Lundi 8 juin 2026

« J’étais une femme dans une société patriarcale et un pays machiste. Pour m’en sortir, il me faudrait lever la tête, montrer les crocs, arracher un à un tous mes droits et refuser toute soumission. »
Marjane Satrapi

J’ai découvert Marjane Satrapi par le dessin animé « Persépolis » qui avait été réalisé à partir de la bande dessinée du même nom qu’elle avait écrite pour raconter sa jeune vie se cognant à la révolution islamique d’Iran de 1979.
Marjane Satrapi est née le 22 novembre 1969 dans l’Iran gouverné par le Shah. Sa famille est plutôt athée et sympathisante communiste de Téhéran. Son oncle Anouche, dirigeant du Parti communiste iranien, auquel elle est très attachée, est exécuté en 1982, pour ses opinions politiques.
Elle n’a que dix ans quand a lieu la révolution islamique qui va porter au pouvoir l’Ayatollah Khomeiny.
Son enfance sera alors confrontée à une restriction croissante des libertés individuelles dans le pays.
Excusez-moi d’avance, d’être un peu long, mais il me semble éclairant et nécessaire de citer les réformes que les fanatiques chiites sous influence de l’idéologie des frères musulmans égyptiens, sunnites pourtant, ont mis en œuvre à partir de leur prise de pouvoir en février 1979 :

  • Abolition de la loi sur la protection de la famille (26 février 1979) : Cette loi, adoptée sous le régime du Shah, limitait notamment le droit unilatéral des hommes au divorce et à la polygamie. Son abrogation a permis aux hommes de divorcer sans le consentement de leur épouse et de prendre plusieurs épouses sans restriction légale.
  • Exclusion des femmes de la magistrature (2 mars 1979) : Les femmes ont été interdites de devenir juges, ce qui a marqué le début d’une ségrégation professionnelle fondée sur le genre
  • Obligation du port du voile islamique (6-7 mars 1979) : Khomeiny a imposé par fatwa le port du voile pour les femmes travaillant dans les administrations publiques, puis cette obligation s’est étendue à l’ensemble des femmes en public. Cette mesure a suscité de grandes manifestations de protestation, notamment les 7 et 8 mars 1979, où des milliers de femmes ont défilé à Téhéran et dans d’autres villes pour défendre leurs droits
  • Restriction du droit au divorce (4 mars 1979) : Le droit au divorce est devenu exclusif aux hommes, qui peuvent désormais décider unilatéralement de divorcer à tout moment.
  • Ségrégation des sexes : Les activités sportives et les espaces publics (comme les plages) ont été ségrégés, et les compétitions sportives féminines ont été annulées.
  • Abaissement de l’âge légal du mariage pour les filles : L’âge légal du mariage des filles, qui était de 18 ans avant 1979, a été abaissé à 13 ans après la prise de pouvoir de Khomeiny.

Marjane Satrapi, en raison de son éducation et de ses goûts personnels, a vécu cette évolution comme une régression insupportable.

Elle aimait notamment le cinéma occidental et français. Elle citait régulièrement Catherine Deneuve et Alain Delon qu’elle a découverts dès ses plus jeunes années en Iran, elle proposera plus tard à tous deux de prêter leur voix à Persepolis, proposition que Catherine Deneuve acceptera.

Ses parents veulent la protéger et l’envoient en 1984, à l’âge de 14 ans, au lycée français de Vienne, en Autriche, où elle reste quatre ans. Elle revient en 1988 en Iran et y restera jusqu’en 1994. A cette date, elle quittera définitivement l’Iran pour la France où elle fera des études à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg.

Son goût pour la BD lui sera révélé par la lecture de « Maus » de Art Spiegelman.

Elle accède à la célébrité avec la publication de Persepolis, une bande dessinée autobiographique en quatre volumes publié entre 2000 et 2003, le film sortira en 2007. Ce fut un immense succès de librairie, puis en salle. Elle obtint de nombreuses récompenses au festival de BD d’Angoulême, puis le Prix du jury du festival de Cannes 2007 pour le film.

Pénélope Bagieu, future dessinatrice de BD, dira dans « Le Monde » :

« Je n’avais jamais rien lu qui ressemblait à ça »

Elle créera d’autres bandes dessinées se déroulant en Iran, « Broderies » et « Poulet aux prunes », elle réalisera des films et deviendra aussi artiste peintre.

Elle sera accompagnée tout au long de ces années par son mari suédois Mattias Ripa. Mattias Ripa a participé à son premier court-métrage d’animation alors qu’elle était encore étudiante aux Arts décoratifs de Strasbourg. Il était Financier, acteur, co-scénariste… selon les nécessités pour soutenir Marjane Satrapi. Il est mort des suite d’une longue maladie en 2025, mettant fin à 31 années de vie commune. Cette perte l’avait plongée dans une dépression sévère.

Mattias Ripa et Marjane Satrapi

« Le Point » écrit :

« Mi-avril, elle avait confié au Point avoir choisi de se retirer dans une clinique à Munich, en Allemagne, dans l’espoir de remonter la pente. « J’espère accepter de vivre avec un si immense deuil. On verra », nous écrivait-elle dans son dernier message. »

Sa famille annonça, le 4 juin 2026, sa mort « de tristesse, un an après le décès de l’amour de sa vie. ». Elle avait 56 ans.

A côté de son œuvre artistique, elle continua le combat pour la liberté d’abord des femmes iraniennes sous le joug de la théocratie islamique d’Iran.

