Jeudi 22 novembre 2018

« Camps de concentration français dans la 1e guerre mondiale »
Jean-Claude Farcy

Quand nous cherchons un peu, nous avons tous, dans nos familles par le témoignage de nos ainés, des souvenirs qui nous lient avec la grande guerre.

Mon ami Gérald qui a des liens familiaux anciens avec la commune de Crest dans la Drôme, m’a apporté un article du journal de la commune : « Le Crestois », dans lequel il m’a montré cette photo d’une tombe du cimetière de la commune.

Cet article que vous trouverez derrière ce lien : « Un explorateur de cimetière » est consacré à un professeur d’Histoire géographie qui étudie les lieux de repos des humains et qui est tombé sur cette plaque tombale. Si vous lisez l’article, vous comprendrez pourquoi la famille de ce soldat tombé de septembre 1914 a cru juste d’écrire « mort pour rien ».

Hier j’ai évoqué les expositions et le livre consacrés aux « Images interdites de la grande guerre ». Après avoir vu l’article du journal Crestois montré par Gérald, j’étais allé chercher ce livre à la Bibliothèque.

J’ai ouvert le livre au hasard.

Et je suis tombé sur cette photo


Vous lisez comme moi « Camp de concentration de Crest ». Il y eut donc des « camps de concentration » pendant la première guerre mondiale. Bien sûr, ils n’ont rien à voir avec les camps de concentration nazis, mais c’était le terme consacré et utilisé en 14-18. Aujourd’hui, les historiens préfèrent parler de « camp d’internement », Auschwitz, Treblinka et Dachau sont dans les mémoires depuis !

Une fois que l’on sait, on peut chercher et trouver.

Sur un site consacré aux Nomades de France, on trouve une page concernant le « Camp de concentration de Crest ». Nomades, car ce camp a surtout été lieu d’internement de tziganes venant l’Alsace-Lorraine.

Cette page nous apprend : qu’

« Entre 1914 et 1919 la France se couvre de 74 camps dans le Sud-Ouest, l’Est et le Massif Central principalement, parmi lesquels 13 dépôts pour Alsaciens-Lorrains, dont 5 dépôts surveillés (c’est-à-dire où l’on est privé de liberté, dont Crest). L’internement n’épargne pas les femmes et les enfants, pourtant, non mobilisables… »

J’ai aussi trouvé cette page : « Mémoire vive : les camps d’ incarcération de Crest » qui élargit le propos à la seconde guerre mondiale. Les autorités se sont toujours méfiés des nomades qui en voyageant peuvent voir des choses qu’il ne faut pas, entendre des informations qu’il ne faut pas divulguer et avoir tout simplement des aptitudes à l’espionnage…

S’agissant d’alsaciens, la Revue d’Alsace a consacré un article à un livre d’un historien, maître de conférences à l’université de Bordeaux I et spécialiste de l’histoire des Tsiganes, Emmanuel Filhol « Un camp de concentration français. Les Tsiganes alsaciens-lorrains à Crest, 1915-1919 ». Dans cet article nous pouvons lire :

« A partir d’août 1914, le gouvernement français, sous prétexte que les nomades, au même titre que les populations étrangères originaires des pays ennemis, étaient susceptibles de nuire en tant qu’espions à la Défense Nationale, se donna les moyens de les expulser de la zone des armées. Arrêtés dans les premiers mois de la guerre dans les parties de l’Alsace-Lorraine libérées, les Tziganes furent dirigés vers des centres de triage, puis internés dans des camps implantés dans le Midi (Brignoles, Saint-Maximin), avant d’être regroupés dans le « dépôt surveillé des Alsaciens-Lorrains romanichels de Crest » (Drôme). Le lieu d’internement est un ancien couvent de Capucins laissé à l’abandon, où les Tsiganes furent d’ailleurs précédés par des Alsaciens-Lorrains originaires des arrondissements d’Altkirch et de Thann qui y reçurent un bon accueil […] L’effectif total du camp varia entre 110 et 180, dont la moitié d’enfants. Les conditions de logement et d’hygiène y étaient déplorables. La vie des Tsiganes internés était une existence sous surveillance. Les règles cœrcitives, avec punitions infligées, sorties réglementées et visites refusées, pesèrent douloureusement sur ces populations habituées aux grands espaces et à la mobilité. […] La vie au dépôt de Crest était vécue comme un enfermement sans espoir. Elle perdura jusqu’en juin 1919. »

