Mercredi 13 mai 2015

Mercredi 13 mai 2015
« Le vrai tombeau des morts,
c’est le cœur des vivants. »
Tacite (56 – 117)
Essai sur la Germanie
(Quelquefois attribué à Jean Cocteau)
La communauté formée de celles et de ceux que nous aimons, de celles et de ceux qui nous ont construit et avec qui nous avons partagé des moments de joie, de rire, d’approfondissement, de partage, compte des personnes vivantes et des personnes qui ne le sont plus.
Cécile était l’amie d’Annie, elle est devenue la mienne.
Elle était lumineuse, pleine de vie et de pensées pour les autres.
La terrible maladie l’a brusquement stoppée dans son élan de vie et l’a immobilisée pendant 3 ans.
Hier matin, au bout de cette immense épreuve, elle a quitté la partie vivante de notre communauté.

Mardi 13 janvier 2015

Mardi 13 janvier 2015
« Dans un pays comme la France, je ne pense pas que les passions soient solubles dans l’Économie»
Bernard Maris
Dans l’émission ce soir ou jamais de Frédéric Taddeï du 07/11/2014 ayant pour thème : « L’entreprise peut-elle sauver la France ? »
J’aimais Bernard Maris. C’était un économiste pédagogue et encore beaucoup plus rare un économiste drôle.
Il était aussi humaniste et d’une érudition extraordinaire.
Je tire le mot du jour d’une émission de télévision d’il y a deux mois où l’économiste qu’il était, se changeait en philosophe pour dénoncer la vacuité de la pensée économique contemporaine :
« [l’économie] est une nouvelle morale.
Contrairement à ce qu’on croit, c’est une morale très dure.
[C’est une suite d’injonctions]
Tu dois être compétitif !
Tu dois être concurrentiel !
Tu dois marcher sur les autres !
Tu dois être dans la compétition de tous contre tous !
Et malheureusement surtout dans un pays comme la France, je ne pense pas que les passions soient solubles dans l’Économie
Que les passions soient solubles dans des taux de croissance ou des demi points de plus ou de baisse du taux de chômage.
Ce qui signifie que cette nouvelle morale, cette nouvelle religion, l’Économie, conduit à ce qu’il n’y a de vérité qu’économique
On ne parle plus que de cela.
[Cela] risque d’être désastreux à terme parce qu’on sera bien déçu une fois qu’on aura déshabillé l’économiste et l’économie, cette soit disant création de la richesse, création de valeur.
Car l’Économie crée de la richesse !
Personne ne se pose la question de ce que signifie « la richesse. »
On [croit] que désormais la richesse n’appartient plus qu’aux entreprises.
Il y a d’autres façons de voir la richesse.
Quand on verra que cette richesse est une pseudo richesse, qu’on verra que le roi est nu comme dans le conte, je pense que les passions vont se réveiller et des passions relativement mauvaises.
Et je pense que l’une des raisons [du renouveau] de certains nationalismes, de vieilles passions, de vieilles rancœurs tristes [se trouve dans le fait] que l’économie a pris le pas sur tout autre forme de discours.
Vous n’êtes plus qu’un taux de rentabilité, vous n’êtes plus qu’un chiffre dans des graphiques qui sont dressés par des gens qui ne sont pas très compétents.
Mais ce n’est pas ça, la vie d’une société !»
Vous trouverez ce propos ainsi que d’autres notamment de Régis Debray dans la vidéo ci-après : <Extrait de ce soir où jamais d’où est tiré le mot du jour> [à partir de 19:55]
Bernard Maris a participé à de nombreuses émissions et notamment pendant 7 ans au débat économique sur France Inter le Vendredi matin avec un économiste, moins drôle et plus orthodoxe ; Dominique Seux directeur de la rédaction des Echos.
C’était une émission de mon panel de podcasts que j’écoutais chaque semaine.
Ce vendredi 9 janvier, le débat n’a pas eu lieu, Bernard Maris est tombé sous les balles des fanatiques avec ses copains de Charlie. France Inter a remplacé le débat par une émission hommage : http://www.franceinter.fr/emission-le-debat-economique-hommage-a-bernard-maris
Un des extraits de cette émission montrait sa vision de l’Economie :
« C’est du jargon, c’est de la rhétorique, ce n’est pas de la science, c’est un peu de statistiques, c’est beaucoup de psychologie et pas mal de bavardages »
A la fin de cette hommage vous entendrez un extrait d’une chanson hilarante mais sérieuse enregistrée par Bernard Maris avec ses potes de Charlie Hebdo, dans lequel il écrivait sous le nom célèbre d’Oncle Bernard.
Derrière ce lien la version intégrale de <La Messe du CAC de Bernard et de Charlie Hebdo>
Bernard Maris avait 68 ans. Il était le fils de Républicains espagnols émigrés en France. Après de brillantes études d’économie, et une thèse en 1975, il avait suivi le cursus honorum qui devait le mener au poste de professeur. Il a publié des livres dont le titre est déjà un programme : Ah Dieu ! Que la guerre économique est jolie ! (en 1998), ou Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles (en 1999). Il fut  aussi l’auteur de  l’Antimanuel d’économie.
Depuis son assassinat, j’ai appris qu’il avait épousé en 2007, la fille de Maurice Genevoix, Sylvie Genevoix décédé d’un cancer en 2012.
Et une information qui n’avait pas été révélée jusque-là : il était franc maçon dans la même loge que Jean-Luc  Melenchon au Grand Orient de France (GODF).
Il aurait aussi dit : »Moi qui suis de gauche et athée, il n’y a aucune chance que je me retrouve à la Droite de Dieu>
Le rire est la meilleure part de l’humain
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Mardi 7 octobre 2014