En 2023, elle dirige l’ouvrage « Femmes, vies, libertés » en soutien aux femmes iraniennes qui manifestent après le meurtre, en septembre 2022, de Mahsa Amini, arrêtée pour un foulard mal porté puis battue à mort. Très engagée, elle appelle ainsi, dès 2022, les dirigeants européens à se positionner contre les exactions du régime iranien. Un an plus tard, en protestation de l’inaction française, elle refuse la Légion d’honneur.

Ensuite, elle constata que des mouvements islamistes étaient à l’œuvre en Occident et en France pour pousser les musulmans notamment jeunes vers une pratique de plus en plus rigide et archaïque de leur religion, avec pour première cible la liberté et l’émancipation des femmes. C’est pourquoi, en mars 2016, elle figure parmi les signataires du manifeste du Printemps républicain.

Et on verra ces forces obscurantistes à l’œuvre. Quand en mars 2026, France 4 annonce diffuser le film Persepolis « en raison de l’actualité », une vague de réactions éclate sur X. Un post, vu plus de 3 millions de fois, accuse l’œuvre d’islamophobie et de « propagande impérialiste occidentale ». Ces éléments de langage utilisés jusqu’alors par le régime iranien et le Hezbollah qui parvint à interdire la diffusion du film au Liban, se répandait en France.

Un billet de Charlie Hebdo du 9 mars 2026 parle de ces réactions : « Persepolis « islamophobe » : qui a peur de Marjane Satrapi ? »

Vous pourrez lire l’intégralité de ce billet, j’en cite quelques extraits :

« Persepolis, le chef-d’œuvre de Marjane Satrapi adapté d’une de ses bandes dessinées, serait « islamophobe ». Ce serait d’ailleurs pour cette raison que France 4 – comme chacun sait, suppôt du lobby militaro-industriel américano-israélien – a décidé de bouleverser ses programmes, le 5 mars dernier, pour diffuser le film sur son antenne. […]

Beaucoup de nos apprentis mollahs tricolores n’ont pas vu le film. Ou trop vite. Ou trop mal. Il suffit de lire leurs posts : l’un présente l’autrice comme une « bourgeoise iranienne pro-Shah », alors que Satrapi vient d’une famille communiste, quand d’autres voudraient en faire le porte-voix d’un occident civilisateur. Revu pour l’occasion, le film n’est pourtant pas tendre avec ce dernier. De retour en Iran, après avoir été envoyée à Vienne, où elle a connu l’isolement et la précarité, Marjane Satrapi résume à ses copines restées sous le joug des mollahs son expérience ainsi : « En Occident, tu peux crever dans la rue, personne ne te viendra en aide » »

Dans Persepolis, il y a une scène dans laquelle la grand-mère de Marjane lui donne ce conseil :

« Je vais te donner un conseil qui te servira à jamais. Dans ta vie tu rencontreras beaucoup de cons. S’ils te blessent, dis-toi que c’est la bêtise qui les pousse à te faire du mal. Ça t’évitera de répondre à leur méchanceté. Car il n’y a rien de pire au monde que l’amertume et la vengeance. Reste toujours digne et intègre à toi même. »

Marjane Satrapi, n’a pas été en mesure de toujours suivre ce conseil de sa grand-mère. Quelquefois la colère était trop grande contre la bêtise ou l’aveuglement d’une certaine Gauche qui prétend qu’on peut dans un même élan soutenir le combat contre le voile en Iran et défendre le port du voile en France, cet outil du patriarcat qui serait un instrument de liberté…

Sandrine Rousseau, par exemple, l’élue écologiste qui avait défini le voile comme « objet d’embellissement » et qui a posté le 3 novembre 2024, en dessous d’un dessin représentant l’étudiante iranienne de 22 ans, Ahou Daryaei, apparue la veille en sous-vêtements en pleine rue devant l’université Azad de Téhéran en signe de protestation contre le harcèlement d’agents de sécurité au sujet de son port du foulard, ce message :

« Notre corps, et tout ce que l’on met – ou pas – pour le vêtir, nous appartient. Force aux Iraniennes, aux Afghanes, à toutes celles qui subissent l’oppression. »

Marjane Satrapi lui a alors répondu par cette vidéo :

« En 2022, le premier rassemblement organisé par le mouvement Femme-Vie-Liberté s’est tenu place de la République, en soutien à la révolution populaire survenue en Iran après l’arrestation puis la mort de Mahsa Amini pour un voile mal porté. Des dizaines de milliers de jeunes filles ont été arrêtées, violentées, emprisonnées. Vous aviez pris la parole, et tout le monde vous a huée parce que quelques jours auparavant, vous aviez déclaré que le voile est l’embellissement de la femme. Partout, à la radio et la télévision, vous aviez expliqué ensuite que vous aviez été huée parce que vous êtes une femme. Or nous étions six femmes, mais nous avons toutes été applaudies, sauf vous. Si vous avez huée, c’est parce que vous étiez con.
Et vous continuez à l’être. Maintenant, vous faites un tweet dans lequel vous comparez la situation des filles de mon pays qui, pour oser enlever leur voile, se font arrêter, violer, torturer, emprisonner, à la situation de la jeune fille, ici en France, qui décide de se voiler pour une raison qui m’échappe. Car je ne sais pas depuis quand le voile est devenu synonyme d’émancipation. Ça devient ridicule, et à force de ne pas vouloir être accusée de raciste, vous jouez le jeu des fanatiques. Ça suffit ! […] conclut enfin Marjane Satrapi. Que vous ne compreniez pas la situation et que vous soyez bête, c’est OK. Tout le monde a le droit d’être con, mais à ce moment-là, il vaut mieux se taire ».