Mais, il semble que l’Historien qui a le plus complétement étudié la réalité des camps d’internement soit Jean-Claude Farcy. Le livre qui est le fruit de ses recherches a été publié en 1995. Il est toujours disponible, par exemple sur ce site.

La revue Trames a publié <un long entretien> avec l’auteur en 1996.

Cette revue constate aussi que jusqu’à la publication de cet ouvrage, la réalité des camps d’internement de civils étrangers et de suspects pendant le premier conflit mondial étaient presque totalement ignorés. Le journaliste pose alors la question des raisons du silence des spécialistes de la Grande Guerre mais aussi du mutisme des historiens du pénal et de l’immigration.

Jean-Claude FARCY répond de la manière suivante :

« Il est difficile de donner une réponse simple à ce « mutisme » des historiens. On peut seulement avancer quelques hypothèses.

Les spécialistes de la Première Guerre mondiale sont devant un champ historique immense qu’ils ont d’abord exploré sur le plan militaire, avant d’en venir plus tard aux aspects économiques, sociaux et à l’étude des mentalités. L’analyse des « résistances » à la guerre, bien connue pour ce qui est des mouvements syndicalistes et socialistes, est à peine abordée, les dossiers de justice militaire ne donnant que depuis peu des études novatrices. Au sein des élites et dans la mémoire collective cette guerre a été pendant longtemps justifiée comme étant celle du droit, ce qui n’incitait pas précisément à traiter cette question des camps de concentration.

Les historiens du pénal en restent à ce qui est strictement « judiciaire » : les peines, alors que l’internement est une décision purement administrative. Les archives elles-mêmes ne sont pas toujours rangées directement dans les « fonds pénitentiaires ». […] On peut ajouter que, à l’époque, l’internement a été dans l’ensemble largement accepté par l’opinion (quand il visait des étrangers de nationalité ennemie et les repris de justice) et n’a jamais été à la source d’incidents, de révoltes ayant une ampleur nationale. L’absence d’études reflète aussi… le silence des victimes. »

Ces internements ne s’appuyaient pas sur des textes de loi et comme cela est écrit il ne s’agissait pas de décisions de justice mais bien de décisions administratives, exactement le contraire de l’état de droit.

« L’internement des civils – étrangers ou Français – pendant la guerre a toujours mis en difficulté les autorités quand il s’est agi d’en donner une justification légale. À plusieurs reprises le ministère de la Justice tient d’ailleurs à dégager toute sa responsabilité en la matière et l’on voit des procureurs refuser de poursuivre des évadés de camps arguant du fait qu’ils n’étaient pas détenus en vertu d’un mandat légal.

[…] Finalement le Conseil d’État « légalisera » la pratique : elle relève de l’exercice du pouvoir gouvernemental qui, étant chargé de veiller à la sécurité du territoire et d’assurer la défense nationale, peut prendre en temps de guerre toutes les mesures de police utiles à cet effet. […] Il n’y a donc pas de base légale à l’internement et comment imaginer – dans le contexte de la République démocratique, de la France terre des libertés… pour reprendre les expressions des internés protestataires qui se font fort d’avoir quelques notions d’histoire et de droit…- que des dispositions législatives aient pu être adoptées en la matière ? »

Il semble que les autorités françaises ne se méfiaient pas seulement des nomades mais aussi des civils Alsaciens Lorrains :

