autres disciplines de la connaissance auxquelles elle avait traditionnellement été rattachée [source Wikipedia]

Mon amie Florence m’a fait découvrir ce morceau d’anthologie <Le Professeur Joyeux explique comment l’alimentation permet de lutter contre le cancer ou à le favoriser>

Vous rirez beaucoup et vous apprendrez un certain nombre de choses.

C’est lui qui à la fin de cette intervention cite le mot du jour et aussi un propos du biologiste Jean Rostand :

« Il vaut mieux un bon menu qu’une ordonnance»

Il affirme avec assurance que le lait de vache est très mauvais pour notre organisme ainsi que l’excès de gluten.

Il conseille de manger de bons aliments bio et de proximité et de préférer les aliments qui nécessitent une bonne mastication. Il faut d’ailleurs beaucoup mastiquer avant d’avaler.

Le professeur David Khayat, a publié en octobre 2014, <Prévenir le cancer, ça dépend de vous> où il insiste aussi énormément sur l’alimentation.

Il était l’invité d’Anne Sinclair et je l’ai écouté attentivement : http://www.europe1.fr/emissions/l-interview/david-khayat-linterview-integrale-941864

Avec la même assurance que le professeur Joyeux, il énumère les aliments qui préviennent le cancer :

  • Le jus de grenade
  • Le thé vert
  • Le curcuma
  • Le café
  • La tomate
  • Le brocoli
  • Le vin rouge

Ces deux professeurs sont des sommités :

Henri Joyeux, né en 1945 est professeur des universités-praticien hospitalier de cancérologie et de chirurgie digestive à l’université Montpellier.

David Khayat (né en1956) est un oncologue français. Chef du service d’oncologie médicale de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris depuis 1990, il est également professeur de cancérologie à l’Université Pierre-et-Marie-Curie (Paris VI)  et professeur adjoint au Centre médical MD Anderson à Houston au Texas (États-Unis). Il a été élu membre du conseil de direction de l’American Society of Clinical Oncology en 2013. Organisateur du Sommet Mondial contre le Cancer à l’Unesco, il est à l’origine de la Charte de Paris contre le Cancer.

Ils donnent de bons conseils : manger lentement, des bons produits, bien mastiquer etc…

Et ils établissent un lien direct entre la maladie et notamment le cancer et l’alimentation. Il est possible, probable (?) qu’ils aient raison et qu’une bonne alimentation, comme le disait Hippocrate, permet de prévenir des maladies.

Mais c’est ensuite qu’il y a un problème : Ils affirment et se parent de l’autorité de leur professorat que tel aliment a telle vertu et tel autre est nocif.

L’esprit fécond du doute (mot du jour du 3 mars 2015) m’oblige à vous révéler, si vous ne le savez déjà, que ces affirmations ne présentent aucune des garanties de la démarche scientifique.

La dernière fois que j’attendais dans la salle d’attente de mon médecin traitant, j’ai parcouru une revue scientifique qui dévoilait une enquête qui analysait les études alimentaires. Dans un premier temps elle comparait, selon les études, les effets positifs ou négatifs des aliments : le lait, le vin, le café, le thé et quelques autres. Cette enquête constatait que les études pour chacun de ces aliments  qui trouvaient un effet bénéfique étaient de manière très équilibrée contredites par des études qui trouvaient un effet nocif. Je pense d’ailleurs qu’intuitivement vous aviez déjà constaté ce fait : que des études portant sur la nutrition se contredisaient.

Par suite cette revue révèle qu’en réalité pour pouvoir faire des études sérieuses sur la conséquence de la consommation de certains aliments, la durée d’observation, l’échantillon à examiner comme les conditions sont si contraignantes que ces études présentent un coût exorbitant que personne n’accepte de payer.

Les laboratoires n’y ont pas intérêt, ils veulent vendre leurs médicaments, s’il existe des aliments qui pourraient en partie s’y substituer il vaut mieux ne pas les connaître.

La recherche publique est de plus en plus pauvre, elle ne considère pas ce domaine comme prioritaire.

Je m’en suis ouvert à mon médecin et au nutritionniste que je fréquente désormais (pour élargir mon panel de médecins) qui m’ont confirmé ce point que les études qui sont faites ne présentent pas de caractère scientifique et c’est la raison principale pour laquelle elles se contredisent.

Mon nutritionniste a fait une réflexion qui me semble de bons sens et même avoir un caractère scientifique :  Si une étude démontre que la consommation quotidienne d’un litre et demi de lait (c’est une des études qui a été faite) présente des effets négatifs sur la santé, cela ne peut que prouver que la consommation excessive de lait n’est pas bonne, mais pas la simple consommation de lait.

