Vendredi 6 Février 2015

«L’exception française ce n’est pas la non ouverture des magasins le dimanche,
L’exception française c’est la non ouverture des bibliothèques»
Patrick Weil
Historien et spécialiste des questions de citoyenneté et d’immigration,
Patrick Weill était l’invité du 7-9 de France Inter de ce mercredi 4 février sur le thème de la laïcité.
Je vous donne, à la fin du message, le lien vers la page de cette émission très intéressante.
Il dit des choses simples : « la laicité c’est le droit de pratiquer sa Foi et le droit de blasphémer, l’un ne va pas sans l’autre »
Il tient aussi des propos plus iconoclastes « Qu’on laisse en paix les femmes voilées »
Mais ce qui m’a surtout interpellé ce sont les propos qu’il a tenu sur les bibliothèques. Il faut savoir qu’il est président de Bibliothèques Sans Frontières,  ONG française, à but non lucratif, également présente en Belgique, au Mexique, aux États-Unis et au Portugal qui vise à faciliter l’accès au savoir dans les pays en voie de développement par l’appui au développement des fonds des bibliothèques, des écoles et des universités, la formation de documentalistes, l’informatisation de centres documentaires et la structuration de réseaux de bibliothèques.
Il a dit notamment
« Vous savez combien de temps ouvre en moyenne une bibliothèque publique en France ? 15 heures par semaine
Il n’y a que 6% des bibliothèques françaises qui ouvrent 30 heures ou plus.
A Amsterdam ils ouvrent 70 heures.
C’est à dire que ce grand pays de la culture, de la laïcité a ses bibliothèques fermés.
Il y a un projet de Loi en discussion actuellement qui projette d’ouvrir les magasins, en France, le dimanche
L’exception française ce n’est pas la non ouverture des magasins le dimanche, en Allemagne ils sont fermés.
L’exception française c’est la non ouverture des bibliothèques
C’est là qu’on peut se cultiver […]
C’est là que les enfants qui n’ont pas l’internet, pas de livres chez eux peuvent aller travailler dans le calme
Vous savez Steve Jobs et Bill Gates n’ont pas préparé la création de leurs entreprises dans les magasins le dimanche, mais dans les bibliothèques.
Aux Etats Unis les bibliothèques sont ouverts jour et nuit.»
Il parle des bibliothèques dans la seconde vidéo de la page un peu après 5 mn.
Moi qui croyais de Steve Jobs et Bill Gates avaient commencé leur fabuleuse aventure dans des garages, mais à y bien réfléchir probablement que Patrick Weil a raison ils ont certainement commencé dans les bibliothèques.

Jeudi 5 Février 2015

Jeudi 5 Février 2015
« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »
Dans le mot du jour d’hier, Gérard Berry évoquait son scepticisme quant à la possibilité d’une vraie intelligence artificielle.
Il faut se rendre à l’évidence que son point de vue n’est pas largement partagée.
Beaucoup de « sachant » la croit non seulement possible mais surtout sont inquiets sur de telles perspectives.
Ainsi, après le chercheur Stephen Hawking et Elon Musk le président de l’entreprise américaine TESLA qui conçoit et fabrique des véhicules électriques haut de gamme, c’est au tour de Bill Gates de demander à ce que chacun réfléchisse aux progrès de l’intelligence artificielle.
Le fondateur de Microsoft confie son inquiétude sur le sujet et considère que l’utilisation de ce type de technologie doit provoquer des réflexions en chacun de nous.
Interrogé dans le cadre d’une session de questions/réponses organisée sur le site Reddit, Bill Gates explique : « Je suis dans le camp de ceux qui se préoccupent de l’évolution des super intelligences. Tout d’abord, les machines exécuteront de nombreuses tâches à notre place et n’auront pas besoin d’être réellement dotées d’une intelligence redoutable. Ce doit donc être un mouvement positif si nous les gérons correctement. Mais plusieurs décennies après, cette même intelligence sera suffisamment puissante pour qu’elle représente un problème. Je suis donc totalement en accord avec les propos d’Elon Musk et d’autres à ce sujet, et je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi certaines personnes ne s’en préoccupent pas ».
L’ancien dirigeant de Microsoft souhaite donc que les progrès futurs de l’intelligence artificielle puissent être observés et éventuellement interrogés. Il considère cependant la technologie comme un élément important de nos sociétés.
Des inquiétudes déjà formulées par Stephen Hawking ou Elon Musk
Dans une tribune co-signée avec trois autres scientifiques, le physicien Stephen Hawking a formulé cette année des inquiétudes similaires au sujet du développement des intelligences artificielles. Leurs propos, repris dans la presse britannique, évoquaient les réalisations actuelles comme des éléments qui « feront sans doute pâle figure par rapport à ce que les prochaines décennies apporteront »
« On peut imaginer que cette technologie soit capable de déjouer les marchés financiers, de dépasser les scientifiques humains, de manipuler les dirigeants et développer des armes qu’on ne puisse pas comprendre. L’incidence à court terme de l’intelligence artificielle dépend de celui qui la contrôle, mais, à long terme, cela dépend de la possibilité concrète de la contrôler », ajoutaient les chercheurs.
Plus récemment, Elon Musk, a également livré ses inquiétudes à ce sujet. Le dirigeant de Tesla et SpaceX expliquait qu’avec l’intelligence artificielle, « nous invoquons un démon. Dans toutes les histoires mettant en scène un type avec un pentagramme et de l’eau bénite, il est sûr et certain qu’il va pouvoir contrôler le démon. Sauf qu’il n’y arrive pas. » Là encore, l’entrepreneur en appelait à la prudence.
Pour l’instant, il semblerait que nous pouvons continuer à traiter notre ordinateur d’abruti (cf. le mot du jour du 4 février) mais pour combien de temps encore ?