[Les Alsaciens Lorrains] qui n’avaient pas opté pour la France en 1871 et qui se trouvent sur le territoire français – soit qu’ils y séjournaient avant-guerre, soit qu’ils aient été « libérés » lors des premières offensives en Alsace et « évacués » de leurs domiciles sous le prétexte d’éviter d’éventuelles représailles en cas de reconquête allemande – sont dans les premiers mois de la guerre internés, dans l’attente de vérifier leurs « sentiments nationaux ». Il s’agit évidemment d’écarter toute possibilité d’espionnage et d’isoler parmi eux les « immigrants allemands » installés récemment en Alsace et supposés a priori dangereux. Cela concerne aussi bien les femmes que les hommes. La grande majorité, après avoir donné des garanties de domicile et de travail, est pourvue d’une « carte tricolore » qui assure une liberté complète. Une minorité reconnue allemande va dans les camps de mobilisables allemands. Une autre minorité, constituée d’Alsaciens ayant tenu des propos hostiles à la France ou ayant un casier judiciaire chargé, est considérée comme suspecte et placée dans des camps d’Alsaciens Lorrains, l’intention étant de pouvoir à terme les rallier à la cause de la France en les séparant des autres nationalités, ce qui d’ailleurs sera un échec, ces dépôts finissant par être, au début de 1917, assimilés aux dépôts d’Austro allemands.[…]

Il est probable – c’est l’hypothèse que nous avons formulée – que cet internement, au moins temporaire pour la majorité, de quelques 8000 Alsaciens a laissé des traces dans l’opinion de cette province et a pu donner des arguments au mouvement autonomiste qui se développe entre les deux guerres. Ce n’est pas pour rien que le gouvernement français met sur pied en 1927 une politique d’indemnisation, reconnaissant ainsi les torts de la France pendant la guerre. Mais il reste à vérifier concrètement – dans la littérature autonomiste notamment – cette hypothèse.

Bien sûr tout ressortissant issu d’un pays qui se trouve dans le camp de l’ennemi est forcément suspect mais avec des nuances :

« Internés au début comme les Autrichiens, les ressortissants des minorités de l’Empire austro-hongrois bénéficient assez vite d’un régime de faveur sous réserve que leurs sentiments « francophiles » soient au préalable vérifiés, ce qui explique le séjour des Polonais, Tchèques et autres Slaves au moins pendant plusieurs mois dans les camps. Des permis de séjour leur sont accordés quand ils offrent les garanties nécessaires pour avoir du travail. Ceux qui ne peuvent en obtenir ou restent soupçonnés d’être hostiles à la France restent dans les camps mais sont progressivement séparés des Allemands et Autrichiens et mis dans des dépôts dits de « faveur », réservés justement aux « francophiles ».

Ces camps hébergèrent aussi des civils français considérés comme suspects ou indésirables (prostituées par exemple) dans la zone des armées et :

« Tout ce qui entrave la défense nationale devient indésirable et suspect. […] l’envoi dans le camp sert de substitut à la relégation pour « purger » Paris d’une population marginale. Mais le lien est étroit avec la finalité militaire, si l’on veut bien prendre cette notion au sens large : tout ce qui est susceptible d’entraver la défense nationale peut être sanctionné de cette façon. […] les socialistes Russes sont internés nettement pour des motifs plus directement politiques. Il y a en germe, dans les camps de la première guerre, une forme de répression politique, mais dans l’ensemble, leur finalité est quand même d’ordre militaire. »

Les chiffres officiels sont les suivants :

«  Le nombre de camps a varié, certains n’ont existé qu’en 1914. À défaut de données issues d’archives centrales, on ne peut utiliser que des listes datées de la fin 1915 ou du début 1917. En ne tenant pas compte des « dépôts libres » d’Alsaciens Lorrains, on peut estimer à entre 60 et 70 le nombre de dépôts d’internés ayant existé sur le territoire français, Algérie comprise. Le nombre total d’internés est encore plus délicat à mesurer. En termes de flux, puisqu’il y a des entrées tout au long de la guerre, mais aussi des libérations nombreuses, il est plausible d’avancer une fourchette de 60 000 à 70 000 personnes ayant à un moment ou à un autre de la guerre fait connaissance avec les camps français. En termes d’effectifs, le maximum est naturellement atteint à l’automne 1914. Au début de 1918, il n’y aurait plus que 12 000 civils Austro Allemands internés en France, chiffre sensiblement égal à celui des Français internés dans les camps d’Allemagne. »