Mardi 7 octobre 2014
« Les films sont plus harmonieux que la vie, […]
Il n’y a pas d’embouteillages dans les films, il n’y a pas de temps morts. »
François Truffaut, La nuit américaine.

François Truffaut est mort il y a 30 ans, le 21 octobre 1984 à 52 ans, d’une tumeur au cerveau.

C’était une encyclopédie vivante du cinéma et aussi un très grand réalisateur.

Dans la « nuit américaine » le sujet du film est un film en train d’être réalisé.

C’est dans ce film que Truffaut jouant le rôle du réalisateur dit à l’acteur principal de son film « Jean-Pierre Léaud », cette ode au cinéma :

« Je sais, il y a la vie privée, mais la vie privée, elle est boiteuse pour tout le monde. Les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse. Il n’y a pas d’embouteillages dans les films, il n’y a pas de temps morts. Les films avancent comme des trains, tu comprends ? Comme des trains dans la nuit. Les gens comme toi, comme moi, tu le sais bien, on est fait pour être heureux dans le travail de cinéma ».

La « nuit américaine » est le nom d’une technique qui consiste à tourner des scènes nocturnes en plein jour.

Patrick Cohen dans la matinale sur France Inter du vendredi 3 octobre, à l’occasion du trentième anniversaire de la disparition de François Truffaut, a reçu Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque française qui consacre actuellement une exposition au cinéma de Truffaut, et l’actrice Nathalie Baye.

La nuit américaine fut le premier film important de Nathalie Baye qui a dit dans cette émission, combien Truffaut arrivait à mettre ses acteurs en confiance et créer une ambiance unique sur le plateau.

Elle a avoué qu’elle a dû répéter de nombreuses fois cette réplique qu’elle a dans le film

« Moi je quitterai un homme pour un film, jamais un film pour un homme » parce qu’elle la disait toujours à l’envers.