Mercredi 4 Février 2015

Mercredi 4 Février 2015
« Fondamentalement, l’ordinateur et l’homme sont les deux opposés les plus intégraux qui existent.
L’homme est lent, peu rigoureux et très intuitif.
L’ordinateur est super rapide, très rigoureux et complètement con. »
Gérard Berry
Informaticien, Professeur au Collège de France
L’informatique est de plus en plus présente dans notre vie, c’est pourquoi le regard d’expert mais aussi décalé de Gérard Berry, qui selon Rue89 est un des plus grands informaticiens français, est particulièrement intéressant.
Il commence par cette histoire : une fille de10 ans demande à sa mère :
« Mais maman, je ne comprends pas. Tu m’as dit que quand tu étais petite, tu n’avais pas d’ordinateur, comment est-ce que tu faisais pour aller sur Internet ? »
La petite fille n’imagine pas un monde sans Internet. Internet, pour elle, c’est comme l’herbe ou l’arbre, ça fait partie du monde.
En revanche il ne croit pas en l’intelligence artificielle : « Je n’ai jamais cru que les robots pourraient faire des actions intelligentes. On dit :  » Mais l’ordinateur sait jouer aux échecs.  » Oui, ça prouve que les échecs sont un jeu facile, c’est tout. C’est dur pour les hommes, mais ce n’est pas dur en soi. Un homme ne sait pas faire une addition. En revanche, il sait composer de la musique.
[…] Fondamentalement, l’ordinateur et l’homme sont les deux opposés les plus intégraux qui existent. L’homme est lent, peu rigoureux et très intuitif. L’ordinateur est super rapide, très rigoureux et complètement con. On essaie de faire des programmes qui font une mitigation entre les deux. Le but est louable. Mais de là à y arriver…»
Il regrette aussi qu’« En France, on n’a pas cru en l’informatique. […] La France est un pays minier, orienté vers la matière et l’énergie. On a fait le TGV, l’Airbus, mais on n’a jamais fabriqué un ordinateur décent. Raisonner sur la matière et l’énergie, et raisonner sur l’information, c’est très différent. »
Et il nous met en garde sur l’avenir et sur la sécurité informatique « La plupart des ordinateurs sont embarqués, il faut s’y faire. 98% de l’informatique est dans les objets, sans contact direct avec l’homme.
C’est très bien de s’inquiéter de la sécurité de son téléphone, mais les freins de sa bagnole, c’est autrement plus critique. Or des gens ont montré qu’on pouvait prendre le contrôle des freins et les désarmer, à distance. Tout ça est ignoré. Il serait temps de s’occuper de ce problème avant qu’il ne devienne vraiment emmerdant.»
Et il explique qu’«Un système est sûr non pas quand il est inattaquable – ce qui est théoriquement impossible –, mais quand ça coûte trop cher de l’attaquer. »
Et il finit l’article par cette définition de la programmation : «qu’est-ce que programmer un ordinateur ? C’est parler à quelqu’un de totalement obéissant, qui ne pose jamais de question, qui ne s’ennuie jamais. Quand on y pense, c’est une activité belle et absurde de parler à un abruti aussi absolu que l’ordinateur. »
L’article complet est en pièce jointe
et vous trouverez l’article sur Internet <ICI>
Après avoir lu ces réflexions si rafraichissantes, retournons tous vers notre abruti d’ordinateur…