D’ailleurs tout excès est mauvais. Mon nutritionniste m’a appris qu’une vraie étude scientifique avait été réalisée par un laboratoire qui visait à démontrer que les suppléments alimentaires notamment en termes de vitamines que le laboratoire vendait, étaient bénéfiques pour la santé. Cette étude a montré le contraire, il n’est pas bénéfique pour la santé d’apporter un surplus de vitamines ou d’autres éléments nutritionnels. Combler les carences oui, mais donner plus non ! Il semblerait que cette étude a découragé toute étude sérieuse complémentaire.

Donc quand ces sommités parlent avec assurance sur ces sujets, ils expriment une croyance, une foi, une intuition non pas une connaissance scientifique.

<Vous trouverez ici un article de Libération sur différents thèses alimentaires notamment celles du professeur Khayat>

<Ici un autre article critique notamment sur les thèses du Professeur Joyeux> sur un site qui a pour nom : «les pseudos sciences».

Tout ceci ne doit pas nous décourager de manger sainement et de bons  aliments, diversifiés, équilibrés et sans excès.

Ce mot du jour n’a d’autre vocation que de dénoncer des propos excessifs et non démontrés que prononcent certaines blouses blanches du haut de leur réputation.

En attendant ils vendent des livres et d’autres prestations qui abondent leur patrimoine.