Moi je dirai comme Michel Rocard qu’il existe des « saines colères ». Et pour toutes celles et ceux de Gauche qui s’égarent, je leur demanderai de se rappeler des leçons de l’Histoire où des gens de gauche des années 1960 ne voulaient pas entendre ce que des dissidents comme Viktor Kravchenko racontaient des horreurs du communisme soviétique ou Michel Leys dénonçaient du maoïsme « Leys, l’homme qui a déshabillé Mao ». Aujourd’hui les mêmes dérives existent par rapport aux influences islamistes en œuvre en Occident.

Je ne vais pas multiplier les exemples, mais sous une video dans laquelle Marjane Satrapi critiquait Melenchon et qui a été republiée sur X, vous trouverez des tweets haineux comme celui-ci :

Je prends la traduction :

« Marjane Satrapi était une sioniste raciste islamophobe génocidaire, et peu importe le nombre de fois où vous postez cet extrait d’interview d’il y a 20 ans ou cette capture d’écran de cette merde de propagande minable Persepolis, elle était une ordure impérialiste sioniste. »

Je vous fais remarquer qu’au moment où j’ai réalisé cette copie d’écran, soit un jour après sa publication, elle avait été vue près de 400 000 fois et que 6000 personnes ont trouvé intelligent de l’approuver par un cœur.

 

Quand Raphaëlle Primet, élue communiste de Paris, lui rend hommage sur Instagram, un individu trouve pertinent de poster ce commentaire :

« Marjane Satrapi était islamophobe, bourgeoise, méprisante et condescendante à l’égard des femmes portant le voile. »

C’est dans un entretien que Marjane Satrapi a accordé au « Monde » et publié le 18 octobre 2020 que j’ai tiré l’exergue de ce mot du jour : « A 10 ans, je m’entraînais à devenir une prisonnière politique »

Dans cet entretien elle rend un hommage vibrant aux femmes de sa famille :

« Toutes les femmes de la famille valaient le détour ! Pas une femme mièvre à l’horizon ! Des battantes, des révoltées, des fortes en gueule. Ce sont elles qui m’ont construite, pas les hommes, même si j’adorais mon père qui est la gentillesse sur Terre. A la génération au-dessus, il y avait ma grand-mère paternelle, fille d’un chef de tribu, qui avait échappé à un mariage arrangé par son père en s’enfuyant à cheval, une nuit, déguisée en garçon, pour rejoindre l’homme qu’elle aimait. Et puis il y avait ma grand-tante maternelle. Une vraie inspiration. Imaginez… Mariée contre son gré, elle avait vite divorcé, était partie en Suisse étudier la peinture avant de revenir en Iran, poétesse, chanteuse à la radio, peintre de nus. Elle conduisait une immense voiture américaine et clamait sa préférence pour le statut de maîtresse d’un homme marié plutôt que d’épouse, ne réclamant « que les bons moments ». Bref, une liberté de pensée sublime. J’adorais passer du temps avec elle. »

Je finirai par cet hommage de Joann Sfar :

« Tu as changé le monde avec des bandes dessinées […]. J’ai perdu ma sœur jumelle »

Lundi 23 juin 2025

« Je tiens à remercier tout le monde, et en particulier Dieu. »
Donald Trump

Donald Trump a tenu un discours de 4 minutes pour se féliciter de la réussite des frappes américaines sur les installations nucléaires iraniennes qui se sont déroulées dans la nuit de samedi à dimanche.

Comme d’habitude, dans un langage d’une pauvreté lexicale consternante, il abuse de superlatifs superfétatoires :

« Aucune armée au monde n’aurait pu faire ce que nous avons fait ce soir. Loin s’en faut. Jamais une armée n’a été capable de réaliser ce qui vient de se passer il y a quelques instants. »

L’armée dont il parle a déversé, sur les cibles, les plus grosses bombes non nucléaires créées par l’espèce humaine (des ogives de 13 tonnes) et puis les bombardiers furtifs B-2 Spirit ont parcouru une distance exceptionnellement grande pour atteindre l’Iran à partir de leur base du Missouri. C’est un triomphe de la technologie !

Concernant la stratégie militaire, dans un ciel iranien sans capacité anti-aérienne, l’Histoire militaire comporte des épisodes qui méritent nettement plus de superlatifs que cette opération.

C’est surtout une question d’argent, chaque B-2 coûte plus de 2 milliards de dollars ! Pour la fameuse bombe de 13 tonnes, le coût de développement de la GBU-57 MOP se situe entre 400 et 500 millions de dollars américains et son prix de production unitaire est d’environ 3,5 millions de dollars américains. La folie meurtrière des hommes n’a pas limite en terme de prix.

Mais ce que je voudrais surtout relever ce sont les dernières mots de ce discours de Trump :

« Je tiens à remercier tout le monde, et en particulier Dieu. Je veux simplement dire que nous t’aimons, Dieu, et que nous aimons notre grande armée. Protège-les. Que Dieu bénisse le Moyen-Orient. Que Dieu bénisse Israël et que Dieu bénisse l’Amérique. Merci beaucoup. Merci. »

Que vient faire Dieu là-dedans ? La technologie, l’argent semble suffire à ce désastre ?

En face, le chef iranien, qui se fait appeler guide suprême, dans son discours du mercredi 18 juin dans lequel il oppose un refus catégorique à l’appel de Donald Trump à une « capitulation sans conditions » conclut avec ces mots, en commençant à citer un verset du Coran :

« La victoire ne peut venir que de Dieu, le Puissant, le Sage »

Puis ajoute :

« Et Dieu Tout-Puissant accordera à la nation iranienne la victoire, la vérité et la justice, si Dieu le veut. »

Et si dans les faits la victoire n’est pas donnée à la nation iranienne ? Tout simplement parce que la technologie et l’argent, des choses très matérielles sans une once de spiritualité, donne la victoire aux adversaires de l’Iran. C’est donc selon l’hypothèse de ce responsable religieux que « Dieu ne le veut pas » !