Mardi 3 Février 2015

Mardi 3 Février 2015
«L’égalitarisme est une maladie contagieuse, il tue l’initiative»
Wu Jianmin, ancien ambassadeur de Chine en France
Je partage avec vous un petit échange de 4 mn entre Wu Jianmin et Alain Juppé.
Alain Juppé dans cet échange est résolument l’homme de gauche défendant le modèle social français.
L’ambassadeur de la Chine communiste (sic) lui est le libéral « droit dans ses bottes ».
Cet échange a eu lieu lors de l’université d’été du MEDEF en août 2014.
En résumé : M. Wu Jianmin affirme : « L’égalitarisme est une maladie contagieuse, il tue l’initiative et tire son origine dans le populisme. »
Relancé par Alain Juppé qui rétorque que la Chine essaie bien de s’inspirer du modèle social français pour mettre en place une protection sociale il répond : « La Chine est en train de mettre en place son réseau de protection sociale. Les décideurs chinois ont compris une chose : la protection sociale doit être à la mesure des moyens d’un pays sinon le système n’est pas durable. » et ajoute « que les politiciens français n’ont jamais eu le courage de faire les réformes nécessaires à l’économie de la France.»
Quant à Alain Juppé, il reconnait lui-même que pour gagner les élections en France « il faut être démagogue [mais] que le modèle social à la française fait partie de son logiciel, les électeurs étant ses clients.»
<432>

Lundi 2 Février 2015

Lundi 2 Février 2015
«Je suis convaincu que j’ai sauvé la République en 1995.»
Roland Dumas
C’est un vieil homme de 92 ans.
Il avait pour père un héros : Georges Dumas, fonctionnaire des impôts, qui s’est immédiatement engagé dans la résistance et a été arrêté sur dénonciation par la Gestapo le 24 mars 1944 puis a été fusillé deux jours plus tard à Brantôme (Dordogne), avec vingt-quatre autres résistants. Une avenue de Limoges porte son nom.
Fort de cette filiation le jeune Roland s’est aussi engagé dans la résistance et à  la Libération, il reçoit la Croix de guerre 1939-1945 et la Croix du combattant volontaire.
Et puis après … il devient un des avocats les plus renommés du barreau de Paris il est devenu un grand bourgeois intégré dans l’élite française proche ou détenteur du pouvoir de l’Etat.
Il est notamment très proche de François Mitterrand qui le nomme Ministre des affaires extérieures et deux mois avant la fin du deuxième septennat, en 1995, à la tête du Conseil constitutionnel.
Depuis on a surtout pu observer les dérives de cet homme qui pose un « regard distancié » sur les lois de la République.
À partir de 1997, il est cité dans les affaires Elf et des frégates de Taïwan, pour ce qui devient l’affaire Elf, autour du rôle d’intermédiaire joué par sa maitresse Christine Deviers-Joncour. Affaire pour laquelle il est contraint à la démission du Conseil constitutionnel le 1er mars 2000.
Dans cette affaire il obtient la relaxe en appel en janvier 2003 et est reconnu innocent de l’ensemble des chefs d’accusation qui l’avaient amené devant la justice.
Ce ne fut pas le cas dans une autre affaire où il a été condamné pour complicité d’abus de confiance. En effet, dans le cadre de la succession du sculpteur Alberto Giacometti dont il est l’exécuteur testamentaire, Roland Dumas a été condamné, de manière définitive, à douze mois d’emprisonnement avec sursis et 150 000 euros d’amende par le rejet de son pourvoi par la Cour de cassation le 10 mai 2007.
Fidèle à ses positions sur le conflit du Proche-Orient, Roland Dumas est l’un des premiers soutiens de Dieudonné en 2006. Il se laisse photographier avec Bruno Gollnish, Jany Le Pen, et Alain Soral.
En décembre 2010, il agite le monde médiatique et politique en se rendant quelques jours en Côte d’Ivoire avec son confrère Jacques Vergès pour défendre les positions du président sortant Laurent Gbagbo, qui conteste la victoire d’Alassane Ouattara à l’élection présidentielle, reconnue par la commission électorale indépendante et la quasi-totalité de la communauté internationale.
Il vient de commettre un livre « Politiquement incorrect » (Éditions du Cherche Midi), titre qui rassemble ses carnets intimes, écrits entre 1984 et 2014.
Dans ce livre il écrit :
«Je peux le dire aujourd’hui, les comptes de campagne d’Edouard Balladur et ceux de Jacques Chirac étaient manifestement irréguliers», il poursuit  : «Que faire ? C’était un grave cas de conscience. J’ai beaucoup réfléchi. Annuler l’élection de Chirac aurait eu des conséquences terribles. J’ai pensé à mon pays. Je suis un homme de devoir. Nous avons finalement décidé, par esprit républicain, de confirmer, à l’unanimité au deuxième tour, son élection présidentielle. Je suis convaincu que j’ai sauvé la République en 1995.»
Je partage avec nos amis allemands leur stupéfaction devant cette extraordinaire inclinaison des « politiques français » d’accumuler un nombre extravagant de Lois (ici la loi sur le plafonnement et l’origine des fonds pour les campagnes électorales) pour ensuite ne pas les respecter.
La République c’est définir et voter les Lois utiles et nécessaires puis les appliquer avec rigueur.
Si cette règle simple avait été appliquée, Jacques Chirac n’aurait pas pu rester notre Président de la République en 1995.
Comment accepter cette affirmation : «J’ai sauvé la République», alors que la Loi de la République a été ignorée ?
Comment exiger du commun des citoyens le respect des Lois si au sommet, dans la désignation de l’autorité suprême de l’Etat, la Loi est bafouée !
Nous vivons une drôle d’époque et dans un drôle de pays !
Mais il y a erreur de la part de Dumas, dans <Le Point> , Emmanuel Berretta explique que le rejet des comptes n’auraient pas fait annuler l’élection présidentielle :
C’est ici que Dumas se trompe. Les comptes irréguliers d’un candidat à l’élection présidentielle n’entraînent pas l’invalidité de son élection en cas de victoire. Le Conseil constitutionnel ne dispose pas de ce pouvoir dans ce cas de figure. En tant que juge de l’élection, il peut invalider des législatives ou des sénatoriales. Mais, s’agissant d’une élection présidentielle, son rôle est différent. Il est juge des éventuels recours formés par les candidats contestant les décisions rendues sur leurs comptes de campagne par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). Cela signifie qu’il n’a pas le pouvoir d’invalider une présidentielle pour ce motif mais seulement d’interdire le remboursement des frais de campagne du candidat.
Autrement dit, en 1995, le Conseil constitutionnel n’avait pas le pouvoir d’annuler la victoire de Jacques Chirac. Il pouvait décider de proclamer ses comptes irréguliers et refuser la prise en charge publique de son compte de campagne. Roland Dumas n’a donc pas « sauvé » la République, il a juste coûté à la République ! Le contribuable a remboursé la campagne Chirac, évitant à celui-ci d’organiser, à l’image du Sarkothon, un « Chiracthon » qui eût été, en effet, piteux pour un président élu… Dumas peut se vanter d’avoir évité un scandale en l’étouffant. Y a-t-il vraiment de quoi pavoiser ? Et à parler d' »esprit républicain » ?
Pour que le Conseil constitutionnel invalide une élection présidentielle, il faudrait qu’il découvre une fraude électorale. Et encore, que celle-ci soit suffisamment massive pour porter atteinte à la sincérité du scrutin. Fort heureusement, ce ne fut pas le cas en 1995. Du moins, aucun sage n’a encore jeté le doute sur les scores d’une présidentielle…