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Lundi 15 juin 2015

Lundi 15 juin 2015
«L’uberisation du monde»
Maurice Levy
C’est le patron de Publicis, Maurice Levy, qui a inventé ce concept dans un entretien accordé au Financial Times. Il a dit précisément «Tout le monde a peur de se faire ubériser, de se réveiller un matin pour s’apercevoir que son business traditionnel a disparu ».
Garrett Camp qui a fondé UBER avait pour objectif  de réduire le nombre de véhicules particuliers et de devenir acteur d’un écosystème de transports partagés. Noble entreprise !
Le cœur du produit est une application lancée à San Francisco en 2010 sur iOS (apple) et Android(les autres smartphones et tablettes) pour mettre en relation des personnes souhaitant être véhiculées et des chauffeurs de voitures.
Quand on saisit Uber sur son ordinateur et qu’on clique sur le premier résultat on tombe sur ce site :
Dans un premier temps Uber a mis en relation des clients avec des VTC (voiture de transport avec chauffeur) qui sont des exploitants professionnels. Depuis ils ont fait mieux en créant UberPop qui met en relation des clients et des simples particuliers transformés en chauffeurs
Bien sûr pour le consommateur c’est un service facilement accessible et moins cher que les taxis.
Pour l’entreprise Uber c’est aussi un service très lucratif. Dans cet article vous lirez que UBER double son CA tous les 6 mois et qu’elle a vraiment la côte auprès des investisseurs.
Pour le chauffeur VTC nous sommes dans l’univers de l’autoentrepreneur, précaire et qui peut gagner convenablement sa vie en travaillant plus que beaucoup : http://rue89.nouvelobs.com/2014/02/20/pierre-chauffeur-vtc-a-paris-3-460-euros-mois-monde-requins-250117
Donc si vous êtes consommateur et que vous avez un emploi, au sens classique de ce terme, et que vous gagnez convenablement votre vie, vous êtes très content de faire appel à Uber. Mais un jour, comme le dit Maurice Levy, vous allez avoir une surprise : votre métier aura été ubérisé. Vous trouverez une analyse de cette évolution dans cet article de l’Expansion  :  http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/l-economie-francaise-va-t-elle-se-faire-uberiser_1635189.html#fstmMWEvzOhGeZZG.99
Quelques extraits : « Concurrencés par les VTC, les taxis ont peur de disparaître. Concurrencés par Airbnb, les hôteliers peinent à remplir leurs chambres. Amazon menace les libraires et les éditeurs. Google tient la presse sous assistance publicitaire. Des professions, installées depuis des lustres, découvrent qu’elles sont fragiles. Dans un entretien accordé au Financial Times, le PDG de Publicis, Maurice Lévy, résume: « Tout le monde commence à avoir peur de se faire uberiser. De se réveiller un matin pour s’apercevoir que son business traditionnel a disparu ». Mais Uber n’effraie pas que les patrons.
La nouvelle économie digitale ne s’attaque pas seulement aux professions en voie de vieillissement. Les auteurs d’un rapport sur la fiscalité des géants du Web, remis au ministère des Finances en 2013, signalaient que « les gains de productivité générés par l’économie numérique ne se traduisent pas par des recettes fiscales supplémentaires pour les grands Etats ». Les bénéfices fuient les pays développés pour les paradis fiscaux. En cause, un droit fiscal « inadapté ». Pierre Collin et Nicolas Colin, les rapporteurs, mettaient en garde contre une « spirale mortifère ». Le numérique gagnant tous les secteurs d’activité, les marges pourraient être délocalisées et manquer au PIB. Une situation « sans précédent historique », prévenaient-ils.
C’est aussi contre une « distorsion fiscale » que met en garde l’économiste de l’OFCE Guillaume Allègre, à propos des stars de l’économie collaborative que sont Uber et Airbnb. Dans un post de blog sur Libération.fr, il met en garde: l’économie collaborative risque d’entraîner une « perte sociale importante ».
Airbnb s’attaque à « la rente » des propriétaires d’hôtels bien placés au centre-ville, ce qui est favorable au consommateur. Mais le fait que le « travail collaboratif » du propriétaire qui loue son bien ou du locataire qui le sous-loue ne soient pas soumis aux mêmes charges que celui de l’hôtelier est une « distorsion », qui devient « maximale » à mesure que le travail collaboratif devient plus courant – à plus forte raison s’il n’est pas déclaré.
Attention, avertit également Guillaume Allègre: l’économie collaborative ne bénéficie pas des économies d’échelle de l’économie traditionnelle. Le travail collaboratif occasionnel étant « très peu productif », il est aussi « très peu rémunéré ». Pour le plus grand profit des tycoons du secteur
[En anglais, tycoon signifie magnat ou homme d’affaires prospère (appelé autrefois également nabab).]
« Le travail collaboratif crée une distorsion fiscale très importante avec le travail salarié, précise Guillaume Allègre à L’Expansion. Il réduit l’avantage d’avoir un emploi salarié, puisque les micro-revenus qu’il procure sont parfois cumulables avec le chômage ou des allocations parentales. On risque d’avoir une économie à deux vitesses, avec d’un côté des salariés à plein temps, de l’autre des précaires qui cumulent des micro-revenus ».
Si le travail collaboratif se répand, d’aucuns seront tentés de rester plus longtemps hors-emploi salarié, augmentant d’autant la charge des cotisations sociales des salariés. Une situation intenable à long terme, surtout si les bénéfices des entreprises qui emploient ces nouveaux travailleurs ne participent pas assez aux recettes sociales et fiscales. « Le statut d’auto-entrepreneur a, le premier, creusé une brèche dans la norme de la société salariale », rappelle Guillaume Allègre. Auto-entrepreneur, précisément le statut de nombreux chauffeurs Uber… Le CDI et ses charges sociales importantes? De l’histoire ancienne pour l’économie du partage. »
Je cite : «Cette crainte, on la retrouve chez les chauffeurs de taxis face à la concurrence d’Uber et de ses services de VTC (Voitures de transports avec chauffeurs). Alors, ce que fait Uber, c’est de mettre directement en relation le consommateur qui a besoin de se déplacer avec des chauffeurs indépendants. Ils ne sont ni des artisans taxis, qui ont besoin d’acheter à prix d’or leurs licence, ni des salariés d’une compagnie de taxi.
Et c’est un peu le même modèle qu’on retrouve avec Airbnb, qui vous permet de louer une chambre ou un appartement directement auprès du propriétaire. C’est de l’économie collaborative.
A la base de ce phénomène, il n’y a pas de nouveaux services, il s’agit toujours d’aller d’un point à un autre dans une voiture ou encore de trouver une chambre pour un week-end ou quelques jours de vacances. Rien de neuf sous le soleil.
Ce qui est nouveau, et ça n’est possible que grâce à la révolution numérique, aux smartphones et aux applications, c’est la désintermédiation, plus besoin de passer par une société de taxi, plus besoin de passer par un hôtel. Entre le client et le service dont il a besoin,  il n’ y a plus qu’un clic, et qui dit moins d’intermédiaires, dit aussi moins de coût et donc des tarifs attractifs.
Le succès d’Uber est évidemment l’exemple le plus criant. Créée en 2009, l’entreprise est aujourd’hui présente dans 58  pays, génère un milliard de chiffre d’affaire et représente une valorisation boursière de 40 milliards de dollars, c’est colossal, c’est plus que toutes les compagnies aériennes américaines réunies. Une uberisation qui s’étend peu à peu à tous les secteurs de l’économie. C’est en effet le cas pour les transports et l’hôtellerie mais les acteurs de cette uber économie ont déjà d’autres idées en tête. Aux Etats-Unis, Uber  expérimente ainsi un service de livraison à domicile et Amazon, le géant de l’internet a lancé une plateforme de services à la personne : travaux d’électricité, plomberie, jardinage ou encore cours de maths ou de yoga.
L’uberisation de l’économie, à terme, c’est aussi celle du monde du travail. Cette « uber économie » n’a plus besoin de salariés, seulement d’une force de travail disponible au coup par coup. Des travailleurs indépendants donc, mais précarisés et privés des avantages du salariat (protection sociale et salaires  fixes). Au fond, l’uberisation de l’économie, c’est l’avènement de l’auto-entrepreneur. En France, ils sont déjà près d’un million, au Royaume-Uni, plus de 4 millions soit près de 15 % des travailleurs, quant aux Etats-Unis, certaines études (MBO Partners) prédisent que d’ici 2020, c’est à dire demain, il y a aura plus d’auto-entrepreneurs que de salariés.»
Ces évolutions semblent inéluctables.
Force est de constater que notre modèle économique et social  actuel va être violemment secoué.
Comment financer la santé, la retraite et tous les autres pans de notre Etat Social avec une économie uberisé ?