Et dans ce cas, quelle conclusion ce vieil homme en tirera du fait que Dieu ne le veut pas ?

Le troisième responsable de ce chaos et de ses destructions, Benyamin Netanyahou, se trouve dans la même évocation religieuse. Quand, dimanche 15 juin 2025, il se rend à Bat Yam où les missiles iraniens ont fait neuf victimes, il termine son discours par un verset du Deutéronome :

« Puisque vous n’avez vu aucune figure le jour où l’Éternel vous parla du milieu du feu, à Horeb, veillez attentivement sur vos âmes. »

Et il conclut :

« Ensemble, avec l’aide de Dieu, nous vaincrons, nous sommes sur le chemin de la victoire. »

C’est encore une fake news ! L’aide dont bénéficie l’armée d’Israël ce sont les armes fournis par les Etats-Unis et depuis ce week end l’intervention directe de l’armée US avec des bombes, des avions décrits précédemment.

Le premier ministre baptise désormais chaque opération militaire par des références bibliques. Ainsi Vendredi 13 juin au matin, à peine les premiers missiles tirés vers l’Iran, le pays apprend que l’opération « Le lion qui se lève » a été lancée. Pour reprendre les termes de l’allocution filmée de son dirigeant : « Nous sommes à un moment décisif de l’histoire d’Israël. Il y a quelques instants, Israël a lancé l’opération « Le lion qui se lève », une opération militaire ciblée visant à supprimer la menace que représente l’Iran par rapport à la survie même d’Israël. »

« Le lion qui se lève » ? C’est une référence à un verset du Livre des Nombres : « Voici qu’un peuple se lèvera comme une lionne, comme un lion il se dressera. Il ne se couchera pas sans avoir dévoré sa proie, sans avoir bu le sang des victimes ! »

Je perçois le désarroi des croyants sincères qui vivent leur foi comme un appel à devenir plus doux, à aider leur prochain et qui trouvent dans leurs prières, réconfort et aide dans les moments de souffrance et d’angoisse. Ils s’exclament d’une seule voix : « La religion ce n’est pas cela ! »

Pour moi qui fus croyant et pour les consoler je dirais plutôt : « la religion ce n’est pas que cela ! ». Mais il me faut ajouter : « c’est aussi cela, c’est-à-dire la violence et le pouvoir ! »

« Le nouvel Obs » évoque un autre nom d’opération inventé par l’état-major israélien « Chariots de Gédéon ». C’était le nom de l’opération de mai 2025 contre Gaza, visant à une annihilation totale du territoire. Et le Nouvel Obs de rappeler ce que dit le livre sacré des juifs :

« Gédéon est un personnage biblique, un des juges du Livre des Juges, élu par Dieu. Pour punir Canaan d’être revenu à l’idolâtrie, Yahvé a envoyé au peuple élu une invasion de Madianites. C’est Gédéon qui est chargé de la combattre, et qui, avec une toute petite armée de 300 personnes, réussit à infiltrer le camp des Madianites et à les éradiquer ».

Souvent dans la bible hébraïque dieu prend le nom de « dieu des armées », un dieu qui n’a pas de scrupule à demander des tueries de masse.

Le Nouvel Obs évoque une autre citation de Netanyahou :

« Une référence biblique faite par Netanyahou a d’ailleurs été citée dans la plainte de l’Afrique du Sud, déposé devant la Cour internationale de Justice (CIJ) pour génocide. En l’occurrence la phrase : « Souvenez-vous de ce qu’a fait le peuple d’Amalek à notre peuple », répétée à plusieurs reprises par Netanyahou.
Le peuple d’Amalek ? C’est l’ennemi originel d’Israël. Yahvé ordonne à son peuple de l’éradiquer. Ainsi dans le Deutéronome, Dieu appelle à « effacer la mémoire du peuple d’Amalek du ciel ».
Il enjoint aussi au prophète Samuel de se faire l’instrument de la destruction : « Va maintenant, frappe Amalek, et dévouez par interdit tout ce qui lui appartient ; tu ne l’épargneras point, et tu feras mourir hommes et femmes, enfants et nourrissons, boeufs et brebis, chameaux et ânes. »
Dans le Premier Livre de Samuel, le roi Saül désobéit à l’ordre divin et décide d’épargner Agag, après avoir exterminé tous les Amalécites. Il ne se résout pas non plus à tuer tout le bétail. Mal lui en prend ! Le prophète Samuel le tance. « N’est-ce pas, quand tu étais petit à tes propres yeux, tu es devenu chef des tribus d’Israël, et l’Éternel t’a oint pour roi sur Israël ?
Et l’Éternel (…) t’avait dit : Va et détruis ces pécheurs, les Amalécites, et fais-leur la guerre jusqu’à ce qu’ils soient consumés. Et pourquoi n’as-tu pas écouté la voix de l’Éternel ? »
Samuel explique alors à Saül que l’Eternel l’a rejeté. Et il « met Agag en pièces devant l’Eternel ».

Le Coran de la même manière contient, à côté de versets bienveillants, d’autres qui expriment une grande cruauté pour tous ceux et toutes celles qui sont en dehors des normes de « la croyance » définies dans ce livre.