Vendredi 30 Janvier 2015

Vendredi 30 Janvier 2015
« Marion, 13 ans pour toujours »
Nora Fraisse
Le mot du jour, pour une fois, fait référence à un fait divers.
Mais c’est un fait divers qui dit des choses sur le monde où nous vivons et notamment où nos enfants vivent.
Marion était une jeune fille de 13 ans, au collège elle était plutôt brillante alors on l’a d’abord traitée d’intello.
Et puis, peu à peu, elle est devenue le souffre-douleur des jeunes fauves non civilisés qui partageaient le même collège.
Un corps professoral et éducatif impuissant et inerte, des parents dans l’ignorance….Et un jour Marion s’est pendue.
Sa mère, Nora Fraisse, vient d’écrire un livre : « Marion, 13 ans pour toujours » et l’Obs vous décrit cette triste destinée qu’on pourrait décrire avec cette expression qui fut le nom d’une émission de Pierre Desproges : «Chronique de la haine ordinaire » http://tempsreel.nouvelobs.com/l-enquete-de-l-obs/20131114.OBS5469/traitee-de-pute-de-boloss-marion-13-ans-s-est-suicidee.html
Il n’y a rien à dire de plus, sinon montrer une photo de cette jeune fille pour qui la vie était devenue trop dure et qui n’a pas rencontré l’adulte qui aurait su lui tendre la main et la faire sortir de son enfermement et de sa souffrance.