Vendredi 12 juin 2015

Vendredi 12 juin 2015
«C’est La chaine de la vie contre la chaîne de la mort»
Dounia Bouzar
Dounia Bouzar, est anthropologue du fait religieux. Elle a créé en avril 2014 le centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam : http://www.cpdsi.fr/
Elle était l’invité du 7/9 de France Inter du 14 mai 2015 : < http://www.franceinter.fr/emission-le-79-dounia-bouzar >
C’est à la fin de cette émission qu’elle a eu ce mot «C’est La chaines de la vie contre la chaîne de la mort, Nous sommes tous acteurs et nous nous donnons la main»
Parce qu’elle explique que lorsque des jeunes sont embrigadés dans cette dérive sectaire, il n’est plus possible de les atteindre par un discours rationnel. La seule possibilité, selon elle, de les faire évoluer est de renouer les liens d’affection avec la famille proche et notamment les parents.
Elle confirme le nombre important de convertis dans cette dérive, c’est à dire des jeunes qui ne sont pas nés dans des familles musulmanes. L’islam dans ce phénomène n’est pas déclencheur, mais utilisé parce qu’on trouve aujourd’hui dans cette religion des « fous de Dieu » qui l’instrumentalise pour en faire une utopie meurtrière.
Elle raconte aussi que les commanditaires, ceux qui envoient les autres se faire tuer, alors qu’eux même se protègent, utilisent tous les stratagèmes pour pousser des jeunes vers le terrorisme et la mort. Elle a évoqué ainsi une jeune fille qui avait perdu son frère et en était très malheureuse. Des djihadistes sont arrivés à la convaincre que le meilleur moyen de le rejoindre rapidement  était de mourir en martyr, elle pouvait alors tout « en plaisant à Dieu » accélérer ses « retrouvailles » avec son frère.
Beaucoup de témoignages pendant l’émission ont montré des parents qui avaient pu renouer le fil perdu avec leurs enfants grâce à l’organisation mise en place par cette femme..
Dans ce même article elle détaille aussi les 4 degrés dans l’indication de la rupture :

Premier degré : le jeune ne fréquente plus ses anciens amis car ils sont impurs, ne sont pas dans le vrai.

Deuxième degré : le jeune arrête ses activités de loisirs – le sport, la peinture, la musique… –, car elles sont le produit de Satan.

Troisième degré : la rupture scolaire, car l’école enseigne les valeurs de Satan.

Quatrième degré : la rupture parentale, lorsque l’autorité du groupe se substitue à elle.

J’ai trouvé cette femme très intéressante et particulièrement investie dans ce noble combat qui peut surgir, sans qu’on s’y attende, dans nos familles.
Certains articles sont plus critiques et montre la complexité du personnage tout en reconnaissant son travail positif sur la cause qu’elle défend. Par exemple : http://rue89.nouvelobs.com/2015/03/12/dounia-bouzar-lexperte-derives-djihadistes-arrangeuse-verites-258151
S’il existe des saints, ils ne sont pas sur terre. Ici il n’y a que des femmes et des hommes avec leurs forces et leurs faiblesses. Aimons à regarder leurs forces.