Les islamistes radicaux se basent sur ces textes pour justifier leurs actes violents. Par exemple ce texte qu’on appelle « le verset de l’épée » (verset 5 de la sourate IX) :

« Quand les mois sacrés seront expirés, tuez les infidèles quelque part que vous les trouviez ! Prenez-les ! Assiégez-les ! Dressez pour eux des embuscades ! S’ils reviennent [de leur erreur], s’ils font la Prière et donnent l’Aumône (zakat), laissez-leur le champ libre ! Allah est absoluteur et miséricordieux. » — Le Coran (trad. R. Blachère),

Les mois sacrés sont la période de grâce qu’on accorde aux incroyants pour se soumettre à la foi unique, seule cette soumission permet d’échapper à la mort».

Tout cela peut paraître si loin de ceux qui ont vécu la sortie de la religion du quotidien et de la société.  Ce que Nietzsche avait synthétisé par ce constat : « Dieu est mort ».

Selon moi, l’évocation de Dieu lors de tous ces déchainements de violence, n’est pas une bonne chose.

Ceux qui font ces évocations sont d’autant plus Désinhibés qu’ils pensent se mettre sous la protection de textes sacrés. Et comment négocier avec des gens qui prétendent que c’est Dieu qui les guide ?

Lundi 19 juillet 2021

« 444 jours ! »
Durée de la prise d’otage des diplomates américains dans l’ambassade de Téhéran qui a débuté le 4 novembre 1979.

Nous avons vu qu’en quelques semaines la révolution islamique s’est imposée, au tout début de l’année 1979. Avec des alliés notamment libéraux ou nationaliste Khomeini allait d’abord chasser le Shah qui en outre était très affaibli par un cancer qui allait l’emporter le 27 juillet 1980. Puis, Khomeini allait se débarrasser méthodiquement de tous ses alliés pour laisser au pouvoir la seule clique de religieux régressifs et violents qui suivaient aveuglément l’islam que le vieux ayatollah prêchait.

La révolution islamique allait provoquer cette même année 1979 un autre évènement inouï qui marquera l’Histoire et allait avoir des conséquences jusqu’à nos jours.

Le 4 novembre 1979, un dimanche, des centaines d’étudiants iraniens envahissent l’ambassade américaine où ils se saisissent de 52 otages et entament une « occupation révolutionnaire » des locaux.

La raison qui pousse ces étudiants est l’extradition du Shah qui se trouve aux Etats-Unis pour soigner son cancer. Ils obtiendront que le Shah quitte les États-Unis. Seul l’Egypte de Sadate acceptera de l’accueillir et c’est dans le pays des pyramides qu’il mourra.

Cette prise d’otage sur le sol de l’ambassade américaine, donc sol américain était d’une part une violation flagrante du droit international et des conventions diplomatiques d’autre part était d’une provocation inouïe à l’égard des États-Unis d’Amérique

L’excellent site d’Histoire <Herodote.Net> raconte cette prise d’otage :

« Quelques mois après le renversement du régime monarchique et la fuite du chah Mohammad Reza Pahlavi aux États-Unis le 16 janvier 1979, l’ayatollah Khomeini proclame l’avènement de la République islamique d’Iran. Fervent détracteur des États-Unis, il exhorte son peuple à manifester contre ce pays qu’il surnomme le « Grand Satan ». L’anti-américanisme imprègne tous ses discours. Le 2 novembre 1979, il déclare que les États-Unis sont un « ennemi de l’islam ».

Dimanche 4 novembre 1979, le temps est maussade sur la capitale iranienne. Près de 400 jeunes étudiants islamistes se réunissent vers 10h. Ils marchent vers l’ambassade américaine tout en réclamant l’extradition du chah, qu’ils veulent condamner à mort.

Les marines qui protègent l’ambassade ne font pas le poids face à la foule qui, après deux heures de siège, parvient à franchir le mur d’enceinte du bâtiment. Le drapeau américain est remplacé par l’étendard de l’islam.

Certains diplomates parviennent à s’enfuir, mais 52 Américains restent pris au piège. Le président américain Jimmy Carter ne réagit qu’en imposant des sanctions économiques à l’Iran. Rien ne se passe. Cinq mois plus tard, le 24 avril 1980, il lance l’opération Eagle Claw en vue de délivrer ses ressortissants par la force.

C’est un fiasco total. Parmi les hélicoptères engagés, plusieurs tombent en panne dans le désert. Huit militaires trouvent la mort dans une évacuation précipitée. Humiliés et mortifiés, les gouvernants américains ne vont dès lors avoir de cesse de combattre la République islamique, jusqu’à encourager le dictateur irakien Saddam Hussein à attaquer l’Iran en septembre 1980.

Par une ultime provocation, les otages seront en définitive libérés par la voie diplomatique le 20 janvier 1981, le jour même de l’accession à la présidence des États-Unis de Ronald Reagan.

Hormis les militaires tués dans l’opération commando, la prise d’otages n’aura fait aucune victime américaine. Cette humiliation va néanmoins entretenir jusqu’à nos jours, un vif désir de revanche dans l’opinion publique américaine. Grâce à quoi le gouvernement de Washington pourra multiplier les gestes hostiles à l’égard de Téhéran, en parfaite collusion avec l’Arabie saoudite… »

Khomeini ne condamnera jamais cette prise d’otage et laissera faire.

Pour une description plus détaillée on pourra lire cet article : <Crise des otages américains en Iran (4 novembre 1979-20 janvier 1981)>

La première conséquence de cette occupation de l’ambassade américaine, est que les islamistes au pouvoir ont pu s’emparer de documents secrets américains concernant leur politique en Iran et aussi révélant des noms d’iraniens qui étaient proches ou collaboraient avec les américains.