Jeudi 29 Janvier 2015

Jeudi 29 Janvier 2015
« Le problème auquel sont confrontés la France, l’Europe, et le monde est un déficit de demande globale.
Ce n’est pas un problème d’offre. »
Joseph Stiglitz
Joseph Stiglitz est ce Prix Nobel d’économie, ancien conseiller économique de Bill Clinton qui continue à répéter que la politique économique actuelle menée en Europe est absurde.
Il est venu faire une conférence à l’Assemblée Nationale le 13 janvier 2015.
Parmi les députés il y avait Pierre-Alain Muet, député PS de la Croix Rousse à Lyon, ancien professeur d’économie à Polytechnique, il fut directeur à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) de 1981 à 1997. Conseiller auprès du Premier ministre Lionel Jospin, il a fondé le Conseil d’analyse économique en 1997 et en fut le premier président délégué. Mais il ne semble pas très écouté par le gouvernement actuel.
C’est sur son blog qu’il publie le discours intégral de Stiglitz.
Je traduis en langage commun : un déficit de demande signifie simplement que les revenus du plus grand nombre sont trop bas et que les investissements sont insuffisants.
Voici des extraits de ce discours :
« […] l’économie française n’a guère été performante ces derniers temps. Le revenu par tête est inférieur à ce qu’il était en 2008, le chômage s’élève à un niveau inacceptable à 12%, et pire encore, le chômage des jeunes atteint 25%. Les coûts économiques de cette situation sont aujourd’hui manifestes. Nous gaspillons la ressource la plus précieuse de toute société : la ressource humaine. Ce qui est perdu aujourd’hui ne reviendra jamais. Les mauvaises performances économiques de la France aujourd’hui réduisent son potentiel de croissance future. La France, à l’heure présente et pour les années à venir, paie un prix élevé pour la mauvaise gestion de son économie.
Ces coûts ne sont pas simplement des chiffres abstraits inscrits dans les comptes nationaux et le PIB ; il s’agit de coûts réels, ressentis chaque jour par les citoyens dans les épreuves et difficultés imposées aux familles, dans la disparition des espoirs et des aspirations.
Pour beaucoup, les coupes dans les services publics ne représentent pas simplement une coupe insignifiante dans des produits de luxes ou des produits secondaires, mais une réduction de ressources essentielles. Le contrat social qui lie l’ensemble de la société est affaibli, voire délité.
Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas ce que l’on attend habituellement du fonctionnement des marchés. Il existe de vastes ressources sous-utilisées, au milieu d’énormes besoins économiques. Mais quelque chose ne tourne pas rond, non seulement en France, mais en Europe, et d’une certaine manière dans la plupart – mais pas tous – des pays avancés.
Les performances économiques de l’Europe au cours des sept dernières années ont été affligeantes. Celles de la France se sont inscrites dans la moyenne européenne : son taux de chômage est similaire à celui de l’Europe dans son ensemble, comme l’est son taux de chômage des jeunes. La plupart des pays d’Europe ont subi une baisse du revenu par tête et de la production par personne en âge d’activité.
Certains de ces pays sont en dépression – c’est le seul mot utilisable pour décrire ce qui se passe dans des pays comme la Grèce et l’Espagne, où le chômage dépasse 25% et le chômage des jeunes 50%, et le chiffre serait pire encore en l’absence de la vague d’émigration qui détruit les familles. […]
Outre-Atlantique, les choses semblent mieux se porter concernant au moins deux aspects – la croissance et la création d’emplois. Mais en regardant au-delà des chiffres, on peut difficilement prétendre que le modèle américain fonctionne.
La croissance depuis le début du nouveau millénaire a été dérisoire, et tous les bénéfices de cette croissance sont allés vers les hauts revenus. Le revenu médian est inférieur à ce qu’il était il y a un quart de siècle ; le revenu médian d’un travailleur à temps plein de sexe masculin est inférieur à ce qu’il était il y a quarante ans ; au bas de la pyramide, les salaires ne sont guère différents de ce qu’ils étaient il y a un demi-siècle.
Le taux d’activité est le plus bas depuis que les femmes ont commencé à entrer en masse dans la population active. La réduction du taux de chômage est principalement due au fait que les travailleurs ont cessé de chercher un emploi, et même parmi ceux classés comme « actifs », un grand nombre occupent des emplois à temps partiel sans prestations ni protections sociales ; les gens souhaitant un emploi à temps plein ne peuvent en obtenir. Une économie qui ne parvient pas à répondre aux besoins de la plupart des citoyens est une économie défaillante, un système économique déficient.
En ce sens, le système économique américain, au moins sur le dernier quart de siècle ou plus, est un système économique qui a échoué. […]
Que tant de pays se portent aussi mal laisse à penser qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème français, ou d’un problème italien ou encore grec. C’est un problème systémique. Avant de pouvoir fournir une prescription, il nous faut avoir un diagnostic précis. […]
Bon nombre des soi-disant réformes structurelles qui sont demandées ne sont rien d’autre que des politiques qui réduisent le niveau de vie pour de larges fractions de la population, par le biais de salaires plus bas, d’une insécurité croissante de l’emploi et de prestations sociales inférieures. Comment peut-on prétendre que la meilleure façon d’élever le niveau de vie est d’adopter des politiques visant à les abaisser pour la grande majorité des citoyens?
Ou encore des politiques qui augmentent le niveau déjà très élevé des inégalités, avec une distribution de la richesse plus inéquitable encore – en violation de l’un des principes clés de la Révolution française.
Certains utilisent la crise comme un prétexte pour démanteler l’État-providence, affirmant que la crise aurait démontré sa défaillance. Mais les échecs de l’Europe ne sont pas la conséquence de l’État-providence. […]
Quel est donc le problème fondamental auquel sont confrontés les pays européens en général, et la France en particulier, s’il ne s’agit pas des rigidités structurelles ?
Le premier problème, auquel j’ai déjà fait allusion, est la poursuite excessive des politiques d’austérité, qui ont exacerbé la baisse de la demande globale privée. »
Le reste de l’argumentaire très riche se trouve <Sur le blog de Pierre-Alain Muet>