Jeudi 11 juin 2015

Jeudi 11 juin 2015
« Le XXIe siècle sera le siècle de l’autoritarisme. »
Ralf Dahrendorf
Sociologue allemand (1929-2009)
En réalité, le parti AKP est très largement majoritaire, seulement il n’a pas plus la majorité absolue et il ne pourra probablement pas modifier la constitution comme le souhaitait Erdogan. Ce dernier voulait, en effet, donner plus de pouvoir au Président, poste qu’il occupe.
Nous verrons bien comment Erdogan va surmonter cette difficulté. Il est possible que pour obtenir la majorité absolue il s’allie à un Parti ultra nationaliste, ce qui constitue une perspective peu réjouissante.
Mais Erdogan est un de ces gouvernants qui semble donner corps à la prédiction d’un sociologue allemand qui a écrit « Le XXIe siècle sera le siècle de l’autoritarisme. » Ahmet Insel a décrit cette dérive autoritaire dans son dernier livre  <La nouvelle turquie d’Erdogan, du rêve démocratique à la dérive autoritaire> qui vient de paraître aux éditions La Découverte. Il était l’invité de Nicolas Demorand pour parler de ce livre : http://www.franceinter.fr/emission-un-jour-dans-le-monde-la-nouvelle-turquie-derdogan-une-turquie-a-deux-visages
Dans un autre épisode de la même émission Nicolas Demorand avait invité Christophe Jaffrelot pour parler de la puissance indienne lors de la visite officielle que Narendra Modi, le premier ministre indien avait effectué en France. Jaffrelot n’avait pas évoqué Dahrendorf, mais avait parlé du régime indien comme d’une forme dégradée de la Démocratie
http://www.franceinter.fr/emission-un-jour-dans-le-monde-la-puissance-indienne-en-questions
Christophe Jaffrelot donne la définition de ce nouveau type de démocratie : «Les électeurs sont encore en mesure de sortir les sortants, ce qui n’est pas rien et n’existe pas par exemple  en Chine ou en Iran bien qu’il y ait des élections dans ces deux pays.
Mais notre acceptation de la démocratie va bien au-delà : Séparation des pouvoirs, liberté de la presse, justice indépendante. » Toutes choses qui n’existent pas ou de manière très amoindrie dans ces régimes. En outre, il apparaît un point commun entre ces différents régimes autoritaires : «Une Relation très forte entre les milieux d’affaire et les gouvernants. ». Ce dernier point entraînant une corruption encore accrue par rapport aux autres démocraties.
Outre la Turquie D’Erdogan, l’Inde de Modi, nous avons aussi la Russie de Poutine, la Hongrie d’Orban qui sont sur ce chemin où le peuple abandonne sa souveraineté et les protections des régimes libéraux à un autocrate.
Ce type de démocratie menace t’elle de s’implanter en France ? Certaines fractions de la population y aspirent-elles ? Certains hommes politiques en rêvent-ils ?