Ces camps furent aussi l’objet de clivages soit pour des raisons de fortunes soit pour des raisons de nationalité

«  ce qui frappe c’est le problème posé par les différences de classe parmi les internés. Alors qu’on attendrait de la part de ces victimes, une certaine solidarité, on a parfois l’impression d’une société en réduction, avec ses riches et ses pauvres. Les premiers s’ils n’accèdent pas au « camp de notables », s’arrangent toujours pour ne pas faire les corvées, payant au besoin les seconds pour cela. Les uns n’ont pas besoin de travailler, reçoivent des colis abondants, s’aménagent des lits « luxueux », ont toujours de quoi acheter à la cantine. Les autres doivent compter sur les secours mensuels en argent envoyés par leurs gouvernements et distribués sous l’égide de « comité de secours » bien souvent constitués de notables.

[…] Parmi les « Ottomans » s’opposent vivement les nationalistes « Jeunes Turcs » et les Arméniens, Grecs, Juifs et Syriens favorables à la France.

On a reproché à Jean-Claude Farcy d’avoir conservé le terme de l’époque « camps de concentration », alors que depuis 1945 il recouvre une réalité plus terrible.

Dans ce témoignage il apparaît cependant que s’il n’y avait pas de politique d’extermination, les conditions de vie étaient si dures qu’on y mourrait de faim :

« C’est dans un tel camp, à Angers, que fut internée la famille Wrzesinski, et c’est dans ce même camp que naquit, le 12 février 1917, leur troisième enfant, Joseph. Dans un entretien accordé en 1982 à l’hebdomadaire italien Gente, le père Joseph Wresinski se confiait de la sorte : « Je vais vous raconter quelque chose qui vous permettra de mieux comprendre pourquoi j’ai déclaré la guerre à la misère. Dans le camp où nous étions internés, la faim et la misère étaient telles que ma mère ne put allaiter sa fille la plus jeune et elle la vit mourir de faim entre ses bras. Ce n’est pas une histoire tirée de Victor Hugo, c’est notre vie. L’état de prostration dans lequel nous dûmes subir les années de guerre fut tel que mon père ne s’en remit jamais ».

Bien sûr de tels camps existaient aussi dans les autres pays, la France n’avait pas le monopole de cet exercice de défiance à l’égard des « autres » et des gens qui n’entraient pas dans la norme.

Dans le livre sur les images interdites on trouve encore cette photo :


Ce sont les enfants de civils allemands et autrichiens internés à Bergerac.

Sur le tableau l’institutrice a écrit : « Aimez-vous les uns les autres »

C’était certainement une injonction inaccessible dans ces temps de barbarie et particulièrement pour ces enfants enfermés par la France parce qu’ils étaient allemands ou autrichiens.

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Vendredi 28 septembre 2018

« L’idéologie des droits de l’homme porte en elle une logique illimitée »
Pierre Manent et Jean-Claude Michéa

Je n’achète pas souvent le Figaro, mais quand j’ai appris que le journal du 19 septembre 2018 faisait dialoguer Pierre Manent, grand intellectuel libéral né en 1949 et Jean-Claude Michéa penseur de gauche né en 1950 pour parler de l’idéologie des droits de l’homme, je l’ai fait en toute simplicité.

L’idéologie des droits de l’homme est une pensée très positive dans notre système des valeurs.

C’est un champ illimité de progression des droits individuels contre les corporations, les religions, les Etats et toutes ces organisations qui ont toujours contraints les individus.

Ce fut depuis la philosophie des Lumières une évolution bénéfique. Certains pensent que nous sommes allés trop loin.

Pierre Manent a écrit : « La loi naturelle et les droits de l’homme » paru en mars 2018. <France Culture a consacré une page> et plusieurs émissions à ce livre et ce thème.