La seconde conséquence fut l’humiliation que ressentirent les américains. Ils feront payer cette humiliation au Président Carter et ils éliront Ronald Reagan qui a jouera un rôle très ambigu sur la libération des otages

Amin Maalouf écrit :

« L’occupation se poursuivit pendant près de quinze mois et elle influença de manière significative la campagne présidentielle qui se déroulait alors aux États-Unis. Humiliés par les images de leurs diplomates menottés et les yeux bandés, les Américains en ont voulu au président Carter de n’avoir pas su riposter, surtout lorsqu’une tentative de libérer les otages par une opération commando avorta de manière lamentable. Le candidat républicain Reagan eut beau jeu de dénoncer la faiblesse et l’incompétence de l’administration démocrate.

Le drame de l’ambassade contribua indiscutablement à la défaite écrasante que subit le président sortant. A tel point qu’il y eut des allégations persistantes selon lesquelles des envoyés de Reagan auraient eu des pourparlers à Paris avec des représentants iraniens, pour leur demander de retarder le règlement du conflit jusqu’après l’élection. Les historiens débattront longtemps encore pour déterminer ce qui s’est réellement passé. Cependant, les autorités iraniennes, comme si elles voulaient ajouter foi à ces allégations, choisirent d’annoncer la libération des otages le jour même où Reagan pris ses fonctions très exactement le 20 janvier 1981, pendant que se tenait à Washington la cérémonie d’inaugurations. »
Le Naufrage des civilisations page 240

Officiellement la contrepartie de cette libération fut la restitution par les États-Unis de 8 milliards de dollars des avoirs du shah qui étaient en sol américain

Mais <Wikipedia> rappelle aussi que l’Administration Reagan vendra illégalement des armes à l’Iran. Amin Maalouf le rappelle aussi

« La nouvelle administration ne se montra d’ailleurs pas vraiment hostile envers la République islamique. Un énorme scandale éclata même, durant le second mandat de Reagan, lorsque le Congrès découvrit que la Maison Blanche finançait – illégalement – la guérilla antisandiniste du Nicaragua avec de l’argent obtenus en vendant – illégalement – des armes aux pasdarans, les gardiens de la révolution iranienne. »
Le Naufrage des civilisations page 240

Cette prise d’otage dura 444 jours.

Elle eut des conséquences géopolitiques majeures. Désormais l’Iran islamique devenait un ennemi absolu des américains qui ne pardonneront jamais ces 444 jours. La difficile négociation sur le nucléaire iranien s’explique aussi par ce traumatisme.

L’Iran devenant cet ennemi, les liens des États-Unis avec l’Arabie Saoudite allait encore se renforcer. Et même les attentats du 11 septembre 2001 perpétrés par des saoudiens n’allait pas changer cette situation : l’ennemi principal reste l’Iran.

Mais la première conséquence qui en aura beaucoup d’autres, fut la guerre Irako-iranienne qui débuta le 22 septembre 1980. En effet, les américains incitèrent Saddam Hussein qui en avait très envie, à attaquer l’Iran. Cette guerre n’eut pas de vainqueur mais fit autour d’un million de morts. L’Irak et l’Iran en sortirent exsangues et avec d’énormes dettes. Saddam Hussein pensant que les occidentaux lui étant désormais redevables entrepris un certain nombre d’actions violentes, dont la plus extravagante fut d’envahir le Koweit. Les américains n’acceptèrent pas cet acte et déclenchèrent la première guerre du golfe. Par la suite le fils du Président de la première guerre du golfe qui était devenu président à son tour déclencha la seconde guerre pour détruire le régime de Saddam Hussein. Cela déclencha le chaos dans cette région et l’apparition de DAESH. Depuis DAESH est partiellement vaincu mais le chaos de la région continue.

Le fait de profaner une ambassade fut aussi un traumatisme majeur créant un précédant inquiétant.

Et puis, elle provoqua la victoire électorale de Ronald Reagan sans laquelle la révolution conservatrice initiée par Margaret Thatcher n’aurait pas pu se déployer à l’échelle planétaire.

<1594>

Vendredi 16 juillet 2021

« Vous ne pouvez pas comprendre »
Des iraniens à Marc Kravetz qui essyait de décrire ce qui se passait lors de la révolution islamique à Téhéran.

Nous n’avons pas compris.

Je n’ai pas compris. J’avais 20 ans début 1979, quand tout cela s’est passé en quelques mois, quelques semaines.

Idéaliste, fortement influencé par les journaux français et les intellectuels de gauche, dans mon esprit le Shah D’Iran était un dictateur sanguinaire. Et, le paisible et vieux religieux qui recevait ses hôtes, assis en tailleur sous un pommier, à Neauphle le Château, allait probablement utiliser son autorité pour organiser une transition paisible, après que le peuple iranien ait chassé son empereur. Il allait permettre l’apparition d’une démocratie et de la liberté en Iran et mettre fin aux exactions de la sinistre Savak, la police politique du Shah.

Mohammad Reza Pahlavi portait, en outre, cette tare d’être entièrement entre les mains des américains depuis que la CIA avait chassé lors d’un coup d’état le premier ministre Mohammad Mossadegh qui voulait donner à l’Iran un destin autonome.

Mais cet homme, presque souriant sous le pommier, était en réalité un vieillard austère, retors, cruel, archaïque, misogyne, antisémite et ennemi farouche de l’occident et de la liberté.

Je me souviendrai toujours de cet appel d’une jeune étudiante iranienne lors de l’émission « Ligne ouverte » qu’animait Gonzague Saint Bris, de minuit à 1 heure du matin sur Europe 1 et que j’écoutais tous les jours avant de m’endormir dans ma petite chambre d’étudiant du Lycée Kléber de Strasbourg, dans lequel j’étais élève de mathématiques supérieures en 1979. C’était ma porte ouverte sur le monde dans le milieu fermé et aliénant des classes préparatoires scientifiques.