Mercredi 10 juin 2015

Mercredi 10 juin 2015
« Dans une prison, on peut toujours retrouver la liberté intérieure pourvu qu’on se consacre aux études »
Robert Badinter
Parole qu’il a dite au dernier condamné à mort en France après qu’il fut sûr qu’il ne serait pas exécuté.
La peine de mort a été abolie en France en 1981, Robert Badinter avait été nommé Ministre de la Justice pour réaliser cette évolution de notre législation et ce progrès de l’Humanité.
Il semblerait, selon certains sondages récents, que les français seraient de nouveau favorables à ce crime institutionnel.
Quand la France a aboli la peine de mort elle a été le 35ème Etat dans le Monde mais le dernier de L’Europe occidentale : L’Allemagne ce fut en 1949, La Grande Bretagne en 1973, L’Italie en 1947 et l’Espagne en 1978, La Suède en 1921 !
Aujourd’hui on est à 99 Etats abolitionnistes. Sur les restants plus de la moitié sont abolitionnistes de fait : ils n’exécutent plus.
L’abolition n’a cessé de croître.
Un de nos concitoyens Serge Atlaoui est condamné à mort en Indonésie parce qu’il a travaillé à l’installation de machines industrielles (il est artisan soudeur) qui servait à fabriquer de la drogue, ce qu’il prétend avoir ignoré.
A cette occasion Robert Badinter avait été invité pour reparler de son combat contre la peine de mort. :  http://www.europe1.fr/mediacenter/emissions/le-club-de-la-presse/sons/europe-soir-le-club-de-la-presse-29-04-15-2441003
Il a, comme toujours, défendu avec chaleur et conviction son combat pour l’abolition.
Et il a évoqué sa rencontre, le lendemain e la victoire de François Mitterrand avec le dernier condamné à mort français qui attendait son exécution : Philippe Maurice.
Le mot du jour est une des paroles qu’il lui a dite ce jour là
« Le lendemain de l’élection de Mitterrand […] je suis allé à la maison d’arrêt de Fresnes où il était dans la cellule des condamnés à mort.
Je lui ai dit votre vie est sauvée vous allez devenir le symbole de l’abolition. Alors vous pouvez encore rêver d’une évasion et rejoindre ce que vous avez fréquenté jusqu’alors et c’est un désastre pour l’abolition.
Pensez aux autres. Vous savez vous êtes très intelligent,
Rappelez-vous : Dans une prison, on peut toujours retrouver la liberté intérieure pourvu qu’on se consacre aux études ce que vous êtes capable. »
« Trois décennies plus tard [après 1981], œil vif et tempes grises, le “symbole” se porte bien. Libéré en 2000, on le cite en modèle de réhabilitation, parfait contre-exemple d’un Patrick Henry. Désormais spécialiste du Moyen-Âge, Philippe Maurice anime un séminaire à l’Ecole des Hautes Études de Paris. La violence de l’univers carcéral, qu’il ne cesse de dénoncer, n’a pas eu sa peau. Par quel miracle ? “J’ai décidé, un jour, de ne plus me laisser porter par la haine.” Se cultiver, en purgeant sa longue peine, au lieu de cogner les poings contre les murs : “J’ai découvert la joie d’apprendre.”
Malgré les railleries et brimades d’un entourage hostile, le taulard se met à étudier. Seize heures par jour, comme un damné… Il assimile le latin, se plonge dans les antiques registres des notaires de Lozère. L’administration a bien voulu lui accorder un lecteur de microfilms. Il s’évade dans la guerre de Cent Ans. Jacqueries, famines, épidémies et saints pèlerinages constituent son univers quotidien. À fréquenter ainsi le temps des cathédrales, il finit par bâtir la sienne : une thèse de 1200 pages sur “la famille en Gévaudan au XV e siècle”. En 1998, bénéficiant d’une permission spéciale, il ira la soutenir – sous escorte – à l’université de Tours. Et “l’irrécupérable” devient docteur en Histoire médiévale, félicitations unanimes du jury. Avec ce compliment, jamais oublié, d’un professeur de la Sorbonne : “Merci, vous m’avez rendu plus intelligent.”
Un condamné à mort touché par la grâce ? Uniquement sur le plan juridique, alors. Parce que Dieu ne lui parle guère et l’angélisme non plus : “Ce n’est pas le système pénitentiaire, parfaitement destructeur, qui a permis ma réinsertion. Plutôt la main tendue par de rares individus, dont deux sous-directeurs de maison d’arrêt…”
À 55 ans – intellectuel reconnu par ses pairs, heureux papa d’une fillette – le rescapé voit le monde sous un nouveau jour. “J’ai même quelques amis magistrats”, admet-il dans un sourire. On le sent lucide, apaisé, prêt à affronter des bonheurs ordinaires… Son édifiant parcours, pourtant, lui impose des obligations : “On me sollicite beaucoup, je milite au sein d’une association pour l’abolition universelle. C’est bien le moins…” »
L’ex-détenu, jadis promis à la décapitation, a gagné ses galons de citoyen. Enfin, presque : «Je reste privé de mes droits civiques »