Jean-Claude Michéa a écrit : « Le loup dans la Bergerie » paru le 19 septembre 2018 <France Culture a consacré une page> et des émissions à ce livre.et ce thème.

J’en ai écouté une plus précisément <La Grande Table du 18 septembre> où Jean-Claude Michéa a développé son questionnement sur l’idéologie des droits de l’homme.

Il dit par exemple :

« Seule la liberté peut limiter la liberté. Sur le papier, c’est  magnifique. (…) Mais arrive un moment où tout peut être considéré comme une nuisance. »

Et il a raconté une histoire vraie et je pense pertinent de commencer la réflexion par ce conflit de deux « droits de l’homme ».

J’ai trouvé un article sur le site France 3 Rhône Alpes Auvergne qui donnait plus de précision et confirmait les dires de Jean-Claude Michéa.

Voici l’histoire :

Un couple de citadins originaire de la Loire s’est installé dans le paisible village de Lacapelle-Viescamp, dans le Cantal. Il est incommodé par l’odeur des vaches et du fumier. Les citadins portent l’affaire devant le juge. Après un premier jugement dont l’article ne dit rien, la Cour d’appel de Riom donne raison aux citadins et condamne le paysan à éloigner les vaches et les ouvrages de stockage du fumier à 50 mètres du voisin. Autrement dit, cette ferme, construite en 1802 et située à 35 mètres des plaignants, doit déménager.

Les citadins invoquent le droit individuel de ne pas être incommodé sur leur lieu de vie privée.

Ils entrent en conflit avec un agriculteur issu d’une lignée d’agriculteurs qui exploitent cette ferme depuis 1802.

Nous avons déjà entendu parler de ces conflits de citadins qui se plaignent du bruit des cloches de l’église du village ou aussi des cloches des vaches.

<Il y avait aussi ce couple de parisiens qui voulait porter plainte contre le chant des cigales > ou encore ceux-là qui ont <interpellé le maire parce qu’il ne luttait pas contre les cigales par des insecticides>. Dans aucun de ces cas la justice n’a donné raison aux plaignants.

Que la décision de justice conduise à faire déménager une ferme constitue une étape supplémentaire.

Vous savez, même si cela en irrite certains, que les hommes moyens parlent des faits. Pour ma part, il me semble qu’il faut dépasser les faits et réfléchir à ce qu’ils signifient, quels sens leur donner, quelles conséquences pour notre vie en société, les uns avec les autres. Car il y a l’odeur de la ferme, le bruit des cigales mais surtout il y a toutes ces prétentions qui commencent par cette affirmation : «j’ai droit à… »

Jean-Claude Michéa explique :

« Le slogan du libéralisme et notamment de gauche, c’est mon corps, c’est mon choix et ça ne vous regarde pas. Mon temps, c’est mon choix, ça ne vous regarde pas. Mon argent, c’est mon choix, ça ne vous regarde pas. C’est vrai dans certaines limites parce que sinon on est dans un système totalitaire.

Mais à partir de quel moment, l’usage que je vais faire de mon temps, de mon corps, de mon argent, va détruire la vie commune ?

Prenons l’exemple du dimanche : le libéral dit : ‘je ne vous empêche pas de travailler le dimanche, si vous voulez vous reposer le dimanche, c’est votre problème, moi j’ai envie de travailler. En quoi ça vous regarde, je ne gêne personne. Je ne nuis à personne.

Mais au fur et à mesure que dimanche devient un jour comme les autres, tous les rythmes collectifs se désynchronisent.