Voici le lien vers cette émission : <http://www.franceinter.fr/emission-linvite-le-cinema-de-francois-truffaut>

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Lundi 10 mars 2014

« Il nous regardait comme si on était des diamants,
et forcément si on vous regarde comme ça,
vous devenez un diamant. »
Pierre Arditi rendant hommage à Alain Resnais
C’est en ce jour du 10 mars qu’aura lieu la cérémonie de l’Adieu à Alain Resnais.
J’ai eu ma première rencontre avec l’œuvre d’Alain Resnais, en 1978 à Strasbourg, en entrant par « Providence ». Dès les premières images je fus fasciné par la maîtrise du cinéaste qui filmait l’introspection et les fantasmes d’un vieil homme se penchant sur son passé.
Par suite j’ai suivi ce grand cinéaste souvent avec enthousiasme toujours avec intérêt que ce soit Mon oncle d’Amérique, On connaît la chanson, I want to go home ou cette extraordinaire performance d’acteurs que fût smoking / no smoking, et encore les herbes folles.
Des films si différents les uns des autres.
Et je trouve merveilleux cet hommage d’un de ses acteurs fétiches.
Il rappelle un point fondamental : le regard de l’autre est essentiel dans nos performances.
Des expériences l’ont montré : des élèves à qui on disait qu’ils étaient formidables avaient de meilleurs résultats que des élèves que l’on critiquait sans arrêt, alors qu’au départ les deux populations n’avaient pas des performances différentes.
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Lundi 3 février 2014

« La culture c’est la vie et la vie est belle »
Claudio Abbado

Claudio Abbado est mort Lundi 20 janvier 2014

Très jeune Claudio Abbado a été un chef d’orchestre remarquable et brillant.

Il a dirigé les plus grandes institutions musicales.

A 35 ans, il devint Directeur de la Scala de Milan, il le restera pendant 18 ans.

Après, il dirigera l’Opéra de Vienne et lorsqu’il fallut trouver un successeur à Herbert von Karajan, les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Berlin le désignèrent à l’unanimité en 1989.

Et puis…

En 2000, un terrible cancer l’assaillit, un cancer de l’estomac.

Il revint au bout de quelques mois, émacié et transfiguré.

Il dit alors : « J’ai souffert et j’ai lutté de toutes mes forces. Mais comme toujours, du mal peut naître quelque chose de bon ».

Il devint alors un chef génial et unique.

Il quitta l’institution de la Philharmonie de Berlin et recréa avec des musiciens venant de tous les horizons et notamment beaucoup de jeunes, l’Orchestre du Festival de Lucerne, qu’il dirigea tous les étés jusqu’en 2013.

Celui qui n’a pas vu des vidéos de ces concerts, ne connait pas l’émotion que la musique peut déclencher.

Claudio Abbado a alors construit une relation unique avec ces musiciens.

Arte a diffusé le Requiem de Mozart par Abbado et Lucerne interprété en août 2012 et que vous trouvez sur Youtube :

Requiem de Mozart par Abbado Festival de Lucerne 2012

A la fin de cette interprétation bouleversante, le public est resté silencieux pendant presque une minute avant d’applaudir.

Le silence était si intense qu’il était encore musique.

Nos mots sont trop pauvres pour décrire l’indicible et le sublime.

<Ce journal suisse lui rend hommage> et présente sa carrière. L’article se termine par cette conclusion :

[Claudio Abbado] disait que « la culture est un bien commun et primaire comme l’eau » et que « La culture c’est la vie et la vie est belle ». Place au silence.

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Jeudi 13 juin 2013

Jeudi 13 juin 2013
« Je vois la fin de vie comme j’ai vu la mer la première fois,
quelque chose qui s’impose à vous, majestueusement.»
Pierre Mauroy
Pendant longtemps, dans un monde qui était rural, où les générations vivaient les uns avec les autres, où l’espérance de vie à la naissance n’était pas celle d’aujourd’hui (en 1800 sous Napoléon, l’espérance de vie d’une fille née vivante était de 30 ans), où les gens mouraient à la maison, la mort était omniprésente.
Depuis bien des choses ont changé et on parlait peu de la mort, voire on n’en parlait plus du tout.
La mort a été médicalisée, l’espérance de vie s’est multipliée, la norme est la séparation des générations et le fantasme de l’éternelle jeunesse s’est déployé.
Aujourd’hui quelques humanistes en fin de vie (Hessel, mot du jour du 27/02/2013) ou Pierre Mauroy osent en reparler de manière simple et apaisée.
Pierre Mauroy sera inhumé cet après-midi à Lille.

 

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