Mardi 9 juin 2015

Mardi 9 juin 2015
« Ils sont fous ces Coréens »
Eric Surdej
Éric Surdej a été, pendant dix ans, d’abord directeur général, puis président de la filiale française du coréen LG. Il a raconté son expérience dans un livre publié chez Calmann-Lévy « Ils sont fous ces Coréens !»
Ainsi il pose la question :  « Savez-vous à quoi on reconnaît une entreprise coréenne ? ». La réponse est : « à l’emplacement du bureau de son président : juste au-dessus de l’entrée. C’est moins pour lui une façon de montrer son leadership sur sa société… que de surveiller les entrées et les sorties des membres du personnel. Flicage indispensable pour un manager coréen censé connaître parfaitement le temps que ses employés passent à leur travail.»
Ainsi dans un commentaire du Point on lit : « Ce qu’il raconte des méthodes de travail des Coréens est tellement excessif et stupéfiant que cela en devient comique. Au point que l’on finirait par trouver réconfortantes les folies du nouveau secrétaire général de la CGT réclamant pour les Français une semaine de 32 heures, ou les idées baroques des jeunes socialistes plaidant pour généraliser une année sabbatique à tous les salariés afin de réduire le poids du chômage.
Car dans une entreprise coréenne, même installée en France, la moyenne du temps de travail est de dix à douze heures par jour. Samedi compris. Des journées entrecoupées, il est vrai, de deux pauses de 40 minutes à la cantine de la firme. L’une pour le déjeuner, à midi précis, l’autre pour un dîner à 18 heures. Mais ce ne sont pas là de vrais moments de détente puisqu’il est exclu de parler avec ses voisins de table d’autre chose que du travail et de ceux qui le font. À condition que ce soit pour les dénigrer. Dans ces conditions, rien de surprenant à ce que l’Inspection du travail vienne enquêter et inflige souvent des pénalités à la société coréenne, qui n’en tient aucunement compte, joue la montre, multiplie les appels et préfère à la fin payer plutôt que de se remettre en question.
Le pire tient peut-être dans la façon de noter les collaborateurs. Sans qu’intervienne aucun critère objectif ni même qualitatif. Les Coréens ont découvert que, dans une entreprise, « toute tâche peut être découpée jusqu’à un niveau de détail infinitésimal ». Résultat : chaque employé ou cadre reçoit tous les mois une feuille de route qu’il n’a pas le loisir de discuter, mais qui définit précisément les dizaines d’objectifs qu’il doit viser. Le temps pour visser un boulon, comme le nombre de secondes mis pour répondre au téléphone. En effet, dans une entreprise coréenne, on doit décrocher à la première sonnerie pour montrer qu’on est à son poste. À la fin de la période de référence, le salarié devra cocher les résultats obtenus : en vert si l’objectif est atteint à 100 %, en jaune s’il n’a été rempli qu’entre 95 et 99 %, en rouge en dessous de 95 %. Et là, dit l’auteur, on frôle la catastrophe. Chacun vivant dans le stress permanent des trois couleurs dont il faudra répondre devant une commission.»
<Il était aussi l’invité de l’émission de Nicolas Demorand le 13 mars 2015> où il raconte notamment qu’à LG il y a 7 niveau de cadres, le dernier niveau comptant 400 membres. Seuls sont récompensés ceux obtenant les meilleurs résultats dans une compétition exacerbée.
Pour les 400 du dernier niveau, ils reçoivent en début d’année des objectifs et ceux qui n’arrivent pas à les atteindre sont virés. Aucune excuse n’est admise il y a une analyse binaire vous avez atteint vos objectifs ou non.
Un autre article nous montre « cette perception déshumanisée, effrayante, des Coréens, sortes d’automates uniformes prêts à prendre nos emplois : à quel point ils évoluent tels des robots dans des organisations inhumaines ; à quel point ils sont corvéables à merci, 12 à 14 heures par jour, jusqu’à leurs lits de mort, sans que ça les dérange.»
En résumé si nous sommes bien en compétition dans le cadre de la mondialisation avec des adversaires ayant ces valeurs et cette capacité à s’y soumettre, nous n’avons aucune chance.
Cependant des critiques semblent avoir été émises sur ce livre comme décrivant une réalité mais déjà dépassée. Car les jeunes coréens ne sont plus peut être tout à fait prêt à suivre l’exemple de leurs ainés.
Ainsi on lit : «Bien entendu que cette vie les dérange. Il suffit pour s’en convaincre, de consulter le classement des pays en fonction du taux de suicide établi par l’OMS, où la Corée du Sud figure en seconde position. Il suffit également de discuter avec un nombre croissant de jeunes diplômés coréens qui aspirent à autre chose que le parcours de leurs paternels éreintés par une vie entière au service de leurs employeurs, pour se retrouver au crépuscule de leurs vies avec une retraite précaire et un foyer en miette. Bref, il aurait fallu que l’auteur s’intéresse aux Coréens en plus de son expérience chez LG, avant se prononcer sur leur degré d’humanité, ou leur degré de folie. »
Nous avons peut-être un espoir que ces « forçats du travail » nous rejoignent dans nos aspirations à la liberté et à d’autres occupations que le seul travail professionnel.
Sinon …