La vie sportive, familiale et associative deviennent de plus en plus complexes à mettre en œuvre, et on s’aperçoit au bout de quelque temps que toutes ces décisions présentées comme privées finissent par modifier la vie commune, la re-sculpter. Si vous n’avez pas fait ces choix, vous allez être confrontés à des difficultés et des problèmes presque insurmontables. »

Dans l’article du <Figaro> Pierre Manent expose son opposition entre la Loi naturelle et les droits de l’homme :

« La philosophie des droits humains postule que nous disposons d’un pouvoir légitime et illimité sur tous les aspects de la condition et de la nature humaine. Je pense le contraire. Aussi vastes que soient les capacités humaines, elles restent liées à la condition et à la nature de l’homme. Celui-ci est l’être « intermédiaire » qui se cherche entre la bête et le dieu – entre les êtres qui sont en deçà de la loi et ceux qui sont au-delà de la loi. Il est donc voué à une vie politique, c’est-à-dire à une vie de liberté sous la loi. Ici intervient décisivement la notion ou plutôt le fait de la nature humaine. […] Nous tendons par nature à une vie commune réglée par la raison pratique. La loi naturelle, c’est l’ensemble des principes et critères qui guident cette raison commune. […] Notre liberté habite une nature qui nous donne à la fois l’impulsion, le but et la limite. Nous rejetons aujourd’hui avec impatience et dédain ces déterminations naturelles et prétendons à une liberté sans règle ni raison. »

Aucun de ces deux penseurs ne rejette les droits de l’homme, mais en revanche ils considèrent qu’en appeler exclusivement aux droits individuels constitue une impasse. Pierre Manent dit, une société dont la Loi serait exclusivement la somme des désirs individuels de ses membres est une société assez peu désirable. Car il me semble comme lui que ce qui importe c’est de faire société, de vivre ensemble.

Jean-Claude Michea préfère à la Loi naturelle, la « common decency » concept inventé par Orwell :

« La disposition morale, c’est-à-dire le sentiment, disait Orwell, qu’il y a des choses qui ne se font pas est effectivement présente dans toutes les sociétés humaines. Marcel Mauss l’avait déjà établi dans « l‘Essai sur le don », en montrant que le lien social primaire repose partout et toujours sur la triple obligation de « donner, recevoir et rendre ». […] Simon Leys considérait par exemple la tradition confucéenne comme une forme spécifiquement chinoise de la « common decency » »

Pour Michéa le grand responsable de cette évolution délétère est l’idéologie libérale et la marchandisation du monde :

« L’ennui c’est qu’il est devenu presque impossible, aujourd’hui de s’opposer aux dérives les plus folles de cette idéologie libérale (à partir du moment, en effet où tout comportement – faute de critères éthiques partagés- peut devenir objet de plainte, elle invite inévitablement à voir le mal partout et donc à remplacer tout débat par un appel aux tribunaux) sans remettre simultanément en question la dynamique du capitalisme lui-même. Un système économique dans lequel un bien n’est pas produit en raison de son utilité réelle ou de ses qualités propres mais, avant tout parce qu’il permet au capital déjà accumulé de s’accumuler encore plus ne peut, en effet, connaître écrivait Marx – ni frontière géographique ni aucune limite morale ou naturelle. […] Il est clair qu’une forme de société qui tend ainsi à noyer toutes les valeurs morales dans les « eaux glacées du calcul égoïste » est forcément incapable de fixer d’elle-même la moindre limite à ses propres débordements. Sous ce rapport, l’idée d’un libéralisme « conservateur » n’est donc qu’un oxymore. »

Pierre Manent est en accord avec le diagnostic, mais il continue à ne pas faire porter le poids de la faute sur le libéralisme dont il raconte l’histoire et tout ce qu’il a apporté en terme de liberté, de développement et de progrès pour les sociétés d’aujourd’hui. Il explique :

« L’imaginaire de la croissance illimitée où Jean-Claude Michéa voit à juste titre un des ressorts du charme maléfique qui emporte maintenant, avec l’Occident, l’humanité tout entière, n’est pas propre au libéralisme […] Après la Révolution française, une fois la révolution industrielle et la révolution démocratique entrées en phase, le libéralisme n’est plus qu’un facteur parmi d’autres et rarement le plus fort. L’Industrie, le Socialisme, l’Etat administratif, la Science, d’autres instances encore, furent tour à tour convoqués pour servir d’instrument à cette démesure de la raison organisatrice qui marqua tellement les deux derniers siècles. »

Et j’aime beaucoup la conclusion de Pierre Manent :