Cette jeune fille s’en prenait aux bien-pensants de gauche et disait :

« Vous êtes dans l’erreur absolue. Vous croyez naïvement que Khomeiny et les religieux sont révoltés pour les mêmes raisons que vous autres occidentaux : la dictature, l’emprisonnement des opposants, la torture, le manque de liberté. Ce n’est pas du tout cela. S’ils arrivent au pouvoir, ils feront pire et les femmes seront bien davantage opprimées que sous le Shah. Ce que ces religieux reprochent au Shah : C’est l’occidentalisation de la société iranienne, la libération des mœurs et le rôle accru que le Shah a permis aux femmes. » .

Je cite de mémoire, mais c’est bien le fond de ce que disait cette jeune femme alors que cet ignoble personnage vivait encore en France près de ce pommier.

Ce documentaire réalisé en 2019 par Holger Preuβe pour la chaîne de télévision Arte : <Le Shah et l’Ayatollah – Le duel iranien> montre que l’antagonisme remonte loin.

Il était déjà présent entre les pères de ces deux protagonistes. Le père du shah Reza Chah Pahlavi qui avait pris le pouvoir par un coup d’état militaire et créa la dynastie des Pahlavi qui ne comptera que deux souverains, s’opposait violemment aux religieux. Il était probablement athée.

Le père de Khomeiny, Mostafa Moussavi, était aussi ayatollah et a été assassiné alors que son fils n’avait que 6 mois. Toute sa vie, Il a pensé que c’est Reza Chah qui avait commandité ou laissé faire cet assassinat. Bref, il le tenait pour responsable de sa mort. Alors que Wikipedia rapporte :

« Mostafa Moussavi, un notable local, est assassiné par les hommes de main d’un grand féodal en mars 1903 »

Et justement, le fils Mohammad Reza Chah Pahlavi qui lui semble croyant, entend s’attaquer à la féodalité qui règne en Iran. Il l’appelle « La révolution blanche ». Elle consiste à distribuer et donner des droits de propriétés à des paysans pauvres issus des terres des féodaux qui en sont dessaisis. Il se trouve que beaucoup de ces propriétaires étaient des religieux.

Cette réforme agraire allait être accompagnée de réformes sociétales donnant un rôle accru aux femmes notamment par la modification de la loi électorale : Les femmes reçurent le droit de vote mais aussi celui d’éligibilité. Une loi qui fit beaucoup changer la représentation sexuelle du Parlement : il y avait en 1976 plus de députés femme en Iran qu’en Europe occidental

Et ce sont bien ces réformes que Khomeiny et les religieux rejetaient.

Le 3 juin 1963, lors d’un discours intitulé « Contre le tyran de notre temps » à l’école coranique Feyzieh, il attaque directement le Shah et révèle son antisémitisme :

« Ce gouvernement est dirigé contre l’islam. Israël veut que les lois du Coran ne s’appliquent plus en Iran. Israël est contre le clergé éclairé… Israël utilise ses agents dans le pays pour éliminer la résistance anti-israélienne… »

Plus loin dans son discours, il parle du Shah comme d’un « pauvre type misérable »

Ce discours conduira à son arrestation puis à son expulsion. Il se réfugia en Irak puis lors des évènements de fin 1978, il fut aussi expulsé d’Irak. Il trouva alors refuge en France qui ne demandait pas de visa pour les iraniens.

Ce documentaire sur France 3 : <Reportage sur la révolution Islamique en Iran> explique son arrivée en France. Le gouvernement français était dans une grande confusion à son égard. Au départ, il ignorait son importance et s’est trouvé rapidement débordé par la foule d’iraniens qui venaient à sa rencontre à Neauphle le Château, près du pommier, pour l’acclamer.

Pendant son séjour en France, il laissait beaucoup parler et agir 3 hommes qu’on présentait proches de lui et qui avait la mission d’exprimer sa pensée aux médias occidentaux.

  • Bani Sadr ;
  • Sadegh Ghotbzadeh ;
  • Ebrahim Yazdi

Ces trois hommes l’avaient d’ailleurs précédé et accueilli en France.

Il y avait d’abord Bani Sadr qui l’emmena dans son appartement de Cachan à la sortie de l’aéroport de Roissy. Il y passa les premiers jours, avant que son entourage ne trouve la propriété de Neauphle le château. Il fut le premier président de la république islamique. Cela ne dura pas 18 mois, il fut destitué par les milices islamiques. Il n’était pas suffisamment archaique probablement. Il vit à Versailles, sous protection policière française. La république islamique a l’habitude d’assassiner ceux qui pourraient être un recours. Le dernier premier ministre nommé par le Shah, un homme honorable, opposant de toujours au Shah, torturé par la Savak : Chapour Bakhtiar fut assassiné à Suresnes, lors de son exil.

Sadegh Ghotbzadeh, fut nommé ministre des affaires étrangères. Lui fut, dès 1982, fusillé pour  » complot  » Broyé par la  » justice  » islamique

Et le dernier, Ebrahim Yazdi, eut un destin un peu plus paisible. Il fut aussi ministre iranien des Affaires étrangères après la victoire de la révolution islamique de 1979. Mais rapidement il quitta le pouvoir et devint une figure de l’opposition libérale. Il avait été arrêté à plusieurs reprises après la réélection contestée de l’ex-président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2009.