Lundi 8 juin 2015

Lundi 8 juin 2015
«Le procès à front renversé »
[Concernant TEFAL et une inspectrice du travail]
Titre d’un article de l’humanité sur un procès à Annecy contre Laura Pfeiffer, inspectrice du travail
Nous lisons dans <cet article de L’humanité> : «L’affaire, dévoilée par l’Humanité, commence en janvier 2013. Une jeune inspectrice du travail, Laura Pfeiffer, [….] découvre une irrégularité dans l’accord 35 heures signé treize ans plus tôt [dans l’entreprise TEFAL]. Elle demande sa renégociation avec pour conséquence éventuelle de transformer des heures «normales» déjà travaillées en heures supplémentaires, donc majorées, devant être réglées comme telles par l’entreprise. Refus de la direction, et bras de fer, pendant plusieurs semaines, avec l’inspectrice du travail. C’est alors que la fonctionnaire se voit convoquée, le 19 avril, par son supérieur hiérarchique, Philippe Dumont, directeur départemental du travail. Quelques jours plus tôt, et devant ses collègues, l’homme aurait reproché à l’inspectrice de «mettre le feu dans cette grosse entreprise». En face-à-face, cette fois-ci, «il me demande de revoir ma position sur l’accord RTT [de Tefal], en m’indiquant que si je continue de la sorte, je vais perdre toute légitimité et toute crédibilité», explique-t-elle dans une plainte adressée au Conseil national de l’inspection du travail (Cnit, sorte de conseil de l’ordre de la profession). La jeune femme dispose alors d’une semaine pour revoir son jugement. «Une menace», demande-elle ? «Une mise en garde», lui aurait répondu Dumont. A ce stade, les pressions exercées par son supérieur constituent déjà une violation de la convention 81 de l’Organisation internationale du travail sur l’indépendance de l’inspection du travail, rappelle l’Huma.»
D’ailleurs l’avis Conseil national de l’inspection du travail (CNIT) du 10 juillet 2014, sollicité sur cette affaire est sans ambigüité :
«il résulte des éléments recueillis lors de l’instruction que les griefs formulés par des responsables de l’entreprise mettant en cause l’impartialité de l’inspectrice du travail accusée d’avoir fait preuve d’acharnement à son encontre sont dépourvus de fondement. »
Vous trouverez cet avis du CNIT <Ici> et vous y lirez aussi cette phrase : « Il est regrettable que, dès lors qu’elles ont été rendues publiques, aucune intervention  publique  des  autorités administratives ou  de  l’autorité  centrale  de  l’inspection du  travail  ne  soit  venue  les  condamner  et  rappeler les  principes  de  droit  interne  et international qui garantissent l’indépendance de l’inspection du travail  »
Mais vendredi dernier, ce n’était ni TEFAL, ni le directeur de Laura Pfeiffer qui était convoqué par le Tribunal.
Non ! Ceux qui étaient convoqués étaient Laura Pfeiffer ainsi qu’un informaticien de TEFAL qui avait révélé à l’inspectrice les manœuvres que TEFAL avait entreprise pour d’abord demander à sa hiérarchie de l’influencer puis de la déplacer. Ce qui leur est reproché c’est la divulgation d’informations confidentielles. Le fait que ces informations confidentielles révèlent des scandales de connivence et de laxisme de la part de la Direction du Travail ne pose pas problème, ce qui pose problème c’est le fait que l’on utilise des informations internes pour révéler le scandale.
Libération dans son article du 4 juin 2015, signale, en outre, une relation ambigüe entre le Directeur départemental du Travail et la direction de TEFAL, car il semblerait qu’il soit devenu leur obligé en raison d’une faveur que la Direction lui a accordé.
Vous trouverez  dans ces autres articles des précisions sur toute cette histoire : http://www.liberation.fr/economie/2014/10/14/a-l-inspection-du-travail-la-casserole-tefal_1121593
Le Procureur qui semble t’il a pris le mauvais parti, a affirmé vouloir «faire le ménage» au sein de l’inspection du travail.
On dit :  « quand le sage montre la Lune, le fou regarde le doigt », nous voyons un certain nombre de fous dans cette histoire.
Et pensez-vous qu’au bout de l’affaire, quand l’émoi populaire suscité par cette injustice aura permis à Laura Pfeiffer d’en finir avec cette histoire, que le Directeur coupable non seulement de ne pas avoir soutenu sa collaboratrice mais en plus d’avoir été le complice de ceux qui étaient dans l’illégalité, le procureur qui a exprimé un avis public déontologiquement inacceptable et bien sûr les membres de la Direction de TEFAL coupable de manœuvres indignes, seront inquiétés juridiquement ?
Je ne le pense hélas pas.