Mercredi 28 Janvier 2015

Mercredi 28 Janvier 2015
«Nous vivons aujourd’hui sous un ordre cannibale du Monde»
Jean Ziegler
Jean Ziegler, un suisse non banquier, altermondialiste, sociologue.  et vient de publier au Seuil : Retournez les fusils choisir son camp.
Il a été rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde.
Il a été successivement invité dans deux émissions :
«Nous vivons aujourd’hui sous un ordre cannibale du Monde» C’est une de ses expressions pour exprimer la manière dont il analyse le Monde.
Et il  dit « Au moment où nous parlons, toutes les 5 secondes, un enfant âgé de moins de 10 ans meurt de faim. Ceci sur une planète où l’agriculture pourrait nourrir normalement 12 milliards d’êtres humains.
La faim dans le monde, c’est le scandale de notre temps. Trente-cinq millions de personnes meurent chaque année de la faim ou de ses suites immédiates. « 
Il parle aussi de l’ordre oligarchique financière qui a aujourd’hui un pouvoir qu’aucune force démocratique ne contrôle.
Il nous invite à utiliser tous les moyens constitutionnels à notre disposition pour mettre fin à ces abus, si l’insurrection des consciences se développe.
Voici encore un article intéressant de cet esprit qui ne résigne pas : http://www.lalibre.be/actu/planete/jean-ziegler-l-ordre-cannibale-du-monde-51b8dc67e4b0de6db9c39dc9
dont voici quelques extraits :
Selon vous, la faim dans le monde est aujourd’hui le résultat d’un choix, celui de l’économie néolibérale ?
Totalement. Historiquement, nous avons connu trois étapes. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les théories du pasteur Malthus affirmant qu’il existait une loi de la nécessité ont prédominé. Selon lui, les guerres et les famines sont horribles, mais nécessaires, sans quoi il y aurait une surpopulation. C’était une sorte de mécanisme d’autorégulation naturel. Cette théorie a été acceptée jusque dans les églises car elle justifiait magnifiquement le colonialisme occidental et l’oligarchie dominante de la planète. Ensuite, grâce à Hitler, c’est horrible de le dire, il y a eu un réveil des consciences. Car les monstres nazis ont utilisé l’arme de la faim pour tuer et les Européens ont eu faim à leur tour. Au sortir de la guerre, il y a donc eu un réveil politique qui s’est traduit par la reconnaissance du droit à l’alimentation dans la Déclaration universelle des droits de l’homme; la création de la Food and Agriculture Organization (FAO) et celle du Programme alimentaire mondial (Pam). Mais aujourd’hui, l’obscurantisme néolibéral revient à la naturalité des lois économiques où c’est le marché qui décide. Avec cette théorie : en libéralisant le marché, en privatisant les secteurs publics, les forces de production vont augmenter et la faim va un jour se résorber. C’est évidemment un mensonge absolu. La globalisation et la libéralisation à tous crins ont extraordinairement progressé ces vingt dernières années et, dans le même temps, la faim a augmenté alors que cela aurait dû être l’inverse. Il faut intervenir et abattre cet ordre cannibale du monde et mettant fin à tous les mécanismes qui tuent. Il faut, par exemple, interdire que l’on brûle de la nourriture pour faire des agrocarburants.
La spéculation sur les marchés des matières premières alimentaires devrait-elle être limitée ?
Oui. Depuis le crash financier de 2008, les fonds souverains, les hedge funds et les grandes banques se rabattent sur les bourses des matières agricoles et font flamber les prix. A Genève, qui est la caverne d’Ali Baba de ces spéculateurs, si vous vous rendez à la banque UBS, on vous propose d’investir dans des certificats sur le riz garantissant 37 % de plus-value ! Tout cela de manière tout à fait légale, même si c’est moralement inacceptable. Ces spéculateurs devraient être traduits devant un tribunal pour crime contre l’Humanité ! Alors que les Etats se sont mobilisés pour sauver les banques à grands renforts de milliards, le Pam a perdu la moitié de son financement en 2008. Aujourd’hui, en Afrique orientale, 12,4 millions de personnes sont au bord de l’effondrement à cause de la faim. Les camps de réfugiés de l’Onu refusent des centaines de familles tous les matins faute de moyens. Et les spéculateurs sont deux fois responsables. En effet, non seulement le Pam a perdu la moitié de son budget, mais il doit acheter 85 % de la nourriture qu’il distribue sur le marché mondial où les prix ont explosé en raison des activités spéculatives.
Une autre tendance inquiétante est celle de l’accaparement des terres…
L’année dernière, 41 millions d’hectares de terres arables ont été accaparés par des fonds d’investissements et des multinationales uniquement en Afrique. Avec pour résultat, l’expulsion des petits paysans. Ce qu’il faut dénoncer, c’est le rôle de la Banque mondiale, mais aussi celui de la Banque européenne d’investissements et de la Banque africaine de développement, qui financent ces vols de terre. Pour se justifier, elles ont une théorie très pernicieuse qui est de dire que la productivité agricole est très basse en Afrique. Ce qui est vrai. Mais ce n’est pas parce que les paysans africains sont moins compétents que les paysans français ou wallons. C’est parce que ces pays sont étranglés par leur dette extérieure. Ils n’ont donc pas d’argent pour constituer des réserves en cas de catastrophes ni pour investir dans l’agriculture de subsistance. Il est faux de dire que la solution viendra de la cession des terres aux multinationales. Ce qu’il faut faire, c’est mettre ces pays en état d’investir dans l’agriculture et de donner à leurs paysans les instruments minimaux pour augmenter leur productivité : les outils, l’irrigation, les semences sélectionnées
Quelles sont finalement les raisons d’espérer ?
L’espérance est double. Il y a d’une part l’émergence d’une insurrection paysanne représentée par le mouvement Via Campesina qui représente aujourd’hui près de 135 millions de petits agriculteurs à travers le monde. Ce mouvement a formulé un projet très concret de Convention sur les droits des paysans et l’a porté devant les Nations unies. Cette proposition sera débattue en mars par le Conseil des droits de l’homme qui doit se prononcer pour savoir s’il la transforme en un instrument de droit international. C’est évidemment un processus difficile et incertain, mais je suis convaincu que cette convention finira par se réaliser et elle sera alors une arme puissante. D’autre part, les pays dominateurs sont aussi des démocraties, même si leurs valeurs démocratiques s’arrêtent à leurs frontières pour céder la place à la loi des multinationales. Or, il n’y a pas d’impuissance des démocraties. N’importe lequel de ces mécanismes peut être brisé démocratiquement par la volonté des opinions publiques. On pourrait tout de suite voter le désendettement total des pays les plus pauvres. On peut aussi décider que seuls les vrais acteurs peuvent participer aux marchés des matières premières agricoles, ceux qui délivrent des marchandises. La faim peut facilement, démocratiquement et pacifiquement être éliminée en un court laps de temps.
La Suisse a de belles montagnes, des banques puissantes, une belle équipe de coupe Davis et Jean Ziegler.