« Nous sommes en train de faire sur nous-mêmes une expérience morale ou métaphysique particulièrement cruelle. Au lieu de chercher les voies d’une éducation commune et de construire des institutions qui protègent, nourrissent et raffinent des expériences partagées, nous nous imposons une désintitutionnalisation toujours plus complète des contenus de notre vie. Qu’espérons nous donc de l’émancipation finale quand il ne restera plus sur la place publique que l’individu avec ses droits, pauvre homme séparé des hommes et des biens qui donnent son sens à la vie humaine ? »

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Vendredi 21 octobre 2016

Vendredi 21/10/2016
« La France n’est pas le pays des droits de l’Homme, elle n’est que le pays de la déclaration des droits de l’Homme »
Robert Badinter, invité des matins de France Culture le 10 octobre 2016

Le 9 octobre 1981, il y a 35 ans, la loi d’abolition de la peine de mort est promulguée en France.

Le 10 octobre 2016 célébrait la 14ème journée mondiale d’abolition de la peine de mort.

A cette occasion, Les matins de France Culture était allé rendre visite à Robert Badinter, le ministre de l’abolition pour un entretien.

Robert Badinter a 88 ans, sa voix est plus faible mais garde la force de la conviction qui est la marque de ce grand homme.

Dans cette émission, il a déclaré :

« Pour moi, l’abolition était inévitable. Elle a été trop tardive par rapport aux autres pays de l’Europe occidentale. […] La conscience des français que c’était fini a été plus lente que je ne le pensais. Aujourd’hui c’est terminé. »

A la question, du retour de la peine de mort que préconisent certains politiques en raison du terrorisme, il affirme d’abord que ce sont des démagogues qui prétendent que la France pourrait à nouveau recourir à la peine de mort :

« Ceux qui demandent le rétablissement de la peine de mort font preuve d’une prodigieuse méconnaissance des principes de notre Etat de droit. Ils oublient que l’abolition ne relève pas seulement de la loi de 1981, due à l’initiative de François Mitterrand.

Aujourd’hui, grâce à Jacques Chirac, à la fin de son mandat en 2007, l’abolition est une loi constitutionnelle. Il faudrait donc modifier la Constitution pour rétablir la peine de mort.

De surcroît, l’abolition est inscrite dans une série de conventions internationales dont la force juridique est supérieure à celle de la loi nationale. Je citerai, parmi d’autres, les 6e et 13e protocoles annexes à la Convention européenne des droits de l’homme et la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Sur le plan mondial, l’abolition est aussi consacrée par des protocoles de l’ONU auxquels la France est partie. Or les conventions internationales ont une valeur juridique supérieure à la Loi française.

Cette question est ainsi enserrée dans toute une série d’obligations, rendant juridiquement le rétablissement de la peine de mort quasi impossible.»

C’est l’Article 66-1 de notre constitution qui déclare simplement : « Nul ne peut être condamné à la peine de mort

Ensuite, il montre avec lucidité combien la peine de mort contre les terroristes seraient contre productives :

«Plus que jamais il nous faut refuser la tentation de la peine de mort. On dit qu’elle serait une arme de dissuasion. Mais pour celui qui se fait exploser à l’aide d’une ceinture, la peine de mort ne peut le faire reculer car il aime la mort. La peine de mort, elle n’est pas dissuasive ici mais elle serait incitative.

Pendant le procès, le terroriste justifierait son action par ses convictions et ferait de ce moment une tribune de propagande.

Pour ceux qui partagent les mêmes convictions, le fait d’aller jusqu’à la mort pour défendre ses convictions donnerait un surcroit de foi dans leurs croyances morbides.

Le condamné deviendrait un martyr.

Et un commando de vengeurs recommencerait.»