Bani Sadr rapporte :

« Quand nous étions en France avec Khomeini, tout ce que nous disions, il l’acceptait sans hésiter, le visage ouvert et riant. […] Quand il était en France, l’ayatollah Khomeini était du côté de la liberté. […]
Quelques mois après notre retour, les durs du régime s’en sont pris aux femmes qui ne portaient pas le foulard. Je suis allé voir M. Khomeini à Qom et je lui ai dit : « Vous aviez dit que les femmes seraient libres de porter ou pas le voile », Il m’a répondu : « Par convenance, j’ai dit des choses en France, mais tout ce que j’ai dit en France ne m’engage pas. Si je le juge nécessaire, je dirai le contraire » […] Pour moi c’était très, très amer »

Le vieillard hypocrite avait besoin de ces 3 hommes, largement influencés par les valeurs occidentales, pour parler aux médias du monde et passer comme celui qui établira une démocratie en Iran. Des intellectuels français aveugles et sourds comme Sartre ou Foucault seront abusés par cette illusion. Lire aussi cet article intéressant de Geo : <Pourquoi l’Occident a joué avec le feu>

Marc Kravetz, journaliste à Libération a suivi la révolution en Iran. Un documentaire a été réalisé sur son expérience : <L’Iran, récit d’une révolution – documentaire de la série « Les grandes erreurs de l’histoire » (1999)>

Marc Kravetz raconte : On arrête les généraux et les principaux chefs de la SAVAK. Les « représentants occidentalisés » du mouvement vont expliquer qu’il va y avoir un grand procès international du type « Procès de Nuremberg de l’Iran» pour juger ces gens. Mais Khomeiny intervient et dit à peu près selon Marc Kravetz :

« Qu’est-ce que c’est que ces histoires ? Ces gens sont coupables parce qu’ils sont coupables. Ils vont être jugés selon la justice islamique qui n’est pas là pour déterminer si un coupable est coupable mais comment châtier les coupables. »

Les simulacres de procès dureront de 5 à 10 minutes et tous seront exécutés dans les minutes suivantes.

A partir de 39:55 :

« Ce n’était pas des procès. Ce n’était pas non plus de la vengeance. La révolution s’installait avec ses hommes et ses codes. Elle ne nous parlait plus. Elle n’avait plus besoin de nous. L’exclusion se passait sur un mode élémentaire : « Vous ne pouvez pas comprendre » Cela a commencé comme cela. Tu ne comprends rien à notre pays. Décidément, les journalistes sont tous les mêmes même quand on croit qu’ils sont des amis. Tu ne comprends pas ce que c’est que la colère de Dieu. Nous ne pouvions pas comprendre ce qu’était la réalité de l’Islam. Et la réalité de l’Islam était ce que Khomeiny disait être l’Islam. »

Et la colère de Dieu va s’abattre sur l’Université de Téhéran. Dans laquelle il y avait une effervescence intellectuelle, de nombreux mouvements qui débattaient et voulaient rêver à l’Iran du futur. C’était un peu la Sorbonne de mai 68. On allait voir débarquer tous les jours des camionnettes déversant des mollahs avec des mégaphones qui par leur puissance sonore couvraient les voix des étudiants qui débattaient. Chaque jour venait des mollahs de plus en plus nombreux avec des mégaphones de plus en plus puissants qui ânonnaient un seul message :

« Le seul guide qui dit la vérité est l’ayatollah Khomeyni, le seul parti est le parti islamique »

Marc Kravetz analyse

On a vu peu à peu la mollarchie prendre le pouvoir. Ce n’était pas encore la terreur qui allait suivre, mais on sentait plus que de l’inquiétude.

Amin Maalouf considère que cette révolution conservatrice islamique chiite va avoir une importance considérable en géostratégie et aussi dans les fractures qui vont s’élargir dans le monde musulman entre chiite et sunnite, à l’intérieur des sunnites et entre les musulmans et l’occident.

« L’un des premiers changements remarquables sur le plan international fut le renversement de la politique iranienne sur le conflit du Proche-Orient. Le Shah avait tissé des relations amicales avec Israël, qu’il fournissait en pétrole alors que les producteurs arabes refusaient de le faire. Khomeiny mit immédiatement fin à cette pratique, rompit ses relations diplomatiques avec l’État Hébreu »
Le naufrage des civilisations Page 231

Aujourd’hui, Israël considère l’Iran comme son principal et plus dangereux ennemi. L’Etat hébreu est même parvenu à se rapprocher des pays arabes sunnites et même de l’Arabie saoudite en raison de leur ennemi commun : L’Iran chiite.

Et l’Iran va intervenir dans les pays arabes via des mouvements qu’il soutient : le Hezbollah au Liban, le Hamas et le Jihad islamique à Gaza ou les houthistes du Yémen. Amin Maalouf ajoute :

« Mais cette montée en puissance s’est accompagnée tout au long d’une déchainement de haine entre les sunnites, majoritaires dans la plupart des pays arabes et les chiites très majoritaires en Iran. Le conflit était latent depuis des siècles, et il aurait pu le rester. J’ai déjà eu l’occasion de dire que dans le Beyrouth de ma jeunesse, il n’était pas vraiment à l’ordre du jour. »
Le naufrage des civilisations Page 231

Cette révolution fut avant tout anti-occidentale et manifestait l’expression du rejet de toutes nos valeurs, même les plus nobles.

Lors de la révolution blanche, beaucoup de paysans pauvres démunis ont fuit la révolution agraire pour s’entasser dans des bidonvilles des grandes villes. C’est dans ces endroits de misère que les mollahs ont enseigné, fait passer leurs discours. Les foules fanatiques étaient en formation.

Les religieux intégristes ne sont pas dangereux parce que sporadiquement, ils font quelques attentats sanglants.

Ils sont terriblement dangereux, parce qu’ils enseignent les enfants et des adultes, incapables de déployer un esprit critique, et que dans la durée, inlassablement, ils remplissent le cerveau malléable de gens opprimés de messages simplistes, violents et régressifs.

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