Mardi 27 Janvier 2015

Mardi 27 Janvier 2015
« Mais le poids des mots est très très important.
Ne nous ramenez pas uniquement à [la religion] »
Najoua Arduini-Elatfani
Najoua Arduini-Elatfani est une française lumineuse.
Elle est de confession musulmane, mais elle est d’abord française.
Elle était sur le plateau l’émission des paroles et des actes du 22 janvier parce qu’elle est présidente du Club du XXIe siècle. Son père était ouvrier sa mère au foyer, elle a réussi après des classes préparatoires à intégrer une grande école et elle a désormais un emploi d’ingénieur à Vinci.
Elle a fait une intervention remarquable et à la fin de ce moment elle est revenue sur un propos de Pujadas qui le 13 janvier dernier, en lançant un reportage au journal de 20h de France 2 a présenté une victime d’acte islamophobe comme « musulman marié à une Française».
La formule de Pujadas, confondait allègrement religion et nationalité.
Un internaute a commenté :  Ça veut dire que Pujadas pense que le monsieur vient de Musulmanie ?
Najoua Arduini-Elatfani a expliqué : « Quand j’entends au journal de 20h qu’on nous prend en exemple et qu’on nous dit que c’est un musulman marié à une Française, c’est dramatique monsieur Pujadas. Ce n’est pas un musulman marié à une Française, c’est un Français musulman marié à une Française qui n’est peut-être pas musulmane ou qui est peut-être catholique. Mais le poids des mots est très très important. Ne nous ramenez pas uniquement à [la religion] »
« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du Monde» disait Albert Camus.
« un musulman marié à une Française»
Cela signifie énormément dans l’inconscient de celui qui décrit la situation de cette manière : D’abord le musulman il n’est pas tout à fait français, ensuite une française est chrétienne.
Cela nous rappellera cet extravagant et choquant propos de Raymond Barre, Premier Ministre à l’époque des faits, après l’attentat le 3 octobre 1980, rue Copernic près de la synagogue située dans cette rue : « Cet attentat odieux qui voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic». <Ici l’extrait de l’interview de TF1 mis en ligne par l’INA>
Là aussi Raymond Barre confondait une appartenance religieuse et une nationalité. Il y ajoutait une distinction odieuse entre « des français innocents » et des « Israélites » qui par voie de conséquence donc ne l’était pas.
Rappelons que ce 27 janvier, il y a 70 ans, l’armée rouge libérait le camp d’Auschwitz > <70 ans libération du camp d’Auschwitz histoire photos>
La France reste pleine d’espoir quand on donne la parole à des françaises et des français comme Najoua Arduini-Elatfani.