Dans un article de l’Express il réaffirme avec encore plus de clarté ce point de vue :

«La peine de mort ne peut pas être dissuasive pour des terroristes qui périssent dans un attentat, en même temps qu’ils donnent la mort à des victimes innocentes. Il existe entre la mort et le terrorisme un rapport secret, une alliance névrotique. De surcroît, pour ceux qui partagent les convictions des djihadistes, celui qui meurt pour la cause qu’il sert est un héros. Le lendemain d’une exécution capitale, on verrait naître des commandos de militants portant le nom de celui qu’ils appelleraient martyr, et la peine de mort susciterait ainsi encore plus de vocations et d’attentats terroristes.»

Dans cet entretien il parle aussi de l’instinct de mort de l’homme, et c’est donc un immense pas vers la civilisation de renoncer à donner la mort. Selon lui, l’homme n’a, dans l’espèce animal dont il fait partie, qu’un seul exemple comparable d’un animal qui tue son semblable sans raison de nourriture, de défense de territoire ou de conquête d’une femelle. Cet instinct de mort, l’homme le partage avec le rat.

Badinter cite son ami Michel Serres qui a dit « L’homme est un rat pour l’homme. »

Robert Badinter montre aussi que l’abolition, même s’il y a des résistances : Chine, certains Etats des Etats-Unis, des dictatures et les pays théocratiques islamiques, est en progrès partout dans le monde.

L’optimisme de Robert Badinter peut se trouver dans ce document qui révèle l’évolution du monde vers l’abolition.

Mais l’exergue de ce mot du jour est une réflexion quant au fait que la France a été l’un des derniers pays d’Europe occidentale à abolir la peine de mort et que d’ailleurs la France est rarement en tête pour les avancées sociétales et les libertés.

Nos prisons ne respectent pas les droits de l’homme, notre traitement des migrants pas davantage et bien d’autres choses.

Hélas, la France n’est pas la patrie des droits de l’homme, elle n’est que le pays de la déclaration des droits de l’Homme comme le dit Robert Badinter

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Mercredi 02/07/2014

Mercredi 02/07/2014
«Crucifiement»
Attacher un homme sur une croix

Le crucifiement est une ancienne méthode d’exécution consistant à placer le supplicié sur une croix, un support en forme de T ou un arbre et à l’attacher par divers moyens (clous, cordes, chaînes, etc.). Il existe plusieurs variantes du supplice que l’on retrouve à différentes périodes (dès l’Antiquité) et dans différentes civilisations.

Plusieurs recherches semblent indiquer que la mort a lieu par asphyxie, du fait de la traction sur les muscles supérieurs qui entraîne une compression du diaphragme.

« Crucifixion » est réservée au supplice du Christ et des œuvres d’art qui décrive ce sujet.

Après le mot et la chose, voici le mot et le sujet.

Souvent pour mot du jour, je connais le sujet mais je dois chercher le mot.

Mot qui éclaire, mot qui explique, mot qui introduit, mot qui provoque.

Comment dénoncer les monstres qui sous le masque de la religion s’adonnent à la cruauté en Irak et en Syrie ?

<Ce groupe qui s’est donné pour nom Etat Islamique de l’Irak et du Levant et qui revendique aujourd’hui le califat a réinventé cet usage barbare et antique pour impressionner les foules qu’il entend soumettre>

Voilà un groupe qui fait la guerre, guerre de religion, s’empare d’une ville, sépare les chiites des sunnites et puis massacre tous les chiites.

Cela nous rappelle les méthodes nazies, mais ils vont encore plus loin dans l’horreur. Quand les nazis assassinaient en masse, ils le cachaient. Ils organisaient même des visites de la croix rouge dans des camps “modèles” de nature à tromper la vigilance du monde.

Rien de tel dans ce groupe de fou haineux. A l’instar de l’ONU ou de la Cour des Comptes, <Il publie son rapport annuel> Rapport de 400 pages où ils énumèrent et détaillent leurs exactions, bref ils se vantent de leurs crimes.

On apprend aussi que ce groupe <est très riche, On estime sa fortune à 2, 3 milliards de dollars>

Et pour tout cela nous pouvons continuer à remercier George W Busch qui par son intervention insensée a préparé le terrain pour ces guerres de religion. Il vit tranquillement dans son ranch du Texas où il peint et expose ses peintures…

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