Lundi 26 Janvier 2015

Lundi 26 Janvier 2015
« Enfin, les difficultés commencent ! »
Alexandre Bracke-Desrousseaux
Citation un temps attribué à Léon Blum lors de l’arrivée au pouvoir du Front Populaire, mais les Historiens ont fait leur travail et si la citation a bien été prononcée lors de l’arrivée au pouvoir du Front Populaire, son auteur est un député socialiste du Nord, Alexandre Bracke-Desrousseaux (1861-1955), éphémère maire de Lille.
Cette citation salue, bien sûr, la victoire de SYRIZA en Grèce. En France la victoire du parti anti austérité grec fait presque l’unanimité, du Front de Gauche au Font National en passant par le mini parti de Dupont Aignan et jusqu’à de nombreux membres du Parti Socialiste, du moins ceux qui s’expriment. Remarquons cependant que Moscovici, PS désormais commissaire européen est allé récemment en Grèce pour, à peu de choses près, appeler à voter conservateur.
En Allemagne, il semblerait aussi qu’il fait la quasi-unanimité, mais cette fois contre :
Le porte-parole pour les affaires étrangères du groupe parlementaire allemand CDU/ CSU, Philipp Missfelder, a déclaré que l’Allemagne est préoccupée par la montée des mouvements populistes en Europe, qui sont « très mauvais pour l’Europe et pour l’euro ». « Ce mouvement de protestation n’est pas une surprise. Les gens ne sont pas contents avec les mesures d’austérité, pas seulement en Grèce mais aussi dans des pays comme l’Italie. Mais Syriza ne doit pas attendre de l’Allemagne une renégociation des programmes. Ils doivent respecter ce que l’ancien gouvernement a promis »
Le président de la Banque centrale allemande, Jens Weidmann, a réagi très rapidement à la victoire attendue de Syriza. Il a appelé la Grèce à respecter ses engagements. « J’espère que le nouveau gouvernement ne fera pas des promesses que le pays ne peut se permettre » a-t-il déclaré […] estimant que l’administration, les finances publiques et l’économie avaient besoin de réformes. « J’espère que le nouveau gouvernement ne remettra pas en question ce qui a déjà été réalisé », a-t-il conclu. Le SPD semble sur la même longueur d’ondes.
Il y a bien le Parti « Die Linke » qui se réjouit de cette figure, j’ai l’impression que c’est le seul en Allemagne.
Oui les difficultés commencent !
La principale étant de ne pas avoir réglé immédiatement cette crise à ses débuts, les tergiversations conduisant à un coût de plus en plus élevé pour les contribuables européens.
Maintenant que va pouvoir faire SYRIZA, alors que toutes les puissances financières vont s’efforcer de le bloquer ou même de le piéger ?
<Lire aussi cette analyse décapante et très anti-allemande d’Emmanuel Todd > où il dit notamment : « l’Europe n’est plus le monde d’une démocratie libérale égalitaire. L’Europe prend la forme d’un empire avec en son cœur une démocratie ethnique. Les peuples européens ne sont plus tous égaux. Il y a une démocratie qui fonctionne : l’Allemagne avec Merkel qui est soutenue par sa population, de manière un peu particulière parce qu’elle pratique l’union de la gauche et de la droite. Les règles démocratiques ne s’appliquent plus aux peuples dominés de la périphérie. Les mécanismes démocratiques fonctionnent en interne dans le pays dominant mais les règles démocratiques, le droit de vote par exemple, ne s’appliquent plus vraiment aux peuples dominés de la périphérie. […]
je pense qu’on est dans le registre de la perversité : la politique austéritaire assure la domination de l’Allemagne créditrice et la soumission des peuples périphériques débiteurs. »
Je ne dis pas que Todd a raison mais il se situe dans des domaines Anthropologique et Historique qui me semblent plus féconds que la seule analyse des économistes dont la capacité d’anticipation et de prévision est proche du néant, selon notre expérience récente.